‹ Histoire de FranceChapitre 16 sur 16 · HENRI · texte numérisé non relu

HENRI

pièces d'artillerie, et, les montrant bmx jurais qui venaient humblement lui apporter les clefs de la ville : « Allez, allez, dit-il, avec vos clefs, je n'en ai que faire, j'en ai d'autres que je mène avec moi qui me feront autres ouvertures que les vôtres. » Il fit ensuite son entrée, l'épée à la main, tambour battant et enseignes déployées, et, par ses ordres, on dressa aussitôt sur la place de l'hôtel-de-ville une foule de potences et d'échafauds. Plus de cent bourgeois périrent dans les supplices. Boismenil et un autre chef, nommé Talamagne, furent couronnés de fer rouge, et rompus vifs. Puimoreau, en sa qualité de gentilhomme, eut seulement la tête tranchée. Cent vingt boui'geois, suivis de tous les jurats, s'en allèrent en habits de deuil au lieu où était le corps de Moneins ; ils le déterrèrent avec leurs ongles, et le portèrent sur leurs épaules devant l'hôtel du connétable où ils se mirent à genoux en criant miséricorde. Bordeaux en fut quitte pour une rançon de vingt mille livres, et pour la perte de ses privilèges, dont les titres furent jetés au feu (26 octobre). Ensuite le connétable s'en revint à la cour par le Poitou, cassant les privilèges, brisant les cloches qui avaient servi à sonner le tocsin, et laissant partout sur son passage les chefs avoués de la révolte accrochés au gibet.

Tout cela s'était fait trop rapidement pour que Sommerset eût eu le temps de donner suite aux propositions des révoltés ; mais on avait découvert le secret à la cour. On savait que Charles-Quint avait envoyé des émissaires dans les campagnes insurgées, et qu'il était convenu d'envahir la France par la Champagne pour faciliter aux Anglais la conquête de la Guyenne. Henri II considéra ces menées hostiles comme autant d'infractions aux derniers traités, et profitant de la guerre civile qui déchirait en ce moment l'Angleterre, où Thomas Seymour disputait le gouvernement à son frère le duc de Sommerset, il rassembla, au

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mois de juillet i 549, ses gendarmes et sa uoblesse à Paris, sous le prétexte des fêtes du couronnement de la reine, puis tout à coup il partit pour la Picardie, et vint mettre le siège devant Boul(^e, qui, malgré la perte de ses forts avancés, résista jusqu'à Thiver, où il fallut convertir le siège en blocus. Un combat beureux de Léon Strozzi, qui battit la flotte anglaise dans les parages de Boulogne, et les succès de Paul de Tbermes, qui avait remplacé d'Ellé en Ecosse, décidèrent le conseil d'Angleterre à demander la paix. Les deux millions d'écus d'or promis à Henri Yin pour la rançon de Boulc^e furent réduits à quatre cent mille, et les Anglais s'engagèrent à rendre, moyennant une somme, les châteaux et les villes qu'ils occupaient encore en Ecosse (traité d'Outreau, 24 mars 1550). Le 15 mai, Henri II fit son entrée à Boulogne, et les deux rois s'envoyèrent l'un à l'autre le collier de leur ordre, en signe de parfaite réconciliation. » {Hist. de France,)

Charles-Quint avait vu de mauvais œil l'invasion des Français sur le territoire anglais ; il en avait fait des re~ montrances sévères à Henri II, qui n'en continuait pas moins ses liaisons secrètes avec la ligue de Smalkalde; l'Italie fut encore le théâtre de la guerre, mais les deux princes ne se la firent d'abord pas directement; leurs armées respectives furent employées au service de princes italiens, qui agissaient en sous-ordre. La grande question du moment, dans la péninsule, était celle de la maison des Farnèse. Le fils du pape Paul III, qui venait de mourir, Pierre-Louis Farnèse, occupait Parme et Plaisance, avec le titre de duc, depuis 1545. Après sa mort, son fils. Octave Farnèse, se vit soudainement dépouillé de Plaisance par l'empereur, son beau-père.Sa position était critique ; le pape Jules lU en voulait à la ville de Parme, qu'il prétendait appartenir à l'état de l'Église; alors le duc, rejetant ce système italien d'équilibre et de neutralité qui aurait amené

sa spoliation, prit résolument son parti et se jeta entre les bras de la France. Charmé d'avoir un allié en Italie, Henri II Mta le secours ; en 1550, Paul de la Barthe, seigneur de Thermes, entra dans la ville menacée avec un corps de troupes françaises. L'empereur était irrité contre Farnèse, qui peui-être n'avait pas été étranger à la conjuration des Fiesque (1547^. En effet, le renversement des Doria de Gênes eût pu être fatal à la cause impériale; aussi, au premier bruit de l'entrée des Français dans Parme, Ferdinand de Gonzague, général des Espagnols, se présenta devant la ville, tandis que les troupes du pape et de Cosme I*' de Médicis, sous les ordres de Jean-Baptiste del Monte et d'Alexandre Vitelli, formaient le siège de la Mirandole. Pierre Strozzi sauva Parme par une marche hardie ; il traversa le camp des assiégeants avec cinq compagnies piémontaises, et les fit entrer dans la place. De son côté, le maréchal Charles de Cossé-Brissac, gouverneur du Piémont, attaqua les places du pays qui restaient encore au duc de Savoie.

Comme on le voit, l'Italie n'avait changé ni de physionomie, ni de caractère. Le Milanais était resté à l'empereur. La Savoie se prêtait de mauvaise grâce à la politique de son souverain, qui, avec des idées espagnoles, se trouvait sous l'épée de la France. Gênes avait échappé au parti français, qui s'était résumé dans le génie de Fiesque, et les Doria avaient ressaisi le pouvoir; Florence, gouvernée par les Médicis, suivait aveuglément la ligne politique que lui avait tracée le pape, en veillant à leur rétablissement ; Rome s'agitait à chaque nouvelle élection d'un pontife, parce que tout nouvel élu travaillait activement à saper la fortune rapide des fils et neveux de son prédécesseur ; enfin, depuis la ligue de Cambrai, Venise, revenue à son rôle secondaire, ne faisait que de rares et prudentes apparitions dans les querelles permanentes de l'Italie.

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Pour le moment, Henri II n'avait devant lui qu'une faible armée impériale, avec les troupes de Cosme de Médicis et de Jules III ; la pariiie n'était pas égale. Toutefois le pape, contrairement à ses engagements antérieurs avec le roi de France, se crut en droit de faire une seconde convocation du concile de Trente, sans l'en prévenir. A cette nouvelle, Henri H envoya à tous les évoques du royaume une circulaire qui leur enjoignait de reconnaître les nombreux abus qui régnaient dans leurs diocèses, afin d'en faire leur rapport dans un concile national ; et en même temps le célèbre traducteur de Plutarque, Amyot, déclara en plein concile de Trente, que le roi son maître ne regarderait jamais cette assemblée que comme une faction, aux décrets de laquelle ni lui, ni ses sujets, n'étaient tenus de se soumettre. Cette protestation quasi -hérétique, après l'apparition de la réforme, et plus encore après la saisie de l'argent qui s'en allait à Rome, effraya Jules HI ; le Saint- Père écrivit lui-même au roi très-chrétien, et le cardinal de Toumon, ambassadeur de France, conclut une trêve de deux ans avec l'état de l'Église (20 avril 1552). L'édit de Fontainebleau, qui avait arrêté le revenu pontifical à la frontière, fut révoqué.

Cette transaction avec Jules HI venait à propos pour la France, que l'Allemagne avait enveloppée dans ses troubles intérieurs. Henri H, mécontent de la paix de Crespy, dont Charles-Quint avait laissé les conditions dans l'oubli, se grandissait dans sa tête au rôle de libérateur de l'Allemagne, tout en convoitant les pays à sa convenance. Quand il marcha vers la frontière du Rhin, un manifeste avait paru, où l'on voyait le bonnet de la liberté entre deux poignards, avec la devise : Liberté, et pour légende, Henri^ protecteur de la Germanie et des princes captifs. Plus tard, la sainte-ligue ne fit pas mieux quand elle invoqua l'Ancien et le Nouveau-Testament en faveur de son idole, le duc

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de Guise. Les préparatifs étaient formidables pour la nouvelle expédition. Quinze mille hommes d'infanterie française, neuf mille lansquenets, sept mille Suisses, quinze cents lances, la maison du roi, quatre c^nts archers de la garde, deux mille chevau-légers, douze cents arquebusiers à cheval, deux mille hommes des arrière-bans, cinq cents cavaliers anglais, et une bonne artillerie ; trente galères, équipées dans la Méditerranée, allaient rejoindre la flotte de Soliman ; vingt-cinq autres devaient sillonner TOcéan, et bloquer les ports de l'Espagne et des Pays-Bas ; enfin, le maréchal de Brissac commandait vingt mille hommes dans le Piémont. Henri II, avec la principale armée, commença la campagne. Metz, Toul et Verdun formaient depuis longtemps, sous le nom des Trois-Évêchés, une sorte de république fédérative, sous la protection impériale; mais les usurpations de Charles-Quint, la saisie par lui de Cambrai, Liège et Utrecht, villes libres comme elles, leur avaient inspiré de la défiance; et la nouvelle de l'expédition française fut joyeusement reçue. Toul ouvrit ses portes et reçut garnison, quand elle ne put s'en défendre ; Metz se laissa prendre par ruse, et les Trois-Évêchés devinrent le boulevard de la France ; car, dit Bussy-Rabutin, « Nous étions adonc les plus forts. »

Strasbourg ne reçut pas aussi bien le connétable de Montmorency ; la ville s'était mise sur le pied de guerre ; elle possédait une garnison de cinq mille hommes et une nombreuse artillerie; toute la population en masse avait détruit les édifices extérieurs qui eussent pu nuire à sa défense, et, à l'approche des Français, les portes se trouvèrent fermées. Henri, content de ses acquisitions, revint sur ses pas, et l'invasion en resta là, pendant que Charles-Quint, trompé par le rusé Maurice de Saxe, sortait d'Inspruck en fugitif, presque seul et poursuivi par toute une armée (1552).

La paix de Passau (i 552), dans laquelle les confédérés ou-

blièrent entièrement la France, laissa le champ libre à la maison d'Autriche. Despartis impériaux vinrent ravager la Champagne et la Picardie; le comte de Reuth brûla Noyon et s'avança jusqu'à Compiègne ; le comte de Mansfelt mit Stenai à feu et à sang. Le connétable de Montmorency aUa délivrer les provinces menacées : Stenai, Verdun, Ivoi, Montmédi se rendirent. Le Hainaut fut dévasté en représailles de l'incendie de Noyon. L'armée impériale s'avançait à marches forcées ; le connétable recula jusqu'aux frontières de France, et le duc de Guise, prévoyant le dessein de l'empereur, alla se renfermer dans la ville de Metz, qu'il ravitailla abondamment d'hommes et de vivres.

En efifet, Charles-Quint arriva, au mois d'octobre i 552, sous les murs de la ville, que Guise avait entourée de nouvelles fortifications ; les impériaux étaient au nombre de soixante-six mille hommes, avec le duc d'Albe, contre les onze mille hommes de la garnison. Toute la gentilhommerie s'était échelonnée sur les remparts ; le siège fut long et meurtrier ; le général espagnol y épuisa toutes les ressources de son génie ; les maladies assaillirent son camp ; un tiers de ses troupes périt dans les assauts et sous la tente. Après plus de deux mois de siège, il fallut se retirer dans le cœur de l'hiver (!*' janvier 1553). La retraite fut assez paisible ; le connétable avait depuis longtemps envoyé son armée dans les quartiers d'hiver.

Charles-Quint se vengea plus tard de cet échec; au mois de juin suivant, Philibert Emmanuel, duc de Savoie, s'empara de Térouanne et d'Hesdin, et fit détruire ces deux places de fond en comble.

Sans préjudice des expéditions du Rhin, la guerre se continuait dans les Alpes et au sein des plaines de l'Italie. Le maréchal de Brissac surprit Albe et s'empara de Yerrue (1552). Le grand but de la France était d'enlever à l'Espagne le royaume de Naples, sauf à le laisser en main

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tierce après la conquête; la flotte turque, qui rôdait sans cesse autour des côtes napolitaines, n*attendait qu*un moment favorable pour rejoindre les galères françaises. Afin de mener à bien les opérations militaires, Brissac ne demandait qu'un pied-à-terre dans la Toscane, d'où il pût à Taise lancer des troupes sur la route de Naples. On jeta les yeux sur Sienne, qui, du reste, attendait un libérateur avec impatience : espagnole depuis 1547, elle avait pour gouverneur le célèbre Diego Hurtado de Mendoza, dont la fierté toute méridionale avait semé la haine dans le cœur du peuple. Les mécontents envoyèrent un agent à Venise, auprès du cardinal de Toumon, ambassadeur de France, et le complot fut arrêté. Le 3 août «552, deux conjurés ardents, Énée Piccolomini et Amerigo Amerighi sortirent sur la place publique Tépée à la main, et haranguèrent la bourgeoisie. Toute la population se rendit en armes devant les postes espagnols, et la garnison ennemie fut chassée de Sienne. Quelques jours après, de Thermes, Tancien gouverneur de Parme, entra dans la ville avec un renfort de troupes ; Sienne fut mise en état de défense ; douze mille hommes se réunirent dans ses murs par les soins du général français ; et l'archevêque de Milan, le cardinal Hippoly te de Ferrare, prit le commandement de la place.

11 était temps de songer à la défense de Sienne. Le viceroi de Naples, Pedro de Toledo, marquis de Villa-Franca, venait en former le siège, avec toutes les forces impériales, par l'ordre de Charles-Quint. Le vieux général mourut en chemin ; mais la marche continua à travers l'Italie ; son fils Garcia de Toledo s'empara de quelques minces forteresses autour de Sienne, et il allait entourer la ville même, quand l'apparition'de la flotte ottomane le rappela brusquement sur les côtes de Naples. De Thermes ne resta pas oisif; la descente des Turcs sur les rivages de la viceroyauté n'élait qu'une diversion ; l'amiral Dragut, remon-

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tant rapidement vers le nord, se rapprocha des côtes de Toscane ; le général français se joignit à lui avec ses galères, et tous deux allèrent débarquer en Ctorse, où ils s'emparèrent de Bastia, San-Fiorenzo, Ajaccio, Bonifacio etCorté(1553).

Florence avait jusqu'alors gardé une imparfaite neutralité, quoique Cosme de Médicis fût le beau-frère de don Garcia de Toledo. La présence de Pierre Strozzi dans l'armée française, dont il avait le commandement, la jeta dans les rangs des impériaux. Gosme avait condamné à mort le père du général actuel, Philippe de Strozzi, qui avaitéchappé à la honte du supplice par le suicide, en gravant sur lea murs de sa prison une inscription virgilienne*. Médicis craignait de sanglantes représailles; son armée, sous les ordres du marquis de Marignan, s'avança vers Sienne, dont les murs étaient dégarnis par la sortie du général de Thermes ; dès le premier assaut, elle força presque une des portes, et s'empara d'un bastion (27 janvier 1554); l'arrivée de Strozzi la força de lâcher prise, et le marquis de Marignan se rejeta sur Marciano. Strozzi courut au secours de la place assiégée ; la bataille se livra à Lucignano (3 août 1554), et les Français, inférieurs en nombre, paralysés par le désavantage de la position, furent mis en déroute ; Strozzi, dangereusem^t blessé, se retira à Montalcino.

Marignan put alors retourner librement devant Sienne, dont les défenseurs étaient diminués des deux tiers. Le fameux Biaise de Montluc, plus tard un des plus rudes ligueurs, commandait la place en l'absence de Strozzi ; pendant un long siège de huit mois, le capitaine français fit merveille ; c'était à la guerre un des plus braves et des plus pillards gentilshommes. La défense de Sienne le

< Eioriare aliquls nostris ex ossibus ultor.

diangea momentanément, et il raconte lui-même, dans une lettre à Henri II, Thistoire des efforts qu'il imposa à sa vifacité gasconne ' . La famine le força à une capitulation dont il n'accepta pas la responsabilité; les citoyens de Sienne stipulèrent que la ville resterait libre sous la protection impériale, qu'on ne pourrait y bâtir aucune citadelle , enfin, qu'il serait loisible aux h£d)itants d'émigrer là où bon leur semblerait. Le marquis de Marignan promit tout et ne tint rien ; Sienne tomba à jamais sous la main de l'étranger.

L'histoire des opérations militaires dans les Pays-Bas présente partout la même série de succès et de revers; Hesdin et Térouanne détruits par les impériaux ; la Belgique ravagée en tous sens par le connétable de Montmorency, avec une bonne armée et douze mille Suisses, sous les yeux même de l'empereur, qui voyait tout de Bruxelles, où il s'était tenu renfermé pendant sept mois. Les Français prirent Marienbourg, Dinant et Bouvines : le duc de Guise commandait une des ailes de l'armée; il rencontra un jour

' Yoicl la siDgoliére lettre de cet original chevalier :

« Je dis au roi que je m'en étais allé un samedi au marché, et, « qu'en présence de tout le monde, j'avais acheté un sac et une c( petite corde, pour lier la bouche d'icelui ensemble un fagot; ayant a pris et chargé le tout sur le cou, à la vue d'un chacun ; et comme a je fus À ma chamhre, je demandai du feu pour allumer le fagot, <c et après je pris le sac ; et là je mis dedans toute mon ambition, K toute mon avarice, mes haines particulières , ma paillardise, ma « gourmandise, ma paresse, ma partialité, mon envie et mes parte ticularilés, et toutes mes humeurs de Gascogne ; bref, tout ce ff que je pus penser qui me pourrait nuire, à considérer tout ce qu'il « me fallait faire pour son service : puis après je liai fort la bouche a du sac avec la corde, afin que rien n'en sortit, et mis tout cela « dans le feu : et alors je me trouvai net de toutes choses qui me « pouvaient empêcher en tout ce qu'il fallait que je fisse pour le « service de sa majesté. » {Mémoires de MoNituc.)

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Tavant-garde de Charles-Quint, et la mit en déroute ; une faute du connétable Tempêcha d'achever la défaite du corps impérial, et de faire ouvrir les portes de Renti que Tannée du roi assiégeait (1 3 août 1 554) .

Là se borna tout le succès de la campagne ; des deux côtés on désirait la paix, et les négociations étaient entamées. Une trêve fut conclue à Yaucelles, sous la médiation de l'Angleterre, pour cinq ans (6 février 1556). Le nouveau roi d'Espagne, Philippe II, s'y prêta volontiers pour complaire à sa nouvelle épouse, ]a reine Marie d'Angleterre, qui venait de s'interposer entre les deux puissances belligérantes. Charles- Quint était mort au monde; une abdication en bonne forme l'avait rayé de la liste des têtes couronnées, et le couvent de Saint-Just donnait asile à l'ex-empereur, qui ne regrettait qu'une chose au monde, la translation de la dignité impériale, non pas sur la tête de son fils Philippe, mais sur celle de son frère Ferdinand» déjà roi des Romains (25 octobre 1555).

D'après la teneur de la trêve de Yaucelles, chaque parti devait conserver tout ce qu'il possédait au moment de la signature de la suspension d'armes, et la guerre eût cessé pour cinq ans ; le nouveau pape Paul lY ne permit pas à la France de conclure une paix qui eût sanctionné l'usurpation des trois évêchés. Fils du comte Montario, d'une illustre famille napolitaine, qui avait toujours combattu pour la branche angevine, puis pour les droits de la dynastie française, Jean-Pierre Caraffa, doyen du sacré collège, était ennemi juré des Espagnols. Dans ce siècle de débauches pontificales, sa vie était restée pure de toute souillure ; une austérité, je dirais presque puritaine, si le mot n'était hérétique, lui avait fait fonder le couvent des moines théatins, quand Paul III l'appela à Rome. Le moine rigide se laissa doucement prendre aux illusions de l'ambition ; peu à peu il accepta le chapeau de cardinal, le cumul des

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bénéfices, le titre de doyen du sacré collège; enfin, après la mort soudaine du pape Marcel II, il fut élevé au pontificat. Nous insistons longuement sur la vie du saint-père, parce qu'il eut une grande influence sur le mouvement politique de l'Europe. La haine de la maison d'Autriche et le népotisme, si commun à Rome, furent les deux principaux mobiles de ce retour vers le rôle qu'il joua dans les choses de ce monde. Les neveux de Paul IV, les Caiaffa, aspiraient au rang que les Médicis s'étaient créé dans l'Italie ; or, comme ils n'espéraient pas de leur oncle une sécularisation du patrimoine de l'Église en leur faveur, ils comptaient sur une conflagration générale pour se constituer une principauté indépendante : l'un fut nommé gouverneur de Rome; l'autre, cardinal et légat de Bologne.

Le pape avait conçu des desseins inexécutables; Henri Il aurait été investi du royaume de Naples; la Toscane eût chassé les Médicis et recouvré 'la liberté avec le titre de république. Les possessions de l'empire en Italie, morcelées en une fouie de principautés, seraient devenues le partage des Garafla, de la maison d'Est, alliée des Guises, et de l'état de l'Église. Les princes lorrains étaient entrés avec ardeur dans les projets de Paul IV. Au dire des historiens, le cardinal de Lorraine réservait à son frère, le duc de Guise, la couronne de Naples, à lui-même la tiare pontificale, après la mort du pape ; au duc d'Aumale, gendre de la duchesse de Valentinois, une principauté dans la Lombardie. L'entreprise était hardie, elle eût haut placé la famille de Lorraine, qu'on soupçonna plus tard et peut-être avec raison d'aspirer au trône de France; son élévation eût alors moins coûté à la branche de Valois.

Ce n'était donc pas le compte du pape, que le roi de France conclût une trêve avec le roi d'Espagne. Deux mois auparavant (16 novembre 1555), une alliance seprèle avait été signée entre Paul IV et Henri II, pour la

conquête du royaume de Naples ; le saint-père envoya son neveu, le cardinal CarafFa, rappeler au roi ce traité antérieur. Le faible Henri II penchait vers la continuation de la trêve ; rinfluenoe de Diane de Poitiers et des princes lorrains fut victorieuse, malgré l'opposition du vieux connétable, qui avait fait conclure la trêve de Vaucelles. L'alliance fut renouvelée avec le pape (28 juin 1556). Le cardinal Garaffa jouait admirablement son rôle à double entente. Il promettait à Henri U le royaume de Naples et le duché de Milan pour deux de ses fils, à Catherine de Médicis le grand duché de Toscane, l'héritage de sa famille; d'autre part, comme nous l'avons dit, il faisait secrètement à la famille de Lorraine et à la duchesse de Valentinois les offres les plus brillantes. Toutes ces menées eurent un plein succès ; la trêve de Vaucelles fut rompue, et la guerre commença à la fois en Italie et dans les Pays-Bas. Nommé général de l'année des Alpes, le duc de Guise descendit dans le Piémont, d'où il entra rapidement dans le Milanais ; le maréchal de Brissac voulait que l'on attaquât successivement toutes les places de la Lombardie, au lieu de s'avancer vers Naples, afin de s'en faire un point d'appui contre la défection d'Octave Farnèse, duc de Parme, qui s'était allié à l'Espagne. La détresse du pape, qui appelait à grands cris les Français, ne permit pas de s'arrêter à ce plan de campagne (septembre 1556).

Le duc d'Albe, prévenant l'armée du duc de Guise, était entré dans les états de l'Église, s'était emparé d'Ostie et de Civita-Vecchia, et avait pris possession de la campagne de Rome au nom du sacré collège. Paul IV, qui, pour toute défense, n'avait à son service que Montluc et deux mille Gascons, M obligé de consentir à une suspension d'armes, que le duc d'Albe lui accorda volontiers par l'ordre de son maître. Philippe II, l^s catholique que Charles -Quint, mônageait extrêmement le pape, et le suppliait instam-

ment d'accepter la paix, même après la victoire; mais Paul rv ne tenait nul compte des roueries bigotes du monarque espagnol. Les retards du duc de Guise le rendaient furieux, et, dans son impatience, il eût lancé l'excommu*nication tout aussi bien contre le duc de Guise que contre le général espagnol. Enfin, au grand contentement de la cour romaine, les Français arrivèrent ; le général français, après la prise de Valence, s'était mis en marche pour les états de l'Église ; le duc de Parme n'osa résister ; le duc de Ferrare se joignit à lui avec un renfort de troupes, et tous deux firent à Rome une entrée triomphale; puis, tandis que le maréchal de Strozzi et Montluc reprenaient Ostie et Civita- Vecchia , et défendaient le territoire siennois contre le grand-duc de Toscane, Guise, poussant devant lui le duc d'Albe, pénétrait dans les Abruzzes, et formait le siège de Civitella. Le pape n'avait tenu aucune de ses promesses : au lieu de mettre ses états en défense et de rassembler son contingent de seize mille hommes, il nommait des commissaires pour faire le procès de Philippe H, comme coupable de félonie en qualité de roi de Naples. Le roi d'Espagne le laissa faire et se fortifia par des alliances ; le duc de Parme se disposa à agir plus efiftcacement, après la restitution de Plaisance, que Charles- Quint s'était appropriée ; Cosme de Médicis obtint la possession de Sienne en échange de ses bons seiTices, et le duc de Ferrare resta le seul allié de la ligue française en Italie. L'armée du duc de Guise s'épuisait lentement sous les murs de Civitella. Le duc d'Albe, revenu avec des troupes fraîches, la cernait entièrement et lui coupait les vivres, tout en évitant soigneusement la bataille. Après trois mois d'un siège que la disette et les maladies rendirent pénible, le duc^e Guise obtint de son roi la permissicm de revenir, et la retraite s'effectua en bon ordre ; mais c'était peu de chose pour les gmnds projets dont ils avaient espéré la réussite immédiate.

5d6 HISTOIRE DE FRANCE.

En Italie, c'était une guerre d'escarmouches ; les deux armées frappèrent de plus grands coups dans les Pays-Bas. A la rupture de la trêve, Tamiral de Coligny s'avança de nuit vers Douai, pour lui donner l'escalade; une vieille femme donna l'alarme, et la ville fut sauvée. Philippe II était prêt; la reine Marie d'Angleterre, son épouse, avait déclaré la guerre à la France, contre le vote du parlement, et huit mille Anglais, aux ordres de Guillaume Herbert, comte de Pembroke, venaient de débarquer sur les côtes de Flandre. Emmanuel Philibert, duc de Savoie, commandait l'armée espagnole, forte de soixante mille hommes; une ruse de guerre manqua de lui livrer Saint- Quentin. A l'arrivée des Anglais, il avait marché rapidement vers la Champagne, comme s'il eût voulu l'envahir; puis, voyant que le connétable de Montmorency avait pris cette démonstration au sérieux, et se préps^ait à défendre le pays menacé, il tourna brusquement à sa droite, et, pénétrant en Picardie, vint à marches forcées se poster devant Saint-Quentin qu'on avait laissé dégarni. Heureusement Coligny, gouverneur de Picardie, le sut à temps et s'y renferma avec tout ce qu'il avait pu réunir de troupes. Le connétable revint en toute hâte avec ses dix-huit mille hommes, et prit position à côté de l'armée esps^ole. La ville était défendue en grande partie par un marais qui présentait la surface d'un étang, et auquel les Espagnols ne pçuvaient arriver que par une chaussée fort étroite. Coligny voulait qu'on lançât sur le marais nombre de bateaux avec des troupes fraîches, qui eussent alors ravitaillé Saint-Quentin ; le connétable se prêta volontiers à ce plan, dont l'armée tout entière devait protéger l'exécution. Le 10 août* 1557, les Français sortirent de leurs lignes pour se ranger en bataille devant l'endroit où s'embarquaient les soldats de Dandelot, colonel-général de l'infanterie française, et frèrç de Coligny ; mais on avait eu tort

de compter sur le marais ; à moitié chemin, les bateaux s'enfonçaient dans la vase, et tous périssaient misérablement. Le connétable fit avancer six pièces d'artillerie pour protéger la retraite ; c'était le moment où l'attendaient les Espagnols ; soixante mille hommes se déployaient le long de la chaussée que des travaux récents avaient élargie. L'avant-garde engagée dans un terram bourbeux, ne put reculer, et le front de l'armée française fut attaqué à la fois en face et par le flanc ; la déroute fut complète ; quatre mille hommes périrent les armes à la main. Le comte d'Enghien, le vicomte de Tureniie, Claude de la RochechoUart et six cents autres gentilshommes furent tués sur le champ de bataille. Le connétable cherchait la mort, il fut obhgé de se rendre avec le maréchal de Saint-André, le duc de Montpensier, le duc de Longueville, trois cents gentilshommes et quatre mille soldats. François de Clèves, duc de Nevers, ramena les débris de l'armée à La Fère, et couvrit les frontières du royaume.

LavictoiredeSaint-Quentin rappelle la fondation du magnifique couvent de l'Escurial, mais elle ne donne le souvenir d'aucune conquête importante; cependant la constema-s tion était dans la cour d'Henri II , et le duc de Savoie voulait marcher sur Paris. Les irrésolutions de Philippe II, qui était venu rejoindre ses troupes , l'empêchèrent de tirer parti de l'absence de toute l'armée française; il s'arrêta au siège de Saint-Quentin, qui fut enlevé d'assaut quinze jours après (27 août 1557). Coligny fut fait prisonnier sur la brèche; de là, le roi d'Espagne alla prendre Ham et le Catelet.

Les retards des Espagnols donnèrent à la France le temps de se reconnaître ; chaque province s'imposa une taxe extraordinaire ; Paris donna cent mille écus , et les villes secondaires suivirent de loin son exemple. Le duc de Guise fut à la hâte rappelé d'Italie avec toutes les troupes qu'il ramenait du royaume de Naples, pour venir défendre les

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frontières du Nord ; force fut bien alors au pape de condure la paix avec ses mortels ennemis ; mais la soumission de Philippe lui permit de dicter les conditions ; le duc d'Albe vint à Rome demander pardon, au nom du roi, son maître, d*avoir envahi le territoire de l'Église, et la paix fut signée à Cavi (14 septembre 1557). La guerre recommençait sur nouveaux frais; Charles-Quint, du fond de sa retraite, avait demandé si les vainqueurs étaient aux portes de Paris, et sur la réponse négative, il dit que Philippe n'avait rien gagné. Le duc de Guise fut nommé lieutenantgéAéral du royaume , et prit le commandement de la nouvelle armée des Pays-Bas ; un succès brillant et tout national, obtenu au milieu de l'hiver, releva le moral du peuple et de l'armée; c'est la prise de Calais , cette vieille conquête de l'Angleterre, qui depuis deux cents ans n'avait guère de français que le nom et la position. Le gouverneur de Boulogne, Senarpont, avait donné des détails précieux sur l'état de dénuement de cette place, sur le peu de solidité des fortifications, et l'amiral de Coligny avait fortement appuyé le projet du siège. Le duc de Guise l'exécuta avec rapidité. Pour détourner les soupçons, une partie de son armée marcha vers le Luxembourg, d'où eue avait ordre de se rabattre sur sa gauche à la hauteur de Calais, et luimôme , avec le reste des troupes , alla se cadier dans un marais , à quelque distance de la ville. La garnison était faible ; tous les forts environnants furent emportés en deux ou trois jours, pour donner le temps à la flotte française d'investir le port ; le neuvième jour, un assaut général fut donnée la ville, et les Anglais capitulèrent (8 janvier 1558). Le duc de Guise s'empara de Guines, du château de Ham, de la forte place de Thionville (22 avril), où périt le maréchal Strozzi , et où le gouverneur de Metz , François de Vieilleville, acquit une haute réputation militaire. Le gouverneur de Calais, le maréchal de Thermes, marchait aussi

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en avant , enlevait Dunkerque , Bergues , Saint-Vinox et nombre de places moins importantes ; mais il fut arrêté à Gravelines par le co^nte d'Egmont, et perdit une sanglante bataille où il fut fait prisonnier. C'était à Tembouchure de r Aa dans la Meuse , que se livrait le combat , et l'arrivée imprévue d'une escadre anglaise de douze vaisseaux , qui vint canonner en flanc l'armée française, décida le succès (13 avril 1558). Les Anglais avaient pénétré jusqu'auprès des lignes du maréchal en remontant la Meuse, à la faveur de la marée. A cette nouvelle, le duc de Guise abandonna le Luxembourg, et reporta son camp vers la Somme, où Henri II vint le rejoindre avec toute sa cour.

Le connétable , prisonnier depuis la bataille de Saint- Quentin, s'ennuyait de sa captivité. Au mois d'octobre 1558, il ouvrit avec le duc de Savoie des conférences àCercamp. Ce n'était pas chose facile que de concilier les intérêts divers qui se heurtaient alors dans la politique européenne. Philippe, assuré de l'alliance anglaise, prenait le haut ton, et réclamait la restitution pleine et entière de toutes les conquêtes de la France , tandis qu'il prétendait garder les siennes. D'autre part, la représentation nationale d'Angleterre souhaitait ardemment la paix, mais la reddition de Calais était une pierre d'achoppement que personne ne voulait soulever. En France, le duc de Guise et ses frères repoussaient de toute leur infl uence des ouvertures pacifiques qui eussent fait évanouir leurs projets de grandeur pontificale et de royauté napohtaine. Le maréchal de Brissac insistait pour la conservation du Piémont, son gouvernement de prédilection, parce que la conquête était son ouvrage ; enfin , quoique en paix avec l'Espagne, le pape Paul IV qui ne sommeillait qu'involontairement, intriguait auprès des diverses factions de la cour de France, pour la continuation de la guerre. La ndortde la reine Marie d'Angleterre changea brusquement l'état politique des affaires. Marie avait

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élevé des bûchers contre Tanglicanisme, poussée qu'elle était par l'influence de Tinquisition espagnole. Sa sœur Elisabeth (17 novembre 1559), protestante de cœur, suivit une marche tout opposée. Marie avait voulu la déshériter . du trône, elle renversa tout ce qui lui rappelait Marie , les bûchers, Tadministration, la tendance politique; et le premier acte de son règne fut de rompre Talliance de FAngleterre avec FEspagne , et d'envoyer des plénipotentiaires à Gateau-Cambrésis, où s'était transporté le si^e des conférences. Philippe, déçu dans ses projets de mariage, rabattit beaucoup de ses prétentions; il entrevit la possibilité de céder Calais et les Trois-Evôchés qui ne lui appartenaient pas, et auxquels se bornaient les demandes de la France. 11 ne restait donc plus au connétable , qui avait tout fait pour les négociations de Gateau-Cambrésis , qu'à décider à la paix la cour et Henri II. Le parti des Guises triomphait à Pans ; le duc et le cardinal étaient parvenus à refiroidir Elisabeth, par une manifestation peu politique arrachée au roi. Marie-Stuart avait reçu en pleine cour le titre de reine d'Angleterre, auquel elle avait des droits ; de là date la haine constante d'Elisabeth contre la malheureuse Marie d'Ecosse. Une offense du cardinal de Lorraine fit perdre aux Guises l'alliance de la duchesse de Yalentinois ; Diane de Poitiers, dans un transport de haine féminine, jura la p^rte de tous les Lorrains, et s'unit étroitement au connétable. Leurs efforts réunis agirent victorieusement sur l'esprit d'Henri, pendant qu'au dehors ils aplanissaient rapidement toutes les difficultés relatives à la cession de Calais.

Le 3 avril 1559, la paix fut signée à Cateau-Cambrésis , entre la France, TEspagne et l'Angleterre. Calais resta au dernier possesseur avec toutes ses dépendances pour huit ans ; il fut stipulé qu'au bout de ce terme, Henri II rendrait la ville à l'Angleterre, ou bien qu'il lui paierait cinq cent mille couronnes pour la solde desquelles sept ou huit mai-

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sons de commerce non françaises devaient donner caution; que cinq Français de distinction seraient livrés comme otages jusqu'à ce que l*on eût présenté ces sûretés. Après même le paiement des cinq cent mille couronnes, les droits de TAngleterre sur Calais lui restaient dans toute leur intégrité : si le roi de France ou ses alliés violaient la paix , Calais devait à l'instant même être restitué, et réciproquement, si la rupture venait de la part des Anglais, Henri II était délié de tout engagement; et c'est ainsi en effet qu'il éluda le paiement de la somme convenue. On régla en même temps les différends de l'Ecosse avec l'Angleterre, et Marie Stuart fut comprise dans le traité , à titre d'alliée de la France.

lie traité de paix entre la France et l'Espagne embrassa presque toute la chrétienté européenne; le pape, l'empereur, les rois de Suède, de Danemarck, de Pologne, de Portugal, le roi et la reine d'Ecosse, et nombre de princes secondaires y entrèrent comme alliés de Philippe ou de Henri H. Les deux rois s'entendirent quant à la destruction de l'hérésie et à la convocation d'un concile général à cet effet. Les intérêts temporels, longtemps débattus, furent réglés ainsi qu'il suit : la France recouvra Saint-Quentin, Ham et le Catelet, mais elle rendit Thionville, Marienbourg, Yvoi, Damvilliers, Montmédi, Valence, Hesdin, et le comté de Charolais, à l'Espagne ; Bouvines et Bouillon à l'évêque de Liège ; les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun lui restèrent par une concession tacite. Du côté de l'Italie, le duc de Savoie et . les états italiens avaient de graves intérêts à démêler avec le parti français; Henri II s'engagea à évacuer sur-lechamp toutes les places qu'il occupait en Toscane et dans le territoire de Sienne; à rendre le marquisat de Monferrat au duc de Mantoue ; à pardonner aux Génois et à leur restituer l'Ile de Corse, qu'il avait conquise en partie, mais à condition que les princes ou états, en faveur desquels il se I. 66

désistait de ses prétentions, oublieraient ccmaplétement le passé, quant aux villes et provinces qu'il leur restituait. Le duc de Savoie , Emmanuel Philibert, épousa la sœur du roi , Marguerite de France, âgée de trente^ix ans , et], en faveur de ce mariage, Henri lui remit la Bresse, le Bugey, la Savoie, le Piémont, à la réserve de Turin, Pignerol, Quiers, Chivaz et Villeneuve d'Asti , dont il devait être en possession jusqu'à ce que ses prétentions sur ces places, du chef de son aïeule , Louise de Savoie, eussent été jugées ; en attendant le jugement, Philif^ devait conserver des garnisons dans Yerceil et Âsti. Le différend ne fut vidé que le 12 décembre 1562, et le duc de Savoie sacrifia Pignerol , Pérouse, Savigliano et l'abbaye de Génole, limitrophes du marquisat de Saluées, placé sous la souveraineté de la France. La dernière clause du traité de Cateau-Cambrésis fut le mariage de Philippe II avec Elisabeth de France, ûUe aînée de Henri U, qui obtint une dot de 400,000 livres.

Ce fut au milieu des fêtes de ce mariage que se termina le règne de Henri H. Philippe était venu le cél^rer au mois de juin, à Paris, accompagné d'Emmanuel de Savoie, du duc d'Albe, du comte d'Egmont, du prince d'Orange, de tous les grands capitaines qui avaient combattu pour lui dans cette guerre mémorable. Parmi tous les divertissements que le roi donnait à ses illustres hôtes, il imagina de publier ce que l'on appelait un pas d'armes, à l'instar de ces anciens tournois de la chevaderie, dont son père lui avait transmis le goût expirant. Les lices furent établies dans la rue Saint-Antoine, et lui-même voulut être un des tenants avec le prince de Ferrare, les ducs de Guise et de Nemours. Le 30 juin au soir, Henri, qui depuis trois jours rompait des lances aux grands applaudissements du peuple et de la cour, s'obstina, malgré les prières de la reine, à en rompre une dernière avec Montgommeri, le capitaine delà garde écossaise, « Ils entrèrent tous deux en lice,

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coururent l'un contre l'autre, et rompirent leurs lances, de l'une desquelles un éclat passant au travers de la visière du casque du roi, lui entra fort avant dans l'œil droit. Ce coup le fit chanceler ; ses écuyers accoururent prompte* ment pour le secourir ; monsieur le dauphin, le duc de Sa« voie, le cardinal de Bourhon, le connétable et toute la cour fort alarmés, s'assemblèrent autour de lui. Il leur dit que ce n'était rien, et qu'il pardonnait à Montgommeri. Le saiig qui sortait à gros bouillcHispar la blessure, leur en fit connaître le danger. On le transporta à son palais des Tournelles, et le premier appareil ayant été levé, la plaie parut si mauvaise, que l'on désespéra bientôt de sa vie. Le duc de Savoie, dont le mariage avec Marguerite avait été remis après celui de Philippe I! , vint fort inquiet trouver le roi , craignant qu'à sa moit la cour ne changeât de résolution touchant ce mariage. Henri, pour l'apaiser, fit venir sa sœur, et ordonna qu'on les mariât dans sa chambre, le neuvième de juillet. Il expira le lendemain, qui était le onzième jour depuis sa blessure, dans la quarante-etunième année de son âge, et la treizième de son règne. » {Daniel.)

« Ici se termine l'époque des guerres d'Italie, époque d'agitation stérile, si Ton se tient à ce récit parfois monotone de conquêtes avortées et de traités impuissants, qui semble la remplir à lui seul ; mais, derrière ce bruyant appareil d'intrigues politiques et de combats sans fin, qui absorbe à son profit toute l'attention, de graves événements s'accomplissaient à petit bruit au dedans. La centralisation royale s'organisait en grand ; l'art et la science se régénéraient; la réforme naissait et grandissait par tout le royaume. Maintenant le roi mettait au bas de ses actes

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cette formule de Tabsolttlisme, cm- tel est notre bon plaisir; il vendait les offices de judicature, disposait à son gré des bénéfices, faisait juger par des commissions ceux qu'il voulait trouver coup£d>les, et les bandes étrangères, les milices nationales, qui composaient déjà le fonds des armées, étaient entièrement à sa disposition. Il n*y avait pas jusqu'à ce mouvement de régénération intellectuelle, déterminé par la découverte de Timprimerie et le contact avec ritalie, qui ne semblât se faire à la plus grande gloire de la royauté. François 1*', le père des lettres, pensionnait les poètes et les savants ; il fondait le collège de France, dont renseignement rival allait bientôt éclipser celui de la vieille université : c'était pour lui que les artistes arrivaient en foule d'Italie, et tous les grands morceaux d'architecture et de sculpture, Follembray, Chambord, le Louvre, la fontaine des Innocents, étaient exécutés par lui, ou payés de ses deniers. Déjà tout le système monarchique, tel qu'il fut réalisé sous Louis XIV, avait été posé en quelque sorte, et ce mot que François I*' se fit adresser en plein parlement : « qu'il était au-dessus des lois, » ne le cède guère à cet autre si fameux du grand roi : « L'État, c'est moi ! » Toutefois, il n'y avait encore eu, à vrai dire, que commencement d'exécution. La féodalité, devenue la cour, rongeait son frein avec dépit. La main brutale, mais vacillante, de Henri II lui avait plus d'une fois rendu la bride ; et bientôt les idées nouvelles qui fermentaient dans le peuple, allaient ouvrir le champ à toutes les révoltes, à toutes les ambitions. Le travail intérieur avait étendu silencieusement ses progrès au milieu de ce fracas étourdissant d'armes et de négociations : à peine le traité de Gateau- Cambrésis eut-il enfin calmé ce grand soulèvement militaire de l'Europe, dont le fils de Louis.XI avait donné le signal, que la France se trouva mûre pour une existence nouvelle. Depuis soixante ans, toute la vie se portait au

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dehors, et Thistoii'e de France se passait àNaples, à Milan, à Madrid, aux Pays-Bas. Elle rentre ici sur son véritable terrain, rappelée en France par les bruits précurseurs de guerre civile qui s'élèvent déjà de toutes parts. » (Histoire de France.)

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