‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 3 sur 21 · CHARLES V, DIT LE SAGE · texte numérisé non relu

CHARLES V, DIT LE SAGE

Le corps du roi Jean fut reporté en France avec un cortège de magnificence et d'honneur; on le promena d'(^glisc en église*. Il y eut dans Paris des processions solennelles; tous les grands, mêlés au peuple, concouraient à celte pompe. Les princes suivaient le cercueil, qui était porté par les gens du parlement, « Si comme accoustumé avoit esté des autres roys, pour ce que il représentent la personne (du roi) au fait de justice qui est le principal membre de sa couronne, et par lequel 11 règne et a seigneurie *. » Après quoi, on s'achemina vers l'abbaye de Saint-Denis, oUle roi Jehan le Bon fut enterré au bout du grant autel, à la nenestre partie.

Et après tous ces honneurs le nouveau roi Charles Y, qui avait suivi le corps de son père à pied, avec ses frères et le roi de Chypre, se rendit au préau du cloître de l'abbaye, et là, appuyé à un figuier estant au dit préau^ dit le chroni-queur, il reçutles hommages des pairs et des grands barons ; puis il partit pour Reims pour se faire sacrer, avec madame Jeanne de Bourbon, sa femme (19 mai 4364).

1364. -^ La France voyait s'ouvrir un gi^and règne ; elle raccueillit avec espérance et avec amour. A ce moment arrivaient de Normandie des nouvelles de victoire; tout devenait un présage. La rentrée du roi et de la reine à Paris fut solennelle; ils allèrent à Notre-Dame rendre grâce à Dieu; et de là au palais. Avec la reine étaient à cheval la duchesse d'Orléans, femme de Philippe, duc d'Orléans, oncle du roi, la duchesse d'Anjou, femme de son frère, et madame Marie, sa sœur. « Et menoit la dite royne, par le frain du cheval, monseigneur de Touraine qui alloit de pié, le quel monseigneur de Touraine estoit frère du dit roy ; et monseigneur le comte de Eu semblablement menoit madame d'Orléans; monseigneur d'Estampes menoit madame d'An-

• Grandes Chron,

HISTOIRE DE FUANCE. 59

jou, et monseigneur Loys de Chasion et le seigneur de Béaugieu menèrent la dite dame Marie. » Il y eut au palais un grand diner, et puis dans la cour de brillantes joutes, où parurent avec éclat le roi de Chypre et de nobles chevaliers de France; Après quoi, le roi Charles V songea à prendre fortement les rênes de TEtat.

Le désordre survivait. Deux formidables ennemis, le roi d'Angleterre et le roi de Navarre, étalent prêts à recommencer les batailles ou à raviver Fanarchîe. La grande compa^ gnie^ coupée en plusieurs-débris, que dès ce moment nous pourrons appeler les compagnies, restait menaçante. Les séditions n'étaient qu'amorties, l'esprit de trouble t'ermentaity la guerre de Bretagne n'élait pas éteinte; il fallait un grand génie pour arracher la France à tant de périls, soit par les armes, soit par la politique. Charles V se prépara par la méditation à ce double office.

D'abord il donna la Bourgogne à Philippe, son plus jeune frère. Le roi de Navarre prétendait à ce duché. De là pour lui un prétexte de faire une guerre ouverte; il n'avait point cessé de la faire par des perfidies et môme par des combats véritables; et il n'y eut de changé qu'une situation d'hostilité déclarée. L'hypocrisie n'était plus possible.

Précisons quelques faits qui viennent de se passer juste à ce moment d'un changement de règne.

Les guerres de Bretagne n'avaient point été interrompues depuis la bataille de Poitiers. Les Anglais y avaient pris part sous la conduite du duc de Lancastre, qui, n'ayant pu s'avancer v^^ le Poitou au moment de ce fatal conflit, s'était dirigé vers la ville de Rennes, et en avait fait le siège. Là se montre le nom déjà glorieux de Bertrand du Guesclin ; le noble chevalier breton était Adèle à la cause de Charles de Blois. Il alla tenir en échec les armes du comte de Lancastre, et à force de petits combats le contraignit à s'éloigner; on fit des trêves, on se donn^ des otages; du Guesclin fut mis au pouvoir du comte de Montfort; puis, à l'expiration des Irôves, on reprit les armes, pour en revenir encore à des traités. Un moment on fut près de concilier les deux partis

60 HISTOIRE DE FIÏANCE.

par le partage de la Bretagne en deux duciiés. La comtesse de Penthièvre, femme du comte de Blois, repoussa celte transaction; Montfort avait retenu du GuescUn, en violation de la loi des otages. Du Guesclin s'échappa.

C'était le moment où se préparait le changement de règne par la maladie et la mort du roi Jean en Angleterre.

Du Guesclin se jeta dans la Normandie, où le roi de Navarre commençait à se montrer avec ses plans de guerre ouverte. Le régent vit avec joie lui venir le secours d'un guerrier redouté dans les batailles; il lui envoya lemaréchal de Boucicaut avec des troupes, pour attaquer de concert les Navarrais qui tenaient la Seine de Paris à Rouen. Du Guesclin enleva Mantes, Meulan, Rouleboise. Le roi de Navarre voyait sa fortune fléchir; il appela des secours de la Gascogne. Un capitaine célèbre, Jean de Graiili, captai ou chaptal (seigneur) de Buch, lui vint en aide. Il débarqua à Cherbourg avec deux cents hommes d'armes, et marcha vers Evreux; des deux côtés on se disposa au combat. Les deux chefs étaient également renommés, et ils brûlaient de se rencontrer. Leurs armées, grossies de tout ce qui se put trouver de partisans armés du roi de France ou du roi de Navarre dans la Normandie, allèrent se heurter près du village de. Cocheret, au-dessous del'abbayedela Croix, surlebordde TEure. La position du captai de Buch était meilleure, et il pouvait attendre des secours nouveaux; Bertrand du Guesclin sut l'attirer dans la plaine, et hâta la bataille; elle fut sanglante. La chevalerie des deux partisse distingua également par de beaux faits d'armes; tout ce qu'il y avait de plus vaillants (guerriers étaient déjà frappés à mort autour de Bertrand et du captai; Bertrand décida la victoire par un dernier effort, il lança trente chevaliers des plus intrépides vers le chei ennemi; il avait juré de l'enlever captif. Rien ne résista; le captai resta seul en face de cette formidable attaque ; de sa terrible lance il se défendit encore, et quelques-uns des chevaliers moururent à ses pieds. Enfin Thibaut du Pont, Tun d'entre eux, l'atteignit et le saisit en lui criant de se rendre. A ce moment le captai aperçut du Guesclin et lui cria : Beau sire, je me rends à vous, puisqu^ainsi va. C'était

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la fin de la bataille; tous les Navarrais étaient déconfits^ Tarmée fuyait en désordre; du Guesclin venait d'apprendre aux Français que la fortune des armes revenait à leurî* drapeaux.

Cette bataille de Cocherel fut longtemps célèbre. Le canon n'y tonna pas-. On n'y vit paraître que les armes de la chevalerie, l'épée, la lance, la hache d'armes. Aussi la vieloire fut disputée, et il semble que le récit des vieux historiens n'en est que plus dramatique '.

C'est la nouvelle de cette victoire de Cocherel qui était venue jeter comme un présage sur le début du règne de Charles V.

« Delà desconfiture escripvit Bertrand au roy Charles qui à son sacre à Rains estoit^ dont moult loua Nostre Seigneur de la victoire que envoyé luy avoît par Bertrand et à son commencement. Adoncques s'esjoyrent les princes et chevaliers de France et plus hauU feste en fust démenée en son sacre et du captai qui prisonnier estoit et des autres furent tous moult joyeulx '. »

De retour à Paris, le roi Charles combla d'honneurs le vainqueur du Guesclin. Il alla à Rouen le faire maréchal de Normandie, et il lui donna le comté de Longueville, confisqué sur le roi de Navarre.

Ainsi s'annonçait une fortune nouvelle. Le^roi Charles trouvait une vaillante épée à opposer à celle.de ses ennemis, et son génie allait être plus à Taise pour travailler au rétablissement de l'ordre par la sagesse et par les lois. Déjà il étudiait les maux à réparer; entre tant de désastres des derniers temps, le traité de Brétigny pesait à son patriotisme. Mais on ne pouvait ouvertement violer la paix ; on attendait des circonstances meilleures, et on n'avait qu'à entourer de force ce qui restait de la monarchie, ou bien à continuer de frapper les révoltes survivantes et accré-

* Les Grandes Chron. de. M. Paulin Paris. — Chron, de B. du Guesclin, publiée par M. Fr. Michel, dans la Bibliothèque choisie. - Chron. de du Guesclin. — Ibid

dîtées par VAngleterre. Le roi envoya le duc d'Anjou, son frère, commander dans le Languedoc. Il se fit autour de lui comme un faisceau de ses autres frères et des puissants seigneurs de France, en se les attachant par des charges et par des honneurs. II tendit à refaire Tunité des domaines royaux, dispersés ou engagés sous les derniers règnes, et en ravivant Tautorité il aspirait surtout à enserrer de toutes parts Thostilitè toujours armée du roi de Navan-e.

Cependant les événements continuèrent à se dérouler dans la Normandie et dans la Bretagne. Du Guesclin était descendu vers Valognes et Garentan. Toutes les forteresses delabasseNormandies'étaient ouvertesàson nom. En même temps le duc de Bourgogne, avec le connétable Robert de Fiennes et le maréchal Boucicaut, luttait dans le pays Chartrain et sur la Loire contre le parti navarrais. Peu à peu on avait refoulé les révoltes vers la Bretagne. Là se devaient décider de plus grandes luttes^ avec des succès difiërents.

Le roi d'Angleterre et le roi de France n^avaient point cessé de prendre parti, Tun pour le comte de Montfort, l'autre pour le comte de Blois. Des deux côtés on fit marcher des secours. Les Anglais qui combattaient en Normandie pour le Navarrais coururent vers la Bretagne, et en môme temps arrivaient de Guyenne deux cents archers el deux cents hommes d'armes, commandés par Jean Chandos, général expérimenté et vaillant- Le roi de France envoya du Guesclin. De nouveau la Bretagne fut divisée en deux camps. Le comte Charles de Blois avait quitté sa prison do Londres en vertu du traité de Brétigny, qui devait soumettre sa cause à l'intervention des deux rois. Au lieu d'arbitrage, la guerre éclatait formidable. La chevalerie bretonne se levait avec deux drapeaux ennemis. Des deux côtés on était pressé d'en venir à une bataille décisive.

Déjà le comte de Montfort tenait la ville d'Aurai bloquée a grant chevalerie d'Angleterre *. Le comte de Blois courut

' Chron, de du Guesclin.

Histoire de Pra^^ce?. 63

pour délivrer la vilic. Maïs, avant de le laisser partir, sii feiQme, la comtesse de Penthièvre, lui fit jurer qu'il n'entendrait à aucun accommodement. Il fallait vaincre ou mourir, pour complaire a Tinflexible héiitière de Bretagne.

Lorsqu'on fut en présence, il y eut d'abord des négociations, mais l'amour des batailles l'emporta, si ce n'est que du côlé de Montfort on était prudent à s'engager dans la lutte, et du c^té de Charles de Blois Temportement était^ aveugle*

Les Français avec leur pétulance avaient déjà fait reculer plusieurs archers de Montfort; Chandos ne s'étonnait point de cette fougue; il contenait les siens dans le camp; et par son conseil Montfort fit crier en son host que^ sur peine de perdre la teste^ homme ne partist de Vhost, <( Sire, disait Chandos, ne vueillez vos ennemis premièrement assaillir, alnçois souffrez qu'ils viennent premier contre vous. » Telle était la sagesse des che(s expérimentés dans la guerre.

Et tel était aussi dans l'autre parti l'avis de du Guesclin. « Environ soleil levant, voult le duc Charles yssir du parc a tout ses hostz, et à ce ne s'accorda point Bertand, ainçois lui dit : « Monseigneur, se actendre voulez en ce parc qui » cloz est, que Ânglois nous venissent couiir sus, et en or- » donnance nous tenir, selon mon advls, vous aurez sur n eulx l'avantaige, et à briefs motz, je ne conseille point » que les batailles de votre ost passent oultre la rivière *. »

Chandos fut écouté, du Guesclin ne le fut pas. H est remarquable que tous les grands désastres des armes françaises furent dus à Fentraînement d'un courage indiscipliné.

Charles de Blois se laissa aller à l'enthousiasme des autres chevaliers. Tous désiraient la bataille. On soi'tit du camp avec impétuosité, Charles en tête des plus intrépides.

Ce premier choc fut effroyable, et les Anglais furent mis d'abord dans un grand désordre. Rien de plus animé et de

' ChroM. de B, du Guesclin,

plus (Iramalîqne que celte bataille Oans la vieille chronique de Bertrand du Guesclin. Charles de Blois allait frappant et renversant de son épée tout ce qui s'offrait à lui. Le comte de Montfort avait lancé dans la mêlée un chevalier, son cousin, qu'il avait fait revêtir des armes de Bretagne. A la vue de ce chevalier, Charles de Blois le prit pour son rival, et courut à lui de telle puissance que à terre l^ abattit et

J'occist; et aussitôt il s'écria : Bretagne ! Montfort est mort !

. Ce cri fut répété en mille échos; mais au même instant Montfort paraissait et appelait à lui ses fidèles, et le combat recommençait plus sanglant et plus acharné.

La bataille des Français n'était point ordonnée dans cette affreuse mêlée de coups de lances et de haches d'armes. On combattait isolément, et dans ces luttes éparses apparaît Bertrand du Guesclin, s*attaquant à la bataille de Montfort. Peu d'autres le suivaient; les batailles étaient rompues, et il était facile de pressentir que le courage serait vaincu dans un tel désordre. Tout l'effort des Anglais se tournait vers Charles de Blois, presque seul aussi, mais qui merveilles faisait d'armes^ et de sa hache abattait tout ce qui l'osait approcher. Enfin il se trouva accablé par la multitude, et il tomba comme mort, navré de plusieurs coups. En même temps, du Guesclin était enveloppé par des flots de combattants, et, percé de plusieurs blessures, il rendait ses armes. Il avait vu tomber le duc, « et ne demandés mie le deuil qu'il fit. » Après cela, la bataille ne fut plus qu'une déroute.

Mais il restait une affreuse tragédie à consommer. Après la bataille, un écuyer, allant parnii les morts, trouva Charles de Blois respirant encore ; on Femmena demi-mort au comte de Montfort. « Sire Charles de Blois, lui dit le vainqueur, bien as sceu et scez que en la duchié de Bretaigne n'as aulcun droit ne de armes, ne de lignaige. Pourquoy je te requiers que du tout renonces à la duchié, et les villes et les chasteaulx qui en ton obéissance sont, me vueillez rendre et mectre à délivre, sans jamais y rien demander, et sçaichez que par aultre voie ne peulx eschapper ; ainçois

morras cy bien prochaynement, car tu peux veoîr et cognoistre que tu es au dessoubz. »

A cette parole, le duc mourant reprit ses forces, et dit simplement Fhistoire de sa famille et de son droit. Ce fut un admirable et touchant plaidoyer*; mais il ne pouvait conyaincre le vainqueur. Le duc Je termina en ces termes : « Si peulx veoir par quelle raison tu as eu la duchié , et bien seez que tu me quiers oultrage qui me requiers de quicter ce qui n'est pas mien ; car bien scez que a ma femme et a ses enfants appartient, et ce qui a aultruy est, ne puis riens donner. »

Telle fut la défense de l'infortuné. La suite fut atroce.

« A ces parrolles, continue la chronique, appellalc comte de Montfort Bertrand Lazenat, auquel il commanda que le duc occit, lequel en accomplissant le vouloir du conte, frappa le duc d'une dague par la gorge et Foccit. »

Les historiens ont presque tous raconté que Charles de BIgîs avait été tué à la bataille d*Auray ; et même Froissard raconte que Montfort alla le voir mort sur le champ de bataille^ et pleura sur lui comme sur un frère d^ armes; mais il est difficile de ne pas ajouter foi à la minutie des détails qui dans la chronique de du Guesclin termine cet horrible drame.

Lorsque le duc fut ainsi expiré sous la dague de ce Bertrand Lazenat, sorte de bourreau du comte de Monlfort, il fut dépouillé par les varlets, qui trouvèrent sous ses vêtements une haire. Puis un frère mineur, nommé frère Raoul de CorgaignoUes, un des plus forts hommes que l'on sut, dit le chroniqueur, chargea le cadavre sur ces épaules et l'emporta comme une sainte relique pour le faire enterrer à Guinguampf dans l'église de son ordre. Charles de Blois avait déjà une grande renommée de vertu. Dès ce moment, il passa pour saint. Le jugement de l'ancienne histoire mérite d'être reproduit. « En xvm batailles fut le duc Charles

* 11 est au long dans la Chron, de du Guesclin, '

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en son vivant, dit la naïve chronique de du Guesclin, dont les XVI il obtint... Ce duc Charles fut le plus beau chevalier de France et le mieulx entaiché de vaillance : car de chevalerie faisait ce qu^il appartenoit à prince, et n'eust oncques bataille que a la première ne voult estrè et souventes fois s'assembloit le premier à ses ennemis. Jolys fut plus que nul aultre, toute sa vie, et de faire chansons et lays s'esbatoit souvent, mais saincte vie menoit secrètement et maintient-on que en sa vie Nosire Seigneur faisoit pour luy maintz miracles ^ »

Telle fut la fin de ce prince, que sa femme aventura dans les guerres sans lui permettre aucune transaction.

Cette victoire de Montfwt, due à la sagesse de Jean Chandos, décidait de la fortune de la Bretagne. L'Angleterre s'en réjouit ; la France s'en attrista. La Bretagne pouvait redevenir un foyer de guerres sanglantes. Le roi Charles courut en avant des périls , par des négociations.. Il fallait abandonner la cause de la comtesse de Penthièvreet de son fila Jean de Bretagne, depuis longtemps otage en Angleterre. On réserva le droit de la France. Le comte de Montfort fut reconnu duc à la condition quil ferait hommage au roi. On échappait ainsi à la souveraineté d^Angleterre. Jeanne^ comtesse de Penthièvre, conserva son titre de duchesse, avec ses terres propres et la vicomte de Limoges, et on prévit le cas où Montfort mourant sans enfants, Jean de Bretagne lui succéderait au duché.

1365. — Après cela, on fit l'échange des prisonniers. Bertrand du Guesclin paya sa rançon cent mî'lle francs. Le roi Charles attira autour de lui tout ce qui avait paru de plu& nobles et de plus vaillants chevaliers dans ces dernières batailles, comme s'il eût douté de la paix qui* semblait renaître; et peu s'en fallut que par sa bonne grâce il ne retint

> Chron, de B. du Guesclin, publiée par Fr. Michel. — Froissard dit la même chose : « Lequel cprps de lui sauctiffia par la grâce d^ Dieu, et canonisa le pape Urbain cinquième qui régnoitpour le temps; car il faisoitet fait encore plusieurs miracles tous les jours. » f. cxxxiv.

même le captai de Buch. Charles s'était fait de lui, pendant qu'il était prisonnier, un instrument de négociation avec le roi de Navarre ; il continua de se servir de ces bons offices pour désarmer ce redoutable adversaire. Ce qui favorisa ses vues , ce furent surtout des incidents d'anarchie qui depuis longtemps se déclaraient en Espagne, et où le roi de Navarre fut contraint de se mêler.

En ce temps-là régnait danslaCastille, par des meurtres, par des adultères , par tous les crimes , Pierre surnommé le Cruel. 11 avait fait périr Frédéric son frère. A peine marié avec Blanche de Bourbon, fllle de Pierre, duc de Bourbon , princesse accomplie , disent les histoires ^ il Tavait enfermée dans une prison , pour contiauer à vivre à Taise avec sa maîtresse, Marie dePadilla ; et quelque temps après, ayant vu quelques seigneurs d'Espagne résolus à la déli* vrer, il Tavait fait empoisonner, ou, suivant d'autres, étrangler dans sa prison \ Le soulèvement des seigneurs n'en fut que plus violent. Us avaient à leur tête Henii de Transtamarre, frère naturel de oe roi barbare. Henri ûl la guerre avec courage, mais il fut obligé d'appeler des secours de France. Il avait voulu avoir à sa solde quelques troupes de la grant compagnie; l'argent lui manqua pour satisfaire cen bandits. Un autre secours lui fut assuré : le roi de Navarre se ligua avec le n d'Aragon pour soutenir les révoltes, et c'est ce qui bâta la paix du Navarrais avec le. roi de France. Des deux côtés on avait besoin de Bietlre lin à de trop longues luttes. Le roi de Navarre ne voyait pas le roi d'Angleterre disposé à recommencer les combats pour le soutenir; et le roi de France avait besoin de la paix pour redonner de l'énergie aux lois. Ce fut le roi de France qui fut le plus habile. 11 garda les villes de Normandie qu'il avait prises,- et le comté de Longueville, qu'il avait déjà donné à du Guesclin. Le roi de Navarre eut la baronnie de Montpellier ; à ces conditions, la paix fut criée entre les

' Voyez la Chron. de du Guesclin. Cet épisode est un drame effroyable.

deux rois^ Le captai de Bucb s'en retourna à Bordeaux auprès du prince de Galles. La France respirait. I^es peuples bénirent le sage roi qui suspendait partout les batailles, et déjà rétablissait i'honncur de la monarchie.

Toutefois la France continuait d'ôtre partout traversée par les pillages et les brigandages des bandits des compagnies. Us étaient disséminés par corps, lesquels avaient fini par faire eux-mêmes des compagnies nouvelles, et déjà on ne les connaissait que sous ce nom de compagnies. Ces troupes redoutables marchaient comme des corps d'armée soumis à un ordre. Plusieurs nobles chevaliers, connus dans les batailles, s'étaient joints à ce brigandage, et en étaient devenus les chefs. Le ravage élail discipliné. C'était l'espèce de guerre que les peuples craignissent le plus. Quand une compagnie approchait, c'était comme un fléau qu'on voyait fondre; et ce fléau, c'était le vol, levioi, l'homicide, le sacrilège^ protégé par les armes.

Charles Y voyait ces désastres avec douleur, et il manquait dé ressources pour les attaquer par la guerre. Il songea à les éloigner par la politique. Le pape essaya de le seconder. Souvent il avait excommunié les compagnies^ mais leurs crimes ne s'étaient point effrayés. Il eut l'idée défaire une croisade, et d'y employer ces hommes d'extermination. Déjà on négociait en Allemagne puur assurer leur passage par la Hongrie. Cela traînait en longueur. Charles V trouva le moyen de les jeter sur l'Espagne. Henri de Transtamarre continuait à provoquer des secours contre Kerre le Cruel. A ce moment arrivait Hiorrible nouvelle dn meurtre do Blanche de Bourbon, sœur delà reine de France. Ce fut de toutes parts un cri d'indignation et d'horreur. Le roi appela du Guesclin qui ne demandait pas mieux que d'avoir à tirer l'épée. Les compagnies offraient une armée toute faite. H fallait les enrôler. Le pape abandonna son idée de croisade ; et d'ailleurs c'était comme une croisade que d'aller attaquer le monstre espagnol qui souillait le trône. On laissa faire du

' Mandes Chron^

Guesclin ; il donna rendez^vons aux cbcfis des compagnies^, ieur parla avec une éloquence de soldat, et les amena à Parts aux pieds du roi, et peu après il entraînait sur ses pas en Castiileces bandes de brigands avec Télite delà cbeyaleric de France. Tout cela parut faii^ uue armée de héros.

C'est ici un dramatique épisode dans Thistoire de notre pays '. Non point que l'étude des crimes et des désordres de ces bandits ait par elle-même un haut intérêt ; mais elle révèle un état singulier de société, où Tautorité morale 8*est tellement affaiblie, que le i^riganddge- €6t devenu comme une sorte de droit. Le monarque qui, à défaut de puissance armée, trouvait par lati)olitique le moyen de détourner cet instinct dQ pillage et de destruction, et de l'appliquer à des guerres vérilabies, manifestait par là même son génie de restauration sociale.' Dans cette i^reuse Ivcence de crimes et de noieurtres, les habitudes nationales s'étaient fatalement altérées; les mœurs s'étaient corrompues ; la religion avait perdu de son autoriié ; le clergé était sans nerf ; renseignement des universités avalisa part des dégradations. C'était dope un grand service national qne d'éloigner ces compagnies funestes qui avaient accoutumé tes peuples à ne croire qu'à l'empire du crime^ et à n'accejp^ .ler d'autre loi que la perversité.

Du Guesclin Intéressa le pape à sa singulière entreprise. Il lui arracha de l'argent pour payer son armée. C'était un moyen de les discipliner. Puis il voulut donner à l'expédition un air de croisade sainte, et il fît mettre de grandes croix blanches sur les vêtements de tous ses soldats. Selon, la chronique de du Guesclin, il semble bien en effet qu'on les laissa croire à une guerre contre les Sarrasins. Quoi qu'il en soit, la transformation des compagnies était complète. Elles changèrent même de nom, on les nomma les compagnies blanches.

C'est dans cet appareil que le vaillant chevalier entra en

' Voyez Froissard. — Les Grandes Chron. — VHisioirc de du Guesclin.

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Espagne par Saragosse. Henri d&Transtamarre courut à lui, pomme à un sauveur. On marcha sur l'Ebre. Déjà, à mesure que s'avançaiçjnt les compagnies, Pierre le Cruel voyait fuir, non point ses amis, maïs ses satellites. Il avait appelé à son secours les grands de Castille; un seul parut fidèle, Ferdinand de Castro. Alors il vit avec terreur sa d^tîn^, et une sorte de remords scéléri^t entra dans son âme.

Etant à Burgos, dit la chronique de du Guesclin, il manda le juif qui lui avait conseillé la mort de la reine sa femme, et lui dit que ses dens lui failloit recouvrer chascune de cent mille florins^ ou senon^ les feroit toutes, arrachier. « La rançon accorda le juif, qui moult fut ricl^e, maison grant povreté chait. Quant Pierre sceut qu*ii eut toute la chevance fin juif, il luy fit traire les yeulx et a tenailles de fer ardant kiy fit la langue couppèr, et puis escarteler le fit, et pui^ pendre. Après Fexécution du juif, vint Piètre visiter la sépulture de la royne moult piteusement et moult noblement et richement aporter en la sépulture des rois ^ »

Tel était le remords du roi cruel. U expiait des crimes par ^es crimes, et puis la barbarie par la lâcheté.

Tout céda en un instant aux armes de du Guesclin. Les villes s'ouvraient à son approche. Il fil reconnaître roi de Casiille Henri de Transtamarre. Pierre s'était enfui en Portugal; il revint ensuite dans la Galice, et s*enferma dans la Corogne. De là, il fit des intrigues avec les Anglais. Ce fut Foccasion d'un changement de scène dans cette guerre, faite jusque-là en dehors des rivalités de la France et de l'Angleterre.

Pierre le Cruel sollicita le prince de Galles, qui àiïuait les batailles. Les négociations furent complexes. Il fallait détacher le roi de Navarre de la cause de Henri de Transtamarre ; le roi d'Angfleterre était arrivé à un grand âgeoù la guerre commence à devenir importune. Les seigneurs de Çuyenne ne demandaient pas mieux que d'aller à des guer-

• Chron. de B. du Guesclin,

rcs aventureuses ; maïs ils attendaient le signal de l'Angleterre. Les négociations cureBt pour objet d'enlever tous ees obstacles. Jean Chandos avait hâte de se retrouver en face de du Guesclin. Il excita l'ardeur du prince da^îalles; la guerre fut résolue.

Le roi de France fut alors obligé de prendre parti pour ilenri de Transtamarre, toujours soutenu par le roi d*Ar» gon. Il promit des secours, et, bien qu'il n*aimâtpaslesbatailieS) il pouvait au moins s'applaudir d'en éloigner le théâtre. La guerre reprit donc en Espagne un aspect nou-^ veau.

Cependant les compugnies^ obéissant à leur instlnot de nouveauté, se détachèrent de Henri de Transtamarre, espérant plus de pillage ou de désordre sous le drapeau du prince de Galles, qu'elles voyaient se lever. L'Anglais négocia leur défection. Elles se firent payer leur fidélité à venir, et reparurent sur les terres de France pour se joindre aux troupes que la Guyenne allait envoyer vers les Pyrénées ; mais, ayant voulu s'acheminer vers Montauban pour gagner les domaines du prince de Galles^ elles trouvèrent les peuples déjà changés par l'usage d'un pouvoir protecteur, et moins patients à subir les brigandages. On se réunit de toutes parts, pour s'attaquer à ces restes de bandits. La guerre en avait exterminé un grand nombre v des vingt-cinq ou trente mille qu'on avait vus s'en aller à la guerre avec la croix sur leurs habits, il en restait douze mille au plus. Il y eut un combat auprès de Montauban, où la chevalerie méridioimle avec les bourgeois de la ville furent près de disperser pour toujours ces; troupes de malfaiteurs. La lutte cependant était inégale : les compagnies en sortirent victorieuses ; elles virent seulement que désormais leur fortune d'aventuriers était changée, et que la France était sous un sceptre qui attaquait la rapine et le meurtre.

Les compagnies continuèrent leur route vers Bordeaux. Le prince de Galles s'efiTraya du secours qui lui venait, et il se hâta de le diriger vers Roncevaux. Par là il s'apprêtait lui-même à pénétrer en Espagne.

72 HISTOIRE DE FRANCB.

De son côté, du Guesclin était venu chercher en France d'autres auxiliaires^ et il rentrait en môme temps par l'Âragon.

Bientôt les deux armées furent aux prises. D*abord Henri de Transtamarre eut des succès. Peu après, une bataille plus générale était livrée à Navarette, sur une petite rivière qui se jette dansVEbre. Toutes les forces des deux partis étaient assemblées. D'un côté paraissait du Guesclin avec sept cents Français auxiliaires; de nobles chevaliers servaient la même cause. Henri de Transtamarre leur donnait Texemple de la vaillance. Près de trente mille Espagnols combattaient sous son drapeau. De Fautre côté se voyait le prince de Galles avec le captai de Buch et Jean Chandos, terribles chevaliers, déjà exercés aux rudes batailles. Pierre le Cruel leur confiait sa fortune; mais il la défendait aussi par son épée. Auprès de lui était accouru Jacques d'Aragon, roi de Majorque, qui prétendait à la royauté d'Aragon, et espérait Tarracher par une victoire commune au roi de Castille. Du Guesclin déconseUloit la bataille ^ ; mais le succès récent avait animé les courages, et la sagesse ne fut point écoutée.

Le choc des deux armées fut épouvantable ; des deux côtés le courage était égal. Le» Anglais se ruèrent au centre* de la bataille, où paraissait Henri de Transtamarre, ardent à se défendre par de beaux faits d'armes ; mais ses soldats furent rompus. Henri restait presque seul; du Guesclin, qui avait été inébranlable avec ses Français, courut à lui ; il le voulait faire sauver; tout était perdu, disait-il ; Dieu fournirait d'autres ressources. Henri s'obstinait à combattre : je ne fuirai point, répondait-il. Il aima mieux, avec cinq chevaliers, traverser toute l'armée ennemie. Il s'échappa ainsi avec gloire. Mais la victoire était décidée, du Guesclin ne la pouvait disputer avec sa poignée de Français; pourtant il combattait toujours. Il se tenait appuyé contre un mur, et là, une hache à la main, il recevait les dards qu'on lui lançait, mais on ne Tosait approcher. Le prince de Galles sut

' Çhron, de du Guesclin.

mSTOlRE DE FRANGE. 73

quil était ainsi debout, résistant à l'armée entière, et il alla à lui. « Bertrand tantost le cognetist et envers lay s'inclina a ung genoil et dit : « Â vous monseigneur le prince de » Galles, me rens et non a anltre, car de Pielre ne seroyc » point prisonnier ; ainçoismourroye en moy deffendant ' . » Le prince reçut son épée débonnairement, et la bailla au captai de Buch. Les plus vaillants de ses firères d'armes le suivirent dans sa captivité* Pierre demandait qu'on les mit tous en ses mains; le prince de Galles les refusa. Il savait qu'il en ferait autant de victimes de sa cruauté.

« Sire Bertrand , dit le captai de Buch en recevant du Cuesclîn prisonnier, or le tems est changé, vous me prîtes devant Cocherel et je vous tiens maintenant.— Vous ne m'avez pas pris, répondit sire Bertrand, ne conquis àl'epée, ainsi comme je fis vous; par quoi j'ai un point plus avant. »

Là-dessus les deux chevaliers s'embrassèrent, et vinrent se reposer sous la même tente.

L'histoire regrette de ne pouvoir s'arrêter à ces charmants détails de mœurs simples et chevaleresques. Entre autres récits pleins d'intérêt s'oflVe la fuite aventureuse de Henri de Transtamarre par la Navarre vers la France. On dirait un roman plein d'accidents naïfs et dramatiques tout à la fois. Et en même temps c'est chose ravissante à lire que Fhistoire dé la captivité de du Guesclin, amené à Bordeaux par le prince de Galles, le désir d'être libre qui le tourmente, Tamour des batailles qui le poursuit, et puis les débats de sa rançon, et la part que prennent à saliberté les chevaliers de la cour du prince de Galles, sa femme même, toutes les nobles dames et le peuple enfin. Jamais renommée de chevalier n'avait été si touchante et si populaire.

Mais il nous faut hâter dans ces récits. Du Guesclin eut enfin sa liberté; le.prince de Galles avait mis sa rançon à un prix qui eût accusé son avarice, s'il n'eût révélé la peur qu'on avait d'un tel ennemi. « Cent mille doubles d'or ! » avait dit le prince de Galles, croyant désespérer du Guesclin.

* C/iron. de du Guesclin.

Celui-ci le prit au nM>t; le prince s'étonna; mais la foi était donnée, du Guesclin n'eut qu'à faire un appel à ses anois de France. Il s'était même obligé à payer la rançon de plusieurs autres chevaliers. « Dont à merveilles fut loué de la chevalerie anglése. » Le roi vint à son aide; mais Jean Ghandos y vint aussi ; ce fut un double hommage saus exemple dans l'histoire.

Du Guesclin courut en Espagne ; le roi de Gastille avait recouvré presque tout son royaume. La cause de Henri de Transtamarre semblait perdue; mais Pierre, une fois maître, s'était brouillé avec le prince de Galles. Henri profita de icette rupture pour relever son parti, et du Guesclin lui arriva avec deux mille hommes ; on livra bataille au roi cruel. U fut battu et fait prisonnier ; la suite fut atroce. Henri, étant entré sous la tente où était gardé le roi captif, l'appela traître. Pierre, à cette parole, se leva furieux; « et de grant orgueil répond que faulcement il avoit menti comme bastard qu'il estoit. » Alors Henri s'arme d'une dague dont il frappe Pierre au visage; Pierre se précipite sur son frère, et tous deux se saisissent, s'étreignent et se renversent. Pierre tenait sous lui Henri, et était près de Je frapper d'un poignard. Ep ce moment arrivent sous la tente plusieurs, chevaliers; un d'eux aide Henri à se relever, et Henri ressaisissant sa dague en frappe Pierre à plusieurs coups. H sa trouva des vainqueurs pour l'achever ; il expira par cette affreuse et ignoble tragédie, à trente-quatre ans; triste fin d'une vie pleine de souillures et de forfaits K

Toutefois Henri était aimé des peuples. On le proclama roi de Castille, et sa royauté ne laissa point d'être respectée. 11 la devait à du Guesclin ; il le fit connétable.

Les affaires de France changeaient d'aspect. Charles V délivré des périls qui pouvaient lui venir du côté d'Espagne, et n'ayant plu& devant lui les intrigues du roi de Navarre, commençait à se rendre formidable à l'Angleterre. Le traité ide Bréligny pesait à sa politique. 11 chercha des occasions

' Voyez ce récit dans la Chron. de du Guesclin; il diffère de quelques autres. — Froissard, analogue à la Chron, de Saint-Denis.

de le rompre, et d'ordinaire les motifs ne nmnqueiit point à de tels desseins.

D'abord il s'assura des amitiés imposantes. Le roi de Castille lui était fidèle ; dans^ Guyenne, des seigneurs puissants lui étaient dévoués. L'influence du comte de Flandre lui était disputée par le roi d'Angleterre ; ce comte avait une fille nommée Marguerite ; Edouard la demandait pour son fils Edmond, Charles pour son frère le ducde Bourgogne. Des deux côtés il y avait des anpéchemeats de parenté; le pape les leva du côté du roi de France. On fit le mariage; la Flandre reportait à la monarchie sa puissante action *.

Le prince de Galles, par ses exactions dans la Guyenne, acheva le succès de la politique de Charles V. n avait été obligé de garder à sa solde les restes des compagnies; et puis, ne les pouvant payer, il les avait laissées se disperser sur les terres de France. C'était déjà un grief de la part des comtes ses voisins. Le roi fut obligé d'envoyer le sire dé Clisson pour surveiller et serrer de près ces bandes toujours redoutées par leurs brigandages. Le prince de Galles n'en avait pas moins besoin d'argent, et il voulut imposer une capitation sur toute la Guyenne. Les. seigneurs de Gascogne s'y opposèrent, et à leur tête le coix^ d'Armagnac et le comte de Comminges, qui dès la publication du traité de Brétigny avaient refusé de faire hommage à autre qu'au roi de France. Cette difficulté reparut. Les comtes ayant demandé du temps pour délibérer, vinrent à Paris exposer leurs griefs contre le prince de Galles. Le roi gagnait du temps à écouter les plaintes, et il affectait d'étudier publiquement en cour des pairs le traité do Brétigny qui liait les deux couronnes. 11 fut facile de découvrir que déjà il avait été violé par Edouard. Pendant un an on appela à Paris les seigneurs les plus intéressés à se soustraire à la çlomination anglaise. Tous apportaient des griefs ; et, audessus de ces accusations qu'on pouvait croire suspectes, il est vrai que Charles avait à reprocher au roi d'Angleterre de n'avoir pas envoyé sa renonciation aux droits ancien-

» Voir le traictiédu mariage. — Grandies Chron.j tom. IV. .

ncmetit prétendus à la couronne de France, ainsi qu'il s'y était engagé par le traité de Brétigny ; et, comme le roi de France ne devait sa renonciation à la souveraineté de' Guyenne qu'à ce prix, la rupture du traité paraissait par là consommée *.

Quoi qu'il en soit, les pairs assemblés demandaient que le prince.de Galles fût cité à la cour du roi. Les comtes de Gascogne hàtûent cette résolution. Les seigneurs qui avaient été prisonniers ou otages en Angleterre étaient avides de représailles. Tous promettaient le secours de leurs armes. Charles Y se laissait pousser par degrés. Enfin il eut Tair d'obéir à l'impulsion de son conseil. On envoya signifier au prince de Galles qu'il eût à comparaître devant le roi *.

Bernard Polot, juge criminel à Toulouse, et un chevalier nommé Jean de Chapponal, furent chargés de porter à Bordeaux cette sommation. Le prince de Galles les reçut avec solennité, et il écouta la lecture des lettres du roi. Le sang lui bouillait dans les veines; mais il se contint et il écouta la lecture des lettres ; puis les envoyés, ayant mis un genou à terre en demandant au prince de les excuser : « rirai à Paris, leur cria-t-il alors, mais avec soixante mille hommes, pour venger l'injure que le roi me fait de prendre sous sa protection mes sujets rebelles. »

Les envoyés croyaient s*en aller en paix. On fit courir après eux sous prétexte qu'ils auraient volé un cheval dans l'hôtellerie où ils avaient couché , et on les conduisit en prison à Agen. Le duc d'Anjou , qui apprit cet outrage à Toulouse, voulait se précipiter sur la Guyenne. Le roi lui envoya en toute hâte des ordres pour l'en empêcher. Sa sage pensée était de laisser au prince de Galles tout lodieux d'une rupture ouverte ; mais il laissa aller le comte d'Armagnac avec les autres seigneurs impatients de la do^ mination d'Angleterre, qui, avec leurs forces personnelles^ atteignirent des troupes anglaises, et leur firent éprouver

' Voyez les termes de la renoncialion que devait souscrh'e le roi d'Anglelerre. — Grandes Chron,y vol. VI. 3 Voir la citation daus Froissard.

des pertes. En peu de jours, huit cents villes ou bourgades avaient secoué le joug du prince de Galles.

A ces nouvelles, Edouard s'émeut d'inquiétude. 11 veut opposer la négociation aux menaces de guerre qu'il voit se lever. Il envoie à Charles V un long mémoire pour justifier sa conduite. Charles répond par un mémoire plein de griefs ^ Edouard offre alors sa renonciation à la couronne de France, et demande celle de Charles à la souveraineté de la Guyenne. Charles appelle autour de lui les pairs et un choix de notables et de jurisconsultes de tout le royaume^ Tous prononcent que le traité de Bretigny jaété violé par le roi d'Angleterre; que le prince de Galles est contumace, et que la guerre est la seule justice qui reste. Sur celte décision, un manifeste est lancé dans toute la France. On le lit dans les chaires des églises ; le peuple entier appelle la guerre, et de toutes parts on court aux armes pour venger le pays des maux qu'il a dus soit à la domination légale des Anglais, soit à la licence désordonnée de leurs soldats.

En présence de cette émotion nationale, la déclaration de guerre n'était qu'une formalité. Edouaixl, ayant reçu le défi du roi de France, assemble son parlement , et , tout ennemi des batailles qu'il avait paru depuis longtemps, il reprend sa parole fière et insultante; il se fait dès ce moment appeler roi de France, et il appelle des armes et des subsides.

Bientôt la guerre éclate, non point par des combats, mais par un mouvement précipité des villes, qui rentrent sous l'autorité du roi de France. Le comté de Ponthieu échappe en un instant à Edouard. Cependant quelques Anglais s'étaient ralliés à la citadelle du Pont-de-Remi ; le comte de Saint-Pol les taille en pièces. Toute la Picardie se déclare contre l'Ajjgleterre.

4369-1370. — En même temps, les combats s'animaient dans la Guyenne ; le duc d'Anjou attaquait du côté de Tou« louse, le duc de Berry du côté de l'Auvergne. Déjà du Gués*

* Voir les deux mémoires recueillis dans les Grandes Chron. cte M. P. Paris. * 'Savaroo, Chronol, det estais généraux.

^8 HISTOIRE DE FBANCE.

clin avait quitté l'Espagne, et il était venu se joindre à la chevalerie du duc d'Anjou. Sa renommée faisait tomber les forteresses et les châteaux du Languedoc. Cependant la guerre gardait ses alternatives, et nul succès n'était décisif. Les Anglais finirent par éprouver des malheurs; et le pire, ce fut de perdre Jean Chandos, leur plus vaillant homme de guerre, le rival de gloire de du Guesclin. U fut tué au pont de Lussac par un écuyér nommé Jacques de Saint Martin (2 janvier 1370').

La guerre devint plus sérieuse lorsque Edouard eut jeté en France des combaltanlis nouveaux. Leduc de Lancastre débarqua à Calais; le comte de Cambridge desscendit à Saint-Malo. Charles V avait aussi voulu lancer ses vaisseaux sur l'Angleterre ; mais il était devancé. H fallut s'opposer aux forces qui venaient de nouveau remuer la Picardie et tenter la Bretagne. Toutefois il n*y eut pas encore cette fois de grands conflits. La saison étsùt avancée; la France avait appris à ne se point précipiter avec témérité dans les batailles. Le génie politique du roi tempérait la guerre mémc^ De part et d*autre, on termina la campagne après des tenta tives isolées ; mais l'Angleterre venait d'apprendre à se défier de sa fortune, et la France allait retrouver la sienne.

Tandis que la guerre était suspendue, le génie des deux rois restait attentif aux moyens de la reprendre avec avantage. Tous les deux cherchaient des alliances. Edouard attira dans sa cause le duc de Jûliers et lé duc de Gueldres, avec quelques seigneurs allemands; il sut tenir dans la neutralité le comte de Flandre, malgré le mariage récent de la fille de ce comte avec le duc de Bourgogne. Peu s'en fallut qu'il ne se fit surtout un auxiliaire formidable du roi de Navarre. Il Tavait appelé en Angleterre pour se rattacher. Le roi de Navarre paraissait décidé à reprendre l'^pée contre la France; mais les seigneurs qui l'avaient ramené à Cherbourg furent attaqués à leur retour par des vaisseaux normands, et tous furent passés au fil de l'épée. Le roi de Navarre s'effraya, et se tint en paix. Edouard savait néan-

' Voyez le récU dans la Chron. de du Guesclin et dans Froissard.

HfSTOmE DE FRANCE, 79

moins qu'il pouvait compter sur les hairies sécrètes de cet ennemi de la France.

Charles V avait aussi ses alliances. Le roi d'Aragon lui restait fidèle ; le roi de Castille s*était obligé à tenir une flotte armée contre TAngleterre. David, roi d'Ecosse, lui eût offert des secours puissants; mais il mourut en ces conjonctures. Son successeur, Robert Stuart, fils de sa sœur, eut besoin de no se point aventurer dans les batailles, à cause des rivalités de Guillaume Douglas : il -fit une trêve avec le roi d'Angleterre.

Les plus grandes forces de Charles V étaient dans son génie. Ce n'était point un homme de guerre; mais de son palais il gouvernait le royaume. Il sut fortifier l'impulsion qui précipitait la France; il popularisa la résistance au traité de Brétigny ; il convoqua les états, et excifa leur patriotisme. Des subsides furent votés *. On put lever des troupes et disposer des magasins pour les entretenir. Tout annonçait la prochaine reprise des batailles. Le roi acheva ses apprêts par un dernier coup d'éclat. Il assembla les pairs du royaume, et là, on grande solennité, il déclara le prince de Galles vassal rebelle, et la Guyenne et toutes les terres possédées par Edouard dans le royaume de France confisquées et réunies à la couronne. 11 ne lui fallait plus qu'une vaillante épée pour soutenir cette décision; il appela du Guesclin.

C'est ici un admirable spectacle d'enthousiasme patriotique, et un magnifique chapitre dans l'histoire de la chevalerie.

La guerre continuait de se faire par des excursions. Edouard avait jeté à Calais de nouvelles forces ; près de vingt mille Anglais s'étaient de là avancés en divers lîeux de la Picardie, et des partis étaient venus toucher aux portes de Paris*. Le roi, qui rarement s'armait du glaive, se montra cette fois résolu à défendre la ville à la tête de ses chevaliers fidèles; mais les Anglais s'éloignèrent, et en même

' Chap. de Vordenance des finances. Grandes Chron, lom. VI. 'Voir dans la Ckron, de du Guesclin. «Les Anglois vinrent se

temps Bertrand du Guesclin accourait, lui sixième, du Périgord.

Dès que le roi sut sa venue, il lui envoya, pour lui faire honneur, deux lieues hors Paris, messire Bureau de la Uivicre. Le peuple s'était ému de joie à la nouvelle de l'arrivée du grand chevalier. On criait ^o€l , comme on eût fait au roi, dit le chroniqueur, si de lointain pays fust venu. « Bien viengne celluy par qui France sera recouvrée ! » s'écrlait-on encore. On eût dit l'approche d'un libérateur. Le roi le reçut avec honneur dans son palais ; il ne cessait de l'interroger sur sa vie et sur ses aventures, et à chaque questionle modeste chevalier répondaltens'agenouillant; «mais toutes les fois le roy le relevoit. » 11 le fit souper à sa table, et « grant joie fut à la cour démenée pour sa venue. » Mais le roi réservait pour le lendemain une imposante solennité. U assembla son conseil ; et là, entouré des plus nobles chevaliers de France, il fit un discours où il développa sa politique et ses desseins. Il disait les perfidies anglaises^ les malheurs de la France, et la résolution prise de venger tant de maux. U avait besoin de l'aide de ses seigneurs, attestant que nul prince ne jouira paisiblement de sa terre, si du tout il n'est en l'amour de ses sujets. Il voulait leur assentiment pour les desseins qu'il avait formés ; il lui fallait entreprendre une rude guerre contre les Anglais, et il avait besoin d'un chevalier loyal, brave et sage, pour la conduire avec succès. «En grant vieillesse, ajouta-t-il, est cheu notre très-chier et aimé cousin, messire Moreau de Fiennes, nostre connestable, qui plus armer ne se peut. Pour ce, a nous est advenu que pour noz guerres maintenir, a qui Tespée fut mîeulx deue que a messire Bertrand du Guesclin ; mais connestable voulons eslire a vostre gré, combien que de nostre autorité le pourrions faire, s'il nous plaisoit; ne de ce ne fauldrions de riens. Si respoudés sur ce voz plaisirs '. »

Aces paroles du roi, tous applaudirent; il n'y eut duc,

loger à Yostel de Vicestre. » Origine de Bicétre, note de M. Fr. Michel, dans son édition de cette chronique, 1830. ' Chron, de du Guesclin,

comte^ chevalier ou bourgeois, qui $a voix ne dqnnast au vaillant homme de guerre \ Le roi le fit alors entrer au conseil et doulcementlui dit : Amis Bertrand, pour la loyauté ethardement de vous, qui de chevalerie estes lepluspréfié de tout nostre royaulme, nous voulons bailler office , où bien povez vostre honneur exaulcier. Pour ce, vous prions que la connestablerie de nostre royaume vous veuillez prendre, dont deschargé soit nostre cousin de Fiennes par son grant eage. »

Messire Bertrand remercia le roi humblement et lui dit : « Sire, à vostre commandement obeh^ay voulentiers, et bien » y suis tenu. Bien sçày que Foffice est grant, et petite- » ment est employé en moy , qui suis ung pauvre chevalier ; » mais, en vérité, sire, Tespée ne prendray point, si vous ne » me donnez ung don qui vostre honneur ne vostre finance ?» n'abaissera en riens.— Amis, dit le roy, bien povez de- » mander seurement ce qu'il vous plaira-, car a peine vous » voudroye de riens esconduire. — Sire, dit Bertrand, bien >» scay que par Tennuy et flaterie qui en court règne, tous >' temps ont les princes mal vouloir contre moy pour leurs » subjects : et pour ce, vous veuil prier que, se de ma per- » sonne nul homme vous est médisant en derrière de moy, » que croire ne le veuillez, ne pis ne n'en soit, jusques a » tant que autant en aura dit en ma présence. » Geste chose debonnairement luy octroya le roy, Tespée en sa main, toute nue. Et devant luy fut messire Bertrand a genoulx, qui Tespée reçeut ; et baisa le roy messire Bertrand en la bouche et se leva ^ »

4370 (2 octobre 1370). Telle fut l'admirable scène. Ainsi était montré du Guesclin à la chevalerie de France et d'Angleterre avec ce haut titre de connétable qui lui remettait 3a conduite de toutes les forces du royaume.

A partir de ce moment Fhistoire du chevalier s'agrandit; elle s'associe avec celle dii monarque.

La guerre s'est partout ranimée. Le duc d'Anjou et le

* Chron, de du Guesclin,

> Chron, de du Guesclin, — Récits analogues dans Froissard.

8â HISTOm« DG FRANCE.

duc de Berry^ n'ont point cessé d^altaquer la Guyenne. Les suiçoès sont divers. Limoges est prise par les Français, pais elle retombe aux mains. des Anglais; trois mille bourgeois y sont égorgés, pour le crime d'avoir* reçu l'autorité du roi de France.

Cependant les Anglais qui avaient paru aux portes de Paris, et qui s'étment ensuite dirigés parËtampes vers le Maine et vers TÂnjou^ pouvsdent ofErir une puissante diver* sion à la guerre de Guyenne. C'est vers eux que marcha du Guesclin. Car là^ il pensall; atteindre d'un coup terrible la puissance d'Edouard.

Ici l'histoire devient de la poésie. Du Guesclin mande sa femme à Gaen, et lui fait dire de p^ter toute sa vais** selle et ses joyaux. « La. vûsseUe avait gaignée en Espaigne^» dit le chroniqueur. EUeétait magnifique, eimerveUles fui de la veoir. Olivier de Glisson était là, vaîlknt compagnon de du Guesclin^ mais ne sachant comment on entre^ tiendrait tous les hommes d'armes qui, de toutes parts, ao* couraient pour servir la France sous le commandement du nouveau connétable. « Â vostre affaire regardez, lui dit Qisson; grant nombre de gens sont icy aasemblez^.et du rey n'avez argent, fors pour mille cinq c^s hommes d'ar^ mes.-Ti'Bçau frèra, dit Bertrand, vrayest que du roy n'ai demer, fors pour nûtie dnq cens hommes d'armes; mais si dix foiaautant en venolt, tant que la vs^sette et les joyaux de ma femme dureront, jà homme n'eri sera^ refusé que a gaige soit reoea et payé : car p^ tieulx reflbs «ont venuz les pil^ leries et compagnies en France. Et se a présent employé ma. vaisselle poub le roy servir, aulîpe foys me la ren<k«*.»

T^ était l'admirable chevalier^ Ainsi il pr^dait aux ba* tailles et à la victoire.

Un quartier de quatre ou cinq- n^le- Anglais- était à Pont-Yalam dans le Maine. Messire Thomas de Grançon qui les commandait, envoya défier du Guesclin à Gaen, au mi*- Ueu.de ses préparatifs, dans le dessein peut-être de les faire interrompre par une soudaine provocation. Du Gues-

m&lOlMm DE FRAI>7Ce. 83!

dira festoya* le hérantt^ M fit des présents et le renvoya; et, à VimtaM noème, il d(Hiiia le signal du départ à toute sa ofaevalerie. Il était nuit, la pluie tombait à flots; cela parut nouveau de s'acheminer par; un temps affreux et dans les ténèbres^ et quelques-uns murmuraient. Le lendemain matin on se trouva en face des Anglais. A peine avaient-^ils la réponse de leur héraut; leurétonnement fut extrême^ Du Guesclin laissa reposer sa petite armée ; mais après quelques^ moments il la disposait en bataille, voulant pnofiter de la^ surprise de ses-emiemis, et puis«il la précîpièajt sinrreuK^ oiiant : Guetdin! Mon^oie' Seint-^Denis! Le oombat fut acharné et rapide. En peu d'heures les Anglais étaierab dé-* CMilitB^ dans la désordre-de la défaite, leur général désespéré courut vers du Guesclin avec sa hache d'armes, et il parvînt jusqu^ài lui ; mais dm Guesclin évita lecoup; qu'il lui po^tai^ elle saisissant par le milieu diu corps le renversa pap terre, lui disant de se rendre, s'il ne voulait être percé de $on épée. Glisaon avait vu le péril de du Guesclin, et il s'était précipité pour tuer l'Anglais. L'Anglais cria qu'il se rendait. Plusieurs che^liers furent prisonniers avec luL Près de cinq itiille< homme» venaient de périr ou d'être au? loin dispersés. On les poursuivit dans les châteaux^ dans le» bourgades^ danslesabbayesoii ils essayaient de, «a mainn tenir. Tout le pays du Maine et d'Anjou s'ouMnt aux anoda de dU'Gueaclin K

Suivant les habitudes dece temps, lucasfagaer foi ahn» suspendue; Du Gae8G}iiairenlra.>à Gaen et oongédia.son aiv mée. On* se réservait de reprendrer la guenRe.apr^.rhiYer..

Sur<;e8entrefaite8,lô pape Urbain V mourut à Avignon** Il avait essayé de ramener le^siégepapalà Rome, où il venait de passer* trds ans. Ilétait rentré.en FraQee< pouv se- faire

* Les Grandes Chron. désignent quelques lieux où il y eut des rencontres acharnées : « Et après, ala le dit messire Bertrand à Vas et ie prist par assaut et y furent moisit pris enviroa trois cens Angloî», et tantosi ala à RuUy ; maiei ceus qui le teaoieo t s'en estoienft pactis tantost que ils avoientseeu la prise de Vas»mai& le dit coonesr table les suivit jusques à Versure (Bersurre, variante), el là es forsbours lescombatti et desoonfit, et y furent hien trois cens mors et pris, et prist la ville et après la laissa. » Tom. VL'

négociateur de la paix entre les deux rois. Son successeur, Grégoire XI, eut le même désir. Mais les rivalités nationales étaient mêlées de colère et de vengeance, et ce n'était pas le moment de désarmer la France, soutenue qu'elle était par le génie du monarque et enflammée par les victoires du connétable.

Des deux côtés les préparatifs se faisaient avec ardeur, et surtout on cherchait à s'assurer des alliances. L'or commençait à être puissant dans la politique. Charles Y offrait cent mille nobles d'or par an au roi d'Ecosse, avec des armes et une solde pour cinq cents chevaliers, cinq cents soldats et quelques écuyers *. 11 espérait le détacher de l'Angleterre. 11 rébranla du moins, et ses séductions ne produisirent que plus tard leur dernier effet.

Le roi d'Angleterre se tournait du côté du roi de Navarre. 11 lui assurait le duché de Bourgogne, toutes les terres qu'il prétendait dans la Normandie, avec des seigneuries nouvelles; il disposait de la France comme de son domaine. Le roi de Navarre se laissa aller à ces offres, et il se fit une sorte de ligue entre les deux rois. Mais Charles V la rendit vaine par son activité, en jetant au Navarrais des propositions qu'il pouvait d'abord réaliser. La seigneurie de Montpellier lui fut assurée, et il consentit à rester témoin de la guerre sans y prendre part.

1371. — Le roi de Castille restait fidèle à la France. Sa flotte s'était avancée à la hauteur de La Rochelle pour protéger les côtes de France. On savait que le comte de Pembrock venait avec des renforts puissants sur une flotte nombreuse. Le prince de Galles, atteint depuis longtemps de maladie, était repassé en Angleterre. Le duc de Lancastre l'avait suivi de près. C'était au comte de Pembrock qu'était remise la conduite de la guerre. 11 importait de lui fermer les rivages.

La ville de La Rochelle appartenait aux Anglais ; mais sa fidélité était douteuse. Les habitants virent les deux flottes s'avancer Tune contre l'autre, et ils attendaient l'issue pour

» Du Tillet. — Le P. Daniel..

se déclarer. La flotte castillane fut victorieuse; elle s'empara des vaisseaux anglais chargés d'armes et de vivres, et les emmena en triomphe, avec Pembrock captif, à Sainte André dans la Galice. La Rochelle allait prendre le parti de France ; le captai de Buch survint le jour même, et contint ce mouvement.

4372. — Le roi de France avait à profiter de la victoire de la flotte de Gastille. 11 avait fait récemment une ordon* nance pour suspendre et réprimer les guerres privées que les seigneurs avaient conservé la fatale habitude de se faire entre eux; c'était le vieux droit de souveraineté qui tendait à vivre par le désordre. Les derniers rois l'avaient toléré malgré les ordonnances de saint Louis. Charles V l'atteignit ouvertement, et en fit un crime de lèse-majesté. Mais il se hâta de donner un aliment à cette ardeur des batailles, et il sut faire aux seigneurs un honneur nouveau, en leur montrant la domination anglaise à chasser de France. Partout il raviva l'enthousiasme de la guerre, sans sortir de son palais, d'où 11 présidait aux destinées de la patrie. Du Guésclin alla former son armée sur la Loire. Le captai de Buch. restait seul à la tête des forces anglaises; Edouard l'avait fait connétable. Ces deux grands hommes d'armes étaient dignes de se mesurer ensemble dans les combats; la fortune accabla le captai avant qu'il eût pu tirer l'épée. La flotte de Castille était revenue bloquer La Rochelle. Un débarquement subit de quatre cents lanciers enleva le captai au bord de la mer. On l'emmena prisonnier à Paris. Ce fut une victoire. Le captai mourut au bout de cinq ans dans sa prison.

A cette nouvelle, la Guyenne s'émeut d'effroi. Le duc d'Anjou sème çà et là ses brillants faits d*armes *. Poitiers se rend à du Guesclin ; Saint-Jean d'Angely, Taillebourg, Angoulême, Saintes ouvrent leurs portes. Le maire de La Rochelle emploie la ruse pour s'emparer du château avec deux cents bourgeois résolus. Tout le Poitou cède à ce

1 Voyez la chronique de Bourdigné; il faut la lire; la gloire de Du Guesclin n'en est point diminuée, mais une juste part d'admiration doit être réservée par Thisloire au frère du roi de France.

86 HiST01R£ AE FRANCfi.

mouvesnent; quelques seigneurs seulement s'enferment dans Thouai». Du Guesclîn va les assiéger avec un appareil "formidable ; ils promettent He se rendre à la Saint- Martin^si le roi d'AngMerre n'envoie à leur secours. On leslint ainsi bloqués, et' on laissa. les «autres places tomber d'elles-mêmes.

Cependant Edouard, apprenant. -la ruine de ses affaires, sent'Fenidtre sa mille ardeur; il veul venir en. personne défendue son domaine. U airme* une £k)Ue, et il met à la voile avec dix onkkd archers et trois mille lances^ Il pouvait aifisi vaiTKver la igmerre; maïs Je malbeur semblait avoir firappé sa vieillesse. Jamais les vents ne;pemnirent à <8es «aisseaux de toucher les terres de France, après neuf se* OBtaines â*effi>r(», H revint en Âi^gleterre.

Alors 1}boclars ouvrît ses portes, et la campagne fut ter* BÎDée. Le duc de Berry y avait paru avec éclat; le roi lui donna le cooité d'Anjou \ '

Le P. Daniel observe que ce &Jt là le fruit de ia victoire oastillane sur 'la ^otte ai^ii^e; mais c^étaît 4^abord le génie die i(i2iiaides V qui avait su |n)éi«oi^la part-^ejchacon de ses luxKîliaires devait avolf dans xsette ^guevre.patriotique. Charles Y fut le «auvdur de la France; du Guesclîn fut instrument de<6arpoliti(|tie: pareux se^releva la monarohie.

:137!^. — Gq[)endant'Edouard ne renoe^çaît pas-à la .guerre ; il faisait des àsitrigues en Bpeta^Q; il y a^ait des partis aitmés, etle duc «on gendre se laissait aller par degrés à des tentiBktives ccmtre la France, qu'il haïssait à cause de la praiteetion qu'^e avait longtemps accordée au comte de Blois. Hais il arriva que la plupart des seigneurs brelobs, Couehésde la gloire de du tGuesdin'^et de son frère é^ananes Olivier de Glissoa, tous les deux enfants de cette icietagne féconde en noble chevalerie, se déclarèrent pour le roi de France. Le duc appela Edouard à son aide; des Anglais vinrent prendre possession des principales dtés. Cela même acheva la rupture ; toute la Bretagne se déclara contre le duc. Les seigneurs le proclamèrent rebelle, et en*

1 Voir tous les détails des'batâillcs dans la Chron, d€ du'GuescHn.

BfïSTOmE DE FRANCE. 87

voyèrent demander une armée au roi de France pour se saisir de ses domaines.

Le connétable parut. La guerre avait éclaté âéjà par des combats et pair ides ^'éges. Plusieurs villes. «*ôUvrtrent à l'autorité du toi de tYance, et le duc s*enî\iit vers la basse Bretagne. Du <3uescfin alla s'aripàrer de Nahtes. Toute la Bretagne lui obéissait; la*vîfte de IBresl avait seule résisté à ses atomes.

Alors EdôiTtfrd pttt ettfiu opérer teur Calàîs le débartiueittent Ide son tirmée. Trois mille hommes d'arttoes et dix Mlle ardhets furent jetés Sur la Picardie ; ils marcîmiiênt sous les ordres du duc de Lancastre. Le duc de Brefâfgne était parvenu à les joindre ; de là il lança une sorte de ttiarrifeste contre le roi de France *.

ÉhaMes V n^avait point de forces aussi imposantes, ttWiis il avait Vépée dé son connétable. On jeta des garftfeotis dans les "villes. Du Guesclin courut protéger la Champagne. Le duc de Bourgogne, avec un corps de cavalerie, n'eut ^*à suivre lésïnouvemerifs de l'âfmée anglaise. Les 6hâi&êltix se fermaient devàùt die; lès campagnes étaient iéê&ttes ; lés vrVf es étaient enlevés : totrte Phàbïïété ûH conlïé table (insista à laisser ainsi s'avafndèr l'ennetni, harcelé par de petits condbats, épuisé patr la privation, et tous les jours aftiibii par la faim, par la maladie et parla désertion. C'était la guerre la plus meurtrière qui pût être faite. Les Anglais traversèrent là Champagne, la Bourgogne, le Poitou, hi Gtiyertne,laîssàtnt partout dès débris. Arrivés à Bordeaux, Ûs comptèrent leurs pertes. iSix: mille honmies au plus survivaient de celte armée imposante, qui, peu d*années aupa^ ravant, aurait pu ciônquëlir la France, affaissée qu'elle était par son anarchie.

1374. — Alors le duc d'Anjou put à son tour se montrer ^dans le Périgord avec tine «rmée active. 11 passa dans tel Gascogne, s'empara de plusieurs villes, et alla mettre garnison à la Réole ; ainsi se resserrait vers Bordeaux la domination anglaise.

* Lettre au roi. — Manusc. de la biblioth., cité par le P. DanîéL

88 HISTOIRE DK FRANCE.

A ce moment les négociations pacifiques que le pape n'avait point interrompues furent enfin écoutées par Edouard. Il y eut des conférences à Bruges ; elles amenèrent des moments de trêve, qui laissèrent la France jouir de ses succès et en préparer de plus éclatants.

Le génie de Charles V ne se tint pas en repos. La paix Toccupait encore plus que la guerre.

Une de ses anxiétés tenait à sa santé débile. Il redoutait les déchirements qui pourraient menacer la France s'il venait à mourir en laissant pour héritier de la couronne un enfant livré aux factions. Le souvenir de sa propre jeunesse lui était présent, et il savait quels sont les maux d'un empire sans royauté. C'est dans ces préoccupations qu'il porta l'ordonnance célèbre qui fixe la majorité des rois à quatorze ans (août 1374). Philippe le ftardi, avant de quitter l'Afrique en 1270, avait porté une ordonnance semblable^ par le même pressentiment; mais elle ne paraissait pas avoir changé la coutume féodale, qui n'obligeait les vassaux à faire hommage au souverain que lorsqu'il était arrivé à l'âge de vingt et un ans. C'est en regard de ce droit public, source de révoltes et de ravages, qu'il faut placer l'ordonnance du sage roi pour la bien comprendre. 11 est facile d'observer qu'elle avait pour inconvénient de laisser l'exer-, cice de la puissance à un enfant ; c'est là une remarque de peu de valeur. L'étude des temps est la seule philosophie de l'histoire ; et, même lorsque les vieux droits ont été absorbés dans la puissance unique du monarque, l'expérience a dit aux peuples ce qu'il y avait de périls à laisser flotter la souveraineté aux mains des régents, des ministres ou des partis. Volontiers une nation se complaît à la fiction d'une majorité de quatorze ans ; car Finnocence a sa majesté, et l'on a vu peut-être moins d'enfants détrônés que d'hommes mûrs ou de vieillards. Charles Y fit donc un acte de sagesse pour son temps et même pour tous les temps. Seulement il y a des. époques oii la majorité, qu'elle soit à quatorze ans ou à vingt et u*^, est également impuissante contre les intrigues des factions et contre la perversité des usurpateurs. Charles V ne pouvait avoir l'espérance de désarmer la folie humaine.

Charles V appeia les grands du royaume, le prévôt des marchands, le recteur de l'université en cour de parlement, et publia son ordonnance avec solennité. U semble que le sage roi sentait la mort ruisseler en ses veines avec le poison lent que le roi de Navarre lui avait fait prendre autrefois. 11 ajouta à cette ordonnance de droit public une ordonnance particulière pour le cas où son fils aîné n'aurait que treize ans au moment où il deviendrait roi. 11 voulait que la reine fût régente, conjointement avec le duc de Bourbon, et U établissait un conseil d'évéques, de chevaliers et de magistrats'.

137îr. — Rien n'échappait à la prévoyance du sage roi. La paix lui était propice pour guérir les maux des guerres passées. Le peuple avait été longtemps foulé ; il s'appliqua à le soulager. Il ne négligeait pas néanmoins son trésor. Les juifs lui furent une source de richesses. U leur fit acheter la prolongation de leur séjour et de leurs trafics pendant six ans encore. La liberté moderne comprend mal ces sortes de conventions. Mais l'histoire garde le souvenir de la singu* lière existence des juifs depuis le moyen âge, au* milieu d'une société de chevalerie, où exclusivement livrés au génie du négoce, ils avaient fini par attirer à eux tout l'argent des peuples '. 11 eût été plus simple de leur arracher ce privilège. Hais le bienfait eût été vain pour une société q\xï avait gardé assez de vieilles mœurs pour ne sentir pas le besoin d'exercer son activité au trafic de l'or et à la pour-* suite des richesses.

Quoi qu'il en soit, les juifs trouvèrent utile de subir les conditions de Charles Y. Us lui versèrent de grosses sommes et de plus ils consentirent à ne pandtre parmi les chrétiens qu'avec un morceau d'étoffe rouge ou blanche, pour être reconnus à ce signe, comme séparés par la haine ou par le mépris.

1376. — Cependant le pape continuait ses négociations pour la paix. Le roi y mettait pour conditions principales^ qu'on lui rendrait quatorze cent mille francs de la rançon de

' Table chronologique des ordonnantes.

' Du Tiilet, Recueil des traités.

m HYtiTOtttE'OE FttÀt^fi.

Jean ïe Son, et que Calais fierait rasé. C'était une tiéUe fepnésaiUe; ilneTobtinc pas, mais la trêve fut eontintrée.

'Sur leesentrêfàites, le piince de Gallies motfrut à Londres ; il laissait une iglerteuâe mémoire; il atalt vaiUamment servi âaus les :gaerres contre la f rance. dmrles Y Thonôt^a par un! megiriâque* service qu'il fit ^iàve pam lui îâan=s la diapelle de ^son yaials. Telles élaii«iit tes ffideurs Ûe ces Ég06 (tfOUMéa, <t«âsr Chrétiens enoete.

tôi77v -^ >Ua irwtaHt-la dôéieur sdmlila déposer DdCAiard à^mtêrdeila paâx. Gakis fittMeiicore^la eetttdltion oùse brr*sèrent tous les efforts et tous les vœux. La guerre allait dôtiic étfeTqn4se;iia^(Bd(iiifiiil «iioiimt en ce wottient même. Sa ânltatttrisle^t peui^gne 'd'une >vle qui^^valt longtemps jdté Qnfrattd éèiftt. ili«Maft^ttkie«m«H le (Aptiva

jU8i[u'à«€«i éemier*00iiievQiM(nd«fHe le vitrés d'esepirer, Me^e tflit à le KlépoiiiBer,4A7 puis elle «'ei#Qii, hifisant attprèsde lui un^pauvrepttèti^ occupé à lui ati<«6her i(]«fely](eresi flign^ d»ut0ux deircniMttdft.^iMavfliit ^sohfiaMcK^q'atïS^; ilen ^fWkït'9égùé dnqiaattfe'ét^«ii. La première 'Moitié de son «fepfeiaviit'iM twif^ ^pirr ies tMtfaimesclt d^ gttefre» swviMit heYxretuses. Sa vieiil)e0se e*ételgnltdém^'la'mt!i91e;i^e ; Ui00inlft)e ^ne, dès qu'un génie se M levé sur laf'ranc^, Edouard se sentit défaillir. Toutefûns il manqua à lùifofturte plutôt ique la faftime ne lui man^q^efa à toi-même.

iLaf mort d^Edauavd fut tenue isecrète. Mate ies flotte» oôttn^ binées ide^itanoe et de Oastilte fiaisaîent des excursiotfsism* les côtes d'Angleterre ; elles suiprirent cette notiveHe, qui ftit augdilôt«nvojéeà'P«Hs. De petits combalis furent livrés enplQetemts Itèiïx; l^épe«i'««hte< était pâttout; rAnglèterr^ se vit^menfacée d'une invasion foirmidable. tJn débarque^ mont général isemblaitdevciirse faire à' oeuvres, maiâ uni» aitnée était ^Ksposée isur le Uvage; lés^inoupes ne firent que se montrer ; elles regagnèrent les ports de France.

Charles V ne «ongeait pas moins ^à profiter de ta mort d^dodiard. Il jeta une armée fiur la'Picardie, et du'i&ueddin:sar 'k' Guyenne. Bn même temps il déterminait par dea messages le roi d^Ecosse À «uiipreBâre l'Angleterre, ^nt prospérait aux armes ou à la politique du sage roi.

mSTOnUS DE PRANGB. 91

Un instant des qœreUes années survenues ^ftr^ le ocNste de Foix et le comte d'Âjrmagaac parurent troubler les succès. Charles Y cpalgnit^ue le roi de Navarre d'une part, les Anglais de Bordeaux ùd l'autre, «e se mêlassent à cette guerre; U^e hâtade la termina* .par une intervention m^iaçante. B désarma les deux comtes, en faisant épouser au^s eu eomtCide 'Foîx, la tUle du ceeite d'Ârmagnac, célébretpar sa. beauté et )par «on espeit; ,puisU r<iprit librement >le cours de«a:poiitique contre rAQgleterr^.

<Leipa|9e n'avait point cessé de eJnercher à ramenerla paix etttre'les deux £tats. Mais -ses ^orts étai^t «vains. L'empereur Charles lY tparuiaussiise £Hremédiateui;,.et on suppose qu'il entreprit un vo3^e en France dans ce dessein. On disait aussi qu'il voidaît aceamplir un vœu dep^erînageà l'abbaye de Saint^BUur. Ge'VC)(yiigeeutdeJ'éclat. On rradit à l'empereur de magsifiques honneurs*, .mais en re« tenant intacte la<m{^esté du rqyaume de France *; car il y allait de vieilles .prétentions <le suprématie impériale que Charles Y n'eût jpoîntace^>tées. Et môme lorsque le prévôt deaioarchands a&kuaivee^lestéôbevins 4e Itols etdeuxxniUe bMb'geoisâ chenil, vôIhb de robeS'miriwrties de bUncet de iM^, reeevoir le «monarque à sa sortie de Saint-^Denis, il âuii adressa ces ^paroles notables .: « Trô&*excellent prince, oeus les officneis du -roy à Fans, le prévôt des marchands et' les 'bourgeois de ila bonne viUenous «venons laieela rév4renee, et nous offrir à faire vostre boniplaisir; car ûnsi levieult le rojy oesla*e (seigneur, et le nous a commandé. »

<lie roi «bt donner de la pompe et de la (grâce aux fêt^ dont on lentGfura l'empereur?. Puis il l'i^pela enjui^rand

1 Les chroniques ont recueilli avec un^aldmlrifble'âôiu'ttms les 'détails de ce voyagé. Hs sont freins de ohanneat d'ioftérât. 'GfiÊRâm Ghron., 4om. YI. — Leméffle iatétêtrie repave dabs ies réoitodo €bnst. dePisam.

3T«iate'eette>partie44svi6ax récits ménie d'être lue, soit comme peinture des mœnrs, soit comme indice du soin de Charles Y à rendre hommage à l'empereur, sans commettre la dignité de la Gouroime de France. Grandes ÛHton.j tom. YI, depuis la paf9B-367 liis^'à la page 377/Oe'Sdntdtt détails piitorea^pMs,«t dont te ai* ittlie ason impootanod dans rhistoiro.

conseil politique où « par longue espace de deux heures et plus » U exposa éloquemment les motifs de ses guerres avec l'Angleterre, ainsi que f histoire de ses batailles et de ses victoires, « pour ce que il pensa que Tempereur en seroit bien lie. » L'empereur au moins et tous ceux qui avaient pu entendre les récits du roi, « motistrèrent semblant de en avoir très-grant plaisir. » Lui-môme prit la parole en allemand pour expliquer en peu de mots l'objet de la harangue de Charles Y à ceux qui ne l'avaient pas entendue ; et il finit par lui offrir des secours d'hommes et d'argent pour son œuvre de justice et de liberté. Les deux monarques continuèrent à se faire des honneurs mutuels; après cela, l'empereur n'avait plus qu'à accomplir son vœu de pèlerinage à Saint-Maur ; puis il regagna son empire.

1378. — Hais il restait au roi de France une inimitié plus formidable que celle de l'Angleterre, parce qu'elle se déclarait par les crimes au lieu de se déclarer par les armes.

Le roi de Navarre semblait avoir disparu de la politique; son génie funeste y restait présent. Ses deux fils étident demeurés en otage, et le roi les laissait aller librement dans les terres de Normandie qui appartenaient à leur père. Dans un de ces voyages, le roi de Navarre trouva le moyen de faire arriver auprès de son fils aîné Charles un confident de ses pensées sinistres, Jacques de Rue, son chambellan. Cet auxiliaire de crime n'avait point à dire au jeune prince» l'affreux secret de son père. Il suffisait qu*il pût rentrer avec lui à la cour de Charles V. Ainsi le jeune homme allait pi'otéger par son litre d'otage une entreprise efl'royable : Jacques de Rue avait mission d'empoisonner le roi.

L'horrible trame fut découverte. Le roi fit servir le fils du roi de Navarre à sa vengeance ; il l'envoya en Normandie avec lé duc de Bourgogne et du Guesclin. Ce fut le jeune prince qui présida à l'enlèvement de toutes les places de son père. U ne resta bientôt que Cherbourg au roi de Navarre; les Anglais y jetaient des soldats, on ne songea pas à s'en emparer de vive force. Alors le procès fut fait à Tempoîsonneur. A son dessein se rattachèrent d'autres entreprises qu'on instruisit en même temps. On avait enlevé dans

le château de Bernay les papiers de Pierre du Tertre, secrétaire du roi de Navarre. Là se retrouvèrent toutes les intrigues, toutes les pensées de crime et de trahison, des plans d'usurpation, des traités avec l'Angleterre; le procès fut conduit avec sévérité. Les deux coupables s'accusèrent par leurs aveux mutuels. Le projet d'empoisonnement devint manifeste; on savait les trois valets qui devaient servir à l'attentat. En même temps la trahison de du Tertre était avérée ; c'est lui qui avait tout préparé par l'intrigue pour assurer la couronne au roi de Navarre. Tout s'éclaira d'une horrible lumière *, et le parlement prononça la peine de mort contre les conspirateurs. Ils furent traînés sur la claie du palais aux halles ; là on leur trancha la tête; on lesécartela, et leurs membres furent étalés aux portes de la ville.

C'était le premier supplice politique qui se voyait depuis que Charles V avait arraché la puissance aux factions; le roi de Navarre en fut épouvanté. Le moment n'était plus oîi ses pensées perverses trouvaient pour auxiliaires les masses populaires; tout lui échappait. Le roi de Castille, toujours fidèle à la France, venait de se précipiter sur ses Etats. Après y avoir semé le ravage, il imposa pour condition d'une trêve que les Anglais sortiraient de toutes les places. En même temps, il s'attaquait aux Anglais euxrmêmes avec une flotte de deux cents vaisseaux, et il bloquait les ports de France occupés par eux.

De son côté, le duc d'Anjou s'avançait vers Bordeaux, avec une forte armée, pour en faire le siège. Partout on se sentait pressé d'arriver à des coups décisifs. Par malheur, il fut contraint de courir à Montpellier, où venait d'éclater une rébellion. Il avait enlevé depuis peu cette ville au roi de Navarre; mais le peuple, pour ne point payer un impôt, secoua le joug, et commit des atrocités. Le gouverneur fut mis à mort, et avec lui beaucoup d'autres, et les cadavres furent jetés dans les puits. Le duc d'Anjou, terrible dans les vengeances, reparut presque aussitôt, menaçant de tout exterminer; le peuple, effirayé, se mit à faire des lamentations.

1 Voyez dans les Grandes Chron, les détails très-curieux de œ procès. Le crime y est établi d'une façon irrécusable.

L'Unîversîlé, les magistrats, le clergé, les religieux, la bourgeoisie avec ses consuls, le peuple entier, suivi de femmes et d'ènfànts, s'en allèrent au-devant du terrible duc, criant : miséricorde! miséricorde! Les consuls et les bourgeois. portfùent la corde au col. Jamais ne s'était vu semblable spectacle de supplication et de douleur. Dans la foule du peuple paraissait le cardinal d'Albanie, connu sous le nom de carr ^nal de Lune, qui était aussi venu pour désarmer la colère du duc d'Anjou. Le duc passa outre, féiignant de ne rien voir, et il (Jit qu'il annoncerait ses. volontés le lendemain sur la place publique. Dèsle.matîïi, toute la population s*y précipita. Là parut, auhautd^ine estrade, élevée, un héraut qui annonça la grâce du duc; mais c'était une grâce eflFroyar ble. La ville était déchue de tous ses droits et privilèges; elle n'aurait plus désormais ni université, ni maison de ^!le, ni consulat, ni archives, ni cloches. Ce n'était là que le commencement de la justice ! Une liste serait faite de six cents hommes de la ville, pour être condamnés à mort; dont deux cents seraient décapités, deux cents pendus^ deux' cents brûlés ; les enfants de ces condamnés seraient déchus de tous droits de noblesse ou de bourgeoisie; leurs biens seraient cooflisqués; les consuls seraient ^nployés de leur» personnes à retirer des puits les cadavres qu'on y avait jetés ; les gens de runiversité fonderaient de leurs de^ niers une église avec six chapelles,, et une fondation de prières pour ceux qu'on avait égorgés; et à cette église serait appendue la doche qui avait servi au tocsin de la sédition ; et la môme université enfin payerait six cent mille ft^ncs d'or au roi et au duc d'Anjou, plus tous les dépens dtt procès.

Cette grâce jeta la stupeur dans la ville , et l'histoire a peine à prendre au séfîeux une condamnation aussi formidable. Rien n'annonce qu'elle dût être exécutée; on devait attendis la sanction du roi. En même temps le cardinaL d'Albanie continuait ses supplications ; le peuple, les magistrstl^, le clergé ne cessaient de crier miséricorde. Il y eut une. assemblée nouyelle, oti le cardinal, à force d'éloquence, arracha une grâce véritable. Àulieade »x,ceDl»iiDaUueu9«<

m^^OlBiE: m FRANCS» 95

reux condainnég à périr, Ufut dît que les principaus^ cb&h, de la sédition seraient reioîs <à Vordenance du roi ; la vilLd garda ses honn^ui^ et les fa^lntants n'eurent àpayerqu'un^si asmende de ceat vingt mille franas. Le duc parut avoir voulu punir la cité rebelle seulement par la terreujr * .

L'Angleterre s'étdt réveillée.. Vub flotte, conduite parole due de Lancaatre^ avait déjà paru aux c6te9 de Normandie^ die marcha vers la Roetagpe, et brûla, dan» le port de Saint-^ Malo^ plusieurs. naivires. Le duc fit un débarquement pouir assiéger la place.: Des^ (^evaliers bretons s'y jetèrent pou^ secourir celui qu^ la commandait. On eoii le temps d'attea-» dce l'arrivée de du Guesolin. Alors la gsg[;<iis<»n cnbardi^ fit une 8c»^îe heureuse pond^ut. la nuU; les. .Ap^i3 furent suiprisi^et perdirent beaucoup, de moade^.Le^siég^ {utievé bmaquemenl..

Le&.Fran'çaiB fwmt moins heureiix à Gb^rb^urgr Olivia du Guesclia^ frère d^ Bertrand, avait. voulu. s^approcher, d^ la plaee^ avec quinzelances^ pour la reconnaître^;, il fut eur levé par les Anglais. Le duc deBourgogn^et Je duc ô^3mj venaient pour assiéger cettei ville; il^^ sa retirèrent.

lé paruia'améter la fortune; de GbarlestleSage.

Lcimoude^ut^i changeait d'aspect; etÀcemomenlrJ'atatentton de l'histoirese tourne versunsohi8|Qecpjii,comipencç à seidéclarep dans l'EgUae*

Le pape Grégoire XI, avons-nous dit, était mort à.liom#r AusaitOtles cardinaux présent daus la ville s'élaient réunis en conclave pour éiire: son spocesseur \ Le cbroniKp^eiir prend soin de remarquep qu^' la foudre- tombac la.veiUe môme de l'ouiverlure du canclavO) aun let palais.où, devait s^ ftdpeféleotîoD.el elle brisa deu^ des loges préparées- pt^Uf lefrcardInattxvG'estpourluicoioioaun pi^ésage. L'électjoii M êi au milieu des briguas ; Rchwo brûbiii. de reqoKlquérIr ]à[piif>auté. h^ peuple se jeta aye^ses passions dans leacar bâtes* dmB grands i et. toutefois c'était^ aussi: l'intérêt de VBr

« Annales de France.—Grandes Chron.^Chr, et Anjou de Bourdijginé.

' « Le mardi, 6* jour du mois d'avril en suivant mil trois cent septante sept avant Pasques; carPasques en suivant fiii^ni toilS* joiwdj'ftvcit, » Gieandes Chtisn,

glise de soustraire la papauté à Taction directe de la France, et de relever le vieux siège des pontifes. Mais lesfureurs de la populace étaient de trop, et elles devaient donner à Télection un caractère de violence, et fournir au schisme une raison de se déclarer.

Les cardinaux présents à Rome, pressés par la cabale et par la menace, non moins qu'inspirés par le désir du bien, élurent Barthélémy Prignano, Napolitain , archevêque de Bari. Et aussitôt il se fit couronner sous le nom d'Urbain VI. C'était un homme d'une sévérité outrée. Dans les circonstances présentes il eût fallu de la sagesse ; il ne montra que de Faspèritè. Ce fut un prétexte de plus à Fanarchie. Dès son intronisation, il fit des harangues contre la corruption des prélats, contre le luxe des cardinaux, faisant des conseils un outrage, de la réprimande une menace. Il attaqua même dans le consistoire les rois de France et d'Angleterre comme perturbateurs de l'Eglise par leurs guerres acharnées. Le cardinal Jean de la Grange (cardinal d'Amiens) était présent, et il eut sa part des invectives du nouveau pape. Il avait été chargé par Grégoire XI de se porter médiateur entre lesdeux rois. Barthélémy Prignano l'accusa d'avoir vendu sa mission aux deux partis. Le cardinal, furieux, se leva, et s'écria que Barthélémy Prignano, archevêque de Barl^ avait menti. TeUe était la violence qui se déclarait à ce début de papauté.

Cependant quelques cardinaux restés à Avignon cherchaient à profiter du trouble que l'aspérité d'Urbain VI jetait dans l'Eglise pour faire un parti opposé et une nouvelle élection. L'intrigue fut prompte et ardente. Quelques cardinaux sortirent de Rome. Dans Rome même la défection se prépara. Urbain VI vit des trames se former autour de lui. Ù voulut les arrêter. Tout lui échappa. La cabale alla se former en conclave. Là on déclara nulle l'élection d'Urbain. On fit défense aux peuples chrétiens de lui obéir; puis on élut pape Robert, cardinal de Genève, qui aussitôt prit le nom de Clément VII.

Clément vn s'offirait avec des qualités brillantes. Il avait de l'esprit, de l'éloquence, de la politesse, mais peu de suite

msTomif: m France. 97

dans leâ affaires, et une légèrelé de caractère funeste aux grands desseins. Ce qui lui donnait de la force, c'est qu'il était fils d'Amédée III, comte de Genève^ et de Mathilde de Boulogne el d'Auvergne* Par là il intéressait à sa papauté des maisons puissantes, et il pouvait donner au schisme uu affreux caractère de guerre intestine.

Dès ce moment l'Eglise «e partagea comme en deux camps '. Les cardinaux pai'urent s'enrôler sous deux drapeaux ennemis. La chaire <]ë Saint-Pierre ne fut plus qu'un trône vulgaire, qu'on prétendit occuper par le droit de la foi^ce. Les cours dessouverains suivirent cette division, sdon l'instinct de leur intérêt. La plupart cependant avaient commencé par se déclarer pour Urbain. Par lui la papauté échappait à l'action française. L'empire, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne devaient accepter ce retour à la constitution naturelle de l'Eglise, ne fût-ce que par une pensée politique. Mais il restait le royaume de France avec les Etats qui sui-, vaient sa fortune. C'est vers Charles Y que se dirigea tout ce que l'intrigue des deux papes eut de ferveur.

L'histoire ne s'aurait s'étonner de l'ardeur qui fut mise en France dans la recherche du droit de l'un et de l'autre. C'était là une grande cause, à la considérer sous le point de vue national, et jamais la foi et la piété n'eurent plus de facilité à se faire illusion. Aussi les vieux historiens observent que dans les deux partis il y eut des saints; mais cela même ne tranchait pas une question de cette nature. Il fallait la résoudre par le droit de l'Eglise, non point par la vertu des particuliers. Une pensée de nationalité prévalut sur tout le reste.

Plusieurs assemblées furent tenues à Paris. Le roi ne parut pas les vouloir dominer par son autorité. 11 leur demanda de chercher en paix la vérité et le droit, liais le clergé et Funiversité étaient travaillés par des partis. On disputa longtemps. Enfin on décida que le vrai pape c'était Clément VII.

A cette nouvelle une grande émotion sefitdans les esprits. Les saints des deux partis étaient en présence. La vertu se '

• L'histoire de ce schisme a é(é faite par Dupuy, covseiller du roi, ^^^ garde de sa bibliothèque, le nicme que nous avons suivi dans ses ^ doctes rccherrhos sur les templiers. I700.

08 niSTOiRC BE rnANCE.

troubla; mais la poliiique suivit ses desseins. L'Euro[ie allait se trouver coupée en deux pai*ts. L'Ecosse se déclara pour le pape de la France,.et avec TËcosse vinrent successivement le royaume de Chypre, le comtôde Savoie, le comté^ de Genève, Léc^old, duc d'Autriche, quelques villes d'Allemagne, et plus tard le royaume d'Aragon et celui de CastUle. Toutefois te plus grand assentiment restait au pape de Borne.

Dans cette division des royaumes la guerre éclata entre les deux papes. L'Italie fut traversée par une troupe de Bretons et de Gascons qu'un comte de Montjoie, neveu de Clément, menait vers Rome pour en chasser Urt)ain. Cest par des batailles qu'on allait résoudrela sainte question de la papauté* D'abord Rome fut prise et pillée. Les Bretons y firent d^afTreux ravages. Hais le lendemain le peuple passa de la consternation à la fureur^ Il se vengea par des massacTCs sur tous ceux du parti français qui étaient dans la ville; les troupes bretonnes s'enfermèrent au château Saint- Ange. En même temps une armée impériale marchait au secours d'Urbain. Les deux partisse livrèrent une sanglante bataille; le comte de Montjoie fut vaincu; cinq mille des siens avaient péri; il resta prisonnier. Clément se bâta de fuir, et vint relever le siège d'Avignon. Alors le schisme fut consommé.

La fortune de Charles V, avons-nous dit, semblait s'être arrêtée. Quelques échecs avaient frappé ses armes. Il chercha à se relever par des alliances. Le roi de Castille venait de mourir; il renouvela les traités avec Jean de Castille, son fils; c'est toujours par des flottes que la Castille devait seconder la France. En même temps le sage roi s'attacha plusieurs prrnces d'Allemagne à force de dons et de caresses. Le duc de Juliers, longtemps dévoué à l'Angleterre, lui devait surtout apporter de la force. La guerre alors fut reprise avec ardeur.

Charles V voyait avec dépit la Bretagne ouverte aux entreprises anglaises , et il ne pouvait supporler plus longtemps cette hostilité de Montft)rt, dont la domination, d'ailleurs, n'avait point été acceptée par la France. Montfort

HISTOIRE DE FlUnCË. 99

avait rompu tous les droits. H avait transporté l'hommage à l'Angleterre^ et sa rôbellîon était manifeste.

Le roi n'hésita plas, il cita Jilontfort en sa cour des pairs. Le duc ne parut point. Alors l'avocat du roi le déclararcbello^ et demanda qii'H fût déchu de son titre et de ses domaines. Jeanne de Pcntbièvre, veuve de Charles de Blois, intervint et demanda des réserves contre la confiscation du duché, en vertu du traité de Gaéraode, qui transmettait la Bretagne à ses enfants, à défont des héritiers de Montfort. L'arrêt fkit prononcé en ce sens.

Biais, chose élranço ! ce qui devait perdre liontfort raviva sa cause. La Bretagne presque entiéreétait alors aux mains de la France. Brest seulement luttait ehcore. A la nouvelle de la confiscation du duché, la noblesse s'émeut^ et le peu* pie, capricieux dans ses haines et dans ses amours, s'irrite avec la noblesse. On ne souflkira pas que la Bretagne soit enlevée à Montfort 1 11 est en Angleterre, fugitif; trois sei^ gneurà lui sontenvoyés pSour le solliciter de passet* la B»9r. 11 arrive; toute la Bretagne raccuellle avec frémissement. Le parti du roi semble s'évanouir. Il ne reste que quelqiies chevaliers fldéies, et avec eux du Guesclln ; mais du Guésclin n'ose rien tenter parles armes contre un parti qui grossit sans cesse. Alors il se' trouve des flatteurs de cour pour accuser le grand homme. Le roi s'étonne, malgré ivà^ de ce changement de fortune, et du Guesclin voit voirie mpment oii il aura besoin de se défendre. H se défend avee cette parole d'innocence fière et méprisante qui en tout teo^ fait pàllr les jaloux et les méchants* 11 demande au kâ de reprendre son b&ton de connétable, et de lut permettre de s*en aile)* en €astillc, oii la ealomnie ne le touchera pas. Le. roi émù hii envoie le duc d'Anjou, et lui laisse U>»t le soin de sa vetigeance.

En cette occurrence du Guesdiu continua de se montrer grand. On l'avait rendu suspect, en sa quaiilé de Breton^ comme s'il n'eût pas été prôt à tirer Tépée contre des chevaliers, ses frères d'armes, et leurs soldats, ses compagnons. Il passa outre, malgré ces soupçons. Il vit la dilûoulré do réduire en ce moment toute une masse populaire qui se le-

vait en armes pour Motitfort ; et sur de son honneur et de sa foi, au lieu de tout pousser à Textrême par des batailles^ il osa présenter au roi la nécessité d'échapper aux périls par ' des transactions» U s'engageait à ce prix d'achever de ravir aux Anglais tout ce qui restait dans la Guyenne et dans la Gascogne.

Le roi écouta ce sage conseil. Mais la médiation du comte de Flandre qu'il employa à ce dessein ^le fut pas heureuse. Pendant ce temps les Anglais de Guyenne faisaient des tentatives du côté de l'Auvergne. Du Guesclin fut contraint de porter là son épée. il y trouva la mort. Une forte garnison d'Anglais et de Gascons s'était enfermée dans le château de Randon, qu'on appelait Châteauneuf. Du Guesclin attachait de l'importance à la possession de cette place. Il mit de l'ardeur à en faire le siège. Mais, au moment où il espérait remporter de force, il tomba malade. Ses fatigues l'avaient épuisé. Il sentit qu'il touchait à la fin de sa vie. U eût bravé la mort dans le combat, il la vit venir avec calme sous la tente. Il reçut les sacrements de l'Eglise, se fit apporter son épée de connétable, la baisa, et la remit au maréchal de Sancerre pour la reporter au roi. Le vaillant chevalier adressa à ses frères d'armes des paroles touchantes. «Par vos vaillances et non par moy, leur disait-il, m'a tenu fortune en grant honneur en toute France, en mon vivant, et à vous en est deu l'onneur, qui nK)n âme à vous recommande. Certes, seigneurs, bien avoie intencion de briefvement par voz vaillances achever les guerres de France, et au roy Charles rendre tout son royaulme en obéissance; mais compaignie à vous ne puis plus tenir doresnavant. Et non pourtant je requiers Dieu, mon créateur, que couraigc vous doint toujours envers le roy, que par vous, sire maréschal, et par voz vaillances et de toute la chevalerie, que tant loyaulment et vaillamment se sont tousjours portez envers luy, ses guerres soient afflnies,» Et à diverses fois il recommanda aux chevaliers son âme, sa femme et sa pa- Ç^ rente. 11 ne cessait de leur redire les avis qu'il leur avait — • donnés souvent sur le terrible droit delà guerre; qu'ils n'oubliaissent pas surtout que les gens d'Eglise^ les femmes,

les enfants^ le pauvre peuple n'étaient point leurs ennemis. Et, pariant ainsi, il défaillait de plus eç plus. Enfin il fit 1c signe de la croix sur lui, « et ainsi trespassa de ce siècle le vaillant messire Bertrand du Guesclin, qui tant valut en ses jours, dont par le renom de sa loyaulté est nommé le x« des preux'»

Celte mort fit un étrange effet. Le deuil fut grand dans toute la chevalerie de France. Il fut égal dans la chevalerie d'Angleterre ^ Le lendemain , la garnison de Randon qui avait obtenu tresves de du Guesclin, moyennant otages, était sommée de se rendre par le maréchal de Sancei re. Mais il voulait que le gouverneur vint déposer les clefs sur le cercueil du chevalier. « Certes, sire maréchal, dit le gouverneur, bien querez de tout nostre deshonneur qui à ung chevalier mort nous vouliez faire rendre et nostre chasteau. — Faictes le tanlost, reprit le maréchal : car se plus avant en tenez paroUes, allez en vostre chastel faire le service de vos oslaiges; car en brief finira leur vie. »

Le maréchal en effet était prêt à faire trancher la tête aux otages \ «Bien appèrceurent Anglois que autrement ne povoit estre. » Il fallut obéir. On vit donc la garnison entière sortir du château, le gouverneur en lôte, lequel s'avança vers le cercueil de du Guesclin, et y déposa les clefs. Tel est le récit du chroniqueur, récit altéré par la plupart de nos histoires; elles ont pris plaisir à louer la détermina tion des Anglais, comme si elle eût été soudaine, et ont oublié le nom du maréchal de Sancerre qui les contraignit violemment à cet hommage.

Toutefois Anglais et Français honorèrent cette vie et cette mort « sachent tous que là ne ot chevalier ne escuier francois ne anglois qui grant dueil ne démenasse ^»

> Chron, de du Guesclin^ édit. de M. Fr. Michel. — Christ, de risaii,passim. -^ Froissard, faible dans le récit de celte mort.

' ibid,

^ Chron, de du Guesclin.

* Suite de \sl Chron. de du Guesclin, manuscrit de Lancelot , édit. fie Fr. Michel. — Voir pour la comparaison des récits rexcellent travail de M. Petitot sur les Anciens Mémoires sur du Guesclin , eoliect., tom. V.

Lo vaillant homme de guerre avait forcé rostimc de tout le monde par ses vertus et par «a foi. Sa mort cependant ne devait être déplorée que par la France. L'Angleterre honorait sa mémoire, en se souvenant des rudes coups que ini avait portés son épée. La France seule avait à lui donner des larmes. Aussi la douleur fut profonde et universelle. Le peuple, la chevalerie, la bourgeoisie^ le roi, tous pleurèrent an Guesclin, et lorsque le roi ordonna que son corps fût ramené à Paris pour recevoir de dignes honneurs, ce fut partout dans |a route une effusion de regrets et d'hommages, (kl le suivait avec des processions, ^ ^rarU nombre de torches ; un gisant duetl fut partout démené. On l'avait d'abord conduit k Chartres; là on lui fit un service solennel, puis on s'achemina vers Paris. Des ïïlievaliers portaient le corps sur leurs épaules; jamais cercueil de chevalier n'avait reçu de tels honneurs. Le roi pourtant y en ajouta de nouveaux. « Tant fu le peuple de Paris, continue le chroniqueur, esmeu de deul pour sa mort que le roy Charles manda aux chevaliers qui Iç eo:rps apportoient que dehors Paris le menassent à Sair^ct-Denîs. Et ausài le firent, et son corps flst le rov Charles enterrer empré de sa sépulture. Dont moult fut le roy loué de ses chevaliers K >>

' M«inusc. de Lancelot. ^ J'av^iadand ia pin^mière édition de cette histoire mal désigné le château sous les murs duquel .du Guesclin fut atteint de la maladie dont il mourut ; j'écrivais Rendan pour Randon, et en celaje suivais le texte de la Chrçniqu^ â^ du Guesclin; c'élail une erreur, je i*ai réparée.

Plus d'une note m'est venue à ce sujet : « ChAtca^nçu^RandoD csl à quatre lieues de Mende. Du Guesclin mourut dans un pptit ha- 3ncau nomm^ VïIdbitarelU; on montre encore la maison et la chambre où il expira. Kn 1828 un monument fut érigé dans ce lieu à la mémoire ducpuDétable; il est déjà en ruines. *

Tel est le premier renseignement; je 1^ dois au dpcte abbé Pascal.

D'autre part l'auteur d'une statistique historique du Cantal , M. de Chazeiles, m'a communic^ué des notes tirées des aretiives de CIcrmont, desquelles il résulterait que du Guesclin, tpmbé malade i\ Gliâtoauneuf-Randtn, serait mort, non à V^BahUarelU^ mais au château de Chaliers. Voici letexte d'une délibération prise par le

çoY'ps commun de Montferrand ; » l^ lA juillet 1380, moks do

Uerry nos tramés letras clausas, en las quels ero-coBtengot qocio cors de Mous Bcrtcran, conestable de Fraossia, le quel era nors

HiSTOIHE »E FRANCE. 103

. TeHe fut la mort de Bertrand du Gueselin, admirable couronnemeni d'une vie pleine de gloire. 11 était venu en iin temps où la royauté avait besoin de son épée ; mais il trouva un roi digne d'un tel serviteur. Du Guesclin et Charles V sont deux renommées unies. Ce fut une magnifique pensée ûe déposer les restes du connétable auprès du tombeau que se réservait le monarque. C'était comme une fraternité ehé* valeresque, plus touchante que la gloire même; quand Charles Y ne se recommanderait à l'histoire que par ce sou-* venir. Il resterait^encore digne des respects de la patrie.

Du reste, la mort de du Guesclin venait en des circonstances fâcheuses. Le9 Anglais s'apprêtaient à faire Irruption sur le royaume. C'est toujours par Calais que se faisaient leurs invasions. La flotte castillane continuait do protéger la Normandie et la Bretagne^ Une armée en efifôt se répandit dans 4a Picardie, et de là elle gagna la Champagne. C'était le renouvellement d'une expédition que la sagesse cIm roi avait détruite sans livrer de batailles. Il espéra réussir de .même. Le plan des Anglais était de gagaer la Bretagne, où le roi gardait peu de places et peu de secours. Mm il était facile d'eoibarrasser leur marche, et ce fut tout le dessein du roi en dispersant en divers points des corps d'armée confiés à ce qull avait de vaillants capitaines. Le duc de Bourgogne, qui devait protéger la Champagne, eût voulu arrêter d'un seul coup les Anglais. U attendit en vaîn

dcdins lo fort de Chalers, e lo dévia possa per Moptferrand per porta en Franssa ; nos volguessions recebre e venir en las processio, e y l'oJguessam autra nos faire nostrc honour e deveyre per honor de cil; car lo dit Mouss.... Bertran lo avia ben valgut, en melh agirai agucs vislud. »

M. de Chazelies observe que le duc dcBerry, qui commandait dans tout le pays, ne pouvait ignorer en quel lieu venait de mourir du Guesclin. Le texte cité rautorise donc à penser que c'est au fort de ChaleXf à Cbaliers, et point ailleurs, que s'acheva cette noble vie.

Une autre remarque est d'un intérêt plus général, c'est que le peuple de France tout entier sut quelle perte il venait de faire, puisqu'on le vit accourir en procession sur le passage du convoi : « Car ledit mous.... Bertrand lo avia ben valgut; » et mieux eût fait s'il avoit vécu.

C'esjt tout ce qui suffit à Thistoire.

la permission du roi. Il dut se bornera falrguer les ennemi^*, et cette guerre pouvait comme la première fois les épuiser et les perdre.

Mais tout allait changer en France par une calamité soudaine.

Nous avons parlé de ce poison qui lentement dévorait la vie de Charles Y. Les effets en avaient été affreux dès le commencement : le roi avait perdu ses cheveux; les ongles de ses pieds et de ses mains étaient tombés. Toul avait fait craindre une fin sinistre. Mais oi> rapporte que, l'empereur Charles IV ayant dès le commencement envoyé au roi son médecin^ celui-ci employa des remèdes d'une admirable ofQcacité. Iji vie du roi fut prolongée, malgré le germe de mort qui coulait en ses veines. Une fistule s'était ouverte à son bras par suite du traitement du médecin étranger. Cette fistule parut être un moyen de salut. Le médecin déclara que, lorsque Técoulement s'arrêterait, la mort serait imminente. Charles V vécut vingt ans encore, grâce à un régime sévère. Sa santé débile n avait point énervé lesforccs de son esprit; c^st de son cabinet qu'il fal*$ait mouvoir son empire. Mais son corps alla s'afiTaiblissant dans cet état habituel de repos; puis la fistule se tarit : ce fut Fannonco de sa mort.

Charles V voyait se lever de grandes calamilés sur la France. Des guerres civiles venaient d'éclater en Flandre. Les Anglais avaient leur armée engagée dans les terres du royaume. La Bretagne semblait attendre ce secours formidable. La guerre deyait se rallumer plus ardente que jamais; et pour défendre la monarchie il ne restait quun enfant destiné au trône, autour de lui des princes prêts à se dispu* ter lîi puissance: Lé sa^ge monarque ne pouvait se survivre; il fit effort pour dominer l'avenir. Il appela les ducs de Bourgogne et de Bourbon, et leur confia les secrets de l'État. Le duc de Berry eut part aussi à ses confidences; mais le duc d'Anjou sembla délaissé. C'étaient quatre rivalités qui hientôt se trouveraient en présence. Toutefois le roi leur laissait à tous de sages conseils. 11 mullipliait ses avertissements, indiquait ses vues d-avenir, appelait d'avance la

HISTOIRE DE FKANCE. 105

concorde ; cl en môme temps il s'entoiit^ait des consolations de la religion. Il mourut ainsi occupe du ciel et de la terre. Il n'avait que trop bien pressenti les déchirements qui allaient éclater.

Charles V est nn des grands rois de notre histoire; il associa en quelque sorte la paix et la guerre. La France ne s'appartenait point à elle-même quand il prit le sceptre. UP Tarracha à la domination des factions et de rAngleterre, sinon par son propre glaive, du moins par celui des capitaines qu'il sut faire servir aux desseins de son génie* « Il n'y eut onc roi qui si peu s'armât, disait Edouard, et qui lui donnât tant d'afikires. » « Jamais il ne vôtit armure ni autre habillement de guerre, dit du Tillet, et pourtant il exalta l'esprit guerrier. » H donna à la chevalerie une inspiration patriotique qu'elle n'avait point connue dans les règnes ssms nerf. Son autorité régla le courage, et le dévouement des hommes de guerre commença à avoir un but d'utilité, La hiérarchie du commandement se fit sentir, et ce fut une chose nouvelle de voir du Guesclin, «2» pavvre ekevaliery obéi de tous les autres, et le roi même cédant à cette forte autorité qu'il lui avait faite en lui remettant son épée. L'unilé politique apparaissait ainsi de loin en loin au travers de l'anarchie. La chevalerie, merveilleuse institution sortie des ruines du moyen âge, n'avait jusque-là servi qu'àmettre en lumière de grandes vertus privées. C'était l'honneur personnel livré à sa propre inspiration ; et le plus souvent cette inspiration était féconde, parce que la pensée chrétienne la dominait en l'exaltant. Mais il manquait un lien commun de patriotisme 'pour embrasser sous une même autorité les forces éparses et mbltiples de cette institution militaire. Charles V créa cette unité, et aussi jamais n'avaient apparu de plus nobles figures de chevaliers ; le roi le plus pacifique sembla multiplier les héros. Autour de la grande renommée de Bertrand du Guesclin, vous voyez son frère Olivier du Guesclin, les deux Clisson, Loys de Sancerre, le sire de la Trémouille, l'amiral Jean de Vienne, des milliers d'hommes d'armes dans la Bretagne, dans l'Anjou, dans tout le royaume. Les deux frères du roi rivalisent de

vailluncc. On sont qucT leurs vues pérsonuclles sont coni^ primées par une autorité suprûmo qui règle tout. Le courage a pris une exaltation inconnue. Un patriotisme nou-* veau succède aux sentiments restreints de la chevalerie de cbâtoau, G'^st une magnifique période dans Thistoire de riionneur national. Vous y trouvez toutes les classes de la société française admirablement confondues^ noblesse^ bourgeoisie, peuple, (ont s'anime d'une même pensée; rentliousiasme de la gloire a traversé toutes les âmes.

Et tandis que la nation se renouvelait dans cette impul-> sion de fraternité et d'honneur, le roi avisait aux besoins de TËtat. Ucréiiit une marine naUonale; il administrait merveilleusement la justice, il régularisait les impôts, il mettait de^ l-ordoB dans les finances, il enrichissait le trésor •.

G-est lui qui cré^ la cour des aides, sorte de justice destinée à régl^ les comptes publics. En faisant la guerre il ne négligeait pas les bien^ de la paix. 11 embellissait Paris et les domaines royaux^ Sa maison était entretenue avec magnificence, mais son plus grand luxe était celui des bienfaits. Il abritait les vieux hommes d'armes qui ne pouvaient plus tenir Tépée, U enricliissait de dotations les hôpitaux^ il s'entourait de pauvres, et il leur baisait la main en y versant raumône. Il comblait de dons les savants et les écrivains, U les appelait des pays lointains, et se les attachait par des récompenses et des honneui^. G'est lui qui créa la bibliothèque du roi, cette grande merveiUe des temps modernes \ Ses fondations religieuses furent immenses ; toutes avaient pour objet le bien du peuple. « Je suis heureux, disait-il, parce que j'ai puissance de faire bien à autrui;» touchante parole, qui suffirait à l'instruction des rois. Sa vie était admirable de modestie, sa vertu sévère, sa piété tendre. Un seigneur avait prononcé quelques pa-

1 Voir les détails de cette vie laborieuse, active et chrétienne, flans le Uvre des fais et bonnes meurs du roy Charles V, de Christ, (le Pisan, !"• par lie.

2 Voyez quelques détails de M. Pelitot, à la suite des Mémoires de Christ, de Pis«nn.

HISTOIRE DE FRATtCR. 107

rôles libresdevant son jeune fils^ dauphin. Il le chassa de Sii COUP, disant qu'on doit premier nourrir les en fonts en vertu ^ .si quHls surmontent en mœuriceux quHls doivent marMonter en honneur *. Tel fut ce roi, nopiiné sage à cauao de son palriotisme.

En regai'd de celte appréciation généi'&ie, T histoire aurait peut-ôlre à présenter deB détails d'une autre sorte sur les niœurs, sur les idées, sur les habitude^ extérieuriss dçco siècle, qui semble ouvrir des temps uouyeaux.

€e travail ^ d^à été fait par un de ces doctes écrivains qu'il est de mode présentement de délaisser parce que nous trouvons commode, en nos jours de fk'ivolllô, de nous borr ner à des aperçus théoriques, pour n'être pOfS obligés de suivre l'érudition dans ses laborieuses reohe^eç '.

Villarét a recueilli des souvenirs curieux sur lessdenecs, sur les arts^ sur les coutumes du règne de Charles V.

L'astrologie judiciaire grandit avec des chimères mêlées à, do réelles découvertes.

La géographie fait des progrès. Les Dieppois vont toucner les cotes de Guinée. Déjà un dominicain missionnaire sous Philippe de Valois avait préludé aux déeoiiTertes et aux conquêtes de Colomb, d'Améric Vespuce et de Femand Cortez. Les écoles commencent à admettre le fait des antipodes.

La poésie française se montre à côté de la muse de rhistoire. Frbissard composer des potoes dictés et ordenmé» à Vaide de Dieu eê d^amçur; ce sont : ie Paradis d^dmaur, Xn Temple d'honneur, la Ftenr de Morguenite. Les ballades^ vir relais et rondeaux sont à la tnode. I^e roman de ia Mosa donne lieu à des imitations sans nombre. Ntûs çn Italie la poésie est plus qu'un essai. Dante a paru dès iç début du siècle; Pétrarque l'a suivi : la perfection i^e doit arriver à la France que par degrés.

Il en est, »nsi de la peinture ^ de la sculpture. L'archi-r

* Christ, de pisao. Les Mémoires de cette femme célèbre ne sauraient être assez étudiés pour la connaissance du grand règne de Charles V. Froissard a l'air d*avoir méconnu le caractère et la gloire (le ce monarque.

"" Villarét, Ilist. de France, lom. XL

tccturo sacrée garde seule la viciHe impulsion du génie catholique.

La science universitaire n'a point de caraclère précis. Aristote continue à tenir l'empire. L'observation de la nature ne se montre pas encore.

La philosophie est stattonnaire. La célèbre distinction dos réalistes et des nominaux se perpétue* Nulle clarté ne se fait; la dispute est puérile, sans terme. Toutefois les études se propagent-; les collèges se multiplient : partout c'est VEglise qui inspire ces fondations.

La jurisprudence, science positive, sort la première des obscurités de Técole. La médecine vient ensuite. La physique nait des expérimentations insensées de l'alchimie.

Déjà la poudre à canon était sortie comme un éclat de foudre de la cornue d'un moine.

La scienœ économique et financière commence aussi à se former. Mais les principes res(ent indécis par le défaut d'unité dans le code administratif.

0e même le droit civil et le droit ecclésiastique restent mêlés et donnent lieu à de curieuses juridictions. Les enfants de chœur du Puy en Velay exercent l'office de juges des juifs; ils en condamnent un à Irois cents livres d'amende.

Enfin il y a dans les mœurs des choses bizarres. Les vé< temcnts sont une partie grave de la législation. La mode impose des lois qui ressemblent à des extravagances. La coiffure des femmes est surtout remarquable. Une longue corne la termine. Un prédicateur, nommé fiôre Thomas, est obligé de prêcher contre les cornes. Il les fait tomber un moment; puis elles se relèvent plus audacieuses; au lieu d'une corne il en parait plusieurs. Les robes, les manteaux, les chaussures sont de formes extraordinaires. La mode n'est pas seulement futile, elle est insensée. Par malheur, elle est conlpagne de mœurs mauvaises.

Alors naissent des amusements ot des plaisirs d'un goût singulier, Les grandes chroniques ont pris soin de nous conter les jeux des turlupins '. Les jongleurs forment un

• Tom. Vf, pag. 333,

corps qui a des lois. Le roi des ménétriers est un personnage qui a de la gravité ; mais sous ie rapport de l'art cette étude n'est pas sans intérêt. La musique alors se transforme, et devient à la fois régulière et animée.

Ces sortes de souvenirs ne doivent pas être perdus. Tou* tefois la présente histoire préfère les vues générales sur la marche de la société,

La futilité des habitudes, la mobilité des goûts, le caprice de la philosophie même ou de la poésie ont leur attrait dans l'examen des temps; mais il y a quelque chose de supérieur, c'est la tendance générale du travail qui transforme une nation.

Cl faut distinguer les accidents de la civilisation de la civilisation elle-mèœe.

Les accidents sont quelquefois frivoles, là où la civilisalion est sérieuse; et de plus, ils sont indépendants de la supériorité du génie qui commande.

A juger le règne de Charles V par la futilité des mœurs, privées, on le prendrait pour un règne de plaisir, d'insouciance et de folie. Ce fut pourtant. un règne grave. Mais il vint en un temps d'altération, où Ton put pressentir d'avance ce que la France deviendrait lorsqu'elle ne serait plus retenue par son génie.

110 ÎÎISTOinE nE FIÎANCE.

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