‹ Histoire de FranceChapitre 9 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Défiances et plaintes de TAngleterre. — Rupture de la paix; Manifestes. — Message au Sénat. — Lettre aux évoques. — Actes de guerre. — Retour aux formes monarchiques; création nouvelle; rinstitut. — Soins politiques. — Affreux désastres. St-Domingue. — Conspirations. Pichegru et Georges Gadoudal. — Justice implacable. Moreau est arrêté. — Fatal épisode du duc d'Enghien. Interrogatoire ; jugement ; mort du prince. — Explosion en Europe.

— Lettre des princes de la maison de Bourbon. — Jugement de l'histoire. — Le premier consul continue ses réformes. — Formidables apprêts de guerre. — Mort de Pichegru. — Pressentiments de l'Empire ; motion du tribun Curée ; empressements d'adula» tion. — Le Sénat prend les devants; il propose l'Empire à Bonaparte. — Harangues sur l'hérédité. — Bonaparte moins prompt que les flatteurs. — Sénatus-consulte. — Bonaparte accepte l'Empire.

— Napoléon Empereur. Hommages publics. Entrainement de la France. — Scènes atroces à Saint-Domingue. Dessalines empereur d'Hsûti. — Napoléon entoure de pompe le gouvernement de la France. — Étonnants contrastes; la République et la Monarchie; changement de rôle ; Talleyrand et Fouché. — Les salons ; le faubourg St-Germain et la cour. — Littérature de l'Empire; réaction dans les lettres ; jugements de Napoléon.

Cependant cette domination de Bonaparte sur Tltalie, sur la puisse , sur la Hollande , chaque jour aggravée par des actes politiques , avait irrité FAngleterre. Des armements se faisaient dans les ports de France, et vainement on annonçait qu'ils étaient destinés à Saint-Domingue, dont la possession restait douteuse en regard d'une guerre d'esclaves à peine assoupie ; l'Angleterre y voyait pour elle-même une menace. Des ingénieurs français , sous le nom de consuls, avaient, disait-on, épié ses cdtes et sondé ses ports , et cette idée d'une agression française, toujours facilement accréditée, faisait de la paix un péril de plus contre lequel le cabinet de Londres avait à se prémunir. Ce prétexte lui avait suffi pour ne pas évacuer Tile de Malte, et c'était ici une violation manifeste du traité d'Amiens.

HlStÔlAlt DB nnUGS. 127

Aîniii les g^ièfs 3' ajoutaient aux déûances mtitueiles ; et c*est, en cette occurrence, que le roi d'Angtetorre se plaigtiit dans ùH message au patlement, que la paix d'Amiens airait été tnal gardée.

8 et 10 mats. ^^Le premier consul avait à son gré dé^ placé léi^ bornes des Etats , telles que la paix les avait re*coiifiues ; Tincôrporatiott de l'île d*Elbe et du Piémont ; la Ht^llaAde occupée , les républiques d'Italie transformées ^ la Suisse opprimée , tels étaient le« griefs du rot d'Angleterre, tl disait qu'eti fègard de cette politique , des mesures do précaution étaient commandées; deujc jours après, Htl autre message annonçait Torganisation des milices du royatjiïûô : Ce fut le signal d'une rupture ouverte, et le prélude d'uiië guerre qui devait être implacable. « Ils croient que je redoute la guiirre , disait Bonaparte; je ne la crains pas. » La guenie au contraire répondait à ses desseins comme à Son génie. On le Vit , à l'issue d'une réception du Corps diplomatique , laisser échapper à cet égard ses pensées devant une réunion de généraux , de sénateurs et de hauts fonctionnaires. » D ne me faut que peu de temps pour avoir deux millions d'hommes. Voyez quel a été le résultat de la première guerre : la réunion de ïà Belgique et du Piémont à la France. Celle-ci sera encore tout à notre avantage ; elle consoUdera notre système. Je toe veux point que la France soit fatiguée par des entraves étrangères ; l'Angleterre a violé évidemment les traités ; plutôt que de le soufîrir , il vaudrait mieux prêter hommage au roi d'Angleterre , le couronner roi de France à Paris , cela vaudrait mieux que de se soumettre aux in* solttnts caprices du gouvernement anglais. Si on oédait à l'Angleterre , bientôt eHe nous interdirait la naVigation dans certaines parties du monde, elle nous demanderait nos Vaisseaux ; que sais-je ? Mais soyez tranquilles ; je ne suis pas d'humeur à souffirir de pareilles humiliations ; puisque l'Angleterre veut la guerre , elle l'aura ; je ne la ferai pés attendre ; et nous verrons ! ^ »

* Mém, de Bourrienne , tom. V.

Page 1