‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 38 sur 59 · H1ST01EE BE FRÂKGE · texte numérisé non relu

H1ST01EE BE FRÂKGE

grand homme : plusieurs chefs ne surent que se faire tuer comme lui. Et cependant la terreur était si grande parmi les Normands , qu'à peine délivrés de leur péril ils eurent hâte de regagner leurs vaisseaux , et ils furent deux ans sans recommencer leurs pirateries.

Robert n'avait donc été que montré au monde. Mais sa gloire survivait et son nom restait marqué pour une grande destinée. Dès ce moment , Thistoire commence à le nommer du nom de Robert le Fort, et elle cherche à Fagran^r en le disant issu du sang de Charlemagne ; mais cette descendance est douteuse ; Robert se fît une grande existence par son épée, et le roi Charles le Chauve se plut à le doter de puissance , lui donnant tout ee qu'il put de titres et de domaines , d'abord dans la Touraine et dans rAnjou^ pois en d'autres pays *, comme pour préparer sa race à l'indépendance de sa destinée.

Cependant le monde se traînait dans l'anarchie , et la papauté seule se constituait politiquement, comme il convenait à des temps à qui toute puissance allait défaillir.

Le grand pape Nicolas déployait un génie de force et de prévoyance contre les déchirements des Gaules et de J'italie, opposant une digue à la licence des rois aussi bien qu'à leurs usurpations.

Cette affaire du divorce de Lothaire reparaissait encore. L'archevêque de Cologne, ardent souteneur du concile de Metz, quoique dépose par le concile de Rome , avait osé lutter contre le pape ; il lui avait envoyé «ne lettre insolente, qu'il avait fait remettre sur le tombeau de saint Pierre, comme pour faire de son injure une sorte de sacri* lége. Puis il s'était tourna avec des espéianees pks té» méraires vers Photins , patriarche de Constantinople , au moment oh un fatal déchirement tombait sur FÉglise grecque. Le pape, menacé par de formidaUes {^'essenti* ments, ne sacrifia point la hberté de la morale , et il persévéra dans ses analhèmes contre Tadultère. Lothaire eut l'air de fléchir; mais il fallait au pape une réparation vé-

'* Annales de Saint-BerUn, Passim»

HISTOIRB DE F&AKCE. 4Sd

ritdble. LMntérêt politique vint se mêler à la terreur de rexcommunication, et Lothaire ajouta à la publicité des débauches la lâcheté des hypocrisies. La reine Theutberge fut rétablie dans le palais, et la concubine Yaldrade eut Fair d'aller chercher à Rome Fabsolution des scandales; mais bientôt Lothaire rappelait la maîtresse et chassait la reine. Le pape aussitôt éclate en menaces, et il excommunie Yaldrade; Lothaire alors se fait suppliant. Le roi de Gjermanie demandait grâce pour lui ; plusieurs évèques sollicitaient de même : tous disaient que Yaldrade était femme de Lothaire, et qu'il Tavait épousée avant d'épouser Theutberge. Rien ne touchait le pape; enfin Lothaire demanda de l'aller trouver en personne. Le pape imposa pour condition de son voyage que toutes les réparations fussent faites d'avance ; c'était une sévérité outrée en apparence : mais au scandale privé du monarque se joignaient d'autres désordres qu'il fallait réprimer. Yaldrade était un appui aux niauvais évSques, et l'intrigue désolait et déshonorait l'Église; c'est ce double mal que le grand fape voulait arrajcher.

Par malheur, il mourut sur ces entrefaites, et Lothaire sespira un moment dans ses débauches.

Charles le Chauve s'ejflorçait de ramener de l'ordre dans son royaume, mais par un système de faiblesse qui hâtait sa décadence. L'indépendance des ducs bretons le fatîr Ç^ait; pour la rendre moins importune , il la rendit plus mrmidable, en concédant au duc Salomon un agrandissement de domaines qui embrassait le pays Nantais et allait de Rennes au Mans, puis jusqu'en Anjou, et même jusque sur une portion des terres qui devaient porter plus tard le nom de Normandie. Il est vrai que le roi pallia ces concessions par une sorte de vasselage, dont le duc breton subit cette fois la condition, mais qui n'ôtait rien aux périls d'une existence politique si considérable. En même temps, le roi Charles faisait couronner la reine Irmintrude, sa femme, comme pour s'affermir lui-même contre des entreprises domestiques ; et le jeune Charles, roi d'Aquitaine, son fils, étant mort des suites d'une blessure faite à la chasse » il

460 HISTOIRE DE FEAIfCB.

donna cette souveraineté à son fils Louis, pour achever de remettre autour de lui Tharmonie.

868. — ^Ën môme temps, le roi de Germanie, Louis , ramenait aussi à la soumission ses fils Carloman et Louis , qui avaient plus d'une fois troublé sa vie. D'ailleurs , nul événement ne se produisait , et les rois vivaient dans une sorte de mollesse politique , qui ressemblait à de la paix.

Lorsque le nouveau pape Adrien II eut pris le gouvernement de TEglise , FaiTaire du divorce de Lothaire se raviva d'elle-même. Lothaire commença par une humble lettre qu'il lui adressa. Il déplorait la mort de Nicolas , que Dieu sans doute avait mis parmi ses saints. Il donnait des larmes à sa mort , et il rappelait avec douleur comment ce pape, si regretté, s'était pourtant laissé tromper sur sa conduite par les artificesdescalomniateurs. « Je l'avais supplié, disait-il, de vouloir bien m'entendre en présence des accusateurs , et de trouver bon que j'allasse porter à Rome ma propre défense, et jamais il n'a voulu m'accorder une demande si juste, b Et après ces douces plaintes , il demandait au nouveau pape avec des supplications qu'il lui fût permis de suivre ses desseins.

Devant cette humilité de la prière , le pape ne pouvait rester impitoyable, etil répondit par des paroles clémentes. Mais , en même temps , Charles le Chauve , protecteur fidèle de la reine Theutberge, déférait à un conseil d' évoques celte affaire si longtemps et si diversement agitée. Les conflits armés pouvaient renaître. Lothaire veut les prévenir en s'assurantdesdispositionsde l'empereur Louis, agréable au pape , à cause de son zèle pour l'Eglise , et aussi pour la liberté qu'il avait laissée à son élection. H essaya même de se faire de sa femme Theutberge un instrument, et il l'envoya à Rome solliciter pour lui et aussi s'accuser elle-même. Le pape, bien que d'un caractère débonnaire , ne voulut pas croire à ces sortes de fables , dit le chroniqueur *. Mais il espérait arriver aux réparations par de la douceur. Il écrivit à Lothaire une lettre

* Annales de Saint-Bertin,

touchante en laveur de la reine, et il leva rexcommunication de Valdrade. Charles le Chauve s'irrita de cette clémence. Les inimitiés subsistaient entre lui et Louis de Germanie; l'intérêt les rapprocha quelques moments : leur dessein était de provoquer l'excommunication de Lotbaire, pour avoir le droit de se partager ses dépouilles. Le pape eut le temps de prévenir celle anarchie nouvelle, en envoyant à Louis des paroles de conciliation , et Lothaire reconnaissant, mais effrayé, eut hâte d'aller à Rome, pour s'affermir davantage contre les menaces qui pouvaient renaître à chaque moment.

Toutefois le pape , avec son caractère miséricordieux , n'accordait rien au delà de sa charge apostoUque ; et comme Lothaire demandait avec instance d'être admis à la communion, en jurant qu'il avait rompu tout commerce avec Valdrade, depuis qu'elle avait été excommuniée par Nicolas, le pape le reçut à la sainte Table, avec des paroles solennelles, qui , au lieu de grâces, appelaient sur sa tête le courroux du ciel, dans le cas où ses serments seraient des parjures. « Si vous n'êtes point coupable de l'adultère que mon prédécesseur vous a défendu de commettre , disait le pontife du haut de l'autel, et si vous êtes résolu de ne le point commettre dans la suite , approchez avec confiance du Sacrement, et qu'il vous serve à la rémission de vos péchés. Que si votre conscience vous reproche d'avoir commis le crime depuis le temps que je vous ai marqué, ou si vous n'êtes pas résolu d'y renoncer pour toujours, gardez-vous de toucher le corps de votre Sau* veur. »

Ainsi parla le pape Adrien. Le roi passa outre, pour témoigner de son innocence , et il reçut la communion. Les gens de sa suite vinrent ensuite à la sainte Table , et le pape renouvela sur eux ses paroles de clémence et d'anathème. Quelques-uns s'éloignèrent avec effroi; la plupart se firent un jeu du sacrilège. L'archevêque de Cologne vint ensuite, et avant de recevoir la communion avec les laïques, il lut une rétractation de ses égarements, 6t publia la justice des sentences qui l'avaient frappé.

Telle fut la réparation de Lothaire. Il croyait avoir ainsi conquis le droit de l'adultère , et il se préparait à s'en retourner plein de joie. Le pape lui avait fait des présents : c'étaient une lionne , une palme et une baguette ; il se trouva des esprits subtils pour interpréter la signification de ces symboles. La lionne indiquait que Lothaire reprendrait Valdrade; la palme , qu'il serait victorieux dans ses entreprises; la baguette, qu'en persistant il soumettrait les évoques qui lui résistaient. Ces chimères étaient loin delà pensée du pape, qui se disposait, au contraire, à mettre fin à ces longs scandales par Tenvoi de deux légats et la convocation d'un S3mode. Mais Lothaire s'en allait, chargé d'un anathème. «Arrivé à Lucques, dit le chroniqueur , il fut pris de la fièvre , et la contagion se déclara parmi les siens, qu'il voyait mourir par tas devant ses yeux. Ne voulant pas comprendre le jugement de Dieu, il continua son chemin jusqu'à Plaisance, où il arriva le 6 août 869. Il s'y arrêta à cause du jour du Seigneur; et vers la neuvième heure, il tomba soudainement privé de mouvement, perdit l'usage de la parole, et le lendemain mourut à la seconde heure du jour, et fut porté en terre dans un pauvre monastère voisin par le petit nombre des siens qui avaient survécu à la contagion *. »

Cette mort frappa de terreur les rois et les peuples. La reine Theutberge pleura le roi, qui l'avait abreuvée de douleur, et elle alla cacher sa vie dans un couvent, à Metz. Valdrade, avec sa honte ou ses remords, se retira de même dans le monastère de Remiremont.

Bientôt l'ambition des rois survivants est éveillée. Le roi Louis de Bavière était occupé à une guerre, souvent ravivée, contre les Venèdes; l'empereur Louis luttait contre les invasions des Sarrasins; Charles le Chauve était seul libre en ce moment, et il courut vers la Lorraine.

Déjà une assemblée d'évêques était formée à Metz; le roi se rendit à l'église parmi des flots de peuple. Chacun le désignait roi, et les évêques étaient résolus à lui déférer

* Annales de Saint-Bertin,

HISTOIRE DE FRAIVGE. 463

la souveraineté du pays, pour nele point partager. Advence, évêque de Metz, conduisait celte affaire hardie, et il convient de noter Taccord du clergé et du peuple dans cette espèce d'élection. D'abord Tévêque publie un CapUulaire, une sorte de proclamation au peuple. « Comme d^un accord unanime nous avons reconnu, dit Tévêque, que la volonté de Dieu, qui fait la volonté de ceux qui le craignent et entend leurs prières, est que nous ayons pour héritier légitime de ce royaume, c'est à savoir, pour notre maître, roi et prince actuel, Charles, à qui nous nous sommes remis volontairement pour qu'il nous gouverne et nous défende; nous sommes d'avis, s'il vous plaît, comme nous vous le ferons connaître, après qu'il aura parlé, que nous montrions, par un signe certain, que nous le regardons comme choisi de Dieu et donné par lui pour notre prince... ; et s'il lui plaît, il nous paraît convenable et nécessaire que nous entendions de sa bouche les paroles qu'un peupla fidèle et unanime à le servir, chacun en son rang, doit entendre d'un roi très-chrétien, et accueillir avec dévotion. »

Et aussitôt Charles le Chauve prit la parole, et s'engagea envers les évêques et le peuple par cette déclaration :

<t Puisque, ainsi que l'ont dit d'une seule et même voix ces vénérables évêques, lesquels ont montré des indices certains de votre unanimité, vous avez proclamé que je suis arrivé ici par le choix de Dieu pour vous sauver, proléger, conduire et gouverner ; sachez que, Dieu aidant, je veux maintenir l'honneur et le culte de Dieu et des saintes églises du Seigneur, et, selon mon savoir et mon pouvoir, honorer, défendre et tenir chacun de vous honoré et défendu selon l'ordre et le rang de sa dignité et de sa personne; et à chacun, dans son rang, selon les lois qui le concernent, tant ecclésiastiques que séculières, conserver la loi et la justice, afin que chacun, selon son rang, sa dignité et son pouvoir, me rende les honneurs royaux et l'obéissance qui m'est due, maintienne mon pouvoir, et m'aide à tenir et défendre le royaume que Dieu m'a donné, ainsi que vos prédécesseurs l'onl fait justement, fidèlement et raisonnablement à mes prédécesseurs. »

Alors Hincmar, que les évêqaos avaient appelé parmi -eux, bien qu'il fût métropolitain d'une autre province, pour donner une autorité plus grande à leur délibération, «leva la voix dans l'assemblée, expliquant d'abord l'espèce de juridiction qui lui était décernée, comme pour empêcher qu'elle ne parût à quelques-uns une usurpation. « Nos vénérables seigneurs et confrères de cette province, disait-il, n'ayant pas d'évêque métropolitain, ont prié et admonesté notre exiguïté d'agir, par une charité fraternelle, en leurs affaires comme dans les nôtres propres. En est-il ainsi , nos seigneurs nos frères? » Et les laïques répondirent : Il en est ainsi. Et Hincmar reprit en ces termes : « C'est par la volonté de Dieu que notre seigneur et roi actuel, lequel dans les domaines qu'il tient et a tenus, gouverne et a gouvernés utilement, traite et a traité salutairement le pays, et nous et nos églises, et le peuple qui lui a été confié, est venu, sous la direction du Seigneur, de là en ce pays où vous avez aussi afQué; et vous vous êtes volontairement recommandés à lui, par l'inspiralion de celui qui donna à tous les animaux , sans que nul les y forçât, Tinstinct de se réunir dans l'arche de Noé, image de l'unité de l'Église.

. » Vous le pouvez reconnaître, non-seulement en ce que vous a dit notre seigneur évêque et confrère Advence , tant en son nom qu'en celui de nos vénérables confrères et les pieux évêques, mais encore en ce que son père, le seigneur Louis, pieux empereur auguste, de sainte mémoire, est issu, par le bienheureux Arnoul, duquel le pieux Auguste Louis a tiré son origine charnelle de la race du célèbre Louis (Clovis), roi des Francs, qui fut converti, avec toute sa nation , par la prédication apostolique et

cathohque du bienheureux Rémi Et comme, ainsi que

nous le lisons dans les histoires sacrées, les rois, quand ils acquéraient de nouveaux royaumes, mettaient sur leur tête les diadèmes de chacun de ces royaumes , il ne vous paraîtra pas hors de propos, vénérables évêques, que, s'il plaît à votre unanimité, il soit consacré par la sainte onction de Dieu, en signe du royaume duquel vous êtQs venus

HISTOIRE DE FRÂIÏGE. 46S

TOUS réunir autour de lui et vous recommander à lui , et soit couronné devant cet autel parle ministère sacerdotal; que si cela vous plaît, exprimez-le tous ensemble par vos propres voix. Et tous s' étant écriés de concert , le même évêque dit :

Offrons donc unanimement nos actions de grâce au Seigneur, en chantant : Te Deum laudamvs *. »

Toute cette solennité était remarquable, en ce qu'elle offrait un mélange de droits contraires; d'un côté, les évoques et le peuple disposant du royaume par une élection qui paraissait libre; de l'autre, une sorte de légitimité étant proclamée en faveur de Charles le Chauve, par sa descendance de Charlemagne et de Clovis , et enfin ce droit même de légitimité n'étant toutefois promulgué qu'à l'exclusion des rois qui pouvaient se présenter au même titre, ce qui ressemblait à une usurpation.

L'histoire a dû plus d'une fois observer qu'alors le droit royal était confus, et il serait sans utilité de raviver aujourd'hui l'.érudition qui, en d'autres temps, s'apphqua à rechercher tous les indices d'où pouvait sortir sous la deuxième race un système de succession fondé sur l'élection combinée avec l'hérédité *. 11 estmanieste que, même dans les usurpations, l'hérédité survivait comme principe général de succession. Mais il est manifeste aussi que les évêques, représentants de la société moralement et politiquement constituée, avaient retenu le droit de marquer au front le roi véritable , et que ce droit subsistait, publiquement ou tacitement reconnu par les rois même, aussi bien que par les peuples. C'est une grande erreur philosophique de nier historiquement un droit si généralement exercé, par la seule raison qu'il blesserait des pensées diverses admises depuis comme règles de politique. Mais le fait reste patent, et c'est tout ce qu'il faut. L'étude des

' Ann. de Saint-Bertin. — Edit. de M. Guizot. Mêmes pièces en latin dans Baluze. — Capit. ad an. 870. Tom. H.

" Voyez suitout les Mémoires qui servent d'introduction à Thistoire du père Daniel.

466 mSTOIBE DB FRANGE.

tomps vient ensuite , et le moment est arrivé oli Thistoire peut sans crainte affirmer que ce droit épiscopal d'élire, ou de confirmer,, ou de consacrer, fut, malgré Fabus énorme qui pût en être fait , le seul obstacle opposé à cet autre droit de la force , par lequel la nation se fût cruellement abîmée dans tous les désordres.

Toutefois , pour revenir à la succession du roi de Lorraine , les évêques qui , par une pensée admirable de monarchie , tendaient à l'unité de l'arche de Noé, ne purent empêcher que Louis, roi de Germanie , et le jeune empereur Louis , ne cherchassent à revendiquer leur part d'hérédité. Charles le Chauve avait été couronné d'une manière soudaine et presque subreptice. Aussitôt la guerre lui est montrée par le roi de Germanie ; Charles répond par des offres de partages. De son côté Tempereur était favorisé du pape , qui menaçait d'excommunier ceux qui méconnaîtraient son droit. Les laïques allèrent aU'-devant de ces menaces. Ils semblaient n'admettre à la succession que le frère du roi , et ainsi le droit de transmission et de partage , en s'aiTaiblissant , servait à fortifier l'autorité et laissait entrevoir l'unité de la monarchie.

Quelle que fût la ténacité du pape en cette affaire polit!-que , l'intervention des évêques n'en fut pas déconcertée. Le royaume de Lorraine fut coupé en deux portions : Tune embrassant les cités de Cologne , d'Utrecht, de Strasbourg, de Bâle et leurs domaines , pour le roi Louis de Germanie; Fautre embrassant la Haute-Lorraine , la Frise et la plus notable partie de la Bourgogne , du Dauphiné et du Languedoc, pour le roi de France ; ainsi , par degrés, la mo* narchie se montrait dans son aspect de puissance , et ce furent les évêques qui eurent le pressentiment de son flivenir.

Hincmar eut quelque temps encore à défendre le roi et à se défendre lui-même contre le pape , et il le fit avec la liberté d'un évêque habile à concilier les devoirs. Bientôt la raison pohtique fut maîtresse , et le pape laissa aller les choses selon la convenance de chaque peuple. L'empereur Louis n'avait point, d'ailleurs, des pensées d'agran-

dissement, et la gloire de protéger l'Italie contre les armes des Sarrasins suffisait à son ambition de prince fidèle et de catholique fervent.

Dès loTS, peu d'événements se montrent dansleroyaume; mais d'horribles drames désolent la vie des rois.

Charles le Chauve , un de ces caractères mal saisis par l'histoire , parce qu'il manquait de supériorité dans le bien comme dans le mal, avait pourtant un vague instinct d« royauté. Afin de prévenir les maux d'une succession divisée , il avait destiné ses deux derniers fils aux charges de l'Eglise: Nous avons vu déjà la mort de celui qui fut , dès le berceau, roi d'Aquitaine. Lothaire, l'un de ceux qui devaient entrer dans la vie sacerdotale , mourut aussi de bonne heure. Il en restait un, nommé Carloman, qui était diacre aux temps que nous parcourons. Je ne sais quelle ambition d'indépendance furieuse alla brûler son âme dans la solitude , et on le vit sortir de ses cloîtres et appeler autour de lui des troupes de malfaiteurs et de bandits , et avec ce cortège infâme se déclarer rebelle contre le roi son père. Il allait au hasard par les provinces, pillant et ravageant, exterminant les fidèles , séduisant les faibles, promenant le brigandage à la façon d'un chef de barbares. On l'attaqua en divers lieux, et lorsque la justice de son père lui fit peur, il se fît suppliant, mais pour recommencer bientôt après ses fureurs.

Par une fatale coïncidence , les deux derniers fils de Louis de Germanie donnaient en même temps les mêmes ' exemples. Ils étaient en pleine révolte , pour contraindre leur père à leur concéder une part de son royaume ,. comme il en avait accordé une à son fils aîné. Toutes ces rébellioiis cherchaient à s'affermir entre elles, et comme la guerre des Wenèdes était toujours présente, le roi Louis, pour ne pas multiplier ses périls, fit des concessions à ses enfants. En France, au contraire, l'État était tranquille , etrindignation contre le rebelle Carloman était au com^ blé. Les évêques l'avaient excommunié , et son père le livra à la justice séculière. On le condamna à périr; puis » comme pour lui faire grâce du dernier supplice , on or-^

donna qu'il aurait seulement les yeux crevés. Le malheureux , ainsi mutilé , parvint à s'échapper de la prison où il devait passer sa vie , et il se retira auprès du roi do Germanie , qui lui donna l'abbaye d'Epternac ; sinistre spectacle pour ceux de ses fils qui avaient donné au peuple le même exemple de révolte.

871 — 874. — Pendant ce temps, la guerre et Tintrigue troublaient l'Italie. Basile , empereur de Constantînople ^ eut tour à tour des amitiés et des querelles avec l'enipereur Louis, et, après s'être concerté avec lui pour l'expulsion des Sarrasins, il avait fini par lui susciter. des difficultés à lui-même , en jetant une Hotte sur les côtes d'Italie , et excitant le duc de Bénévent à des révoltes. L'impératrice Ingelberge fut utile à Louis par son active habileté, et plus d'une fois elle le sauva des périls. Puis elle-même devint en butte à des cabales de palais , et elle les vainquit également. Enfin, le pape Adrien II mourut, et son successeur Jean VIII ramena la paix par sa médialion.

En France , les Normands reparaissaient. Charles le Chauve , puissamment aidé de Salomon,duc de Bretagne, les frappe de défaites meurtrières ; mais ils restent comme enracinés dans le sol. Tout ce qu'on put faire de mieux, ce fut de laisser s'établir ceux qui avaient embrassé le christianisme. Mais la piraterie se survivait à elle-même, et le roi manquait de vaisseaux pour l'exterminer. Le duc Salomon lui était un ennemi plus formidable; mais il périt durant ces guerres par une affreuse tragédie Une conspiration de Bretons et de Francs se forma contre lui. Onluicrevales yeux , et il mourut le lendemain des suites de ce supplice : « Ainsi justement récompensé, dit le chroniqueur, d'avoir tué sur l'autel, où il invoquait le nom de Dieu son Seigneur, Hérispoë, qui, pour échapper à sa poursuite, s'était réfugié dans une éghse *. » Crime et justice , tout fut atroce.

En môme temps mourait l'empereur Louis, ne laissant

* AnDales de Saiot-Bertin.

HISTOIRE DE FBANCE. 469

point d'enfant mâle , et aussitôt la fortune de la France parut changer.

875. — ^Le roi Charles , qui semblait retrouver toute l'activité du génie, lorsqu'il s'agissaitde ramener la puissance à son unité , se précipita sur l'Italie avec une armée. Louis, roi de Germanie, ne pouvait être si prompt; mais son ambition était égale. Chacun aspirait au titre d'empereur, et il semblait qu'il devait revenir à Louis , qui était le fils aîné de Louis le Débonnaire. Les intrigues eurent en un seul moment remué le monde. L'Italie s'agita; le pape fut fatigué de cabales ; l'empereur Basile eut même sa part de négociation : tout semblait pencher vers Louis. Mais Charles était immobile et ferme au centre de l'Italie , et lorsque Carloman , fils de Louis , approcha avec des troupes pour soutenir de même le droit de son père , il vit aussitôt que le choix était fait par un certain entraînement de volontés, qui , peut-être, avait suivi la soudaine apparition du roi de France , mais qui gardait pourtant toute la puissance d'un suffrage spontané. D'ailleurs, le pape Jean VIIÏ se déclara , et cette manifestation suprême domina toutes les autres. « Il invita le monarque, dit le chroniqueur , à venir à Rome , il le reçut avec grande pompe dans l'église de Saint-Pierre , le 17 décembre *. »

Puis, le jour de la Nativité du Seigneur, ayant offert à saint Pierre de riches présents , Charles fut oint et couronné, et appelé empereur des Romains.

Nul ne pensait alors que ce titre d'empereur se put transmettre sans une adoption et une consécration libre et publique du pape. Et aussi Charles le Chauve s'étantde Rome transporté à Pavie pour y tenir son assemblée •, les évêques et les ducs lui adressèrent ces paroles remarquables : « Puisque déjà la bonté divine, grâces à Tintervenlion des bienheureux princes et apôtres Pierre et Paul, et par leur vicaire, savoir le Seigneur Jean, souverain pontife, pape universel, et votre père spirituel, vous a

* Annales de Sainl-Dertin.

• Ibid.

470 HISTOIRE DB FRAIÏCE.

appelé, pour T utilité de la sainte Église et de nous tous, et vous a élevé à la dignité impériale par le jugement du Saint-Esprit, nous vous élisons unanimement pour DQtro protecteur et notre seigneur , auquel nous nous soumettons avec joie, et promettons d'observer de toutes nos forces tout ce que vous ordonnerez pour Tutilité de TÉglise et notre salut*. »

En France, la proclamation de Tempereur eut le même caractère. Charles avait fait une convocation de concile dans la ville de Ponlhion*. « Le 2il juin 876 , les évêques et autres clercs étant vêtus des habits ecclésiastiques , Id maison et les sièges tendus d'étoffes, et dans le cliœur du concile un pupitre élevé en face du siège impérial, le seigneur empereur Charles, couvert d'un vêtement d'or , fait à la manière des Francs , vint dans le concile avec les légats du siège apostolique'. » Là, les évêques rappela rent les circonstances de l'élection de l'empereur , comme pour publier la hberté de la consécration pontificale, et leur déclaration mérite l'attention de l'histoire. « L'empepereur Louis étant mort, disaient-ils, le trois fois bienheureux pape Jean invita Charles, alors roi, par Grodéric, évêque de Vehtry, Formose de Porto, et Jean d'Arezzo, de venir à Rome ad limina Apostolorum ; il le choisit pour défenseur et tuteur de cette église, le couronna du diadème impérial, le choisissant lui seul entre tous pour tenir spécialement le sceptre de l'Empire Romain. Nous donc, obéissant comme nous devons à ses ordres sacrés, ce qu'il a institué nous l'instituons, ce qu'il a confirmé nous l'affermissons tous par un même consentement *. »

Enfin, peu de mois après, le pape, allant au-devant des doutes qui pouvaient s'élever sur le titre d'empereur déféré à Charles au détriment de Louis, assemblait un concile

« Labbe,t.lX. ColL 283.— Apud Balw. Capit. ad.*iin.8?6.Toin. II.

• M. Guizot dit Ponthion.'-M. Rohbacher dit Pontigny, — En latin locus Ponttgonensis , apud Baluz. Tom. II. ad ann. 876. — Pontion en Champagne, Hist. chron, des Conciles, l'abbé André, 1854.

» Annales de Sainl-Berlin.

• Labbe, lom. iX, coll. 291.

HISTOIRE B£ FRAIÏGE . 47i

à Rome, et rappelant à son tour la liberté de son propre suffrage, il déclarait dans un acte public que Charles ne s'était point ingéré de lui-même à cette dignité^ et ne se Vêtait procurée par aucun mauvais artifice, « C'est parce que nous l'avons désiré et demandé, et que Dieu l'a appelé, qu'il est venu avec une humble docilité *. » Et ainsi en faisant Tapologie de Charles, le pape attestait son propre droit , et il semblait que le monde ne dût' point reconnaître le titre d'empereur, s'il n'était pas manifeste qu'il eût été déféré par l'élection pontificale. Et aussi les évêques du concile répondirent en ces termes: « Nous désirons d'autant plus avoir le seigneur Charles pour empereur, que nous savons plus clairement qu'il a été élevé à cette dignité, non par la vertu de l'homme, mais par la grâce d'en haut, qui a fait^ non pas qu'il vous ait élu le premier, mais que vous le pre* mier l'ayez élu et aimé. Pour nous, seigneur et coangélique pape , marchant sur vos traces , nous aimons celui que vous avez aimé, nous choisissons celui que vous avez choisi*. »

875-8T7. — Cependant le roi de Germanie n'acceptait pas de même cette souveraineté impériale, déférée à son frère, et tout annonçait des préparatifs de batailles. Le pape opposait sa grande voix pacifique aux plaintes et aux menaces qui partaient du Rhin. Charles n'aimait point la guerre , et il s'efforçait de calmer l'irritation de Louis par des caresses. Mais tout à coup Louis meurt à Francfort, laissant trois fils, Carloman , Louis et Charles, pour héritiers de son royaume de Germanie. Le calme renatt un xnoment , et du moins la question du titre impérial n'est , plus une occasion de rupture; mais dans le partage du royaume de Louis entre ses trois fils, l'empereur apporte des prétentions, et il veut reprendre la portion de la Lor-

* Labbe, loin. IX, coll. 296-298. ->Mémes pièces dans Bduze, tom. IL ToQs ces docaments méritent d'être étudiés dans le texte , comme ti^ primant le droit reoonnu au pape de déférer de lui-même le Utre iiBhpériaU

• Ihid.

472 HISTOIRE DE FEAIVCE.

raine qu'il avait fallu peu d'années auparavant céder au roi de Germanie. Charles s'avance vers Cologne avec une armée, laissant la Seine en proie à une invasion de Normands qui venaient de reparaître. Le jeune Louis de Germanie convoie des ambassadeurs à son oncle pour le désarmer. Charles, à qui la Providence était propice, ne craignit pas d'aller au-delà de ses dons, et il s'obstina à tenter les armes contre la justice même. « Alors, dit le chroniqueur, Louis et ses comtes supplièrent la miséri> corde du Seigneur par des jeûnes et des litanies, ce qui excitait la raillerie de ceux qui étaient avec l'empereur. » Puis il mit dix hommes à l'épreuve de l'eau chaude, et dix à celle de l'eau froide, pour s'assurer delà justice de sa cause, et cette double épreuve ayant été favorable, la confiance fut extrême dans son armée. Alors se livra une bataille non loin du lieu nommé Andernach, sur le Rhin. Charles pensait aller à la victoire. La résistance calme et intrépide des Saxons qui marchaient sous les drapeaux de Louis le déconcerta; ses rangs furent rompus. Le comte qui portait l'étendard de TEmpire fut tué. Aussitôt le désordre se répandit; au lieu d'un combat ce fut une confusion, et bientôt une horrible fuite. L'armée de Louis se lassa d'exterminer, elle fit de nombreux captifs, et parmi eux les chefs principaux de l'armée de l'empereur. L'empereur lui-même fut obligé de fuir avec peu de monde. Sa femme, Ricbilde, que les évêques avaient récemment parée da diadème d'impératrice, avait suivi cette expédition, et elle était restée à Herstall. Là , elle apprit la déroute de l'armée, et elle s'apprêta à s'éloigner, partant la nuit au chant du œq. Dans la fuite, elle mit au jour un fils, que son serviteur prit dans ses bras, et elle arriva ainsi à Antenay : c'était au loin une vaste image de désolation. L'armée victorieuse fit d'affreux pillages, et les paysans même profitèrent de cet immense désordre pour dépouiller les fuyards. Toutefois Louis s'arrêta dans la victoire, et l'empereur, comme s'il n'eût point subi d'ignominie, s'en alla tranquillement déhbérer à Salmoucy sur les moyens de se délivrer des Normands. Sa santé avait déjà été atteinte

de quelques maux, et il ne pouvait plus songer à la guerre. En même temps qu'on envoyait des forces contre les Normands, il fit partir vers eux des négociateurs. Déjà le pressentiment de sa fin occupait le monde. Le pape le sollicitait d'aller en Italie pour arrêter le développement des intrigues grecques , qui, jointes aux invasions des Sarrasins, fatiguaient les peuples et désolaient l'Eglise. L'empereur céda aux instances du pontife. Mais le ti'ouble était partout, comme il arrive au déclin d'une puissance qu'on voit périr. Â peine eut-il quitté la France, qu'il se lit des conspirations; les grands qu'il avait le plus comblés d'honneurs préparèrent des révoltes ; en môme temps, les princes de Germanie, ses neveux, accouraient sur l'Italie avec des flots d'armée. L'empereur, accueilli par le pape avec magnificence, restait enveloppé de périls; mais, chose singulière! au moment où il se disposait à rentrer en France pour échapper aux armes germaines , le bruit se répandit qu'une multitude de guerriers était venue le joindre, et, à cette nouvelle, les princes s'éloignèrent à la hâte, et Charles put songer à regagner paisiblement son royaume.

877. — Mais il ne devait pas v rentrer vivant. Ayant été attaqué de la fièvre, il reçut de son médecin, qui était un juif nommé Sédecias , un breuvage qui le devait guérir. Ce breuvage était un poison. Il fallut porter le monarque à bras au travers du Mont-Cenis, jusqu'à un lieu nommé Brios, oti il fut déposé dans une chaumière. Sa femme Richilde eut le temps d'accourir de Maurienne, où elle s'était sauvée dans les premiers moments de la fuite avec les trésors, mais ce fut pour le voir mourir dans les douleurs atroces de l'empoisonnement, onze jours après qu'il avait pris ce breuvage. On embauma son corps, pour le porter, selon ses désirs, au monastère de Saint-Denis. Mais la corruption fut tellement infecte, qu'après avoir essayé de l'enfermer dans un tonneau enduit de poix en dedans et en dehors, et recouvert de cuir, on fut obligé de l'enfouir en terre dans une chapelle de moines , près de Lyon (à Nantua) : lamentable fin d'un monarque qui

Vlk HISTOIBB DE FAANGS.

venait de tenir un instant en ses mains le sceptre de Char* lemagne.

Ainsi avaient successivement disparu les fils de Louis le Pieux , après avoir donné des exemples contraires , tantôt d*amiiié , tantôt d'anarchie.

Seul des trois rois qui venaient d* occuper si diversejnent l'attention des peuples, Lothaire avait paru avec un caractère nettement tranché. Les deux autres flottèrent incertains , au milieu des événements , ne manquant ni de courage , ni do vertus , ni dMntelligence , mais n'ayant rien de ce qu'il faut pour maîtriser la fortune. Lothaire eut le génie de la révolte. Mais il le rappetissa à des intrigues sans puissance , ou à des méchancetés sans portée. La licence des débauches vint aussi le détourner de l'ambition. Sflffis les préoccupations du divorce et de l'adultère , il eut été plus formidable. Il pouvait être un grand personnage dans l'histoire ; il n'est resté qu'un prince ingrat et corrompu, qui fit des crimes sans profit, et ne les racheta par aucune vertu.

Louis, appelé dans l'histoire roi de Bavière, puis roi de Germanie, eut plus desagesse. Il contint les peuplades tpt)* jour» remuantes desEsclavons et des Wenèdes, et il acheva la civilisation saxonne. Mais il laissa le déserdre naître autour de lui , et ii eut le malheur d'occuper ses armes autant contre ses enfants que contre les ennemis de son empire; c'était une triste expiation des douleurs qu'il avait causées à son père.

Charles le Chauve , enfin , a laissé dans l'histoire une renommée douteuse. Il arriva à une haute destinée , mais par des volontés qui maîtrisèrent la sienne. D avait le désir de la puissance, désir sans énergie et sans action. C'est aux évêques qu'il dût la grandeur de son empire. Seul ii eut; défailli dans cette grande e&uvre d'unité monarchique^ qu'il ne seconda que par une cupidité d'agrabdissement^ qui n'avait rien de la grandeur de l'ambition. Tandis qu'il» aspirait à l'Empire , il laissait les Normands envahir son; royaume. Il parut ne pas comprendre la coopération épiscopale dans rétablissement de la monarchie. Comme il fat

rinstrument des évèqnes , il se fut de même laissé briser par eux, et peut-être aussi cette forte puissance était la seule qui put alors créer ou détruire. H ne fut pas pourtant sans lumière. Il encouragea les études , et il appela auprès de lui des savants des lieux éloignés. Aussi un panégyriste de répoque rappelle Grand , et le met au-dessus de Charlemagne. Cest sans doute un excès de flatterie. Sa vie fut toujours occupée, mais c'était du mouvement plutôt que de Tactivité. Il ne sut rien dominer autour de lui. Les circonstances lui furent en aide malgré lui-même. La paix lui fut funeste comme la guerre, et néanmoins il sortit de leurs épreuves avec des avantages toujours nouveaux , et enfin il monta au comble de la puissance , à mesure qu'il semblait devoir descendre au plus bas degré de la faiblesse ; étonnante destinée de roi, que Thistoire n'a point pénétrée , et qui laisse voir au-dessus du génie des hommes un génie supérieur , que quelques-uns appellent le génie de rhumanité , et qu'il est plus philosophique d'appeler le génie de la Providence.

476 HISTOIBB DE FBAHCB.

Page 1