‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 37 sur 59 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Apparition nouvelle des Normands. — Mort àes rois de Provence et d'Aquitaine. — Désordres. — Nom nouveau qui se montre. — Robert.— Mission de la papauté. — Affaire du divorce de Lothaire. Mort du pape Nicolas. — Efforts de Charles le Chauve pour rétablir Tordre dans la monarchie. — Conflits de toutes sortes. — Réparation hypocrite de Lothaire.-*- Il meurt. — Charles reconmi roi de Lorraine. — Rôle politique de Hincmar , archevêque de Reims. — Mélange de droits contraires. ^^ Tendance vers Tunité. *— Lutte des princes contre l'unité. —Horribles drames. — Guerre et intrigues en Italie. — Les Normands en France. -^ Charles le Chauve travaille à maintenir Tunité. Charles empereur. — Proclamation en France et en Italie. — Résistance du roi de Germanie.

— Bataille. — Fuite de l'empereur. — Négociation avec les Normands. — Décadence. — Charles va en Italie. — Mort rfe Charles.

— Jugement

Les affaires politiques des royaumes avaient peu changé d'aispect pendant ces débats de conciles et ces conflits d'autorité.

Charles le Chauve , sollicité par le pape Nicolas, avait tendu son aoiitié à sa fille Judith et à son mari fugitif, le comte Baudoin; et «en même temps, il avait comprimé Tindépendance de son fils, Charles d* Aquitaine. Mais les Normands reparaissaient; ils avaient ravagé le Poitou, brûlé réglise de Saint-Hilaire^ et s'étaient avancés au centre de l'Auvergne ; on voyait cette fois parmi eux Pépin, ce prétendant obstiné d'Aquitaine^ qui s'était fait Normand de coutume et de barbarie même, car il avait abjuré sa foi dé chrétien. Le malheureux fut surpris par un parti d'Aquitains; et après qu'on l'eût condamné à mort, on le laissa s'éteindre à Senlis dans une étroite captivité.

Puis arrive presque en même temps la mort du roi de Provence et du roi d'Aquitaine. Ce sont des déplacements

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nouveaux dans la souverainelé. Le roi de Lorraine et l'empereur Louis se partagèrent la Provence, en vertu de triiités faits auparavant. Charles le Chauve ne fut point troublé dans sa souveraineté d'Aquitaine ; et du côlé de la Bretagne, les armes de Robert maintenaient fortement son autorité.

En Germanie , le roi Louis avait à son tour ses déchirements de famille. Son fils Carloman s'était mis en rébellion , et il lui avait fallu marcher en armes contre lui.

Partout la pensée des devoirs semblait éteinte , parce que le sentiment du pouvoir avait disparu, etlehen même de la famille était brisé , par la division qui était faite de la puissance.

864-866. — ^Et aussi il semblait que le monde attendît une autorité inconnue , et cette autorité se révélait dans un coin de la France par les coups d'épée de ce comte Robert , dont la race était prédestinée à sauver la civilisation chrétienne. Les Normands étaient partout , cherchant à s'enraciner dans le sol , mais le souillant de ravage et de meurtre. Comme ils se répandaient principalement par la Loire , le comte Robert se trouva en face d'eux dans l'Anjou , et là commencèrent de rudes batailles. Dans une première rencontre, Robert les tailla en pièces; dans une seconde , il fut blessé. Alors ils montèrent jusqu'à Orléans , et des bandes se jetèrent sur Poitiers. Robert les atteignit une troisième fois , et il les battit à outrance.

Par malheur , une autre division de barbares avait suivi la Seine , et était montée jusqu'à Melun , saccageant et tuant dans les lieux voisins. Le roi Charles , à qui Robert avait envoyé les dépouilles des vaincus , n'eut pas la force d'imiter jusqu'au bout cette défense énergique delà patrie. Pourtant il montra le glaive en plus d'une occasion ; mais fatigué par des combats partout renaissants, il montra* ensuite l'or; et , par un infâme traité , îl fut convenu que les Normands redescendraient la Seine , à condition que le roi leur paierait quatre mille livres pesant d'argent, avec une rançon pour les captifs qu'ils avaient enlevés , et aussi pour les compagnons qu'ils avaient perdus. Ainsi le

sceptre de France était abaissé devant de sauvages déprédateurs *.

Mais Robert continuait sa mission de liberté. H devait la féconder par son sang. Les Normands de la Loire se 'faisaient des alliés, et un parti de Bretons s'était joint à eux vers le Mans : la ville avait été pillée. Robert accourut et extermina tout ce qui se trouva sous son glaive. Une troupe de fugitifs s'alla barricader dans une église de vi!lage , avec un chef nommé Hasting '. Robert accourut. Dans le moment de ses apprêts pour l'assaut , il s'était défait de son casque et de sa cuirasse. Tout à coup il se fait un grand tumulte. Ce sont les Normands qui veulent forcer les rangs français pour la fuite. Robert se jette précipitamment dans la mêlée : tout cède à son effort. Les Normands rentrent dans leur asile ; mais Robert est emporté par l'ardeur de la poursuite , et il va se faire tuer sans défense devant l'église. La confusion alors devint horrible ; nul n'osait succéder au commandement d'un si

* Voici le texte des annales de Saint-Bertin; il est précieux pour l'histoire :

•t Charles ordonne dans tout son royaume, pour acquitter ce tribut » une contribution de six deniers par chaque manoir libre, trois de chaque manoir servile , un de chaque habitant , un sur deux chaumières , et dix de ceux qu'on tenait pour marchands; on met sur les prêtres une taxe conforme aux moyens de chacun , et Ton exige de chaque Franc l'impôt appelé hériban. On prit ensuite à chaque manoir, tant libre que servile, un denier, et enfin chacun des premiers du royaume apporta par deux fois , tant en argent qu'en vin , une contribution proportionnée à ce qu'il avait de bénéfices , ponr payer ce qui avait été convenu avec les Normands. »

Sur ce mot hérihan, M. Guizot fait cette remarque.

« Vhériban (heer-bann) était originairement l'amende imposée à ceux qui négligeaient de se rendre à l'armée; plus tard, et à l'époque dont il s'agit ici, ce mot fut vaguement appliqué à divers impôts payés par les propriétaires tenus au service militaire. »

Heribanus— r/ioft banni Nortmannis. Bannus in hostem , id est vocatio ad castra aut exercitum. Hère castra sive exercitum signîficat. Inde Hérault, fécialis. Fr. Pithœi Glossarium. Apud Baluz. Tom. II.

Voir sur l'hériban les recherches de Pfister. Hist. d* Allemagne'

* Voir Raoul Glaber, sur Hasiings , p&%Q 192. GoUect. de M. Guizot.

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