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On établit une balie de soixante-huit personnes, qui pouvait s'adjoindre tel ou tel membre, prolonger annuellement son autorité jusqu'au moment où elle jugerait à propos de s'en. démettre : c'était en elle que résidait toute l'autorité ; on lui avait attribué le pouvoir de choisir dans son sein les électeurs du gonfalonier annuel et de nommer des députés, qui dorénavant seraient censés foimer la représentation du peuple florentin. Les partisans des Médicis avaient tout envahi; le peuple dut déposer ses armes entre les mains des nouveaux venus. Il y eut réaction complète dans l'administration politique; les partisans du gouvernement populaire en furent tous éloignés. Dans le nombre se trouvait le célèbre historien de Florence, Nicolas Machiavel, qui, plus tard, impliqué dans une conspiration contre les Médicis, fut mis à la torture et banni à son tour.
C'était alors que les Suisses, descendus en Italie par le Tyrol, comme nous l'avons dit, rejoignaient l'armée vénitienne, aux ordres de Jean-Paul Baglione. A ces trente mille hommes, dont la plupart étaient des troupes fraîches, la Palisse n'avait à opposer que quinze mille hommes, fatigués de la guerre, diminués par la désertion; encore n'étaient-ils pas tous Français. Il se retira donc devant l'armée ennemie, abandonnant la vallée de l'Adige, ravitaillant dans sa retraite Brescia, Peschiera, Legnano, Crémone, Bergame, renforçant les garnisons de toutes les places ; quand il parvint à Pontevico, sur l'Oglio, il ne lui restait plus que dix mille hommes ; ce fiit là qu'un héraut d'armes, en vertu d'un ordre avocatoire de l'empereur, vint sommer les quatre mille Allemands, qui n'avaient pas déserté, de quitter à l'instant le service de France, sous les peines les plus rigoureuses.
La résistance était devenue impossible ; déconcerté par cet abandon imprévu, la Palisse recula jusqu'à Pizzghettone, sur l'Adda, puis jusqu'à Pavie, puis enfin jusqu'aux
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Alpes, qu'il traversa pour se rendre en France, où l'appelait Louis XII ; il fut renvoyé en Navarre, où la diversion du roi d'Anton nécessitait un plus grand déploiement de forces. La branche régnante de la maison d'Albret avait eu de longs démêlés avec la couronne d'Aragon. Lorsque la sainte-ligue eut attaqué Louis XII en Italie, Ferdinand, jugeant le moment favorable pour faire valoir ses prétentions, envahit la Navarre, où la faiblesse de Jean d'Albret avait laissé se fortifier les deux puissantes factions des Beaumont et des Grammont. Avec le secours de la première , le roi catholique eut bon marché des troupes du roi de Navarre ; en quelques jours, Pampelune et les autres villes tombèrent en son pouvoir. Jean d'Albret et les Grammont se réfugièrent en France.
Louis XII, par amitié ou par politique, accorda au roi dépouillé la Palisse et une armée de vingt-quatre mille hommes, avec laquelle il rentra dans son ancien royaume; il espérait, avec l'appui de ses amis et de ceux des Grammont, se ménager partout des intelligences ; mais il ne s'éleva aucun mouvement en sa faveur; quelques villes secouèrent, il est vrai, le joug des Espagnols ; elles furent bientôt reprises par le duc d'Albe, général de Ferdinand. La Palisse s'avança jusque sous les murs de Pampelune pour en former le siège ; elle avait été amplement pourvue d'hommes et de vivres, tous les assauts furent repoussés. A l'apparition d'une nouvelle armée que le roi d'Aragon envoyait au secours de ses nouveaux sujets, il fallut songer au retour ; la retraite se fit difficilement à travers les gorges étroites des Pyrénées ; on abandonna même le gros canon, dans l'impossibilité où l'on était de lui faire traverser les montagnes. Jean d'Albret y perdit son royaume, et Louis XII une belle armée.
Mêmes revers en Italie ; après le départ de la Palisse, rarmée de la sainte-union envahit le Milanais, où les Fran«
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çais avaient laissé de faibles garnisons. Tout se rendit aux Suisses, hormis Bresse, Como, Locarno, Lugano, Novare et Crémone. Gênes, que la première révolte avait brisée sous répée de Louis Xll, se souleva de nouveau et rétablit la dignité de doge dans la personne de Jean Frégose (23 juin 1512). n y eut un marché entre elle et les cantons. Un don de 12,000 ducats fit reconnaître aux Suisses son indépendance, puis eut lieu le partage du malheureux duché de Milan. Les cantons helvétiques gardèrent Bellinzona, qui était pour eux la clef de l'Italie, et le pape s'empara des places à sa bienséance, le long des frontières des états de l'Église.
Alors la famille détrônée des Sforce reparut à Milan, grâce à l'intervention des Suisses, qui voulaient se ménager un débouché pour le trop plein de leur population mâle, et maintenir en hausse ce commerce d'hommes qu'ils firent si longtemps encore. Bientôt une révolution s'opéra dans la ligne de conduite des princes unis pour ou contre la France. La question de restitution subsistait toujours entre l'empereur et la république vénitienne. Jules II, qui travaillait à s'assurer l'alliance de l'Allemagne, sépara enfin sa cause de celle de Venise, et fit une paix particulière avec l'empereur, que la jalousie fit entrer dans la ligue de la sainte-union (28 novembre 1512). La république abandonnée jeta ses vues autre part. Depuis la prise de Brescia, André Gritti était resté prisonnier en France ; elle le chargea de négocier avec Louis XII ; le roi s'y prêta volontiers ; son but était atteint, l'humiliation de Venise. Maintenant c'était collectivement au pape, à l'empereur, au roi catholique, qu'il avait transporté ses haines politiques. Un traité de paix et d'alliance offensive fut conclu et signé à Blois (13 mars 1513). Les Vénitiens renonçaient à leurs droits sur Crémone et Ghiara d'Adda, mais, en revanche, Louis XII leur céda les siens sur Bergame, Brescia et Crème.
Jules II, le créateur et Tâmé de la sainte-ligue, ne vit
pas la fin dé la guerre (il était mort au commencement de l'année 1513), et le cardinal de Médicis, grâce à unt^ maladie qui semblait doubler son âge, s'était vu, à trente-six ans, élevé sur le trône pontifical, en dépit des jaloux et des ambitieux de sa trempe ; singulier hasard qui l'avait tiré des mains de Trivulcepour l'envoyer à Rome, où on aurait bien pu faire l'élection sans lui, car les candidats ne manquaient pas. Le riouveau pape Léon X continua l'œuvré favorite de Jules II, l'expulsion des Français, mais il ne se déclara pas d'abord. Il envoya sous main 42,000 ducats aux Suisses ; vieille dette, disait-il, que sa dignité lui commandait d'acquitter. Les Suisses ne s'y méprirent pas; quelques jours après, huit mille d'entre eux descendaient du sommet des Alpes, et s'allaient poster à Novare, où treize ans auparavant leurs compatriotes avaient trahi et livré Ludovic le Maure. Il n'en fut pas ainsi cette fois; Maximilien vint se jeter aveuglément entre les bras de ses défenseurs, et à l'arrivée d'un nouveau renfort, on marcha à là rencontre des Français. En exécution du traité de Blois, Louis XII avait envoyé une nouvelle armée en Italie, pendant que les Vénitiens, sous l'Alviane, s'avançaient vers Milan, par la Lombardie. En même temps, une flotte française, aux ordres de Pierre-Jean de Bidoux. chevalier de Préjean, se présentait devant Gênes. Une réaction s'opéra en faveur de la France. La faction des Frégose abandonna la ville et se relira à Spezzia : Antoniotto Adomo fut aussitôt nommé lieutenant du roi de France, et élu doge par le sénat et le peuple. La conquête de la Lombardie fut tout aussi facile à l'approche des vingt-quatre mille hommes de Louis de la Trémouilïe et de Jean-Jacques Trivulce ; Milan et toutes les autres villes ouvrirent leurs portes, excepté Novare et Como. Maximilien s'était jeté dans Novare; les Suisses approchèrent ; l'armée française recula devant eux jusqu'à Riotta, où elle attendait un corps de cavalerie eiï-
voyé par d'Aubigny. La position était désavantageuse entre Riotta et Trécate. Le lendemain, 6 juin, on vit venir l'infanterie suisse en colonne serrée, le taureau et la vache en tête» Les lansquenets allemands , qui formaient Tavantgarde, furent exterminés, Tartillerie enlevée et tournée à Finstant contre les Français, la cavalerie enfoncée en un clin d'oeil ; les dix-sept mille Suisses firent fléchir les trente mille hommes de Trivulce. La retraite fut aussi rapide que la conquête ; les vaincus ne s'arrêtèrent que sur le versant occidental des Alpes. Les Suisses s'aventurèrent dans le Milanais, pillant çà et là les villes et les campagnes, exerçant les droits de seigneurs et maîtres dans les états de leur allié Maximilien ; toutes 1 es places fortes échappèrent au pillage à prix d'argent ; leur rançon servit encore à engraisser les Suisses. Le Milanais était perdu pour la France : Gènes retourna aux Frégose. La flotte indépendante se présenta de nouveau devant la ville, et le doge Adomo, sans même essayer une résistance inutile, se retira à son tour (47 juin 4513).
L'Alviane s'était avancé dans la Lombardie à la rencontre des Français ; leur défaite imprévue lui fit rebrousser chemin jusqu'à Padoue, en abandonnant Crémone, Brescia et Bergame. L'armée alliée vint l'y assiéger pendant dixhuit jours ; puis voyant l'inutilité du siège, elle se mit à faire des ravages dans la campagne, jusqu'au moment où l'Alviane, autorisé par le sénat vénitien, sortit de Padoue à leur rencontre. La bataille se donna à la Motta, près de Vicence (7 octobre 1513). La position des alliés était mauvaise, ils y suppléèrent par un courage opiniâtre. Au milieu du combat, une terreur panique saisit les Vénitiens ; leur perte fut de quatre mille hommes. Paul Baglione tomba entre les mains des Espagnols, et l'Alviane, pour sauver les reste de l'armée, alla s'enfermer dans Trévise, d'où il faisait de temps en temps des excursions sur le Frioul et la
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Carniole ; il s'empara d'Udine, de Montefalcone et de la Polésine de Rovigo.
L'année 1513 n'était pas heureuse pour la France; les négociations de l'Espagne avaient réussi ; par les soins de Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas, l'Angleterre avait souscrit au traité d'alliance contre la France ; les articles' en avaient été approuvés et les conditions stipulées à Malines (5 avril 1513). On devait attaquer la France par quatre endroits à la fois , Henri VIII, par la Picardie , Maximilien, par la Flandre, les Suisses, par la Bourgogne, enfin Ferdinand , par les Pyrénées. Le traité en question reçut sa pleine et entière exécution ; les troupes aragonaises envahirent la Navarre ; en Italie, les Napolitains battirent les Vénitiens à Creazzo ; en Bourgogne, les Suisses s'avancèrent jusqu'à Dijon. Enfin, au commencement de juillet 1513, Henri VIII débarqua à Calais avec trente mille hommes, auxquels se joignirent douze mille hommes de cavalerie que Maximilien avait fait lever dans les Pays-Bas.
Les deux princes marchèrent vers Térouanne , pour en former le siège. Huit mille hommes de gendarmerie française s'approchèrent de la place pour y introduire un convoi (17 août 1513). Une terreur panique les saisit subitement : à la vue de la cavalerie impériale , ils se mirent à fuir en désordre. La journée de Guinegate, ou des Eperons, ne fut pas meurtrière, grâce à la vitesse des chevaux ; mais elle dégarnit la frontière du nord. Le duc de Longueville, Bayard, et d'autres chevaliers furent faits prisonniers. L'armée victorieuse retourna sous les murs de Térouanne. Après deux mois de siège, la place non secourue se rendit, et fut rasée de fond en comble. L'alarme était dans Paris ; mais le roi d'Angleterre n'osa s'aventurer plus loin dans le pays de France, et il s'en retourna à Londres.
Selon leurs engagements avec Maximilien, qui leur avait promis une bonne solde , tout en comptant sur la bourse I. 39
d'Henri VIII, vingt-cinq mille Suisses entrèrent en Bourgogne, sous les ordres de Jacques de Wattewyll ; la Franche-Comté et le Wirtemberg leur fournirent quelques renforts; ils s'avancèrent vers Dijon. Le gouverneur de la Bourgogne, le rusé la Trémouille, n'avait à leur opposer que les débris de l'armée d'Italie , douze mille hommes environ ; et d'ailleurs Dijon était très-mal fortifié. Toutefois, se fiant sur le peu d'usage que les Suisses avaient de la théorie des sièges, il résolut de s'y renfermer. L'armée ennemie arriva bientôt après ; mais elle se consuma longtemps en préparatifs et en tranchées inutiles. Un mois s'était écoulé ; l'hiver avançait ; la rareté des vivres commençait à devenir Inquiétante , et l'empereur, malgré sa promesse, n'arrivait pas ; l'argent du roi d'Angleterre n'avait pas encore paru, et rien n'annonçait qu'on s'occupât de pourvoir à la paie des assiégeants. La Trémouille sut habilement profiter de ce malaise général ; il fit semer par ses émissaires, dans l'armée ennemie, le bruit que le roi de France ne leur refusei*ait rien , s'ils consentaient à s'éloigner ; ils demandèrent à traiter. Sûr d'être désavoué , puisqu'il n'avait pas de pouvoirs , la Trémouille leur accorda tout, et signa les yeux fermés toutes les conditions qu'ils lui dictèrent (13 septembre 1513). « Ils stipulèrent « 400,000 ducats (2,095,000 ducats d'aujourd'hui) pour « eux, et 8,000 pour le duc de Wirtemberg. Leurs alliés « ne furent pas oubliés : Louis XII devait reconnaître le « concile de Latran, et se réconcilier avec l'Église ; renon- « cer à tous ses droits sur le duché de Milan et le comté « d'Asti ; se soumettre à ce que prononceraient des arbitres « sur les prétentions de l'archiduc Charles au duché de a Bourgogne. La Trémouille ramassa avec peine 20,000 « ducats, dont les Suisses se contentèrent pour leur pre- « mier paiement. Ayant reçu pour sûreté du reste six a otages , savoir : deux seigneurs et quatre bourgeois de
« Dijon, qui étaient, à ce qu'on prétend, des hommes de « rien, travestis en hommes riches, les Suisses s'en retour- « nèrent dans leurs montagnes.,.. On pense bien que « Louis XII désavoua la Trémouille. » Schoell. Hist. des temps mod.
Sur ces entrefaites , Anne de Bretagne mourut de la gravelle à Blois (9 janvier 1514). Sa fille Claude, qui héritait de la Bretagne, fut mariée aussitôt au ducd'Angouléme, sur la tête duquel la couronne de France allait tomber, et, malgré les larmes de Louis XIÏ, la place de la défunte reine fut bientôt occupée. Anglais, Français, Allemands, Espagnols, tous étaient las de la guerre. Léon X, qui s'était tenu presque en dehors de cette lutte, dont les proportions allaient toujours en grandissant, consentit facilement à oublier le passé, sitôt que Louis XII eut renoncé aux conclusions schismatiques du concile de Pise. Ferdinand et Maximilien firent leur paix l'un après l'autre, et enfin, le 7 août 1514, le traité de Londres acheva la pacification provisoire de l'Europe. Louis XII prit pour femme Marie , la sœur de Henri VIII, qu'il épousa le 9 octobre à Abbeville, et promit à son beau- frère un million d'écus, payables en dix ans. C'était le duc de Longueville, devenu le prisonnier du roi anglais à Guinegate, qui, pendant sa captivité, avait négocié ce traité. Henri Vlll n'en tint pas moins rigueur au diplomate, et fixa à 50,000 écus sa rançon ; mais Longueville lui gagna presque toute la somme à la paume.
Ce mariage inopportun, car Louis XII avait cinquantetrois ans et la goutte, devint fatal àl'ancien époux d'Anne de Bretagne. Faible et crédule, comme le sont les vieux maris, il s'était mis en tête d'avoir un héritier ; et, selon l'expression de Brantôme, il faisait le galant et le jeune homme avec sa nouvelle épouse, princesse de dix-huit ans, et une des plus belles de l'Europe. Pour mieux lui plaire , le bon roi
se jeta à sa suite dans les plaisirs et les réjouissauces , et changea toutes les habitudes tranquilles de son régime de vie. « Car où il soûlait dîner à huit heures, il convenait « qu'il dînât à midi ^ et où il soûlait se coucher à six heu- « res, souvent se couchait à minuit. » Au bout de six semaines de fêtes, il tomba malade d'une dyssenterie, et dans la nuit du 1" janvier 1515, à l'heure même où Tannée commençait, il rendit l'âme à Paris, dans son palais des Toumelles. Enfant violent, brillant chevalier, puis roi modéré et bientôt débonnaire, Louis XII finissait son règne et sa vie presque en vieillard ridicule. Le chef de la guerre folle, le maître des joutes et des passes d'armes de Charles VIII avait tourné au bourgeois, et non pas au bourgeois rude et brusque, tel qu'avait été Louis XI. Les tendances pacifiques et l'inaltérable douceur de sa seconde nature contredisaient d'une façon trop formelle l'ancienne devise de son grand-père, qu'il avait conservée, un porc-épic avec cette légende : Cominùs et eminùs (de près et de loin). On garda longtemps à Paris le souvenir de sa petite mule sur laquelle il se rendait au palais, famihèrement et sans suite, venant s'asseoir parmi les juges, et se promener au milieu du peuple dans le jardin du palais, qui s'étendait derrière la grand'salle, à l'endroit où est maintenant la place Dauphine. Avec cette bonté positive, cette bonhomie tranquille et sans préméditation , Louis XII laissait avec peine son peuple bien-aimé aux mains de François d'Angoulême, homme tout de faste et d'éclat, qui devait s'intituler plus tard le 'premier gentilhomme de son royaume, et qui n'était guère disposé à goûter cette maxime favorite du père du peuple, « qu'un bon pasteur ne saurait trop engraisser « son troupeau. » « Hélas ! s'écriait Louis XII avec ses « confidents, hélas ! nous travaillons en vain ; ce gros gar- 0 çon gâtera tout ! »