CHAPITRE X
Napoléon n'a pins d'alliés. — L'Italie et TEspagne loi échappent.— Combats en France. — Tout manque à Napoléon. — Il appeUs cent cinquante mille conscrits. — Savantes manœnrres. — Phn d'illusion. — Infidélités politiques. — Fidâité militaire. — Batailk de Paris ; efforts héroïques ; capitulation. •*- Proclamation dflt alliés. — Entrée des alliés à Paris. — Paris reprend sa ne aoeoiF tumée. — Proclamation du comeïL municipal. — Emotion pu* blique. — Cocarde blanche ; les jacobins se mêlent aux royalistes. Ecrit de Chateaubriand : Bonaparte et les Bourbons. — Napoléon suit de Fontainebleau le mouTcment des opinions. — Il harangne ses soldats. — Manèges politiques. — Rôle de Talleyrand. — L^ cheté du Sénat. — Gouvernement provisoire. — L'impératrice régente à Bloîs; intrigues pour son fils. — Proclamation du gouvernement provisoire. — Le Sénat firappe Napoléon de déchéance ; abolition de FEmpire. — Paroles de TEmpereur de Russie an Sénat. — Le Corps législatif adhère aux actes du Sânat ; la Révolution se désavoue elle-même. — Adresse am peuple français. — Passion politique; la haine s'exerce sur les monuments de l'Empire. — Spoliation du trésor de l'Empereur. — Cérémonie religieuse sur la place Louis XY. — Convention de Marmont avec les alliés. — Conseils des maréchaux à Napoléon. — État d'esprit de Napoléon. — On traite de son sort. — La restauration des Bourbons ; acte du Gouvernement provisoire. — La garde nationale prend la cocarde blanche. — Bataille de Toulouse. — Abdication de Napoléon. — Caractère de Maodonald. — Napoléon tombe du trdne; jugement sur sa vie , sur ses actes et sur s<m génie.
Tout allait se préâpitant.
Napoléon n'avait plus d*alliés. Murât , après des nanoBUvres ambiguës , avait trahi sa pensée ; voyant tomber son maître , il songea à sauver le sceptre qu'il en avait reçu. On le vit occuper avec son armée de vingt-sept mille Napolitains les Etats-Romains et la Toscane, seconder l'armée 4' Autriche commandée par fieUegarde , protéger les «desseins de quinze mille Anglais et Siciliens débarqués au golfe de la Spezzia , et là , chose étrange ! mêler ses dra-
S84 HinonB db fbakcb.
peaux aux drapeaux du roi Ferdinand IV , dépossédé par lui de la couronne de Naples.
Le prince Eugène ne pouvait plus défendre Tltalie ; il arait enfermé son armée encore imposante dans les places, tandis que rentrée en France elle aurait fortifié celle d'Âugereau , et pu balancer encore la fortune : faute énorme due à la volonté obstinée de Napoléon , qui , dans la disparition de ses grandes armées , en gardait les cadres avec leurs conunandements , et qui surtout ne pouvait se résigner à abandonner Tltalie , ce point de départ de ses conquêtes , de sa politique et de sa gloire.
L*Espagne rentrait sous ses propres lois. Le roi Ferdinand , délivré par Napoléon , était arrivé à Fluvia , près de Figuiëres , et là , le maréchal Suchet avait remis sa personne à Tarmée espagnole ; les hostilités étaient suspendues ; mais les garnisons françaises restées dans les places de la Catalogne étaient comme désarmées pour la France. Suchet même manquait d'instructions pour la conduite des débris d'armée qui restaient sous ses ordres , et Soult , tout seul , continuait ses manœuvres le long des Pyrénées , comme s'il eût cru relever la fortune de Napoléon par quelque coup inespéré de génie.
De toutes parts l'Empire tombait. Et Napoléon put se souvenir d'une parole que lui avaitdite sa femme Joséphine, au début de ses prospérités : « Bonaparle , je t'en prie , ne te fais pas roi ! * » comme si elle eut pressenti que le sceptre serait fatal à sa fortune.
Les Anglais étaient entrés à Bordeaux ; mais là du moins la dignité nationale se consolait par la présence du duc d'Angoulème : autorité morale acceptée avec enthousiasme et qui dtait l'odieux d'une invasion d'étrangers. Au Nord , des combats épars n'avaient fait que retarder le débordement des armées qui partout se multipUaient. Lyon venait de tomber au pouvoir des Autrichiens ; et Augereau se retirait sur Valence. Toutes ces chutes de villes , ces retraites d'armées , cette rapidité de malheurs tenaient les provinces
* JTtAii. âe BourrUnne, tom. IX.
HISTOIBB DB FRAKCB. 38S
dans Tanxiété et dans Tattente ; la souffrance était grande ; les campagnes étaient désolées ; le Gouvernement était aux abois ; Napoléon , au milieu de ces désastres , parut plus grand qu'il n'avait été dans ses triomphes.
Après ces combats de Reims [14 et 15 mars] , Napoléon avait poursuivi une rencontre avec Schwartzemberg; mais il n'avait plus à déployer que des corps mutilés d'armée devant les armées qui s'étalaient devant lui; ou bien,, ne pouvant plus disputer la victoire par la stratégie , il sembla n'avoir plus qu'à chercher la gloire par le courage*
Macdonald avait trente mille hommes ; Napoléon arrivait de Reims avec dix-huit mille , et c'est avec ces forces qu'il courait s'attaquer à Arcis-sur-Aube aux cent mille hommes de Schwartzemberg. On l'eut dit exalté par une résolution de mourir. La garde impériale à peine arrivée avait été formée en carré ; aussitôt elle fut foudroyée par l'artillerie ennemie. Un obus étant tombé au bord du carré , il y eut dans les rangs un frémissement involontaire. Napoléon s'en aperçut, poussa son cheval vers l'obus, et lui en faisant flairer la mèche, il demanda la cause du mouvement qu'il venait de voir. En même temps Tobus éclatait ; personne ne fut atteint. Mais l'intrépidité devenait inutile comme le génie. Le nombre restait maître; dans ce conn bat d' Arcis Napoléon perdit quatre mille hommes , et il fat obligé de s'éloigner, en se dirigeant sur Saini-Dizier et Joinville.
C'était découvrir )a route de Paris; mais il pensait détourner les ennemis de leur direction en les appelant sur sa trace, ou bien il avait foi dans la défense de la capitale organisée par Joseph , son frère ; double calcul par oà s'annonçait l'épuisement de sa destinée.
Tout manquait àNapoléon. Ses lieutenants étaient épars, leurs divisions étaient mutilées. Mortier et Marmont s'efforcèrent de le joindre , en courant l'un sur Vassy , l'autre sur SainUDizier. Mais attaqués séparément par des masses de cavalerie , ils furent rejetés sur Paris , après avoir perdu neuf mille hommes à La Fère champenoise [25 mars] ; six généraux restaient prisonniers , soixante bouches à feu
380 HISTOIBB DB fraucb.
furent abandonnées : grand désastre , précurseur d*une ruine entière.
Le lendemain [26 mars] , Napolét^n lançait de Saint- Dizier un décret, pour ordonner la levée de cent soiiante mille conscrits de 181S dans les départements même occupés par Tennemi. En même temps , il tirait Tépée contre la cavalerie russe lancée à sa poursuite , comme si , selon fson calcul, elle dut ètreFavant-garde de toute Farmée. Son succès le détrompa. Après avoir culbuté les dix mille cheyaux de Winzingerode , il vit bien que tout Teffort de Tennemi n'était pas là , et que Paris était le point où se dirigeaient tous ses desseins. Il n*hésita plus ; c'est vers Paris qu'il manœuvra; mais la route était fermée. H se dirigea par Bar-sur-Aube et Troyes , en arrière de la forêt de Fontainebleau. Cétait un immense détour ; et déjà la grande armée alliée marchait en trois colonnes par la rive droite de la Marne ; l'empereur de Russie et le roi de Prusse s'établissaient à Bondi, et enfin Mortier et Marmont , poursuivis depuis le combat de La Père , venaient s'abriter sous Vincennes, à Charonne et à St-Mandé.
Toute illusion avait fui. Napoléon laisse alors son armée en marcbe aux ordres de Macdonald, et de Troyes il court seul à Fontainebleau [30 mars] ; de là il espère exciter le patriotisme de la capitale , en même temps qu'il fait des tentatives de négociation auprès de l'empereur d'Autriche, son beau-père : mais rien ne s'émeut à sa parole. Paris est dans la slupeur ,et la politique est sans pitié. Le conseil de Régence , établi près de l'Impératrice et présidé par Cambacérès, a fait sortir l'Impératrice de la capitale : on renvoyait à Blois sous une escorte d'élite. Alors restent eu présence des ministres effarés , la plupart esprits médiocns, façonnés seulement à l'émulation de l'obéissance, mais sans inspiration, et surtout sans ascendant sur l'esprit public. Ils voyaient tomber cet Empire qu'ils avaient cru immortel , et autour d'eux nulle force n'apparaît pour le défendre. Les citoyens de Paris, décimés par les levées, qui, sous des noms divers, ont jeté la population virile dans l'armée I offrent à peine un semblant d'organisation
usions DE feaugb. 387
àt gfixie nationale ; onze mille hommes sont inscrits dans les maisies , mais la plupart n*ont pas de fusib. Et pour eomble, tout le gouTemement est remis à Joseph, ombre de roi, chef sans prestige, incapable de commander, incapable d'obéir , objet de risée pour le peuple et pour Tannée : tel est le généralissime en cette extrémité oii la volonté la plus ferme et la résolution la mieux inspirée serai^it impuissantes. Le trouble est dans tous les conseils; Napoléon a envoyé Tordre de défendre Paris à outrance, de dépaver les rues^ de créneler les maisons, de couper les ponts, d'enlever les bateaux. Chacun hésite dans TexécuUon; on se contente d'élever çà et là quelques redoutes; des canons de gros cahbre ont été amenés de Cherbourg ; on les traine péniblement sqb les hautem's. Quelques vieux soldats se montrent néanmoins pour servir et défendre cette artillerie, avec de jeunes hommes dont le sang bouillonne. Les élèves de Técole polytechnique accourent plus ardents que tous les autres pour ce derniw effort de la patrie, et enfin le maréchal Moacey groupe autour de lui cinq ou six miUe gardes nationaux : mais DuUe part ne 90 £adt sentir Tunité du commandemânt, ni rinspiration dugénie, etTanxiété^ace le patriotisme même le plus résolu.
Alors on put commencer à voir ce qu'il y a de U*oiiipeur ou d'imuginliire dans les dévouements de la politique^ L'Empire avait excité des admirations qui parfois avaient ressemblé à du fanatisme ; mais trop souvent Tégoïsme s'était caché sous des dehors d'affection et d'énthoii^ siasme. Aussi déjà les serviteurs de TEmpire commençaient à donner à leurs sentiments et à leurs pensées une, ei^prasr sion qui voulait ressembler à de TindépendancfS « comme s'ils avaient adoré l'Empire par dévouement pour ]# nar tion : c'était une taçon de déguiser leurs apprfitfi d'infidélité. En tons les temps il $e trouve de ces politiques; chaque pouvoir nouveau les rencontre à ses piedf ; c'<^ une des hontes des époques de révolution.
D'fiutres hommes , ap contraire , étaient engagés dans rÇn^pi|r§ par Içurvie antérieurçi, mâs W^^ (^o leur dévçiufir
388 HISTOIRB DB F&AHCB.
ment fut une vertu. « Si les Bourbons reviennent, avait dlf autrefois Napoléon àCambacérès, son archi-chancelier, vous serez pendu M » En de tels esprits, le dévouement
était de la peur.
Ce n'est que dans Varméo que se trouvaient les affections désintéressées et à l'épreuve de toutes les fortunes. Mais l'armée n'était qu'un débris, et il était fatal que l'exaltation de la fidélité ne dut aboutir qu'au sacrifice de ces derniers restes de tant de victoires et d'adversités.
Ici du moins l'histoire se console des lâchetés politiques par l'héroïsme militaire ; ce devait être pour l'armée un magnifique privilège de sauver jusqu'au bout l'honneur de
la J^ance.
Déjà il n'y a plus de gouvernement à Paris. Joseph s'est établi aux Tuileries comme lieutenant-général de l'Empire ; c'est le dernier indice d'une fin sinistre.
Au dehors , treize mille hommes , sous les ordres de Marmont, se déployaient de Montreuil aux Prés^Saint-Gervais; douze mille, sous les ordres de Mortier^ s'étendaient jusqu'à La Chapelle. Cest avec ces forces qu'allait se tenter une lutte désespérée contré des masses d'ennemis, secondées par une cavalerie immense et une artillerie formidable.
Le 30 mars , au lever du soleil , le canon annonça la bataille aux Parisiens. Les Français avaient partout commencé l'attaque , et leur impétuosité avait plus d'une fois fait plier les rangs pressés des Autrichiens et des Russes. Pantin et Romainville avaient été pris et repris ; on s'étonnait qu'un si petit nombre pût soutenir un choc si effroyable. A onze heures , les Prussiens vinrent aggraver encore la lutte , en entrant en hgne et commençant leurs attaques. Joseph suivait la bataille du haut de Montmartre ; les bou lets s'approchaient , et bientôt saisi de frayeur , il quitta le lieu d'observation , et courut assurer sa fuite , après avoir adressé à Mortier et à Harmont un billet qui les au' torisait à capituler *.
* Uém, de Bourrienne , tom. X.
■ « Si M. le maréclial duc de Raguse et M. le maréchal doc de Trévlae ne peuvent plus tenir, Ui sont autorisés à entrer en pourparlers avee le
HISTOIRE DE FKANCE. 389
Les deux maréchaux luttaient toujours, Tun à Bellevillle, Tautre à La Chapelle. Hais Harmont venait do voir sa petite cavalerie culbutée , et déjà Tennemi maître de Charonne et de Ménilmontant lançait ses obus sur Paris. Marmont n'avait plus qu'à franchir les barrières pour continuer à se défendre dans les rues ; c'était livrer la ville à toutes les fureurs d'une bataille inutile et d'une victoire certaine ; il demanda un armistice de deux heures , et il put avertir le maréchal Mortier de la gravité de ses périls. Mortier luimême pliait sous le poids des colonnes ennemies ; Âuber* villiers , La Yillette , La Chapelle , et enfin Montmartre venaient de tomber en leurs mains. Les armées alliées s'avançaient comme des flots ; mais elles payaient cher la victoire ; près de huit mille hommes jonchaient la terre ; les Français en avaient perdu de trois à quatre mille ; des deux côtés on sentit le besoin d'arrêter un si inutile carnage. Mortier n'avait point reçu les instructions de Joseph^ qui déjà fuyait au loin ; il se joignit à Marmont pour traiter d'une suspension de quelques heures qui pût épargner à la ville les derniers malheurs.
Tel fut l'apprêt d'une capitulation que les partis politiques devaient plus tard signaler comme une lâcheté et une perfidie , et où la justice historique ne doit voir qu'un acte de nécessité et de salut.
La ville courait d'elle-même au-devant d'une suspension des combats. Par une convention verbale signée à cinq heures , il était stipulé que l'armée française se retirerait dans la nuit avec son matériel , et que le lendemain , à six heures^ les armées entreraient à Paris et ne pourraient recommencer les hostiUtés qu'après neuf heures. Cette nouvelle , commençant à circuler dans la population , y fit naître l'espérance d'une fin paisible de tant de luttes. Marmont lui-même , les habits en lambeaux et couvert de bles-
prinee de Schvartxemberg et Temperenr de Russie, qui sont devant eux. » JossPH.
Montmartre , le SO mars 1814, à midi un quart.
« Us se retireront sur la Loire. »
Uém. de Bourrienne , tom. X.
390 UISTOIEB DE FKAHCS.
sures , était entré à Paris pour délibérer avec ies magis-* trats et les principaux citoyens. « Il faut sauver la France! • Telle fut la délibération ; le préfet de la Seine annonça son dessein de se rendre dans la nuit au quartier général de Schwartzemberg , avec tout le conseil municipal ; et chacun approuva sa résolution. Tous sentaient que TËmpire était fini ; tous avaient hâte de voir apparaître un pouvoir qui désarmât TËurope et caUnâl la France.
Les maréchaux n'avaient donc fait qu'obéir à la pensée publique. Dans la nuit^ les magistrats allèrent au prince de Schwartzemberg ; on demanda que la garde nationale conservât ses postes aux barrières , et sur tous les points où sa présence pouvait être utile à Tordre et promettre la sécurité. C'était un assentiment donné aux conventions signées par les maréchaux ; et nul ne doutait que sans cela quelques heures de combats nouveaux ne fussent Fexterminalion de la cité.
En même temps, le généralissime des armées alliées adressait une proclamation à la ville.
« Habitants de Paris, disait-il, les armées alliées se trouvent devant Paris. Le but de leur marche sur la capitale est fondé sur Tespoir d'une réconciliation durable avec elle. Depuis vingt ans l'Europe est inondée de sang et de larmes. Les tentatives pour mettre un terme à tant de maUiours ont été inutiles, parce qu'il existe dans le pouvoir même du gouvernement qui vous opprime un obstacle insurjuontable à la paix. Quel est le Français qui ne soit pas convaincu de cette vérité 7 »
C'était à la capitale de la France^ ajoutait la proclamation, à accélérer la paix du monde. D'autres villes avaient donné l'exemple ; Paris devait achever le mouvement de la JPrance ; tout ce que souhaitaient les souverains alliés, c'était une autorité salutaire en France^ qui pût cimenter l'union de toutes les nations et de tous les gouvernements. « Cest dans ces sentiments, disait enfin le généralissime, quç l'Europe en armes devant vosmurss'aérasse à vous. Hâtezvous de répondre à la confiance qu'elle met dans votre amour pour la patrie et dans votre sagesse. »
HISTOIBB BB FaiHCB. 391
Ce langage de la victoire était modeste; TEurope, amassée toat entière sous Paris, semblait demander grâce d*aroir vaincu Thomme étonnant qui était entré en triomphateur et en maître dans toutes les capitales.
31 mars. — La capitulation en fut hâtée; à deux heures dans la nuit, elle était signée par les colonels Denis et Fabvier au nom des maréchaux Mortier et Marmont. Elle mettaitParis au pouvoir des armées ennemies ; mais ses conditions étaient tempérées par le respect de la dignité et du courage de la France, plus encore que des intérêts partilîuMersde la capitale. La ville conserva son administration, sa police et ses lois. Aussi , dès le matin, la sécurité était profonde; et même le patriotisme sembla s'oublier dans cette ardeur précipitée à subir la défaite. Paris est la ville des émotions rapides. Elle avait eu des ovations pour Napoléon; déjà elle n'avait pour lui que des anathèmes, et peu s*en fallait qu'elle ne saluât la victoire qui brisait son sceptre. Les souverains devaient entrer à midi avec le généralissime Schwartzemberg ; on courut à ce spectacle comme à une émotion inconnue.
Une déclaration nouvelle des souverains sembla d'ailleurs justifier aussitôt cet empressement.
« Les armées des puissances alliées , disait en leur nom Tempereur de Russie, ont occupé la capitale de la France, Les souverains alliés accueillent le vœu de la nation firan^ çaise. Ils déclarent que si les conditions de la paix devaient renfermer les plus fortes garanties, lorsqu'il s'agissait d'enchaîner l'ambition de Bonaparte, elles doivent être plus favorables lorsque, par un retour vers un gouvernement sage^ la France elle-même offrira Fassurance du repos. Les souverains alliés proclament , en conséquence, qu'ils ne traiteront plus avec Napoléon Bonaparte , ni avec aucun de sa famille; qu'ils respectent l'intégrité de l'ancienne France, telle qu'elle a existé sous ses rois légitimes; ils peuvent même faire plus, parce qu'ils professent toujours le principe que pour le bonheur de l'Europe, il faut que la France soit grande et forte.
— 9 Qu'ils reconnaîtront et garantiront la constitution
392 nisTOiBB BB fsaucb.
quo la nation française se donnera. Ds invitent, par conséquent , le Sénat à désigner un gouvernement provisoire qui puisse pourvoir aux besoins de l'administration , et préparer la Constitution qui conviendra au Peuple français.
» Les intentions que je viens d^exposer me sont communes avec toutes les puissances alliées. »
A ces paroles, partout répandues, la sécurité devint profonde, et aussitôt Paris reprit sa vie accoutumée de mouvement, d*afîaires et de plaisirs. La spéculation surtout se raviva. Les fonds publics étaient tombés à mesure que les événements s'étaient assombris; le 29 mars, le S O/q était à 45 ; le 31 , lorsque tout fut consommé, la rente se releva à 47 fr. 50 c, coomio si la Bourse eût pressenti qu'un ordre nouveau allait sortir des désastres.
Il est viai qu'au même moment se produisaient dans la ville des manifestations soudaines , appel à de vieux souvenirs ou bien explosion de haines longtemps contenues. Le conseil municipal de Paris fut prompt à se faire l'interprète des pensées ^ui partout se trahissaient.
» Habitants de Paris, disait-il dans une proclamatioa placardée sur tous les murs le 1*' avril,
» Vos magistrats seraient traîtres envers vous et la patrie si , par de viles considérations personnelles , ils comprimaient plus longtemps la voix de leur conscience.
» Elle leur crie que vous devez tous les maux qui vous accablent à un seul homme. »
Et, après ce début, le conseil municipal énumérait les malheurs publics, la conscription, qui décimait les familles , la guerre , qui ruinait le commerce , l'industrie l'agriculture , tous les arts et tous les travaux ; les violences d'un Gouvernement sans frein ; la liberté opprimée ; la religion insultée, le Pape outragé, la France épuisée , l'Europe ravagée , le monde désolé ; et tous ces maux pour l'ambition et le caprice d'un homme !
« Il nestpas un d'entre nous, disait le conseil municipal, iqui , dans le secret de son cœur , ne le déteste comme un ennemi pubUc; pas un qui , dans ses plus intimes commu-
HISTOnUS DE F&ANCB. 393
nications, n^ait formé le vœu de voir arriver un terme à tant d^inutiles cruautés!...
» S'il 7 a des périls à suivre ce mouvement du cœur et de la conscience , nous les acceptons. L'histoire et la reconnaissance des Français recueilleront nos noms; elles les légueront à Testime de la postérité. »
Et, en conséquence, le conseil municipal déclarait ne dégager de toute obéissance envers Napoléon Bonaparte, et exprimait le txBu que le Gouvernement monarchique fut rétabli dans la personne de Louis XVIII et de ses successeurs légitimes *.
Telles étaient les explosions publiques.
Et ce n'étaient pas les seuls indices du mouvement qui se faisait dans la population. Quelques jeunes gens de Fancienne noblesse d»^ France avaient saisi l'occasion de montrer au peuple la vieille couleur de son drapeau; ils parurent dans les rues avec des emblèmes royalistes, agitant leurs mouchoirs , distribuant des cocardes blanches, proférant et provoquant le cri de vive le Roi ! Aisément le souvenir de tant de maux, qu'un système de pouvoir extrême et de guerre universelle avait fait sentir à toutes les familles et à toutes les classes du peuple, fit applaudir cette explosion de sentiments et de vœux; on se sentait reporté vers un régime de bienveillance et de douceur. Alors semblèrent oubliés les entraînements d'opinion et d'antipathie qui avaient fait accepter la Révolution française comme une abolition des inégalités et des privilèges de l'ancienne monarchie. La passion démocratique survivait peut-être ; mais volontiers elle se pliait à des retours qui lui semblaient une réparation de la servitude impériale. On vit de vieux Jacobins se mêler aux jeunes royalistes, comme pour s'absoudre eux-mêmes, soit de leurs erreurs , soit de leurs excès. L'exaltation était devenue contagieuse ; les générations nouvelles qui
* La proelamation était signée : Badenier, Barthélémy , Bellart, Bonbomet, BosclieTon, Delaitre, Gantier, d'Harcoart, de Lamoignon, Le- Iteau , président , Montamant, secrétaire, Pérignon , Vial.
394 HlSTOlBfi DS FIAHGH.
n^avaient rien sa de la société ancienne, en acceptaient le retour comme un pressentiment de liberté. Les femmes, avec mroîns de réflexion, mais avec mie imagination plus ▼ive^ suppléaient h la politique par Tenthousiasme ; on les vit descendre dans les rues et exciter le peuple par leurs paroles. Mais ce qui ajouta à Fémotion, ce futTapparition d'un écrit improvisé de Chftteaubriand, de Thomme qui depuis douze ans avait le plus puissamment remué les imaginations françaises par la poésie de sa langue comme de ses idées. Cet écrit intitulé : Bonaparte et les Bourbons, retentit comme un tocsin dans Paris. Chacun y crut voir les souvenirs d'autrefois ou les passions du jour; ce fut un éblouissement soudain ; on eût dit que la France se reportait parwlelà ses vingt ans do révolution pour aller ressaisir une société évanouie. Ch acuité prêtait àFillusion : on semblait entrer dans une vie inconnue. Le nom du roi Louis XVin volait partant. Un jour avant, nul n'avait ouï ce nom : ni les livres, ni les théâtres, ni les écoles n'avaient depuis vingt 8fns murmoré une parole qui fût un ressouvenir de la maison de France. Dans le secret des familles même, à peine un mot eût pu être proféré qui ftt soupçonner qu'il y eût autrefois une royauté meilleure que l'Empire. L'Empire avait été érigé en dogme sacré, et on s'était accoutumé à croire à Féternité de sa durée. Hais tout à coup le passé s'était découvert , et la nation avait retrouvé la tradition d'elle-même. Tous set instincts s'étaient inopinément réveillés; et le nom du roi, soudainement révélé au peuple, fit tressaillir ses sympathies. Jamais , ni avant, ni après 1789, Paris n'avait ofïeft un tel spectacle. Tandis que la présence de cinq cent mille étrangers vainqueurs semblait une menace d'expiations redoutables, le nom de ce roi, auparavant inconnu, roi sans soldats et sans prestige, servait de protection et sufflsait à Tespérance.
Aussi ce ne furent pas seulement les particuliers qui se réfugiètpent vers, cet 4d)ri; tous y coururent, les grands do l'Ëtat comme les simples citoyens, les magistrats com taeU^s hommes du peuple; et cet entratnement fit une révolution
HISTOIRE DB FRAlICaS. 395
d'oîi allait sortir paisiblement un pouvoir sauveur k la place de celai qui périssait aecablé sous les armes de TEurope.
Napoléon suivait de Fontainebleau cette mobilité des opinions. Il avait envoyé son ministre Catilaincourt à l'empereur de Russie , pour le désarmer par des propositions de modération tardive. L'empereur Alesandro répondit qu'en présence des manifestations éclatantes de Paris et de la France , toute négociation était désormais inutile.
Et cependant Napoléon s'obstinait dans ses illusions» Les tètes de colonne qu'il avait laissées à Troyes, étaientaccourues auprès de lui à Fontainebleau. Entouré de ces res^ tes de généraux et de soldats , il croyait toujours à son Empire. Le 2 avril, il les passa en revue dans la cour da château , et puis , il les harangue en ces termes : « Soïdats , l'ennemi nous a dérobé trois marches, et s'est rendu maître de Paris , il faut l'en chasser. D'indignes Français « des émigrés auxquels nous avons pardonné , ont arboré la. cocarde blanche et se sont joints aux ennemis! Les lâchesl ils recevront le prix de ce nouvel attentat. Jurons de vtaiiH cre ou de mourir, et de faire respecter cette cocarde. tricolore , qui^ depuis vingt ans, nous trouve sur le oboBÛo de la gloire et de l'honneur. »
Ces mots furent accueillis avec frémissement ; la garde surtout bouillonnait de colère ; on entendit dans les rangs des cris divers : Parts.' Paris f criaient les soldats. Les> généraux instruits des événements se contentaient deigénurt^ ils sentaient l'inutilité de ces excitations et de ces menaces , et Napoléon, vaincu par leur silence , finit fMtr ren*fermer en lui-même l'amertume de ces affirontseiieééses*poir de les venger.
D'autre part , les intrigues à Paris étaient aardeAlM à s'emparer des dénouements do igrand drame qui s'achevait.
Tandis que les chefs royalistes couraient aux princM de la maison de Bourbon cônsme à ceux qui devaient, ca semble , maîtriser les événement's par des actes souverain» et spontanés, les politiques, plus e:sercés à k condaite des affaires et des partis, ceux qui s'étaient accoutumés à
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ne se paMonner poar aacime cause , mais qui s'étaient appliqués à faire sortir leur triomphe de tous les revirements et de tous les succès, se pressaient autour de Fempwreur Alexandre , dont le nom exerçait une sorte de fascination sur le peuple parisien; par lui, ils comptaient dominer la restauration royale que d'autres préparaient, et s*imposer au gouTemement qui allait naître.
Dans cette lutte de manèges politiques, le Sénat se signalait par des retours elSirontés d'opinion. Corps fameux par la servitude , il était prompt à délaisser et à frapper le pouvoir qu'il avait adoré : il n'avait point eu de dignité dans la soumission, il n'en eut point dans l'infidélité.
Invité par la déclaration des souverairs à se réunir, H s'était assemblé dans l'après-midi du 1*' avril, sur la con- Tocation de Charles-Maurice de Talleyrand. Ce personnage, on le sait, avait depuis 1789 passé par des transformations éclatantes : d'abord prêtre sans foi , décoré de l'épiscopat comme d'un titre de cour, dépouillé bientôt de cette parure pour être , sous le titre de ciioyen , ministre du Directoire et du Consulat; revenu ensuite ministre de l'Empereur et son grand-cbambellan , il avait fini par être renvoyé des conseils , mais non sans rester revêtu d'honneurs : l'Empereur Favait fait prince de Bénévent et vice-grand-électeur, alors que l'élection politique n'était qu'un persiflage de la liberté. On n'estimait point cet homme, mais on le consultait. Il avait eu une habileté rare, celle défaire croire à son génie. Son nom et ses allures d'aristocratie lui avaient donné de l'empire sur un régime de démocratie miUtaire; ses dédains mêmes servaient à son crédit, et eomme il les alliait aux façons de la vieille société, la société nouvelle semblait par lui se rattacher à la cour des rois : ainsi la vanité de la révolution fit longtemps son autorité, et la pénétration de son esprit put lui fidre pressentir que son ascendant s'affaiblirait peut-êtro le jour oh il se trouverait à une cour véritable entouré seulement que de ses pareils.
Quoi qu'il en soit, il eut à garder jusqu'au bout son ascendant ; et c'est pourquoi il fut prompt à suivre les mouve*
UISTOIHB DB FBANGE. 397
ments et les instincts de la politique qui devait sortir de la victoire •.
Il n*eut point de peine à dominer les semblants de délibération dans cette assemblée de sénateurs convoqués à la parole de l'empereur de Russie. Soixante-quatre sénateurs étaient présents; Barthélémy les présidait. Un gouvernement provisoire fut d'abord institué : il se composa du prince de Bénévent, du général Beurnonville , du comte de Jaucourt, du duc d*Alberg, et de Tabbé de Montesquieu; Dupont de Nemours en fut le secrétaire général. Ce gouvernement devait pourvoir à l'administration , et préparer une Constitution dont le projet serait soumis au Sénat.
Cependant quelque résistance se déclarait contre des actes aussi soudains. Les impériaux , vaincus par les événements, ne cédaient pas volontiers à la politique de quelques sénateurs , et ainsi trois Gouvernements étaient en présence : la régence à Blois, Napoléon à Fontainebleau , et ce gouvernement provisoire né sous les armes de TEurope, chacun parlant à la France et invoquant des droits contraires *. Un moment on put croire que la voix de l'impératrice Marie-Louise serait entendue au conseil des souverains. Mais son père, l'empereur d'Autriche « n'était pas de force à opposer l'affection à la politique» et tout pliait sous une sorte de fatalité plus puissante et plus rapide que les calculs.
Vainement des proclamations» des circulaires, des levées d'hommes ou des négociations partirent de Blois. Vainement aussi les impériaux, dans le délaissement graduel de Napoléon , se rattachaient à l'hérédité de son fils. Le Gouvernement provisoire, qui semblait devoir être le moins en
* Un homme f qui eut à voir de près les incidents politiques qui le mêlèrent aux derniers événements de la guerre , a raconté la part singulière que Talleyrand prit aux résoluUons des souverains , et notamment de l'empereur Alexandre. — Vie du prince de Talleyrand , par Michaud, Téditeur de la Biographie universelle.
' Histoire de la Régence de Vimpératriu Mari^louiee^ par M. Lebodcy, 1S14.
398 HOTOIBB BB FEAHGB.
état (Taroir prise sur les opinions i^domma les résistances, soit parce qu*il annonçait quelque chose de nouveau ,. séduction puissante snr une nation mobile « soU parce qu'il n'hésitait point dans ses actes , manière assurée de s'emparer de l'assentiment public.
n se hftta de faire une adresse aux armées françaises :
« Soldats , disait-il, la France vient de briser le joug sous lequel elle gémit depuis tant d'années.
» Vous n'avez jamais combattu que pour la patrie, toos ne pouvez plus combattre que contre elle sous les drapeaux de l'homme qui vous conduit.
» Voyez tout ce que vous avez souffert de sa tyrannie. Tous étiez naguère un million de soldats, presque tous onl péri ; on les a livrés au fer de Tennemi sans subsistances, sans hôpitaux; ils ont été condamnés à j^érir de nûsère et de faim.
» Soldats , il est temps de finir les maux de I4 patrie ; la paix est dans vos mains , la refusTerez-vous à la France désolée? Les ennemis même vous la demandent; ils regrettent de ravager ces belles contrées , et ne veulent s'armer qtie contre votre oppresseur et le nôtre. Seriez-vous sourds à la voix de la patrie, qui vous rappelle et vous supplie; elle vous parle par son Sénat , par sa capitale et surtout par ses malheurs ; vous êtes ses plus nobles enfants, et ne pouvez appartenir à celui qui l'a ravagée > qui l'a livrée sans armes , sans défense , qui a voulu rendre votre nom odieux à toutes les nations , et qui aurait peut-être compromis votre gloire , si un homme qui n'est p^ mêm^ Fronçais pouvait jamais affaiblir l'honneur de nos armes et la générosité de nos soldats.
» Vous n'êtes plus les soldats de Napoléon , le Sén^t #t la France entière vous dégagent de vos serments. »
Ainsi parlait le Gouvernement provisoire. C'était un langage de passion , et qui devait laisser au cœur des soldats une longue et fatale blessure ; mais teDe était la pé* tulance des réactions^ que les circonspects étaient emportés comme tous les autres, et nul ne soupçonnait quMl ftit sage de ménager autrement la fierté d'une armée vouée à
HISTOIBB DE FRAHCS. 399
la fortune de Napoléon et associée à ses malheurs comme à sa gloire.
En même temps paraissait un décret du Sénat qui frapr pait Napoléon de déchéance [% avril].
L'histoire doit conserver cet acte comme un monument des retours et aussi des lâchetés politiques, non que le décret ne fut pas motivé, mais il l'était pour des méfaits qu'il n'était point donné au Sénat de flétrir, aprèa tant d'excitations données à l'arbitraire, et de si édatantâs glorifications de la servitude.
i avril: — « Considérant, disait le décret, que dans une monarchie constitutionnelle le monarque n'existe qu'en vertu de la constitution ou du pacte social;
» Que Napoléon Bonaparte, pendant quelqfoe temps d'un gouvernement ferme et prudent, «vait donné à la Nation des sujets de compter, pour l'avenir, sur des actes de sagesse et de justice; mais qu'ensuite il a déchiré le pacte qui l'unissait au Peuple Français, notamment en. levant des impôts, en établissant des taxes autrement qu'en v^n de la loi , contre la teneur expresse du: serment qu'il avait prêté à son avènement au trône, conformément à l'article S3 des Constitutions du 25 floréal an XII ;
11 novembre. — » Qu'il a commis cet attentat aux droits du peuple^ lors même qu'il venait d'ajourner, sans néces-« site, le Corps législatif, et de faire supprimer, comme criminel, un rapport de ce Corps auquel il contestait son titre et son rapport à la représentation nationale ;
31 décembre. — » Qu'il a entrepris une suite de guerres, en violation de l'article SO de l'acte des Constitutions de l'an VIII , qui veut que la déelaration de guerre soit pro~ posée^ discutée, décrétée et promulguée comme des lois ;
S mars. — » Qu'il a inconstitutionnellement rendu plusieurs décrets portant peine de mort, nommément les deux décrets du S mars dernier, tendant à faire considérer comme nationale une guerre qui n'avait lieu que dans l'intérêt de son ambition démesurée ;
3 mars 1810. — » Qu'il a violé les lois constitutionnelles par ses décrets sur les prisons d'État ;
400 HI8T01RB DB FBAIfCE.
» Qu'il a anéanti la responsabilité des ministres , confondu tous les pouvoirs et détruit Tindépendance des corps judiciaires;
» Cionsidérant que la liberté de la presse, établie et consacrée conune Tun des droits de la nation, a été constamment soumise à la censure arbitraire de sa police, et qu'en même temps il s*est toujours servi de la presse pour remplir la France et TEurope de faits controuvés, de maximes fausses, de doctrines favorables au despotisme, et d'outrages contre les gouvernements étrangers ;
9 Que des actes et rapports, entendus par le Sénat, ont subi des altérations dans la publication qui en a été faite.
» Considérant que, au lieu de régner dans la seule vue de l'intérêt du bonheur , et de la gloire du Peuple Français , aux termes de son serment, Napoléon a mis le comble au malheurs de la patrie par son refus de traiter à des con« ditions que l'intérêt national l' obligeait d'accepter et qui ne compromettaient pas l'honneur français ; par l'abus qu'il a fait de tous les moyens qu'on lui a confiés en hommes et en argent; par l'abandon des blessés sans secours» sans pansement, sans subsistances; par différentes mesures dont les suites étaient la ruine des villes, la dépopulation des campagnes, la famine et les maladies contagieuses;
9 Considérant que, par toutes ces causes, le Gouvernement impérial établi par le sénatus-consulte du S8 floréal an Xn, ou 18 mai 1804, a cessé d'exister, et que le vœu manifeste de tous les Français appelle un ordre de choses , dont le premier résultat soit le rétablissement de la paix générale , et qui soit aussi l'époque d'une réconci- Uation solennelle entre tous les Etats de la grande famillo européenne ; 9 Le Sénat déclare et arrête cb qui smT. »
Et ce qui suit, c'était l'abolition de l'Empire , de cet Empire que le Séuai conservateur devait défendre par ses actes« et que peut-être il avait précipité par ses adulations.
« Art. 1**. Napoléon Bonaparte est déchu du trdne , et le droit d'hérédité établi dans sa Camille est aboli.
» Art. S. Le Peuple Français et Farmée sont déliés du serment de fidélité envers Napoléon Bonaparte. »
Tel était Tarrèt prononcé contre TEmpire après tant d^apothéoses.
Néanmoins, une image de liberté était montrée à la France, et Tenthousiasme public fit oublier les lâchetés du Sénat. L'empereur Alexandre, imagination chevaleresque, donna à ce mouvement des âmes une impulsion singulière. Une députation du Sénat s' étant présentée , il lui parla en ces termes : « Un homme qui se disait mon allié, est arrivé dans mes États en injuste agresseur; c'est à lui que j'ai fait la guerre et non à la France. Je suis Tami du peuple de France. Ce que vous venez de faire redouble encore ce sentiment. Il est juste, il est sage de donner à la France des institutions fortes et libérales qui soieat en rapport avec les lumières actuelles. Mes alliés et moi, nous ne venons que pour protéger la liberté de vos décisions. Pour preuve de cette alliance durable que je veux contracter avec votre nation , je lui rends tous les prisonniers français qui sont en Russie. Le Gouvernement provisoire me l'avait déjà demandé ; je l'accorde au Sénat d'après la résolution qu'il a prise aujourd'hui. »
Ainsi entre l'Empereur et le Sénat allait se partager la gratitude des familles; entre l'un et l'autre aussi allait se partager l'honneur de ce retour inattendu d'idées de liberté, contraste étonnant avec les idées de despotisme, sous lesquelles s'étaient façonnées les générations de l'Empire.
Tout suivit cette impulsion. Soixante-dix-sept membres du Corps législatif présents à Paris adhérèrent aux actes du Sénat ; la cour de cassation donna le même exemple ; et bientôt arrivèrent des adresses signées par les corps de ville , par les magistratures ou par les citoyens. De vieux jacobins semblaient les plus prompts à protester contre les violences fatales qui avaient fait passer la France tour à tour des excès de la licence aux excès de la dictature. La langue manquait d'expressions assez énergiques pour condamner surtout les crimes qui avaient mutilé la maison royale ; les plus coupables pensaient s''absoudre par l'éclat
Mfi nwtotkR de pkaucb.
de leurs anathëttes ; la révolution fi^ançaise reèevail mifin un désaveu universel , et il semblait , à voir cette unanimité de malédictions contre Tanarchie et le despotisme à la fois, que la monarchie , appelée par tant de regrets et tant de vœux , n'aHait avoir qu'à se montrer pour rendre à la France la pail des âmes et la sécurité de Tavenir.
Dans cette disposition générale, il fut aisé au gouvernement provisoire de populariser ses actes.
Des arrêtés donnèrent à tous les conscrits appelés et déjà rassemblés la liberté de retourner dans leurs foyers ; ceux qui n'étaient pas partis encore purent rester chez eux ; et enfin lesbataillonsdéjà fournis par les départements furent renvoyés ; la dépopulation allait s^arrèter , la France allait jouir d'elle-même ; le Gouvernement fit alors cette adresse au peuple français : c'était le comble des anathèmes portés contre le pouvoir précipité :
et Français^ au sortir des discordes civiles, vous avez choisi pour chef un homme qui paraissait sur la scène du monde avec les caractères de la grandeur. Vous avez mis en lui toutes vos espérances ; ces espérances ont été trompées : sur les ruines de l'anarchie il n'a fondé que le despotisme, n devait au moins par reconnaissance devenir Français avec vous ; il ne l'a jamais été. Il n*a cessé d'entreprendre , sans but et sans motif, des guerres injustes, «n aventurier qui veut être fameux. D a dans peu d'années dévoré vos richesses et votre population. Chaque famille est en deuil ; toute la France gémit ; il est sourd à vos maux. Peut-être rêve-t-il encore à ses desseins gigantesques , même quand des revers inouïs punissent avec tant d'éclat l'orgueil et l'abus de la victoire. Il n'a su régner ni dans Fintérêt national, ni dans Fintérêt même de son despotisme. Il a détruit tout ce qu'il voulait créer , et recréé tout ce qu'il voulait détruire. Il ne cro3rait qu'à la force ; •la force l'accable aujourd'hui : juste retour d'une ambition Insensée ! Enfin , cette tyrannie sanis exemple a cessé ; les puissances alliées viennent d'entrer dans la capftale de la France. Napoléon nous gouvernait comme uti toi de barbares ; Alexandre et ses magnanimes alliés ne parlent que
te langage de Tàornlleiir , de la justice et de Phumanité. Os
vienoentrécondlierrEoropeaFec us peuple brave etmatneureia.
» Français, lé Sénat a déclaré Napoléon déchu du trône; la patrie n'est plus avec. lui; on autre ordre de choses peut seul la sauver. Notis av^ms connu les excès de la licence f>opulaire, eticeux du pouvoir absolu; rétablissons la véritable monarchie, ett limitant par de sages lois les po>avoîrs divers <iui la composent. Qu'à Tabri du trône paternel, Tagriculture 'épuisée refleurisse; que le commerce, chargé d'entraves , reprenne sa liberté ; que la jeunesse ne soit plus moisswanée par les armes avant d'avoir la force de les porter ; que Tordre de la nature ne soit plus interrompu, et <fÊè le vieillard puisse espérer de mourir avant ses enfants.
» Français, trdlionsHnous; les calamités passées vont finir, et la ipaix ta mettre un terme aux bouleversements de l'Europe. Les augustes alliés en ont donné leur parode. IiSl Franoe «se^reposera de ses longues agitations , et mieux éclitirée par ^ dofiibk épreuve de l-anàrchie et du despotisme , elle trouvera le bonheur dans le retour d'un gouverneoaiènt tutélalre. »
L'flistoire pourrait s' étonn er de la dureté implacable des jQgements qui tombaient sur ce pouvoir, de nos jours redevenu fMipulame après quarante ans de vicissitudes. Mm& alors ils Tépendaieitt à peine à l'avetrsion que de loi^ues douterurs nvaiettit allumée dans toutes les Ames. L'Empire avait <ten« 4a)na!tion<9ons une oppression violente conto laquelle se )fiuaait une réaction désordonnée. Tout avait fié atteirit par l'arbitraire : les corps publics, lesmagistifttures, le sacerdoce, les lettres, les académies, les tribunes, lesjotnrnanxvles théâtres ; et aussi l'arbitraire étant vain#n, tout pf«naii un élan de liberté et de colère par oh la nation semblait absoudre la victoire de l'Europe^ et &'a8S0cier aux vengeances de tous les rois.
Mais la passion politique perdait trop aisément sa dignité en de tels retours. On vit la haine s'exercer sur tes monuments et aur les emblèmes de l'Empire, et,le gou-
404 HISTOIBB BB FKlirCB.
yernement provisoire publia un arrêté pour modérer cette ardeur de représailles ; cet arrêté défendait toute exprès^ sion outrageante contre le gouvernement renversé, « la cause de la patrie étant trop noble, disait-il, pour adopter aucun des moyens odieux dont il s'est servi. » En même temps, Tadministration des postes publiait un avis, portant que « les lettres en immense quantité retenues depuis plus de trois ans dans le dépôt des Rebuts, à Paris, allaient être expédiées à leurs adresses. • Sorte de réparation qui ressemblait à une provocation de plus d*anathème; et, chose étonnante! plus ces manifestations avaient d'éclat, plus elles ramenaient de sécurité. Déjà les aflaires et les travaux renaissaient parmi les malédictions jetées à TEmpire. La bourse surtout^ cet indice moderne de la confiance, s'était ranimée; on eût dit que Paris se sentait à Taise sous le pied des chevaux de Cosaques qui foulaient ses jardins , et sous le glaive des rois qui occupaient ses palais ^
Mais dans ce retour des opinions se consommaient des actes qui dépassaient les bornes de la passion et de la colère.
Napoléon avait amassé aux Tuileries de riches épargnes, fruit des contributions de guerre ; ce trésor , suivant un historien, s'élevait avant 1814 à 300 millions, et une grande partie venait de s'absorber dans la dernière campagne. Soixante millions avaient été prêtés à la caisse des consignations; quarante millions aux droits réunis. On mit la main sur ce qui restait, et, dans un règlement de compte, ^ l'État , débiteur , trouva le moyen de se porter créancier envers le trésor privé, et il y eut quittance, dit l'histo^ rien *. Un agent du trésor public alla de même revendiquer ce que l'Impératrice avait emporté à Blois, et aiusi rien ne manqua aux représailles de la politique, pas même l'odieux de la rapacité.
' Le 6 0}o était le 29 mars à 45 fr. ^ Le 1*' avril, Jour de l'entrée des alliés, il monta à 51 fr. — Le 5, il était à 63 fr. 75 c. * MAn, de Bourrienne, tom. X.
HISTOIEE DE FBAlIciB. 40S
Mais les événements publics gardaient leur solennité , si ce n'est que parfois on la rendait théâtrale.
Le 10 avril , s'étala sur la place Louis XV une cérémonie religieuse et militaire; un autel immense était dressé; toutes les troupes étrangères étaient sur pied ; elles couvraient la place , et de là se développaient par les boulevards jusqu'à la Bastille. La garde nationale était en armes devant Fautel; toutes les avenues de la place étaient fermées; le silence était profond. A midi, parurent six prêtres du rite grec, dans toute la magnificence de la parure orientale ; et bientôt après, les monarques de la coalition victorieuse , avec le déploiement de leur cortège. Alors une Messe grecque fut dite à Fautel. Était-ce une pensée d'expiation? Était-ce une pensée de prosélytisme? Pour la population, ce fut une vaine pompe et un spectacle à peine aperçu ; elle n'en chercha pas le mystère, et elle courut à d'autres émotions.
Au milieu de l'emportement des réactions , la situation de la France gardait ses difficultés et ses périls.
Il importait que la Nation ne restât pas désarmée en présence des masses étrangères qui avaient inondé son territoire ; et Marmont fit un acte politique en signant, d'accord avec le Gouvernement provisoire, une convention avec le prince Schwartzemberg,par laquelle les troupes françaises, qui auraient quitté les drapeaux de Napoléon Bonaparte , conformément au décret du Sénat, pourraient se retirer en Normandie avec leurs armes, leurs bagages et leurs munitions, assurés des mêmes honneurs militaires que les troupes alliées se devaient mutuellement; cette même convention portait que si la personne de Napoléon Bonaparte tombait aux mains des puissances alliées, sa vie et sa liberté seraient garanties dans un pays circonscrit , au choix des puissances alliées et du Gouvernement français.
Marmont, par cette transaction , tout en cédant à la nécessité , sauvait ce qui restait de dignité politique à la France; en suspendant des combats impossibles, il tenait en réserve des bras armés. Mais en ces moments d'exaltation diverse , une telle pensée pouvait à peine être com-
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prise. Les soldats de I*Binpereixr vaiiica mordmenl leurs armes de colère , et vo jaient un trattre en quiconque leur disait de réserver leur courage pour leur patrie. Néanmoins , le général Souham , h qui Harmont ayait laissé le commandement de son corps pi^s d'Essonne, décida dans la nuit les généraux à exécuter la convention ; et près de dix mille honunes furent acheminés sur Versailles.
Cependant Napoléon était comme foudroyé à Fontainebleau. Sa volonté était flottante, son courage glacé f Près de cinquante mille hommes restaient encore à sa disposition ; mais lui, si prompt à tenter les hasards, il ne comp* tait plus sur la guerre ; il attendait le salut des négociations. Et il est vrai que ses maréchaux fidèles Lefèvre , Nej , Macdonald, Oudinot Fenveloppaient de conseils, au milieu desquels son énergie devait mourir. Tous lui parlaient de rinutilité de la défense au sein d*un peuple qui partout se déclarait contre sa fortune et obéissait à la victoire. Le maréchal Ney , peu suspect de timidité , était le plus ardent à conseiller Tabdication de TEmpire ; c'était , disait-il à Napoléon , Punique moyen de transmettre le trône à son fils , sous la tuteUe de Tlmpératrice. Ce fut une longue et douloureuse lutte. Mille pensées contraires montèrent à Fesprit de cet homme, qui avait tenu le monde en ses mains , et à qui on disait qu'il n*avait plus qu'à jeter son sceptre, c'est-à-dire son épée, aux pieds de ceux qu'il avait si souvent et si longtemps vaincus. On a cru même que ridée du suicide tourmenta une de ses dernières nuits ' ; ce qui est certain , c'est que nulle angoisse ne dût lui être épargnée; chacun de ses souvenirs était un déchirement, sa gloire même était un supplice.
Pendant ce temps on négociait de son sort à Paris.
Ney, îllacdonald, Caulaincourt lui avaient arraché la résolution d'abdiquer en faveur de son fils. Un instant, cet acte de sacrifice parut arrêter toutes les décisions des souverains. L'empereur Alexandre qu'on avait fait arbitre des événements hésita deux jours ; mais l'opinion publique
* Voyez le récit de Bourrienne. Mém. , tom. X.
EUnOm ra VBANGB 407
avait prisi 1^ Seyants , et elle courait sans calcul à une réyolution ^éjà consommée. S faUut cédw à cette impulsion, plu«s puissante que les combinaisons et les regrets de la politiq^ç ; Tempereur Alexandre déclara enfin que les souverains n'accepteraient qu'une abdication absolue.
Cettç décision assurait la restauration des Bourbons; et le gottvçi^nenient provisoire avait hâte de s'emparer de ce, dénouejpaeni, inévitable , en le réduisant d'avance en une^ formule politique. H écrivit donc précipitamment son plan de constitution, pour s'en faire une force, soit contre les hésitations des SQuvevains , soit contre les entratnements des op^niops.
« (le Peuple Fra,^çais, disait ce projet, appelle libre*ment au trône de France Lpuis-Stanislas-Xavier de France^ frère du 4ermerRoi, et, après lui, les autres membres de la famille des Bourbons daps Tordre ancien, » Un article portait;; « La pr^sçnte constitution sera soumise à Tacceptation du Peuple Français , dans la forme qui sera réglée. Louis-S^nislas-Xavier sera proclamé Roi des Français , aussitôt qu'il aura juré et signé un acte , portant : j'accepte ^ poi^stitution, je jure de l'observer et de la faire observer. » La constitution d'ailleurs réglait les formes du Gouvernement; elle instituait deux assemblées délibérantes; le Sénat était inamovible et héréditaire, à la nomination du roi , avec des dotations opulentes et inaliénables.
La pensée personnelle se trahissait trop dans un tel projet poux qu'il put dominer la marche des événements. Mai$ le Gouvernement provisoire , appliqué à garder les allures de la Révolution dans le rétablissement de la Monarchie, n'espérait pas moins faire servir Tune et l'autre k l'ambition et à la convoitise d'un petit nombre d'hommes prdts à les servir tour à tour.
En même temps , on laissait à Tenthousiasme tous ses élans. Un arrêté ordonna à la garde nationale de prendre la eocarde blanche , « qui redevient dès ce moment, disait le Gouvernement, la cocarde nationale et le signe de ralliement des Français. » Ce fut le signal de manifestations Impétueuses. Tous les citoyens se revêtirent de la cocardo^
Mi HISTOimB DB FlAirCB.
blanche ; les étrangers s^étonnaient de ce retour rapide , universel, à des instincts royalistes, chez un peuple qui arait brisé la monarchie avec tant d* éclat et s*était fait le missionnaire de la Révolution dans tonte FEurope : mobilité souvent reprochée à la Nation française, mais qui accuse peut-être ceux qui la gouvernent; le peuple, en France comme ailleurs , ne change que si on le laisse aller à la fontaisie de ses passions; le secret, c*est de le conduire.
Mais , tandis que Paris voyait se dénouer son drame politique , un dernier éclat de guerre vint attester jusqu*où pouvait aller la fidéhté militaire de la France.
Le maréchal Soult , on Ta vu , avait manœuvré le long des Pyrénées sous la poursuite de Wellington , ne paraissant pas s* enquérir des transactions qui pouvaient se faire ailleurs , pensant avoir à défendre Thonneur , même quand il n*y aurait plus à défendre FEmpire.
Arrivé à Toulouse le U mars, il s'était mis à couvrir cette ville, ouverte, par des ouvrages qui en avaient fait en quinze jours un vaste camp retranché. Là il s'établit avec ses vingt-sept mille hommes et six mille conscrits récemment levés dans le midi et à peine armés. WeUinglon était suivi de toutes ses forces ; mais avec ses quatre-vingt-cinq mille combattants il hésitait à attaquer la petite armée firan* çaise , derrière ses redoutes improvisées et formidables. Et toutefois des deux côtés on semblait vouloir achever une longue lutte par un dernier tournoi : les Anglais pour couronner leurs victoires, les Français pour ennoblir ou venger leurs revers. Ainsi, le 10 avril, tandis que Paris saluait d'avance l'apparition d'un pouvoir nouveau, Toulouse vit sous ses murs s'engager une bataille horrible , comme si elle avait dû décider ou changer des événements déjà consommés I Les Français foudroyèrent de leurs positions les masses anglaises , et , à la fin du jour , une seule redoute leur avait été enlevée ; le champ de bataille était au soir jonché de cadavres : plus de vingt-cinq mille Anglais étaient hors de combat , les Français avaient eu de trois à quatre mille tués ou blessés ! Soult se disposait à continuer le lenxiemain cette lutte sanglante ; Wellington passa le jour à
HISTOIBB DB fraugb. 409
cDiterrer ses morts. Déjà Paris envoyait ses nouvelles, et le Midi tout entier frémissait de voir la guerre se continuer pour une cause perdue. Alors commencèrent les murmures contre la renommée du maréchal Soult; on supposait qu'il avait dû connaître les résolutions de Paris, tandis que Tétat-major anglais pouvait seul en être informé, puisqu'il occupait les routes jusqu'à Albi. Soult ne vit pas moins qu'il fallait désormais arrêter l'effusion de sang , et , dans la seconde nuit , il se dirigea avec son armée vers le département de l'Aude , emportant le souvenir d'une grande journée , et laissant le monde con* vaincu qu'avec les renforts que Suchet pouvait amener de FArragon, il eût été possible d'embarrasser sinon de renverser par une guerre désespérée les décisions et les cal-» culs de la politique.
Mais tout s'achevait par des déterminations rapides. Le 11 avril, Ney, Macdonald et Caulaincourt signaient un traité avec les ministres de Russie , d'Autriche et de Prusse, par lequel Napoléon , pour lui et les siens , renonçait à tout droit de domination et de souveraineté , tant sur l'Empire français et sur le royaume d'Italie, que sur tout autre p^s. « L'Ue d'Elbe désignée pour le lieu de son séjour , formera , disait le traité , sa vie durant , une principauté séparée qui sera possédée par lui en toute souveraineté et propriété. Il lui sera réservé, à lui et à sa famille, dans les pays auxquels il renonce , un revenu de cinq millions. L'Impératrice Marie>Louise recevra en toute propriété et souveraineté les duchés de Parme et de Plaisance , lesquels passeront à son fils. Il sera formé un établissement convenable, hors de France, au prince Eugène, vice-roi d'Italie. »
L'Angleterre n'était point partie contractante à ce traité ; mais elle y accéda pour les stipulations relatives à l'île d'Elbe et aux États de Parme.
Alors le vieux palais de Fontainebleau fut témoin de scènes touchantes.
Napoléon , ayant reçu le traité signé avec les ministres des puissances [11 avril], se soumit à ce qu'il avait ap-
pdâ si MHveoit la fatalité, et il écrivit f acte suivant d'abdication î
« Les poissancea alliées ayant proclamé que Fempereur Napdéon était la seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, Tempereur Napoléon, â^èle à son serment, déclare qu'il renonce, pour lui et ses beritiers, aux trAnea de France et d'Italie, parce qu'il n*est aucun sacrifice personnel, même celui de sa vie, qu'il ne soit prêt à faire à l'intérêt des Français. »
Ga fut la fin de tant de drames.
Macdonald, seul des maréchaux, était resté auprès de Napoléon. C'était celui qui avait gardé la plus longue fidélité à la République ; il gardait la même fidéUté à l'Empire : un de ces rares caractères qui restent fermes dans toutes les fortunes; il avait été longtemps délaissé par Napoléon; il se venfi^ait des torts par la fjénérosité. C'est à l'amitié de ce dernier serviteur que Na])oléon put confier sets dernières angoisses. « Je ne suis plus assez riche, lui dit-il, pour récompenser vos derniers services. — ^ Vous le saveK, répondit le maréchal, Vintérêl ne m'a jamais guidé. --r- Je le sais ; je vois maintenant comme on m'avait trompé sur votre compte. — Sire, je vous l'ai dit, depuis 1809, je suis à vouf, à la vie et à la mort. « Puisque je ne puis plus vous récompenser comme je le voudrais, reprit Napoléon, je veux au moins qu'un souvenir, bien faible à la vMté, puisse vous rappeler sans cesse que je n'oublierai jamais oe que vous avez fait pour moi. » Et il se fit apposter un sabre qui lui avait été donné par Murad-Bey en Egypte, et qu'il portait à la bataille du Mont-Thabor. « Voilà , mon digne ami, lui dit-il, une récompense qui, je crois, vous fera plaisir. » — « Si jamais j'ai un fils, dit le maréchal, ce sera son plus bel héritage. — Donnez^moi la main, dit Napoléon , et embrassez-moi ! » et les deux frères d'armes se jetèrent dans les bras l'un de l'autre en versant des larmes ^
* Mém. de Bourriennet tom. X. « Ces détails, i|]oute le narrateur, Je) les ai reeueillis, en 1814, de la bouche même du maréchal. »
lui nyawib. 4U .
Après qaoi Macdonald put se soumelilrct4ro«tQKMkaaii'n lelle : Napoléon n'était plus Empereur.
Ainsi tombait du trikM Napoléon* cet holn9l:^ doYWt qtM tous les souverains et tous le^ peuples a^étaient iscUa^^ q% qui semblait devoir tenir pour toujours le monde ea sa$ mains. Uabvs de la puissance le précipita. 6âniQ ^uipTCf^ nant, favorisé par des événements merveilleux, ilm^dfijia^ . non de ce qui fait les grandes élévations., moi» do ee qui les perpétua ; il fiit confiant dana sa destinée , il ne (ul pAi^ prévoyant; il fui heureux, il ne fut pas sage, la prospén rite rétonrdit, la gloire Tenivra; il avail aauvé la France de Tan^obie, il la plongea dans la servitude. Il eut riorstinct du gouvernement, il n'en eut pas la modération ; il ne crut à aucune règle du commandement; il ne c^ut qu'à la puisaancederarhitraire. Nésovle trtoe, dans une aoeiélé ordonnée, il eut apparemment e^eioé a^MA génie avec éolait, mais sans avoir à troubler et à déaolev la terre; ce qui em« porta ses desseiiis par-rdelà toutaa les bornes , ce fut un certain besoin de se légitimer p^ar une domination excesisive ; le soupçon de quelque essai de résistance auprès ou au loin, inquiétait son pouvoir; del|à un sysAèmede gouvernement armé de goeire ifnplaoabla et de police omJ^rageuae. Nulle vie ne fut plus active, nuUe aussi ne (ut plus touit montée. Ses nuits étaient sombres. Oe sait l'appareil sl-i nialre de défease qui protégeait son sommeil. On l'^ut dit poursuivi parla terreur comme un coupable. La conscience des grandes choses qu'il avait faites pour la France ne suf^ fisait point à aa sécurité ; et ni le silence qu'il avait imposa aux tribunes et à la presse,^ ni l'adulation de. ses esrr daves, ni Fadoration de ses soldais, ni l'admiration même de ses ennemis n'abritaient ses défiances contre les baiooa dont il se sentait poursuivi. On s'est étonné plus tard de l'acharnement des opinions à poursuivre cet homme dans sa chute ; il ne s^exphque pas seulement par la méchanceté, ou la mobiUté, ou l'ingratitude, mais par l'impression si* vive alors des longues douleurs de la Nation. Facilement les générations oublient les mamt d'uoe époque qui s^é* loigne; facilemaat aussi eUes se papaionnent pour une
H% HIMOBK BB VEUICB.
renommée qui survit au malheur. Telle a été la destinée de Napoléon; on le vit tomber sous la malédiction universelle ; peu après la société, réparant ses désastres, Fadmiration se ranima ; on eut dit que les hommes étaient fiers d*avoir été foulés par un tel despote ; mais Thistoire garde sa justice entre ces alternatives de flétrissure et d'apothéose.
D serait long , et il est superflu de résumer ici les actes isolés qui laissaient en 1814 sur le règne de Napoléon une triste empreinte. Entre ces souvenirs récents ou ravivés, Tesprit de réaction rappelait surtout les actes qui avaient insulté la foi , révolté Thumanité , désolé et dépeuplé les familles. Le meurtre du duc d*£nghien était redit avec horreur ; la captivité de Pie VII était racontée comme un martyre ; on supputait avec une minutie implacable les exterminations d'hommes , dues à douze ou quinze ans de guerre. L'imagination s'allumait à ces récits, et la réalité des biens versés sur une société dévastée par l'anarchie ne s^offirait à personne comme un tempérament de si grands maux.
Et il est vrai que chaque famille en France était juge de l'exactitude des tables mortuaires qui se dressaient comme une accusation contre l'Empire. On savait les levées d'hommes ordonnées par des lois ou par des sénatus-consultes, de 1805 à 1813. Deux millions cent soixante-treize mille hommes avaient été absorbés par la conscription , sans compter les armées que le Directoire avait léguées à l'Empire , les levées en masse , les gardes nationales mobilisées , tant d'hommes d'abord libérés et ensuite repris sous des noms divers par des artifices d'une habileté tyrannique ; et de ce total immense d'hommes enlevés au travail, à la terre, au commerce , à tous les arts, la plupart étaient morts sur les champs de bataille ; le reste était dispersé , prisonnier ou mutilé ! C'était un vide lamentable dans la population, et chaque famille le sondait avec stupeur.
Ce qui depuis a étonné Thistoire , c'est que Napoléon , doué de génie et disposant d'une nation qui se livrait de la
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sorte à sa volonté , n'eût pu que semer la perturbation , sans assurer la perpétuité de son pouvoir. II aspirait à Fimitation de Charlemagne ; mais Charlemagne avait dominé et réglé TEurope , et il la laissa en partage à ses enfants. Napoléon toucha FEurope de ses armes plutôt qu'il ne la dompta par son autorité. La dissemblance de ces deux na« tures et de ces deux destinées , c'est que Charlemagne avait mis son génie au service de la société ; Napoléon voulut assujettir la société à son génie. Napoléon crut qu'il dépendait de lui de se substituer aux droits et aux coutumes de tous les peuples. Il allait secouant les trônes , précipitant les vieux rois , et mettant à leur place des rois nouveaux ; de chacun de ses frères , il avait fait un monarque et un chef d'empire, comme si les Nations, même dans les temps de désenchantement patriotique , se laissaient tomber sous des dynasties imposées par le glaive.
C'est par là que Napoléon faussa sa grandeur. L'alliance des royautés humiliées resta ennemie; le secours des royautés nouvelles fut stérile.
Aussi quand le sort des armes devint contraire , cette domination dynastique , tentée sur FEspagne , sur Fltalie, sur F Allemagne , accrut les périls et précipita les revers. Tout devint impuissance ou trahison, et Napoléon ne pouvant se multiplier pour défendre des établissements que la conscience publique n'avait jamais affermis, put soupçonner alors la chimère d'une politique dont la condition était la guerre permanente et la servitude générale.
Et enfin ce qui attriste , c'est que le résultat définitif de desseins si vastes était la diminution et pouvait être la ruine de la France.
La France , telle que la monarchie Favait laissée à la Révolution française , était grande et respectée ; toutes les conquêtes qu'eUe avait faites graduellement étaient intactes. La Révolution avait élargi ses limites par des guerres impétueuses, et Napoléon semblait ne devoir s'appliquer qu'à affermir un empire qui touchait au Rhin, courait le long des Alpes, et dominait par la Savoie toute l'Italie. Il eut été beau de laisser , même en tombant du
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trdne , ob tel héritage de force, n ne fallait pour cette espèce de gloire qu'un peu de aînesse; Téclat du génie fut de trop. Après vinglrcinq ans de guerre, la France dut s*applaudir de retrouver les bornes que lui avaient posées ses rois : triste fin de tant d'exterminations et de €onqa6les.
Quiconque voudra étucUer les causes d'une fortune aï diverse dans un génie si mystérieux devra en noter une qui domine toutes les autres : le mépris des honunes , je ne dis pas de leur vie , mais de leur dignité.
Napoléon ne crut à aucun droit ni même à aucune force; peu(des et rois lui étaient des instruments , et il témoignait aon dédain pour les gouvernements par des paroles et par des actes peu dignes d'un monarque qui veut être honoré , ne fui-il qu'un monarque parvenu.
De là , d'une part , une témérité e^xtrème dans les avenluresj; de l'autre, une ténacité sombre dans les résistances»
Napoléon arma contre lui à diverses reprises les coalir tiens : on ne croyait point aux alliances d'un souverain , qui ne croyait lui-même qu'à l'asservissement des rois.
C'est une remarque d^à faite , « Napoléon^ dit un hietorien, qui serait observateur , e'il n'était plein de passion; Jfapoléon sacrifiait la France , sa patrie adoptive , ses plus fidèles serviteurs , ses frères , à son individuelle satisfaction, telle qu'elle existait à l'instant même de sa rapide pensée. Il ne connut ni la marine ni le caractère des Anglais; îl n'aperçut jamais l'efficacité de leur constitution, ^asce qu'îlavait méprisétes Italiens , les Turcs , les Egyptiens , il méprisa les Allemands , les Espagnols , les Russes. 4D soulevait de formidables coalitions : après les avoir im- -pétueuaement abattues, il les relevait, comme pour se distvaîre<de la monotonie de ses trêves *. »
Ceet ceimépris des hommes , qui jeta Napoléon. en des entraprises étranges. De son trône , il lançait te. foudre.Mir les dynasties 4 :et chose étonnante ! En même temps qu'il
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traitait les peuples et les rois avec dédain , les peuples et les rois lui prodiguaient le respect ; ils répondaient à Tinsulte par Tadmiration , comme pour s*absôudre eux-m6mes de leurs humiliations. L'idée de sa supériorité était partout répandue. De là une popularité singulière jusque parmi les vaincus. Napoléon put croire que le monde ne demandait pas mieux que d*ètre esclave.
Tout donc contribua à égarer ce génie. Et par là s'explique la diversité des jugemenls prononcés par les contemporains et par Fhistoire. L'admiration Ta exalté , la haine Ta flétri ; entre ces opinions outrées reste debout la renommée d'un homme, né pour une époque qui ne ressemblait à aucune autre , doué de tout ce que Dieu donne d'extraordinaire à ceux qu'il charge de corriger les Nations et de punir les rois , et capable de remplir ce double office par la terreur ou par la justice , par la violence ou par Tordre , par le meurtre ou par les lois.
On a dit de Napoléon que c'était la RéoohUUm à chenal; l'image était pittoresque ; j'ai dit avec moins de poésie que Napoléon fut la Révolution disciplinée; et c'est encore ce qui explique les contrastes de son règne.
Les jacobins tombèrent à ses pieds et consentirent à être eomtes et sénateurs ; c'est que , indépendamment de la mobilité des passions humaines , si promptes à se transformer sous l'impulsion de Tégoïsme, les jacobins voyaient la Révolution comme incarnée et vivante dans l'Empire. Et comme la société en tous les temps a besoin de règle, ceux des Français qui exécraient la Révolution pour ses crimes, mais qui l'aimaient pour ses nouveautés , durent aussi accepter TEmpire, qui réalisait la Révolution telle qu'ils pensaient Tavoir conçue ; c'était la discipline , mais c'était aussi la Révolution.
Et quant aux hommes de la société antique , aux survivants des vieilles races, des vieilles magistratures et même de la vieille bourgeoisie chrétienne , la plupart avaient pu s'habituer à une forme de pouvoir qui les vengeait des forfaits révolutionnaires par l'exagération de la monarchie. Ainsi toute la France obéissait^ et cette universalité de
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soumission atteste encore combien il semblait deroir être facile à TEmpire de s^enraciner par la modération. Hais TEmpire était un passage , et il fut violent comme une tempête; c'est à ce prix qu'il avait à servir d'instrument aux expiations de la Providence*
vni no TOMB PRBHmu
fAWbË Hm CHAPITEBS,
Bmbambule.
-Caractéie de rkistetfft fwésoite. — Constitution de la RiEpubtique ■i^Méftia Gopireiitjea. A- LnltoB^kB fautU. -r* i« 13 Tendéfflîaire.
— Bonaparte apparaît. —Assemblées nouyelles. — Le Bir^cteire. — TraYaÛ des opinions. — Situation du Gonyeraement. — Échange de Madame. $lle de LoiiisJ[V|, pap^ive dv Xen){||e, «fpljr» des généraux prisonniers. — Conspirations. Le 18 fructidor. — ihwiptrte m ttalW^ 41 Mle le im» i'Élsi^ rrr- Ses desseind d'à* venijr.— pade vfSfi jUHIlé^. -rrrPaix d^ iQampo-fionnio. —11 rantre 4 Pam; le Oir^ctoifie «#( à mb |)Mds. -r Ëntpédition d*£gypl«<— Tableau .de 1» Ff^aiww.T-£Apt«iyilb§ du pape Pie YL Martyre et moft du ffiop|jfe.r-r Motion ^nf raooe.et epflurope. Mouirâlfe cotfiiioa.— A«9a$^aaldesfilô«i|)llM^^
de Raatadi.-— Cris de nufgfmfi^ , :et d^^s de r<^ipmo«.-4Èvénemenls de la gueroe ; ^toîres mêlées d« veMevs.-ntteirtiaB du jEUrectoire; tableau de la foidélil. £tatde ia ^e^igion, é» il'£dw)a4ion et dies Lettres. — Dégradation nmersaHe. -r-AMiowr^tteaMNijt de tyrannies. — Travail des #piw(N»s. — Siéyef tefune idée j^f^ets de réforme. — Point de dépiunt d'une époque nowreUe.
CflAPiTRE I«r. . . , • 26
Fin de l'an VIL Commencement de Tan VHI. Délais et victoires.
— PataiUe de Zurich. — Nouvelles d'Egypte. Bataille d'ÀbiOuJiir.
— Impressions dive^^^s ; les ifacol^ais frémissent aux récits des ^toires. — Desseins de péaction contre Tesprit réyoIutionnf|ire.
— Conspirations .confra^rfis.: — ^iéyes h^ ses pfoje^ de réforme du gouvernement. — Ap^^été publique. — lUtoiM* ^mpr^ de Bonaparte. — ^Étonœw^lit du i)i|;ectpir<e.-r-£f pUc^n. — ^Les plfuis contraires 9PUt déconcçiiéç. — Bonaparte interrogé sur les plans de Siéyes. — Hésitation, indifférence, préméditation. — Soin de Bona-
418 HISTOIEB DE FEAIIGS.
parte â poursuivre la faveur publique. — Siéyes suit ses trames. — ^Bonaparte étudie les partis. — Tous se tournent vers lui. — ^Victoires nouvelles. — Exaltation nationale contre TAngleterre. — Accord de Siéyes et de Bonaparte. Conditions de Bonaparte. — Apprêts du 18 brumaire. — Bonaparte au conseil des Anciens. — Proclamations. — Paroles célèbres de Bonaparte â un émissaire de Barras. — Le conseil à St-Cloud. — Délibérations. Orages au conseil des Cinq-Cents. — Pendant ce temps Bonaparte fait des harangues au conseil des Anciens. — Drames inutiles. — Drames plus sérieux au conseil des Cinq-Cents. — Bonaparte paraît. — Scènes terribles. — Conduite de Lucien Bonaparte. — Résolution théâtrale. — Scènes au dehors. — Irruption armée au eonseil des Cinq-Cents. — Dénouements. — Délibérations nouYeUes. — Éloquence de Lucien. — Décrets , organisation nouTeUe de la République ; consulat. ~- Jugement.
Ghapitrb II 56
Cours des événements; la politique et la guerre. — ^Kléber en Egypte. — Situation de Tannée ; plaintes de Kléber. — Négociations ; craintes d*un désastre. — ^Proclamation des Consuls ; déguisement des périls. — Situation meilleure en Europe. — Renouvellement des commandements ; Moreau sur le Rhin , Masséna en Italie. — Constitution nouvelle ; retour aux idées d'unité dans le pouvoir. — ^Mesures d'ordre; actes arbitraires; réaction contre laiiévoîution. — Génie de Bonaparte. — La Révolution disciplinée , la démagogie vaincue. — Applaudissements de la France. — Lettre du premier consul an roi d'Angleterre. — ^Réponse du Ministère anglais. — Bonaparte avait proposé la paix ; il annonce la guerre. — Proclamation i l'armée. — Suite des desseins de pacification intérieure. — Son attention se porte sur l'Église. — ^Avènement de Pie VU. — Hommages rendus à Pie VI. — Grande politique de Bonaparte. — Événements d'Egypte. — Guerre d'Europe. — Apprêts de la campagne. — Passage des Alpes. — Masséna assiégé dans Gênes; fin glorieuse du siège. — ^Bataille de Marengo. — Particularités; hasard de la victoire. — Suite de la bataille. — Nouvelle de l'assassinat de Kléber. — Combats en Allemagne. — Succès divers. — Moreau gapne une grande bataille à Hohenlinden. — Suite de la guerre. Attentat contre Bonaparte, le 3 nivôse. — Compression politique; mort de la liberté. — Vœux de paix en Europe. — Armistice. — Politique des souverains par rapport à Louis XVIII. — Le roi chassé de Russie. — ^Malheurs de la maison de France. — Conduite du roi de
Prusse. — L'Angleterre persiste dans la guerre. — Lutte en Egypte. — ^Les Français succombent sous le nombre. — ^Le czar Paul I^'est étranglé. — Combat sur mer ; la France respire.