‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 30 sur 59 · En Espagne , la guerre se montrait encore » et · texte numérisé non relu

En Espagne , la guerre se montrait encore » et

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Louis d'AquitaiDe soutenait noblement Thonneur des armes franques. Les Sarrasins avaient voulu lui disputer rentrée de Barcelonne ; il fut obligé d'en faire le siège. Les Sarrasins fmirent par être vaincus , et la croix était maîtresse jusqu'à Saragosse.

Le palais de Charlemagne put donc retentir de fêtes et de triomphes. On s'appliqua à étaler devant les ambassadeurs de Perse une magnificence qui pût imposer à leurs regards. Les pompes chrétiennes faisaient la principale partie de ce luxe. A l'aspect de ces évêques , de ces prêtres , de ces diacres , revêtus de leurs ornements splendides, les hommes de T Orient restaient confondus. « Nous avons vu jusqu'ici, disaient-ils, des hommes de terre, maintenant nous voyons des hommes d'or. » Puis venaient des spectacles d'une autre sorte , des chasses et des combats inusités chez les Orientaux. Dans une de ces chasses , contre des buffles , Charlemagne déploya son courage et son adresse. Mais pourtant il fut blessé , et il pouvait périr , sans l'intrépidité d'un officier alors frappé de disgrâce, qui tua le buffle d'un javelot. Chailemagne rendit ses faveurs au Franc généreux.

Ces distractions royales ne détournaient pas Charlemagne de ses pensées de gouvernement ou de conquête. Il ne cessait de montrer ses armes aux Saxons , et cette année encore il envoya jusqu'au delà de l'Elbe s'assurer de la soumission et de la paix des peuples. D'un autre côté , l'Italie l'occupait encore. Le duc de Bénévent, Grimoald, remuait toujours sourdement, et les Grecs du fond de la Sicile entretenaient ces agitations. Charlemagne finit par vouloir tout soumettre à son sceptre. Ce dessein alla troubler l'empire de Constantinople , et les ambassades recommencèrent. Dans ce même moment, l'impératrice Irène , inquiète de son avenir et menacée par les intrigues comme par sa conscience , imaginait d'aller au-devant de tous les périls en renouvelant la proposition qu'elle avait déjà -faite à Charlemagne de l'épouser. Des messages furent échangés à ce sujet , et peut-être Charlemagne aurait fini par se laisser séduire à cette idée d'une vaste domina-

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iion, qui eût tenu TOrient et rOccident sous une seule autorité. Mais tout à coup une révolution éclate dans le palais dlrène. Ses plans étaient trahis. Us blessaient rambition, sinon la dignité, de quelques chefs de cet empire dégénéré : chacun leur opposa des manèges et des crimes. On improvise des prétendanls à la puissance ; un eunuque, fAëtius, ministre d'Irène, présente son frère Léon; des officiers de la cour jettent en avant le patrice Nicéphore, agréable au peuple : ceux-ci remportent, parce qu'ils se hâtent. Nicéphore est introduit dans le palais; les autres palrices le saluent; on met des gardes aux portes. Irène voitcemouvementsanspouvoirrarrêter; tout lui échappe: on lui demande la clef de ses trésors , et alors elle se voit en péril; elle s'humilie à la prière , et elle se fait promettre la vie sauve , et le droit de rester femme vulgaire dans ce palais qu'elle a construit; on lui promet tout, et quand les trésors sont livrés, on l'envoie à l'île de Lesbos. Reine infortunée , qui, à force de génie, avait fait ses malheurs ! Elle s'était sentie de force à porter la couronne; mais elle la souilla par le crime. Elle eût pu servir de conseil à son fils; elle aima mieux le perdre. Et à la fin son ambition était trahie par la fortune : elle'alla mourir tristement dans un exil, et le premier patrice venu suffit pour la punir et prendre sa place.

803. — Cet empereur nouveau, ainsi jeté au trône , se hâta d'envoyer des ambassadeurs à Charlemagne, et ils furent reçus avec plus de pompe qu'il ne s'en était vu encore. Le moine de Saint-Gall prend plaisir à décrure les salles par où on les Ht passer pour les conduire de magni^ licence en magnificence au trône du monarque français. C'était un étalage nécessaire sans doute en ces temps d'oiw ganisation monarchique, où la puissance sortait des camps et se devaitmontrerimposante autrement que par le glaive^ Charlemagne apparut aux envoyés dans un appareil véné*

' C'est , sous le rapport des usages et des mœurs , un fragment curieux à lire que cette description , où l'on voit les 'fonctions du palais déjà établies , le comte de Tétable , le maître de la table , ete. ^

rable, entouré de ses enfants, des évêques et des grands de Tempire. Ils tombèrent à ses pieds avec tremblement, dit le moine chroniqueur, et l'empereur les releva avec bonté. Alors commença une négociation sur la reconnaissance réciproque des deux empereurs. Des deux côtés, la politique tint lieu d'affection , les Grecs ne pouvant contester à Charlemagne un titre conquis et défendu par Fépée, et Charlemagne nç voulant point jeter son intervention par delà les mers en faveur de droits douteux ou déshonorés. Une question plus sérieuse fut celle de la limite des deux empires. L'Italie fut coupée en deux parts : rOrient pour Charlemagne, TOccident pour Nicéphore : ainsi la paix était affermie, et Charlemagne pouvait porter tous ses soins vers la Germanie.

804. — Toujours cette guerre immortelle de la Saxe revenait à son esprit; enfin il inventa un rude moyen de domination , ce fut de transporter ces peuples dans les Gaules, et de réduire le reste par une législation de servitude. Dix mille familles furent ainsi dispersées en colonies ; il les choisit de préférence au delà de l'Elbe, où semblait s© nourrir la révolte, et il donna leurs terres aux Obotrites. Les Saxons restés dans leurs pays furent soumis à des épreuves de fidélité; la transmission de leurs biens ne se pouvait faire que sous le bon plaisir de Charlemagne, et cette condition violente devint le seul gage de leur soumission. Dès ce moment, la nation fut domptée; mais aussi il n'en restait guère que le nom, la Saxe avait disparu. L'empereur portait ses vues plus loin dans le Noid. Le pays des Abares avait été dépeuplé, ravagé par les guerres ; ^'y jeta des colonies bavaroises, dans le double but de ranimer ces régions ravagées et de les éclairer par la communication du Christianisme. Ainsi les populations étaient <léplacées dans toute la Germanie; les habitudes étaient mêlées; les mœurs étaient changées; l'indépendance et la révolte devenaient défiantes , et de ce renouvellement ^'idées et de besoins naissait une disposition inconnue à îa tranquiUité.

Les Danois seuls parurent n'être pas atteints par ce

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génie de commandement et de conquête. Leur roi, Godefroy, devait avoir une conférence avec Charlemagne. Il eut peur de ce contact, et se contenta d'envoyer des ambassadeurs, qui firent des promesses de soumission. Mais l'indépendance restait au fond de sa pensée.

Après cela, peu d'événements se montrent. L'empereur se reposait de ses longs travaux, et le pape vint le visiter à Aix-la-Chapelle, comme pour jouir de sa gloire [803]. Si au loin quelques troubles apparaissaient, Charlemagne y envoyait un de ses fils, et le calme renaissait. Ainsi, dans le pays des Abares, se montrèrent des incursions d'Esclavons ou de Bohémiens ; le chagan ou chef des Abares, qui était chrétien, se tourna vers l'empereur, qui fit partir Charles, son fils, et la répression se termina par la mort du roi des barbares. Le monde ne se mouvait que sous la main du grand empereur; et c'est d'Aix-la-Chapelle, ou des palais voisins*, que parlait ce mouvement immense de domination et de politique.

806. — Cependant son génie parut s'inquiéter de l'avenir. Tandis que lui arrivoient de toutes parts les affaires des peuples, et qu'il réglait par son autorité les dissidences, il pressentit aisément que le poids de ce gouvernement universel serait lourd pour ses enfants, déjà divisés d'ailleurs par des rivalités. Alors il résolut de se rendre maître de l'avenir lui-même; c'était vouloir dépasser la borne des forces humaines. Il fit donc une assemblée des premiers d'entre les Francs* à Thionville, et il mit plus de solennité que de coutume à cette réunion. Il y parut sur un trône, ayant le sceptre dans sa main, et revêtu de toutes les marques de l'empire. Il voulait, dit-il aux grands qui l'entouraient, assurer dans l'État une longue paix. Il avait trois fils, qui méritaient chacun l'empire ; mais il voulait éviter que le partage de tant de nations, actuellement soumises au même sceptre, devînt entre eux, à sa mort, une occasion de discorde, et pour cela il avait réglé d'à*

* Thionville, MeU, eto.

' Eginhard.

vaiîce la distribution qui serait faite d'un si vaste royaume, ^et il la voulait remettre à la garde et à la fidélité de ceut qui l'avaient servi de leur épée , et ne manqueraient jamais à ses enfants. Et après ces paroles , il fît lire le testament qu'il avait écrit. ■

Charlemagne donnait à Louis d'Aquitaine tout le pays de la Loire aux Pyrénées , Tours excepté , et toutes les terres d'Espagne ; puis, tirant une autre ligne par le centre des Gaules , de Nevers jusqu'au Rhin , il ajoutait l'Alsace, une partie de la Bourgogne , le Lyonnais , et suivait tout le long des Alpes jusqu'à la mer , et puis de la mer jusqu'en Espagne , par l^a Provence et le Languedoc.

Pépin , roi d'Italie , devait avoir toutes les possessions par-delà les Alpes , et puis la Bavière , la partie de la Germanie qui suit la rive méridionale du Danube , et toutes, les contrées du Danube au Rhin , et du Rhin jusqu'aux: Alpes, vers l'Orient et le Midi , et enfin une partie du pays . des Grisons et le Turgau.

Tout le reste de la domination venait à Charles, savoir : ^ la Gaul^ en deçà de la Loire , depuis la Touraine , la por- . tion intacte de la Bourgogne, toute la Germanie occidentale, la Tieille Neustrie, l' Austrasie, la Thuringe, une partie delà Bavière également détachée du domaine de Pépin , et enfin la Saxe et la Frise, jusqu'à l'embouchure de l'Escaut.

Tel était le partage tracé du doigt puissant de Charlemagne sur les terres de l'Europe ; puis il avait réglé ce . qui serait fait dans le cas où l'un des frères viendrait à mourir. Chose étonnante î Rien ne semblait omis pour assurer la division de l'Empire , ^'est-à-dire sa ruine , après que le grand homme. avait épuisé sa vie à en constituée la forte unité; et si l'un des rois mourait , laissant des enfants, ses frères devaient protéger l'héritage de leurs neveux , et assurer à chacun sa part dans cette distribution nouvelle. Charlemagne semblait donc appHqué à défaire son œuvre , et ainsi le génie humain trahissait même eu ûû si grand homme sa débilité *.

• Voycïle texte du partage dans Baluze.- CapUul, ad an. 80«.

Cet acte, au reste , fut signé par tous les grands de rassemblée , qui s'engagèrent par serment à le maintenir de leur épée , et l'empereur l'envoya au pape par son- secrétaire Eginhard , pour le lui faire signer aussi, et le rendre ainsi plus vénérable encore et plus sacré dans l'avenir.

Les deux rois d'Italie et d'Aquitaine regagnèrent alors leurs royaumes , et Charlemagne reporta son regard vers le Nord. Une peuplade d'Esclavons, que l'histoire nomme Sorabes, parut remuer ; il leur envoya son fils Charles , qui tua leur duc, et bâtit deux forts sur les deux fleuves de la Sale et de l'Elbe pour les contenir. Les Bohémiens menaçaient encore ; une armée de Bavarois, d'Allemands et de Bourguignons alla les comprimer. Au Midi , la guerre avait plus d'importance , bien qu'elle ne parût pas trèsanimée. Le roi Pépin délivrait la Corse de l'invasion des Maures. Les Navarrois et les Pampelunois , déjà détaches de la domination sarrasine , s*unissaieitt à la France par une alliance; le roi Louis portait les armes françaises jusqu'à l'Ebre^ passait la Cinca et la Sègre, s'emparait de Villa-Rubia , et accoutumait les Espagnols à l'idée de sortir de leurs montagnes et de reprendre les cités qua les Maures avaient conquises.

807. — Alors on vit encore arriver une ambassade d'Haroun , roi des Perses. Les historiens décrivent poétiquement la richesse des dons qu'il envoyait à Charlemagne, Cétaient des manteaux de soie , des étofxes ]s»[^écieuses , et toutes sortes de parfums ; mais deux objets surtout frappaient l'attention : une tepte immense , qui comprenaii toutes les pièces d'un appartement, et qui avait l'air pk^ tôt d'uAe maison que d'une tente ; elle était d'une toile de lin très-fin , et les cordes en étaient peintes d'admirables couleurs ; puis une horloge ingénieuse , qui marquait les heures au moyen de boules d'airain qui tombaient sur une cymbalt? d'airain ; sur le cadran s'ouvraient alternative^ ment douze portes que douze cavaliers venaient fermer quand la révolution des heures était achevée. Ce fut là un grand sujet d'admiration pour des peuples dont les «r4s

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