‹ Histoire de FranceChapitre 10 sur 16 · I.0UI8 xiu /i · texte numérisé non relu

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neutralité parfaite ; Venise, qui pour le moment ne redoutait que l'agrandissement de Ludovic le Maure , promettait un secours de six mille hommes au prix de Crémone et Chiara-d'Adda, après la conquête ; enfin, par le traité de Genève, le passage des Alpes était ouvert à travers les états du duc Philibert de Savoie, qui donnait même quelques troupes.

L'armée française , forte de trente mille hommes, se rassemblait à Lyon, sous le commandement de Louis de Luxembourg, comte de Ligny, du seigneur d'Aubigny e de Jean-Jacques Trivulce. Quand le roi fut arrivé, eLe mit en marche. Au mois d'août 1499, elle passa les Alpes et envahit le Milanais, au moment où la diversion des Vénitiens laissait Ludovic le Maure sans espoir de secours. La trahison de Galéas San Severino , gendre du duc de Milan, laissa les villes et les forteresses à découvert ; Ludovic le Maure se sauva en Allemagne avec ses enfants et ses trésors. Jamais conquête, à part celle de Naples, ne fut plus facile. Vingt jours après la descente des Alpes, Louis XII faisait à Milan une entrée triomphale ; puis il songea au retour. Trivulce fut nommé gouverneur du Milanais ; des traités d'alliance furent conclus avec les états voisins, Florence, Ferrare, Bologne, Mantoue, leMontferrat. César Borgia obtint trois cents lances et quatre mille Suisses pour conquérir la Romagne.

Guelfe de cœur et de famille, le nouveau gouverneur persécutait les Gibelins que la victoire lui avait mis entre les mains ; il laissait les bandes françaises courir le pays et piller les propriétés milanaises contre l'ordre du roi ; les habitants se lassèrent de son système d'oppression. On avertit Ludovic qui leva cinq mille lances en Franche-Comté, et huit mille Suisses, malgré le directoire fédératif : à son entrée dans le Milanais, huit mille Italiens vinrent se joindre à lui ; il s'empara de Como, de Milan,

de Pavie, de i^arme, que Trivulce avait abandonnées. Bientôt après, des secours arrivèrent de France; Loiiis de la Trémouille passa les Alpes avec six mille hommes, et lé bailli de Dijon avec six mille Suisses. Novare s'était rendue aux Slilanais, parce que les Suisses de la garnison avaient été gagnés par leurs frères dans le camp des assié-

f[eants. Mais des ordres sévères venus du directoire , et 'or de la France, amenèrent une nouvelle trahison. La trémouille, sachant que Ludovic le Maure s'était renfermé dans Novare, était allé l'assiéger avec toutes ses forces. Une capitulation fut signée entré lès défenseurs et les français, sans aucune mention du duc. Les Suisses défilèrent; le malheureux Sforce s'était déguisé en capucin; trahi ou reconnu, il fut saisi par la trémouille lui-même, et envoyé en t^rance, au château de Loches, où il mourut. Son frère, le cardinal Ascagne, arrêté â Plaisance , fut envoyé à Venise , puis livré aux Français et enfermé dans la tour de fiourges (1 500) .

C'était le moment, ou jamais, de marcher à la conquête de Naples. Florence, dont le gonfalonier, Pierre Soderini, était l'ami du cardinal d'Amboise, avait promis le passage à travers les terres de la république, parce que la France seule pouvait la sauver des continuelles attaques des Médicis exilés, et de César Borgia, duc de Valentinois. Le pape Alexandre avait fait alliance avec Louis XII , non par amitié, mais par politique, car le roi de France était plus fort que lui : en Allemagne , Maximilîen, d'abord irrité de la spoliation des Sforce, s'était laissé gagner par argent, comme toujours, et par la promesse d'un mariage entre Claude de France et l'archiduc Charles , son petit-fiis ; enfin la cession de Bellinzona avait fermé la bouche aux Suisses. Restait donc l'Espagne, dont les intérêts étaient plus grands encore, puisiqu'elle possédait la Sicile. Un traité fut conclu à Grenade, le 11 novembre 1500, par lequel

Ferdinand s'engageait à aider le roi de France de troupes et d'argent. La part de Louis Xll était belle, Naples, Gaëte, la terre de Labour et les Aljruzzes, avec le titre dé roi de Naples et de Jérusalem ; mais il eut le tort de s'adjoindre un copartageant et un rival, car Ferdinand'le Catholique, déjà maître de la Sicile, allait s'emparer de l'a Palabre et de la Pôuille, et se conservait toujours un pied à terre en Italie, en cas d'événement : le péage des troupeaux voyageurs de l'Abruzze et de la Fouille dut être égàlemen]; partagé! On voit que les deux rois comptaient sur le succès. 11 est curieux de suivre sur les chroniques contemporaines la liste des seigneurs de renom , des brillants gentilshommes qui voulurent être de l'expédition : on y retrouve des noms devenus populaires , quelquefois immortalisés par des chansons ridicules, la Palisse, la Trémouille, Bayard, Stuart d'Aubigny, d'AIègre. Le pape avait biéni le iraité, et son fils César Borgia était, avec d'Aubigny et le Napolitain San Severino, un des commandants de l'armée. La marche des Français à travers l*Italîe fut encore une promenade. Le 24 juillet 1501, Capoue se rendit après (luelque résistance ; sa garnison fut passée au filde l'épée ou pendue aux créneaux .

Naples , effrayée de cette cruauté de mauvais augure , ouvrit aussitôt ses portes le 19 août. Le roi Frédéric, découragé, céda de bonne grâce; il échangea son royaume contre le duché d'Anjou et 30,000 ducats de rente. Son fils Ferdinand n'était pas d'aussi bonne composition. Abandonné de ses soldats, il erra longtemps dans les Abruzzes, puis il s'enfermadânsTarente, oùGonzalve de Cordoue , qui venait de s'emparer de Gaëte , vint l'assiéger. Le prince napolitain se rendit , à condition qu'on le laisserait aller en liberté ; mais le rusé Gonzalve l'envoya prisonnier en Espagne, au mépris de la capitulation. Après la conquête, les envahisseurs avaient respectivement pris

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possession des provinces stipulées dans le traité ; mais il survint bientôt une occasion de guerre : dans les conditions du partage, on avait oublié la Basilicate, la Principauté Ultérieure et la Gapitanate.

Le duc de Nemours , gouverneur du royaume , les réclama comme appartenant aux Abruzzes; Gonzalve de Gordoue , comme faisant partie de la Fouille. La Gapitanate était un point important, parce qu'elle était le passage des bestiaux, dont le péage se montait tous les ans à 200,000 ducats; or, si TEspagne s'était emparée du poste, c'en était assez pour affamer les Abruzzes, et réciproquement s'il était tombé aux mains des Français, la Fouille se serait trouvée à leur merci. Les hostilités commencèrent : Gonzalve, forcé de reculer, se jeta dans Barletta, laissant ses ennemis piller à l'aise les possessions espagnoles. L'instant était critique ; l'Espagne n'avait plus qu'un pied dans le royaume; Ferdinand usa de ruse: il envoya à Lyon l'archiduc Fhilippe, avec plein pouvoir de conclure un traité à l'amiable.

Louis XII s'y laissa prendre ; on convint de part et d'autre de céder tout le royaume de Naples à Claude de France et à l'archiduc Charles, si le mariage avait lieu ; sinon, chaque partie rentrerait dans ses droits. La guerre avait été suspendue par un ordre royal, mais Gonzalve recevait à chaque instant des renforts. Enfin , quand il se crut assez fort , il leva le masque , et marcha contre les Français. L'armée de Louis XII n'était nullement préparée à cette attaque ; personne ne s'attendait à la trahison , pas même l'archiduc Philippe, qui fit tout pour se justifier aux yeux de l'Europe. Le 21 avril 1503 , d'Aubigny fut défait à Séminara, en Galabre, par Hugues de Gardonne et Antonio de Leyva; le général vaincu courut s'enfermer dans la forteresse d'Angitola, où, quelque temps après, la disette le força de se rendre. Le 28, Gonzalve lui-même mit en déroute

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Tarmée du duc de Nemours à Cérignole ; le prince y fui tué. Naples, Capoue, Aversa se rendirent.

Vingt mille hommes arrivèrent de France , sous le commandement du marquis de Mantoue ; la Trémouille devait les commander : il tomba malade à Parme. Le marquis de Mantoue se laissa battre partout où il fit rencontre des Espagnols ; son successeur, le marquis de Saluées, ne put ranimer l'armée démoralisée ; au mois de décembre , le reste de ses troupes fut encore battu au Garigliano; le 1*' janvier 1504, Gaëte capitula : il ne restait plus aux Français que Venouse , où le brave Louis d'Ars , un des preux de l'expédition , s'était jeté avec tout ce qu'il avait pu réunir de soldats. Après une vigoureuse défense, il en sortit sur l'ordre de Louis XII, et commença, à travers l'Italie, une brillante retraite, frappant des contributions de droite et de gauche, et s'ouvrant partout un passage, malgré la malveillance longtemps comprimée des Italiens ; il traversa enfin les Alpes, et vint retrouver le roi à Blois avec ses quelques mille hommes. Un peu désenchanté de l'Italie méridionale par la triste issue de son expédition , Louis XII tourna ses vues ailleurs.

L'investiture du duché de Milan était toujours son point de mire ; c'est là ce qui le détermina à conclure ce malheureux traité de Blois, que le cardinal d'Amboise eut, plus tard, tant de peine à faire oublier à son maître. Louis XII accordait en dot à sa fille Claude de France les duchés de Bourgogne, de Bretagne, de Milan, avec toutes leurs dépendances. Gênes, les comtés d'Asti et de Blois. C'était, pour la maison d'Autriche, un précieux apanage, et pour la France une dot terriblement onéreuse. Une autre cession, moins importante il est vrai, vint encore diminuer les prétentions du pouvoir royal. La grande Isabelle venait de mourir, et tous ses droits au trône de Castille passaient à l'archiduc Philippe, qui prit

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aloi-sletitrederoi. Ferdinand haïssait son gendre: il s'empressa d'opérer un rapprochement avec le roi de France, dont il demanda là nièce, Cermaine deFoix, en mariage.

Louis XII céda à la princesse ses droits au demi-royaume de Naples, à condition toutefois qu'il les recouvrerait à défaut de descendance.

L'Italie entre les Français et les Espagnols s'agitait sourdement ; le pape Jules II venait, avec Tappui de Louis xn, de s'emparer de Bologne, d'où il avait chassé là famille seigneuriale des Bentivoglio. Le fougueux pontife, impatient dans ses conquêtes temporelles , aussi bien que dans ses ordres ecclésiastiques, était entré dans la ville , le casque en tête, la cuirasse sur le dos. Le pape s'était fait l'apôtre de la révolution populaire , afin d'avoir meilleur marché de la noblesse, son ennemie. Les Bentivoglio , et , avec eux , nombre de seigneurs, sortirent de la ville. L'exemple de la populace bolonaise qui avait hué à la fois les nobles et les Français fut peut-être déterminant pour la révolte de Gênes. Jules n, toujours fidèle au but politique de sa vie, l'expulsion des Français, y entretenait la discorde entre le peuple et la noblesse. Gênes depuis longtemps déchue du rôle brillant que Venise jouait encore dans l'Italie, était, comme nous l'avons vu, tombée sous la suzeraine du roi de France, qui envoyait un gouverneur de son choix dans le château i mais elle conservait encore tous les dehors d'une vieille république. Là, comme ailleurs , la noblesse était fière et hautaine ; les vingt-huit familles titrées , les Fiesque , les Doria, les Spinola, les Grimaldi, ne marchaient guère dans la rue sans une nombreuse suite armée ; leur devise était un mot insultant pour le peuple, et ce mot, ils l'avaient fait graver sur leurs épées : castiga villani. Mais il leur coûta cher.

D'autre part, il y avait encore au sein même du peuple un germe de division, celui qui existera toujours dans une société peu nivelée, là distinction du riche et du pauvre ,

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que l'usage avait consacrée par la dénomination triviale, liiais juste, de peuple gras et de peuple maigre.

Toujours en garde contre la noblesse, qui , dans Texécution des ordres émanés de son sein, traitait le vilain de haut comme dans la rue, le peuple murmurait, mais il obéissait ; car la garnison française aurait brisé toute résistance. tJn jour pourtant un gentilhomme , je ne sais de quelle famille , se laissa emporter jusqu'à levet la main sur un bourgeois. Le peuple maigre s'attroupa pour tirer vengeance de l'offenseur : on courut aux armes ; la révolte devint générale. Prise au dépourvu, la noblesse ne put pas môme se défendre ; elle laissa piller ses palais et ses galeleries, et s'échappa furtivement, abandonnant quelcjueéuns des siens aux mains de la populace , qui en eut bientôt fait justice. (i8 juillet 1506.)

Le gouverneur de Gênes , Philippe de Clèves Ravenstein, était alors à Asti : les exilés se rendirent auprès de lui , Louis de Fiesque à leur tête. Quelques jours après, Ravenstein rentra dans la ville rebelle avec toutes lès troupes qu'il avait pu réunir. D'après l'ordre du roi , il confirmait le décret que les Génois avaient arraché à Rocabertino, son lieutenant; les plébéiens devaient, à l'avenir , entrer pour les deux tiers dans la distribution des dignités publiques ; mais il y ajouta une condition qui fît tout rompre, le rétablissement des Fiesque , Grimaldi , etc. Les tribuns improvisés de la bourgeoisie ameutèrent le peuple ; force fut donc aux Français d'évacuer la ville , après avoir ravitaillé le château.

Dès lors la révolte n'eut plus de frein. Gênes se transforma en un vaste arsenal pour se préparer à la guerre. Un homme, comme on n'en voit paraître qu'aux jours des triomphes populaires, vint imprimer à ce mouvement spontané le cachet de son audace et de son énergie. Le teinturier Paul dé Novi passa de son humble atelier sur le trôna

UkO HISTOIBE D£ FBAUCE.

du doge y où il s'assit pour quelques jours, comme Rienzi à Rome et Mazaniello à Naples.

Cependant une armée formidable se rassemblait en France. Le cardinal d*Amboise a\ait présidé à tous les pré paratifs, aux moindres détails de l'expédition . Une nombreuse artillerie, un corps de génie complet pour l'époque, le reste de la chevalerie qui avait survécu aux désastres de Naples , c'en était plus qu'il ne fallait pour couper court au soulèvement populaire, qui n'avait guère pour lui qu'un enthousiasme momentané.

A l'approche de l'armée française , le siège du château fut changé en blocus , et l'artillerie reportée dans les retranchements. La position de Gênes était forte ; de nomnreux bastions avaient été élevés en face de la ville sur la haute montagne qui la domine , et c'était là que Paul de

Novi , avec un renfort de trente mille paysans , attendait les Français. La Palisse fut chargé de l'attaque. Le feu des ennemis était vif; les •Suisses avaient refusé de monter à l'assaut : « Retournez, poltrons , retournez , criait le brave « chevalier : si j'en vois un seul quitter le terrain, je le « ferai tailler en pièces. » Rlessé lui-même, il remit le commandement au duc d'Albanie : le corps des volontaires nobles vint prendre part au combat. L'argent fit avancer les Suisses ; les Génois furent refoulés dans la ville après une défense opiniâtre ; et Rayard, debout, la lance à la main , sur le haut de la montagne, donna gain de cause à la noblesse et à la royauté par ces mots dédaigneux : « Ores, « marchands, défendez-vous avec vos aulnes, et laissez « les piques et les lances, lesquelles n'avez accoutumées.» (11 avril 1507.)

Le lendemain , une députation des vaincus vint demander au roi la paix ou la bataille. Louis Xli accepta la dernière, et quarante mille Génois sortirent des faubourgs pour se faire tailler en pièces. Puis le roi de France entra

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dans la villç , Tépée nue à la main , en signe d'inflexibilité . Les larmes du peuple le désarmèrent ; il se contenta de faire pendre le doge teinturier et quelques tribuns ; tous les privilèges de la ville furent cassés ; une contribution de 200,000 florins frappée sur la bourgeoisie ; la noblesse rétablie dans la moitié des honneurs ; enfin Timprenable forteresse de la Lanterne (la Briglia), élevée entre la ville et le port.

L'Europe méridionale attendait avec anxiété le résultat probable de la révolte ; le pape craignait une invasion à Rome, qui eût abouti à sa déposition; et l'imposante suite du roi en cardinaux, en évoques el archevêques , pouvait aisément motiver cette crainte. Venise, jusqu'alors alhée de la France , avait fini par se lasser de jouer ce rôle secondaire qui lui profitait si bien , et Ferdinand redoutait une nouvelle descente dans son royaume de Naples. Le licenciement de l'armée victorieuse fut donc une œuvre politiquement agréable aux états menacés ; Louis XII reçut alors de nombreuses félicitations; Venise, Rome, Naples, envoyèrent des ambassadeurs ; Ferdinand voulut avoir une entrevue avec son voisin , et son ami pour le moment. Le roi catholique partit de Naples avec sa jeune épouse , Germaine de Foix, son grand connétable Gonzalve, dont il était devenu jaloux, et qu'il traînait à sa suite comme un boulet. Louis XII l'attendit à Savone avec sa cour. Il y eut entre les deux rois de longues et mystérieuses conférences; Jules II et l'empereur Maximilien entrèrent dans le secret : Venise ne se doutait pas qu'une ligue formidable se préparait contre elle. Devenue puissance de premier rang parl'étendue de son commerce et l'immensité de ses richesses, l'astuce de sa poHtique habituelle avait aigri contre elle tous les états environnants. Les griefs et les prétextes ne manquaient pas : c'étaient Faenza, Rimini, et autres villes de la Romagne , que Venise avait envahies lors de la chute de César

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Borgia (1504,; Gi-adisca, Gœrz, Trieste, Fiume et Pola, que Maximilien revendiquait en vain depuis trois ans ; Crémone et Ghiara d'Adda , qui appartenaient au duché de Milan ; enfin les possessions de la république inquiétaient fortement le nouveau roi de Naples.

Le 40 décembre 1508 fut signée la fameuse ligue de Cambrai, entre l'empereur, le pape et le roi de France; l'idée de celte coalition n'était pas neuve ; à proprement parler, c^ n'était que la résurrection tardive du traité secret de Blois (1504), qui n'avait jamais reçu d'exécution ; on y convint de partager, au gré des trois souverains, le territoire de la république : le pape réclamait Sarzane, Faenza , Rimini ; l'empereur, Vérone, Padoue et Vicence ; la France^ Crème, Brescia, Bergame et Crémone; l'Espagne enfin ,' qui n'avait pas signé le contrat, Otrante et quelques villes de moindre importance. Le roi de France se mit en avant; ce fut l'armée française qui dut porter les premiers coups ; puis le pape lancerait l'interdit contre la république, et alors l'empereur, à son tour, se mettrait en marche. Les Vénitiens étaient prêts ; la lenteur de la ligue leur avait laissé le temps de réunir leurs troupes , de ravitailler leurs places fortes d'hommes et de vivres. Leur armée, pour parler le langage du temps, comptait dix-huit cents hommes d'armes, neuf mille cinq cents Albanais et autre cavalerie , et vingt-sept mille hommes de pied ; deux généraux habiles, le comte de Petigliano et Barthélemi l'Alviane , en avaient le commandement.

L'armée du roi de France était moins forte, mais plus aguerrie : deux mille deux cents hommes d'armes, quatre cents archers, vingt mille hommes d'infanterie. Le premier événement de la guerre fut la prise de Trevi, sur l'Adda, par les Français; quelques jours après, les Vénitiens y étant retournés en nombre, la reprirent et la saccagèrent. Les hostilités étaient commencées ; les deux armées s'ap-

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prochaient ; Louis XII passa TAdda sur un pont de bateaux, prit Rivolta dans sa marche, et rencontra, à Agnadel, l'arrière-garde vénitienne sous le commandement de l'Àlviane. Le général de Tarmée, Chaumont d'Amboise, fit aussitôt charger la Palisse avec les volontaires, puis le duc de Bourbon avec l'infanterie. L'ennemi ne s'attendait guère à. cette brusque attaque; le comte de Petigliâno essaya de rétablir le combat avec des troupes fraîches; mais il était trop tard : l'Alvianê fut fait prisonnier, et les républicains furent refoulés jusque dans les lagunes {\ 509).

La victoire d' Agnadel fit jcesser toutes les irrésolutions de l'empereur et dû pape. Les Allemands pénétrèrent en Italie par la vallée de l'Adige, et les soldats du pape envahirent la Romagne : dans le premier moment de douleur, Venise entière prit le deuil, mais elle se conduisit noblement. Il parut un décret du sénat, qui, déliant du serment de fidélité les sujets que la république ne pouvait défendre, autorisait les provinces de Terre-Ferme à traiter avec l'ennemi, selon leur convenance particulière et leurs intérêts, et ordonnait aux commandants d'évacuer les places qu'ils tenaient encore. Cet ordre généreux fut rigoureusemeni suivi, plutôt sans doute par crainte de l'ennemi que par obéissance au sénat. Tout se rendit à l'approche des t'rançais : Peschiera, fcrème. Crémone, Brescia, Vérone, Vicence, Padoue, et tout le Frioul, furent remis à l'empereur ; le pape se saisit, clans la Romagne, de tout ce qu'il trouva à sa convenance. En quelques jours, il ne resta plus à la république que les trois villes de Maran, Osopa et Trévise. Venise cependant ne désespérait pas; le provéditeur André Gritti avait rassemblé une nouvelle armée, avec laquelle il surprit Padoue (17 juillet 1509). C'était une conquête importante, aux portes même de la république ; cette nouvelle fut saluée à Venise par des acclamations. Un nouveau décret assura aux sujets de la république,

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qui rentreraient 80us sa domination, une indemnité complète de leurs pertes. Un mois après, le marquis de Mantoue fîit surpris à Tlsola délia SisQa, et conduit prisonnier à Venise. Les alliés, qui s'étaient endormis dans le succès, virent qu il était temps d'arrêter les progrès des ennemis; Maiimilien demanda à Louis XII un secours de vingt mille hommes pour aller former le siège de Padoue. La Palisse partit de Milan avec Bayard et nombre de gentilshommes, sauva en passant Vérone et Vicence, enfuma dans une grotte deux mille paysans du Frioul, qui Tavaient harcelé dans sa marche, et alla rejoindre l'empereur sous les murs delà ville. L'armée vénitienne, forte de vingtrdnq mille hommes, s'y était renfermées tout entière, avec le provéditeur et le comte de Petigliano ; l'armée assiégeante comptait cent mille hommes et cent six pièces d'artillerie. Le siège, un des plus mémorables du seizième siècle, dura seize jours, au bout desquels il fallut battre en retraite ; la république était sauvée : Petigliano, marchant sur les derrières de l'armée franco-impériale, s'empara de Vicence et de plusieurs autres villes. La destruction de la flotte vénitienne commandée par l'amiral Ange Trevisani à Lago Oscuro, près de Ferrare, par le cardinal Hippolyte d'Esté (22 décembre 1 509), ne put contrebalancer les pertes du siège de Padoue. La fortune de Venise renaissait ; trop faible encore pour résister aux forces réunies de la ligue ; elle avait employé ime voie plus sûre, les concessions en détail; déjà, depuis longtemps, elle avait fait sonder l'empereur par son ambassadeur, Antonio Giustiniani, et ses avances avaient été repoussées. Ses tentatives de conciliation furent plus heureuses auprès du pape. Peu satisfait de l'ascendant que la victoire d'Agnadel avait donné au roi de France, Jules II prêta volontiers l'oreille aux propositions du député vénitien ; un traité de paix fut signé le 24 février 1510, entre le pape et la république. Cette dernière abandonnait toute la Romagne,

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Faenza, Ritnini, Ravenne, Cervia, etc. Le duc de Ferrare obtint pour sa part la Polésine et Gomachio ; enfin la cour de Rome eut satisfaction pour tous les différends qui subsistaient entre elle et la république, au sujet tie la collation des bénéfices, de la juridiction ecclésiastique, et de Timmunité de toute contribution que réclamait le clergé vénitien.

Le pape ne s*en tint pas là. Une fois sorti de la ligue, il travailla à en détacher ses co-signataires, Tempereur et le roi catholique. Maximilien résista longtemps, parce que Yenise, déjà plus hardie, refusait de souscrire à une condition qui Teût, en grande partie, dépouillée : la restitution des villes saisies par elle. Ferdinand le Catholique fut de meilleure composition ; ses prétentions étant moindres, les Vénitiens y satisfirent plus facilement ; d'un autre côté, Jules II, peu scrupuleux sur les moyens d'atteindre à son but, acheva de le gagner en sanctionnant son usurpation du royaume de Naples par Tinvestiture. Dès-lors il ne restait plus de la formidable ligue de Cambrai que l'empereur, déjà rebuté par le mauvais succès, le roi de France et le duc de Ferrare, qui avait refusé de trahir les Français, et sur lequel allait tomber tout le ressentiment du pape. Sur les frontières de France, la haine politique du pontife n'était pas moins active ; les Suisses, qui jusqu'alors avaient vécu en bonne amitié avec Louis XII, rompirent brusquement et se jetèrent dans les rangs des ennemis. Enfin, quand toutes les batteries furent dressées, quand la cour de Rome eut réussi à isoler la France, la ligue de la sainte union fut conclue entre le pape, Ferdinand le Catholique, la république et les cantons (4 octobre 1510.)

La guerre se continuait toujours en Italie. À défaut de grandes batailles, la chevalerie des deux partis s'exerçait en surprises, en escarmouches, en combats singuliers. Il

est assez curieux de lire, dans les chroniques du temps, les exploits épisodiques du chevalier Bayard et de ses compagnons d'armes. Après la victoire d'Agnadel, Chaumont d'Amboise, neveu du cardinal, était mort; Trivulce prit le commandement de Tarmée, s*empara de Bologne, revint au secours du duc de FeiTare, que la prise de la Mirandole, où Jules II était entré par la brèche, mettait dans un grand t)éril, puis il battit les troupes pontificales à la Concorde, et î:eprit la Mirandole. Un ordre de Louis XII le rappela dans le Blilahais. Le roi de France se faisait scrupule de èontinuer les hostilités contre le chef de la chrétienté ; il assembla à Tours Un concile national, où fut discutée la question de savoir si Ton pouvait, en toute conscience, faire la guêtre au pape, et ne tenir nul compte des censures ecclésiastiques qui avaient trait à des intérêts purement temporels. La réponse du clergé fut affirmative, et il y ajouta un don de 100,000 écus. Alors Louis XÎI n*hésita plus : « Fort du suffrage des prélats de son royaume, le « roi conclût à Blois, le 17 novembre 1510, avec Tévêque « de Gurk, ambassadeur impérial, un traité qui confirmait « la ligue de Cambrai, et retendait atix successeurs de «Maximilien et de Louis XII.

« Celui-ci promit 100,000 ducats à l'empereur, qui était « déjà son débiteur pour de fortes sommes. Maximilien « devait, au printemps suivant (1511), entrer en Italie à la « tète de trois mille chevaux et de dix mille fantassins, aux- « quels Louis s'engagea à réunir douze cents lances et huit « mille hommes d'infanterie. On devait sommer le pape et « le roi d'Aragon de satisfaire aux engagements qu'ils a avaient contractés par la ligue de Cambrai : sur leur re- « fus, on convoquerait à Pise un concile général. » (Ce concile fut effectivement assemblé ; mais il se sépara sans avoir atteint le but de sa convocation. ) (ScHOÈti. Hist, des tempi hwdernes.)

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La contre-partie du traité de Blois fut la |igue de lasaif^te union, entre le roi d'Aragon, le pape et la république ; le but avoué était l'expulsion des Français et des Allemands de l'Italie. Ferdinand le Catholique obtint le commandement général, et son lieutenant, le catalan Raymon4 dç Çardonne, viœ-roi de Naples, envahit le nor(| de l'IJalie. Le cardinal Jean de Médicis, général des armées du pape, et le provéditeur vénitien André Gritti, vinrent se joindre ^ lui ; Jules ÎI avait levé neuf mille soldats, Venise sept mille, et le roi d'Aragon dix-huit mille, qui coûtaient à ses alliéç 40,000 ducats par mois. Les flottes d'EsïjfLgne et de Venise naviguaient de conserve et présentaient une force imposante de vingt-six galères.

Ce fut sur terre qu'eurent lieu les plus grands événements. Louis Xn, sentant le besoin d'agir pour prévenir le§ irrésolutions de l'empereur, donna ordre au gouverneur de Milan de pousser la guerre avec vigueur. Ce gouverneur était Gaston de Foix, duc de Nemours, frère de la reine (j'Espagne, jeune chevalier impatient de tournois et de batailles, qui acquit en deux mois la réputation d'un des plus grands génies militaires de l'époque. Gaston descendit en Italie, fit lever le siège de Bologne, reprit Bresse, et périt àRavenne, au sein de la victoire. D'une rapidité fabuleuse dans le^ mouvements de son armée, il traversa la Lombardie en un clin d'œil, et courut se poster près de Bologne, qu'une révolution nouvelle avait enlevée au légat du pape et rendue aux Bentivoglio. La ville avait une garnison française aux ordres d'Odet de Foix, seigneur de Lautrec et d'Yves d'Alègre ; mais elle était vivement pressée par l'armée de la sainte union (28 janvier 1512). Gaston arriva àmarcjîes forcées ; le temps était affreux ; le vent et la neige avaient refoulé les Espagnols dans leurs tentes : le 5 février an soir, le général français traversa silencieusement le camp ennemi et pénétra dans la ville assiégée, qui salua sa venue

UlS HISTOIBE DE FRANCE.

par une bonne volée de canons sur l'armée assiégeante.

Quand Raymond de Gardonne apprit l'arrivée des troupes françaises, il abandonna tout aussitôt le siège et se retira dans la Romagne. Gaston ne perdit pas de temps : en entrant dans Bologne, il apprit la surprise de Brescia par le provéditeur ; il se mit au plus tôt en marche avec quinze mille hommes, surprit le général vénitien Baglioni près d*Isola délia Scala, le battit, et, poursuivant les fuyards,, arriva en même temps qu'eux devant la ville. La garnison française tenait encore dans le château ; le général français y réunit toutes ses troupes, et le 19 février un assaut général fut donné à la ville. Toute la population était en armes ; aux douze mille Vénitiens de Gritti s'étaient joints trente mille bourgeois ou paysans que la faction victorieuse avait ameutés. L'attaque fut terrible; Bayard firanchit le premier le rempart, mais un coup de hallebarde lui perça la cuisse d'outre en outre : ses compagnons le crurent mort. Gaston fit de cet accident un moyen de victoire : les hommes d'armes, furieux, se précipitèrent dans la ville; la garnison vénitienne fut passée au fil de l'épée, ou faite prisonnière avec le provéditeur. Le pillage dura deux jours, et fut estimé à trois millions d'écus (soixante-douze millions de francs), car la ville était riche.

« Il n'est rien si certain, dit le chroniqueur de Bayard, « que la prise de Bresse fut en Italie, la ruine des Fran- « çais ; car ils avaient tant gaigné en cette ville de Bresse « que la plupart s'en retourna et laissa la guerre, et ils « eussent fait bon métier à la journée de Ravenne, comme « vous l'entendrez ci-après. »

Il était temps d'en finir par un coup décisif, car la France allait perdre le reste de ses alliés : Gaston cherchait la bataille, et Raymond de Gardonne mettait tous ses soins à l'éviter ; il attendait le résultat des engagements pris avec ^Angleterre, et Tissue des négociations avec Fempereur.

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Maximilien résistait avec opiniâtreté ; sa haine était toujours aussi profonde contre Venise ; mais la pénurie habituelle de son trésor le rendit plus traitable ; il consentit enfin à une trêve de dix mois avec la république, au grand détriment de son allié, le roi de France (6 avril 1512), et tout aussitôt il envoya à Jacques d^Embs, son lieutenant en Italie, Tordre de se séparer de Tarmée française. Mais Jacques d'Embs ne se crut pas tenu d'obéir de suite au commandement de l'empereur ; il voulait assister à la bataille qui allait se livrer. Gaston, pour y forcer Raymond de Gardonne, avait marché sur Ravenne, et livré à la ville un assaut furieux.

Son adversaire parut, quand les habitants allaient se rendre, malgré la non réussite de l'attaque, qui leur en faisait redouter une seconde. Le 11 avril 1512, au jour de Pâques, Gaston de Foix Tattaqua dans ses retranchements. « Et avait ledit sieur de Nemours, dit le maréchal de Fleu- « ranges dans ses mémoires, de coutume pour l'amour de a sa mye, de ne point porter de harnois, fors la chemise, a depuis le coude en bas jusqu'au gantelet. Et priait à « toute la compagnie de la gendarmerie, en leur remon- « trant et donnant beaucoup de belles paroles, qu'à ce jour « voulussent garder l'honneur de la France, le sien et le a leur, et qu'ils le voulussent suivre. Et cela fait, dit qu'ils « verraient ce qu'il ferait pour l'amour de sa mye ce jour, <x et incontinent partit et fut le premier homme d'armes « qui rompit sa lance contre les ennemis. »

Ce fut une rude journée ; la cavalerie espagnole se laissa battre aisément, mais l'infanterie, couchée derrière les retranchements, attendait de pied ferme, et quand elle fut tournée, elle opéra sa retraite en bon ordre ; les lansquenets allemands qui ignoraient l'ordre tenu secret de l'empereur, se battirent en désespérés ; le duc de Nemours y combattit comme un simple homme d'armes : on sait l'é-

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tlbO HISTOIRE DE FRANGE.

pisode de sa mort. Deux mille Espagnols se réfugiaient le long d'une chaussée, après la perte de la bataille ; Gaston, avec une suite de vingt ou vingt-cinq gentilshommes, se jeta sur eux à corps perdu pour leur fermer la retraite ; il pénétra dans les rangs, mais il y fut tué. La perte fut grande des deux côtés. Yves d'Alègre, les capitaines Molard et Jacques d'Embs, nombre de vaillants hommes d'armes y périrent. Du côté des Espagnols, le cardinal Jean de Miaids, Fabrice Colonna, Pierre Navarro, créateur deTartillerie espagnole, les marquis de la Palude, de Bitonto et de Pescaire, enfin tous leurs généraux de renom tombèrent au pouvoir des vainqueurs.

La victoire de Ravenne fîit le terme des succès de la France en Italie. Le cardinal Antonio de San Severino, légat du concile de Pise, et la Palisse, se disputaient le commandement ; Tannée fut sur le point de se dissoudre par suite de cette division imprévue. Toutefois la bataille porta ses fruits : Ravenne, Imola, Forli, Césène, Rimini, furent prises et pillées. L'alarme était grande à Rome, on agitait dans le conseil des cardinaux la question de l'abandon de la sainte-ligue. Jules II vit mieux dans l'avenir: il entama des négociations pour attendre avec plus de sûreté l'effet de ses intrigues avec les cantons suisses. En effet, la mésintelligence s'était glissée entre Louis Wl et la république des Alpes ; le roi de France préférait à ces mercenaires la soldatesque indisciplinée des lansquenets, qui coûtait moins cher et se battait tout aussi bien.

Dans les circonstances actuelles, c'était une faute. Le pape le sentit à merveille, et tout aussitôt il envoya en Suisse le fougueux cardinal de Sion, pour y lever des troupes. Les prédications évangéliques de ce singulier général eurent un plein succès : l'émissaire du pape n'avait demandé que dix mille hommes, vingt mille Suissesse trouvèrent à Coire, au lieu du rendez-vous. Mais il fallait des-

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cendre en Italie ; la France avait hérissé de troupes et de canons les défilés du lac de Como, qui étaient, de ce côtélà, le seul passage des Alpes; les Suisses firent un grand détour, et traversèrent le Tyrol pour aller joindre Tarmée vénitienne. Maximilien, déjà las du traité de Blois, les avait laissés passer sans résistance.

D'autre part, Henri VIII, gendre de Ferdinand le Cathoque, et plein alors d'une ferveur religieuse qui bientôt devait s'exhaler en invectives contre Luther, avait déclaré la guerre à la France, qui avait mis son père sur le trône. Une flotte considérable était partie de la Tamise, avec six mille hommes de débarquement, sous les ordres du marquis de Dorset, pour aller rejoindre les troupes du roi d'Aragon sur les côtes de Biscaye. Enfin, pour que la France n'eût bientôt plus un seul allié, la diète de Mantoue, tenue par les confédérés, avait fait révolter Florence contre son gonfalonier, l'habile Soderini.'Don Raymond de Cardonne, général des alliés, s'approcha de la ville et emporta d'assaut Prato, dont la garnison fut passée au fil dé l'épée (30 août 1512) ; le lendemain il y eut une révolution à Florence. La société des jeunes nobles, des Valori, des Vettori, des Albizzi, des Ruccellaï, etc., conspira en faveur des Médicis; Soderini fut arrêté, et on le laissa sortir de la ville. La seigneurie et les corps municipaux s'assemblèrent ;' le gonfalonier fut déposé, et le rappel des Médicis prononcé par acclamation. Julien de Médicis rentra dans la ville comme simple citoyen, et tout aussitôt la charge de gonfalonier à vie fut supprimée pour être remplacée par une dignité annuelle. / '

Au milieu des discussions qu'avait soulevées ce changement de forme, survint le cardinal de Médicis, frère de Julien, avec une suite nombreuse de gens de guerre. Dès lors la famille des Médicis reprit son ascendant d'autrefois. On abolit toutes les lois portées depuis ^n expulsion,

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