‹ Histoire de FranceChapitre 14 sur 16 · DEPUIS LE TAAITÉ DE MADRID JUSQU'AU TRAITÉ DB CRE8PT · texte numérisé non relu

DEPUIS LE TAAITÉ DE MADRID JUSQU'AU TRAITÉ DB CRE8PT

EN VALOIS CI5>e-l5a).

François !•' avait signé tous les articles du traité de Madrid, sans y regarder, bien décidé à les désavouer aussitôt après sa mise en liberté. L'air de TEspagne lui pesait ; sa marche fut rapide , et quand il fut arrivé aux bords de la Bidassoa, où devait avoir lieu réchange, à peine prit-il le temps d'embrasser ses deux fils qu'on venait livrer aux Espagnols de l'escorte ; il s'élança sur un cheval, et partit au galop pour Bayonne , où sa cour l'attendait. Les ambassadeurs de l'empereur vinrent demander la prompte exécution des clauses du traité ; François !•' répondit froidement qu'il en référerait à l'assemblée des notables , et en effet , aux états de Cognac, les notables réclamèrent contre les promesses du roi; les députés de Bourgogne refusèrent à la royauté le pouvoir de les aliéner comme un domaine privé , attendu que ce droit était con-

traire au serment du sacre et aux lois fondamentales de la monarchie.

Alors François I" fit offrir à Charles-Quint deux millions d'écus d*or en échange de cette province, Taccomplissement de tout le reste du traité et une neutralité parfaite quant à l'Italie. Charles-Quint dissimula longtemps afin que sa flotte pût aborder à Naples, et son armée entrer en Lombardie sans obstacle ; puis, une fois ce résultat atteint , il cria hardiment à la déloyauté, à la trahison ; un cartel insultant s'ensuivit entre les deux princes , et les chroniques du temps donnent des détails curieux sur la manière dont Charles-Quint s'y prit pour éviter le duel, tout en ayant l'air d'avoir raison aux yeux de l'Europe : non pas qu'il redoutât le combat singulier , mais moins chevaleresque que son adversaire , il ne tenait au point d'honneur que comme moyen politique.

Cependant l'Europe lui donna tort, parce qu'en ce moment une ligue formidable se formait contre lui» François P% à son retour, avait ratifié en son propre nom le traité de la régence avec Henri VIII (18 novembre 1 526). Outre les deux millions stipulés dans le traité conclu par Louise de Savoie, François P' promit pour lui et sa dynastie cinquante milleécus d'or par an à Henri VIII, et vingt-cinq mille à ses successeurs. Le roi d'Angleterre conserva le titre de roi de France, mais il renonça à toute prétention sur le royaume. Les puissances italiennes n'étaient pas moins bien disposées pour le roi de France. Clément VII avait déjà déclaré nul le serment de François P'. Toute l'Italie indépendante avait enfin compris que la maison d'Autriche, maîtresse de Naples, nécessitait le contre-poids de la France dans le Milanais, ou plutôt, toujours par le même système d'équilibre , elle s'alliait au plus faible contre le plus fort. La sainte- ligue fut conclue à Cognac entre la France, Rome et Venise, qui avait enfin fixé les irrésolutions de sa

politique : c'était une alliance défensive, dirigée contre Charles-Quint ; mais ce but réel fut caché sous des dehors spécieux ; on laissa dans les écritures du traité une place pour l'empereur, mais on y ajouta des conditions inexécutables pour le moment , la liberté des enfants de France, en échange d'une rançon, la restitution du duché de Milan à François Sforce , le paiement de l'argent dû au roi d'Angleterre, s'il devenait membre de la ligue.

L'armée alliée devait compter trente mille hommes d'infanterie , en partie levés chez les Suisses , deux mille cinq cents cavaliers pesamment armés, et deux mille cinq cents hommes de cavalerie volante. Si l'empereur refusait de s'accorder avec le roi deFrance aux conditions ci-dessus énoncées, le contingent des alliés en faveur de François I" devait être de dix mille fantassins et deux mille cinq cents hommes d'armes, la flotte de vingt-huit galères; même secours pour tout autre état de la ligue. Le duc de Milan recouvrerait son duché en payant aux prétentions de François I*' une redevance annuelle de 50,000 écus , et à la charge par lui , de solder la pension de son parent, le duc Maximilien. Le comté d'Asti , appartenant à la maison d'Orléans , revenait au roi ou à son second fils, et Gènes rentrait sous la domination française. Quant au royaume de Naples, le pape en disposerait comme d'un domaine de l'Eglise, en payant dans ce cas au roi de France une rente de soixante-dix mille ducats. Protection pleine et entière pour la famille des Médicis, à Florence, pour tous les autres parents du pape. Le roi d'Angleterre, s'il accédait à la ligue, obtiendrait, avec le titre de protecteur, un duché du revenu de 30,000 ducats pour lui, un autre de 10,000 pour le cardinal Wolsey dans le royaume de Naples.

Tout aussitôt après la conclusion de la ligue, les alliés avisèrent à l'exécution des projets qu'on avait mûrement combinés. François-Marie , duc d'Urbin, général des Véni-

tiens, Guido Rangoni et rhistonen Francesco Guicciardini, généraux du pape, et le marquis de Saluées, commandant des Français, se réunirent sous les murs de la citadelle de Milan, où le marquis du Guast, neveu de Pescaire, et Antonio de Leyva assiégeaient toujours François Sforce. Les nouveaux venus avaient dans la ville de nombreuses intelligences ; les bourgeois de Milan étaient fatigués de la domination impériale et n'attendaient qu'un moment favorable pour la révolte. La jalousie du duc d'Urbin contre les Médicis et la négligence de François P' firent échouer toute tentative. Le château se rendit au duc de Bourbon , qui arrivait d'Allemagne : François Sforce trouva le moyen de s'échapper.

A Rome , le pape n'était pas en sûreté ; Hugues de Moa-^ cade, ambassadeur de CharJes-Quint, s'entendit avec la famille patricienne des Colonne, que Clément YII haïssait mortellement; la ville était sans défense, car toute l'armée du sainl-siége était en Lombardie. Un jour le cardinal Pompée Colonne rassembla quelques milliers de troupes, pénétra sans résistance dans Rome (29 septembre 1526), dispersa la garde pontificale, et mit au pillage le Vatican avec tous les palais des.Médicis ; le pape s'était réfugié dans le château Saint-Ange, où la disette le contraignit à subir l'humiliation d'une capitulation : il lui fallut amnistier les Colonne et rappeler ses troupes de Lombardie. L'armée des confédérés, hors d'état de rien entreprendre , se dispersa dans les places fortes, au moment où Lannoy. et d' Alarçon ^menaient d'Espagne un renfort de six mille hommes et où Georges de Frondsberg entraînait à sa suite seize mille luthériens ou catholiques, la Bible ou le chapelet en main, vomissant des blasphèmes contre la cour de Rome et les prostitutions de l'Italie, à ce que dit la chronique. C'était un prodigieux accroissement de forces pour l'armée impériale ; mais autre embarras; l'argent était devenu rare, et

Allemands, Espagnols, tous réclamaient leur solde à grands cris : tous les expédients étaient épuisés; la menace avait arraché une grande somme aux principaux habitans de Milan; Moron venait d'être remis en liberté pour 20,000 ducats; et rien de tout cela n'avait suffi pour payer les arrérages.

Bourbon se décida à frapper un grand coup, ou si Ton aime mieux, ses soldats l'entraînèrent avec eux. Cette masse brutale se dirigea vers l'intérieur, menaçant tour à tour Florence et Rome , dont la richesse était également proverbiale ; toute l'Italie était en suspens ; refl&x>i avait giandi les envahisseurs à la taiUe des géants. Dans cet instant décisif, le pape se perdit en tergiversations déplorables; il licencia ses troupes, il laissa Rome sans défense; il conclut avec Lannoy une trêve de huit mois, qu'il paya 60,000 ducats à la condition que le vice-roi éloignerait l'armée impériale; mais le connétable ne tint aucun compte des ordres du général espagnol ; son armée arrivait mutinée et furieuse, elle avait échoué devant Plaisance et Bologne, après une laborieuse marche de deux mois. Elle vint s'échelonner devant les murs de Rome, où quelques soldats, aidés de quelques mihces bourgeoises , se montraient de temps à autre sur les remparts ; un épais brouillard enveloppait à la fois les assiégeants et les assiégés.

Cependant l'assaut fut terrible ; les défenseurs avaient le courage du désespoir ; Bourbon vit plier ses vingt-cinq mille hommes ; alors il s'avança vers le rempart une échelle à la main pour renouveler l'assaut. Un coup de mousqueton lui perça les reins d'une balle; il tomba sur le coup; ses soldats furieux se précipitèrent de nouveau vers les murs, la garnison lâcha pied à son tour et les vainqueurs pénétrèrent dans la ville sainte.

« Il est impossible, dit Robertson, de décrire et même « d'imaginer le désastre et les horreurs qui suivirent cet V événement ; tout ce qu'une ville prise d'assaut peut avoir

FRANÇOIS I*'. /i9S

c< à redouter de la rage d'une soldatesque effrénée , tous « les excès auxquels purent se porter la férocité allemande, « Tavarice espagnole, la licence italienne, les malheureux « habitants de Rome les eurent à souffrir. Églises, palais, « maisons particulières, tout fut pillé sans distinction : ni « l'âge, ni le rang, ni le sexe ne garantit des plus cruels ou- « trages. Cardinaux, prêtres, nobles, femmes, filles, tout « fut livré à la merci des vainqueurs.

« Ces violences ne cessèrent pas même, comme il arrive « d'ordinaire , dans les villes prises d'assaut , lorsque la « première fureur du soldat fut assouvie. Les impériaux « restèrent dans Rome plusieurs mois, et pendant tout ce « temps, l'insolence et la brutalité du soldat ne se ralen- « tirent presque point. Le butin qu'ils firent seulement en « espèces monnoyées montait à un miUion de ducats ; et a ce qu'ils retirèrent des rançons et de leurs exactions (c fut encore plus considérable. Rome n'avait jamais tant a souffert : les peuples du Nord, qui renversèrent l'em- « pire romain dans le cinquième et le sixième siècle, l'ace valent prise et pillée plusieurs fois ; mais les peuples « païens et barbares , les Huns, les Vandales, les Goths, « ne l'avaient jamais traitée avec autant de cruauté que le « firent alors les dévots* mercenaires d'un monarque ca- « tholique. » (Robertson, Hist. de Charles-Quint,)

Pendant le combat. Clément VII priait à St-Pierre : à la nouvelle de la victoire des impériaux, il s'enfuit a la hâte ; mais au lieu de s'échapper par la porte opposée , il alla se réfugier dans le château Saint-Ange avec treize cardinaux (6 mai 1527). La faim, comme lors de l'invasion des Colonne, le força à capituler; il promit 400,000 ducats, le

* Le mot dévot est ici singulièrement appliqué par l'iiistorien anglais. Il y avait pour le moins autant de iuttiériens que de catlioliques dans l'armée de Bourbon, et ces derniers ne pensaient guère qu'on pût un jour les appeler des dévots.

àS/i HISTOIRE DE FRANCE.

château Saint-Ange, Ostie, Civita-Vecdiia, Modène, Parme et Plaisance comme places de sûreté ; quant à lui, il devait se rendre dans le royaume de Naples pour y attendre la décision de l'empereur. Charles-Quint , comoie après la bataille de Pavie, s'enveloppait de son manteau d'hypocrisie ; il paraissait triste, il suspendait les fêtes de la naissance de son fils Philippe, il envoyait partout des lettres circulaires qui portaient un désaveu formel ; mais il n'ordonnait pas la mise en liberté du pape, qui resta encore six mois prisonnier.

Le sac de Rome est un des événements les plus mémorables du seizième siècle; les princes alliés jouèrent la stupeur et l'indignation ; François I"et Henri VU! renouvelèrent leur ligue , pour obtenir la délivrance du saint-père. Le maréchal de Lautrec descendit en Italie, à la tête de trente mille hommes, pendant que le célèbre amiral André Doria réunissait sous son commandement les flottes de France et de Gènes , pour appuyer les opérations de l'armée de terre. Avec son secours, Lautrec enleva Gênes, Alexandrie et Pavie, aux Espagnols. La dernière de ces trois villes fut saccagée, en mémoire du désastre de 1526 et du sac de Rome *. Sforce et les Vénitiens penchaient pour le siège de Milan ; mais d'un autre côté le pape réclamait instamment l'invasion des Français.

Lautrec marcha lentement vers Rome; Clément VII avait été forcé de souscrire à toutes les conditions de Charles-Quint ; cent mille écus comptant, cent mille autres dans quinze jours, cent cinquante mille après trois mois,

^ Un fait curieux dans l'histoire de l'art est celui-ci : On voyait sur la place de Pavie une statue de bronze d'Antonin le Pieux, que les Lombards avaient anciennement emportée de Ravenne. Un soldat de Ravenne, qui le premier était entré dans le château de Pavie, demanda en échange de la couronne murale qui lui fut décernée, la permission de faire rapporter la statue dans sa ville natale» et l'oh-

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neutr^ité parfaite dans la guerre deLombardie et plusieurs places de sûreté ; encore n'était-il pas sûr de sa liberté à ce prix. Un déguisement de marchand lui permit de traverser sans obstacle le camp des impériaux, pendant une nuit obscure; il se réfugia à Orvietto, où l'armée française vint le prendre. Aux approches de Rome, le maréchal hâta sa marche ; il voulait surprendre les impériaux, qui se retirèrent précipitamment vers Naples, au nombre de treize mille hommes sous les ordres de Philibert de Chàlons, prince d'Orange. La population napolitaine, lasse du joug espagnol, accueillit les Français avec des transports de joie ; en quelques jours , il ne resta plus à Charles-Quint que Naples et Gaëte, dont Lautrec forma aussitôt le siège ; la flotte de Doria suivait le long de la côte l'armée expéditionnaire , et venait de s'embosser devant le port de Naples. Le vice-roi de Moncade arma un grand nombre de galères . afin de se rendre maître de la mer, puis il s'embarqua lui-même avec le marquis du Guast et l'élite de ses soldats ; mais André Doria lui détruisit sa flotte à la sortie du port, le vice-roi fut tué, le marquis du Guast fait prisonnier avec nombre d'officiers distingués.

Sa captivité fut heureuse pour l'Espagne ; il débaucha André Doria, que François P' avait offensé par le rétablissement de la garnison française dans la ville de Gênes ; l'amiral arbora soudain le pavillon de l'empereur, jeta des vivres et des munitions dans Naples , puis il mit à la voile et parut devant le port de sa ville natale avec les couleurs

tint. Les Pavesans avaient vu tranquillement le piUage de leurs maisons et la destruction du palais de leurs ducs; mais quand les ouvriers se mirent à enlever la statue de son piédestal, le désespoir s'empara d'eux : la ville se remplit de lamentations, et les habitants tombèrent aux genoux de Lautrec, priant que celte honte leur fût épargnée. Le général n'obtint qu'avec peine ledésistement du soldat, contre une masse d'or suffisante pour s^en Taire faire une couronne.

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nationales. La révolte fut générale ; les troupes françaises s'échappèrent ; Gênes recouvra son indépendance ; Doria avait refusé la souveraineté que lui offrait l'empereur; Lautrec était toujours au siège de Naples ; la place tenait encore, et il ne recevait pas de renforts; l'ardeur de la ligue s'était ralentie; le pape, devenu plus circonspect, craignait une seconde irruption des bandes impériales, en se brouillant avec Charles-Quint ; Venise ne songeait qu'à se remettre en possession de quelques places maritimes dans le royaume de Naples ; et dans les Pays-Bas , Henri VDi n'avait pas pu agir, vu les réclamations de son peuple contre une guerre inutile : d'autre part , avec l'empire de la mer, l'abondance était revenue dans Naples, tandis que les assiégeants manquaient à leur tour de vivres; le prince d'Orange, général des Espagnols, faisait des sorties vives et continuelles ; la peste se mit dans le camp des Français; en quelques jours, il ne resta plus que quatre mille hommes sous les armes ; Lautrec mourut de chagrin et de maladie (15 août 1528). Le marquis de Saluées, chargé du commandement, leva le siège et se retira à Aversa, où le prince d'Orange vint le bloquer à son tour; la capitulation fut dure ; le marquis de Saluées et Pierre Navarro restèrent prisonniers; les débris de l'armée rentrèrent en France désarmés, sans drapeaux, et sous escorte : ce fut la dernière apparition des Français dans le royaume de Naples.

François P' ne voulut pas accepter le sens de ce désastre ; une nouvelle armée se hasarda en Italie sous les ordres de Fr'ançois de Bourbon , comte de Saint-Pol ; le général des impériaux, Antonio de Ley va défendit savammentle Milanais avec une poignée d'hommes. Les Français, réunis aux Vénitiens sous les ordres de la Rovère, duc d'Urbin, s'emparèrent de Pavie (27 juillet 1 529, ; à cette nouvelle, Leyva, quoique cruellement tourmenté de la goutte, fit une marche rapide en litière, comme plus tard le paralytiquç Torsten-

son, surprit Saint-Pol à Landriano, et le battit complètement. Le comte demeura prisonnier ; son artillerie et ses bagages furent enlevés ; le reste de l'armée disparut vers les gorges des Alpes.

La paix était au bout de ces revers multipliés; toutes les puissances belligérantes la désiraient. La France était épuisée par ces levées successives, qui toutes allaient se perdre au delà des monts; l'Angleterre avait refusé des subsides à son roi, le pape comptait sur un bon traité pour réparer ses pertes; l'Espagne, où la révolte fermentait encore sourdement, se plaignait de porter seule le poids de la guerre , l'Allemagne réclamait de son empereur de prompts secours contre la réforme, la ligue protestante, l'invasion des Ottomans, sous le règne de Soliman le Magnifique. Des conférences s'ouvrirent à Cambrai entre Marguerite d' Autriche, tante de Charies-Quint, et Louise de Savoie, duchesse d'Angoulème, mère de François P' ; l'absence du cérémonial hâta la marche diplomatique; le 5 août 1529 fut conclue à Cambrai, entre l'empereur, le roi d'Angleterre et le roi de France, la paix des dames ou le traité de Cambrai. Oublieux des services rendus, François P' ne s'occupa nullement de ses alliés ; il laissait à la merci de l'empereur les Florentins, les Vénitiens, le duc de Ferrare, les barons napolitains qui s'étaient déclarés pour la France, le malheureux roi de Navarre, son beau-frère, et promit encore d'épouser la sœur de Charles-Quint, Éléonore de Portugal ; il dut renoncer à la suzeraineté des comtés de Flandre et d'Artois, à celle du comté de Charolais, mais seulement pour la vie de Marguerite d'Autriche et de l'empereur son héritier. La ville d'Hesdin, le comté d'Asti, le royaume de Naples restèrent à l'Espagne ; la rançon des deux fils de France, le dauphin et le duc d'Orléans, fut fixée à deux millions d'écus d'or; et il fallut en outre prêter à Charles- Quint, pour son voyage d'Italie, pendant cinq mois, douze

galères et huit autres vaisseaux ; de plus, lui payer trois cent mille écus. A ce prix, la possession de la Bourgogne, du Maçonnais, de TAuxerrois, de Bar-sur-Seine, de la Picardie et des villes de la Somme fut assurée à la France momentanément, sauf la réserve des droits et prétentions de la maison d'Autriche.

La paix de Barcelone, entre le pape et Tempereur, avait précédé celle de Cambrai. Clément YII avait hâte de venger l'expulsion des Médicis de Florence ; Tempereur lui promit la restitution de ses villes, le rétablissement des Médicis, ses parents, qui avaient été chassés de Florence, lors de ses revers ; la réintégration de Sforce dans son duché, s'il pouvait être absous de toute complicité dans la conspiration de Jérôme Moron, enfin la soumission de toute hérésie à Téglise : allusion directe à la réforme allemande. En retour. Clément VII dut lui donner l'investiture du royaume de Naples, en se réservant seulement le vieil impôt de la blanche haquénée, lui abandonner la nomination de vingt-quatre évêchés du royaume, et le couronner empereur (29 juin 1529).

Charles-Quint s*embarqua à Barcelone et vint débarquer à Gênes (12 août). Toute l'Italie était à ses pieds ; mais, sa vanité satisfaite, la politique lui arracha bien des concessions. Clément VII le couronna empereur et roi à Naples; les deux princes vécurent cinq mois ensemble dans le même palais, à la même table. François Sforce fut rétabli dans le duché de Milan, à la condition de payer, la première année, 400,000 ducats, et 500,000 dans l'espace de dix ans, et de laisser entre les mains de l'empereur la citadelle de Milan et la ville de Como, comme places de sûreté. Florence, assiégée par l'armée impériale, caintula (12 août 1530), en acceptant une constitution donnée par l'empereur ; les formes républicaines furent conservées, sous le patronage officiel d'Alexandre de Médicis,

fils naturel du pape ; enfin Venise restitua à Clément Yll Ravenne et Cervia, et à l'empereur, les places qu'elle avait surprises dans le royaume de Naples (25 décembre 1529). De la part des cosignataires, le traité de Cambrai n'était qu'un prétexte honnête pour suspendre momentanément la guerre. ChariCS-Quint se trouvait dans des circonstances critiques; outre la révolte intérieure dans l'Allemagne, il avait encore trois cent mille Ottomans sur les bras, à la frontière de Hongrie, et trente mille Espagnols venaient de partir pour la fameuse expédition de Tunis. L'empereur était alors l'homme populaire en Europe; protecteur de l'Italie et défenseur de la chrétienté, son rôle avait grandi dans la dernière guerre, tandis que son rival avait laissé se perdre ce qu'alors on appelait sa réputation de loyauté chevaleresque. Cependant, à tout prendre, François I" n'était pas moins politique que son adversaire, lui qui osait entretenir des relations diplomatiques avec Soliman le Magnifique, au moment où l'idée d'une croisade souriait encore à l'Europe chrétienne ; c'était déjà beaucoup d'avoir secoué le vieux préjugé par nécessité, il est vrai, mais en beau joueur, cartes sur table ; du reste, ce fut à peu près la seule négociation qui eût un plein succès, et qui fît espérer une diversion utile. François P' chercha partout des alliés pour sa cause, des embarras pour son rival : en Allemagne, il soutint le landgrave de Hesse, qui voulait le rétablissement du duc de Wirtemberg, contre le gré de la maison d'Autriche; il envoya Guillaume du Bellay offrir sa coopération aux princes de la ligue de Smalkalde ; il conclut avec Clément Yll un traité secret contre la domination impériale (1 555) ; enfin il envoya des agents auprès du duc de Milan. Mais la ligue protestante se méfiait d'un prince qui faisait brûler dans ses états ses co-religionnaires ; elle se refusa à toutes les ouvertures de Guillaume du Bellay. Clément VU mourut (4555), et son successeur, Paul Ilï,

voulut d'abord garder la neutralité. Le roi d'Angleterre conservait toujours d'étroites liaisons avec la France, mais sa réforme intérieure le distrayait des affaires du continent; restait donc le duché de Milan. Au mois de décembre i 552, François P' envoya à Milan un de ses agents, Maraviglia, pour engager François Sforce dans les intérêts de la France ; le duc tenait son duché de l'empereur, mais à des conditions si dures, qu'il lui tardait de secouer le joug. La négociation fut heureuse ; mais, au moment de conclure, le secret fut découvert, et l'empereur mis au fait de toutes les menées. Sforce, effrayé, fit arrêter le ministre français sous prétexte que les gens de sa maison avaient commis un homicide ; puis, afin de se disculper aux yeux de Charles- Quint, il lui fit trancher la tête contre le droit des gens (3 juillet 1535). François I" allait descendre en Italie pour venger cette insulte, si la mort de Clément VII ne l'eût arrêté. Bientôt après mourut le duc de Milan lui-même (24 octobre 1535), et le roi de France, protestant qu'il n'avait laissé dormir ses droits qu'en faveur de la maison des Sforce, réclama le Milanais, dont l'empereur venait de prendre possession comme d'un fief vacant de l'empire. A l'appui de ses arguments, il envahit la Savoie, à la tête d'une bonne armée. Le duc Charles avait d'abord gardé la neutralité entre les deux princes, il penchait même pour la France, dont il avait plus à espérer ou à craindre. Mais, après les désastres de François P', il avait épousé la sœur de l'empereur, Béatrix de Portugal, et envoyé son fils faire son éducation à Madrid. Il eût été dangereux pour le roi de France de laisser un ennemi aussi actif suf les derrières de l'armée d'invasion ; la conquête fut aisée; la Bresse et le Bugey, le duché de Savoie, se rendirent en tout ou en partie à la première sommation de l'amiral de Brion ; il ne resta bientôt plus au duc que quelques places fortes dans le Piémont. Genève, ville républicaine, sous la suzeraineté

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des ducs de Savoie, profita de l'occasion pour revenir à r indépendance; le parti des Mammelus ou esclaves, qui soutenait Tévêque et le duc, fut proscrit par les Eignotz ou confédérés, pour la défense de la liberté commune ; les châteaux forts des environs du lac ouvrirent leurs portes aux partisans de la liberté ; Tévêque lança les foudres ecclésiastiques, mais, pour toute réponse, le canton de Berne (1535) envahit le pays de Vaud, sur lequel il prétendait avoir des droits.

Charles-Quint, revenu de Tunis, avait vu dépouiller son allié, sans qu'il lui fût possible de le secourir. L'armée d'Afrique venait d'être licenciée , les frais de l'expédition avaient épuisé le trésor, et, dans la Lombardie, Antonio de Leyva, avec une poignée d'hommes, redoutait l'arrivée des Français. L'empereur chercha à gagner du temps. Il proposa de donner l'investiture du Milanais tantôt au duc d'Orléans, tantôt au duc d'Angoulême, second et troisième fils de François I", et le roi de France se laissait prendre à ses offres insidieuses. Cependant l'armée impériale grossissait; les états de Naples et de Sicile avaient accordé de forts subsides ; l'Allemagne avait fourni des soldats pour de l'argent; enfin, quand il eut fait tous ses préparatifs, le 17 avril 4536, l'empereur prononça à Rome, en langue espagnole, un discours violent contre le roi de France, en présence du pape et des ambassadeurs de toutes les puissances; puis il partit pour la Lombardie. Ce manifeste peu politique était une déclaration de guerre. L'armée impériale, ramassée en ItaUe, en Espagne et dans les états allemands, se mit en marche vers Turin, dont elle devait former le siège; Antonio de Leyva fit décider l'invasion de la France. Au mois de juillet 1536, quarante mille hommes passèrent le Var, toujours pourvus de vivres et de munitions, par la flotte d'André Doria, qui louvoyait le long de la côte, à la suite de l'armée de terre. Le même plan de défense, qui

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avait déjà si bien réussi plusieurs fois, prévalut dans le conseil de François I*'.

Le maréchal Anne de Montmorency se posta près d'Avignon, entre le Rhône et la Durance, dans un camp inexpugnable : le roi en personne campait à Valence, avec toute la noblesse de France, le ban et Tarrière-ban : tout fut rasé sur les pas des impériaux, excepté Arles et Marseille, qui reçurent de fortes garnisons. Charles-Quint avançait lentement vers Marseille, après avoir pris d'assaut Antibes et Fréjus. La maladie pénétrait déjà dans son camp : en abandonnant la côte, il avait donné prise à la disette, parce que la flotte de Doria n'était plus là ; il balança longtemps s'il essaierait de s'ouvrir un passage par le Lyonnais et le Dauphiné, jusque dans la Franche-Comté; enfin il se décida pour le siège de Marseille, dans l'espoir de faire abandonner à Montmorency sa position.

Le maréchal ne bougea pas ; il avait reçu un surcroit de troupes; la jeunesse des cantons, à la nouvelle de l'invasion, était venue joindre l'armée française; il la laissa se morfondre dans ses retranchements ; sa constance eut un plein succès. Après quarante jours d'inutiles assauts, les Espagnols levèrent le siège ; ils avaient perdu vingt mille hommes et leur général, Antonio de Leyva : la retraite fut difficile ; les paysans massacraient les traîneurs ; Montmorency écrasait l'arrière-garde par des charges réitérées; les débris arrivèrent jusqu'à Nice : là, Charles-Quint laissa le commandement au marquis du Guast, et alla s'embarquer à Gênes pour Barcelone (1556). L'invasion de la Provence avait eu lieu simultanément avec l'entrée du comte de Nassau dans la Picardie. Le général allemand prit Guise, mais il échoua devant Péronne, où la noblesse du pays s'était réunie ; en 1557, François !«' se rendit maître de Hesdin, et de nombre de places dans l'Artois ; le connétable de Montmorency marcha vers Térouanne, pour en faire

lever le siège aux Flamands ; la bataille était inévitable, quand un héraut vint de la part d'Éléonore, reine de France, et de Marie, gouvernante des Pays-Bas, annoncer une suspension d'armes.

Une trêve de dix mois fut signée à Bommy-les-Térouanne pour les Pays-Bas (50 juillet 1537) ; et, le 46 novembre, la guerre fut aussi suspendue dans le Piémont, par un armistice de trois mois, à Monçon, en Aragon. Dans l'intervalle, des conférences s'ouvrirent à Leucate, et n'aboutirent qu'à une prolongation de trêve; le pape Paul III essaya de faire le médiateur, en proposant une entrevue à Nice ; mais les deux princes ne voulaient pas se voir. Enfin la crainte du traité secret de François I*' avec Soliman rendit Charles-Quint plus accommodant. Le fameux Barberousse venait de ravager cruellement les côtes de Naples, et n'avait disparu que devant la Hotte de Doria. En Hongrie, le général ottoman Mahomet s'était avancé jusqu'aux frontières de l'Autriche : une bataille terrible s'était livrée à Essek, sur la Drave, et les impériaux avaient essuyé une défaite complète. Si, en ce moment, François !•' eût envahi le Milanais, selon les clauses du traité secret avec la Turquie, l'empereur se fût trouvé dans une position critique. Il n'en fallait pas tant pour le décider à la trêve. Elle fut signée à Nice pour dix ans (18 juin 1638) ; chaque parti conserva ses conquêtes ; par ce traité, l'empereur sacrifiait le duc de Savoie; François I*' avait perdu le Milanais, mais il conservait la Savoie et le Piémont : tout l'avantage était donc de son côté.

Après la conclusion de la trêve, les deux princes se virent à Aigues-Mortes. La haine avait disparu ; François I** fit noblement les honneurs; à l'arrivée de la galère impériale, il partit presque seul sur une barque, afin de lui rendre visite à bord, et le lendemain l'empereur, se fiant à son tour à la loyauté de son rival, descendit à terre avec le

même abandon. C'est que le roi d'Espagne voulait se ménager un passage par la France, dans le cas où la révolte éclaterait aux Pays-Bas, comme il devait s'y attendre ; en eflet, l'année suivante, au moment où Charles-Quint, venant d'apaiser pour quelques mois les troubles d'Allemagne, tenait en Espagne les États des diverses provinces, une sédition terrible bouleversa la ville de Gand, et le contrecoup s'en fit sentir dans tous les Pays-Bas. Charles-Quint était embarrassé ; brouillé avec le roi d'Angleterre, à cause de la répudiation de Catherine d'Aragon, la route de mer lui était peu sûre; celle d'Italie et d'Allemagne allait faire traîner le voyager en longueur. Il fallait donc passer par la France : l'empereur se décida à demander le passage, et François I*% jaloux de prouver sa cordialité, fit de joyeux préparatifs pour fêter le voyageur couronné. Les deux fils de France avaient été le prendre à Fontarabie, pour le conduire à Paris, où le roi l'attendait avec toute sa cour (!*' janvier 1540).

Afin de s'épargner des questions délicates, l'empereur, à son entrée en France, avait réitéré au connétable de Montmorency la promesse de donner à un des fils du roi l'investiture du Milanais ; toute la cour, avec François F» l'accompagna à Saint-Quentin ; puis, quand il eut atteint les Pays-Bas, George de Selve, évêque de Lavaur, ambassadeur de France, vint le sommer de tenir sa promesse au sujet du duché de Milan. Charles-Quint essaya d'éluder la question, mais, se voyant pressé, il proposa un autre arrangement : c'était de céder les Pays-Bas à sa fille Marie, et de la donner en mariage au second fils du roi, à condition toutefois que le gouvernement appartiendrait à l'infante, et qu'à défaut d'enfants, les Pays-Bas retourneraient à l'Espagne : François I*' devait restituer au duc de Savde la Savoie et le Piémont. Le roi de France fut étonné de ce résultat imprévu, après toutes les amitiés de Charles-

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Qiiînt ; la trêve fut rompue , et comme déclaration de guerre, reii^)ereur donna à son fils Philippe Tinvestiture du Milanais (il octobre 4540).

Charles-Quint n'avait pourtant fait aucun préparalif ; tout au contraire, une révolte générale dans ses armées l'avait forcé de licencier une grande partie de ses soldats. Après la trêve de Nice, Tépuisement du trésor, qui ne pouvait solder les arrérages de la paix, avait exaspéré les troupes; le Milanais fut dévasté par les bandes mutinées; en Sicile, les impériaux chassèrent tous les officiers, firent de nouvelles élections, et, tout en ravageant le plat pays, défirent un détachement que le vice-roi avait envoyé contre eux ; en Afrique, la garnison du fort de la Goulette menaça de livrer la place à Barberousse. L'habileté de ses généraux tira Charles de ce mauvais pas ; les emprunts, les contributions couvrirent le déficit; le bourgeois, déjà dépouillé par la sédition, paya le soldat redevenu fidèle, et le licenciement de la majeure partie rétablit la tranquillité. François P' organisait rapidement son plan de guerre ; ses agents allaient partout, à Rome, à Venise, à Constantinople; Rome et Venise gardèrent la neutralité ; l'ambassade de Constantinople donna lieu à un assassinat qui mit l'opinion du côté de la France.

François I" avait chargé deux de ses agents, l'Espagnol Antonio Rinçon et le Génois César Frégoso, de porter ses offres au sultan et aux Vénitiens, à travers l'Italie ; les ambassadeurs partirent. A leur arrivée dans le Piémont, le gouverneur français, Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, voulut les détourner de passer par le Milanais ; ils résistèrent, mais lui confièrent prudemment leurs dépêches que l'on envoya à Venise par un autre chemin. La précaution était bonne, cat* à peine embarqués sur le Pô, pour le descendre jusqu'à la mer Adriatique, ils furent assassinés aux environs de Pavi^ par les ordres du marquis

506 HISTOtBE »S PRàMCE.

du Gua8t, gouverneur du Milanais. C'était un meurtre inutile : on ne trouva sur eux aucun papier; le capitaine Paulin, plus connu sous le nom de baron de Lagarde, les avait déjà portés à Venise et à Oonstantinople, et la flotte turque grossissait rapidement sous les ordres de Khaîreddin Barberousse.

La déclaration de guerre suivit de près rase^einai (ks agents officiels de la France ; trois amiées eovahireai à la fois les États de Tempereur. Le moment était foyorable; Gbaries^2uiDt revenait d'Afrique, où son armée et sa flotte avaient été détruites par la tempête et reimeilii(i54i). Un orage violent avait accueilli les impériaux à leur descente sur la plage d'Afrique, noyé les tentes^ les travaux, tout le camp de^ assiégeants; puis on avait vu n(Hxy[»re de imvires venk se briser à l'entrée du port. Les Turcs, sotls le com^ mandement d'Hassan survinrent après le désasùre, etii&^ lut reprendre la mer où un nouvel ouragan assaillit la floUe de Doria, qui avouait n'avoir jamais essuyé une tem^ pête aussi violente depuis cinquante ans qu'il tenait la mer. Le retour en Espagne fut pénible, et la Qouyelle de l'invasicm des Français sonna okl aux oreilles de Charles- Quint à son débarquement. Dans le midi, ledaupMn Henri, avec le maréchal Claude d'Annebaut et Antoine de Lettes de Montpezat, avait f(xcmé le siège de Pa^gnan, à la tête de quarante mille b(Hnmes; mais le due d'Albe, qui s'était jeté dans la plaee^ la défendit vigoureusement ; au bout de six semaines de siège, l'armée française n'était guère ^m avancée qu'au premier jour, et les Espagnols accouraient pour faire diversion; elle rentra, en France (août 1542).

Dans le Nord, le duc de Vendôme, Antoine de Boiui^on, plus tard roi de Navarre, envabit le comté d'Artois, et le mil; au pillage ; en Flandre, le marédial de Gueldre, ifar* tin Rossem et Longueval, lieutenant du duc de€lèves, réunirent quatorze mille bommes, pénétrèrent dans le Brabaot

et s*^prochèrent de la riche ville d* Anvers, dont les trésors leur souriaient ; la sommation fut faite au nom des rois de France et de Dan^narck, alliance bizarre pour le temps, et pour le moins aussi singulière qu*autrefO)s le mariage d'Henri I" avec une princesse russe; mais les bons bourgeois de la ville n'avaient nulle envie de solder les troupes ennemies ; la municipalité arma tout dtoyen de bonne volonté, et Rossem, qui n'avait pour toute artillerie de siège que quelques pièces de campagne, se rqeta sur Louvain, qui paya grassement pour Anvers ; c'était là ce qu'on appelait tondre les moutons de Hollande et traire la t>ache à fromage.

Une troisième armée était entrée dans le Luxembourg, aux ordres du duc d'Orléans, second fils du roi, et du duc de Guise, Claude de L.orraine. Ivoi, Montmédi et Luxembourg se rendirent sans qu'on vît paraître aucun ennemi. Le duc d'Orléans crut sa conquête assurée, il mit de bonnes garnisons partout et renvoya ^on armée. Le prince de Nassau-Orange n'attendait que ce moment. Quand le duc d'Orléans eut repassé la frontière, il leva diligemment un corps de troupes, pénétra à son tour dans le pays conquis, et reprit successivement toutes les places, hormis Ivoi, qui fut défendue par le duc de Guise (1542),

Comme on le voit, c'étaient de minces succès pour de si grands préparatifs : Charles-Quint eut le temps de se mettre en défense. Le 21 février 1543, une alliance étroite fut conclue entre l'Espagne et l'Angleterre, qu'avait irritée l'influence française en Écoese ; puis Ferdinand de Gonzague, duc de Guastalla, vice-roi de Naples, envahit les États de Clèves à la tête de quarante-quatre mille hommes : le duc ne s'attendait guère à l'irruption soudaine des impériaux ; il laissa prendre ses places sans essayer une résistance inutile ; il fellut qu'il cédât le duché de Gueldre et le comté de Zutphen, qui furent incx)rporés aux provinces

des Pays-Bas ; le duc d'Orléans et le roi de France arrivèrent au secours de leur allié, mais trop tard pour empêcha la conclusion de la trêve (7 septembre 1545). Cependant le duc d'Orléans reprit Luxembourg, et le roi, Maubeuge let Landrecy . Après la conquête du duché de Gueldre et du comté de Zutphen, Tannée impériale vint assiéger cette dernière place. Les ennemis étaient nombreux : outre les quarante mille hommes du duc de Guastalla,le duc d' Arscott avait amené les troupes belges ; Pierre de Tolède venait d'arriver avec trois mille Espagnols, et le corps auxiliaire d'Angleterre avait débarqué et rejoint ses alliés. Cependant l'approche de François I*' fit lever le siège, et Charles-Quint, se rejetant sur Cambrai, ville libre et impériale, s'en empara sous prétexte d'intelligences avec les agents de la France. £d Italie, laguerre était plus décisive. Khaîreddin Barberousse, parti des Dardanelles avec cent cinquante voiles, parut tout à coup à la vue de Naples, ravagea à plaisir toutes les côtes du royaume, de l'état de l'Église, de la Toscane, et vint rejoindre la flotte française de quarante voiles auprès de Toulon ; de là, Barberousse et le comte d'Enghien, gouverneur du Piémont depuis la mort de Guillaume du Bellay, naviguant de conserve, forcèrent l'entrée du port de Nice (20 avril 1 544), s'emparèrent de la ville et rejetèrent la garnison dans la citadelle.

C'était un merveilleux spectacle pour l'Europe que cette union momentanée des flottes française et turque , d'un pirate redouté et d'un prince du sang royal de France. Un fait singulier de l'époque , et qui peut faire comprendre la supériorité de la marine du sultan , c'est la cause de la désunion qui se mit bientôt entre les Français et les Turcs. Les vaisseaux de Barberousse étaient hérissés d'armes d'abordage et pleins de munitions de guerre ; la flotte du duc d'Enghien était chargée de vins et de vivres de toute sorte; mais il y avait à bord une telle pénurie d'armes et

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de munitions, que Barberousse, obligé de partager avec eux, se dégoûta bientôt de cette flotte d*eau douce, comme il rappelait, et reprit la route du Levant. D'ailleurs l'approche du marquis du Guast eût pu rendre la position des assiégeants difficile ; le siège fut donc levé, et Nice mise à feu et à sang par les Turcs, en signe d'adieu (8 septembre).

Après la retraite des Français, le gouverneur du Milanais s'empara de Mont-Devis , défendu par les Suisses , qui furent maltraités malgré la capitulation, et de Garignan, dont les fortifications n'étaient pas achevées. Les cantons gardèrent rancune aux impériaux du mépris affecté qu'ils leur avaient montré ; la levée d'un corps auxiliaire pour le roi de France se fit rapidement en Suisse ; huit mille hommes descendirent des montagnes et se rendirent au camp. François avait mis à contribution les Grisons, espérant qu'ils lui seraient d'aussi bon secours que les Suisses : « Mais , « dit Dubellay, autrement en advint; car il est malaisé de « déguiser un àne en coursier, » Le comte d'Enghien vint remplacer Boutières, dont on n'était pas content, dans le commandement de la nouvelle armée. Pallezol , Crescentino, et autres petites places , ouvrirent leurs portes aux Français. D'Enghien marcha vers Garignan, afin de la reprendre, et le marquis du Guast s'approcha d'un autre côté pour y jeter des vivres et des munitions. Les deux armées étaient en présence , mais le général espagnol ne voulait pas la bataille , car il craignait la gendarmerie , au dire de Dubellay ; le comte d'Enghien se résolut à l'atta-. que ; le marquis du Guast, en entourant les Français, avait commencé à leur couper les vivres, et il fallait sortir de cette position inquiétante.

L'armée française comptait de vingt-deux à vingt-quatre mille hommes ; les ennemis étaient au nombre de trente mille ; la bataille se livra à Cerisolles, près de Garignan (11 avri) 1544); à la première cbai'ge de la noblesse de

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France , les Allemands lâchèrent pied : luthériens pour la plupart , ils furent troublés par les remords de leur conscience, dit la chronique ; ce fut un massacre général; douze mille hommes furent taillés en pièces, trois naille faits prisonniers : au souvenir de Mont-Devis, les Suisses ne faisaient pas de quartier. La nouvelle de cette victoire fit sensation dans rilalie. Le parti français se montra partout la tête haute ; le comte d'Enghien voulait à Tinstant même marcher sur Milan, dont la garnison était dans l'épouvante. François !•' s'y opposa constamment ; le fort de la guerre était dans les Pays-Bas, où l'empereur et le roi d'Angleterre réunissaient de nombreuses troupes ; la meilleure partie de l'armée du Piémont fut donc rappelée, et tout le fruit de la victoire de CerisoUes se borna à la prise de Cangnan , de Casai, de Trin, d'Albe et à la conquête du Montferrat.

Dans le nord de la France, Henri YIII et Charles-Quint avaient encore renouvelé ce fameux projet d'invasion qui avait échoué tant de fois. Le roi d'Angleterre , descendu à Calais, envahit la Picardie, où le roi de France n'avait à lui opposer que quelques milices et des garnisons. Quelques jours après, un corps impérial vint fortifier son armée, qui, au lieu de marcher en avant, alla perdre le temps au siège de Boulogne. De son côté, Charles-Quint avait pris Luxembourg, Commercy et Ligny, avec une armée de cinquante mille hommes (juillet 1544). De là il envahit la Champagne, et s'arrêta au siège de Saint-Dizier où commandait le comte de Sancerre. Le comte se défendit pendant sii semaines, et donna le temps à François !•' d'assembler une armée de quarante et quelques mille hommes ; une ruse du comte de Granvelle , qui avait surpris le chiffre du duc de Guise , hâta la capitulation (17 août).

Le roi de France s'était posté auprès de Châlons-sur^ Marne, d'où il interceptait les convois de l'ennemi; l'empereur, qui faisait mine de vouloir assiéger Chéilons, se rejeta

Vivement sur Épernay , s'en empara, et prenant la roule directe de Paris, enleva d'assaut Château-Thierry. L'effroi était dans la capitale, et l'instant eût été critique, si Henri Vllï, au lieu de s'amuser aux sièges de Boulogne et de Montreuil eût marché sur Paris, selon les conventions. Le dauphin harcelait continuellement l'armée impériale , détruisait ses convois , lui coupait à tout moment les communications avec la Marne. Charles-Quint, déjà embarrassé de son armée et songeant à la retraite, tourna vers Soissons. François I*' saisit avec empressement ce moment de malaise dansl'espritde son advei'saire.Vervins,legouverneur de Boulogne, traitait d'une capitulation avec lé roi d'Angleterre, et il était urgent d'aller au secours de cette place aux abois ; un dominicain espagnol, habitant de Châlons , Gabriel Guzman , avait conservé d'étroites liaisons avec le confesseur de l'empereur; François I*' se servit de lui comme d'un intermédiaire qui sauvait les apparences tout en demandant la paix. Elle fut signée à Crespy en Yàlois entre l'amiral d'Annebaut et deux conseillers du roi, d'une part, Ferdinand de Gonzague, vice-roi de Naples, et Antoine Perrenot de Granvelle de l'autre (18 septembre 1544). Les conditions de la paix n'étaient dures ni pour la France, ni pour la maison d'Autriche ; on traita sur le pied de l'égalité, parce que les deux princes avaient hâte de se débarrasser l'un de l'autre. L'empereur se désista de tout droit et de toute prétention sur les villes de la Somme , le dnch*^ de Bourgogne, les comtés de Mâcon et d'AuxeiTe, et la villo de Bar-sur-Seine. Le duc d'Orléans eut la meilleure pari. Charles demanda quatre mois de répit pour lui donner en mariage sa fille Marie , ou la fille puînée de son frère , le roi des Romains ; son choix balançait entre les deux princesses, car de chaque côté il assurait de grands avantages au futur époux. Avec la main de Marie , il lui abandonnait les Pays-Bas, la Franche-Comté et le Charolais, si Fran-

l-AP

çois I*' renonçait à ses prétentions sur le Milanais. Lamoit de la princesse, sans héritiers, faisait revivre tous les droits des deux puissances contractantes ; la dot retournait à Tempereur ou à sa famille ; le roi de France reprenait ses droits sur le duché de Milan et le comté d'Asti, et Charles-Quint, les siens sur la Bourgogne, le Maçonnais, rAuxerroisei Bar-sur-Seine. Le second mariage entre le duc d*OrléaDse: la seconde fille du roi des Romains présentaitde plus grands embarras; Charles -Quint lui donnait en dot le duché de Milan, qui devait passer à ses enfants mâles, et, à leur défaut aux fils que le duc d'Orléans aurait d'une autre épouse: mais avec la restriction gênante que la seconde femme ds duc devrait être agréée par l'empereur et le roi des Romains : prétexte inépuisable de chicanes, que la maisoo d'Autriche n'eût peut-être pas négligé, si les engagements du traité de Crespy eussent été exécutés : la mort soudaine du duc d'Orléans arrêta tout ; Charles-Quint s'était décida pour la fille du roi des Romains (1544).

Les concessions de François l" furent moins réeUes, quant au nord de la France ; il renonça à perpétuité i toute suzeraineté , à tout droit de foi et hommage sur les comtés de Flandre et d'Artois ; il abandonna également ses prétentions sur le royaume de Naples , mais il conserva une ville importante, le vieux Hesdin. Le duc de Savoie, que les vicissitudes de la guerre et la constance de son dévouement à la maison d'Autriche avaient fait dépouiller de ses.états, ne fut pas oublié, comme dans la trêve de Nice; le roi de France s'engagea à lui restituer la Savoie et le Piémont, et à la duchesse de Mantoue le margraviat de Montferrat, son patrimoine, aussitôt que l'empereur aurait satisfait à toutes les conditions du traité.

Le traité de Crespy en Valois ne fut pas conclu assez tôt pour arrêter les progrès du roi d'Angleterre, qui n'avait pas voulu être compris dans la nouvelle conciliation, Boulogne

avait eu le temps de se rendre (14 septembre 1544. Le dauphin , délivré de la présence des troupes impériales , s'avança à marches forcées vers la Picardie , où Henri VIII i

ne jugea pas à propos de l'attendre ; son armée se retira vers Calais, après avoir jeté une forte garnison dans Boulogne, et s'embarqua pour l'Angleterre (30 septembre). La ^ campagne était terminée. L'année suivante, François !•' ^ rassembla une bonne flotte et de nombreuses troupes . \ pour former le siège de Boulogne par terre et par mer ; t mais tout cet attirail de guerre s'en alla en fumée ; l'amiral d' Annebaut voulut opérer une descente en Angleterre , et débarqua dans l'Ile de Wight (18 juiUet 1545); tout le mal se borna à quelques dévastations; au retour, la flotte anglaise lui livra un combat qui resta indécis, et ce fut là toute la campagne maritime ; sur terre, le maréchal Oudard de Biez ne réussit pas mieux devant Boulogne; un fort était nécessaire pour fermer aux Anglais l'entrée du port ; les constructions furent commencées , mais il ne put jamais y mettre la dernière main.

En 1546, des conférences s'ouvrirent entre Ardres et Guines ; Boulogne était un grave sujet de contestations entre les plénipotentiaires ; mais la guerre languissait, et les deux nations en étaient lasses. La paix fut conclue , le 7 juin 1546 ; Boulogne dut rester aux Anglais jusqu'au 30 septembre 1554; alors François I" devait payer au roi d'Angleterre, pour la restitution de cette ville, et d'autres sommes qui lui étaient dues jusqu'au I«' mai 1546, deux millions d'écus d'or ; le moment du paiement devait être celui de la restitution des clefs de la ville et de l'entrée de la garnison française.

La haine et la rivalité subsistaient toujours plus vives et plus tenaces entre la maison de France et celle d'Autriche, en raison peut-être des traités successifs qui avaient suspendu la guerre. La mort du duc d'Orléans avait fait

hlh HISTOIBB DE FBANCE.

renaître tontes les prétentions respectives des deux princes, que son mariage aurait suspendues. François I^ réclamaii toujours le royaume de Naples, le duché de Milan, le comté d*Asti, la suzeraineté des comtés de Flandre et d'Artois; Cbarles-Quint redemandait la Bourgogne, le Maçonnais. TAuxerrois et la ville de Bar-sur-Seine. L'Italie , tonjoois incertaine entre le parti français et le parti espagnol, étaii tombée sous Tépée de Charles-Ouint ; et alors , elle appelait de ses vœux le roi de France, comme le plus éloignf et le moins à craindre. La guerre allait se renouveler quacd François I*' mourut, le 31 mars i547, laissant la France au point où il Tavait trouvée en montant sur le trône, sans autre conquête que celle de quelques cantons de la Savoie et du Piémont ; triste compensation pour tant d'efforts et de pertes !

Mais, si tel est le dernier mot de la partie militaire de ce long règne, il y a progrès à Tintérieur, et les conquêtes administratives sont importantes et nombreuses. C'est véritablement à partir de François !" que commence en France le régime de la royauté absolue, et son fameui mot, qu*il avait mis les rois hors de page, atteste assez qu'il n'agissait pas à l'aveugle, et qu'il avait la conscience de son œuvre. Le premier des actes de François I", le concordat, détruisit dès l'abord ce qui restait de l'antique indépendance du clergé. En rendant au pape les annotes fi les expectatives que lui avait enlevées la pragmatique-sanction, François obtenait, de son côté, une concession bien plus grande encore, la nomination aux évêchés et aux abbayes. Dès lors, toute la richesse ecclésiastique du royaume relevait de la fameuse feuille des hénéficeê , qui était dans la main royale. En vain les universités , les chapitres , le clergé tout entier , voulurent-ils annuler par leur résistance cette transaction habile dont eux seuls portaient les fmis : tout plia devant la volonté du vainqueur

t^RàNÇOlS I*'. Ma

de Marignan, et le parlement, qui voulut Venir à leur secours, ne fut pas plus heureux. Lui-même ise laissa entamer dans la lutte ; tout ce qu'il y gagna fut d'être écarté de la scène. politique, et de voir ajoutée aux édits royaux qu'il enregistrait, bon gré malgré, cette formule menaçante pour les conseillers mécontents, car tel ett notre bon phi^ sir^ L'abaissement du clergé et du parlement s'étendit à la noblesse, dont le rôle est entièrement secondaire, 3i ce n'est sur les champs de batqiUe , et là même encore elle est maintenue en respect par les Suisses et les lansquenets, dont le voisinage ne lui permet pas de ^'organiser en corps indépendant. L'exemple terrible du connétable de Bourbon était d'ailleurs de nature 4 n'inviter personne à le suivre. Quant au peuple, c'est par les impôts qu'U tient son vmg dans ce tableau des agrandissements de la prérogative royale. François P'ies régla constamment à sa fantaisie ; une seule fois il consulta les notables sur une question d'argent : ce fut au retour de sa captivité, qu^d il s'agit de débourser 2,000,000 d'éous d'or pour la rançon de ses ûls. La vente des charges de judicature et d'administration^ qui valut tant de haine à Duprat , rapporta des sommes considérables à son maître. En i522, François se fit donner 1,200,000 francs à la fois pour l'établissement d'une quatrième chambre au parlement de Paris. En 1354 il établit, de son autorité privée, un impôtannueldel, 200,000 francs. Les tailles s'accrurent de 9,000,000 de francs sous son règne, et ses dispositions financières, à l'égard de la gabdle, aigrirent tellement les esprits qu'elles amenèreiàt un soulèvement dans le midi à l'avènement de son fils. Il faut dire que tout cet argent était noblement employé. Sans parler des libéralités, de bon aloi qui valurent à François F' le surnom de Père des lettres, il releva et augmenta sur toute la frontière les fortifications des places de guerre. 11 ftit le premier de nos rois qui eut une véritable

lui à grands frais en Italie plus de cent statues, beaucoup de bustes et modèles, le Laocoon, la Vénus de Médicis, la Cléopàtre, qui furent jetés en bronze et placés à Fontainebleau. Les efforts du roi obtinrent bientôt les plus heureux 4 résultats. La construction ou Tagrandissement des châteaux de Fontainebleau , FoUembray, Villers - Cotterets, ^ Saint -Germain, Madrid, le Louvre, fut Técole et les \ commencements de Tarchitecture, de la peinture et de la I sculpture en France. Rosso et Primatice avalent donné de * beaux exemples d'architecture et de peinture dans leurs travaux exécutés à Fontainebleau. Selon le témoignage de Vasari et de Félibien, les artistes nationaux s'empressèrent de quitter leur manière pour adopter celle de Primatice : sous lui tout devient excellent. Les faits justifient, au moins en grande partie, cette assertion. En effet, le premier essor de la moderne architecture, française suit "J immédiatement l'impulsion communiquée par les artistes j italiens. Le château de Chambord fut bâti par un architecte i de Blois et non par Vignolé. Pierre Lescot donna les des- ] sins, et commença la construction du Louvre en 1541. Les parties de ce palais, nommées la façade de THorloge • et la salle des Cariatides, la fontaine des Innocents, dont la portion architecturale lui appartient, présentent moins de simplicité dans les lignes qu'on n'en trouve dans les ouvrages des anciens, mais offrent déjà une grande pureté et plusieurs autres qualités éminentes. Ainsi commençait l'architecture qui devait produire plus tard la colonnade du Louvre.

« La sculpture arrivait en même temps, après un court apprentissage, à une habileté voisine de la perfection. Presque tous les grands artistes destinés à illustrer les règnes suivants paraissaient alors. Jean Cousin exécutait le tombeau de l'amiral Chabot, mort en 1543 ; Germain Pilon, supérieur à son père , sculptait les saints du couvent de

518 HISTOIBE DE FRANCE.

Solesme, vers 1547; Philibert Delorme érigeait le tombeau de François 1*% que le maître anonyme de Goujon, passionné pour l'antique, ornait de bas-reliefs. L'erreur, qui attribuait à Primatice ce grand morceau d'architecture et de sculpture, est aujourd'hui reconnue ; le nom du sculpteur a péri, mais ses ouvrages et son élève témoignent également de ses talents. » (Poirton^ HisU de France.)

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