CHAPITRE IX
▼ariétés accontumées de la guerre en Espagne. — Tout devient siniqtie. — Les Russes à Kœnisberg. — Murât cède le commandement au prince Eugène. — Vagues pensées de retour à la royauté. Conduite de Louis XVUL ^ Desseins nouveaux de Napoléon ; il cherche à se réconcilier avec le Pape; projet de Concordat; intrigues de Fontainebleau. — Apprêts de guerre ; paroles de paix.
— Toute FEurope s'avance en armes contre la France. — Combats et sièges au Nord. — Événements funestes au Midi. Bataille et déroute de Vittoria. — Le Pape est rendu à la liberté. — Le général Moreau débarque à Gothembourg. — Congrès de Prague inutile.
— Combats nouveaux ; proclamation de Bernadette. — Bataille de Dresde. — Revers màés aux victoires. — L'Europe redouble d'efforts; Nj^wléon multiplie ses armées; toute l'Allemagne se lève ; bataille de Leipsick. — Désastres de la retraite. — Napoléon quitte son armée. — Wellington touche à la frontière de Franoe.
— Capitulation de Dresde. ^ Abus de la victoire; triste épisode. — • Appel à la Nation. Levées d'hommes et impositions. Murmurei publics. — Langage pacifique de l'Europe. — Négociations. — Marche de la guerre. — Le drame d'Espagne touche au dénoue^ ment. — Napoléon et le Corps législatif. — Explosions de colère et rapidité de la décadence. — Invasion générale de la France. — Discours de Napoléon aux députés. — Efforts de résistance ; siège de Hambourg. — Nouvelles levées ; nouveaux discours. — Napoléon épuise son génie dans une dernière campagne. — Congrès de Châtillon. — La victoire reparaît; ardeur nouvelle des troupes.
— Conditions de paix proposées par l'Europe et rejetées par Napoléon. — Les événements se précipitent. — Défense impétueuse de Napoléon. — ^Les puissances se lient par un traité signé à Chaumont. — Appel nouveau à la Nation. La France immobile. — Suite des combats; lutte savante de Napoléon. — Événements soudains dans le Midi. — Le due d'Angoulême paraît en France. — Incidents de sa marche. — H entre à Bordeaux* — Louis XVIII est proclamé.
1813. — Tandis que la fortune accablait Napoléon en Allé magne, la guerre d^Espagne se continuait avec ses variétés accoulumées de victoires et d'adversités, de conquêtes et
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de fuites. Suchet s*était affermi, par une succession do brillanls faits d'armes , le long de la Méditerranée. Marmont, malgré sa défaite aux ArapUes , avait tenu tête à Wellington, qui , fidèle à sa stratégie mêlée d'action et de retraite, avait d*abord essayé , mais vainement , d'enlever Burgos défendu par)e général Dubreton , et puis était retourné à ses retranchements sur le Tage , protégeant Lisbonne et toujours menaçant l'Espagne. Mais la nation espagnole restait fidèle à sa lutte , soit par les combats en plein jour , soit par la trahison cachée, soit par le glaive , soit par le poignard ; et aussi cette guerre obstinée était mêlée d'actes de barbarie réciproque , dont l'atrocité souillait également l'agression et la défense. Les grandes manœuvres de Soult, objet d'admiration pour les gens de guerre , devenaient stériles au milieu d'une telle population, qui à peine soumise écjtiappait à la soumission , et à demi-cxterminée renaissait de la ruine et de la mort.
Tout devenait sinistre. Les Russes entrèrent à Kœnisberg ; et Murât, pkisfait pour les batailles que pour la conduitç d'une armée , remit le commandement en chef au prince Eugène. Pqu aprè^, Jpn voyait arriver à Berlin les premières troupes de J'armée française de Moscou ; Varsovie s'ouvrait aux Russeç , et une proclamation de l'empereur Alexandre, datée de cette ville , invitait l'Allemagne à briser le joug qui l'oppressait. C'était comme un appel de guerre universelle , et il ^e remuait au sein de l'Europe quelque chose de mystérieux qijd faisait accepter cet appel avec enthousiasme. Les rois invoquaient la liberté : parole magique qui trouva partout des échos , e,t vint étonner et troubler l'Empire.
En même temps s' éveillaient en France de vagues pensées sur l'ancien état de société poUtique, dont la destruction avait donné lieu à une si longue suite de perturbations et de désastres. Ces pensées fermentaient surtout dans les régions de l'Ouest et du Midi. La Vendée n'avait pas cessé de palpiter au nom du roi de France ; et il se trouvait d'ailleurs , en chaque province , bien des cœurs prompts à ^mn tout indice qui se rattachait è ce souvenir. Pour eux.
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r'avait été on spectacle digne du ciel et de la terre, de voir le frère de Louis XVI , le roi Louis XVIIl, errant depuis vingt ans de pays en pays , accueilli et chassé tour à tour par les monarques , suivant que la fortune les disposait & la bienveillance ou à la peur , conserver en toutes ces fortunes la fierté de sa race ; on le savait maintenant abrité sur le sol anglais^ le seul que n*cût pas atteint le glaive de Napoléon.
Il y vivait dans la retraite à Hartwel , petite maison de campagne près de Londres , dans le Buckingham-Shire ; et do là partaient de loin en loin quelques paroles adressées à de vieux amis , excitation de leurs espérances , ou même quelques actes plus officiels , attestation de sa foi toujours vivante et de ses droits toujours revendiqués.
C'est ainsi que voyant les désastres de Tarmée de Napoléon , il avait écrit à l'empereur Alexandre pour recommander à son humanité les Français tombés en ses mains. « Le sort des armes , disait-il, a fait tomber dans les mains de Votre Majesté plus de cinquante mille prisonniers ; ils sont pour la plupart Français ; peu importe sous quel drapeau ils ont servi ; ils sont malheureux , je ne vois parmi eux que mes enfants. Je les recommande à la bonté de Votre Majesté Impériale ; qu'elle daigne considérer combien un grand nombre d'entre eux a déjà souffert , et adoucir la rigueur de leur sort ; puissent-ils apprendre que leur vainqueur est l'ami de leur père ! Votre Majesté Impériale ne peut donner une preuve plus touchante de ses sentiments pour moi ^ »
(Test ainsi encore que le roi dépossédé , mais obstiné à être roi, Louis XVm, sentant la fortune de l'Empire se précipiter , commença à écrire des manifestes où apparaissaient des pensées de liberté , contraste avec la discipline de fer qui pesait surja France.
Ces indices étaient mystérieux encore ; mais ils n*avaient point échappé à la surveillance active du gouvernement de
' Uanuserit Mâit de Louit I7UL — Introduct. , par M. Martin. d'Olsy.
HISTOIBE DB FBAIYCB. 341
Napoléon. La guerre , la politique , les coalitions, les partis, les souvenirs , Thistoire même , tout sembla donc lui présenter des périls qu'il' n'avait pas jusque-là soupçonnés. Mais aussi son génie sembla se raviver pour les braver et les conjurer tous à la fois.
A peine avait-il touché la France, qu'il avait retrouvé sa force; il était l'homme de la Révolution française, il en était l'âme, la tête et l'épée. Tant que la Révolution n* avait été qu'un désordre mêlé de destruction et de crimes , elle avait fait horreur au monde ; Napoléon l'avait disciplinée, et par lui elle se sentait une puissance que les fureurs ne lui avaient point donnée. Et tel était aussi le secret de la force de l'Empereur. Il avait rétabli!la société sur les bases de la Révolution , et, pour cela, il avait pu faire accepter par la Révolution même des formes de pouvoir et de hiérarchie en contradiction avec elle. Ainsi jusqu'à ses excès de puissance avaient leur popularité, et, à défaut de gloire, le malheur eût fait honorer les hardiesses de sa politique.
C'est pourquoil' étonnant vaincu ne parut pas soupçonner que la France pût manquer à sa fortune. Il demanda deux cent cinquante mille conscrits à la nation épuisée; en peu de jours ce furent des soldais. Bientôt après , un sénatusconsulte remettait à sa disposition cent quatre-vingt mille autres combattants levés sous des noms divers, conscrits, gardes d'honneur, gardes nationales, cohortes des frontières. La France était résignée à s'engloutir vivante dans une guerre qui menaçait de jeter sur elle toute l'Europe.
Toutefois Napoléon avait commencé de comprendre qu'il était une force qui ne serait pas vaincue par de tels déploiements de puissance : c'était la force de l'Ëglise.
La captivité de Pie VII avait été l'oppression de tout le dergé de l'Empire. Plusieurs sièges étaient vacants; les évêques ne pouvaient communiquer avec le Pape ; quelques-uns étaient exilés; d'autres jetés en des forteresses; la parole des prédicateurs était espionnée; plusieurs étaient chassés de leurs diocèses; la persécution, soit pubUque, soit clandestine, jetait dans les âmes une terreur sombre. Hais quelle que fut la retenue des opinions , ou la dissi-^
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mulation des murmures, Napoléon seiitait que Texâltation du palriotisme gagnait peu à ces compressions. La nation, tout indifférente qu'elle eût été longtemps aux pratiques de la religion, avait gardé un reste profond de respect pour la vieille foi. On Favait vu à Téclat des hommages rendus au Pape, et Napoléon espéra satisfaire à ce sentiment public en offrant une réconciliation soudaine au vieux pontife , qui s'éteignait à Fontainebleau. Un projet de Concordat fut donc préparé. '
La liberté semblait y être rendue à Pie VII ; Tindépendance du Saint-Siège y semblait rétablie ; mais de graves réserves étaient faites sur Finstitution des évèques, et notamment sur le droit qu'aurait le métropolitain de procéder à Finstitution à défaut du Pape, dans un délai de six mois : cette seule disposition était le renversement de toute la hiérarchie de FÉglise •.
Cest ce projet de réconciliation que Napoléon fit tout à coup offrir au vieillard, sans lui permettre de conférer avec ses cardinaux épars ou captifs.
« Le Pape Pie Vil, dit un écrivain de notre temps, était âgé de soixante et onze ans. Sa vie desséchée par les douleurs ; des désordres de santé ; le dégoût des aliments ; sa sensibilité excitée par le désir de revoir les cardinaux qu'on retenait prisonniers ; Finsistance importune de Bertazzoli qui le pressait de tout accorder, jointe à de continuelles descriptions de prévisions menaçantes; le sibnce absolu de toute voix qui vînt relever cette âme flétrie par la souffrance; enfin les approches de la mort, tout contribuait à décourager le Pontife. Il ne restait {plus en ce moment à Pie Vil que la faculté de ce mouv'einent de la main qui peut encore machinalement tracer un nom , et ce nom fut apposé le 915 janvier sur un papier que FEmpereur signa sur-le-champ après lui. Ce papier reçut le nom de Concordat de 1813 *. »
* Voyez le texte dn Concordat, dit de Fontâinebleaa. ^ Mén^, h4st, iur les affaires eecîée. — Êém, du cardinal Pacea, etc,
> Le docteur espagnol D. Juan Goaxalôs , dans son livre : U Pape «i tôt» les temps.
BISTOnB DK FBAHCB. 343
Mais à peine le Pape avait signé ce papier fatal, que la douleur entra dans son âme. Il pensait toutefois n avoir souscrit qu'un acte provisoire, et comme le prélimmaire d'une paix à venir. Le gouvernement, au contraire, se mU à publier à grand bruit la transaction comme une viçtowe; il demandait aux évoques de chanter des Te Beum; il féhcitait l'Église; il rappelait les cardinaux; d ^écemait des récompenses aux prélats qui avaient secondé la défaite morale de la papauté ; et enfin le Concordat était inséré au Bulletin des lois comme un acte complet , irrévocable ei
^A^lVla douleur du Pape, devenue plus «mère .devint plus courageuse. Il sentit la faute qu'i avait feUe , il la Jleura , et U fut prompt à la réparer. Rien n'es touchant dans l'histoire de l'É^Use comme la lettre qu'il écBVit * l'Empereur : « Bien que la confession que nous jHons faire à Votre Majesté coûte à notre cœur , ^«ait le Pape, la crainte des jugements divins dont nous sommes si^s
attendu notre âge avancé, ^o"^<i°'t'«°^'l3t"'";ee toute autre considération. Contrain par nos devwrs, avee
cette sincérité, cette franchise q"» f ««^^«f ,"^v„t« Sîa^ dignité et à notre caractère, nous déclarons ^ Jotre M^
jesté que depuis le 25 janvier, jour oh ««"f .«l^^ .«S
articles qui devaient servir de base à ce traj^ détoilif dont
il y est fdt mention , les plus fandsremords etle plus vif
repentir ont continuellement déchire notre esP"» • ^j" "*
plïs ni repos ni paix. De cet écrit que ûo«s «^«°f si^*'
nous disoL à Votre Majesté cela môme qu'eu occasion
de dire notre prédécesseur Pascal II (l'an "")>T«^,"f'
dans une circonstance semblable , U eut à se 'epento d un
écrU relatif à une concession à Henri IV : « Comme nous
rreconnïïssons notre écrit faU rml , nous le confessons
, faU^ et avec l'aide du Seigneur, nous désirons
S^il^it cas'séTout à fait , afin qu'il n'en résuHe auc».
, dommage pour l'Église et aucun préjudice pour notre
» âme. »
' ^t^ute la lettre était digne de cette «aïve expression de remords et de douleur. Le Pape exphquait comment il
m HI8T0IEB DE F&AIfGB.
lui était interdit de consentir au renversement de la hiérarchie de rÉglise , et il ne pouvait croire que TËmpereur voulut non pas imposer, mais admettre un règlement qui serait la subversion de la constitution catholique.
Hais Napoléon passa outre. Les actes signés étaient pu* blics , et , comme alors il n*y avait aucun moyen de protestation, et que toute expression manquait à la plainte ou au murmure, le gouvernement put faire croire que la transaction était accomplie et que les âmes catholiques étaient satisfaites. L'opinion, toutefois, ne fut pas longtemps trompée. Napoléon , frémissant de colère , avait de nouveau dispersé les cardinaux et isolé le Pape. Le trouble devint profond dans les diocèses; en quelques-uns, la juridiction épiscopale fut usurpée ; la France, la Belgique, T Allemagne, ritalie, furent afOigées par des l&chetés d'ambition. Tout indiquait un triste désordie dans le gouvernement de rÉglise, et le Pape, retombé dans la solitude, n*eut plus qu*à pleurer sur des maux qu^il ne lui était pas donné de guérir ^ (Test en de telles occurrences que Napoléon se prépara à la guerre ; comme il s*7 jetait en homme qui peut 7 mourir , il songea à l'hérédité de TEmpire , cette préoccupation toujours subsistante de sa politique , cette source si profonde d'anxiété sur son avenir ; un sénatus* consulte régla la forme de la régence en cas de minorité.
14 février. — Puis il ouvrit le Ck)rps législatif, et il parla de la paix , autre mot qui trahissait des alarmes précédemment inconnues. « Je délire la paix , dit-il ; elle est nécessaire au monde. Quatre fois, depuis la rupture qui a suivi la paix d'Amiens , je l'ai proposée dans des démarches solennelles. Je ne ferai jamais qu'une paix honorable et conforme à la grandeur de mon Empire. »
Mais la guerre était partout , et l'empereur de Russie, qui donnait le branle au monde , répondait par des proclamations nouvelles , où il excitait les peuples à se lever en masse , et il ajoutait : « Ce sont nos bienfaits et non les limites de notre Empire que nous voulons étendre jus-
* Mém* du cardinal Pacca. u -.
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qu*aux nations les plus reculées. » Il parlait comme un autre maître ; mais au lieu de la conquête , il montrait Tin* dépendance , c'était une autre sorte de domination.
Déjà la Prusse était prête. Elle avait pourtant prolongé ses dissimulations , et même elle avait fait juger et con* damner par contumace le général York , celui qui le premier avait eu le courage de la trahison. Mais les hypocrisies firent place aux ruptures déclarées, et un traité d'alliance avec la Russie fut signé à Kalisck , le 1*' mars ; aussitôt quatre-vingt--dix mille fantassins et quinze mille cavaliers étaient sur pied , et les Russes entraient à Berlin.
La Suède suivit l'exemple par un renouvellement du traité de 18191; elle s'obligeait à faire marcher au moins trente mille hommes , et l'Angleterre lui assurait un subside de vingt-cinq millions , avec la possession de la Guadeloupe ravie à la France.
Alors éclatèrent les déclarations de guerre. La Russie et la Prusse apparaissaient avec deux cent cinquante mille combattants. L'Autriche hésitait ; mais toutindiquait qu'elle serait entraînée. C'est alors que Bernadette adressa à son ancien frère d'armes des conseils de modération politique ; mais Napoléon continuait toujours de croire à sa fortune ; il courut donc en Allemagne, traînant une armée nouvelle à peine formée, au secours des trente mille hommes que le prince Eugène opposait encore sur l'Elbe et la Saale à une agression formidable.
Les Suédois arrivaient et s'établissaient à Rostock.
Les Russes occupaient Thorn.
Napoléon se porta à Erfurt, tandis que le maréchal Ney s'engageait à Weissenfeltz, dans la Saxe, avec des corps prussiens. Ce n'étaient que des apprêts d'une action plus grande que Napoléon semblait vouloir précipiter.
Cent soixante -dix mille hommes venaient d'être soudainement jetés dans la lutte. Plusieurs corps de l'armée d'Espagne avaient été appelés à marches forcées. Vandamme, Victor, Ney, Bertrand, Lauriston, Marmont, Macdonald, Oudinot brillaient à la tête des divisions : la garde impériale revivait, et son nom soufQaitle courage.
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Les ennemis présentaient déjà un ensemble de deux cent vingt-cinq mille hommes. Le premier choc de ces masses inégales se fit à Lutzen, dans la Saxe [2 mai].
Là étaient agglomérés quatre-vingt^sinq mille Français^ Napoléon à leur tète , ayant pour lieutenants le prince Eugène , Mortier , Macdonald , Harmont , avec des généraux intrépides , entre autres Latour-Maubourg ; en face cent dix mille combattants, Russes et Prussiens. Napoléon engagea la bataille sans précaution ; Fintrépidité répara les Hautes : on se battit avec une sorte de frénésie. Napoléon n'avait plus sous la main celte cavalerie expérimentée qui lui gagnait des batailles ; il y suppléa par Tartillerie : la victoire désormais ne pouvait être disputée que par des exterminations. Napoléon fut vainqueur dans cette lutte à outrance ; mais il avait perdu dix mille hommes tués ou blessés , et la fiedblesse de la cavalerie ne lui permit pas la poursuite.
Dresde fut occupée. D'autres combats s'engagèrent à Bichoffswerda , à Kœnigswariha , à Bautzen, à Hochkirch, à Wurtschen; Napoléon semblait partout présent, et partout la victoire se retrouvait fidèle ; mais les ennemis ne se retiraient que dans un ordre imposant , et ces combats meurtriers n'avaient rien de décisif. Celui de Bautzen [19 mai] fut le plus acharné et le plus fatal. Là périt Duroc, le grand maréchal du palais , Fami de Napoléon; le même boulet frappa avec lui le général Kirschner. Les bulletins annoncèrent douze mille hommes perdus à ces luttes stériles; les ennemis en avaient perdu près de vingt mille. Napoléon n'en était que plus ardent à courir à quelqu'une de ces rencontres qu'il fallait à son génie d'aventure ; mais elles le fuyaient; il crut en avoir saisi une à Reichenbach , près de Gœrlitz, dans la Lusace : ce ne fut qu'un combat partiel, et il 7 perdit du monde et plusieurs canons. Ainsi s'avançaitil jusque sur l'Oder sans soupçonner que les ennemis, on se retirant, se rapprochaient de leurs renforts, tandis qu'il s'éloignait de tous les siens.
CependantDavoustetVandammereprenaiefitHaneibourg, et Lauriston occupait Breslau; les villes anséatiques^ent
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un théâtre d^orribles représailles ; oïl veageail les revers par des barbaries. Hambourg fut frappé d'une contributioQ de 48 millions ; Lubeck de six millions; Yandamme fit fusiller des magistrats paisibles, coupables d'avoir prévenu le pillage de Vareii , à Farrivée d'un parti de Cosaques. « Il faut commencer par faire fusiller, disait-il, sauf à entrer ensuite en explication. » On s^assurait le paiement des contributions de guerre , en s'emparant d'un certain nom* bre d'otages qu'on jetait dans les forteresses ou dans ren<^ trepont de vieux navires. Rien ne manqua à ce système d'oppression ; et aussi à mesure que les Russes entraient dans les villes allemandes, la joie éclatait; on eût dit une délivrance*.
4 juin. — Alors se conclut un armistice pour six semaines. Napoléon compte en profiter pour dissoudre la coalitioii ou bien pour aiïermir son armée par l'arrivée des secours* Les ennemis lui laissent cette illusion, et ils vont, de leur côté , redoubler d'activité pCMir appeler à eux la confédération du Rhin, exalter le patriotisme allemend, provoquer l'Autriche, remuer les antipathies, donner enfin à la guerre le caractère implacable d'une représaille.
Déjà le midi de l'Europe fait présager des dénouements funestes. L'Espagne avait vu partir lee divisions françaises les plus aguerries, et quelques corps restés épars ne pouvaient plus faire face à l'insurrection populaire et aux armées combinées. Suchet lutte seul avec gloire^ l'anglais Murray assiégeait TarragOne; Suchet le rejette sur ses vaisseaux et lui enlève son artillerie. Mais, ailleurs, tout est contraire : Wellington semble être sorti de ses lenteurs; il atteint à Vitloria l'armée principale , commandée par le ma réchal Jourdan, comme major-général du roi Joseph. Ce n'est pas une bataille , c'est une immense déroute; l'armée court , en désordre , vers la France par la route de Pampelune , abandonnant son artillerie et ses bagages; le vainqueur lalaisse s'éloigner sans songer à la victoire; mais des guérillas naissent partent sur ses pas et harcellent cruelle-
* Mém. de Bourrienne, tem. l\k
348 mnroiBX db paAncs.
ment sa faite. Joseph , cependant, trouble le commandement plutdt qa*il ne raffermit. Roi de parade, plus avide de richesse que de pouvoir, il s'aperçoit à peine qu'à ce moment la couronne tombe de sa tète. Un moment le général Foy, qui commande , dans la Biscaye , vingt mille honmies , arrête la marche du vainqueur de Vittoria^ en l'attaquant par la droite, à Tolosa. Suchet, alors, se porte de Valence sur TEbre , et, enfin , arrive le maréchal Soult du fond de TAllemagne, pour contenir, s'il en est temps, parla stratégie, la victoire du nombre. Et, chose étonnante ! on continue de retirer de l'Espagne ce qui reste encore de troupes capables de venger l'honneur des armes dans les batailles rangées, et on les envoyé, en toute hâte, à l'autre extrémité de l'Europe , où doit se décider la fortune de l'Empire. Soult n'aura que des débris d'armée , et c'est avec eux qu'il donnera l'exemple d'une résistance désespérée, mais désormais impuissante.
Napoléon^ cependant, feignait d'entendre des paroles pacifiques [^3 juin]. Déjà, comme pour attester un retour à des idées de modération, il venait de prononcer la liberté du Pape ; mais ce fut, pour l'Europe, un indice d' une signification plus haute de voir le Pontife sortir de sa captivité et s'acheminer lentement vers Rome; à cette joie soudaine , s'ajoutèrent des prévisions sur la fortune de l'Empire : dès qu'il s'adoucissait, on soupçonna qu'il se sentait défaillir. Ce fut le conmiencement d'un travail complexe dans la politique. Napoléon avait accepté, à Dresde, la médiation de l'Autriche; un congrès devait s'ouvrir à Prague le* 5 juillet, et l'armistice était prolongé jusqu'au 10 août. En même temps, il s'efforçait de resserrer les aUiances avec les Etats qui ne s'étaient pas encore éloignés; mais, tandis que le Danemarck renouvelait ses traités avec la Franco , rAutriche adhérait sourdement à l'alliance de la Prusse et de la Russie. Et, d'autre part, on annonçait le débarque-» ment a Gottembourg du général Horeau, appelé, par Ûernadotte, de son exil d'Amérique , comme auxiliaire d^s coalitions universelles contre son ennemi. Le nom de MoreAu était resté populaire sous la persécution; mais quelle
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que fftt raversion des peuples pour un état de guerre qui les épuisait, la vieille admiration allait se taire devant une situation qui montrerait le célèbre vainqueur républicain de Hohenlinden à côté des rois armés contre la France. Toutefois, cet ensemble de circonstances révélait la nouveauté des luttes et des périls. Le congrès de Prague était rendu inutile parles dispositions incertaines de Napoléon. Les rois lui offraient de renfermer son Empire entre le Rhin et les Alpes ; mais ils voulaient Tindépendance de FAUemagne. Le plénipotentiaire de France, Caulaincourt, se présenta avec des pouvoirs incomplets, et il fut aisé de voir que Napoléon aspirait à Tintégrité de sa domination sur le continent.
La guerre redevintdonc le jeu fatal de la politique. L^armistice fut dénoncé le 10 août. Des deux côtés tout était prêt pour des batailles acharnées.
Napoléon groupait autour de lui , dans la Prusse et dans la Saxe , deux cent quatre-vingt mille hommes, Français, Italiens , Allemands , Polonais ; la moitié tout au plus durcis à la guerre , le reste à peine façonné au métier des armes ; tous néanmoins échauffés , exaltés , maîtrisés par ce génie extraordinaire , qui faisait sortir de terre les soldats et les héros.
Les armées coalisées' s'élevaient à cinq cent vingt mille combattants. L'Autriche venait de se déclarer ; Feffet de son infidélité fut prodigieux ; en même temps éclatait , comme un signal plus fatal encore , la proclamation de Bernadette , Tancien frère d'armes de Napoléon, invoquant contre lui la liberté de tous les peuples.
15 août. — (c C'est maintenant , disait-il , que les rivalités, que les préjugés et les haines nationales doivent disparaître devant le grand but de l'indépendance des nations. L'Empereur Napoléon ne peut vivre en paix avec l'Europe , qu'autant que l'Europe lui est asservie. Son au* dace a conduit quatre cent mille braves à sept cents lieues de leur patrie ; des malheurs , contre lesquels il n'a pas daigné les prémunir , sont tombés sur leurs tètes , et trois cent mille Français ont péri sur le territoire d'un grand
3S0 HISTOIBE DE FBAHCB.
empire , dont le souverain avait tout essayé pour vivre en paix avec la France. On devait espérer que ce gr^Ad désastre ramènerait FEmpereur de France vers un système moins dépopulateur, et qu'enfin, éclairé par Texempl» du Nord et de TEspagne, il renoncerait à Fidée de subjuguer le continent , et consentirait à laisser la paix au monde. Mais cette espérance a été déçue , et la paix; que tous les gouvernements désirent et ont proposée , a été rejetée par TEmpereur Napoléon. Soldats ! c'est donc aux armes qu'il faut avoir recours pour conquérir le repos et l'indépendance. Le même sentiment qui guida ^s Français de 1792, et qui les porta à s'unir et à combattre les armées qui étaient sur leur territoire , doit diriger aujourd'hui votre valeur contre celui qui , après avoir envahi le sol qui vous a vus naître , enchaîne encore V03 frères , vos fenunes et vos enfants... »
Ces paroles avaient semé partout l'émotion , et l'écho en était venu soit en France , soit au sein même des aj'mées impériales. Le général Jominy , Suisse de naissance , chef de l'état-major du maréchal Ney, donna un signal funeste ; il passa à l'ennemi et lui porta les secrets des opérations. Napoléon voulait se porter sur Berlin : Bernadette prévint son mouvement en accablant avec des forces supérieures le corps d'armée du maréchal Oudinot, à Gross-Beehren et à Ahrensdorff £Î3 août]. Napoléon irrité ôta le commandement à Oudinot , et le remit à Ney ; et lui-même , après avoir poussé sur l'Oder Tarmée du Prussien Blucher , apprenant que les armées combinées débouchaient do la Bohème sor Dresde , laissa Hacdonald suivre ses opérations de la Silésie , et courut au-devant de l'attaque , traînant tout ce qu'il put de troupes , sans les laisser respire;* , et leur faisant parcourir quarante lieues en trois jours. Le iS , il entrait à Dresde , à dix heures du matin , au moment oh les ennemis pénétraient dans les faubourgs. Cette rapidité avait été décisive. La lutte s'engagea dès quatre heures, et les Français restés maîtres des positions purent^ dès.le lendemain , reprendre la bataille avec plus d'ejnsemble. Les forces de Napoléon étaient inégales aux armées jcomU-
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nées qui enveloppaient la ville et couvraient ses hauteurs. Mais son artillerie était savamment servie ; c'est par elle qu'il suppléa au nombre , et à l'expérience même de sa jeune armée. Un canon frappa surtout un coup qui sembla dirigé par la Providence. Vers midi, le général Moreau s'entretenait avec l'empereur de Russie près d'une batterie prussienne. Un boulet l'atteignit et le fit tomber mort : de ce canon on eut pu dire , comme on avait dit de celui qui frappa Turenne, qu't^ était duirgé de Umte étermté. Pendant que les hommes àsputaient de la renommée de Moreau et de l'honneur de sA vie, Dieu l'enlevait au monde , comme pour montrer que son rôle y était fini. Celte mort jeta du trouble dans les rangs de l'ennemi , e4 bientôt la fuite s« déclara; les masses alliées coururent s'abriter derrière les montagnes de la Bohême ; les Autrichiens laissaient au vainqueur vingt mille prisonniers, soixante canons et un grand nombre de chariots.
Cette bataille de Dresde, où venait d'éclater encore la vaillance de* généraux célèbres, de Ney, de Mortier, de Victor, de Gouvion-St-Cyr , pouvait relever la fortune de Napoléon , en lui donnant une occasion naturelle de se replier SUT le Rhin ; il lui était aisé de piressentir que la victoire nô le dégagerait pas de la multitude d'ennemis qui continuaient à l'accabler sur ses flancs et sur ses derrières. Mais son système de guerre était tenace; il dédaignait la gloire des retraites , et ne croyait^u aux coups de hardiesse et d'invasion. Les combats s'engagèrent donc en des points divers. Macdonald, affaibli par le déparldes «orps que Napoléon avait entraînés à Dresde, fut hattu àKatsbach, dans la Silésie, par le général Blucher, qui précédemment fuyait devant ses armes [2i7 et 29 août]. Vandamme, lancé à la poursuite des Autrichiens, se laissa envelopper dans les défilés de la Bohême, et resta prisonnier à Kulm avec douze mille hommes. Du côté de la Prusse, les revers étaient encore plus désastreux. Davoust était obbgé d'évacuer Swérin et de se replier sur la Stecknitz [ï septembre]. Ney, que Napoléon avait envoyé à la place d'Oudinot pour enlever Berlin , était arrêté dans sa marche à Dennewitz par Ber-
3SS nsTOiBB DE fbaugb. •
nadotte; là, un combat était liyré entre les deux vaiDants hommes de guerre ; et le maréchal Ney éprouvait une éclatante défaite : il perdit les deux tiers de son artillerie, ses munitions , ses bagages , et plus de douze mille hommes. Deux causes, pense-t-on, avaient amené ce désastre : le secret des opérations livré par Jominy à Bernadette, et les hésitations des troupes saxonnes dans le combat. L'avenir n'en était pas moins assombri, et de noirs nuages couvraient de plus en plus la destinée de Napoléon [6 septembre.]
Son activité n'en fut que plus énergique. H avait coaru avec sa garde, après la bataille de Dresde, au secours de Hacdonald. La défaite de Ney le fit rétrograder en toute hâte, et de nouveau il s'établit à Dresde, résolu à faire de la Saxe le contre des opérations. Pendant ce temps, toute l'Allemagne se levait en armes ; des levées en masse s'organisaient sur l'Elbe; de l'Oder au Rhin tout semblait une vaste insurrection; et à peine Napoléon s'apercevait des barrières de fer et de feu qui allaient l'emprisonner dans la Saxe.
Aussi la confiance des puissances combinées croissait chaque jour. Une triple alliance fat signée à Tœplitz , entre TAutriche, la Russie et la Prusse, le 9 septembre; et le 3 octobre, un traité préliminaire d'alliance entre l'Autriche et la Grande-Bretagne , annonça le dessein de rétablir unjiLstè équilibre entre les puissances; c'était l'indice d'une politique universellement concertée contre la domination de la France.
Napoléon n'opposait à ces ligues que des plans de bataille et des levées d'hommes. Un sénatus-consulte [9 octobre] mit en activité deux cent quatre-vingtmille conscrits : cette terre de France semblait enfanter des hommes; mais on les saisissait au sortir de l'enfance, et les armes pesaient à ces générations à peine formées, et d'ailleurs épuisées d'enthousiasme.
L'Allemagne, au contraire, se sentait embrasée, et le patriotisme rompait tous les hens qu'avait fait la politique. La Bavière devait son existence à Napoléon; le sentiment
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allemand prévalut sur la gratitude. Une forte armée bavaroise s*alla joindre [15 octobre] aux Autrichiens, à Braunau, en vertu d*une convention conclue le 8. « Le roi, dit le général de Wrède à ses troupes, le roi et les puissances alliées avec lui veulent que FAllemagne soit FAIlemagne , et la France la France, et que la paix se répande sur FEurope. » Tout obéissait à cette impulsion , et il fut trop aisé de voir que cet esprit de nationalité allait donner à la guerre un caractère contre lequel se briserait le génie de Napoléon et la valeur indomptée de son armée.
Les chefs de la coalition avaient amoncelé leurs grandes masses autour de Leipsick; et là se livrèrent d'abord quelques combats, toujours soutenus avec avantage par Fartil» ierie française, mais auxquels manquait la force décisive de la cavalerie [16 et 17 octobre]. Ce n'était que le prélude d*un immense engagement où les deux armées allaient se prendre corps à corps avec tout ce qu'elles avaient de puissance [18 et 19].
Sous les murs de Leipsick , dans une plaine ouverte qui s'étend au delà de Lutzen et de Weissenfeld, lieux déjà célèbres, sur un espace de trois lieues carrées, se déploient deux armées : Fune de trois cent trente mille hommes, Fautre de cent soixante-quinze mille. Cette fois encore , Napoléon espère suppléer au nombre par une artillerie formidable; mais FartOlerie de ses ennemis n'est pas moins terrible : des deux cdtés, plusieurs centaines de bouches à feu vomissent la mort. L'intrépidité française s'exalte jusqu'au délire ; jamais on n'a combattu avec cette sorte de fureur : c'est un effort suprême pour couronner cent victoires. Mais, dans cette lutte étonnante, tout à coup une infidéUté se déclare : trois batteries saxonnes de vingt-trois pièces, avec sept bataillons et deux régiments de cavalerie, bientOt suivis de plusieurs régiments de Wurtemberg, vont se ranger sous les drapeaux de Bernadotte et se tournent aussitôt contre les Français. Napo* léon garde un sang^froid impassible; il fait marcher ses réserves, et contient Fennemi. Toutefois, il ne pouvait plus combattre que pour Fhonneur, et l'honneur était TOM. I. 23
3B4 HISTOHUS DE HUHGE.
sauf. Au commencemeni de la nuit, il ordonne la retraitemais le lendemain matin Leipsick était sans défense. L'empereur de Russie > le roi de Prusse « Bernadette j pénétraient à la fois, et là tombaient en leurs mains la garnison, Farrière-garde de Tannée française, c*est-à-dire plus de yingt mille hommes , treize mille blessés ou malades « les magasins, les hôpitaux, quinze généraux, deux cents pièces de canon, neuf cents caissons, butin immense qui réjouissait la victoire, comme si la vaillance toute seule Pavait remportée.
Et ce ne fut pas tout le désastre. Tandis que le gros de Vexmée suivait sa marche 4^ retraite sans désordre , un pont sur FËlster fit explosiop ; et cet éclat jeta dans les rangs une confusion soudaine , sans qu'il fut possible de calmer répouvante. Aussitôt se déclara une fuite universelle, précipitée, vers le pont écroulé, ou vers les passages qui semblent feciles. Dans l'aveuglement de cette panique, des milliers de soldats tombent dans les flots, d'autres sont foits prisonniers. Là périt.poyé le prince Poniatowski, Bom resté populaire même parmi les vainqueur^. Macdonald passa le fteuve à la nage.
Cet hônible ijicident acheva le désastre de la bataille de Leipsick. Nappléon venait de perdre la moitié de son année; les pipa brillants de sea généraux étaient prisonniers; l'élite de ses officiers avait péri. Et telle avait 4té la lutto de la première journée, que la perte des vainqueurs n'était pas moindre : lea Autrichiens comptaient quatre fiBids^-maréchaux lieutenants et trois cents officiers blesfiéa; les Russes» deux lieutenants généraux tués avec quatre généraux majors. H est permis de penser que, sans la déteation saxonoe et wurtembergeoise , Napoléon pouvait enoore être mattre de la fortune. Mais la fatalité, cette providence mystérieuse qu'il invoquait , pesait sur lui et le précipitait par des coups qu'il n'était donné à aucune force de prévenir.
Cinq jouns après, les débris de l'armée arrivaient à Brûirtb ; te reste des troupes allemande* avaient disparu \9iU oetebfe].
■ISTOIIB DB FBAKCB. iHS
fCe qui étonne Thistoire, c*est que ces vaincus, ee% fagitifs, ces hommes qu'une panique égare, comme s'ils étaient des lâches, retrouvent au premier moment de réflexion et de discipline le courage de combattre comme des héros. Rien ne lasse leur constance ; leur obéissance à Napoléon est une idolâkie; pour eux il est Dieu , et plus il tombe, plus ils Tadorent.
Les plans des coalisés étaient de jeter des corps d'armée au travers de la retraite de Napoléon. Le général de Wrède, qui commandait l'armée combinée d'Autrichiens et de Bavarois , mettre de Wurtzbourg, suivait le cours dm Moin dans ce dessein, et les troupes de Wurtemberg accouraient avec la mèçae pensée. De Wrède se crut de force A barrer la marche des Français en se portant à Hanau avee soixante mille hommes [30 octobre]. L'armée en retraite n'eut qu'à recueillir son courage, et elle rompit avec ua ensemble impétueux les rangs pressés d'une armée toute fraîche et sûre de vaincre. Curial à la tête de deux batail^ Ions de la vieille garde , Nansouty avec la cavalerie de cette même garde , Drouot avec cinquante pièces d'artillerie , foudroyèrent et dispersèrent tout ce qui s'offrit devant eux. Le général de Wrède fut blessé dans ce rapide combat, et il perdit douze mille hommes, tués ou blessés. Les Français toutefois s'épuisèrent en de vains efforts pour enlever le lendemain la place de Hanau, et ils perdirent à cette double journée près de dix mille hommes avec autant de prisonniers. Après quoi ils reprirent leur marche au nombre d'environ cinquante mille , triste reste de cette autre grande armée, qui avait présenté autour de Dresde une réunion formidable de deux cent cinquante mille combattants.
Alors encore on vit Napoléon hâter sa rentrée dans son Empire , soit qu'il dédaignât Tart des retraites, si glorifié dans les histoires et si apprécié par les gens de guerre, soit que le tableau présent d'une défaite consommée éveillât de nouveau dans son esprit des anxiétés sur le sort de son pouvoir.
n arriva à Mayence le 2 novembre; là , il passa quelques î<Hirp»:à. distribuer des ordres , et lorsque Tarrière-gardc eut
tS6 HISTOIBB DR FKAlfCS.
évacué Francfort, il prit sa course vers la France; parti h Teille, il arrivait, le 9, à St-Cloud.
n allait trouver Fopinion publique effrayée , la décadence était générale, tout était plein d*alarmes et de présages; mais sa confiance n'était point troublée.
En Espagne , les forces combinées d'Anglais , de Portugais etd'Espagnols, marchantsousles ordres de Wellington, s'étaient depuis six mois avancées vers les Pyrénées. Et Joseph , peu fait pour le rdle qu'on lui avait remis soit de conquérant, soit d'usurpateur, avait fini par laisser à d'autres le soin de défendre sa couronne d'un jour.
Suchet , maîtrisé par les événements , avait abandonné le royaume de Valence , théâtre de ses grands faits d'armes , après avoir fait sauter les murs de Tarragone , et avoir laissé çà et là quelques garnisons. Les restes d'armée d'Arragon et de Catalogne avaient fini par ne pouvoir rien entreprendre , et, àl'extrémité opposée des Pyrénées, une marche de retraite vers la Bidassoa annonçait une nou^ veauté fatale, celle d'une invasion prochaine de l'Empire. Déjà les troupes combinées étaient arrivées devant Saint- Sébastien et l'avaient longtemps tenu bloqué. L'armée firançaise avait voulu délivrer la garnison par une attaque hardie ; elle avait été repoussée avec perte de deux mille hommes; et, peu après, les Anglais étaient entrés dans la ville, et l'avaient incendiée [8 septembre].
Enfin Wellington , se laissant aller à la fortune , avait atteint la Bidassoa ; le sort en était jeté ; l'épée de Soult était impuissante à contenir le torrent qui débordait; Pampelune avait été quelque temps défendu par une garnison vaillante ; mais les vivres avaient manqué , et la place avait capitulé : toute l'Espagne était affranchie [31 octobre]. Cest alors que Soult , frémissant comme un lion vaincu , toucha le sol de France.
Ces tristes nouvelles volaient à Paris et secouaient les provinces. Des vœux indéfinis commençaient à se mêler au sentiment de la souffrance et de la détresse , et la douleur de la défaite n'empêchait pas les âmes de se jeter vers de vagues pensées de nouveauté ; la gloire même était de-
HISTOIRB DE FEAKGS. 357
venue un poids oppresseur, et le patriotisme faisait effort pour garder ses élans de sacrifice dans cet espoir invincible et universel de délivrance.
La lutte d'ailleurs restait partout animée , et la guerre avait ses vicissitudes de résistance glorieuse ou de défaite éclatante.
En Italie , le prince Eugène justifiait sa renommée ; mais ses forces étaient inégales à celles des Autrichiens, et ses succès étaient sans fruit. (Prise de Bassano et combat de Caldiéro.)
Ailleurs tout allait se précipitant. Soult essaya de se défendre derrière les lignes deSt-Jean de Luz, contre toutes les forces de Wellington ; il fut obligé de céder au nombre.
En Allemagne, Dresde oh 6ouvion-St-Cyr était resté avec une garnison de dix-sept mille hommes , ne put tenir contre les masses de Russes et d* Au trichions qui Tenveloppaient. L'intrépide maréchal entreprit un mouvement sur Torgau , avec la pensée d*appeler à lui les garnisons éparses , et de se faire une route au travers de tant d'ennemis ; son dessein était hardi et bien conçu ; mais il échoua : on était en un de ces retours où l'adversité semble impétueuse et emporte toutes les combinaisons, celles du courage et celles de la sagesse.
La victoire aussi en devenait insultante, et en cette rencontre elle se joua du droit consacré entre les nations. 6ouvion-St-Cyr avait été obligé de capituler ; la capitulation portrait en son article premier : « La garnison de Dresde sortira avec armes et bagages, et déposera les armes en avant des redoutes. MH. les officiers conserveront leur épée; à l'exemple de la capitulation de Mantoue, accordée à M. le général comte de Wursmer , un bataillon de six cents hommes conservera les armes , deux pièces de canon avec leurs caissons et attelages; vingt-cinq gendarmes de la garde impériale conserveront leurs chevaux et leurs armes. Vingt-cinq gendarmes attachés aux divisions conserveront également leurs chevaux et leurs armes. »
L'article 3 portait que la garnison était prisonnière de ^erre , qu'elle serait conduite en France ; et le maréchal
358 ItlSTOIEB DE VEAUGB.
Gouyion-Str-Cyr garantissait que ni les officiers ni les soldats, jusqu*à leur entier échange , ne seraient employés contre aucune des puissances en guerre avec la France. » Puis venaient les dispositioub de la marche de la garnison ; Fensemble de la capitulation d^abord signée par des officiers d^ état-major des deux armées ennemies , devait être ratifiée par les généraux en chef, d*une part par le comte de Klénau et par le général de Tolstoï, de Tautre par le maréchal Gouvion-St-Cyr, et rechange des signatures eut lieu en effet le même jour [11 novembre].
12 novembre. — Alors se fit le départ de la garnison, « Ce fut un triste spectacle , dit en ses notes manuscrites un officier supérieur d*état-major» qui a conservé Tune des rares copies textuelles de cette capitulation célèbre*, ce fut un triste spectacle de voir ces valeureux soldats, si familiarisés avec la victoire, déposer leurs armes, les former en fiiisceaux en avant de ces redoutes qu*ils avaient si vailamment défendues , puis , tristes et mornes , marcher entre la double haie de ces vainqueurs d'un jour étonnés euxmêmes d*un fait si nouveau. »
Le comte Lobau , qui commandait en chef le premier corps d'armée, défila de la sorte le lendemain 13, à la tête de la deuxième colonne, et on vit le colonel russe Mouravieff s'avancer seul pour le saluer ; c'était un hommage miUtaire qui faisait contraste avec la joie injurieuse des autres vainqueurs*.
Les colonnes avaient marché de la sorte jusqu'au 31 ; ce jour-là elles étaient à Dobetchen , trois lieues après Altembourg; et c'est là qu'eUes apprirent Fétonnant abus que fïdsait l'Europe de sa victoire ; le généralissime, prince Schwartzemberg, ne reconnaissait pas la capitulation de Dresde ; et il donnait aux troupes l'option de rentrer dans la place, où elles seraient remises en possession des moyens de défense qu'elles y avaient laissées, ou bien de se soumettre' à la condition pure et simple de prisonniers de
* Le commandant Mae-Sbeéhy.
' Hanuflcrit du commandaDt Mac-Sheâij.
HISTOIB& m FBARGB. 359
guerre dans les États autrichiens, jusqu'à parfait échange. « Proposition dérisoire, qui attestait que TEurope avait cessé de croire à la fortune de Napoléon'. » A cette nouydle,rarmée frémit de colère; Gouvion-St-Cyr rejeta Toptio» Reposée par Schwartzemberg ; il en appela à la reiigioB des souverains ; il invoqua le droit de la guerre ; mais la plainte était vaine; il fallut plier sous ce caprice de 1» victwe; et les soldats, rebroussant chemin, furent conduits' vers la Bohème. Gouvion-StnCyr et Lobau n'aHaient plus avoir qu'à suivre du regard la grande chute dont les épisodes de Dresde étaient le prélude.
CTestaumilieu de cette variété de présages, que Napoléon pensa pouvoir faire appel encore au dévouement de la Nation, n se trouvait des adulateurs pour exalter son e>spérance. « Le Sénat a frémi, vint lui dire le président tacépède, le Sénat a frémi des dangers que Votre Majesté a courus... Votre Majesté a tout surmonté; elle a combattu pour la paix ; avant la reprise des hostilités. Votre Majesté a offert la réunion d'un congrès ; vos ennemis , sire, s'y sont opposés : c'est sur eux que doilretomber tout le blâme de la guerre. » « Les Français, ajoutait l'interprète du Sénat, montrent, par leur dévouement et leurs sacrifices , qu'aucune nation n'a jamais mieux connu ses devoirs envers la patrie, l'honneur et le souverain. » Et l'Empereur répondait : « La postérité dira que si de grandes et critiques circonstances se sont présentées, elles n'étaient pas audessus de la France et de moi. »
Puis le lendemain [ISS novembre] un sénatus-consulte mettait à la disposition du gouvernement trois cent mille conscrits , depuis 1803 jusqu'à 1814: c'est-à-dire tout ce qui restait de population virile, hommes et enfants; la moitié de cette levée était destinée à former des armées de réserve à Bordeaux , à Metz, à Turin, à Utrecht , et à hérisser d'armes les frontières partout menacées, ou déjà envahies.
En même temps, un décret augmentait de trente centimes les impositions principales, et de 2iO' centimes le prix
* M ftDinerit du Gomœaadaiil Mao-Sheéhy«P
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du sel. Le riche et le pauvre étaient frappés : la fortune et le sang s'épuisaient à la fois.
Mais Napoléon ne commença pas moins à redouter le mécontentement de la nation. Selon les dispositions des constitutions de FEmpire, les pouvoirs de la quatrième série du Corps législatif expiraient au 1" janvier, et une élection devait se faire pour la remplacer. Un sénatus-consuite prorogea ses pouvoirs pour la session qui devait s'ouvrir prochainement; et, en même temps, il fut ordonné que désormais le Sénat et le Conseil d'État seraient présents aux séances d'ouverture, et les Ustes de candidats pour la présidence étaient supprimées; c'est l'Empereur qui ferait le choix directement. Tristes indices d'une force qui se sentait iléchir, et qui essayait de se fortifier par le despotisme.
Les souverains de l'Europe , mieux inspirés , jetaient parmi les peuples des paroles pacifiques et modérées. Le premier décembre , il partit de Francfort une déclaration ainsi conçue :
« Les puissances alliées , désirant parvenir à une paix générale solidement établie , promulguent à la face du monde les vues qui les guident , les principes qui font la base de leur conduite , leurs vœux et leurs déterminations... Les souverains alliés déclarent qu'ils ne font pas la guerre à la France , qu'ils désirent qu'elle soit forte et heureuse , que le conuuerce y renaisse , que les arts y refleurissent , que son territoire conserve une étendue qu'elle n'a jamais connue sous ses rois , parce que la puissance française , grande et forte , est en Europe une des bases fondamentales de l'édifice social ; parce qu'un grand peuple ne saurait être tranquille qu'autant qu'il est heureux ; parce qu'une nation valeureuse ne déchoit pas , pour avoir à son tour éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante. C'est à l'Empereur seul qu'ils font la guerre , ou plutôt à cette prépondérance qu'il a trop longtemps exercée hors des limites de son empire , pour le malheur de l'Europe et de la France. »
Ce langage entendu en France remuait profondément les opinions , et dès que Napoléon sentit l'effet de ce mot
HISTOIBB DE FBAlfGB. 361
de paix qui trouvait partout des écbos , il fit adresser, par son ministre des affaires étrangères Caulaincourt , duc de Vicence , au ministre d'Autriche , une lettre d*adhésion aux conditions générales d'une négociation proposée au nom des souverains. Ces bases étaient : La France renfermée dans ses limites naturelles, le Rhin, les Alpes, les Pyrénées ; la maison d'Espagne rétablie ; l'Italie , l'Allemagne , la Hollande affranchies ; la vieille Europe en un mot rendue à l'indépendance. Napoléon retrouvait de la sorte un empire véritable; mais sa bonne foi était suspecte, et les coalises affermissaient leurs succès et enserraient de plus en plus la France de leurs multitudes armées.
Amsterdam tomba aux mains du Prussien Bulow. Le général Molitor défendait la Hollande avec des forces insuffisantes ; il se replia sur Utrecht ; et un gouvernement provisoire proclama l'indépendance des Provinces-Unies, et rappela la maison d'Orange [24 décembre].
Peu après, les Suédois s'emparaient de Lubeck ; et Davoust courait s'enfermer à Hambourg [5 décembre]»
Stettin , Zamosc , Hodlin , Torgau capitulèrent tour à tour, et chaque garnison française resta prisonnière.
Puis le Danemark était détaché de la France par des conventions avec les Busses : tout le Nord échappait à Napoléon. Aux Pyrénées , le maréchal Soult défendait pied à pied l'entrée du territoire. Son armée bien qu'inégale soutenait cette vaillante lutte. Mais le passage fut forcé à Camfoo et à Ustarritz ; les Français , à ce double choc , perdirent six mille hommes; l'armée ennemie en perdit huit mille.
En Italie , Hurat épiait avec ambiguité les retours de fortune. Il occupa Ancâne , mais comme défenseur de l'indépendance itaUenne.
Alors Napoléon trahit la défiance de ses destins par un acte imprévu. Il signa un traité avec Ferdinand d'Espagne , retenu captif à Valençay. Ce prince était remis en possession de son royaume : il s'engageait à conserver la monarchie dans son intégrité , et spécialement à ne jamais céder aux Anglais Hahon , ni Ceuta , qui étaient présentement e^ leur pouvoir ; les droits maritimes étaient reconnus ,
3ii HIStOIEË DE FEAACB.
entre 1a France et TEspagne, suivant les stipolatl'ons du traité d*Utrecht ; on convenait qu'an traité de commerce serait signé entre les deux Etats ; toutefois , le présent traite ne devait recevoir son exécution qu'après Tapprobation du conseil de régence établi par les certes.
Ainsi s'apprêtait la fin du drame qui avait commencé à Bayonne, en 1808, par des lâchetés et des perfidies.
Cest en ces conjonctures que Napoléon se tronva en face du Corps législatif.
La représentation publique semblait depuis longtemps n^être qu'une ombre. Hais ce nom même de Corps législatif indiquait une force dédaignée dans la victoire , redoutée dans l'adversité. Napoléon parla aux députés une langue nouvelle ; il avait poursuivi la popularité de la gloire, il sembla rechercher la popularité du malheur ; peu s'en fàUut qu'il ne voulût être paternel et touchant , comme si, ne pouvant plus exalter les peuples , il n'eût plus qu'à les attendrir. H' parla de la paix , comme s'il n'avait jamais Youlu la guerre. « Mon cœur, dit-il, a besoin de la présence et de l'affection de mes sujets. Je n'ai jamais été séduit par la prospérité , l'adversité me trouvera au-dessus de ses atteintes. Pavais conçu et exécuté de grands desseins pour la prospérité et le bonheur du monde... des négociations ont été entamées avec les puissances. J'adhère aux bases préliminaires qu'elles ont posées. . . Monarque et père, je sens ce que la paix ajoute à la sécurité des trdnes et à celle des familles. »
On eut dit un souverain épris de Famour du peuple ; mais dix ans de guerre étaient un éclatant démenti donné à de telles paroles , et le Corps législatif les entendit sans en être ému. Cependant l'Empereur voulait que la France crut à la sincérité de ses vœux et de ses actes , et, sur son ordre , deux commissions durent être nommées au Sénat! et au Corps législatif, pour prendre connaissance des dbcumenlis qui leur seraient livrés par ses ministres sur les' négociations entamées. Le Sénat désigna des hommes ré^ solus d'avance à l'approbation ; le Corps législatif | dbnf le silence ressemblait à un murmure , désigna dés homm^
io^pendanfti ^la plupart alors. inoenaua dwMb fi^dî^uiift. el poor cela oièiiiA; plus tonaes et pkis Ultf.ea. I^evcs aoiaâ^ \ dtà^hl lesier daas Thistoire : ce fioreal le» diputé&Re^. neuaiA, Laine* Gallois, Flaegergjaes,. Haiaa.de Biraa; la^ ppésident Raignier faisail de droit partie do la coauniasioiu . Apite teit joura de communieatàqD avec le Goufvenieifientt . celte, cooiniissioQ fit son rapport , et ce« f«sl M^Lainé), avocat de Bordeaux» qui p<Nr(a la peacte^i
La commission admettait la nécessité de pcépaxer la gvem peur obtarâ la paix ; oiaid» eUe désisaù. qw VHmperear opposât, à la déclaration des puiasaaaes uBe> déclaration pra|Nr« à rassurer la France et VEuropOi» au &iîeA de. rétendflie de son Empire et de 9011 sjrstème de pcépendér«Me iHiiveiselle. La France antifiM^ était reuferiKiée en dps limiie^^ phia étoiles, et le diadièoa^ des lys bxillait eotse . tofiiB» les couroiukea. La France nouvella étai;t pr<ète i^des sacnfiees pour jepousser reneemi; vais elle voulait Atc«^. aasQDée que son sang ne serait versé que pous difendaeune patrie et des loi» protectrices, « Ces.motSrConaelatauiB» de paix et de patrie» «joutait le rappovteur« wteatiraienfc, en vain, si Fou ne garantit les* institutions quÉprQriietteilt le bieoflaiit de Tune et de Tautro. Il parait donc india|M-K sable qtt*en «i6me temps que le goavomenienft proposera les mesures les plus promptes pour la sûreté de IHÉM^ 89. Mfijesté soit suppliée de maintanîv Ten^iÀref et, constante exécutiouides lois qui gavaotissent aux Français^lea dcoitft de la liberté, de la sûreté) de la propriété , et àlanalieo le libf e exercice de ses dcoits politiques. Cette ^urantie a parU) à votre commission le plua efficace moyen de vendis aux Français Fénergie nécessaira à; leur pr^^pre délenseï,»'.
PbaSiCe langage avait de réserve„plusil pénétrâtes &maa« Le Corf Si législatif» demi-éteint ,. eut l'air de reti^oui^eB ep, soi un ra})oa de vie. La dignité qu'on croyait morte se vér^ veiUa^.eti^dans cette assemblée accoutumée à sanclionnec en siienoe la volonté d'un miattre ,. il se trouva deux. cent, vingit-icinq V/Oix contre trente-deux pour voter Fimpression. du rapport de M. Laine. (Tétait un éclat imprévu de liberté, et le gouvernement frémit de Fexplosion que cet exemple
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poavait faire dans la Nation. Le ministre de la police fil enlever à Fimpression les épreuves du rapport; un décret ajourna le Corps législatif, les portes de la salle furent fermées , et Napoléon alla épancher son premier courroux au sein du Ck)nseil d'État. Ce rapport, s'écria-t-il, était un attentat , un brandon de discorde, une œuvre de sédition. Voulait-on rétablir la souveraineté du peuple? En ce cas, il était peuple, et il prétendait être toujours là où était la souveraineté.
Mais ces éclats de colère dissimulaient mal la rapidité de la décadence. Le rapport se glissa furtivement en France par mille copies ; on le lisait avec avidité ; il consolait d'une longue servitude ; c'était l'indice d'une aspiration universelle vers des changements indéfinis , mais qu'on supposait devoir être meilleurs que l'oppression et la guerre. ' Nul Français n'échappait à Ct^tte impulsion; elle se trahissait jusque dans le palais de Napoléon. H n'y avait à Paris que les faubourgs qui parussent s'émouvoir et frémir à ridée de nouveautés que la défaite aurait imposées ; pour eux la guerre c'était encore la Révolution. Aussi Napoléon 8*écriait : « H n'y a de noblesse que dans la canaille des m faubourgs, et de canaille que dans ma noblesse ^ ! »
Cependant les armées étrangères suivaient leur marche d'invasion.
Genève se Uvra aux Autrichiens; et les Prussiens, conduits par Blucher , traversèrent le Rhin : de Manheim à Coblentz, tous les passages furent ouverts.
Alors se découvrit un spectacle effroyable et nouveau pour la France : Busses, Autrichiens, Prussiens, Saxons, Polonais, Hollandais, Suédois, d'une part; Anglais, Portugais, Espagnols , Siciliens, Sardes, de l'autre ; par le Nord et par le Hidi, un million d'hommes couraient sur un seul empire comme sur une proie, sans compter ni les levées en masse qui couvraient la Germanie et contenaient les garnisons françaises restées dans les places, ni les bandes de guérillas qui sillonnaient l'Espagne, ni l'armée de Mu-
' Mém, de Bour tienne , tom. IX, page 310. "-
1814 HISTOIBB DE FKàKGB. 36S
rat, incertaine encore, mais déjà prête à snivre le torrent.
A cette vaste invasion, qui de toutes parts ceignaitet pressait la France, Napoléon opposait environ trois cent cinquante mille hommes , mais épars : les uns gardant inutilement les villes du Rhin , de TEÂbe, de TOder et de laVistule ; les autres disputant lltalie ; le reste destiné aux dernières luttes, soit au nord, soit au midi, et tous se sentant mal inspirés par le découragement muet ou par la résignation inerte des populations.
Ainsi s*allait ouvrir Tannée 1814, année décisive pour le sort de la France et du monde.
Le 1*' janvier, l'Empereur garda ses habitudes de palais, et il reçut les hommages comme s*il n'eut pas senti crouler le trône. Mais il était sombre ; son regard était de feu , sa parole brève , sa lèvre crispée , son geste saccadé : un affreux silence glaçait une solennité d'ordinaire pleine d'espérance et de vœux. Les députés du Corps législatif parurent à leur tour auprès de ce trône entouré de nuages. Alors la colère de Napoléon ne sut plus se contenir ; elle éclata en mots entrecoupés, impétueux , comnie une tempête.
« Députés du Corps législatif, s'écria-t-il, vous pouviez faire beaucoup de bien, vous n'avez fait que du mal. Les onze douzièmes d'entre vous sont bons, les autres sont des factieux; vous avez été les dupes de ces derniers... Deux batailles perdues en Champagne eussent fait moins de mal. . . M. Laine est un trattre vendu à l'Angleterre; c'est un méchant homme ; je suivrai de l'œil M. Laine... Qui vous a donné d'ailleurs le droit de borner l'action du Gouvernement? Vous n'êtes pas les représentants du peuple; je le suis plus que vous. Quatre fois j'ai été appelé par l'armée , et quatre fois j'ai eu les votes de cinq millions de citoyens pour moi. . . Pai sacrifié mes passions, mon ambition, mon orgueil à la France... Dans votre adresse, vous avez mis l'ironie la plus sanglante à côté des reproches... Vous avez cherché à me barbouiUer aux yeux de la France, c'est un attentat! Vous dites que l'adversité m'a donné des conseils salutaires! Comment pouvez-vous me reprocher vos malheurs? Je les ai supportés avec honneur , parce que j'ai le carac-
966 HISTOIBB DE FEAJVCE.
icre fort et fler... Tavais besoin de consolations ; je les attendais de voua. Vous avez voulu me couvrir de bouc ; mais je suis de ces hommes qu*on tue et qu*on ne déshonore pas... Qu*estH^ que le trône, au reste? quatre morceaux de bois , recouverts de velours^ .. Tout dépend de celui qui s*y asseoit... La France a plus besoin de moi que je n'ai besoin d'elle... N'ètes-vous pas contents de la Constitujlion? eh bien ! il y a quatre mois il fallait en demander une autre... Vous parlez d'abus, de vexations; je sais cela comme vous, cela dépend des circonstances et des malheurs du temps... Pourquoi parler devant FEuropa de nos débats domestiques? Je vous avais indiqué un comité secret... Il faut laver son linge sale en famille... JTai un titre; vous n'en avez pas. Qu'ètes-vous dans la Constitution ? rien. Vous n'avez aucune autorité. Cest le trdne qui est dans la Constitution : tout est dans le trdne et moi... Je vous le répète, vous avez parmi vous des factieux, et je les poursuivrai... M. Baynouard dit que le maréchal Masscna a pillé la maison de campagne d*an citoyen; M. JRaynouard en a menti... La nature m'a doué d'un caractère fort; il peut résister h tout... Je suis audessus do vos misérables déclamations... Mes victoires écraseront vos criailleries : ou les ennemis seront chassés de notre territoire, ou je serai mort. Nous avons plus de ressources que vous ne pensez. Les ennemis ne nous ont jamais vaincus; ils ne nous vaincront point, et ils seront chassés plus promptement qu'iU ne sont venus! »
Cette étonnante allocution, mêlée de fierté triviale, d'inlulie puérile, de courroux impuissant, éoqutée avec stupeur , laissa dans les imes une empreinte de pitié. Napoléon oubliait un magnifique privilège de la souveraineté, c'est de ne point se laisser aller à l'offense envers les sujets ; elle les opprime , elle ne les injurie pas. Mais il était triste qu'en eut à excuser de tels emportements par l'irritation de l'adversité, et cela même était un pronostic funeste,
La chute continuait d'être rapide, et toutefois d'admirâbles efforts se faisaient encore, et indiquaient un dernier choc qui serait formidable.
HISTOIRE DB FHAHCB. 367
Chaque jour était marqué par quelque événcmi ni qui était comcae un ébranlement de TEmpire.
Le général Rapp défendait Dantzick depuis un an contre une armée russe ; les maladies avaient réduit des deux tiers sa garnison ; il capitula , et il obtint les honneurs de la guerre ; mais les vainqueurs, voyant sortir le petit nombre de ses soldats , au lieu de leur rendre hommage , abusèrent de la force et les retinrent prisonniers : c'était une violation du droit des gens ; c'était à la fois une lâcheté.
Les luttes , d'ailleurs , étaient partout devenues pln« acharnées. L'Empire était attaqué à outrance , à mesure qu'il semblait se précipiter , et la défense aussi était plus funeose , à mesure qu'elle paraissait devoir être inutile. Dans l'évacuation des villes, les vengeances étaient atroces, comme si on eût voulu faire exécrer la puissance lorsqu^on ne pouvait plus la faire respecter. Dans la défense des places, TopiniAtreté fot désespérée, quelquefois barbare; rétonnement des revers avait rendu les imes implacables , et Ton vit alors que la gloire la plus difficile à la guerre est celle de l'adversité.
Entre les sièges où éclata ce caractère de frénésie, l'histoire a noté celui de Bambourg.
Là s'était renfermé le maréchal Davoust avec trento mille hommes , résolu à se faire un tombeau de ses ruines. Ce n'est point le lieu de raconter les calamités de ce siège *. Par la destruction et par l'incendie , le redoutabl9 maréchal avait fait de tous les environs de l'opulente ville un immense désert ; « la ville ne sera livrée qu'en cendres , j» disaii^il. Les citoyens vécurent six mois dans l'épouvante ; la faim s'ajouta aux autres fléaux ; il fallut chasser des mufs cinquante mille habitants ; et cependant la garniison se réduisait de moitié par les combats et par les maladies ; les hôpitaux étaient encombrés; les cadavres étaient jetés dans FAlster , petit ruisseau qui forme un grand lac au milieu de Bambourg , et ses eaux empestées exhalaient la mort. Et au miUeu de ces horreurs sévissait le pire des maux ,
' 11 dura da mois de septembre 1S13 an mois de mii 18U.
368 HI8T0I1E DB FBAIYCE.
Favarice barbare. La banque 4e Hambourg fut livrée au pillage; les richesses publiques et les richesses privées furent une proie ; ainsi défendait-on Thonneur de la France par des fureurs que la guerre, dans les jours de prospérité, n*avait pas connues *.
Pendant ce temps tombaient tour à tour les places frontières de la France. Les Russes entrèrent au Fort-Louis et & Hagueneau ; les Autrichiens, à Montbéliard , à St-Claude et à Vesoul; les Bavarois , à Cohnar ; les Wurtembergeois, i Bpinal ; les Prussiens, à Trêves et à Forbach.
Et chaque jour Finvasion grossissait ; les Russes pénétrèrent à Toul et à Nancy , les Autrichiens occupèrent Bourg; bientôt ils inondèrent tout le pays, de FAin à la Saône , tandis que Fermée de Silésie se développait librement sur la Meuse : la France, en un mot, subissait le sanglant affront qu'elle avait fait à toute FEurope : sa terre était foulée par le pied des étrangers , et la patrie frémissait sous leurs armes.
Napoléon essaya de grossir la défense par un décret, qui faisait marcher cent vingt et un bataiÛons de gardes nationales, frêle ressource contre des armées aguerries. Des desseins de stratégie gigantesque ne fermentaient pas moins dans son étonnant génie ; c'est par Fltalie qu'il entendait ressaisir la victoire , et peut-être il eut changé la guerre , si là même ne s'étaient déjà faits des retours soudains. Le roi Hurat avait devancé les événementspar des conventions avec l'Autriche ; en s'assurant ses Etats , il aspirait à garder Findépendance de Fltalie, et son aide de camp, Lavauguyon, avait occupé Rome dans ce dessein ; en même temps , le Pape Pie VU s'acheminait vers la ville sainte. Ainsi tout échappait à Napoléon , et cependant Fennemi continuait de s'avancer sur les terres de France; déjà il touchait à la Marne. Napoléon qui semblait craindre de quitter Paris , affectait néanmoins 1« sécurité ; il riait des Parisiens, enfants effrayés^ disait-il; il persiflait les pru-
* Oe tristes parUealaritét du siège de Hamboorg sont racontées par Bourrienne, qui avait été oonsul généial dans cette ville» tom. IX.
HISTOIBE DE FRANGE. 369
dents, il annonçait la destruction rapide des confédérés , et enfin , voyant que les populations gardaient leur défiance , il appela aux Tuileries les officiers de la garde nationale'.
Cétait le 21 janvier, date sinistre et pleine de présages. « J'ai du plaisir à vous voir réunis autour de moi , leur dit-il, je pars cette nuit pour aller me mettre à la tète de Farmée. Je laisse avec confiance , en quittant la capitale, ma femme et mon fils, sur lesquels sont placées tant d*espérances. Je devais ce témoignage de confiance à tous ceux que vous n*avez cessé de me donner dans les principales époques de ma vie. Je partirai avec Tesprit dégagé d'inquiétudes, lorsqu'ils seront sous votre fidèle garde ; je vous laisse ce que j'ai au monde de plus cher après la France , et le remets à vos soins.
» n pourrait arriver, ajouta-t-il, que, parles manœuvres que je vais faire, les ennemis trouvassent le moment de s'approcher de vos murailles. Si la chose avait lieu , souvenez-vous que ce ne peut-être que l'affaire de quelques jours et que j'arriverai bientôt à votre secours. Je vous recommande d'être unis entre vous et de résister à toutes les insinuations qui tendraient à vous diviser. On ne manquera pas de chercher à ébranler votre fidélité à vos devoirs , mais je compte que vous repousserez toutes les perfides instigations ^ »
Ainsi parla Napoléon ; il y avait du trouble dans sa voix , et l'aspect de cette femme et de cet enfant confiés en de tels moments à la fidélité d'une capitale épouvantée , rendait cette scène attendrissante. Aisément, aussi, on pénétrait son inquiétude dans cqs démonstrations de sécurité, et comme, enfin, il laissait son firère Joseph à la tête du gouvernement, ses paroles furent impuissantes à calmer l'anxiété. Joseph était un honnête homme sans génie; il ne pouvait qu'assister à une chute du trône; c'était un de ces catactères que rien ne grandit, pas même la gloire , sans méchanceté comme sans courage, incapables de s'émouvoir à ce qui est beau et n'ayant ni l'ambition du succès , ni la fierté du malheur.
' Mém, de Bourriennef tom. DL
370 HISTOIBB DE FEARGB.
Paris , en réalité , allait rester sans défense. Mais Napoléon, une fois dégagé de ses entours de palais et rendu tout entier à ses conceptions de guerre, retrouvait son génie et son audace; il étalait, selon sa coutume, des organisations de grande armée, et il distribuait huit commandements de corps principaux à huit maréchaux, comme pour ses campagnes lointaines. Par malheur, ces corps, formés de dél)ris, ayaient à faire face à une invasion qui se développait sur une ligne immense , de Langres à Namur, tandis que des masses s'avançaient vers Paris par la Meuse et par la Marne, et que le prussien Bulow etFautrichien Bubna pro* tégeaient cette marche, delà Belgique au bassin du Rhône.
On ne saurait dire, en cette histoire, la compUcation des marches quHl fallut opposer à ces corps gigantesques , qui , partout, se déroulaient sur le territoire. Jamais Napoléon ne déploya plus de science, ni plus d'activité, ni plus de courage ; il sembla vouloir s'égaler à la grandeur de ses périls, et, comme il arrive dans toutes les grandes destinées, l'adversité fut le dernier sceau de sa gloire. Napoléon se porta à Chfllons- sur-Marne ; ses lieutenants les plus célèbres étaient accourus. Mortier, Victor, Marmont, Macdonald, Ney, Ondinot; soixante-dix mille hommes étaient groupés sur ce point. Napoléon espérait une de ces batailles qu'il rendait décisives par des coups soudains. Les masses étrangères s'appliquaient à fuir de telles rencontres ; elles ne purent cependant éviter des combats partiels, et Napoléony déploya une activité savante, hardie, opiniâtre, qui suppléait au nombre, mais ne réparait point les pertes. A Brienne {29 janvier], il tint en échec, pendant douze heures, avec qmnze mille hommes quatre-vingt mille Russes, commaiidés.par Sacken. Brienne avait été le point dé départ de sa jeunesse; c'est là qu'il avait été dressé aux arts de la guerre sous les auspices du roi de France; il n'avait pas prévu qu'en ces mêmes lieux, témoins de ses premiers jeux militaires , il 'aurait à défendre sa fortune de monarque contre la coalition de tous les rois. Le prussien Blucher, battu avec les Russes, se replia vers les renforts de la grande armée d'invasio% et, trois jours après, il re-
f^fffljA af e« d/9s fojrçfts nouvelles à la Rptii^f e. Napoléon ^fd( çfljf d'une Dat^jlle pour relever les courages. t)es 46U|: côjlésp rac^.^ni,ement fut égal ; mais la victoire devait èljre ^n noi^bre ; JNapol.çpp perdit six miUe hommes ; il fut .obligé de recule^ sur Troyes.
Alors j^n apprit aue Bruxelles ne tenait plus ^ et qu*en Italie, le pirincé Eugène, après la défection de Murât , avait recule devant les Autrichiens , de TÂdige au Mincio. — En même temps, le prussien Yorck entrait dans Châlons; Napoléon sortait de Troyes pour suivre Blucher sur ^a Marne, et Troyes était occupé à son tour par des corps alliés. Là se fît une première explosion d'opinions rpyaiistes; les revers de Napoléon semblaient un signal de retour à la vieille monarchie. Partout le prestige s*éva> ^louissait. Il ne restait que des débris d'armée, résolus i moiurir enveloppés dans leurs drapeaux.
Cependant un congrès s'était ouvert à Chfttillon entre les quatre grandes puissances alliées et Ifi France. Napoléon avait ju^que^là frémi à l'idée de subir les conditions .dictées par ses ennemis. H ne croyait,à son En;ipire qu'aytant qu'il ser^ijt l'e^i^pression de )a domination de la France sur toute l'Europe, «c Lçi France , disait- il à ses confident^, a pris son cher des mains de ta victoire ; si la victoire ni'aban()on)pait^ Içi France retoupi^erait aux descendants de Hefiri IV. » Et aussi par là s'explique son système obstiné de guerre universelle, comme si le prestige des batailles eût «été nécessaire à réternité de son pouvoir.
Tcmtefqis Ijbs circonstances devenaient de plus en plus funeste^ , .et chaque jour aggravait la dif^cjalté des négoxiations. A Francfort , l'Europe avait voulu renfermei* Ja France en ^es limites naturelles; et Napoléon , après avoir reppussé ces dispositions qui ne suffisaient pas à ses vues de prépondérance , avait fini par les accepter. Hais par degrés ^ yictoire avait changé î^ vues de l'Europe , et Cfiuls^incoyirt , le ministre de Napoljéon , se sentit , dès les débets du congrès de Châtillon p février^ , armé de pouvoirs insuffisants pour entrer utilement dans les conférences. Napoléon , de son côté , épiait une occasion de se
37S histoub db feahcb.
relever par un coup d'aventure ou de génie , et d*arr6ter par les armes les insultantes exigences de la diplomatie. Blucher sembla la lui offrir par Fincurie de ses manœuvres. Tandis que se poursuivait le plan de marche sur Paris, Blucher avait affaibli son flanc gauche ; Napoléon s'y précipita ; un corps russe, commandé par Âlsufieff, fut atteint à Champaubert; la victoire fut rapide ; Âlsufieff resta prisonnier avec deux généraux , quarante-cinq ofQciers, dixhuit cents soldats , vingt et une pièces de canon ; ce fait d'armes rappela la vieille gloire. S n'en fallut pas davantage pour raviver la confiance et l'enthousiasme de Napoléon, c Encore une victoire comme celle-là , disait-il le soir, et je suis sur la Vistule ! » Hais il ne trouvait pas autour de lui la même espérance ; le feu des âmes était amorti , et les maréchaux gardaient le silence. « Il me faudrait pour réussir, dit-il au général Drouot, cent hommes comme vous ; » dites cent mille ! j» répondit le général ^
Toutefois , le lendemain , une victoire plus belle encore sembla répondre à l'enthousiasme de Napoléon. Sacken s'efforçait de rallier le corps prussien de Yorck : Napoléon courut à lui à son tour , l'atteignit à Montmirail , lui tua deux ou trois mille hommes , et lui enleva vingt-cinq canons et ses bagages.
La victoire semblait donc sourire encore. En Italie , le prince Eugène battait les Autrichiens à Velleggio etPozzolo [8 février] ; c'était un reflet des plus beaux jours. Mais toute l'attention restait fixée sur la France. La Seine était protégée , entre Nogent et Moret , par Victor et Ouâfinot ; Pajol et Allix défendaient l'Yonne, d'Auxerre àMontereau ; l'Empereur allait se multipliant sur tous les points , et, en deux autres combats , il venait de rejeter Sacken et York à la droite de la Marne. Il avait laissé Marmont à Etoges , pour couvrir la roule de Châlons. Là , Blucher reparut , avide de réparer son affront de Montmirail. Aussitôt Napoléon fit volte-face et l'atteignit de nouveau à Vauchamp. L'attaque fut rapide; Grouchy, Doumerc, Bordesoult,
* Mém, de Bourrienne , tom. IX.
HISTOIBB DB FRAKGE. 373
Saint-Germain secondaient Napoléon ; tout céda à leur impétuosité ; Tennemi Ait mis en pleine déroute. Dix-huit canons , trois mille prisonniers , sept mille Prussiens ou Russes hors de combat , tel fut le prix de la journée ; les Français n'avaient pas perdu six cents hommes.
L'ardeur s'était ranimée dans les troupes. Mais la grande armée des alliés continuait à manœuvrer sur Paris, en dépit de ces actions éparses, et déjà ses avant-postes touchaient à Melun, tandis que des partis avancés au sud de Fontainebleau faisaient trembler Orléans. Napoléon courut sur la Se ne, laissant à ses lieutenants le soin de contenir Blucher et les renforts russes qui lui arrivaient de la Belgique.
En ce moment , l'Empereur voyait autour de lui cinquante mille hommes ; sa vieille garde et sa jeune garde s'exaltaient des succès remportés sur le nombre , et il marchait sur le flanc des vastes armées qui s'étendaient sur la rive droite de la Seine : avec ses inspirations soudaines il put croire encore à des prodiges.
Cest aussi par là qu'il comptait arrêter les résolutions menaçantes du congrès de Châtillon. Déjà était sorti des conférences un projet de traité humiliant pour son Empire. A mesure que l'on s'avançait vers Paris , les puissances , qui avaient déclaré ne pas faire la guerre à la France , cédaient au besoin de lui faire expier sa domination et ses conquêtes. D'après ce projet, l'Empereur devait renoncer à la totalité des acquisitions faites par la France depuis 1793« et à toute influence constitutionnelle hors de ses anciennes limites ; il devait aussi reconnaître aux autres Etats le droit de régler librement leurs rapports entre eux , ou de déterminer les limites des pays cédés par la France , sans que la France put aucunement y intervenir ; les colonies de la France devaient lui être restituées , à l'exception des tles de Tabago , des Saintes , de Bourbon et de France ; enfin un article était ainsi conçu : « Il remettra dans de trèsbrefs délais et sans exception les forteresses des pays cédés, et toutes celles encore occupées par ses troupes , en Hollande , en Belgique , en Allemagne , en Italie. Ces places seront remises dans l'état où elles se trouvent , avec leur
374 HISTOIBS DB FBAKGE.
artillerie , les munitions, et tout ce qui n'est pas propriété particulière. L'Eimpereur remettra, également sans délai , aux armées alliées , les places de Besançon , Béfort , Huningue , à titre de dépôt, jusqu'à la ratification de la paix définitive. »
Ces conditions étaient dures; non que la vieille France, resserrée en ses limites , n'offrit pas , comme avait dit M. Laine, un beau diadème ; mais il semblait cruel que celui qui avait aspiré à tenir toutes les couronnes à ses pieds fut condamné à se contenter du royaume qui avait suffi à la grandeur de Louis XIV. «C'est par trop exiger, s'écria Napoléon; les alliés oublient que je suis plus près de Munich qu'ils ne le sont de Paris. » Ici reparaissait le vertige.
Ni l'art , ni le courage , ni la victoire même ne pouvait sauver l'Empire ; et cependant la résistance était pleine d'éclat, et parfois des succès rapides faisaient croire que les masses étrangères pouvaient être refoulées par l'héroïsme du petit nombre.
L'invasion russe s'avançait vers Paris le long de la Seine. L'Empereur courut de Montmirail avec sa garde [15 février] , et en deux jours il avait rallié à Guignes les corps d'Oudinot et de Victor. Ney le secondait; cinquante mille hommes se trouvèrent en un moment en face de l'ennemi et le culbutèrent dans un combat, près de Nangis. Diverses renccmtres parurent relever la fortune de Napoléon; le •prince royal de Wurtemberg fut battu à Montereau ; les ralliés rétrogradèrent, et Napoléon les rejeta au delà de Trojes , où bientôt il rentra victorieux.
Là, quelques jours auparavant, quelques serviteurs de la monarchie ancienne, des chevaliers de Saint-Louis, avaient paru dans les rues avec leurs vieux signes de fidélité; exemple qui pouvait produire une contagion et qu'il avait hâte de contenir. U lança un décret malheureux, bieiitôt suivi d'une exécution barbare. « Tout Français, disait le décret, au service d'une des puissances dont les troupes envahissent le territoire de l'Empire, et tout Français qui aura porté les signes ou les décorations de l'ancienne dynastie, seront déclarés traîtres, jugés par des corn-
HISTOOLB DE FBAIVGE. 375
missions miKiaires , pondamnés à mort , et leurs bien§ seront confisqués. » On avait sous la main cçyx qui avaient commis le crime avajit qu'il eût été défini ; on appliqua la peine sans rechercher si on donnait à la IqI un effet rétroactif; la justice avait besoin de faire peur, op lui lais^ le caractère d'une vengeance.
Les événements, toutefois, se précipitaient en dépit de$ retours 4e victoire et des explosions de colère. Lç coiçte d'Artois, frère <Je Louis XVI et du roi J-ouis XVIII, avait paru à Vesoul, et cette nouvelle avait r^mué au fond des âmes une émotion vague , qui attestait que le souvenir des Bourbons s'était conservé, bien que depuis vingt ans leur vie fut lin mystère. D'aillQurs, ujie Ineur de nouveauté perçait au travers des accidents si complexes de la guerre ; autour de Napoléon même se faisaient des réflexions d'avenjr, qui amortissaient les plus ardents courages. Le niarécbal Victor avait paru fléchir dans les dernières rei^contrès , et Napoléon lui avait re^é son commandement et l'avait jemis au général Gérard. C'étaient cpmme des inr dicesde défiance, avant-coureurs de dénoue;ments sinistre^.
Mais Napoléon gardait soiji impétuosité de défense. jQi chercbait l'occasion d'une grande bataille , et il ne la pou-p vait saisir. Le généralissime autrichien Schwartzembe;;g attendait les derniers s:^ccès du temps et du nombre. ]R^ tiré derrière l'Âube, il suivait, immobile, les opérations de ses lieutenants. Le maréchal Augereau était ^evepi^ naenaçant sur le Rhône; vingt-cinq mille Allemands ,furefi$ envoyés pour le contenir. A la droite de la Marne, Bluche/ faisait sa jonction avec les corps de Bulojv et de W\n3^ugerode , et il allait pouvoir se diriger sur Paris jivec cent mille hommes, n'ayant devant lui que les corps mutilé^ de Mortier et de Mar^nont. Et, enfin, le prince de Wejmv, soutenu par Bernadette, couvrait la Belgique avec d^ forces formidables pontre la stratégie du général Maison, qui, vainement, suppléait au nombre par l'activité savante de ses manœuvres.
Il y avj^ , dans cet ep^Qmble de combinaisons , une sorte de,défiance . qui tputeifoi^ laissait voir.la force de l'attaque.
376 HISTOIBB DE FRAIÏGE.
Qki eut dit que l'Europe ne s'approchait qu'avec une inquiétude tremblante de celui qu'elle était sûre d'opprimer , ne fut-ce que par le poids des multitudes. Déjà réduit à un petit nombre de combattants, elle le forçait à diviser sa défense^ et, en évitant une rencontre générale, elle le condamnait à se laisser accabler , sans prétendre à la gloire de le vaincre.
Napoléon, pour faire face à cette variété de périls, avait jeté vingt-deux mille hommes sur la gauche de Blucher, et il avait laissé à Macdonald et à Oudinot le soin de s'opposer avec trente-cinq mille hommes aux mouvements de Schwartzemberg ; pour lui , il se tenait avec huit mille hommes seulement prêt à voler sur la Seine ou sur la Marne selon la marche de Tattaque.
Dans cette situation , La Fère fut occupée par le prussien Bulow ; en même temps , une brusque attaque surprit Oudinot; quarante mille Russes et Autrichiens tombèrent à Bar sur quinze mille Français ; une charge rapide de cavalerie de Kellermann arrêta le choc inégal ; mais le champ de bataille restait aux ennemis, également couvert de leurs morts et de ceux des Français. Le même jour , Macdonald était attaqué à La Ferté par d'autres masses autrichiennes et wurtembergeoises; les deux maréchaux iiirent obligés de se replier sur la Seine [27 et 28 février].
La défaite de Napoléon semblait assurée , et , par degrés, les quatre puissances principales de la coalition devenaient plus impérieuses. Napoléon , qui se sentait accablé sous le nombre , essaya d'éluder le péril en écrivant à l'empereur d'Autriche une lettre de politique évasive; les dispositions n*en furent point changées; les souverains se hèrentpar un traité nouveau , signé à Chaumont , sur la Marne [1" mars] , et s'engagèrent, dans le cas où Napoléon rejetterait les conditions proposées à Châtillon, à poursuivre la guerre, par tous les moyens , jusqu'à ce que la paix générale lui fût imposée. — Oiaque puissance continentale, disait le traité , tiendra constamment en campagne active cent cinquante mille hommes au complet. Aucune négociation séparée n'ajura lieu avec l'ennemi commun. L'Angleterre fournit un
HISTOIBB DB F&AHCB. 377
subside annuel de cent vingt millions de francs, à répartir entre ses trois alliés! Le présent traité d^alliance, ayant pour but de maintenir l'équilibre en Europe , et de prévenir les envahissements qui, depuis tant d'années, ont désole le monde , sera en vigueur pendant vingt ans.
Jamais coalition n'avait été cimentée de la sorte , et Napoléon à un tel concert eut pu pressentir sa ruine. Mais son irritation était devenue un délire ; et les ressources ordinaires de la guerre manquant à son génie , il résolut de faire de la guerre une extermination.
Bulow s'était avancé jusqu'à Soissons ; ainsi Blucher tenait sous sa main les armées de Silésie et du Nord.
Macdonald, qui avait pris le commandement général des troupes laissées en présence de la grande armée des alliés , fut obligé de reculer devant les masses qui s'avançaient avec ensemble , et il établit sa défense sur une ligne de Nogent à Montereau.
C'est alors que Napoléon crut pouvoir appeler à son aide un patriotisme demi-éteint dans les longues souffrances de la guerre , par un appel qui trahissait en même temps la fureur et l'impuissance.
« Tous les citoyens français , disait- il , sont , non-seulement autorisés à courir aux armes , mais requis de le faire ; de sonner le tocsin aussitôt qu'ils entendront le canon de nos troupes s'approcher d'eux ; de se rassembler , de fouiller les bois, de couper les ponts, d'intercepter les routes , et de tomber sur les flancs et sur les derrières de l'ennemi. Tout citoyen français pris par l'ennemi, et qui serait mis à mort , sera sur-le-champ vengé par la mort , en représailles, d'un prisonnier ennemi. Tous les maires, fonctionnaires publics et habitants qui , au lieu d'pxciter l'élan patriotique du peuple , le refroidissent ou dissuadent les citoyens d'une légitime défense, seront considérés comme traîtres et traités comme tels ^ »
Dernier mais inutile effort d'un génie qui, tout en fascinant la nation par l'éblouissement de la gloire^ avait uni par
* Décrets impériaax datés de fismea, b man« j
lasser ses admirations, et* à force d^arentares témëratres, ne laissait dans les âmes qu*un reste de coriosité fatiguée, comme il arrive aux dernières émotions d*un drame qui finit.
La France ne répondit pas à ces appels de défense nationale ; Tarmée seule avait à glorifier jnsqn'an bout ses drapeaox , et elle remplit son devoir avec une constance digne d'être applaudie par rhistoire.
Napoléon luinnème ne s'abandonna point lorsque la guerre le trahissait. Il crut pouvoir, avec trente mille hommes encore groupés autour de lui , s'attaquer à cent mille hommes que Blucher avait concentrés autour de Laon (7 mars]. H dirigea l'ardeur de son attaque vers Craonne, sur le corps russe que conduisaient les généraux Woronzow et Sacken. La lutte fut opini&tre ; le maréchal Victor y déploya toute sa vaille) uce, comme pour justifier sa fMTopre gloire lorsqu'il cessait de croire à la destinée de Napoléon; il fut grièvement Messe ainsi que le général Groucfaj ; huit mille Français furent mis hors de combat. La perte était égale du côté des Russes; mais l'indécision de la victoire était fatale : et aussi , trois jours après, Napoléon reprit la lutte en essayant de s'emparer de Laon de vivelorce, avide de succès partiels, lorsque les grandes adtions fuyaient ses armes.
Tant d'efforts n'empêchèrent point Blucher de faire un pas en avant; et Soissons ayant été évacué, Napoléon s'y jeta , et de là il courut à Reims qui venait de tomber au pouvoir des Russes. Là se livra un combat meurtrier; un Français émigré, le général Saint-Priest, qui commandait un corps russe , y fut tué. Les Russes s'éloignèrent, laissant dix canons, cent chariots, et quatre mille hommes , morts ou prisonniers. De là Napoléon crut pouvoir s'aller joindre à Macdonald, et se jeler sur l'Aube au-devant de Sdiwartzemberg, qui s'avançait avec cent mille combattants. Sur ces entrefaites , le congrès de Ch Atillon se séparait , et l'Empire était livré aux derniers hasards de la guerre, ainsi qu'à la mobilité des pensées de la nation.
Déjà de rapides présages partaient du Midi de la France.
Tandis que Napoléon s'était multiplié pour arrêter le
HMfOtKS JA VÈàM». 379
taitëfit (fcA sdtiéîdukii vers Pâri« , le maréekalSoult aTéil défetidu pi6d à pied le sol français Contre TinYasioii des forces Supérieures de Wellington. La lutte de ces deux hommes est restée mémorable.
SonH avait encore prèrs de soixante taillie bommes^ bmîs la plupart jeunes conscrits, mal dressés à ia guerre; Na-^ poléon lini avait enlètté 'Si!M^ceMiv«*ieAt Ibb pius expéri^ mentes 4è bescombattanlis potur les opposer aUxiàvasia»» du Ndi^d.
W^ngton commandait à cent qiMi^ante miU» hommes sur la ligne des Pyrénées*; soiftaiita>^x tniUa bômcnes entk'àièÉft atet lui pAr SaintJean-dë-Lu2.
Cest avec cette inégalité de foret» fve Soalt contint Taggression. »
Le coinbat de Saint'«J<eQn''de-'Iiuz avè»t en lieu le 10 no^ yembre. Soult lie reculH ^'aved une lenleiir itnposantëç quelques combats tYës-vM) wrënt iieu sir la Nm [ 8 et 13 décembre]. Soulty perdH sis milte honoiôes:; les Aa^ glais , buit mille. SôuU put ^ lertifior librement sar Bayonne ; â semblait donnisr le t&mps à ^'aotres évéïke^ ments de se déclarer. Ëtt^s "après deux moia de patits combats d*avant-pOsteSf rermié«frangaise fut coukrainte^to se rei)]ier sur Orthez. Là Soult attendit son 'eonemii L^eaM gagemënt fat général ^ îênm'}; la bataiHe dura Dent te jour. La ()erte des Français fut de tfois mille hommlnB^ celle des An^ais plus considérable; mfais le nolnbre restait maître du cbamp de bataille, etlBouH^ccAitinua sa reÉreâte avec ordre vers Saiat-Sever.
A ce moment^ les imaginatil)ns m<éhdionales ^oonnneii^ cèrent à s'émouvoir; des bruits politiques îe Hiê*aientaiDc récits des combats. Le nom de M. Laine étiÀt >p6ptilaife dans le Midi, non-seulement pour son éloquesce, maÎB' encore pour la dignrtéde son caractère et de sa vie^ -son rapport, qui avait si vivement inrité Napoléon, a?*it vole h Bordeaux, îet de Bwdeauxdans toutes »ies vttle»; on y eherchait, on y trouvait la trace d'opinions etdeTVBETBfc'qoi remuaient Tâme de ceux des FNmçais qui avaient garée la souvemr de la vietlie maaâr^ie. Les généralkms nou^
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Telles, qui, durant vingt ans, avaient grandi dans le silence, s'étonnèrent d'entendre des noms qui n'étaient point venus encore à leurs oreilles. A la suite des armées d'Anglais, d'Espagnols et de Portugais se glissaient des émissaires secrets, apportant des nouvelles du roi de France, et les vieux comme les jeunes s'étonnaient d'apprendre qu'il j eût un roi de France. Nul n'aurait su dire si la maison de Bourbon avait péri tout entière; mais tous t'étaient accoutumés à oublier qu'elle eût jamais vécu.
La surprise fut plus grande epcore , lorsqu'on apprit que M. le duc d'Angoulème venait de toucher la terre de France. Ce nom même de duc d'Angoulème était inconnu des masses populaires ; mais le nom de Louis XYI était empreint dans toutes les mémoires, et lorsqu'on raconta que le duc d'Angoulème était le neveu du roi infortuné , qu'il était le mari de sa fille,. de cette pauvre orpheline longtemps prisonnière du Temple , dont les malheurs racontés sous des formes diverses , et même sous celles du roman , avaient fait couler tant de larmes ; lorsqu'on vit ce voile du passé se rompre et découvrir des lueurs qu'on n'avait pas jusque-là soupçonnées , il y eut dans toutes les Ames un frémissement électrique, et un ordre d*événements nouveaux se révéla.
Le duc d'Angoulème était entré à Sl-Jean-de-Luz peu après le combat qui avait eu lieu près de cette ville. Là se trouvait un homme au coeur généreux , c'était le maire , nommé Raymond St-Jean , qui , apprenant la venue du prince, courut lui offrir l'hospitabté, et, l'ayant reçu en sa maison , rendit au proscrit tous les honneurs dus au sang des rois. Respect gardé à la monarchie ou défi jeté à l'Empire , St-Jean devait plus tard être puni de son courage ; mais le pays alors s'en émut, et bien que les puissances traitassent avec Napoléon , il se glissa dans la pensée publique (les pronostics de délivrance.
Le duc d'Angoulème put ainsi s'avancer au milieu des populations visitées par la guerre , interrogeant les voeux, épiant les craintes ou les espérances , et toutefois gardant une réserve qui était toute la dignité permise à sa fortune.
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Le maréchal Soult dirigea sa savante marche vers Tonloase , en se rapprochant des Pyrénées, comme poor éviter le plus possible au sol français d'être foulé par l'invasion. Le duc d'Angoulème parut alors à St-Sever , et là se sentant plus libre , puisque ce n'était plus la victoire des étrangers qui lui traçait sa route , il prit son élan vers Bordeaux, aprës avoir institué à Hont-de-Marsan des autorités qui devaient en son nom proclamer le roi de France.
L*histoire doit ici mentionner un fait qui ne put guhre alors être aperçu dans la rapidité précipitée des événements , mais qui a son importance dans Teiplication dek Restauration.
Tandis que le duc d'Ângoulême instituait des autorités nouvelles, Wellington maintenait celles auMl trouvait établies. Celles-ci recevant Tordre de proclamer le roi , consultèrent Wellington, qui non-seulement les dissuada , mais leur défendit même d* obéir. On traite avec TËmpereur ! disait une de ses dépêches ; et bientôt il ajouta à la défense un acte de destitution contre un préfet institué par le prince, à Montr-de-Marsan , vieux chevalier de St-Louis nommé de Carrère ; le préfet brava la victoire , comme Vil eût voulu montrer que la cause royale était pure de Faffront fait aux armes françaises.
Ni au Midi , ni au Nord , le nom des Bourbons ne semblait avoir préoccupé la pensée politique des puissances coalisées ; le détrdnement de Napoléon n'était pas alors dans leur volonté , et peut-être un tel dessein eut paru ihimérique , tant TEurope s'était accoutumée à s'incliner doivent ce génie !
Il n'y eut donc dans la succession des événements que des coïncidences fortuites^ et les instincts de la France purent éclater d'eux-mêmes ; la surprise était soudaine; l'explosion fut libre et spontanée.
Cest ainsi que le duc d'Ângoulême parut à Bordeaux, devançant une des divisions de l'armée anglaise [12 mars]. Bordeaux , ville d'intérêts plus que de passions , gémissait depuis six ans sous la loi du blocus universel. Et peut-être elle avait gardé le souvenir de son opulence , aux jours de
1a prospérité 4m colonies ; eet éclat avai^ foi; te cc^moiçrce iQOurwt ; le porA était désert ; iaeileoïieiit la ville ioduan- .trieuse se liiè^ait aller à respérance d'une siikiai^oB mett* leiire. Quelques-uns de ses citoyeos toutefois, s«ipérieurs4 des calculs de bienr^re , avaioDi nourri des penses d'boaj^ur et de liberté , qu'ils aâsociaient à des traditions de lAonarebie parlemrataire. Parmi eux brillait Fa vocat Laiaé, âme fière et libre qui , en mérilaoi les colères de Napoléon , (avait oonquts de la popularité , et en jouifisait avec une jwplicité modeste. Avec plus d'impatience frémissaient lÀes jeunes gens , brillants d'esprit et de courage, i^aniant la plume et Tépée , avides d'aventure et de nouveaj^é- £t idaascette fermenlny^D les rangs s'étaient rapp^rochés ; no- Ues, bourgeois, marchands, avocats semblaient n'avoir 4|tt'une pensée f teois aapûrmtt à voir finir l'oppression , çw se préoccupant 4e souvenirs d'aacien régime o«i de réflrolutisn, d'aristocratie ou d'égaillé ;€Aaoua cette impulsion cofiimniieee fit un soulèveaient de tout le peuple, sanscenjuratioa , «anspréparaition d'MMune sorte , si bien <)ue le maire de la vtUe , M. Linch, n'eut qu^à obéir à cet eulrakiemeiiA soudain , pour avodr Tkaoneur d'iu)^ initi»* tive qui allait devenir le signal d'une RévolulJKH).
Bordeaux ouvrit ses portes au duC d'Angoulème ; IomI» la population, ses magistrats en tète , coturut le recevoir ; le jour mèuM Louis XVIII était proclamé , et le vieux drapeau blanc flottaii siir la ville. De ce moment, les n^^ociatiaps , les faits d'armes, les victoines même forent inutiles; la France ne croyait pk» à FËmpij e.
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