‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 11 sur 59 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Double travail dans les Gaules. — Société qui périt, société qui s^ forme. — Commencement d'invasions. — Entreprises d'aifranjchissement , mêlées de tentatives d'Empire. — Les barbares se montrent.— Goths et Vandales. — L'Empire se retire. — Mouvement de liberté gauloise. — Apparition des Franks. — Origines fr»*ques. — Action du clergé en présence des invasions. — Bataille de Ghâlons où tout se mêle, Romains, Gaulois, Franks, Visî^ goths. -* Extermination . — L'autorité romaine disparaît. — ^Avituc, empereur. — Période d'anarchie. — Franks de Mérovée à Tourna^. — Childéric. — Les tribus franques s'avancent. — Elles s'établi^v sent dans les Gaules. — Récits romanesques. — Confusion des nationalités. — Rares exemples de fidélité à l'Empire. — Clovis paraît.

Lorsque l'Empire fléchissant sous son poids se fut divisé en deux parts pour essayer de se survivre, le monde ne fit que s'en aller plus librement au désordre. Ce n'est point le lieu de raconter cette lamentable anarchie. Hâtons-nous de marcher à d'autres récits.

La Gaule continua d'être travaillée par le double effort d'une société qui se débattait contre une constitution mourante et aspirait à une constitution inconnue.

Elle continua aussi d'être le théâtre des ambitions qui cherchaient à sortir maîtresses de ce chaos. L'île de Bretagne se mêla à ces agitations. Elle fît à son tour des Césars , et elle jeta sur nos terres quelques rivalités de plus.

Alors fut implantée dans le sol gaulois une race bretonne , qui depuis s'y est profondément enracinée.

On donnait jadis le nom de cités armoriques aux cités maritimes des bords de l'Océan , et leur territoire s'étendait au loin dans les terres. C'est là que vinrent s'établir deux légions bretonnes , à la suite de Maximus qu'elles avaient fait empereur. Mais elles dédaignèrent de contracter des mariages avec des gauloises , et demandèrent des

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femmes à leur patrie. Ces femmes furent jetées par un naufrage vers la Germanie. Là les barbares s'en emparèrent, et comme elles étaient chrétiennes et qu'elles défendaient ^ leur honneur, ils les égorgèrent. De là le martyre des onze ' mille vierges. Les Bretons furent obligés de se mêler au saug gaulois. Il en est sorti une race que les temps n'ont pu altérer.

C'était au temps de Théodose. D fit mourir Maximus, l'empereur des Bretons, et sembla raviver l'Empire. Mais ce ne fut que pour peu de jours encore. Une révolte avait éclaté à Thessalonique dans la Macédoine. Théodose alla la dompter par des massacres. Pendant ce même temps , l'Occident était ensanglanté par des meisrtres. Des conjurations naissaient partout. Valentinien II , qui gouvernait Rome , fut assassiné. Théodose reparut pour le venger» Eugénius et Ârbogaste , chefs de ces désordres en Italie et 4a{is les Gaules^ furent frappés de son glaive. Dieu sembla se prononcer pour lui par des miracles *. Mais peu après, Théodose mourait à Milan. Le grand saint Ambroise lui avait reproché les vengeances de Thessalonique ; il en St péniteoce publique pendant huit mois.

$ous ses deux fils Honorius et Arcadius , tout se disloqua. La ville de Trêves, le siège de la préfecture des Gau- ' lôs, avait été prise , pillée et détruite par les barbares. On tiransiérale gouvernement à Arles, qu'on appelait Camta/rh tine , du souvenir de Constantin ; on voulait ainsi resserrer les forces de l'Empire. Mais la Gaule n'en futque mieux démembrée.

Les irruptions se faisaient librement du Nord au Midi;* toutes sortes de races barbares se mêlaient pour le ra* v^e. La Gaule était écrasée sous le poids de tant d'invasions, sans trouver en elle-même de quoi rallumer le vieux CQivrage de la patrie, la défense ne pouvant servir qu'à des Js^ikîQS longtemps odieux et devenus enfin méprisables *. Une pensée d'affranchissement monta pourtant au cœur

• Oro8., lib. VH.

* Pflster, Hisi, d*Allem„ a résume a\ec une extrême précision l'histoire des races Germaines, Franques Slaves, Géliques, qui long-

des Gaulois , et alors se déploya dans toute son énergio celte opposition longtemps nourrie en secret sous le nom iie Bagaudia^ et qui fit bientôt la ligue armoricaine. L'île xie Bretagne participa à ce mouvement de liberté, et fournit le chef qui devait, sinon fonder la liberté gauloise , du moins annoncer la fin de la tyrannie romaine. Ce chef fut un simple soldat qui n'eut d'abord d'autre mérite que de porter le nom de Constantin , nom de bon augure pour l'Empire aux yeux des soldais. Une fois fait empereur par les légions bretonnes, l'ambition le gagna, et il passa dans les Gaules pour s'établir au centre d'un gouvernement tout fait. Là, prenant au sérieux son rôle d'empereur, il fit des armées et des généraux ; il traita avec les hommes du Nord; il s'avança vers le Midi , parut en Italie, fit trembler tout cet empire d'Occident déjà battu par tant d'ennemis, et enfin alla s'établir à Arles , siège de la préfecture.

Ce qui favorisa cette étonnante entreprise, ce fut, il est vrai, le caractère inerte d'Honorius, qui régnait à Ravenne, et la puissante diversion d'Alaric, roi des Visigoths, qui s'était précipité sur l'Empire.

Les événements se mêlèrent par ces causes diverses, et chacun eut ses crimes et ses perfidies à jeter en de tels conflits.

Stilicon , un ancien favori de Théodose, et que celui-ci, à sa mort, avait fait tuteur de son fils Honorius, commença à montrer que dans ces déchirements il n'y avait plus de patrie pour personne. Il était de race barbare, et c'est lui qui avait provoqué par des émissaires ces invasions de Goths et de Vandales, au milieu desquelles l'Empire était comme noyé ; il pensait arriver au trône par la trahison ; la trahison lui fut infidèle. Il avait feint de faire des barbares l'appui d'Honorius contre ses autres ennemis , et surtout contre Constantin, Fempereur des Gaules. A la fin cette politique fut suspecte, et Honorius le fit mettre à mort.

temps s'agitèrent da Danube au Bh!n, comme pour se préparer à faire un pas en avant vers le midi de l'Europe. Ce travail est curieux et utile à consnlter.

La politique de Constantin eut alors quelque liberté. Les Goths que les artifices de Stilicon ne retenaient plus, tombèrent sur Rome comme sur une proie. Honorius eut à songer d'abord à ce péril présent. Alaric s'était amusé à faire un empereur de plus. Il avait choisi Attale , préfet de Rome, et il Tavait fait proclamer par les Romains [409]. Il y eut un moment où Constantin parut à Honorius un ami et un protecteur. Tout se compliquait à Finfîni ; et ainsi la fortune de Constantin pouvaitparaître assurée. Elle périt par sa prospérité.

Il avait fait son fils Constant gouverneur de l'Espagne avec le titre d'Auguste. Celui-ci avait pour lieutenant Gérontius. 11 le laissa au delà des Pyrénées, pour aller retrouver son père , au milieu des perplexités d'une politique , où la paix était plus funeste que la guerre. Gérontius profita de cette absence pour se révolter et faire aussi son empereur; il choisit Maximus, un officier sans nom , qui ne sut qu'obéir à l'ambition d'un autre.

Alors tout alla à des dénouements sinistres. La guerre se mit entre tous ces maîtres. La Gaule, l'Italie , l'Espagne furent livrées à tous les ravages [410]. Alaric continua ses fureurs, mais il mourut sur l^s ruines qu'il avait faites. Gérontius vint assiéger Constantin dans sa ville d'Arles ; puis une armée d'Honorius, conduite par Constance, arriva entre les rivaux. Gérontius s'éloigna précipitamment, et laissa le siège à continuer aux légions de l'Empire. Les habitants se défendirent comme si la fortune de Constantin leur eût rendu une [latrie. Ils furent à la fin contraints de céder. Mais en remettant Constantin et son fils au général d'Honorius , ils reçurent le serment que leur vie serait sauve. On les fit partir pour Ravenne , chargés de fers , et Honorius envoya le bourreau pour acquitter la promesse.

Quant à Gérontius , rentré en Espagne , il fut assailli par ses soldats , et ne trouva d'autre fin meilleure que de se tuer après avoir tué sa femme. Son empereur Maximus avait disparu.

Ma gré le succès d'Honorius contre l'usurpation de Cons laulin, la Gaule n'en parut pas moins devoir désormais

£6 HISTOIBSBE FBA^CE.

échapper à une domination qu'on venait de voir si hardiment attaquée ; l'Empire se retirait devant les races étrangères qui avaient pénf'tré dans son sein , et la Gaule aussi avnit le pressentiment de sa fortune nouvelle.

Les luttes des Goths continuèrent avec une variété d'iiicidc^nts quo-rhistoire n'a pas bien éclaircis. Ataulfe , beaufrère et successeur d'Alaric, fit la guerre, fit la paix tour à tour avec Honorius, et finit par épouser sa sœur, Placidie, la fille du grand Théodose. Ce n'était plus un chef de barbares, passant comme un fléau sur une terre conquise. C'était un roi devant qui flj^rhi>sait la civilisation ancienne, et à qui manquait seulement une nation pour réaliser une civilisation nouvelle. Les races qu'il traînait avec lui , moitié sauvages et moitié chrétiennes, allèrent s'abattre en Espagne. Là il fut assassiné. L'histoire a re* cueilli la confidence qu'il avait faite de ses desseins pour la régénération lie l'Empire *. Il croyait à son génie, mais il ne voyait pas que celui de l'Empire avait disparu.

Cependant la domination des Visigoths continua à se faire sentir sur le midi de la Gaule , et quelquefois comme un joug cruel; la puissance romaine cherchait à se raffermir, mais tout lui échappait. Les peuplades armoricaines nourrissaient leur indépendance parmi ces déchirements de pouvoir. L'administration centrale était rompue. Les assemblées nationales étaient abandonnées , et vainement Honorius fit des efforts pour ramener les Gaules à un simulacre d'unité.

Il mourut dans cette anarchie. Alors les usurpations recommencèrent. Jean , un officier de palais , se fit empereur à Arles, et, chose qui indique le mélange des races barbares dans l'Empire , il chercha sa force dans le secours des Huns , autre nation qui attendait son temps, au bord du Danube , pour se jeter sur le Midi de l'Europe. Aëtius, un jeune homme, appelé à de grandes destinées, fut chargé d'aller chercher ce secours. Pendant ce temps, Jean fut décapité.

'- Qroft. VII, 43.

Yalentinien III , fils de Placidie et de Constance , ce général d'Honorius , était Fempereur légitime. Aëtius , formidable par ses intelligences avec les barbares, devint nécessaire à cet empereur , âgé de six ans. Les rivalités de cour sesoutenaient alors par des alliances de cette sorte. Chaque ambitieux allait se chercher des amis parmi ces races désordonnées qui ne voulaient qu'une proie.

Il en fut ainsi entre Âëtius et Bonifaco ; Boniface était gouverneur de TAfrique, et tenait les Vandales sous sa main.' Aëtius voulut le rendre suspect à Placidie, etn^y réussit point. Lui-mèmo excitait des craintes. Il fallut se disputer la faveur par les armes. Aëtius, gouverneur des Gaules , leva une armée et s'en alla en Italie combattre Boniface. Boniface fut tué dans la bataille , mais Tarmoe d' Aëtius fut vaincue. Il resta à celui-ci la ressource des Huns, et ainsi il eut la grâce de Placidie.

C'est à ce moment que les Gaules furent plus violemment traversées par des invasions. Toute autorité était absente , et chacun profita de sa proie. Au Midi, Théodorie , jeune roi des Visigoths , s'établissait au contre de la préfecture. Au Nord , des peuplades, depuis longtemps exercées aux irruptions , s'avançaient librement et plus sûrement dans les Gaules. Ce qui restait d'esprit national dans les Gaules elles-mêmes , se remua de nouveau profondément. La Bagaudia fit un effort de liberté ; une immense insurrection se leva contre cet empire Romain , dont la trace semblait se perdre dans les ignominies de cour. Le peuple surtout prit part à ce mouvement sou* dain, pressé parla misère autant peut-être que par l'a* mour de l'indépendance; à sa tête était un homme vulgaire, Tibat ou Tivat. Les classes riches ou nobles continuaient de s'éteindre dans la volupté.

Ce qui marque encore le passage qui allait se faire d*une société à une autre , c'est qu' Aëtius , défenseur de l'Empire , ne put attaquer la révolte qu'en appelant à lui des barbares, les mêmes qu'il avait fait servir à son propre pouvoir. Mais d'autres barbares étaient là , qu'il fallait attaquer de même. Ce furent donc les Huns qui servirent

d'instrument au vieil empire de Rome, pour se défendre, tantôt contre les irruptions du Nord , tantôt contre les menaces du Midi , et enfin contre les populations même , qui se lassaient de la misère et de la servitude.

Il y a des historiens et des politiques , qui ont appelé du nom de trahison ou d'infidélité ce mouvement de liberté qui travaillait les Gaules au milieu de leurs souffrances. Un général d'armée, M. de Vaudoncourt * , a naguère insulté Grégoire de Tours, un pauvre évêque national , pour avoir laissé échapper une pensée d'aversion contre l'autorité flétrissante des Romains.

Je ne sais rien du patriotisme, s'il faut accepter cette étonnante condamnation des vieux Gaulois. Qu'est-ce donc que la hberté et la dignité , si un général de l'école philosophique moderne les peut voir dans la fidélité à une conquête atroce, qui n'a plus que des Huns pour se défendre, et la barbarie pour être populaire ?

« Puissent les Dieux, disait le plus grand historien de Rome, accorder aux nations, à défaut d'amour pour nous, la haine d'elles-mêmes , puisque , dans cette décadence des destinées de l'Empire , la fortune ne saurait rien accorder de plus grand que la discorde des ennemis *. »

C'est donc par la discorde que Rome attaquait les nations ; ce lui était un doux spectacle de les voir se déchirer elles-mêmes. Par là aussi devait périr sa domination.

Dans les Gaules , les populations manquant de chefs véritables, manquant de moyens d'action, manquant d'unité et de patrie même, en quelque sorte, furent d'abord facilement réduites à Timpuissance. La Bagaudia ne put point livrer de batailles sérieuses. Tout se réduisit à des démonstrations et à des appareils de révolte. Tibat fut pris et mis à mort; mais l'anarchie niême amena la défense de la liberté.

Voici donc que le nom des Franks vient, pour la première fois , se placer sous notre plume. Non point que

' Art. Gaule— Gaulois, dnns le Dictionnaire de la Conversation, — > Article d'ailleurs savant et bien résumé. • Tac, de Mor, Germ.

cette race n'eût déjà paru dans colto anarchie des Gaules; mais elle y avait paru , sans marquer encore sa mission politique , venant, comme tant d'autres , pour aider seulement à la ruine de cette autorité romaine , qui ne pouvait plus rien ni pour elle , ni pouf autrui. , On a diversement interprété ce nom de Franks. Il signifiait, selon le sens le plus reçu, fier , hardi, ou libre.

Les Franks formaient une confédération de peuples guerriers, dont l'histoire n'est point certaine , mais paraît se confondre avec celle des populations germaines, dont Tacite a parlé avec une précision si savante et si énergique. C'est ce que disent la plupart des savants modernes * .

« Le nom de Frank, dit M. Fauriel, n'est qu'une dénomination collective, qu'une épithète caractéristique, appliquée , comme nom commun , à diverses peuplades germaniques de même dialecte, réunies en un grand corps de nation *. »

Les principales peuplades Frankes ou Franques, étaient les Sicambres , les Saliens , les Chamaves , les Ansivares ; elles s'étaient établies dans la Germanie ; mais tout annonce qu'elles étaient parties des contrées les plus orientales , du point même du Danube qui touche aux Palus-Méotides.

'Voyez les curieuses recherches de Mlle de Lézardière, dans son livre de la Théorie des lois. Voyez aussi Fabbé Dubos, Montesquieu, M. de Peyronnel, M. Fauriel, Pflster, Histoire d* Allemagne; BcrUi Com^ ment, rerum. Germ. , etc.

' Résumons en quelques mots ces origines.

Entre les races du Nord , la plus reculée est celle des Fennes ou Finnois , entre l'Océan glacé et les monts Ourals. Tacite dit : Fennis mira (évitas f fœda paupertas. Mor. Germ. — Ils sont joints au Midi par les Slaves ou Vendes , jusqu'à la Vistule ou au Danube. — Puis vient la race Teutone, entre le Danube et le Rhin , jusqu'à l'Océan. — Le nom générique est celui de Germains , hommes de guerre y de wehr, arme» toar, guerre, mann, homme : Célébrant carminibus antiquis Tuistonem Deum, ierrâ editum^ et filiumJffannum, originem genlis^ canditoresque. Ibid.— Çuoniam qui primi Rhenum transgressi Gallos expulerint... Germani vocati sunt. Ibid. — Les Francks forment une confédération sur le bas Rhin ; elle comprend les Sicambres, les Teuctères, les Usipètes, les Chamaves , les Druclôrcs, les Cliéruskes.— Sur le haut Rhin , les Alamans, hommes rassemblés de toutes parts.

Ici nous retrouvons Férudition des chroniqueurs , qui déjà ont mis notre berceau national parmi les cendres poétiques d*Ilium. Gardons ces souvenirs comme objet de curiosité historique.

« Nous lisons dans les Gestes des Francs^ que le premier roi de France, qui exerça sur eux la puissance royale, fut Pharamond , fils de Marcomir^ dont le père était Priam , roi d'Austrie. Ce Priam, roi d' Au strie, n'est pas le grand Priam , roi de Troie, mais il descendait d'Hector, fils de ce dernier prince , par Francion , fils d'Hector *. »

Ainsi parle gravement un chroniqueur du moyen âge » et, là-dessus, il fait un tableau généalogique qui, par mal* heur , a Tinconvénient de ne mettre que trois générations du grand Priam à Marcomir , à savoir Hector , Francion , fils d'Hector, et Priam, roi d'Austrie , lesquelles auraient rempli un espace de 1176 ans avant Jésus-Christ , et de 376 ans après Jésus-Christ , d'après le calcul chronologique de l'historien lui-même * , qui , en ce moment , sans doute, a quelque distraction.

Mais, laissant ces détails de famille, on trouve une conjecture générale ; c'est qu'il y aurait eu deux émigrations des Palus-Méotides : l'une, qui aurait amené les premier» fondateurs de la cité de Paris, 895 ans avant Jésus-Christ; l'autre, qui serait partie, au temps de Valentinien , sous la conduite de Marcomir , fils de Priam , roi d'Austrie , et serait venue s'établir sur les bords du Rhin , dans un pays voisin de la Germanie et de l'Allemagne , appelé VAustrie (l'Austrasie) '. Valentinien , dit le chroniqueur, ayant essayé leur courage dans beaucoup de combats, les appela de leur propre nom , peuple de Francs, c'est-à-dire, dans la langue du Nord , féranc ou féroce.

Ces deux fractions de peuples se seraient donc trouvées réunies, après 1200 ans, et le chroniqueur explique parla l'accueil des habitants de Lutècepour leurs frères du Nord,

« Rigord , dans là Vie de Philippe-Auguste. ' Ibid.

• ]bid.

descendant, comme eux, de Fantique nation Troyenne. Les peuples, dit-il, nommèrent Marcomir prolecteur de toute la Gaule, parce qu'il leur apprit à se défendre contre les brigands.

Il est curieux de voir , au reste, comme l'historien tient à ses origines. Il étale à plaisir un appareil ingénieux d'é^ rudition; puis vient un autre historien, qui s'en empare ^ et Fexpose à son tour S mais sans y ajouter aucune preuve*i Or , ce système de généalogie n'est guère plus déraisonnable qu'un autre; et, dans le dernier siècle, un auteur grave n'a pas craint de dire :

« Je crois tout ce que l'on nous raconte de cette illustremaison , dont quelque héros Troyen doit avoir été la lige , et dontPharamond est le premier prince un peu connu *. m

L'histoire recueille ces opinions comme des faits qui attestent le penchant des peuples à chercher au loin leurâ origines. L'antiquité est comme un mystère où la raison des hommes aime à se perdre.

Après tout, n'est-il pas supposable aussi que les peuplades Frankes n'étaient pas étrangères à ces vastes migrations gauloises qu'on avait vues se disséminer , plusieurs siècles auparavant, sur les bords du Danube ? Ainsi la Gaule retrouvait son sang, et peut-être aussi ce retour se faisait comme par un souvenir ravivé de la vieille patrie *.

D'autres ont traité ces origines ; et l'objet de la présente histoire n'est pas d'approfondir cette question, quel que soit son intérêt.

Depuis deux siècles, les Francs (désormais j'écrirai aînsir ce mot), sans avoir fait d'étabhssement véritable en deçà du Rhin, avaient été en contact, soit avec les Gaules, qu'ils avaient souvent visitées pour les ravager , soit avec les Romains, dont ils avaient sondé la puissance , tantôt par les armes , tantôt par des alliances ou des semblant» de soumission.

' Guillaume le Breton.

* Le comte de BUat , Ut Origin, Ut. i, ch. 1.

> PflAler, Uist. ^Àll.

7^ HISTOIHE DB FRANCE.

Les Francs n'étaient pas les seuls à attendre le moment propice pour se jeter dans les Gaules. Déjà on avait vu" passer des flots de Vandales , d' Alains et de Goths , que Dieu avait poussés diversement à leur destinée. Maintenant il restait les Burgondes, qui, partis des limites de la première Germanie, s'étaient aussi montrés à la Gaule , et s'étaient, une première fois, avancés jusqu'à Metz , puis avaient pénétré dans l'intérieur des terres.

C'est à ce moment que l'autorité romaine parut s'affaisser pour toujours. Au Midi, Théodoric avec ses Visigoths; au Nord, les Francs et les Burgondes : partout l'anarchie; il ne restait pour retenir l'Empire dans sa pente , qu'Aëtius , aidé de ses Huns. Le succès même était une menace de

plus.

Mais les Huns furent vaincus par les Visigoths de Théodoric dans une sanglante bataille près de Toulouse , et tout le Midi commença à échapper à l'Empire.

Les Burgondes et les Alains enhardis vinrent s'étendre le long de la vallée du Doubs, jusqu'à celle du Bhône ; l'Empire , pour avoir l'air d'être quelque chose encore , leur concéda le droit de garder ces dem'eures.

Alors les Francs reparurent en diverses tribus ; ils commencèrent la dévastation sur le Rhin. Trêves, qui s'était relevée de son premier désastre , fut encore ravagée. Mayence eut le même sort; Cologne fut conservée pour servir d'asile.

Une tribu plus avancée vers la Gaule Belgique, laissait échapper une pensée plus profondément arrêtée de conquête.

Cette tribu'résidait dans le pays de Tongres ; et, non loin d'elle, une autre tribu, celle des Saliens, qui, depuis Julien, s'était mêlée aux Romains, et même avait paru dans leurs milices , tout en conservant ses mœurs et ses lois.

C'est du sein de la tribu de Tongres que partirent les destinées de la Gaule. Voici tout le récit de Grégoire de Tours :

« Plusieurs racontent que les mêmes Francs , abandonnant la Pannonie, s'établirent sur les bords du Mein ; qu'en

suite , traversant ce fleuve , ils passèrent dans le pays de Tongres, et que là, dans leurs bourgs et dans leurs villes, ils créèrent p^our les commander les rois chevelus pris dans la première^'et , pour ainsi dire, la plus noble de leurs familles. Nous lisons, ajoute l'historien de nos Origines, dans les fastes consulaires, que Théodomer, roi des Francs, fils de Richimer, et Aschila, sa mère , furent massacrés. On rapporte aussi qu'alors Chlogion, homme puissant et distingué dans son pays, fut roi des Francs. Il habitait Dispargum * , qui est sur la frontière du pays de Tongres... Chlogion ayant envoyé des espions dans la ville de Cambray, et ayant fait examiner tout le pays, défit les Romains et s'empara de cette ville. Après y être demeuré quelque temps, il conquit le pays qui s'étend jusqu'au fleuve de la Somme *. »

Grégoire de Tours ne parle pas de Waramond , ou de Pharamond, qu'on suppose avoir été le prédécesseur et le père de Chlogion ou Clodion. D'autres noms avaient précédé, Gennabaude, Marcomer et Sunnon; le père de notre histoire ne les cite que d'après des récits d'historiens qui sont perdus , et dont il a gardé quelques restes. Toute recherche à cet égard paraît s'éloigner du but de cette histoire. Suivons le mouvement général de la nation Gauloise ; les Francs vont lui être un instrument de renaissance , mais ne doivent pas absorber en eux toutes nos études.

Quant à tous ces noms propres qui commencent à paraître, et que de nos jours on a bruyamment changés, pour les ramener à leur barbarie primitive, il ne paraît pas qu'il soit très-utile de céder à cette réaction scientifique qui n'est pas sans doute très-assurée de retrouver la tradition exacte des vieux mots, ou de la vieille écriture, ou de la vieille prononciation. Acceptons la langue , telle qu'elle nous a été faite, même la langue des noms propres, si ce n'est que les désignations nationales se modifiant selon les

* Dnvsborck.

• Grég. de Tours, liv. ii.

lé- HISTOIRE DE FRANCE.

révolutions, il est conforme à la logique comme à la chronologie, de suivre ces nouveautés, q,ui sont aussi une exrplication de T histoire ^

Clodion ne resta pas longtemps dans sa conquête. Aëtius survint et le surprit dans une fête. Les Francs se défendirent avec valeur, à la un ils cédèrent en désordre. Clodion rentra dans ses camps de Tongres. U y mourut peu de temps après.

Mérovée paraît ensuite comme roi des Francs. La plu-* part des histoires le font descendre de Clodion. Il était son fils ou son petit-fils. Grégoire de Tours dit seulement qu'il était de sa race. Frédégaire fait un autre récit : « La femme de Clodion allant à la mer pour laver , fut épouvfi^tée par la bâte de Neptune , et ayant été aussitôt touchée par la bête , elle conçut et enfanta un fils nommé Mérovée. » C*est. ici un débris de fable grecque , transporté dans Thistoire d'un peuple qu'on veut rendre merveilleux.

Toujours est-il que Clodion et Mérovée se sont suivis dans le commandement des Francs Tongriens.

En ce même temps, de nouveaux ébranlements se pré-^ paraient , et le nom d'Attila était jeté dans le monde- Attila, roi des Huns, porte dans l'histoire le surnom mystérieux de Fléau de JHeu, U semblait envoyé pour ve** nir mettre la dernière main à la destruction de l'Empire. C'est par la Gaule qu'il marcha à sa mission.

La Gaule était une proie. Au Midi, les Visigoths; au NovdrEst, sur la rive gauche du Bhdne, les Burgondes ; au Nord , les Francs ; à l'Ouest , la Ugue Armoricaine : tout conspirait à la ruine du pouvoir Romain.

Attila voulut secouer ce grand colosse qui tombait, B se mêlait à cette pensée de destruction plus ou moins aveu^ gla,.desrivalités de barbares. Attila avait été, dit-on, aniniè<

*' Un chroniqueur que nous trouverous plus tard, a Jeté cette épigramme dans ses récits : « Marchant ensuite vers d'autres lieux, le pieux Gliarles arrive dans la ville de Frioul , Âquilée , que ceux qui se croient savants appellent Forum Juliù » Le moine de St-Gall , Dêt faits H gestes de Charles-le- Grand.

450 — ^460 HfSTDIM DE FRAKCB. 75

contre les Yisigoths par Tintrigue des Vandales , maîtres de FAôîque, à cause d'une fille de leur roi, que le roi visigoth Théôdoric avait répudiée en la mutilant.

Tout ce conflit de haines sauvages présageait des désastres de plus pour la Gaule. Les Huns se jetèrent à flots sur ce pays , exterminant tout ce qui se rencontrait. Les populations eurent les prêtres pour protecteurs , et la croix arrêta plus d'une fois le fléau de Dieu.

Cependant les dispositions des peuples étaient diverses* Rien ne les poussait à s'armer pour la défense de TEmpire qui, dans les malheurs privés de la guerre, était l'objet £eital des agressions. Rien aussi ne les sollicitait d'ouvrir leur sein à la barbarie , armée de meurtres et de pillages. Cest pourquoi il y eut de l'incertitude dans la conduite des Gaulois, en cette occurrence. Aëtius déploya l'activité de son génie à grouper autour.de lui les masses nationales , m*méme temps que les forces indépendantes des Yisigoths, desBurgondes et des Armoricains. Il assembla ainsi une armée immense, et courut s'opposer au barbare. Déjà les Vandales étaient devant Orléans. Là repanit l'action du clergé; c'était, à bien dire , la seule force patriotique qui fût subsistante. La naïveté'des récits de Grégoire de Tours est admirable.

« Vers ce temps-là , dit-il, cette ville avait pour évêque le bienheureux Anian (St Aignan) , homme d'une éminente sagesse et d'une louable sainteté, dont les actions ver^ tueuses ont été fidèlement conservées parmi nous. Et comme les assiégés demandaient à grands cris à leur pontife ce qu'ils avaient à faire, celui-ci, mettant sa confiance en Dieu, les engagea à [se prosterner tous, pour prier et implorer avec larmes le secours du Seigneur , toujours présent dans les calamités. Ceux-ci s' étant mis à prier, selon son conseil, le pontife dit : « Regardez, du haut du 9 rempart de la viUe , si la miséricorde de Dieu vient à » notre secours. » Car il espérait, par la miséricorde de Dieu, voir arriver Aëtius , que, prévoyant l'avenir, il était .allé trouver à Arles ; mais regardant du haut du mur , ils n'aperçurent personne; et l' évêque leur dit : « Priez avec

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» zèle, car le Seigneur vous délivrera aujourd'hui. » Ils se mirent à prier , et il leur dit : « Regardez une seconde fois. » Et ayant regardé , ils ne virent personne qui leur apportât du secours. Il leur dit, pour la troisième fois : « Si vous le juppliez sincèrement , Dieu va vous secourir » promptement. ». Et ils imploraient la miséricorde de Dieu avec de grands gémissements et de grandes lamentations. Leur oraison finie, ils vont, par Tordre du vieillard , regarder pour la troisième fois du haut du rempart , •et aperçoivent au loin, comme un nuage qui s'élève de la terre. Ils l'annoncent au pontife , qui leur dit : « C'est le secours du Seigneur. » Cependant l6s remparts, ébranlés déjà sous les coups du bélier, étaient au moment de s'écrouler, lorsque voilà Aétius qui arrive , voilà Théodoric, roi des Goths , ainsi que Thorismond , son fils , qui accourent vers la ville , à la tête de leurs armées, renversant et repoussant l'ennemi. La ville ayant donc été délivrée par l'intercession du saint pontife , ils mettent en fuite Attila , qui , se jetant dans les plaines de Méry , se dispose au combat ; ce que les Orléanais apprenant , ils se préparent à lui résister avec courage *. »

La même action chrétienne se manifeste par la simple légende de Geneviève , la sainte bergère , dont le nom est resté grand entre les grands noms de la patrie. A l'approche des barbares d'Attila, la population de Paris, sans chef et sans autorité , voulait s'enfuir de la ville et chercher ailleurs des asiles. La sainte s'opposa à ce projet, au nom du Christ, dont il ne fallait pas abandonner les temples à la fureur des ennemis. Cependant quelques-uns des plus lâches citoyens voulaient la punir de son patriotisme. Ce fut Tarchidiacre d'Auxerre qui la sauva , en se jetant au milieu du peuple, et disant que Geneviève était l'épouse de Dieu; que l'évêque Germain l'avait consacrée ; et que c'était un crime de ne point écouter les conseils de cette fille sainte, qui parlait au nom de Dieu même. Alors le courage revint aux Parisiens, et les barbares furent repoussés.

* Grég. de Tours , liv. ii, éd. de M. Guizot.

A Troyes, ce futTévêque saint Loup qui les arrêta. Déjà ils étaient aux portes , avec le fer et les torches. Attila commandait le meurtre et l'incendie ; Loup paraît devant lui. Ignores-tu qui je suis ? lui dit le barbare. Et moi, lui répondit le Saint , je suis un loup , mais dépouillé de sa férocité, et commis à la garde du troupeau de Dieu. Épargne les brebis ; frappe le pasteur.

Le terrible Hun passa outre à ces paroles *.

Les barbares avaient reflué jusqu'à Châlons. Là furent en présence des masses énormes, mêlées de peuplades et de races diverses, les Ostrogoths parmi les Huns, les Yisigoths parmi les Romains, des Francs et des Gaulois parmi les uns et les autres, tant il y avait de doute sur l'utilité ou la justice de ces deux causes, dont l'une mourait, et l'autre paraissait au jour seulement pour sa destinée d'extermination.

451. — La bataille fut effroyable. Les deux armées semblèrent ne se mêler que pour se détruire. Nul ne pensait à la victoire.

Le roi visigoth', Théodoric , fut tué. Il périt sous des monceaux de cadavres. Son fils Thorismond , poussé par une vaçue fureur, continua de combattre jusque dans la nuit. Il alla se perdre dans le camp des Huns , au milieu de leurs chariots , et faillit y rester parmi les morts.

Dans cette affreuse mêlée de massacres, les deux chefs ne savaient rien de la bataille. Leurs armées semblaient leur avoir échappé, pour aller, à tout hasard, se choquer ensemble et se détruire sans ordre. La nuit vint jeter ses voiles sur ces massacres. Chaque débris regagna son camp, incertain du succès de ce combat. Le lendemain éclaira des scènes atroces. Attila vit les multitudes qui lui manquaient , et il resta immobile. C'est à cet indice qu'Aëtius comprit qu'il avait vaincu. Alors il s'ébranla dans son camp, et Attila commença à s'éloigner. Cent cinquante mille hommes , d'autres disent trois cent mille restaient dans les plaines de Châlons. Cette immense extermination

* Grég. de Tours.

frappait du même coup les barbares et les Romains. Ce n'était, sous la main de Dieu, qu'une expiation , sans profit pour les vaincus ou pour les vainqueurs, et qui seulement allait faire sortir un ordre nouveau de leurs ruines communes.

L'empereur Valenlinien HI, un homme méchant, stupide et ingrat, pour prix de la victoire d'Aëtius, l'assassina de sa propre main. H avait peur de sa gloire.

Il joignait à ses crimes l'impudicité. 11 outragea une dame romaine, femme de Maximus , riche sénateur. Celui-ci le tua et se fit proclamer à sa place *.

A ces nouvelles , les barbares se lèvent de concert au Nord et au Midi. Les Vandales menacent de partir d'Afrique avec d«s flottes ; les Visigoths s'apprêtent à recommencer leurs vieilles guerres contre l'Empire Les tribus germaines passent le Rhin. Les Saxons paraissent sur les rivages de l'Océan avec des pirateries. Et enfin les Francs de Mérovée se répandent par delà leurs cantonnements du pays de Tongres.

Maxime s'effraya de ce grand orage. Il lui opposa Avitus, un arverne puissant , qui avait été mêlé dans les premiers efforts de résistance contre les barbares. Mais au heu de défendre l'Empire , le Gaulois se fit empereur. ►Tout le poussait à l'usurpation , l'impuissance de son maître , et le concours des populations à le vouloir pour chef. Une assemblée se tint à Ugemum , sur les bords du Rhône '. Un des Gaulois qui déhbéraient adressa à Avitus un discours, qu'il faudrait citer, quand il ne serait qu'une fiction poétique de Sidoine Apollinaire , car il peint l'état des Gaules , et ce double combat d'un patriotisme qui tend à revivre et fait effort pour être fidèle à la tyrannie.

« De combien d'infortunes nous avons été accablés sous le règne d'un enfant, il serait trop long de le dire , illustre chef; et qui doit le savoir , si ce n'est toi , sur qui est tombé

* Grég. de Toars dit qae Valentiuien fut toé par Oecylla , trompette d'Aëtius.

' On croit que c'est remplacement de Beaucaire. — M. Faurlel

le plus lourd du fardeau , à qui les maux de la patrie ont coûté tant de larmes et donné de si grands soucis ? Pour nous, vivre au milieu de tels désastres , assister aux funérailles de TEmpire, a été pis que mourir. Et cependant, par respect pour nos pères , nous sommes restés fidèles à des lois impuissantes : nous nous sommes fait un devoir de maintenir le passé , malgré le mal qui devait nous en revenir ! Nous avons été écrasés par le simulacre de l'Empire; et cédant à l'habitude plutôt qu'à l'autorité , nous avons supporté la domination et les vices d'un peuple dégénéré , d'un peuple qu'il nous faut vêtir de. pourpre. Tout récemment encore , lorsque Maxime s'emparait de Rome tremblante, quelle belle occasion la Gaule n'avait-elle pas d'user de sa force à son avantage ? Personne n'ignore quels sont ceux d'entre nous qui ont soulevé alors les plaines de la Belgique et les côtes de F Armorique , qui ont excité les Ooths à une rupture. Dans toutes les guerres nous avons cédé, mais nous n'avons cédé qu'à toi, illustre chef: maintenant une plus haute destinée t'est offerte. L'Empire est vacant ; il est délivré du lâche qui l'occupait. Le moment est critique , et les périls extrêmes n'attendent pas les grands hommes , ils vont les chercher. N'élude pas davantage le vœu de la patrie ; chacun de nous se croira libre, si c'est toi qui es le maître *. »

Avitus fut proclamé. L'Orient et l'Occident le reconnurent à la fois , et le Sénat romain attendit son maître.

Mais peu après, Avitus suivait la destinée des empereurs. Il fut proscrit et mourut dans sa fuite. Grégoire de Tours dit qu'il s'était réfugié dans sa patrie.,où il avait été fait évêque *. Toujours est-il que l'empereur gaulois fut brisé comme tous les autres.

Ce qui est remarquable , c'est que les Gaulois prirent pour eux cet affront fait à leur empereur. Une faction se forma à Lyon, pour empêcher la proclamation de l'empereur nouveau. Et d'avance elle mit en réserve Marcel-

' Sidoine Apollinaire. — Trad. de M. Faorlel. * Grég. de Tours, liv. u.

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Ini , un noble personnage ,. pour l'Empire. Ainsi la Gaule s'exerçait à raffranchissement, parTessaides usurpations.

Mais Majorien fut élu par le Sénat , et Pœonius , le chef de la faction lyonnaise , s'arrogea la préfecture des Gau-« les. Ce fut toute la satisfaction des Gaulois.

Ce fut pendant cette période d'anarchie , que les Francs de Mérovée firent un pas en avant , jusqu'à Tournay. Devant eux s'ouvrait un monde qui restait sans domination. Ils se crurent assez forts pour le prendre.

456. — Peut-être Mérovée était mort à ce moment. Childéric lui avait succédé. D'autres tribus franques s'étaient à la fois avancées , mais avec des ravages. Elles avaient de nouveau brûlé la ville de Trêves.

Cependant l'empereur Majorien sentait le mouvement politique qui tendait à rompre l'union de la Gaule et de l'Empire. Il songea à prévenir ce déchirement , mais par la guerre , et ainsi il ne pouvait que le hâter.

Il vint porter le ravage dans les Gaules , et le roi des Visigoths, ThéodoricII, s'arma pour les protéger. Ainsi l'Empire n'était plus qu'un ennemi*. La paix qui fut faite, et qui donna lieu à de longues fêtes dans la ville d'Arles , ne fut guère qu'une préparation de plus à d'autres événements.

Majorien , rentré en Italie , est assassiné à Tortone. Alors l'anarchie se multiplie. Sévère, un homme inconnu, est fait empereur de Rome , par Ricimer , chef des bandes barbares qui couvraient l'Italie. Mais le monde lui échappa.

Pendant que Marcellin se faisait maître des pays situés au delà de l'Adriatique , OEgidius était de ceux qui s'étaient institué un gouvernement indépendant dans les Gaules.

OEgidius était gaulois d'origine, à ce qu'il semble, mais de ceux qui s'étaient mêlés à la cause de l'Empire, et c'est pourquoi Grégoire de Tours dit le Romain OEgidius. Il était maître des miUces, et l'ascendant de son mérite se faisait sentir au loin. Il en usa, non pour briser les formes romai* nés, mais pour déplacer l'autorité.

* Sidoine Apollinaire. Carm. revers. 571.

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Ce fàt lui qui devint Finstrument de rétablissement des Francs dans les Gaules. Apparemment les Francs s'aperçurent que c'était le moment d'arriver à la conquête , sinon par les armes, au moins par la politique. Tout le génie de la barbarie se déploya à cette^œuvre. ,

Par malheur , Thistoire n'a point éclairé cette transformation. A défaut de souvenirs précis, elle nous a transmis des scènes de romans.

« Childéric, roi des Francs, dit Grégoire de Tours, s'a-, bandonna à une honteuse luxure, déshonorant les femmes de ses sujets. Ceux-ci , s'indignant de cet outrage , le détrdnërent. Ayant découvert qu'on en voulait même à sa vie , il se réfugia dans la Thuringe , laissant dans son pays un homme qui lui était attaché, pour qu'il apaisât , par de douces paroles, les esprits furieux. Il lui donna aussi un signe, pour qu'il lui fît connaître quand il serait temps de retourner dans sa patrie , c'est-à-dire , qu'ils divisèrent en deux une piè^e d'or, que Childéric en emporta une moitié , et que son ami garda l'autre, disant : Quand je vous enverrai cette moitié , et que les deux parties réunies formeront la pièce entière , vous pourrez revenir avec sûreté dans votre patrie. Étant donc passé dans la Thuringe , Childéric se réfugia chez le roi Basin et sa femme Basine. Les Francs , après l'avoir détrôné , élurent pour roi , d'une voix unanime , CUgidius , qui , ainsi que nous l'avons dit , avait été envoyé , par la République Romaine , comme maître de la milice. Celuirci était déjà dans la 8* année de son règne, lorsque le fidèle ami de Childéric, ayant secrètement apaisé les Francs, envoya à son prince des messagers pour lui remettre la moitié de la pièce qu'il avait gardée. Celui-ci, voyant, par cet indice certain, que les Francs désiraient son retour, et qu'ils le priaient euxmêmes de revenir, quitta la Thuringe, et fut rétabli sur son trône *. »

Le récit de cette aventure dans Frédégaire est varié d'anecdotes poUtiques ; l'historien veut montrer l'habileté de

' Grég. de Tourg, Ut. il

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