‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 13 sur 21 · LOUIS XI · texte numérisé non relu

LOUIS XI

Tandis que le poison lui était un auxiliainy du côté de Finance , le duc de Bourgogne portait son regard vers le Rhin. Il voulait se saisir detoufrles berds dufleuve depuis Nimègue jusqu'à Bâle. Il aurait donc à toucher de ses armes rAllemagne et la Suisse ; et pour cela il avait besoin d'être eni^ûreté du côté de France. Il fit demander au roi la pnyi longation de la trêve, et, chose inattendue ! le roi la concéda ; ce n'était point Tavls de son conseil. Le roi, peu aodmtuméà se laisser inspirer par l'enthousiamnedela colère oir de ramour, jugea que le duc dé Bourgogne s'engageait em de» périls Inconmis , et il le laissa^faire. Mais en lui acovdant la trêve, il ât un tnSUé av«e l'empefeur; il s-'enga- 90ait à armer vingt mille hcMomies» Cétail oœ promesse , el^il ne prétendait guère la t^œîi*. Mus l'agaporeup était par là excité à la. guerre. En même temiHifc la roi négociait nae ligue de la Suisse avec les vlUeadu/ Rhin, et il suscitait contre le duc de Bourgogne un ennemi jusqu'alors inaperçu, René, fils du comte de "Vaudemont, et petitrfils de René d'Anjou, devenu duc de Lorraine par la cession de ce dernier. L^apparition des Suisses eut pour résultat de faire perdre au duc de Bourgogne le comté de la Ferrette, que Sgismond d*Âutricheiui avfnt engagé pour centmllle florins. Il y avait là un gouvenieur qui of^imall^ le p&y» par mille iMofbaries. Les Suisse» tombèrmrt sur ki viH»^eiii«véi«n^ le tyran, et lui trandtàrent la tèla.

AîAsi Louis XI ènvekpiiait le éœ ôb Bsingogaa, el la tnêve n'était qu'un piège. Pendant, ce temps laTémà?aire avait commencé son ecpéditîan, et d^à il assiégoait Nuits , comptant s'emparer ensuite4le€k)logne, et laissant d'ailleurs an roi d'Angleterre le soin de suppléer à la trêve de la même façon que le roi de France*

1475. — Tout était plein de perfidie, et quandla trêve fat expirée, le roi prit les armes; il s^empara de Roye, de Hont- «Hdier et de Gorble, et sema des ravages dans tout rArtois. fin plusieurs rencontres les Bourguigaon» furrat battus.

Mais le roi &ifittit la guerre pour feacooipie et ne s'enge^ geait pas plus avaat vers le Rhin» L'eœpeveui: était méeoo^ tent; le roi lui eavoja des paroles de flatterie. Gepeadanl mille solution décisive ne se révélait. Leduc deBourgogaft assiégeait Nuits depuis près d'un an^ et lui-même était as>« ùégé dans son camp par des nuéeS'd' Allemands et de Suîs^ ses. Mais telle était la terreur qu'il inspirait , qu'on n'es» j;amais l'attaquer. Cette entreprise était folie et semblak être sans issue« Il Hallut que le légat du pape Sixte IV vînt pro^ poser de tenir la vîlie sous le séquestre entre le» mains da pape, qui serait ia*bitre^ et la remettrait ensuite à qui elle serait due selon Téquîté. On accepta des deux côtés la mé*' diatiou, et le duc ramena ses armées saus aToir vaineu-^ mais avec la renommée d'invindble. On l'appela dès lor» le teriible ou le téméraire, et îi mérita ce nom par ses folies.

Le roi piofitùt de tout, A vit appai^tre les Suisse» comme un peuple nouveau dans la poMtique, et il&t avec eux une ligue perpétuelle^ à 1» condition d'une penMoaaOf» nuelle de vingt mille francs^, outre la solde âesausûllaiseif armés (|ue les cantons lai;fouvniraieat pour la guerre.

Hais^la ligne anglaise et bomrguignonne n'était pae de» laissée, et durant l'expédition du Rhin le roi Edouard avaiè préparé un armement formidable. Après quoi il envoya u» héraut à Louis XI poui lui^Dédamer sacouronne de Fraaoeg prétention singulière dans ie prince qui avait usurpé celle d'An^leivey et pour touH dr(»t evai^è montrer le meurtee de Henri VI. Louis XI, suivant sa coutume, ne se tint pas pouD offensé.. II. caressa le liéDaat9iui>fit.derriohe8 présente^ et kii enleva quelqoes secrets».

Peu après, Edouard paraissaii à Calais avee une afmée^ Le roi ne s'était pas mis en peine de lui résister par 1» guerre. Il lui laisse quelque tempe^ reeennaltre que touH était changé en Franees et que la politique suppléai! au3t batailles. Edeuardawail compté séries* armements du due* de Bourgogne» Il le vit venir à Calais aveeun faible cortège. Le duc se contentait de lui apporter la promesse des trahisons du connétaMjife fidbuerd s'avança sur ces assurances, non

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sans quelque secrète émotion d'étonnement et d'anxiété. 0 amena son armée vers Saint-Quentin, dont on devait lui on* vrir les portes avec des acclamations. On lui lança du haut des murailles des volées de canon. Le roi devint furieux ; il ne comprenait rien à ces tromperies. Pour comble le duc de Bourgogne partit de son camp pour aller rassembler ses troupes vers la Lorraine.

Alors parut le roi de France pour jouer son rôle. Il ne se précipitait pas avec une armée au-devant des étrangers , mais il leur envoya une intrigue. Il avait , avons-nous dit, enlevé quelques secrets d*£douard à son héraut ; avec cela il défendit la majesté de sa couronne, n découvrit un certain valet subalterne d'un seigneur de Sales, petit homme â'assez mauvaise mine, dit le P. Daniel , mais adroit et insinuant : il était de la Rochelle et s'appelait Mérichon. Il fit de cet homme un héraut, et Tenvoys mystérieusement au roi d'Angleterre. Avant de déployer contre Edouard les forces du royaume, il voulait, disait-il, lui donner quelques bons avis. Il avait compté sur le duc de Bourgogne et sur le connétable ; c'étaient deux traîtres. Il venait apporter la guerre, lorsque lui-môme avait le plus besoin de paix ; il ooyait avoir à se plaindre de la préférence témoignée au parti de Warwick lorsqu'on n'avait fait que se déclarer en cela contre le duc de Bourgogne. L'envoyé Hérichon com* menta à merveille le texte de Louis XI. £t du reste il annonçait que le roi n'avait pas eu hâte de recourir aux armes , < mais qu'elle? étaient prêtes si Edouard ne cédait pas à la raison et à son intérêt.

Cet air de sincérité déconcerta l'Anglais, qui ne demanda pas mieux que de faire des conférences. Il ne fut plus ques* tien de la couronne de France, mais Louis XI fit des concessions d'argent qui le touchaient peu. On convint de cimenter l'union des deux couronnes par le mariage de Charles, dauphin, avec Elisabeth, fille aînée d'Edouard ; et peu après, Marguerite, la veuve de Henri VI, la reine brillante mais aventureuse et romanesque , gagnait la liberté par suite de ces conventions.

Les deux rois se virent à Péquigny • et Edouard mât un ge-

HUTÔIRB DE nUKCS. 389

uou à terre, hoiDinage libre, ou reconnaissance învo* lootaire d'une supériorité de couronne admise dans les vieux temps et encore attestée malgré les prétentions à l'usurpation. LouîsXI fut poli, et même il craignît de Tavoir été trop, n engagea Edouard à visiter Paris; puis il fit si bien que son invitation n^ut pas de suite. « C'est un très-beau roi, disait-il, il ayme fort les femmes ; il pourroit trouver quelque affétée à Paris qui luy pourroit bien dire tant de belles parolies qu'elle luy feroit envie de revenir; et que ses prédécesseurs avaient trop esté à Paris et en Normandie, et que la compagnie de l'autre ne valoit rien deçà la mer : mais que delà la mer il le vouloît bien pour frère et amy '. » Et il le laissa s'en aller ; mais avant il prodiguales pensions à ses conseillers. L'or élait l'instrument secret de sa potitique. La corruption était une grande partie de son génie.

Cette paix ne s'était pas faite sans une singulière complication d'intrigues. Le duc de Bourgogne et le connétable l'avaient secrètement traversée par Idbrs oppositions, chacun avec son caractère propre, l'un avec Tardeur de sa colère, l'autre avec la souplesse de ses ruses. Le connétable se précipitait de plus en plus dans ses propres pièges.

Âu moment où les traités étaient le plus avancés, il s'appliquait à détourner Edouard de la paix, en pi*omettant de lui livrer ses places ; et en même temps deux de ses émissaires, Louis de Créville et Jean Richer, venaient à Paris révéler au roi de grands secrets sur le duc de Bourgogne, et l'exciter à garder les armes. Louis XI s'amusait de ces astuces, qu'il démêlait assez bien par ses affidés. Il avait auprès de lui un gentilhomme du duc de Bourgogne, nommé Contai, fait prisonnier à Arras, et qu'il laissait libre sur parole ; il lui dit quHl voulait le régaler d^une petUe comédie^, et l'ayant fait cacher derrière un paravent avec Gomînes, il reçut gravement les deux envoyés du connétable, et leur fit jouer devant lui leur rôle, jouant le sien avec

^ Comines, liv. IV. — Toute cette partie des Mémoires de C^mines est pleine d'intérêt.

* Comines^ liv. lY» eb. S.

1^ flmMiE DE mm.

un merveitteirx safig^frcéd. lis dirent ie chagrin du connétable éd voir les ioigtaHS sur les teireg de l'rance^ les éfhrta qu'il avait iaîts ponr détoupoer le éac 4e Boiir^Dgtie de leur alliance, et l^spéraDoe qa'M araît de voir de -dae reve- Bir à son devoir. Sur ce d^nt, le roi tnès-satûs^it provoqua des détails nouveaux. CrévHle ne demandait pas mieux que d'aaiuser le roi; il lui nteonta cent folies du doc de Bourgogne, imitant sa colère, sa voix et ses gestes, feisaiit de cette scène pcditiique un spectacle d'ironie budesqne. lie Foi continua si bien ses excitations, que Contai, Tami du dac de Rourgogne, eut en peu de moments la révélalîovt de toutes les tromperies du connétable. U se contenait à p^ne derrièi« le paravent, et le roi prenait plaisir a imaginer toute sa colère, en mêoie temps qu'il riait librement du jeu des deux comédiens. Enfin il les renvo^isa. Contai parut^ S était furieux. Le roi le laissa partir dans «oet te •chaleur ûisidignation. Contai courut au duc de Bourgogne, et lui fédtii toute cette intrigue. Leduc,>fi»ieux àson tour, ji»a laperte du connétable. Peudeiemps après il faisait une Mve ^ neuf ans avec Louis XI *.

Ainsi le roi venait de se délivrer, 'sans tirer répée,'d1one guerre formidable avec fAngjteterre ei des 'hainss adiarnées du duc de Bourgogne. L'Europe s'étonina de<oe rapide sue* côs. La France avait .paru à la veille de «fetonber dans ses abîmes. On conoevaità peine que la aesde paëti^iie eûtsilBI à écarter ces affreuK «périls, liais jes Anglais. s'en trritaioDt, et Edouard entendit plos-d'unelbis des Biunnuree. « 'Qombien de jbataâUes votre maître B-«^il gagnées en (pessorane? » disait Gomines & Louis de BretaiUea, un iiascDn an sanAm d'£dou«rd. « Ben a gagné neuf, répondit le fiasean^nnaM lien a .perdu un^qui laia ôté {ius dtttonaenr que fieiui eo «vaient lut toutes ses victoires. -*(Bu^«Mt^iK>^*^tta bataille perdue ? dit Gommes. — C'estla tràve avedLoiiieSaii» répondit le Gascon. Ls^dessus Louis XI appela -le Gasoes dangereux, l'invita à sa table, le caressa, lui fit des dons, lui promit toutes sortes de biens j)our ses frères; et Coiai-

> Texte du traité. — Mém. d'OI. de la IfSDÉke*

iffis artdvaf«r4«alpu58 pasote^kos a l'omaHle ia tomip- .tioD éommeneée pe^r le loi *•

Un sacoès flalimt Louis XI, c'était d'avoir assemblé «or la (été du oonuétalde les colères du duc de Bourgogne^et àm roi d'Angleterre. Alors aa vengeance, longtemps attendue, devint asaurée. Uniastaiii le duc de Bourgogne parut s'i»^ rèter dans son dessein de le perdre ; TaTantage que trouvait le roi à sa ruîne loi iiev^ialt àia pensée. Le roi sut le précipiter par deHconoessions de toute aorte, li promettaitde loi laisser Ham, SaintrOuentio, Bohaia, toutes les places et terres du connétable enclavées dans ses domaines^ toutson argent et loua ses biens meutdes en qudques lieux qu'îto fosseut diapersés. Le duc se laissa aller au double pen* ofaant de rambitioa et de la colère. La tête du «onoé* table fut mise A prix, et il fut convenu que pelui des deux i^nea» <iui le saiûrait le premier, ou bien en ferait jflfiticeaa huit jours, ou bien l'enverrait A l'autre.

Une Nie pleioe d'intrigues allait s'achever par un drame terrible. L'infortuné connétable, enfermé dans son cbàieaa de fiam qu'il «ivait fortifié avec tous les soios que donne là peur, hésitait dans ses résolutions. Il n'avait plus A tfahio* ni aurtout A' trcHOf^r personne. TcHites ses ruses étaient dévoilées. La défease par les armes lui paraissait impossible;; ftt'OQpc^aot.toiis liss asiles lui étaient iarmés. Enfin il je laissa aUer A tout haaa«d A l'iastinat du salut, et il eourut criar.misénfiordeau duc de Boui^ogue. Le roi ne p^itipai un imUuûtl^ il se asûsit de SaiutHâuentin. C'était le prix ds la téteidu coanétable. Le duc de Bouzigogne te fit airêter A Mena; il ùéwtait pourtant eocoi^ A le Mvr^. Cette tragédie allmt fr'aeoMnplissaot par imille intrigues ; mais le roi était pressé. «Eafin oa lui remit aa vic^me. .Le {»*oeès étdt prêt* La preuve de mille inâdélil^était aux mains du roi. Una fois maibaQreux9 tout le monde avait abandonné le conné* ts^le. Le roi d'Anglet^re avait remis sea lettres de provo* oation à laverie, le duc de Bourbon ses lettres de provo^ caCion A la.révolXe. Le. parlement jugea avec rapidité; la l^^éoembre lecDonétaUeétaU décajpité en place de Greva.

MS msftoatM m piuHcas.

Ce fat un exemple terrible. Peu de soi^ltces avaient paru jusque-là dans ce règne plein de perfidies. On s'attendait à une grâce; mais le roi voulut frapper d'un coup eifrayant les pensées de trouble et de révolte qui pouvaient fermenter encore. Le connétable n'appelait pas la pitié par son innocence, mais par la majesté de son rang dans l'Etat. Cétait autrefois un magnifique honneur que de tenir l'épée royale; on eût dit une participation de la royauté. £t aussi l'ambition en fut souvent tout enivrée, et l'Ëtat fut plus d'une fois mis en péril par ceux qui portaient Fépée pour le défendre. Mais Saint-Fol avait franchi toutes les bornes par la témérité de son esprit. Elevé à la coui de Bourgogne, mêlé à toutes ses intrigues depuià les jours funestes de la domination d'Angleterre, embarrassé peut-être de ses devoirs par cette ambiguïté de position entre deux princes rivaux dont il était le vassal, il ne fut point assez vertueux pour tirer parti de son génie. Il pensa qu'en un temps de tromperie la ruse pouvait^ tenir lieu de fidélité. L'innocence lui eût été plus profitable, et c*est un exemple entre beaucoup d'autres que même en un temps de tromperie, la meilleure habileté c'est la droiture.

Quant à Louis XI, il gagnait à celte mort plus qu'il n*eùt gagné par vingt victoires. La paix du royaume était assu* rée; le roi.l:'Angleterre et le duc de Bourgogne n'avaient plus à qui se fier pour renouer de mauvais desseins ; et vo* lontiers Louis XI, assuré de ces avantages, laissait le duc de Bourgogne se mettre en possession de Saint-Quentin, de Ham, de Bohaîn, de tous les trésors du connétable. H prévoyait que le terrible et infatigable vassal ne se bornerait pas à jouir paisiblement de son triomphe, et que bientôt il courrait de lui-même à des entreprises dont il n'y aurait plus qu'à lui faire autant de pièges et de périls.

En effet, déjà le duc de Bourgogne avait tranché les querelles avec René au sujet de la Lorraine, en s'eroparant de force de Nancy., puis il méditait de se venger parla guerre fies cantons suisses qui Tavaient troublé dans ses expéditions du Rhin ; mais il rattacha son dessein à des entreprises plus vastes. Après avoir dépouillé René de Vaudemont de

nsTOliiB OB nAncs. 393

8on ûndbé de Lorfaine, il espéra se faire colQoéâw par René d'Anjou la Provence, où était depuis si longtemps transférée cette royauté nominale de Sicile, restée dans Fiiistoire iE?ec des ëouvenirs tout poétiques. Le duc de Bourgogne était petit'fils du roi René, ainsi que le jeune René de Vaudemont; mais il enveloppait de ses intrigues le bon vieillard. Par la Provence, par la Bourgogne, par la Lorraine, le terrible duc eût menacé le royaume de France; et Louis XI suivait de l'œil ces pensées d'avenir. Toutefois il savait que la pensée présente du duc de Bourgo<<ne était la vengeance contre les Suisses, et il le voyait avec joie s'aventurer dans une guerre semblable, où il pressentait qu'il devait périr. Selon les habitudes de son génie, il fit des négociations, comme pour le détourner de cette expédition qui blessait son afifôction pour ces peuples fidèles. Il ne faisait que lui offrir à dessein une excitation de plus. Le duc de Bourgogne avait mis dans ses intérêts Yolande de France, sœur de Louis XI, duchesse régente de Savoie pour son fils mineur Philibert P^ Elle avait aussi des griefs contre les Suisses, qui avaient enlevé quelques places. Louis XI laissa taire cette Jigue; mais ce n*était pas sans méditer aux moyens d'eu faire une ruine pour le duc de Bourgogne.

i476. — Lorsqu'il le vit s'avancer avec des forces formidables vers la Suisse, lui-même commença à se diriger avec une armée vers Lyon. De là il se mit à disperser de toutes parts ses émissaires, déguisés en mendiants, en moines, en pèlerins, afin d'affaiblir les alliances du duc de Bourgogne, et de le laisser seul se précipita aux périls. Ses expédients eussent réussi peut-être; mais la pétulance du duc le servit mieux encore que sa politique. Les Suisses lui avaient offert des transactions; ils lui avaient fait dire par des envoyés qu'il venait tenter la conquête d'un pays qui ne valait pas le prix des éperons de ses cavaliers et des mors de leurs chevaux. Le Témérake prit ces paroles pour une expression de terreur; il n'en fut que plus animé* 11 fit irruption dans le pays de Vaux, et alla se camper à Lausanne. De là il courut assiéger Granson, défendu par huit cents hommes. Ils furent obligés de se rendre; tous furent

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penAtis. Lm Sulsoe» ^venaient ta «ecom ^ leran iTèreB, mais avec des fora«a inégales, fia ae laissèrent refouler dftna leurs afiontagnea, du côté d*¥yerdon, au bout da lac ^e Nettfchàtél. Les 'pins sages capitaines du duc de Bourgogne étaient d'avis de ne se point engager en ces déilés; le dm voulut s'y précipiter. Jean^ prineed'Orange, conduisait son avant-garde avec une forte artillerie. Les Suisses laissèrent oes premières troupes s'avancer péniblement dans leurs rochers; puis lis se précipitèrent. Le choc fut horrMe. Les Bourguignons effinayésse dispersèrent en fii3mitt; ils jeté» rent le désordre dans l'armée : en peu de moments tout avait disparu. Le duc courut sans débrider, dit le P. &ani€ll, l'espace de seize lieues, jusque vers Icngny^ vers la frcmtlère de Bourgogne. Toute Vartillerie, tous les bagages, tootea les rifshesses de l'armée restaient aux mains des Sdisseï, avec les trésors du duc, avec sa vaissefle, avec ses dîa-» mants; magnifiques dépouiOes que oes montagnards m» cidtes reganlaient avec surprise sans en souoçonner-la valeur. « Un des plus^i^eaux et ridies pavfllons^du monde, dit Gonrines, fut départy en plusieurs jHéees. il y en eut qt» vendirent une grande quantité dej^ats et d'écuelles d'ar* gent, pour deux grands blancs la pièce, cuidans que ce fwÉt estaing. »'L'un d*eux trouva 'dans un étui le plus beau ^dKa» mant du duc; il ie vandità un prêtre pour un florin. Qslui-ci le céda -ù run des chefe ipour un 4cn * .

Tels étaient alors oes peuples simples. Vw n'avait pat encore pénéifé dans leurs montagnes; ils ne awmieni delà vie i^ie que la liberté; cela ne dura guère. SîentM, ^m* marque GomineB, ilssurmt cequeitegent >vaut, 6l4iouis9l alors les acheta.

après leur vHstoIre 3b counirent 'à Qfaason venger leuw Iwrit cents hommes .pandas par-de Bangtamtea T^irésailleB. Laigamison du duc ^ut égorgée. >La terreur était partaot^odl le duc de Bourgogne oomnronça-à se aentffanélé âans«8aa desseins. Le 4^ de Francsiavalt appris ^ms nouveOes dana saimaneiie'dnlhiyàfLyon; îlne'kiBsatparaltae'aarBon vl-

'*Tnm'mm, lif;%^«.

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sage «uc«ne Joie. ^Nilonlicn ûk eÊA eo^oié de la doùlenr. Certain emroyé'da duc ùeWtmagùgm était accouru déjà pour le supplier de ne poiitt abuser de la mauvaise fortune de son maître. Le roi lui répondit par de bonnes parotea, et promit de tentrila tvéve. U n'aTait.gBrde de distraire par la menace la fèugue du>due de Bourgogne : en le (daignant, H TirrHait contre lea Suisses; et, ent^Mumantsa vengeance, il était sûr de le précipiter dans sa ruine. Tous ses conseillers ne comprirent'pas sapollâque, et aussi il n'en disait pas le secret. Il laissa 'les LyennaiBdiaiisenner le duc de Bourgogne , et attendit révénenieiit sans «m{»«6aement comme sans crainte.

Peu après, la ligue du duc de Bourgogne et des princes d'Italie qu^it avait gagnés «e rompait d'elle-même. Le duc deliilan enroya^oAHr au roi eent mille ducats avec sa sou* mission. Le roi répondit qu'il n'aviét que faire «de son ar* gent, et accepta «on amitié, «i elle devait âtre sincère. L'alliance ^t publiée à son de Irompe dans ia ville de Lyon. Cet esempto entraîna tout le reste. >La dudiesse de Savoie envoya dîfeian roi le désir qu'elle avait de revenir* à sou SDûtIé. L'AHemagne sedédarait àla^s. Enfin le roiilené ne deman^ «pas mienK aussi que de rompre les promesses ftiites au duc de 'Bourgogne. Déjà il était nnr le point de sanctionner sa donation de ia Prot^ence; le traité fut en* levé aux négodetetffs ; et le vieux roi de Sicile envoya i Looîs XI son sénéolial lean doese, qui préluda à d'autres négociations »paricelte harangue: « Sîee, ne vous escaerveillez pas si le roy, mon maître, votre onde, a oiert au duc de'Bourgogne le faire «on héritier : car lien a estécooaeillé par ses «serviteurs, et par espécial par moy ; veu que vous qui estes fils de sasoeur, et son propre aeveu, lui avei ftdt les tortar frnmts que de luy.avfnr surpris les châteaux de Bar et d'Amigevs, et ai maltraité en toutes aes autres Bf*^ Aupea. NpuiB'avoiw bien vouhi mettre en avant ce marché avecledH'dœ, «ta que vous en ooysaiez les nouvc^eS) pour vous^éonnerenvie de nous fcnre la rsâson, et eo»noistre que le roy mon maistre est votre onde : mais nous u'eusmes jamais ebvîeëeiaeBeifcainaxQbéjuBfineaauteut.»

S96 HsnroiRB M nums.

Ce discoure provençal ne manquait paa d'aâreaae. 11 plut au roi, qui envoya de l'argent avec des caresses au roi René et à sa petite cour d^abrée de Provence. Ce n'était que le préliminaire de ses desseins.

Quant au duc de Bourgogne, il suivait librement le penchant de sa colère*, c'était conune une frénésie. Il fut quelque temps malade, puis il reparut avec une année nouvelle, résolu à laver sa honte de Granson. Les Suisses avaient mis à leur tête René de Lorraine, ce duc dépossédé dont Louis XI sentait le génie, et qu'il avait envoyé mettre en commun avec ces peuples sa colère et sa ven« geance. Ce fut lui qui les rendit vainqueurs à Morat. Quatorze mille Bourguignons périrent dans cette bataille. Le duc désespéré s'enAiit de nouveau jusqu'à Joigny, et le duc René, secondé par ses braves Suisses, courut releva son drapeau en Lorraine.

Tout se hâtait. Aux drames sanglants se mêlèrent des aventures insensées. Le duc de Boui^ogne, toujours frémissant de rage, cherchait quelques restes de vengeancecontre ceux qui l'avaient délaissé. 11 était furieux surtout contre la duchesse de 'Savoie, et il résolut de l'enlever avec son fils, le jeune duc Phifiisert, comme pour frapper un coup qui aUàt droit à Louis XI en personne. (Hivier de la Marche, l'auteur des Mémoires, fut choisi par lui pour ce dessdn; ille lui imposa $vr sa tête^ c'est-à-dire qu'il lui fallait réussir ou périr. La Marche alla faire ce coup de main par obéissance '; c'était un guet-apens romanesque. H était à Genève, et la duchesse y devait venir; il alla l'attendre en embuscade avec des gens affldés, et il l'enleva dans la route avec son fils; il la mit en croupe sur son cheval, et l'amena ainsi en Bourgogne. Mais dans te trajet le jeune prince avait été enlevé de nouveau par ceux-là mteies qui devaient l'eseorter. Le duc de Bourgogne n'avait que la moitié de sa proie. 11 pardonna à peine à Olivier de la Marche ce demi-suGoès, et il envoya Î& duchesse captive au ch&teau de Rouvre près de Dijon. De là eUe put avi^r qudques communica-

« 1 Voir son récit, Jf^. d'OL delà Mar«fas.

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lions secrètes avee le roi, <pii rativoyadétivrar, aiwèss^tre assuré aœallianoe ayecla Savoie, jusqae-là vainement dor mandée.

Tout défaillait au duc de Bourgogne^ Le duc René s'était emparé de Nancy. Le duc courut y mettre le siège. Mais ici tout ce long drame de folies allait s'achever parla honte et par le crime. Un certain comte de Gampobasso \ venu de Naples à la suite de la maison d'Anjou, avait été reçu par le duc de Bourgogne, qui lui avait donné sa. confiance et en avait fait l'instrument de ses témérités. Lorsqu'il vit toute cette puissance crouler, Gampobasso noua des intri* guea avec le parti de René ; et bientôt le duc se trouva tout envdoppé de pièges et de perfidies. On dirait un roman semé d'aventures sinistres'. Des crimes se mêlèrent aux combats. Du c6té de René se trouvait un gentilhomme de Provence, nommé Gifron, avec qui Gampobasso avait accoutumé de faire ses trames. U fut fait prisonnier comme il essayait d'entrer à Nancy avec d'autres chevaliers. Le duc de Bourgogne résolut de le faire pendre. Il avût introduit à la guerre ce droit nouveau à la place du droit de rançon admis par tous les États. Au moment de périr, Gifron voulut se sauver en révélant au duc les trahisons qui l'entouraient. Ge fut un moment de trouble cruel, et deux hommes seu* lement savaient le secret de ce drame horrible. Gifron , qu'on menait à l'échafaud, et Gampobasso qui tremblait d'y monter à sa place. Gampobasso sut rendre la colère du duc plus forte que sa curiosité. Puis il fit la garde aux portes de sa tente, et nulle révélation n'y pénétra. Gifron fut pendu, et Gampobasso se hâta d'arriver à d'autres dénouements. Le duc de Lorraine avait assemblé des secours d'Allemands autour de Nancy. Gampobasso laissa le duc de «Bourgogne s'engager dans une lutte inégale, et lui-même s'éloigna avec cent quarante hommes d'armes. Il avait voulu joindre le duc René; les Allemands ne voulurent pas

I GampolMbobe, dit Gomines. -*- Apparenuuent Gampobaccio.

' s Walter Soott l'a trouvé tout fait dans Gomines, et il semble que pour cela même son (çénieait perdu cette fois de son originalité*

4m ciMÉtai dtt InMte hifloA. tt8!6tt aDaràrCm^ Miaé dam k cittaf ne coBjvcstka» oo&Ito' teân» d&fioHUN gogne ; on devait ou ie saisir ou .le tuer dans la fuite« Gfaal en de t^âm dispositiens qpm Isa Sutittefts eondute paît le duc de Lorrabie, viusenl Ivfrer 1» bataille* ^e\jmïAhm^ tÊSt dKspené leb «estes d'isuriiiée cpû oesiiRttaienl peiar td dnc. Le cmndage fiit honibie. Le génie de Gasn^otidbo pré^dait nystérieuBemeni à ce désaBtve. QmiBd tonCM dôtniit^ on eberelka i«toenii«at le dna de BaniEgiigae; tt n'était poM prisonnier. €aflipofaaaiOy le leodemm de la fatale joomée, pptesntftatt duc de Lovraôe uivpegeitii» len, qui désgna le lieitoù il devait dtseï ta y dk^et^l^ott troQYa au bord d'un nuwôcaige le csidavpa de €&aiiee<]é^1^ aiéraire, tout nu^ percé de ttoi^ ooep^ de kaee,. Ton' » le &ce, rentre da&s les dâees^ letrcâsIdHiB aui fbndeaienÉ; Funeste mort^ tvisle oouronnenent d'une irle- ferieuBe^ qok pourtant Vavait pdat été sansi quelque mâttige de; TSita et de grandeur. La proepéiité perdu ce pitoce. Qj s^éMl précipité dans la iMume jbrtnnei, il sfablaMi danS' lai maa^ ^ise. Son oi^eil intraitiMe dégénéra eu fireeilé ; il scai*> blait Youldr se venger du œaitaffiip par 1» Initeria te. le transpcNTta à Naacy, eii en Fexpesa sur un magnifique lit de parade. Le due René vint M jeter Veau, béttite*^ efl kli prenant la rnaSu, il dit t. « ¥e aoae ait fiieu, voila neue« «fée ftdt menlt de maux et de: douleots. »

Pendant ce temps, Louie XI, reâïé à Tbere, ettendaitt le résultat des trames qui en^eioppeient sen^ enneitiiv et gulB suivait avec une cm*ieuee suée pati«)te anaiéléi dntraeente que le jour de la baleine, Angelo Cette, atehevèque de Vienne, disant là messey vint donner le paiK su Loin» Xi,,ea lui disant: « Sire, B»u vcmedfMine la paix; yoim l'avez, ë vous voulez, eensumnuttom et & Votre ennemi le due dil Bourgogne est mort, et vlentâfètie tué^ et son armée est déconfite ^ » Le roi fit vceu, si la pilédietien i^aceompMv'' sait, d'entourer la châsse de saint Martin d'un treillis d*ar-

* Vie de LmtUXlfV^^ kasesAù Gatto^ft lasaiie àes jMitotf«$ de CSMiines»

ill»feii^bi^pteœ'dtt»lralli& 4e ferqiû y étaUt Et plus taisd es «fSei Ui fitœtts largesse, au aaiot patriotique de. la vieille

ftinei qu'il eo aoit de eeita pffédioticHH il eoflii à Tbisteiie^ fouc cavactériaev le Baonarq^^, de dise ei&& atteiUe ia^ ipiiète^ et fe^dooft q^à^'û groBiettsàti à ceux, qui lui apportei^ lalttAt de boQtt^friiouirelles.. Le chapitre de Goimne& sur ce siget est une sCdmirable révélation. « Et y a^oit^dife-il^ beau* eeup de geoe qui avoieut les ereilles Ûea ouvertea à qui Bfienûarlefroyreit, pour le&lai all^dire. » Gominea lui^ Viâaie avait eu d^ part ay& laugessea^du roi, pour lui.avolv dit lea nouirelle» de la bskUille de liorak finfta eelka de la dwuiôi:^ déeoDfiture asrlvàpentfy maiS' vagues et ineon»» l^ètcfr. Et atea^oe fiat.ua^ cwîeux. speetaeleque eeàuî de la eeur de Louia }U.y aveeaea fineastfo «i. aee dsseiaiuiatîeAa^ •Le rei de prime: face fo£ taat aurprie^de la joie qu'il eut de celle noiivdâer qu'à graad'peine aeutrîl quû^ cûntefianoa tenir w » Et la contenaoce dequdques seigneurs était tâen autnemast troublée. Le roi petit, plsûair à les faire mettre iQus à sa table après la messe*, « ^ eu dîaoant, oantimift CûffiÎQes^ paiâaitottsjpura de eae matiène», et sçai bin que n^OQ^ etaisbtiKs priaoïea gsirdesiCoiiiBie ils diaaeroient^ et de q|uèl «Hipétit, ceux qui estoieatà œtte table-: luaia à lit véiilé (J]p ne- s^i si e'estoit de joie ou de trîstesee), un seul par aambtoot se maug^ la moitié, de eau saoul: et si n'es^^ toient-ils point honteux de metig^. avec le loy icmt'Aulyfi avoilceluL d'eotr'éux (piibieaiaeuireBt n'y eUltmangé* »*

Louis. XL avait hâte de tiFer i^Kxftt, par la<peiiti(|ue, de Ift mort dutduede Beurgogno,^ qui changeait toultetla face dm ehoees. Comineset le bâtard de IH)Uirb<Hi9 amiral de Fmnee, kii fuFWEit d«ixin8f2raB[ieBta*Eles enve^Aca» pay»d'Ai!tcâ% avec la misslmi desecevote ou defsi» rentrer ^ouseoa domaine tout ce. qui ae ipoiwBaît de toBer fFécédemmmi seumiaas an. due» Abbevilte. ne* dÉmeada paa nueux qae d'obéir «V x^l\ màm Anaft mjffom tet drcôt de liane de Bourgegiie. Llialnle CemnaeNB pukqaeeoDquëiâDen cette ville quelques persuuagas t iwtaej autreti Jaequee de la facqueritt, 9a plus tarésemmil ISiiiû.flyee gloire; Heim,

«00 mstoiRK BB nUKGft.

Bohain, Montdidier, Montrenîl , Saint-Quentin recodninwl l'autorité du roi de France. Bientôt Louis XI s'avança en personne au bruit de ces nouvelles. Péronne s'ouvrît dd* vant lui. C'étaient autant de conquêtes faites sans le secours de f épée. L'intérêt tenait lieu de batailles; la plupart des seigneurs de Picardie et du Hainaut abandonnaient le parti de Bourgogne, abandonné par la fortune^ Tout proi^ pérait à Louis XI.

Mais lui-même, selon Gomines, gâta ses succès par une faute. « Il pouvait, dit l'historien politique, combler ses prospérités par le mariage de Marie de Bourgogne, soit avec le jeune dauphin, soit avec quelque prince qu'il eût sous la main. Et tel avait été autrefois en effet sor\ dessein se* cret; mais lorsqu'il vit cet Ëtat épuisé, ébranlé, perdu, il pensa pouvoir Fécraser dans sa ruine. Gomines blâme son maître de ce changement de politique , peut-être par un souvenir de ses habitudes bourguignonnes. Il eût voulu que le roi amenât à «soi toutes ces seigneuries, sur les^ quelles, dit-il, il n'avoit nul droite par quelque trayté dema^ riaçfi ou par vraye et bonne amUié. Et il est vrai qu'il eût ainsi évité des déchirements et des guerres nouvelles.. Mais la pensée de Louis XI était plus générale; il tendait à ^etirper de la monarchie de France les restes formidables des vassalités antiques, et son grand ministre, doté de tant et de si ridies seigneuries, avait peine à accepter entièrement cette œuvre nécessaire d'unité.

1471. — Louis XI dans tout son règne n'avait cessé de suivre cet instinct de politique; et tout le secondait, la mort naturelle des'^princes aussi bien que les coups terri-^ blés de sa justice. Toute la maison d'Anjou venait de s'éteindre. La succession du duc de Guyenne était revenue à la couronne. Les prhaces remuants avaient été frappés du glaive. A ce moment il en restait un â qm ^e roi gardait rancune pour ses anciens méfaits politiques, c'était Jacques d'Armagnac, duc de Nemours et comte de la Marche. Il ne fallut que lui trouver des crimes nouveaux. On l'accusa d'à-' voir promis au duc de Bourgogne de faire prendre prisonniers le roi et le dauj^iia ; et sur ce grief il fat enlevé de

son château de Cariât en Auvergne et conduit à la Bastille. On donna des formes singulières au jugement. Plusieurs présidents et conseillers du parlement s'assemblèrent à Noyon,- avec certains grands clercs du royaume demaurans en diverses villes; et là furent lues les charges résultant des interrogatoires et des défenses du duc de Nemours en présence de monseigneur de Beaujeu, iliec représentant la personne du roi^' Mais Taccusé était absent; on le condamna à être décapité aux halles de Paris. Ce fut un supplice odieux, bien que la victime eût fait trop d'aveux dans une déchirante lettre qu'il écrivit au roi pour obtenir merci ; et ee fut de plus un meurtre inutile. La nostérité n'a point pardonné à Louis XI cette vengeance, et même elle 1^^ grossie , en imaginant un raffinement de barbarie dont le récit fait frissonner. On a écrit que les enfants du duc de Nemours furent mis sous Téchafaud pour être teints du sang de leur père. Les mémoires contemporains n'ont rien indiqué de semblable à cette infernale atrocité. C'est bien assez que la politique de Louis XI ait été cruelle; mais il ne paraît pas avoir recherché dans le meurtre ces sortes de voluptés qui ne sont goûtées que par les âmes d'une scélératesse idiote*.

Lors donc que toutes ces justices parla guerre ou par le

1 Voir les preuves des Mém, de Comines, tom. V.

2 MM. Gimber et Danjou ont publié trois lettres de Louis XI sur le procès du duc de Nemours. Il demandé qu'on géhenne le prince pour Je faire parler. Cela même est de trop; mais c'était la justice du temps, et la magistrature employait comme le prince ce Taoyeu atroce de révélation. Voir le Cabinet de Louis XJ, publié dans celte collection , V' vol. — Mémoires de Jean de Troyes, coll. Petitot. — M. Petitot, dans son tableau du règne de Charles VIII , adopte le récit des historiens sur les enfants du duc de Nemours, arrosés , dit-il, du sang de leur père. Mais il ne désigne pas non plus ses au* teurs. L'accusation est si énorme que Thistoire ne la peut reproduira sans en indiquer la preuve. Et M. Petitot, ayant manié tous les documents historiques, aurait eu moins de peine qu'un autre à la trouver. Une chose plus étonnante, c'est que M. Petitot , sage et religieux écrivain, semble avoir de l intérêt dans ce passage même pour ce féroce comte d'Armagnac qui fut tué à Lectoiyç, Nous avo- • vu les atrocités incestueuses de sa vie.

T. ni. *"

glaive furent achevées, Louis se laissa naturellement aller au désir de ruiner la maison de Bourgogne qui s'offrait à lui toute délabrée ; mais il eut tort d'arriver à ce dessein par une violence déguisée. La guerre ouverte lui eût été plus glorieuse, ou plus utile même. Ce n*était pas Texpédient ordinaire de son génie.-

Harie de Bourgogne était à Gand comme i la merci de cette bourgeoisie si prompte à se jeter dans les séditions. Dès qu'ils avaient appris la mort du duc de Bourgogne, ils s'étaient livrés à toute la fougue de leurs passions ; ît$ avaient mis à mort vingt-six de leurs magistrats, avec les plus notables de leurs citoyens *. Ils reprenaient ainsi leur liberté perdue. Louis XI ne craignit pas d'envoyer remuer ce foyer sanglant de guerre civile. Son ancien barbier, qu'on appelait Olivier le Mauvais, et quelcpiefois Olivier le Diable, et qu'il ût appeler Olivier le Dain, était Vinstrument de cette politique peu royale, et Comines raconte longuement les moyens de tromperie qui furent employés. On avait fait de ce barbier un comte de Meulan, et il arriva â Gand en bel équipage d'ambassadeur; mais on sut qui U était, et lui-pfiême devint un objet de moquerie. Cette première expédition fut inefficace. Le comte de Meulan alla se dédommager à Tournay en s'emparant de la ' ville avec assez d'adresse.

Mais Marie de Bourgogne avdt vu les mauvais desseins du roi, et pour les détowner, elle lui envoya des ambassadeurs. Louis XI les amusa par de belles paroles, mais en enveloppant sa pensée de mystère. Qs lui avaient parlé comme s'il eût voulu le mariage de son fils avec la du* chesse Marie; il ne s'expliqua point là-dessus. Tout le résultat des conférences, ce fut que le ro^ se fit reconnaître le ûroki de prendre p08sefi(SÎ(Hi d'Arras, qui était un flef de la oonronne, jusqu'à ce que Marie eût faithommage pour son iaché. Néanmoins la ville continua à tenir ses portes fermées; il fallut les forcer par un siège en forme. Les habîaiils étaient acharnés contre le roi. il se vengea en chan-

* Comiaes, liv. V, ch. 16.

BXSXOIAE m FRAJïqS. 403

g<eant le nom dé U, ville, qu'il appela Franchise ou Francie. Pendant ce temps il avait repris ses soiu'des menées avec les Gauloîis.

Ce fut devant Arras qu'arriva un incident de police assez curieux. L© roi avait lait naguère à Senlis un traité avec le duc de Bretagne, Lorsqu'on avait vu sa politique rompre au loio tous les obstacles et briser toutes les inimitiés, on s'était précipité vers (m avec un empressement nouveau. Le qbancelier de Bretagne s'en vint à Arras renouveler h Louis XI les protestations de son maître. A $on arrivée Louis XI le fit arnôter. Ce fut un étonnement profond dans tout Je camp. Au bout de douxe jours d'incertitude Louis XI appela dey««t lui son prisonnier, ^ul ne savait le fond de ce mystère. « Savez "jous pourquoi je vous ai fait arrêter? lui dit le VQU -^ Peut-être, répa»dit le ministre, pour quelque faux rapport contre le duc mon maître. — Ne m'avezyous pandit 'souvent, ajouta le roi, qu'il n'entretenait aucune intelligence avec le roi d'Angleterre contre moi ? — J'en réponds sur ma tôle, cria le chancelier. — C'est beaucoup vous avancer, > dit le rai* Et en même temps il déploya sur la taUe viqgt-deux lettres du roi d'Angleterre et du duc de Bretagne, dans tesq^ueUes ils concertaient entre eux des moyens d'attaque et de défense contre Louis XI.

Le roi ne soupçonnait pas le cbancelier de perfidie; il le savait fidèle^ et il le renvoya en Bretagne avec ses lettreSi. Là se découvrU tout le secret de cet espionnage. C'était un émissaire infidèle du célèbre Landois, ministre de Bretagne, qui dans ses courses en Angleterre était tombé à Cher-* bourg aux mains d'un agent de Louis XI habile à imiter les écritures et les cachets, et qui lui avait remis les lettres originales dont il était porteur pour un échange de copies, moyennant cent écus la lettre. Tel était déjà le progrès de la corruption.

Mais ce n'était là qu'un incident. Loms XI suivait obstinément son dessein de perdre l'héritière de Bourgogne par les déchirements de l'anarchie, La bourgeoisie de Gand luttait déjà contre les conseillers de la jeune duchesse, et surtout contre deux d'entre eux, Hugonnet et Imbercourt, les

plus habiles et les plus fidèles. Le trouble était dans la ville, et Marie avait fini par être comme captive aux mains des séditieux. Ils voulurent aussi faire leur ambassade à Louis XI ; ils allèrent chercher une excitation à leurs fureurs. Le roi enveloppa les ambassadeurs populaires dans ses mille pîéges d'intrigue. La bourgeoisie comptait avoir obtenu de la duchesse qu'elle se gouvernerait par le conseil des trois Etats ; et elle venait demander au roi de se déporter de la gyerre^ espérant ainsi rester assurée de sa victoire. Louis XI s'appliqua à détromper les envoyés. Telle n'était pas, disait- il, la pensée des conseillers de mademoiselle de Bourgogne de leur laisser le gouvernement de leurs affaires; et il en aVait la preuve en ses mains. Et par degrés il arriva à leur communiquer la lettre que ses ambassadeurs lui avaient remise. Puis il se la laissa demander, et enfin il la confia, quoique avec un apparent regret. La bourgeoisie y découvrait la volonté de suivre le nlode de gouvernement de Charles le Téméraire, ei après cela Louis XI n'eut plus à allumer sa colère par d'autres paroles. Les ambassadeurs rentrèrent à Gand, firent des assemblées, et lurent devant Marie de Bourgogne la lettre qu'elle avait écrite à Louis XL Peu après ses deux ministres, Hugonnet et Imbercourt, étaient livrés à des juges improvisés; on les condamna à avoir la tête tranchée. L'infortunée Marie s'en alla, en habits de deuil, supplier le peuple assemblé devant Téchafaud de faire grâce à deux serviteurs innocents. Cet appareil de supplication émut Jes âmes. Déjà le peuple se divisait en deux partis, et l'émeute grondait autour des bourreaux , mais la faction dès meurtriers resta maîtresse. On se hâta d'achever cet horrible drame; et Marie, toujours suppliante et en larmes, vit les deux tètes voler sous le coup de la hacke. On la ramena défaillante dans son palais.

Ainsi s'achevait dans les fureurs de la place publique la fortune de Charles le Téméraire. Gand resta livré au désordre et au pillage. Le peuple faisait des crimes dans l'intérêt ie Louis XI, qui s'éloigna, comme par pudeur, et s'en alla vers Cambrai, laissant aux furieux de Gand le soin de lui

faire des amis des serviteurs de Bourgogne qu'ils ehassaient à outrance.

Les Gantois, maîtres de Marie de Bourgogne, voulurent lui donner un mari. Ils allèrent délivrer de sa prison, à Namur, le fils du duc de Gueldres, que son père avait déshérité pour ses crimes. Ils le mirent à la tête d'une armée de quinze mille hommes, levée à Gand, à Bruges et à Ypres, et renvoyèrent attaquer les Français, maîtres de Tournai. Ils voulaient lui faire mériter la main de ieur captive. Mais Texpédîtion fut malheureuse. Comme le général des Gantois se retirait avec son armée, quatre cents hommes d'armes le poursuivirent; il fut tué dans la fuite.

Le duché de Bourgogne, ce grand Etat qui avait tenu en échec la royauté de France, fléchissait partout. Louis XI avait attiré à soi Jean II, prince d'Orange, que nous avons vu dans la fatale expédition de Charles le Téméraire contre les cantons. Il l'envoya se saisir de Dijon et des autres villes de Bourgogne; mais il l'avait fait suivre de Georges de la TrémouJlle, seigneur de Craon, comme s'il se fût défié de sa fidélité, et l'un et rautl% prétendait au gouvernement des places conquises, le prince d'Orange s*en retourna à son premier parti. Ce fut un échec pour Louis XI ; il en éprouva quelque autre encore. SaintrOmer refusa de recevoir sa domination ; mais Louis XI ne se déconcertait pas de si peu. La puissance royale était refaite, et désormais elle était à l'épreuve des mauvais succès.

L'histoire a noté l'inaction d'Edouard, roi d'Angleterre, en présence de ce mouvement d'intrigues armées, où s'abîmait la maison de Bourgogne, lorsqu'il semblait intéressé à soutenir et à relever cette rivalité par la politique et par la guerre. Mais l'or de Louis XI l'avait rendu msûtre du conseil d'Edouard ; Edouard lui-même désirait marier sa fille au dauphin de France, et ses envoyés ne touchaient la France que pour y recevoir des dons et des caresses, qui perpétuaient l'immobilité.

Pour mieux endormhr Edouard, Louis XI lui avait proposé une expédition à faire en commun sur la Flandre et les Pays- Bas. -Il savait que ce n*était pas une guerre populaire en

406 flisfeRŒ ns tHkîm.

Angleterre^ rmàs û eut Ywac de téffiiofgnef de la généroâifé et de la confîîtnce, en offrant de partager les dépouiSes ùb Charles le Téméraire* Edouard fot ftsiXA^ <ft ses conseillers vendus purent louer le procédé délicat du fcri de FrdnCé. Cest tout ce qu'il voulait *.

Louis Xi fut moins heureux dans raiSeiire du mariage de Marie de Bourgogne. 11 avait an^té datis son espHt de ne lui donner ni le dauphin ni tout autre prinéef qtxl eût rdevé sous le sceptre une vassalité menaçante. Les plus sâgies pensaient cependani qu'il eût été opportun d'aviser par vtû mariage à la fin de tant de désastres ; et même on sârr ait que Marie avait oui avec plaisir le ïiom de Charles d*Orléans, comte d'Angoulôme, entre tous les noms qui sVfihiient au milieu de ce bruit de tempêtes populaires qui grondaient encore autour d'elle. U y eut à ce sujet bien des ambassades. Louis XI ne fit que paraître au travers des infipigues. lllaîà* sait faire ceux qui proposaient le comte d*Angoirtême, sang les désavouer ni les soutenir. Alors s'offrit un prétendant sérieux, Maximilien d'Autriohe, fils de Tempereur. Marie dô Bourgogne avaithàte de sortirde^a tutetledes Gantois. Maximilien lui apparaissait avec d'éclatantes destinées ; elle lut donna sa main. L'empereur, dégradé par Tavarice, le lalsâà aller à eet hymen dans un état peu digAé de sa grandeur. U fallut que Marie pa^yftt son voyage. Maisr }1 arrivait jeune, brillant, courageux; il apportait PespéPMioé. Peu ûeimn après il parut à la tète d'une afinéë.

1478. — Alors Loultt XI sentit pmi^fé âa ftictte. lÊÊAli il lui restait k scmplesie dé ses rusés. U demanda une trêve à Maximilien, et lui offrit qtfefqttés^^mies des places qu'fi amit enlevées. La trêve fut aci^ée; tuafs on ne fit qtie l'employer à des préparatifs de guerre plus siérleux. Bientôt lea hostilités éclatèrent, et le roi d' Angleterre oilHt sa mé» dîatlon en même tempa que le pape^ dixte fV. Mais dé|à prssqtie toute la Bourgogne était érivahle. Charles d^Am^-

1 Comities dit longuement les noms de tous ceux qui recevaient des pensions de Lonis Xt; ce n'est pas lé chapitre le moins curieux de ses mémoires, iiv. YI, ch» 2.'

mSTÔlRlS VE rtikVCE. 407

boise, seigneur de Chaumont, commandait Tarmée de France. Rien ne lui avait résisté; mais il avait souillé sa gloire par des rapines. Maximîlien, effrayé de ces succès, laissa faire les médiateurs ; et Louis XI, qui ne se hâtait pas dans ses triomphes, se contenta de ce qu'il avait pris, prévoyant des difficultés ou des périls, s'il voulait pousser plus loin la victoire. On fit une nouvelle trêve pour un an.

Louis XI employa ce repos à des négociations ardentes en Savoie, en Italie, 9n Espagne.

La duchesse de Savoie venait de mourir. Louis XI prît part aux affaires de la succession, et fit régler le gouvernement pendant la minorité du jeune Philibert. »

L'Italie avait ses révolutions. Les Médicis, maîtres de Florence, avaient vu des factions se former contre leur pou^ voir. Les Pazzi leur disputaient la domination par des complots et par des meurtres ; la république était livrée aux factions. En môme temps, Ferdinand d'Aragon, roi de Napies, et le pape Sixte iV d'un côté, Venise, Milan, Flofence de l'autre, formaient en Italie deux partis, armés entre eui, et qui compliquaient l'anarchie. Louis XI, appelé par IM Florentins comme médiateur entre leurs factions intérîenres, leur avait envoyé Comines, qui les trouva se dévorant entre eux. Julien de Médicis était mort sous les coups d'unis conjuration. Laurent, son frère aîné, s'était sauvé blessé à la gorge. Puis là réaction des Médicis avait été effroyable. François Salviati, archevêque de Pise, qui avait pris parti pour les conjurés, avait été pendu. A ces nouvelles le pape excommunia les Florentins.

Louis XI continua de favoriser les Médicis et leur lîgue contre le roi de Naples ; maïs il ne pouvait leur envoyer des armées; il les protégea, par l'intrigue, fl feignit de rétablir la pragmatique sanction, et de provoquer un concile général. Le pape le négocia; par ses menaces extrêmes Louis XI le disposa à la paix. Laurent de Médicis garda son pouvoir; c'était pour la France une alliance féconde et pleine d'avenir.

En Espagne les intérêts n'étaient pas moins complexes. La Castille avaitaussi ses révohidons; son roi Henri IV, mé-

prisé des peuples, avait une fille nommée Jeanne, dont on contestait la naissance, et déjà Alphonse, frère de Tinepte roi, et Isabelle sa sœur se disputaient Thérédî lé. Des factions se formèrent', Henri IV fut emporté par les séditions; son frère Alphonse périt d'une mort douteuse dans l'anarchie; Isabelle fut proclamée reine de Castille. De là une gueiTe domestique avec des trames odieuses. Henri essaya de ressaisir le sceptre. Isabelle, active et adroite, lui opposa Ferdinand, infant d'Aragon, à qui elle porta ses prétentions en se mariant avec lui. De là devait sortir la grande monarchie d'Espagne \

Henri avait compté sur Louis XI, et un mariage avait aussi été convenu entre Jeanne, sa fille, et le duc de Berry, frère du roi de France. Le duc de Berry mourut ; Louis XI laissa les révolutions castillanes suivre leur cours. Henri fit la paix avec sa sœur; mais après un splendide festin destiné à célébrer cette réconciliation, il fut atteint de douleurs atroces et suspectes de poison. Peu après mourait ce pauvre foi, que les peuples appelèrent V Impuissant^ et qui ne fit que se traîner à la suite des factions. Louis XI regrettait de voir la couronne de Castille échapper à ses intrigues. Alphonse, roi de Portugal, avait essayé de la remettre sur la tête de Jeanne, fille de Henri, et qui était sa nièce. Louis XI eut l'air de seconder son entreprise; chacun, en ce dessein, gardait ses vues et son caractère ; le roi de France y apportait sa politique de calcul, le roi de Portugal sa chevalerie romanesque. Alphonse était veuf; il fit de Jeanne sa fiancée, et s'en alla pour elle à des expéditions pleines d'avenlures ^bizarres. 11 vint en France chercher des secours, courant de Louis XI au duc de Bourgogne. Puis le mauvais succès le désespéra, et il disparut laissant accroire qu'il était allé se cacher à Rome en un monastère. Louis XI, déju atteint de soupçons sinistres, le fit chercher, et quand il l'eut découvert il le renvoya pompeusement en Portugal, sur une flotte dequinze vaisseaux, commepour étaler son innocence. Jean, fils d'Alphonse, gouvernait à sa place; il le reçut avec des

Mariana, lib. XXIV, cap. 5 etseq. — ^i*t, du cardinal limenès.

fêtes, et lui fit reprendre le sceptre qu'il porta quatre ans encore.

La cause de Jeanne était ainsi délaissée. Un instant on put penser que Louis XI verrait là un projet dé mariage sérieux pour son fils. Mais déjà Ferdinand et Isabelle avaient fait des alliances avec TAngleterre et avec Maximilien d'Autriche; Louis XI s'arrêta devant cette ligue, et son génie s'appliqua à la dissoudre au lieu de Tattaquer par un mariage d'un intérêt douteux. Il fit de magnifiques ambassades à cette double royauté de Gastille et d'Aragon, et bientôt il rèut détachée d'Edouard d'Angleterre et de Maximilien d'Autrîche^ et un célèbre traité fut signé à Saint-Jean de Luz, qui renouait les traités anciens de la France et de la Gastille.

Ce coup soudain de politique vint changer tout l'aspect des Etats ; TAngleterre renouvela sa trêve pour cent ans. Louis XI ne dédaignait pas de paraître acheter cette paix au prix de cinquante mille écus que la France continuerait de payer au roi d'Angleterre; les Anglais acceptaient cette condition comme un tribut, et Louis XI l'accordait comme une pension. D'un côté l'orgueil était à l'aise, de l'autre la politique était satisfaite ; lorsque l'Angleterre fut ainsi détachée desjaliiances menaçantes pour la France , Louis XI put reprendre librement ses desseins, et la guerre de Bourgogne s'offrit sous un aspect plus rassurant.

Déjà les t^ostilités avaient recbmmencé; la campagne s ouvrit par une bataille près de Guinegate. L'archiduc marchait avec vingt miUe hommes. D'Esguerdes, gouverneur de Picardie, courut à lui. Lé premier choc renversa la cavalerie flamande. Ce fut tout à coup un vaste désordre, où. les Français ne firent que tuer ; mais la poursuite fut imprudente. Maximilien fit si bien par son sang-froid qu'il resta maître du champ de bataille ; il avait perdu dix ou douze mille hommes, et peu s'en fallut qu'il ne pût s'attribuer la victoire. En cette journée la différence des pertes fit toute la gloire. Des deux côtés on avait fui, mais l'archiduc resta le plus affaibli. D'Esguerdes fit neuf cents prisonniers, parmi lesquels fut un fils du roi de Pologne. Louis XI apprit

410 BfsToin n nMKX.

ces nouvelles avecdéfiaoee. Il n'était pas aoooudiané à perdre, dit Comînes, et il soupçonnait qu'on lui cachait gue}" que malheur plus sérieux. « QusuiA il sceat te vérilé^ il eut patience, et délibéra d'y donner ordre, en façon qu'on u^ntreprendroit plus telles choses sans son seeu^ »

L'archiduc Maximilien ne put reprendre ses entreprises. Il avait auparavant commencé le »é^ de Thérouane ; il le laissa pour aller s'emparer d'un faible château, mxnraé Ma~ launoi, oîi commandait un officier gascon avec cinquante Français. L'assaut fut ef£ro]nable; quelques-uns des défenseurs de la petite place purent s'échapper, lesautre^flirent égorgés. Le Gascon fut pendu. Louis Xi à cette nouvelle jura une vengeance atroce. U fit pendre cinquante des principaux prisonniers de Guinegate, envoya le bourreau protégé par six miUe archers et huit cents lances en pendre sept autres au lieu môme où l'offider gascon avait élé mis à mort. On alla étaler le môme spectacle devant Douai, Saint-Omer et Arras ; dix hommes forent pendus à la vue de chacune de ces villes ; puis les soldats furent jetés dans les c»npagnes pour les dévaster. On n'avait point vu pré" cédemment de si san^antes représailles, ^t il y en eut de semblaMes sur mer. Quatre-^vingts navires du commerce flamand furent enlevés pat des armateurs de Slonnandi^ Ge fut une perte énorme. Loins XI se seiUait à Taise dans sa vengeance ; d'ordinaire rintrigue ftiodémifi sa coière , cette fois il était Hbre ; Il crut se montrer ibrmidable, 11 ne ftft qu'odieux.

Cependant l'arehiduc dét^rait tet psÉt , Le légat du pape se fit médiateur, et une trêve fui signée pour un aii.

Ce fut le légat qui à force de supplications obUnt du rsA la^ liberté du cardinal de la Balue, toujours captif d<^id ses petites tmhfsoas. Le cardinal se retira h lUMUe^ où «m habfleté lui donna du crédit.

4i80. — Durant la trêve, Louis ïl s'occupa de réformes cm de changements dans l'Etat. C'est dans le r^os que rbistôire aime à surprendre le singulier mon^^ue dont

*<3dmititt3, liv. VI, <sh. «.

HiSMnK ni 911MICS4 411

nous ven^MAs de vol» legéaie •«% pHsc» «rec âes iaiiiiiii^éSy des intrigoe», dM Ugnes tt dos péri}» tie toute sorte.

C'est près de TOfi»^^ à «on diftteaa é» FIcsmb, que Louis XI passait d'ordineitre ses jours de politique calme ou méditative* (X/ n'étaient point des joufS de paix, car le t^03 était pour lui plein d'anxiétés et d^ngoisses K

L'iiistoire. écrite sous des kifhiences de la vieiHe société ft*ançaîse, s'est amusée à voir Louis Xi assiégé par des terreurs et expiant ainsi sa tyraunie, et après cela elle a cru n'avoir plus rien à dire de sa politique et de son génie. Nous ne saurions accepter aveugiéinent ces jugements demi-rontanesques ei empreints de rancune féodale.

La natare de Louis XI était défiante. « Quant à être suspicionneux , dit Gomines, tous grands princes le sont , et par espécîal les sages, et ceux qui ont eu beaucoup d'ennc-^ mis et offensé plusieurs^ comme avoit fait cetuy^y ^. »

L'tiistoire n'a pas pris garde que Louis XI, avec ce caractère dissimulé et suspinionneuœ^ avait repris Fœuvre antique des rois de france, qui était l'unité de la monarchie ; et pour cela il lui avait fallu refaire les combats de Louis le Gros > si ce h'est qu'il avait employé d'autres stratagèmes.

« François P' disoît que e*estûit lui qui ayoit mis les roys hors de page ; car devant kn les roys n'estoient oue des detnys-toys *. »

fiais sous sa main terril^ éMent tombés ou s'étaient abaissés les restes des grandes vassalités féodales. Les etafs mêDoes et les paiiements étalent devenus impuissants. C'était donc là une sotnrce îmmortdle de colères et de soup^ çons. Et en môilie temps , appliqué comme il fut à des intrigues qui kii tenaient lieu de batailles, achetant la victoire par l'or plus volontiefs que par Tépée, il dwt lever sur

DéjL ,

finitive. (Ch, éCAnjou, BotnmiONE.)

« Comines, liv. VI, ch. 7.

* Brantôme^ Éloge du roi Charles VIIL

le peuple des impôts inusités ; et de Ut une autre sorte d'animadversion, grossie par des inimitiés plus habiles, a Et d'avantages, dit encore Gomines, il sçavoitn'estre point aimé des grands personnages, ne de beaucoup de menu ; et ^ avoit plus chargé le peuple que jamais roy ne fit, combien qu'il eut bon vouloir de le descharger : mais il devoît commencer plus tôt *. »

€k)mines énumère ces levées d'impôts, et il observe que pour la première fois Charles Yli avait donné l'exemple d'imposer des tailles en son pays à son plaisir^ sans le consentement des états du royaume. Et il n'est point surprenant que la monarchie relevée de sa ruine eût alors pris en défiance ces assemblées d'états qui avaient été si pleines de révolutions et de crimes. Louis XI ne demanda pas mieux que de suivre l'exemple de Charles VU. Msds en cela, dît l'historien, son confident et son ministre, « il chargea fort son âme et celles de ses successeurs , et mit une cruelle playe sur son royaume, qui longtemps saignera. »

Toute cette partie des Mémoires de Comines devrait être ici reproduite -C'est l'expression de tout un siècle. Comihes ne supportait pas la pensée que le roi de France pût lever des impôts à son commandement, sans 16 consentement des états généraux. Toutefois il atténue ce grief contre Louis XI : « Mais un bien avoit en luy nostre bon msdstre : c'est qu'il ne mettoit rien en thrésor : il prenoit tout et despendoit tout : et fit de grands édifices, à la fortification et deffense des villes et places de son royaume : et plus quatous les autres roys qui ont esté devant luy il donna beaucoup aux églises : en aucunes choses eust mieux valu moins ; car il prenoit des pauvres pour le donner à ceux qui n'en avoient aucun besoin. Au fort en nul n'y a mesure parfaite en ce monde ^ »

Après cela il esi curieux de voir quelle fut l'énormité des impôts ainsi levés par Louis XI à son bon plaisir. « Le dit roy Charles VU levoit à l'heure de son trépas dix-huit cent mille francs, en toutes choses sur son royaume, et tenoit

' Comines, liv. VI, ch. 7.

' Comines, liv. V, ch.- 18.

HISTOIRE BE FRANGÉ. 4l3

environ dîx-sépt cents hommes d'armes d'ordonnance pour tous gens d'armes, et ceux-là en bonne justice, à la garde des provinces de son royaume, qui de longtemps avant sa mort ne chevauchèrent par le royaume, qui estoit grand repos au peuple; et à l'heure du trépas du roynostremaistre, il levoit quarante-sept cent mille francs, d*hommes d'armes quelque quatre ou cinq mille, gens de pied, tant pour le camp/ que des mortes-payes, plus de vingt-cinq mille. » Telle avait été la progression de Charles YII à Louis XI; car en ce temps-là ce fut le dernier terme du despotisme. « Ainsi ne se faut esbahir s*ll avoit plusieurs pensées et imaginations, et s'il pensoit n'estre point bien voulu ; et s'il avoit grande peur en ceste chose, aussi avoit-il espérance en plusieurs de ceux qu'il avoit nourris, et qui avoient reçu biens de lui. De ceux là eust-il trouvé un grand nombre qui pour la mort ne lui eussent fait faute '. »

Nous avons donc l'explication historique des sombres terreurs qui troublèrent les derniers jours de Louis XI, et qui ont donné lieu à des analogies si fréquentes et si chimériques avec les Tibère et les Néron de la Rome esclave. ,

Il est une poésie qu'il faut retrancher de l'histoire, c'est celle de la haine. Après avoir ôté les chimères de la vie de Louis XI, la réalité suffit pour faire apprécier son caractère et son génie. Louis XI fut l'ennemi des grands, et les grands lui ont fait sa renommée de tyrannie sanguinaire. Il est étrange qu'un siècle de démocratie, comme est le nôtre, ait besoin d'être averti qu'il se méprend en acceptant les jugements portés en des temps d'aristocratie, et qui furent alors comme. une sorte de repfésaille.

Revenons à d'autres appréciations. Louis XI sentait qu'il avait blessé au cœur la noblesse de France. Il avait souvenir des tentatives de vengeance qu'elle avait faites en d'autres temps, et, ne soupçonnant plus des essais publics de guerre civile, il redouta des crimes ténébreux. A mesure qpe l'âge vint l'affaiblir, cette pensée lui fut par degiés plus insupportable. Ses défiances naturelles finirent par être

^Comines, liv. VI,, ch, 7.

â'atroces terreur^. De là cette vie 4q Pless}84e(»-Tûur8 dî «ombre, si suditdîre et si fcNrmidal^le; de là ces terges fossés et ces ixmFs épais, et ces griUâS serréea, et ces créneaux srn^éS) et ces petites fsoâtreit, et cetto gari}^ de nuit et de }our> •• «t ces qmtm OKHaeaux bws de fer biea espais, et lieu ç» où l'oa pou^roit btoi tirer i se»! aise, et estoii chose J^jan trîQiapha»Jbe, et eousta plus da vingt miUe fraoics^ » de là toutes ces minuties de défense, si exactement contées par ComûMB, ces i^bangemeuts systéâpfiatiqttes d^ valoir de (itiuxebit^, cette préférence pour is^ gen^ d» petUe cfmiitUm, et aussi cette peur de mn méde^ân, qui était devenu son soaitre et saa tyraa. Tout ciela est curieuK à JUre dans les soémoires, mais ae doit point Csusser les vues historiques. C'est contre les pwds que I^uis XJ se bsurricadait dans sa ciladeUe hérissée de fer. ^ tful ^eigseur œ graud personnage ne logecât 4edausL» ue n'y entroit guères compagnie de grands seigneui'^* {fut o'y ifienoii que monseigoeur de Aeaijgeu, qui estoit sou gendre* »

Cen^est pas là s#us.doute, eutre les nobles roisde France, une ligure de roi qui doive ptoîfe à Vbîstoire. Nais s'il fut un tyran farouche, il le fut pour les seigneurs. Aussi ils rougeaieot le fmân avec colèiia. « Et même U îoX quelques paroles saitre aucuns d*ei4r-^x d'eutrer en ee Plessis^ et depescber les choses, selon leur advis, pource que rien ne se depesctkoit ; mais ils m l'osèrent entreprenére, dont ils firent sagema^t : car il y av4|it bieo pourveu \ » Quoi qu'il en s(Ht, parmi ces ft»»4)90us et oos (erreurs^ X^nis XI n'avâjt pas moins, la pensée tournée venslss cboses à^ gouverne* ment, vers les réfoemsis utiles, vers les desseins d'agrauiidissement et de puissaftce«« Aussi désiroitde tout son cœur de pouvw mettre une grande police au royaume, et principalement sur la iofi^eur des procès* » U haïoii ceux du patlement, pour plusieurs eiu^ses que n'explique pas Tbistorien, mais apparevmient pour leur penchant à gêner l'exercice de la roy«mté. St ^'était pour lui une excitation de plus à réformer la justice « Aussi désiroit fort, ajoute

' Comines, liv. Vl^h. 7»

» Gomines, Uv. VI, ch, 7.

HiSTOuo: M raAMCE. 415

Oomioes, qu'eu ce royaume on usast d'une coustumef d'un poids, d'une mesure^ et que toutes ces coustumes fussent mis en françoîs en un beau livre, pour éviter la cautéle et la pUlerie des avocats, qui est si grande an ce royaume, qua nulle autre n'est seuiblahle, et les nobles d'iceluy la doivent bien connoistre, et si Bieuluy eust donné la çràce de vivr^ encore cinq ou six ans, sans eofxe trop pressé de T|i?H^lft, U eiist fait beaucoup de bien à son dit royaume* » (temines observe qu'il s'y preoail tard. « Pour oe, fait bon hkxi faire tandis qu'on a loi»r^ et que Dieu donne aanté et entende^ ment aux homma»* » Mais les événements eussent maîtrisé la volonté de JUw W Xi, quaad eUe se serait plus t6t déclarée ; dominas manque de politique en lui pe[»x)obaint Toppres* sioQ du Ff^Mime;; c'est comme s'il M eôt r^rocbé les té* mérîlés duduc de Boûrgog^ et les ri vsjilés de tant de rqis, qu'il fallut par une ténaeâté de quinae ou vvogt années ré* duipo & l'i0q)iiàe0aiiee. Louis XI pensa aux réfcanmes lorsque laot autour de lui pairut en repi^s.

Sien qu'ennemi éa parleraeni p^lique^ U hii laissa la liberté de ses fooetkms en ce qui regardait la distribution delà justioe. llairaél &^ une dédaration portant qu'il ne se donnerait aucun oMce qui ne fiiLvaoant par mort, résignar lion ou forfaiture^ H voulut qu'on méritai les fonctions avant de les potaéder par la sttrvivsttce*

Déjà, dans le mouvement de ses afifaires, il avait établi les postes en son royaufoe; admirable mécanisme que son ténie trouva par le besan qu'U avait de eonmiuAications rapides pour la marche de «es intrigues \*

Autour de lui se Msaît une police active, mais expliquée aux grands intérêts de l'Etat» non point aux petites passions éb l'espionnage. Q n'emplc^ait à cet office que gem de p^- Me canMiMy et il semble qpœ Comioes a peine à leur pardonner cette médiocrité. « n leur pouvoit bien sembler^ ditrll, s'ils estoient «agea, qa'iAcooâoent qu'il seroH mort, ils seroieni désiq^poifijteK éd teuM ebos^, pour te mieux

1 Édit pour rétablissement des postes, aux pièces justificatives de riatroduction aux M4m, de Comines, par M. Petitot.

qui leur en sçauroît venir, et ainsi leur en advint. » Maïs les vues de Louis XI n'en étaient pas moins hautes. « Ceux là ne luy rapportoient rien de quelque chose qu'on lui escrivit, ne mandast, de quelques affaires que ce fust, s'il ne touchoit à la préservation de TEstat et défense du royaume : Car de toute autre chose il, ne luy en châloit que d'estre en trêve ou en paix avec cbascun *. »

On voit que Louis XI peut être vu sous un aspect qui ne manque pas d'intérêt ni de grandeur. Jusqu'ici l'histoire n'a été pour lui ni bienveillante ni impartiale. Pour tout jugement, elle lui a fait un caractère de tyrannie sombVe, farouche, hypocrite. Elle n*a point pénétré sa pensée ; elle a. cru faire assez de saisir sa physionomie, et de l'interpréter avec caprice. Gela donne lieu peut-être à des aperçus de finesse ou à des semblants de politique, mais n'est point de l'équité, et n'est pas même de la science.

Louis XI se fit un système de tromper ses ennemis ;'ce lui fut une guerre plus facile que celle de Fépée. Les combats d'ailleurs senablaient épuisés. La diplomatie grandissait avec ses mensonges. L'habileté venait après l'enthousiasme, et l'habileté fut alors, et n'a été depuis que trop souvent de la duplicité et de l'astuce. La morale n'approuve point la tromperie, mais rhistdre reçoit les siècles avec leur génie. Le siècle de Louis XI fut un siècle de dissimulation ; l.ouis XI prima le siècle.

Mais Louis XI ne fut pas, comme on l'a dit, dissimulé et menteur en toutes choses. On s'est amusé à lui faire une dévotion de tromperie, comme tout le reste; et son amour des pèlerinages et des reliques a paru n'être qu'un jeu et une parodie de piété. On a fait de lui une sorte de philo-^ sophe qui rit de soi et des autres, cynique sans pudeur, effronté jusque dans l'imitation de la croyance. Ce ôont là de tristes raffinements. Comines est plus simple, et mérite da* vantage d'être cru. Mentionnons «près lui un simple fait. « Quand les roys de Franfce veulent toucher les malades des ecrouelles, dit-il, ils se confessent, et luy n'y faiUoit jamais

une fois la semaine. » 11 ne servirait de rien de changer un témoignage si précis. Et Comines, le spirituel politique, ajoute : « Si les autres ne le font, ils font très-mal, car tous* jours y a largement malades *. »

Disons toutefois que la dévotion de Louis XI fut mêlée de minutieuses pratiques , et ses pèlerinages cachèrent quelquefois des desseins de politique. Puis sa religion avait je ne sais quoi d'égoïste ; on eût dit un calcul superstitieux, n semblait vouloir intéresser le ciel à ses intrigues. De là une foi sans intelligence et une dévotion sans piété*

Il semble donc que beaucoup de jugements doivent être désormais rectifiés sur Louis XI, roi singulier et mystérieux, que l'imagination des écrivains s'est façonné capricieusement, comme un personnage de théâtre. Depuis longtemps déjà j'ai appelé la révision de cette justice ^ Revenons aux récils de l'histoire.

Dans cette trêve avec les Flamands, Louis XI, avons-nous dit, cherchait les réformes. C'est en ce temps qu'il cassa les francs-archers de Charles VU, et qu'il adopta un nouveau système de solde militaire. C'est lui qui désormais devait payer l'armée, comme pour se l'assurer davantage. Pour la première fois un corps de Suisses vint faire en France un Bervice régulier. Il entretenait l'armée comme pour la guerre; c'était un moyen de forcer le duc Maximilien à faire la paix.

Mais tout à coup il fut frappé d'apoplexie aux Forges, près de Chlnon. L'histoire de cette maladie est curieuse. Dans ce premier danger on fut obligé de contrarier ses volontés énoncées seulement par des signes. A peine rétabli, il chassa tous ceux qui lui avaient résisté '. Il tremblait de Toir l'autorité lui défaillir avant la vie même. - i48i. — Alors il redoubla d'activité pour échapper/à une rechute, et il alla passer une revue de troupes en Normandie. Revenu à Tours, il fut frappé de nouveau. Mais sa vor

» Comines, liv, VI, ch. 6. ^

s Dans un article CoMmBS, Plutarque français.

« Voir les détails 4aii8 Gomi&es. ^

T. ai. ^

ko^té r^&U plus forte que le mal ; il conlloua de fs'ocaxç^ des affaires, et se mii à faire des voyages. Le comte de la Chambre, qu'il avait faît nommer gouverneur de Savoie pendant la minorité de Philibert, avait fait d'odieuses întrl^ gués. 11 les envoya punir par une année. Le comte fut enlevé, et l'évêque de Genève fut nommé à sa place. Le roi semblait commander en Savcôe comme dans une partie de son royaume. Peu après, le jeune Philibert mourait à Lyon, où il était venu trouver Louis XI. Le roi continua de régler les intérêts de ses deux frères élevés en France. Il se déclara le tuteur de Charles, l'aîné, et lui donna pour gouverneur •Charles de Dunois»

1492. — Cependant Louis XI se traînait, malade, épuisé. Vais la fortune ae lui faisait point défaut. A Beaujeu, il r£çut une nouvelle qui le ranima. Marie de Bourgogne avait fait une chute de cheval; « elle chevauchott un hobin ar* dent; il la fil^cheoir sur une grande pièce de bois; » elle mourut peu de jours après. Louis XI ne cacha point sa joie. Marie laissait deux petits enfants, que les Gantois tenaient en leurs mains. Dès ce moment il se mit à pratiquer cette bourgeoisie séditieuse pour la détacher de l'archiduc. L'jn* trigue fol ardente et curtificieuse comme aux années les plus fécotodes de ce règne. « £t s'adressoit^-on du tout à un p^n» sîonnaire de la dite ville» app^é Guillaume ftyne, sage homme et malicieux, et à un autre appelle Coppenole, dere des eschevinsq qui estoiit chaussetier, .aya<it ^«uod crédit avec le peuple, car gens de teUe taille l'y ont, quMXid ils sont ainsi desoi*donnez. » Ënin un traité lut £sût. Marguerite de Bourgogne, enfant de trois ans, était fiancée au daupbio de France. Les conditions de cette alliance conciliaient ad- Qûrablement l'intérêt 4a royaume et ceiui des séditieux de Gand ; la nomkiatioa da éic d'Âulrirlie leur était importooe, et volonUers Us grossissaieot la 4Qi de Marguerite du dmebé et du Qoo&té de Boui^ogne, rompant ainsi l'unité des Flandres, qui constituait en face de la France et dans la Ftiince même un État formidable et tout rempli de menaces el de rivalités*.

^ Gomioes, liv. YI, ch. 8 et 9. -^HUMêt éala Mar^e, fiade im

Bl9V0liUS VE nUNCB. 419

1483. — La nouvelle de ce traité, préparé de longue main par Louis II et même du vivant de Marie de Bour^ gogne, désola le roi d'Angleterre, li y voyait pour lui une bonté, et il «e la put supporter. Les histoires disent qu'il ea mourut de douleur. £t c'était en effet un coup admirable d'ôter à TAngleterre, toujours oiaitresse de Calais, ces puùh eantes diversions qu'elle avait trouvées dans la Bourgogne ou dajQS la Flandre, et qui avaient donné à ses entreprises sur la France laot de liberté. Toutefois la prévoyance de Louis X devait plus tard être troublée. Mais le génie de ce roi mourant n'étonne pas moins l'histoire. Comines remarque, que lorsqu'il fallut juner les traités, il fit quelques difficultés* « C'estoît pour n'estre point veu; car il estoit jà fort bas, et i grand*peine se vonloi441 laisser voir. » Il les jura sans appareil, et puis il s'achemina vers Plessis4es-Tours, gàr* diant en soi-iBéBid la joie que lui avaient faite non-seule* ment ces succès, mais la aiort d'Edouard, et l'aspect des guerres dviles qui de nouveau ensanglantaient l'Angtetene. Le duc de Glecester swait i:avi la couronne aux deux ftb d'Edouard, son frère, en les faisant égorger. On ne vit plus que d'atroces tragédies. Leuds XI garda assez de fierté pour ne vouloir pas reoevim* les messagers du nouveau roi; « l'estÎBiMtt dit CkNBÎnee, trèenaruel et mauvais. » Ce lui bit un préÉexte de ne pas payer la petfisiiQii convenue par t$, Iréve au meurtrier usurpateur.

14S3. ^ Revieeu dans sa retrsiie, il sentit de plus en plus la vie lui défaillir. Alors redqjablércnt ses soins pour dissi* mxftler les progrès de aon affaflolisaement, et aussi pour retenir son autorité. « Il sembloit mieux à le voir homme mort que vif, tant eelolt maigre, ne jamais b(»nme ne l'eust cru. » Il pensait tnmiper les rej^srds divl&ateurs en se cou* vrant de magniieques parures. Lui dont la simplicité avdt été vudgfliie, « ne porloit que robbes de satin cramoisy,

fianrrées de bennes «iartt«s K» Et pour faire illusion sur

Uëmoiret, — Le P. Daniel analyse le traité* RameU ie$ traité», de Léonard. ^ Pièces et obianraAiaas vu les Mémoim de Comines» éd. e Godcfroy.

* ComiDes» Hr. VI, diu S.

420 mSTOlBE DE FRANGE.

cette nouveauté de goût, il se plaisait à donner des robes semblables à ceux qui l'approchaient. Mais ses caprices n'étaient pas toujours bienveillants. Il se mit à faire d'o^pres punitions^ « pour estre craint, et de peur de perdre obéyssançe. Il renvoyoit officiers et cassoit gens-d'armes, rognoit pensions, et en ostoit de tous points. Et me dît peu de jours avant sa mort, ajoute Gomines, qu'il passoît tems à faire et deffaire gens, et faisoit plus parler de luy parmy le royaume que ne fit jamais roy, et le faisoit de peur qu'on ne le tint pour mort K »

Ainsi tout sembla reprendre la vie autour de ce monarque qui s'éteignait. Sa police redoubla d'activité. Ses envoyés couraient TEurope. A défaut de politique, il les occupait de futilités curieuses; il se faisait acheter en tous pays des chevaux, des mules, des chiens, des bêtes sauvages; il n'y épargnait point l'argent. Il lui fallait des nouveautés de toutes sortes, non pour satisfaire ses goûts, niais pour tromper la curiosité. En même teiops il envoyait au loin des présents ; il pensait se faire vivre en occupant le monde de ses caprices.

Cependant il ne lui restait plus que le souffle; un vieux écrivain dit que c'était une ancUomie chemina7ite\ Mais le génie survivait. « De nulle inatière on ne lui parloit que des grands qui luy touchoient '. » Et aussi ses défiances devenaient plus sombres. « 11 ne laissoit nuls hommes, ny en la ville ny aux champs, dont il eust suspicion, mais par ar ^ diers les en faisoit aller et coaduire \ »

En même temps il se livrait tout entier aux soins de son médecin Goctier» qui le traitait brutalement. La peur le rendait souple; de toutes parts on lui envoyait des remèdes à essayer. Quelquefois c'étaient des reliques dont le contact donnait la santé. Le pape Sixte iV, « estant informé que par dévotion le roy desiroit avoir le corporal sur quoy chantoit monseigneur sainct Pierre^ ts^ntost le luy envoya avec plu-

1 Gomineg, liv. VI, cb. 8.

s Matthieu.— Note .des Mémoires de Gomines» édition de Godefroy.

• Ihid.

^ Note des Mémoires de Comines, édition do Godefroy*

HISTOIRB DE FRANGE. 421

sieurs autres reliepies*. » On lui apporta aussi la stdnte ampoule de Reims. Le Turc lui-même, dit le curieux chix)niqueur, « lui envoya un roole de reliques, lesquelles estoient encore à Constantinople. Par toutes les choses dessus dites, ajcnte-t-il, Ton peut cognoistre le sens 'et " grandeur de nostre roy, et comme il estoit estimé et honoré par le monde, et comme les choses qui sont spirituelles, de dévotion et de religion, estoient employées pour lui alonger sa vîe, aussi bien que les choses temporelles; toutes fois le tout n'y fit rien, et falloit qu'il passast par là où les autres sont passés. »

Enfin un dernier expédient conti^ la mort, ce fut d'envoyer quérir en Italie un personnage de haute sainteté, François de Paule, ermite vénérable, dont Louis XI espéra quelque miracle. Le saint parut au Plessis avec sa vie simple et merveilleuse; tout ce qu'il apportait au roi, c'étaient d'admirables paroles de vertu et de touchants encouragements contre la mort. Le roi se mit à genoux devant lui, « adn qu'il luy plut faire alonger sa vie. Il respondit ce que sage homme devoit répondre. » Comines ajoute que volontiers on voyait en ses paroles une inspiration de Dieu; « car autrement n*eût sçu parler des choses dont il parloit*. »

Cependant la mort cheminait toujours, et Louis XI ne lui pouvait échapper. H avait pourtant défendu qu'on la lui vînt annoncer, môme alors qu'elle serait présente. Hais sa faiblesse toujours croissante lui devenait un avertissement, et un jour « voulut le roy voir monseigneur le dauphin son fils, lequel il n'avoit veu dé plusieurs années. » 11 le faisait élever au château d'Amboise dans le mystère, loin des re* gards, par la crainte des cabales, se souvenant de la guerre de la Praguerie, où lui-môme avait servi de ralliemen t contre Charles VU. Louis XI gardait toujours toute sa force d'esprit, fl adressa à son fils de sages paroles et de bons conseils. Il lui .donna en exemple les premières fautes de son règne,

1 Comines, Ihid.

s Comines, liv. YI, ch. 8.

4ff Hmoms M ntAHCB.

ei surtout œUe d'avoir désappointé le» notables cbevaiieM do royaoflM, qui aiv^i^t aidé Charles Yil^ son père, à chasser k» Anglaîfl deFrMice. Ului cemoiandait oxpressément de ae point chsofer ses ofilei^rst Puisriilereeofmiianda lui^ «lême àsea serviteurs; et déjà il lie leur montrait comme leur rel.

Cependant il résistait encore à la mort, et à chaque moiQont il envoyait au saint homme de Galabre, pour qui il atait fait faire une chapelle au Hesais, disant qu'il lui alotb- §trM bien sa vie^ s'il valait. Son confesseur eut besoin d'appeler à son aide des docteurs de théologie pour s'en aller lui annoncer que Termite ne le pouiraît sauver. « Tous ainsi signifièrent à nostre roy la mort en brlèves paroles et mdes : Sfceurement il est faict de vous^ et pour ce penëez à vostre ccnêdence^ car U n'y a nul remède, -^VdX espérance, répondit-il) q^ Dieu m'aidera ; car par aventore je ne sula pas si malade comme vous pensez. » On eût dit une àme ^niàtre à rester en ce corps amaigri, délabré* L'idée de la mort le remplissait d'épouvante, n »vait prié d'avance ses plus intimes serviteurs, et surtout Comines, de ne lui point prononcer ce mot sinistre, mais seulement de l'avertir, fuand il serait temps, par cette seule parole : PmrU^ peu! Toutefois une fois que cette parole décisive lui eut été J«tée^ kcœur lui revint, Uxeçut les sacrements avec dévotion, et parut comme un autre homme devant la asort qu'il avait tani redootée. Sa raison depuis longtemps survivait^ U con^ tinua de donner à son fils de bons et fermes avis, mèJani dea prières parjEm ses diseoars, ordonnant les soins de sa sépi^ture, et nommant oevx qui le devaient suivre à Notre^ Dame de Cléry, où il voulait avoir son tomldeso.

ainsi s'éteignit Loi» XI \ génie singulier dans sa vie et

' Jban de Ttôye» le fttit mourir « le lundi 35« jeitr d'asût, en son bostel de Moqtilft ïm Tûur& » S^m réeit est très^arisuk. A celle nouvelle tout Parle a'était ému, et des gardes furent mis dans toate la ville. Mais la nouvelle était prématurée. '« Dont il n'estoit rien , dit la chronique, et s'en revint, but, parla et mÀngea très-bien, et vesquit jusques au samedi au soir ensuyvant, W et penultiesme jour du dit mois d'aoast..» Son corps fut forlé à Notre-Dame de

dans sa mort, roi étrange eutre tous les rois. Nulle physionomie ne paraît dans toute Tliistoire avec ce caractère d'orfgmalîté distinctse; et pourtant nuîîe autre n*a été plus altérée par les jugements, fl en' est ainsi précisément d«s personnage qui sonjl sans ressemblance avec tous les autrès. Chacun les -oit avec sa pensée propre. On leur refait une originalité d'imagination. L'histoire devient de la poésie, la réalité n'est plus qu'une chimère. Ce ne sont point les rois v^ulgaires qui sont e:sposés à subir ces transformations.

Au reste Louis XI laissait la France redoutée, les grands domptés, l'Angleterre abaissée, des alliances puissantes en Espagne, eu Italie^ en Suisse, en Allemagne^ en Éi^osse. Il avait fait des réformes dans la justice et dans l'administra^ tion de l'État. 11 n'aimait pas la guerre, mais il donna à la France une armée formidable. La politique fut tout son génie. Il fit des conquêtes, mais par Thabileté des alliances plus que par le succès des batailles; et entre les conquêtes il sut choisir celles qui devaient être durables. Les Génois voulurent se donner à lui. » Vous vous doiVnez à moi, leur dît-il, et moi je vous donne au diable. » Son regard était toujours fixé vers l'avenir- La gloire le touchait peu, il préférait rutiUté.

Ce qui domînsût en son esprit c'était llnstinct de l'unité et de l'ordre. C'est ce qui lui fit aimer la majesté de FÉglise. Sa conduite dans l'affaire de la pragmatique sanction n'a point été assez aperçue. Les maximes de France à l'égard. de l'autorité papale lui semblaient être un germe d'anarchie. Il eût frappé des schismes comme il eût frappé des révoltes. Mais cette susceptibilité le conduisit à des répres-

Cléry, u pour oe qu*fl voohiBt et <M'dooiia fin son vivant que ainsi feust iaict, et ne voulost estre mis avecques les deffuncts très nobles roys de France ses prédécesseurs, en Téglise et abbaye de Sainct Denis en France; et ne voolust jamais dire la raison qui le avoit meu à ce. Mais aucuns pensoient que ce feust pour la cause de réglise, où il iist moult de biens , et aussi pour la grande dévotion qu'il avoit à la benoiste Vierge Marie,, priée au dit lieu de Clery. » Les Chroniques de Jean de Troyes,

sions extrêmes, et sa justice ne fut pas sans rafidnemenla de barbarie.

« Il est vray, dit Comines, qu'il avoit fait de rigoureuses prisons commes cages de fer, et autres de bois, couvertes de pattes de fer par le dehors et par le dedlans, avec terribles fermures de quelque huict pieds de large, de la hauteur d'un homme et un pied de plus. Le premier qui les devisa fust Tévesque de Verdun qui, en 1?^ première qui fust faite, fust mis incontinent, et y a couché quatorze ans. »» C'étaient là d'infernales prisons, et Comiaes se plaît à conter les anneaux de fer, les chaînes pes'iintes, et la grosse boule de fer au bout, plus forte que de raison. Et appelloiton ces lourdes chaînes les fillettes du roi. Par malheur ces inventions devaient se transmettre pour les justices du règne suivant. « Plusieurs Font maudit, ajoute Comines, et moi aussi qui en ay tasté, sous le roy de présent, huict mois^ »

Ce furent là des violen^'^s exécrables, et Thlstoire n'en saurait tempérer Todieux en rappelant qu'elles n'allaient frapper que des seigneurs brouillons ou suspects. Le crime de Louis XI ce n'est point d'avoir achevé la ruine des vassalités anarchiques, mais d'avoir ajouté les supplices à la politique. La justice n'a jamais besoin d'être atroce. Mais c'est la peur qui fit Louis XI cruel; car il n aimait pas le sang, et il pardonna à ses ennemis toutes les fois qu'il ne crut pas avoir à les craindre.

Il est remarquable aussi qu'il ne déploya ses colères que lorsqu'il crut l'autorité royale en question. C'était là sa terreur profonde. Pendant la guerre du bien public il avait c-ommandé à l'université de participer à ta levée des troupes; le recteur Guillaume Fichet, docteur célèbre, prononça une harangue pour maintenir le privilège universitaire. Louis XI supporta très-bien cette liberté *.

Un autre exemple plus souvent cité est celui de Jacques delà Vaquerie que Louis XI avait fait premier président du

* Comines, liv. VI, ch. J2.

* Addition à VHisU de Louis Jf, par Naudé.

parlement. Le m voulait faire enregistrer des édits que la Vaquerie jugea contraires au bien publie. Le courageux magistrat parut devant le roi avec les principaux du parlement. Louis XI leur demanda ce qu'ils voulaient : « La perte de nos charges, répondit la Vaquerie, ou la mort môme plutôt que de trahir nos consciences. » Louis XI retira ses édits ^ Rien de plus bizarre d'ailleurs que son caractère. Tour à tour avare et généreux, défiant et téméraire, trivial et superbe, populaire et hautain, abject et magnifique, il semblait s'envelopper de caprices, et vouloir échapper aux jugements.

Ce qu'il y eut en lui de plus remarquable, c'est la puissance de contenir au dedans de soi ses impressions. Il sembla surtout se défier des emportements de l'orgueil. « Quand orgueil chevauche devant, disait-il, honte et dommage le suivent de près^; » parole pittoresque, qui mérite d'être une leçon pour toutes les conditions de la vie humaine.

n eut quelquefois de cette grâce qui fait aimer la royauté, en abaissant sa grandeur. Un jeune gentilhomme, Raoul de Launoy, s'était un peu précipité devant lui à un assaut avec une fougue brillante ; il l'appela ensuite, et lui dit : « Pasque-Dieu, mon ami (c'était son juron ordinaire), vous êtes trop furieux en un combat ; il faut vous enchaîner, car je ne vous veux point perdre, désirant me servir de vous plus que d'une fois. » En ce disant, il lui jetait au cou une chaîne d'or de cinq cents écus. Philippe Auguste ou saint Louis n'eût pas mieux fait et n'eût pas mieux dit.

Mais cette élégance fut rare dans Louis XI. On eût dit un caprice de plus.

Les mœurs de sa jeunesse ne furent pas sans reproche, il les corrigea par un vœu qu'il garda ensuite avec fidélité. Gomines compare Louis XI à deux autres princes contemporains, Mathias, roi de Hongrie, et Mahomet Ottoman, empereur des Turcs ; et il ajoute : « Ont esté les plus grands hommes qui ayent régné depuis cent ans; mais l'honnes-

i Bodin. de Rép. — Pasquier, Recherches, — Bayle, VicL etc. > Comines, liv. 11^ ch. 4

télé et forme de vivre de nostre roy, et les bons termes qu'il tenoît aux gens privés et estranges (étrangers) a esté tout autre et meilleur que des deux autres *.

Lonîs XI avait été élevé soigneusement par le roi Charles vu, et pourtant on lui a reproché d'avoir eu peu d'estime pour les lettres humaines. II voulait, dît Brantôme, que' toute la science du latin se bornât pour son fils à savoir le sens de ces jnots : qui nescit dissimulare^ ne$cU regnare. C'est encore là une exagération de ceux qui n'ont vu dans Louis XI qu'un type de fourberie. Il sut attirer à soi des hommes de science, et il eut des amitiés illustres, entre autres celle du grand cardinal Kccoloraînî, qui ne sauraient laisser croire qu'il ait méconnu la valeur de Ilnstruction et le prix du génie. Comînes est précis sur ce point : « Entre tous les princes dont j'ai eu la connoissance, le roy, nostre maistre, Pa le mieux sceu faire, et plus honorer et estimer les gens de bien et de valeur *. » D'autres l'ont loué plusr amplement encore, et entre autres le docte Naudé, qui montre son règne comme une ère de renouvellement des étude» st de progrès dans les hautes sciences et dans la philosophie '. H fut Tami de l'université, et il agrandit ses immunités. Jamais elle n'avait été plus éclatante et plus riche en doctes personnages, tous protégés par le monarque *. Il se plut à donner à des écrivains la pensée de quelques livres, et on lui a attnbué à lui-même le Rosier des guerres, destiné à Hnstroction de son fils. H enrichit la bibliothèque fondée par Charles V. De toutes parts il achetait des hyres^ et le détail de ce commerce est plein dlntérôt *. L'imprimerie grandissait; Louis XI accueillit ses travaux avec honneur. H se plaisait à l'idée de voir propager les œuvres du génie humain, afin que le prix n'en fût pas désormaii*

> Liv. VI, chv 13.

* X iv, II, ch. 6.

' Addition à VSist, de louis XL Ouvrage très-curieux et plein de documents. — Il se trouve dans rédition des Mémoires de Comines , par M. Godefroy, 5 vol., 1723. «

«Naudé, Addition à VHist. de Louis XL

mSTOIRE DE FRANCE. 427

aussi effrayant qu'il avait été jusque-là *. Il ^'appliqua enfin à doter la France de toutes les inventions d'art étranger; il appelait les ouvriers de Grèce et d'Italie qui pouvaient apporter à la France quel^que industrie nouvelle, il seconda le commerce, et introduisit la fabrication des riches étoffes. Il s'efforçait peut-être de tempérel Ainsi la misère produite par les impôts; maïs il ne témoignait pas moins de son goût pour /es grandes clioses, et il préludait à la renaissance des arts. Pour lui, iî eût voulu tout embrasser dans son intelligence et dans sa mémoire; et même^ « quand il reposoit, dit Comînes, son entendement travailloit. » 11 était curieux de toutes les sciences, et à voir les travaux qu'il secondait dans les écoles, comme dans son palais^ on ne s'étonne pas de trouver son nom associé à celui de Charlemagne et de François 1*' par l'écrivain panégyriste % Peu s'en faut enfin que l'histoire i)'ait de la gloire à décerner à ce roi décrié et maudit- « Si le dire <Je Plutarque çst véritable, dît encore l'écrivain, et que l'unique science de celui qui commande soit de se bien faire obéyr, il n'y a nul doute que Louis XI a esté le plus sçavant prince qui ait jamais régné en France, puisqu'il a esté le mieux obéy *.

Homme étonnant plutôt qu'admirable, objet d'étude plutôt que d'imitation, bizarre asséinblagede vertus douteuses et de vices ressemblant à des qualités, personnage qu'on tremble de louer, et dont on a peur de médire; il y a dan9 les chroniques de quoi faire de Louis XI un grand roi et un despote odieux. Tout se réduit à cette parole de Comines : «, n sembloit mieux pour secourir et seigneurier un monde qu'un royaume *. » Les censures et les griefs de l'histoire doivent s'atténuer devant cette grande et véridlque appréeiation.

1 Voir les curieux détails du prix des autographes et des copMfi ibid,

»Tbid.

3 Naudé, Addition à VBist de louis XT».

* Liv. II, ch. 6.

428 msToiaE de frange.

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