CHAPITRE XLVIII
Réfenee de Marie de Médleis. — Sully attendait Henri IV à TArsenal, quand un gentilhomme de sa suite accourut en disant : t Le roi est extrêmement blessé ! — > Mon Dieu î s'écria Sully, ayez compassion de lui , de nous et de rËtat. S'il meurt, la France va tomber en d'étranges mains ! » Il s'enferma aussitôt dans la Bastille, et écrivit à son gendre, le duc de Rohan, de revenir en toute hâte de la Champagne, avec les six mille Suisses qu'il commandait.
Louis XIII n'avait pas neuf ans ; l'usage attribuait la régence aux mères des rois ; Marie de Médicis, qui était étrangère et se sentait peu aimée, crut nécessaire de donner à son autorité une sorte de sanction légale. Elle s'adressa au parlement de Paris, comme si ces magistrats étaient les représentants du pays. Le duc d'Ëpernon entra dans la salle des délibérations, l'épée au côté, laissant ses soldats aux portes : «Cette épée, dit-il avec hauteur, est encore dans le fourreau; mais si la reine n'est pas déclarée régente sur-le-champ, je prévois qu'il faudra l'en tirer, i Les magistrats obéirent; ils se souviendront plus tard qu'une reine leur a reconnu le droit de disposer du pouvoir.
D'abord rien ne parut changé dans le système politique dé la France. Marie de Médicis conserva les ministres du dernier règne. Elle accueillit même avec déférence Sully, qui avait quitté sa Bastille pour venir au Louvre saluer )e
t. Principaux ouvrages à consulter : les Mémoires de Richelieu et ses Lettres t Instructions diftlomatiques et papiers (TEtat; les Economies royales de Sully ; les Négociations du président Jeannin; les Lettres inédites de Feuqwères, par Et. Gallois, S vol.,' 1857 : Mémoires de Brienne, avec une introduction de M. Barrère sur les mœurs et les usages du dix-septième siècle ; Bazin, Histoire de Louis XI If; Caîllet, De l'administration en France sous Is ministère de Richelieu; Anquez, Histoire politique des réformés en France,
118 LOUIS xril (16I0-I6W).
roi : « Mon Sis, dit-elle au jeune prince, c'est H. de Sully; il TOUS le faut bien aimer, car c'est un des meilleurs et des plus utiles serviteurs du roi votre père, et le prier qu'il veuille bien TOUS servir de rnSme. • Et Sull; tint longtemps embrassé, eu pleurant, le llls de son matlre et de son ami. Les projets de Henri IV parurent continués, avec son ministère : une déclaration royale confirma l'édit de Nantes; et une armée de 10 OOO hommes, commandée par le maréchal de la
Cbilsau ds Sully i ViUsbon.
Châtjre, alla prendre Juliers pour les princes protestants alliés de la France.
Abandon de la pslltlqae da Henri IV| Conclul. —
Hais il arriva, comme à peu près partout où les reines sont rois , que les choses furent subordonnées aux personnes , ce qui est l'opposé de la vraie politique. Bientôt on ne sentit plus dans le gauTaruement que la faiblesse, les irrésolution et les caprices d'une femme. Atcc un roi mineur, une régente incapable, une cour divisée et des princes turbulents, l'action extérieure de la France allait Stra neutralisée pour longtemps. La paix devenant une nécessité, Marie de Médicis
LOUIS Xltl (1610-1643). Il»
Be rapprocha des Espagnols; elle reprit un projet qae Henri IV avait repoussé ; elle ouvrit des négociations pour le double mariage de son (ils avec une infante, du prince d'E»p^ne avec sa fille, et elle promit t de ne plus troubler les princes autrichiens dans les affaires d'Allemagae. » Il ét^t difficile que Sully adoptât cette politique nouvelle. La reine
Tombeaa de Sully i Nogsnt-tc-Botroa.
te renvoya en ne lui laissant que sa charge de grand mattre de l'artillerie {janvier 1611). Il vécut encore trente années, n'étant mort qu'à la fin de 16itl , dans son château de Villebon.
La reine avait depuis longtemps donne sa confiance au Florentin Concini, qui la gouvernait par sa femmo, Léonora Galigal. Cette femme, fille d'un menuisier, âtait soeur de
ISO LODis XIII (1610-1643).
lait de la reine. Élevée avec Marie de Médicis, elle avait acquis sur son esprit un empire extraordinaire et Pavait accompagnée à la cour de France : « Pauvre papillon , dit Richelieu, qui ne savoit pas que le feu qui la consumeroit était inséparablement uni à Péclat de cette vive lumière qu'elle suivoit, transportée d'aise et de contentement. >
L'autorité de la régente se trouva désarmée, quand un étranger, odieux déjà à ce titre, et d'ailleurs incapable , eut pris, comme conseiller, la place de l'homme supérieur qui depuis vingt ans avait été associé à la bonne et à la mauvaise fortune des Bourbons. Le prince de Condé, le comte de Soissons, son oncle, le duc de Bouillon, le duc de Guise, une foule d'autres encore accoururent pour arracher des pensions' qui eurent bien vite épuisé l'épargne amassée par Henri IV à la Bastille. Comment la reine aurait-elle pu résister à leurs exigences, quand son favori donnait le premier l'exemple d'une scandaleuse avidité? Concini puisait à pleines mains dans le trésor ; il acheta, en quelques uiois, pour 330000 livres le marquisat d'Ancre (près d'Amiens), pour 200 000 la charge de premier gentilhomme de la chambre ; il eut encore, à prix d'or, les lieulenances générales de Péronne, d'Amiens, de Dieppe, de Pont-de-l'Arche, de Quillebœuf, de Bourg en Bresse, etc. ; il mit le comble à cette fortune insolente, en prenant le titre de maréchal , sans avoir jamais paru sur un champ de bataille. Léonora travaillait, de son côté , à la prospérité commune , en vendant des grâces , des absolutions. La cour des aides poursuivait des offîciers de finance prévaricateurs, elle s'engagea par contrat public à les faire déclarer innocents, moyennant 300 000 livres.
Première révolte des ueigneuru (1614:]. — Les prétentions des seigneurs s'accrurent avec la faiblesse du gouvernement : a Les présents de la reine, dit Richelieu, étourdirent la grosse faim de leur avarice et de leur ambition ; mais elle ne fut pas pour cela éteinte; l'épargne et les cofïres de la Bastille étoient épuisés : alors ils aspirèrent à choses si grandes, que l'autorité royale ne pouvoit souffrir qu'on leur donnât le surcroît de puissance qu'ils demandoient. » Ce
1. Le prince de Condé obtint d'abord une pension de 200 000 livres, avec un hôtel à Paris et le comté de Clermont ; le comte de Soissons 200 000 écus comptants et une pension de 50 000 livres; le duc de Bouillon 200000 livres : le duc de Guise 100 000 écus, etc.; mais ces sommes furent bien dépassées dans la suite. Concini ne fut jamais ministre.
qu'ils voulaient, en effet , c'étaient des gouTeriiements pour eux et leurs familles , des places de sûreté et le démembrement de la France. D'Ëpernon était gourerneur de Metz, mais Henri , se défiant de cet orgueilleux seigneur, lui avait imposé un lieutenant qui occupait la citadelle et correspondait directement avec les ministres ; le jour même delà mort du roi , d^Ëpernon dépêcha Tordre de mettre la main sur le lieutenant et sur la citadelle. Il eut alors, à deux pas des Espagnols, une forte place qu'on appela c «on royaume d'Aus^ trasie. • Beaucoup de seigneurs, à la nouvelle de l'assassinat, s'étaient ainsi jetés dans les villes à leur convenance, et quelques-uns n'en avaient plus voulu sortir ou voulaient y rentrer. « Le temps des rois est passé, disaient-ils, celui des grands est venu, i Le premier refus de la régente amena une guerre civile. Condé prit les armes et publia un manifeste, où il accusait la cour d'avoir abaissé la noblesse, dilapidé les finances , et grevé le pauvre peuple : reproches singuliers dans la bouche d'un prince qui avait reçu avec ses amis la plus belle part de cet argent du pauvre peuple. Il terminait , suivant l'usage, en demandant la convocation des états généraux, pour travailler à la réforme des abus.
Élevé dans la religion catholique , mais issu d'une famille protestante, Condé espérait rallier à sa cause l'un et l'autre parti. Un grand nombre de seigneurs vinrent se ranger sous ses drapeaux, et à leur tête les ducs de Vendôme, de Longueville, de Luxembourg, de Mayenne, de Nevers, de Retz, etc. Les calvinistes refusèrent de s'associer à cette levée de boucliers: (Nous avons pour notre conscience, disaient- ils, toute la liberté que nous pouvons désirer, et nous ne voulons pas, à l'appétit de quelques factieux, abandonner nos femmes et nos maisons. » Les catholiques ne prenaient pas feu davantage. Depuis les états de la Ligue, il s'était fait un grand apaisement dans les passions populaires. Le parti des politiques né avec l'Hôpital, arrivé au pouvoir avec Henri IV, comptait presque tous les gens.de robe et la bourgeoisie. L'expérience, si cruellement achetée par la guerre civile, n'était point perdue. La nation comparait à ces trente-huit années de massacres et de pillages, les douze ans de prospérité qu'elle avait eus, en se serrant autour du trône, et elle laissait les grands seigneurs agiter dans le vide leur stérile ambition. « Les peuples, écrivait en ce moment Malherbe, demeurent partout en obéissance, et de rien faire sans eux, il
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n'y a pas moyen. > Qu'une main ferme prenne le gouvernail, et même les plus turbulents rentreront dans le repos où Henri IV les avait tenus. Quelques*uns des vieux ministres de Henri IV, Villeroy, Jannin, conseillaient à la reine d'agir avec vigueur : elle aima mieux traiter à Sainte-Menehould (15 mai 1614). Le prince de Gondé reçut 450 000 livres, en argent comptant; le duc de Mayenne, 300000 pour «etnarter; M. de Longueville, 100000 livres de pension, etc. Mais la cour, voulant regagner d'un côté ce qu'elle perdait de l'autre, ne paya pas cette année les rentiers de l'hôtel de ville. Voilà ce qui fut fait pour le pauvre peuple.
ÉStato i^uévmun de 1614. •— Les princes firent alors dire secrètement à la régente que si elle désirait ajourner la convocation des états , ils y consentiraient volontiers. Marie de Médicis craignit un piège dans cete proposition qui aurait ménagé aux princes, pour l'avenir , un nouveau prétexte de révolte et l'assemblée s'ouvrit à Paris le 14 octobre 1614. Ce fut la dernière réunion des états généraux avant 1789. Au nombre des députés était un jeune homme de vingt-neuf ans, qui avait déjà assez gagné d'estime dans son ordre pour que le clergé le nommât son orateur le jour de la présentation des cahiers, Tévèque de Luçon , Armand Duplessis de Richelieu.
Les trois ordres ne s'entendirent pas ; il y eut des paroles et des scènes déplorables. Un membre du tiers fut bâtonné par un député de la noblesse, et ne put obtenir justice. L'orateur de la bourgeoisie ayant osé dire que les Français ne formaient qu'une seule famille, dont les seigneurs étaient les aînés et les gens du tiers les cadets, la noblesse se plaignit au roi de ces mots comme d'un affront : « C'est grande insolence, disait son président, le baron de Sénecé , de vouloir établir quelque sorte d'égalité entre le tiers et la noblesse ; car, ajoutaient derrière lui les députés nobles , il y a entre eux et nous autant de différence comme entre le maître et le valet*. » Le clergé de son côté, refusait de prendre aucune part des charges publiques : « Ce serait, disait-il, diminuer l'honneur dû à Dieu. »
L'accord ne se trouve pas mieux dans les vœux de l'As-
1. Les nobles demandèrent dans leurs cahiers quMl fût interdit à tont roturier de porter arquebuses ni pistolets, d'avoir chiens qui n'eussent les jarrets coupés, de se vêtir, eux ou leurs femmes, comme les nobles, de porter velours ou satin, etc., sous peine de lOOO écus d'amende.
LOUIS xiïi (16 10-1643) i ' IS3
semblée. Le clergé réclamait rintrqduction en France de tous les décrets du concile de Trente, que le parlement avait jusqu'alors repoussés. La noblesse, pour faire pièce au tiers, insistait sur la sup{»*ession de la paulettey qui, en établissant rbérédité des offices, avait commencé la noblesse de robe*. Le tiers, de son côté, voulait qu'on réduisît les pensions payées aux grands, q^i, doublées depuis Henri IV, dépassaient cinq millions et demi, et que Ton condamnât les maximes ultramontaines enseignées encore par quelques évèques, à savoir que le pape peut «priver de la royauté les personnes sacrées des rois et dispenser leurs sujets du serment de fidélité. » •
Il ne fut pas difficile aux ministres de profiter de ces divisions : on ferma le lieu de réunion des états, sous prétexte qu'on avait besoin de la salle des séances pour donner un ballet (mars 1615). Singulier rapport avec les états de 1789, dont on ferma aussi la salle, mais dont les députés surent en trouver une autre, celle du Jeu de paume. Les députés du tiers, en 1614, devançaient la nation, et, n'étant point compris d'elle, furent sans force; ceux de 1789 eurent derrière eux 25 millions d'hommes qui les écoutaient et les soutenaient.
L'assemblée de 1614 ne mérite pas le discrédit où elle est tombée; elle n'a rien fait; mais elle montra jusqu'où était arrivée déjà l'éducation politique de la haute bourgeoisie. Les discours de ses orateurs et surtout de son président, Robert Miron, prévôt des marchands de Paris, révèlent une intelligence pratique des affaires et un désir de sages innovations qui étonnent. A leurs yeux, la monarchie absolue est légitime, parce qu'elle est encore nécessaire : le roi, souverain législateur, doit être obéi de tous ; mais à la condition qu'il accomplira les réformes intérieures que la nation réclame : < Si Votre Majesté n'y pourvoit, disait Miron, il est à craindre que le désespoir ne fasse connaître au peuple que le soldat
1. Cependant, les nobles ne dédaignaient plus les places de magistrature et voulaient que le tiers des offices leur fût exclusivement affecté. Quant à la vénalité des charges, la' question fut très-sérieusement agitée. Un financier proposa de racheter en douze années tous les offices de judicature et de nuance et de remettre ainsi la couronne en possession d'une de ses plus importantes prérogatives, qu'elle avait perdue depuis un siècle, celle de nommer aux fonctions puoliques. {Mercure françoiSy ann. 1614 et 1615.] Le plan ne fut pas adopté. Mais la vénalité des charges resta jusqu'à Louis XIV sous la menace d'une suppression ; et cette menace ne fut pas sans quelque effet sur la conduite du parlement dans la Fronde.
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n'est autre chose qu'un paysan portant les armes, et que quand le vigneron aura pris l'arquebuse, d'enclume qu'il est, il ne devienne marteau. » Et ils demandent : la convocation périodique d'une assemblée générale du royaume au moins tous les dix ans, la liberté des élections urbaines, la garantie, l'extension des privilèges municipaux. Pour les finances, le tiers voulait une plus juste répartition des ^charges publiques entre les citoyens, l'obligation imposée aux clercs ou gentilshommes ayant maison dans les villes de contribuer aux charges municipales, et la suppression des offices inutiles * ; pour la justice : l'égalité de tous devant la loi, l'affranchissement des serfs, Tabolition des tribunaux exceptionnels, une procédure plus rapide et moins coûteuse; pour le commerce et l'industrie : la suppression des douanes intérieures, des jurandes et des maîtrises, la liberté du trafic dans tout le royaume, et l'établissement des droits protec" teurs à l'entrée des marchandises étrangères; pour la noblesse : la réduction du nombre des grandes charges militaires, l'abolition des récents anoblissements, la suppression des forteresses dans l'intérieur du royaume, celle des pensions inutiles ou excessives, et la répression sévère des duels, la punition, comme crime de lèse-majesté, de toutes assemblées et levées d'hommes sans congé du roi, enfin de bons règlements qui soustrairaient lé pauvre peuple aux vexations des gouverneurs et gens de guerre; pour l'Eglise: une meilleure distribution de ses richesses, aux dépens des bénéfices trop opulents, au profit des cures trop pauvres, l'obligation à la résidence imposée aux évêques % leur nomination par le
1. Lebudqêtde 1614. — Suivant un état communiqué sous le sceau du secret aux députés, le peuple payait alors 35 millions d'impôts, dont il arrivait seulement à l'épargne 16 200 000 livres, et le ministre estimait que le roi avait besoin, pour la conservation de son Etat et l'entretien de sa maison, de 19 millions, dont lOuooo livres pour son service p :rsonnel, 500 000 pour sa garde ; autant pour ses b&timents, 7Do ooo pour la maison de la reme mère, du frère et de la sœur atnée du roi, i 370 ooo pour voyages, le reste, moins de 15 millions, pour la solde des garnisons, des gens de guerre, de l'artillerie, des fortifications, de la marine du levant et du ponant, les ponts et chaussées, les gouverneurs de province, les ambassadeurs, les pensions tant en France qu'à l'étranger, les dettes, etc. (Bazin, Histoire de Louis Xlllf t. I, p. I7e.) Ainsi les recettes se partageaient alors de Oette sorte : un quart pour le prince et sa cour, trois quarts pour l'État. Mais si nous tenons compte des 5 660 000 livres de pensions payées à la noblesse, ce sera moitié des recettes que nous trouverons dépenf-ées pour la cour et moitié seulement pour l'État. M. Bailly, t6irf., 1. 1, donne des chiffres, quelque peu différents.
2. On eut à faire en i64o une communication aux évêques : il s'en trouva dix-neuf qui suivaient la cour au lieu d'6tre dans leur diocèse.
roi, mais après élection de trois candidats par les évêques de la province, le chapitre de la cathédrale et vingt-quatre notables du diocèse, Tordre donné aux curés de faire viser chaque année les registres de Tétat civil au greffe des juridictions ordinaires, Tinterdiction faite aux communautés d^acquérir des immeubles, si ce n'est attenant à leurs maisons ou enclos, et toujours après vérification au parlement, etc. Tels furent les principaux projets de réforme mis en avant par le tiers, et, pour la plupart, bien des fois proposés déjà dans les Assemblées précédentes. On ne leur donna nulle attention alors, parce quMl ne suffit pas d'être la raison et la justice pour se faire aussitôt accepter de tous C'est par le travail des siècles que descend dans la foule ce qui n'est longtemps que le rêve des hommes supérieurs. Mais, sans parler de l'Assemblée révolutionnaire de 1356, on peut suivre de IkSk à 161(t, à travers les vicissitudes les plus diverses, le progrès continu de la tradition nationale. Richelieu, Golbert, Turgot ne la méconnaîtront pas et chercheront & satisfaire à quelques-unes de ces demandes répétées : le reste attendra le jour où la nation reprendra ellemême tous ces vœux de nos pères, pour y faire droit et à bien d'autres S
IVottvelle révolte de» leii^eiirsi traité de lioadmi (1615-1616). — Les mécontents avaient réclamé la convocation des états généraux pour colorer leur prise d'armes; quand ils eurent épuisé l'argent arraché par leur première révolte, ils en commencèrent une seconde, sous prétexte qu'on ne faisait pas droit aux demandes des états. Gondé entraîna cette fois. les protestants. Le duc de Rohan souleva les populations des Cévennes, et tout le parti prit les armes pour soutenir une noblesse factieuse. La cour était alors occupée des préparatifs d'un voyage à Bordeaux, où le roi devait recevoir sa fiancée, l'infante Anne d'Autriche, et conduire sa sœur qui épousait en même temps le prince d'Espagne. On ne pouvait retarder le départ, car les Espagnols
I. A propos de ropposition faite par la noblesse et le clergé à l'article du tiers, touchant Vindépendance absolue de la couronne vis-à-vis du saint-siége, on fit courir à Paris ce quatrain prophétique :
O noblesse, 6 clergé, les aînés de la France, Puisque l'honneur du roi si mal vous maintenez^ Puisque le tiers état en ce point vous devance,
Il faut que vos cadets deviennent vos aînés. (Àu^. Thierry, Efsai sur V histoire du ti
titré état , p. i47.
étaient déjà en marche (octobre 1615). Il fallat une armée pour escorter le jeune roi et sa sœur jusqu'à la frontière et ramener l'infante à Paris. Durant tout ce voyage, qui ne ressemblait guère à celui d'un souverain % la cour avait été poursuivie et souvent harcelée par les soldats de Condé et de Rohan : elle acheta une nouvelle paix à Loudun (mai 1616). Louis XIll reconnut le prince et ses amis pour de bons et loyaux sujets, déclarant qu'ils n'avaient rien fait qui ne lui fût très-^^réable, et il paya les troupes qu'on avait levées contre lui. Condé seul reçut 1 500 000 livres. Chaque révolte lui rapportait davantage. Celle-ci avait coûté à l'État plus de 20 millions.
Premier ntlnlstère de Rlebelleu. Arrestation de Condé (16 le). — Le prince revint à Paris et toute la cour s'empressa autour de lui : il sembla un instant le véritable roi de France. La reine qui gouvernait toujours sous le nom de son fils, poussée à bout par une nouvelle prise d'armes du duc de LonguevUle, montra enfin plus de fermeté. Elle venait de renouveler le ministère; l'évêque de Luçoh, que les états de 1614 avaient mis en vue, était devenu grand aumônier de sa maison, puis membre du conseil, où il se faisait fort écouter. Concini trouva que le jeune prélat c en savait plus que tous les barbons. > 11 lui fit donner un c des quatre offices des maison et couronne de France, » avec la charge des affaires étrangères'. Aussitôt les mesures de rigueurs sont adoptées : le 1«» septembre 1616, le prince de Condé est arrêté en plein Louvre et jeté à la Bastille; ses partisans qui essayent de Soulever Paris et les provinces voisines c s'entendent parler d'un ton qui sentait plus sa majesté royale que la conduite passée, i Richelieu aimait à s'adresser à l'opinjon publique : c Des esprits remuants, dit-il dans une sorte de manifeste, avoient troublé le repos établi par la prudence de la reine; en vain avoit-elle tâché de les retenir par des chaînes d'or, ils s'étoient joués de sa clémence et de sa libé-
1. L'administration militaire était alors si défectueuse, l'imprévoyance
ment, et q^ue ce voyage du roi par les provinces les plus riches et les plus peuplées, a travers les villes soumises et rapprochées l'une de l'aulre, présente toutes les misères d'une déroute. (Bazin, iWd., 1. 1, p. 235.J
2. La commission, datée du i" novembre, est postérieure de deux mois à l'arrestation du prince de Condé ; mais Richelieu fut mêlé à cette affaire et sa nomination fut la récompense du zèle qu'il y montra.
Hiroir de Marie da Hidld*.
ralité. » Et il montrait Gondé extorquant en six années 3 millions et demi , Mayenne 2 millions, Nevers 1 600 000 livres, Longuevillê 1 200 000, Vendôme 600 000, Bouillon près d'un million , et chacun c cherchant à établir une tyrannie particulière dans chaque province. » Les princes et leurs £^hérents furent déclarés criminels de lèse-majesté, déchus de leurs dignités ; et trois armées se dirigèrent vers la Picardie, la Champagne et le Berry pour étouffer la révolte. La cause royale aurait triomphé cette fois, si le roi lui-même ne s'était uni aux mécontenta pour renverser les ministres et sortir de tutelle.
Mort de Conclnl (1619). — Concini n'avait qu'une ambition vulgaire. Il aimait la richesse et le pouvoir l'effrayait, parce qu'il ne se sentait pas de force à le porter. Sans dévouement ni reconnaissance pour la reine , il eût quitté la France, si sa femme eût consenti < à cette lâcheté et ingratitude. » Il comptoit qu'avec ses huit millions, il pourrait acheter le duché de Ferrare au pape, et que parti de Florence n'ayant pas un sou vaillant, il y rentrerait prince, sans plus craindre les clameurs de tout un peuple contre l'étranger. Il se savait haï, menacé ; la, populace avait déjà une fois pillé son hôtel à Paris ; mais c'était du côté où il ne soupçonnait rien que vint le péril. Louis XIII avait alors seize ans. Ce prince, d'un caractère triste et morose, vivait dans l'isolement, éloigné des affaires par sa mère et par Concini, entouré seulement de quelques pages auxquels il s'attachait parce qu'il avait besoin d'affection. Il s'était épris d'amitié pour un cadet de province , qui lui apprenait à dresser des émérillons et des pies-grièchos , Albert de Luynes , fils d'un officier de fortune et déjà âgé de trente-huit ans. Le favori du roi conçut l'espoir de remplacer le favori de la reine. Une conspiration secrète fut tramée entre Louis XIII, son fauconnier et son jardinier ; le capitaine des gardes, Vitry, reçut l'ordre d'arrêter Concini et de le tuer s'il résistait. « Le 24 avril, le sieur Vitry, accompagné de quelque vingt gentilshommes qui le suivaient négligemment en apparence, aborda le maréchal d'Ancre , comme celui-ci entrait dans le Louvre et était encore sur le pont. Il lui dit qu'il le faisait prisonnier de la part du roi. Et, tout en même temps, l'autre n'ayant eu le loisir que de dire : Moi, prisonnier! ils lui tirèrent trois coups de pistolet, dont il tomba roide mort. Un des siens voulut mettre l'épée à la main : on cria que
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c'était la volonté du roi : il se retint. En même temps, le roi parut^à la fenêtre, et tout le Louvre retentit du cri de : Vive le roi I »
Léonora Galigaï eut un plus triste sort. Elle fut accusée de malversations, de complot contre TÉtat, et surtout de sorcellerie. On lui demanda, dit-on, par quels sortilèges elle avait acquis tant d^empire sur la reine mère : c Par Tascendant, aurait-elle répondu, d'un esprit supérieur sur une âihe faible. » Elle fut décapitée en place de Grève, et ses restes furent jetés dans les flammes. Marie de Médicis reçut Tordre de quitter la cour et se retira à Blois ; Richelieu fut exilé dans son évôché (1617). '
CioiiTernemeiit d'Albert de I^aynes (1619-1621). IVonvelleii prises d'armes. — Les grands avaient applaudi à la chute de Goncini, dont ils espéraient profiter. Mais quand ils virent de Luynes s'approprier les dépouilles du maréchal, devenir en moins de quinze mois, duc et pair et gouverneur de Picardie, épouser une Rohan, qui fut plus tard la trop célèbre duchesse de Ghevreuse, et faire d'un de ses frères un duc de Ghaulnes, du troisième un duc dePiney- Luxembourg, ils se révoltèrent encore, en changeant de dra peau : ils s'armèrent en faveur de la reine mère, tout à l'heure leur ennemie. Le duc d'Ëpernon, à la tète de 300 gentilshommes, la tira de sa prison de Blois, et tenta de soulever avec elle le midi. De Luynes ne fut pas plus habile à leur résister que le maréchal d'Ancre; la paix d'Angoulême ménagée par Richelieu, accorda à Marie de Médicis le gouvernement de l'Anjou et trois places de sûreté (1619). Bientôt Angers devint le foyer de nouvelles intrigues et le refuge de tous les mécontents. La reine mère voulait ressaisir le pouvoir. Mais le roi s'amusait aux armes. Quand les troupes étaient aux champs, il retrouvait, au milieu des soldats, l'ardeur batailleuse de son père ; il marcha sur Angers, décidé à poursuivre sa mère jusqu'en Poitou, jusqu'en Guyenne, si elle s'y réfugiait, c en jetant le fourreau de son épée deçà la rivière de Loire. » Il n'alla pas si loin : les partisans de la reine mère furent défaits dans une escarmouche sanglante auprès des ponts de Gé; et la route du midi lui étant coupée elle se trouva heureuse de faire demander par Richelieu la confirmation du premier traité (1620).
ilryaiiisation répobllcaine des protestants. — A, cette époque un soulèvement plus redoutable éclata dans le
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midi : c'était une guerre religieuse. Marie de Mêdicis et Louis XIII, à sa majorité, avaient suivi la politique de Henri IV à l'égard des protestants, « se déclarant persuadés par rezpériencB du passé que la violence n'avoit servi qu'à accroître le nombre de ceux qui étoient sortis de l'Église, au Keu de leur enseigner le moyen d'y rentrer. > Mais les réformés avaient eux-ntëmes dépassé l'édit de Nantes. En voyant h reine mère se lier à l'Espagne, ils étaient entrés ^n défiance, et, à l'assemblée de Saumur en ISIl, ils s'étaient
donné une véritable organisaUon républicaine. Ils avaient formé de leurs 806 églises 16 provinces partagées en districts. Un consimire réuni chaque semaine gouvernait l'Eglise; un eoltoqtie, assemblé tous les trois mois, gouvernait le district ; un synode annuel traitât des afi'aîrea de la province j des gunodfî nationaux devaient s'assembler tous les trois ans sous un président élu. Pour la politique et la guerre, les provinces se groupaient en cercle*, comme en Allemagne. Chaque cercle, wnsi que chaque province, avait sotf conseil dirigeant
I L«s panto ds C«, qulont »lé longtamp» 1« "«"l pa»»ag» sur. l« Loiw .L. «JTr .. H.ni.l ^^ r^MMiuant de 4 ponta ayant 109 arche» et, s, ni» langueur de i kilomètrei.
(|ui, au besoin, convoquait une antmIAée générale. Enfin deux mandataires élaa pour trais ans résidaient à la cour et serraient d'intermédiaires entre le parti et le roi. Tout se ^sait par députés et par élection. C'était bien une république démocratique et représentative, au sein d'une monarchie absolue. Les auembUes généraUs n'étaient pas loin de se croire les droits et auraient volontiers joué le rOle des états généraui de Hollande. Ces prétentions alarmèrent la cour, et quelques catholiques en prenaient ombrage. Dans certaines villes, les haines se réveillèrent comme aux plus manVais jours de la Ugne. La multitade n'y ëgorgait pas encore les réformés,
CUteaa de Loyan (près de Tonn).
mais elle renversait leurs temples, déterrait leurs morts et chassdt leurs pasteurs.
daerre avec le* pratestniiU i mort d'Albert <« lAraei (16Ï1). — En 1617, un édit rétablit dansie Béarn la religion catholique, avec ordre aux protestants de restituer les biens ecclésiastiques qu'ils avaient sécularisés depuis un siÈcle. L'édit s'eiécutant mal, le roi entra dans le Bëam avec une armée. Aussitôt tout le parti s'agita, malgré les conseils de Sully et de Duplessis-Mornay ; une assemblée générale, tenpï à la Rochelle, publia une déclaration d'indépendance, leva des troupes, et, sur le refus du vieux maréchal de Lesdiguières et du duc de Bouillon, en offrit le coaimandement au duc de Hohan (1621). De Luynes, que Louis Xlll fit tout exprès cODadtable, inarrJia contre Mon-
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tauban, menant avec lui 15 GtOO hommes, le roi et un carme déchaussé qui, Tannée précédente, avait prophétisé, disaiton, la victoire des Autrichien^ devant Prague. Le carme promit que la place se rendrait infailliblement un certain jour. Mais on devait au préalable recourir aux procédés de la sagesse ordinaire et tirer 400 coups de canon. On les tira gravement et bien d'autres. Les murailles hérétiques restèrent debout. On entama un siège en règle. La ville, forte d'assiette, se défendit héroïquement. L^attaque, commencée le 8 août, n'était guère avancée le 2 novembre. Rohan qui était aux champs avec une armée avait fait entrer des secours. Il fallut lever le siège. On voulut se dédommager sur la petite place de Monheurt, au bord de la Garonne. Le connétable y prit une fièvre qui l'emporta (14 décembre 1621) *. c Cet homme si grand, si puissant, dit un contemporain, se trouva tellement abandonné dans sa maladie, que, pendant deux jours qu'il fut à l'agonie, à peine y avait-il un de ses gens qui voulût demeurer dans sa chambre. Et quand on porta son corps pour être enterré dans son château de Luynes, au lieu de prêtres qui priassent pour lui, je vis deux de ses valets jouer au piquet pendant qu'ils faisaient repaître leurs chevaux. »
Louis XIII continua seul la guerre, et il fit Tannée suivante une assez vive campagne où il y eut force pillages et exécutions sévères dans les places qu'il prit. Le duc de Rohan profita d'un moment de lassitude, pendant le siège de Montpellier, pour obtenir une paix qui renouvelait Tédit de Nantes, mais qui interdisait les assemblées politiques, et ne laissait aux réformés d'autres places fortes que Montauban et la Rochelle (octobre 1622).
Désordre universel dan* PEtat -^ De Luynes laissait le royaume dans un état de faiblesse et de désordre qui rappelle les plus mauvais jours de notre histoire : l'autorité royale humiliée par des révoltes continuelles, la noblesse dictant des lois au souverain et maîtresse des provinces par les gouvernements dont elle disposait; les calvinistes prêts à se séparer du reste de la natioû ; la vieille politique de François I«' et de Henri IV abandonnée au dehors ; le royaume
t. Richelieu faisait à de Luynes une sourde guerre de pamphlets qu'il écrivait lui-même (car il y eut toujours en lui de l'homme de lettres, mime aux temps les plus occupés de sa vie) ou qu'il faisait écrire. (Voy. dans la Bibliothèque eizévirienne les Caqueta de l'accouchée.)
LOUIS Xili (1610-1643). ; 133
sans alliances et sans considération ; enfin la maison d^Âutriche inaugurant la guerre de Trente ans par une suite de victoires, et paraissant préluder, par la ruine du protestantisme allemand, à Tasservissement de TËurope. Il était temps que Richelieu arrivât aux affaires.
Ministère de Bichelieii (1624-1642) i tes projets. — Marie de Médécis s'était réconciliée avec son fils, après la mort du duc de Luynes ; et elle avait obtenu le chapeau de cardinal pour son conseiller habituel Tévêquede Luçon. Au commencement de 1624, elle le fit entrer au conseil. Au bout de quelques mois, Richelieu avait dominé ou renouvelé le ministère, expulsé un nouveau favori, subjugué Louis XIII par l'ascendant d'un génie supérieur, et dessiné la politique qui devait illustrer un règne si tristement commencé.
Il a expliqué lui-même tout le plan de cette politique : « Lorsque Votre Majesté, disait-il à Louis XIII, se résolut de me donner en même temps entrée à ses conseils et grande part en sa confiance, je puis dire en vérité que les huguenots partageoient l'État avec elle, que les grands se conduisoient comme s'ils n'eussent pas été ses sujets, et les plus puissants gouverneurs des provinces comme s'ils eussent été souverains en leurs charges. Je puis dire encore que les alliances, étrangères étoient méprisées.... Je promis à Votre Majesté d'employer toute mon industrie et toute l'autorité qu'il lui plaisoit me donner pour ruiner le parti huguenot, rabaisser l'orgueil des grands, et relever son nom dans les nations étrai^gères au point où il devoit être. » Il mit au service de cette politique un esprit vaste et fm qui embrassait l'ensemble et voyait les détails, une activité que rien ne lassait, et une volonté de fer. On lui prête ces sinistres paroles: c Je réfléchis longtemps avant de prendre une décision; maiii» lorsque j'ai pris mon parti, je vais droit à mon but, je fauche tout et je couvre tout de ma robe rouge. (Monchals, ar' chevêque de Toulouse.)
Premières opérations de Biehelien } nouvelle guerre eontre les protestants (1622-1626). — Richelieu voulut d'abord poursuivre ces trois buts à la fois. Apeina entré au conseil, il conclut, tout cardinal qu'il était, le ma « riage d'une sœur de Louis XIII avec le fils du roi d'Angleterre ; il signa une nouvelle alliance avec les Hollandais, fournit en secret de l'argent à Mansfeld qui seul alors tenait tète en Allemagne à la maison d'Autriche, et envoya 10000
homiDçs chasser de la Valieline les soldats du pape, pour la restituer aux Grisons. Toutes ces alliances étaient protes* tantes. L^Espagne, qu^elles menaçaient, n^avait guère de soldats, mais elle avait encore de Tor, et quelque argent répandu à propos parmi les réformés de France amena une nouvelle prise dVmes. Richelieu comprit qu'il n'était pas possible de mener de front tant et de si grandes affaires ; il ajourna les moins pressées et s'occupa des protestants. Tandis que le duc de Rohan ralliait ceux du Languedoc et des Cévennes, son frère Soubise, avait armé les Rochelois. La Rochelle était alors une véritable république, le centre et comme la capitale du calvinisme : sa flotte était supérieure à celle du roi de France. Richelieu, surpris par cette révolte, qu'il n'était pas préparé à combattre (1 625], fut obligé de demander des vaisseaux à deux États protestants, TAngleterre et la Hollande ; et il eût Padresse de les obtenir, en promettant de soii côté l'appui de la France contre la maison d'Autriche. Son amiral, le duc de Montmorency, eut quelques succès sur les côtes de l'Aunis et du Poitou; et Soubise se réfugi^ en Angleterre avec les débris de sa flotte. Richelieu offrit alors la paix aux rebelles, pour préparer à loisir les moyens de les écraser plus tard, et il laissa les courtisans le dénoncer à la France catholique comme c le pape des huguenots ejt le patriarche des athées» (Février 1626.)
abaissement des protestante (1687)| prise de |fi Bochelle (16S88)i édit d'Alais (1699). — Cependant, il remettait quelque ordre dans les finances ; il organisait l'armée ; il construisait ou achetait des vaisseaux, et signait avec l'Espagne le traité de Monçon qui lui laissait la libre disposition de toutes ses forces. Quand tout fut prêt, il entraîna le roi et la noblesse au siège de la Rochelle (août 1627), dédié, comme le disait Malherbe dans une de ses plus belles odes, à
Donner le dernier coup à la dernière tdte De la rébellion.
L'entreprise fort populaire en France, semblait difficile, car le roi d'Angleterre, Charles I», envoyait aux calvinistes français une flotte de 90 voiles, commandée par le beau et incapable Buckingham. Et les généraux, les courtisans, • qui ne voulaient pas que les bons succès vinssent en poste, » montraient un mauvais vouloirqu'on retrouve jusque dans cette
parole dn braye et loyal BasBompierre : « Nom Mrons um* fous pour prendre la Rochelle. > Mais Richelieu pourrut h tout : il se fit k la fois général, iogéoieur, amiral. Secondé de l'éveque de Maillazais, Sourdia, qu'il avait oommé chef d'escadre, et qu'il fit plus tard archevêque de Bordeaux, il chasse les Anglais de l'Ile de Ré, où ils s'étaient élahUs. et, pour les empêcher de ravitailler la Rochelle, leur ferm« les
approches du port par uoe digue gigantesque de 740 toises, large de 13 à la base et de d au sommet, lequel s'élevait au^ dessus des plus hautes marées. Deux forts çn gardaient l^s extrémités; 200 navires bordaient les rivages voisins et la digue pour la défendre. Les anglais essayèrent en vain de forcer ce prodigieux ouvrage; deux nouvelles flottes, arrivées d'Angleterre, sont repoussées : la Rochelle est isolée de rOctan. Du c6té de la terre, une circoovallation de tiSM
136 LOUIS xni (1610-Ï643).
lieues, protégée par treize forts, flanquée de redoutes et garnie d'artillerie, enveloppe la ville d'un cercle de feux. Elle résiste cependant, soutenue par le courage viril de la duchesse de Rohan qui s'y était enfermée, et par l'énergie de son maire. Gui ton, qui avait menacé de poignarder quiconque parlerait de se rendre, demandant qu'pn fît de même à son égard s'il proposait jamais de capituler ; et, pour rappeler ce serment, il avait voulu que le poignard restât sur la table du conseil. Mais les défenseurs sont décimés par la famine et les attaques ; « bientôt la ville n'aura plus d'habitants, dit-on au maire. — C'est assez, fépondit-il, qu'il en reste un pour fermer les portes. > Il fallut pourtant les ouvrir quand il ne 86 trouva plus rien dont on pût faire .un aliment (29 octobre 1628). La Rochelle avait tenu quinze mois en échec la fortune de Richelieu, et, pour l'avoir, il en avait coûté au roi 40 millions : ce n'était pas trop, puisque à ce prix Richelieu avait acheté l'unité politique de la France.
La Rochelle fut traitée en place conquise : ses franchises municipales furent supprimées, sa mairie abolie, ses fortifications rasées. Montauban et les autres villes révoltées firent successivement leur soumission. Le duc de Rohan tint encore huit mois, grâce aux affaires d'Italie qui appelèrent du côté des Alpes le roi et le cardinal. La paix d'Alais, ou édit de grâce (juin 1629), termina la dernière guerre religieuse. Les calvinistes cessèrent d'être un parti politique et de former un État dans l'État, mais Richelieu leur laissa la liberté du culte et le bienfait de l'égalité civile. Durant tout son ministère, il les employa, comme les autres citoyens, dans l'armée, la magistrature et les offices de finances ; il les encouragea à se livrer à l'agriculture, au commerce, à l'industrie ; cependant, il les exclut de la colonisation du Canada, à cause du voisinage des colonies anglaises et pour réserver la conversion des Indiens aux missionnaires catholiques. A part cette faute, il les protégea toujours dans leurs biens et dans leurs personnes : exemple remarquable de modération éclairée à une époque où personne en Europe, catholique ou protestant, ne connaissait la tolérance*. Ainsi, en 1630, un mal-
1. Dans le manifeste de janvier I6t7, au début de sa carrière ministérielle, il avait dit : < La diversité des religions pouvant bien créer de la division en l'autre monde, mais non dans celui-ci. » Dans un livre dogmatique publié quelques mois après sa disgrâce, il répudiait encore la contrainte : « Les remèdes violents ne faisoient qu'aigrir les maladies de
heureux, devenu à peu près fou, fut exécuté à Genève comme parjure et blasphémateur : il s'était fait juif*.
Une des suites de cette guerre fut l'acquisition de PAcadie et du Gap Breton que les Anglais, alliés des protestants, nous cédèrent par le traité de Saint-Germain (1632).
AbaiMement des iprandd s Chalals (1626); Jovrnée des Dupes (1680) ; exécution de MoBtmoreney (1682) ; le comte de boissons (1641) i Cinq-Mam (1642). — Richelieu voulait que la royauté fût, à l'intérieur, une suprême magistrature d'ordre public, n'ayant, comme il le dit de lui-même, au lit de mort, ni affection ni haine pour personne, mais justice pour tous. La lutte contre la noblesse, commencée dès les premiers jours de son ministère, continua jusqu'à, sa mort. Des intrigues, des conspirations, des révoltes mirent sans cesse en péril sa vie, son autorité, celles du roi et le repos de la France. Il les réorima avec une sévérité impitoyable. < G'est chose inique, disait-il au roi, que de vouloir donner exemple par la punition des petits, qui sont arbres qui ne portent point d'ombre; et ainsi qu'il faut bien traiter les grands faisant bien, c'est aussi eux qu'il faut plutôt tenir en discipline, i» Mais si le cardinal avait le droit de punir les coupables, il faut regretter qu'il en ait usé avec tant de rigueur, surtout qu'il ait quelquefois, comme Louis XI, donné à la justice l'apparence de la vengeance et fait de Péchafaud un moyen de gouvernement.
Les premiers conspirateurs furent de jeunes seigneurs, conseillers ou amis de Gaston d'Orléans, frère du roï. Richelieu avait intérêt à tourner de folles étourderies en crime ; il est cependant possible qu'il n'ait point calomnié ses adversaires en leur prêtant le projet de l'assassiner, celui de déposer Louis XIII et de mettre à sa place le duc d'Orléans, qui aurait épousé Anne d'Autriche *. Le gouverneur du jeune
Tesprit. > Cet aven est remarquable dans la boache d'un homme qui n'avait pas liiabitnde de reculer devant les moyens extrêmes.
1. Le pasteur protestant Nicolas Antoine. (Cf. la France prottêtanUf par MM. Haag., ad verb.)
3. Il convient, en effet, de ne pas oublier qu'en ce temps où vivaient encore les traditions de la politique italienne, se débarrasser d'un ennemi par un assassinat n'était pas une idée qui répugnât beaucoup. Un jour que le maréchal d'Ancre vint rendre visite au prince de Condé, il trouva l'hôtel plein de ses ennemis qui délibérèrent s'il ne fallait pas l'y tuer sur l'heure. Bassompierre trouva lui-même que cette visite du maréchal t était un tour bien hardi ; > un guet-apens de la part des plus grands seigneurs de France ne l'eût pas étonné. U n'est pas possible de regarder comme fausses toutes Us accusations de tentatives d'assassinat contre
i38 LOUIS xiu {Ï610-l(5^3).
prince, le colonel d'Omano, que Richelieu ayai) fait maréchal, sans le gagner ; la duchesse de Chevreuse, amie de la reine ; le comte de Sôissons, les princes de VendômC) fils naturels de Henri IV ; le comte de Chalais, d^autres encore entrèrent dans le complot. Il fut découvert ; la duchesse de Chevreuse fut exilée de la cour avec les Vendôme ; d'Ornano, enfermé à la Bastille, où il mourut, c non sans soupçon de mort violente ; » Chalais, décapité à Nantes par un bourreau si inhabile que sa tête fut hachée de trente-quatre coups avant de tomber. Au vingtième, on entendait encore ses gémissements. Il y eut même comme un jugement de la reine. Louis lui cita, en présence du cardinal, les dépositions qui Taccusaient d^avoir songé h épouser son frère, à quoi elle répondit avec dédain, qu'elle ne gagnerait pas assez au change. C'était un pauvre prince, en effet, que ce Gaston. Il s'humilia devant Richelieu, et promit c d'aimer et affectionner ceux qu'aimeraient le roi et la reine mère. » (1626.)
L'année suivante, une terrible leçon fut donnée à tous ces grands qui ne croyaient pas que la loi eût été faite pour eux. Les comtes de Bouteville et des Chapelles furent exécutés en place de Grève à la suite d'un duel (1627). Bouteville en était à sa vingt-deuxième affaire, et il était revenu tout exprès des Pays-Bas se battre en plein jour, au milieu de la place Royale, comme pour mieux braver le roi et ses édits. Au moms, cette fois, la rencontre avait été loyale. Il n'en était pas toujours ainsi, et bien de prétendus duels n'étaient que des assassinats, comme ce jour où le chevalier de Guise, rencontrant le vieux baron de Luz en carrosse, le força à mettre pied à terre et lui traversa la poitrine d'un coup d'épée, pendant qu'il cherchait un refuge dans une maison voisine. Le baron avait un fils qui appela le chevalier. Guise tua le fils après le père et devint par ce bel exploit le héros de la cour. C'était avant Richelieu, et c'étaient ces exploits-là dont Richelieu ne voulait plus. On comptait, en 1609, que dans les dKx-huit dernières années, dOOO gentilshommes avaient péri en combat singulier, et Richelieu mort, les duels recommencèrent avec une telle fureur, que 940 gentilshommes furent encore tués de 1643 à 1654. '
Richelieu dont ses Mémoires sont remplis. Quelques-uns de ceux qui formèrent ces projets s'en vantèrent plus tard. (Voy. Montrésort, collection Petitot, t. LIV, p. 296 et suiv.) Durant la Fronde un maréchal propose d'assassiner Condé. Retz et Matarip s'accusent réciproquement de s'être envoyé des assassins.
LODia XIII (1610-16»). 139
Dans la répression du complot dç Chalùs, Ttichelieu &vait vaincu du rnSme coup la femme et le frère du roi j en 1630, ce fut le tour de la reiae mère. Marie de Médicia avait fait entrer le cardinal au conseil où elle comptait qu'il lui servirait d'instrumeilt. Quand elle vit le ministre ne songer qu'aux grandes affaires de l'État, résister i. ses caprices, à ceux de son second fils Gaston qu'elle afTectionnait, elle voulut perdre cet ingrat serviteur, et, à force de prières et de larmes, elle arracha k son fils, alors malade, une promesse de disgrâce. Richelieu allait s'éloigner. Dëj^ la cour encombrait au Luiem-
bourf^ les antichambres de la reine mëre. Un honnête homme, nouveau favori de Louis XIII, Saint-Simon, le père du célèbre histotien, montra au roi un précipice dans l'humeur de sa mëre et dans le nombre de gens qui, par elle, prétendaient touH à gouverner. > Averti par Saint-Simon, le cardinal accourt à Versailles : «Continuez i, me servir conune vous avez fait, lui dit Louis Xlll, et je vous maintiendrai contre tous ceux qui ont juré votre perte. • Maria de Médicis, qui recevait déjà les compliments de la cour, ne fut désabusée que
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par le désert qui se fit autour d^elle. C^est ce qu^on appela la journée des Dupes (oct. 1630). Elle fit aussi des victimes.
Les deux frères Marillac, Tun garde des sceaux, Tautre maréchal de France, s'étaient trop hâtés de triompher avec la reine mère : le premier fut destitué et mourut en prison ; Tautre, arrêté en Piémont au milieu de son armée, fut accusé de concussions et jugé par une commission extraordinaire, dans la maison même de Richelieu, à Rueil. < C'est une chose bien étrange, répétait-il, qu'on me poursuive comme on fait. Il ne s'agit dans mon procès que de foin, de paille, de bois, de pierre et de chaux. Il n'y a pas de quoi fouetter un laquais. > Il n'en fut pas moins condamné à mort, et exécuté en *1632. Bassompierre, son ami, fut enfermé à la Bastille, d'où l'on ne sortait guère et où il resta douze ans, jusqu'à la mort du cardinal ; Marie de Médicis fut-elle même reléguée à Compiègne; quand elle se vit pour tout de bon délaissée de son fils, elle s'enfuit à Bruxelles où elle vécut, sous la protection équivoque des Espagnols, dans un état voisin de la misère (1631). Richelieu s'était bien gardé de gêner cette fuite.
Le second fils de la reine, le frivole et incapable duc d'Orléans, avait aussi quitté la France, en lançant contre le cardinal un manifeste fougueux. Réfugié auprès d'un prince dévoué à l'Autriche, Charles IV, duc de Lorraine, il épousa sa sœur malgré les ordres du roi, puis alla retrouver sa mère aux Pays-Bas d'où il trama une nouvelle conspiration qui aboutit à une révolte déclarée. Le gouverneur du Languedoc, Montmorency, se laissa prendre aux promesses de Gaston ; tandis que le prince entrait dans le royaume avec quelques milliers d'aventuriers, il souleva les provinces du midi, que Richelieu venait d'irriter en essayant d'introduire des officiers royaux dans l'administration intérieure de ces pays d'États. Quand ils eurent joint leurs forces, ils livrèrent bataille à l'armée -royale, commandée par le maréchal de Schomberg, sous les murs de Castelnaudary (septembre 1632). Le duc d'Orléans s'enfuit au premier choc, c jetant ses ar^ mes par terre et disant qu'il ne s'y jouait plus ; » le duc de Montmorency resté seul, fut pris, condamné par le parlement de Toulouse et exécuté, malgré les supplications de toute la noblesse. « Plusieurs, dit Richelieu, murmuraient de cette action, et la taxaient en quelque sorte de rigueur ; mais les autres, plus sages, louaient la justice du roi quipr^
ferait le bien de son État à la vaine réputation d'une clémence dommageable , et ils estimaient le courage du cardinal, qui méprisait la propre sûreté de sa personne et la haine de tous les grands pour satisfaire à la fidélité qu^il devait au roi. »
Le duc de Lorraine paya les frais de la guerre. Louis XIII prit en personne Bar-le-Duc et occupa militairement le duché (1634), qui resta aux mains de la France jusqu^à la fin de ce siècle. Quant ^ Gaston, il fut épargné, parce qu'il était du sang de France quHl faut respecter y mais il reçut l'ordre de.se retirer à Blois ; quatre années plus tard, un événement heureux et inattendu lui enleva le titre et le rang d'héritier présomptif de la couronne : Anne d'Autriche donna le jour à Louis XIV (15 septembre 1638).
Une humiliation infligée au duc d'Épernon, le dernier représentant des prétentions féodales, et la condamnation à mort du duc de la Valette pour une faute militaire, montraient à tous que des temps nouveaux étaient venus, ceux de Tobéissance absolue. Pourtant le comte de Soissons, chef d'une branche de Condé, tenta encore une fois de renverser le terrible cardinal. Réfugié à Sedan, auprès du duc de Bouillon, il appela à lui tous les mécontents pour réveiller la guerre civile en France. L'Espagne se hâta de lui donner 7000 hommes. Le maréchù Ide Ghâtillon surveillait Sedan avec une armée royale; atuqué à l'improviste dans les bois de la Marfée, à quelques lieues de la ville, il fut vaincu par la défection d'une partie de ses régiments, mais le comte périt, dans la poursuite, d'un coup de pistoiet tiré au hasard (juillet 1641). La guerre finit avec lui; le duc de Bouillon s'empressa de faire porter au roi sa soumission.
La dernière conspiration fut celle de Cinq-Mars. Ce fils du marquis d'Effiat avait été placé par Richelieu auprès de Louis XIII pour l'amuser, le distraire et le surveiller. Devenu bientôt favori nécessaire, il fut élevé à la dignité de grand écuyer et rêva la fortune du connétable de Luynes, qui avait commencé comme lui. Il était déjà entré à demi dans le complot du comte de Soissons ; ce prince mort, il travailla pour lui-même. Il se flatta de renverser Richelieu avec l'appui de la noblesse et peut-être avec la complicité du roi, qui paraissait fatigué de son ministre. Si le roi n'était pas complice, la reine du moins, ainsi que Monsieur, Pétaient, et le duc de Bouillon avait promis, la mort du roi survenant, de recevoir
Ikî LOUIS XIII (1610-1643).
à Sedan la reine et ses deux fils pour les soustraire au cardinal. Cinq-Mars se perdit en signant un traité d^alliance avec les Espagnols. Richelieu, alors malade, presque mourant, se procura, à prix d^argent, une copie du traité et renvoya à Louis XIII. Livré, suivant Tusage, à une commission extraordinaire, Cinq-Mars fut condamné, puis décapité à Lyon (septembre 1642). Ce hardi conspirateur n^avait pas vingt-deux ans. Avec lui périt de Thou, fils de l'historien, qui paya de sa tête le désir de vivre au milieu des grands et de leurs intrigues. Il avait été Pintermédiaire de la reine et du duc de Bouillon. Quant à ce prince, il ne se tirad^affaire qu^en sacrifiant sa principauté: Sedan fut réiini pour toujours à la France.
Soumisfiloit du parlement; aMemblée de notables i affermissement de l'autorité royale* — La magistrature ne conspirait pas, mais quelquefois elle gênait. En 1617, Ri chelîeu, alors dans Texil, écrivait : « Le parlement doit une entière obéissance aux volontés du roi, mais il la doit raison* nable. » En changeant de place il changea de point de vue. Il punit de la destitution, de Temprisonnement ou de Texil toute velléité d^opposition. Lorsqu^en 1641, au milieu de la guerre de Trente ans, les magistrats voulurent refuser Tenregistrement de nouvelles taxes, Louis XIII vint tenir un lit de justice^ et fit de nouveau entendre les plus hautaines paroles. En vain Tavocat général Omer Talon supplia le roi de se laisser toucher par les prières, a à l'exemple du jOieu vivant dont il était limage sur la terre; > il fallut obéir, « sans plus de raisons, et cesser de mettre la main au sceptre du souverain. » Défense expresse fut intimée au parlement de faire des remontrances sur les édits concernant le gouvernement et Padminîstration de TEtat. On n'en admit que pour les édits bursaux, à charge d'enregistrer ceux-ci a toute affaire cessante, si le roi jugeoît qu'ils dévoient être vérifiés, > nonobstant les remontrances.
. Richelieu n'avait pourtant pas de dédain pour Topinion publique. Comme tous ceux qui sont forts, il en appelait souvent à elle et s'en trouvait bien ; mais il aimait mieux dire ce qu'il avait fait que discuter ce qu'il avait à faire. Aussi beaucoup de manifestes, d'exposés de sa conduite, même de ce que nous appelons aujourd'hui des articles, quUl insérait dans le Mercure de France, le plus ancien de tous nos journaux, mais point d^états généraux; seulement quelques rares assemblées
de notables^ qui, choisis par le roi, avaient moins d^esprit d'indépendance et pouvaient avoir autant de lumières. Il yen eut une en 1625 au sujet de la Valteline et de la rupture avec le pape; une autre à la fin de 1626. A celle-ci aucun prince ou duc ne fut appelé, mais des magistrats, des ecclésiastiques, des conseillers d'État et le prévôt des marchands de Paris. Le ministre leur développa ses projets pour créer une marine qui protégeât le trafic lointain, pour instituer une armée permanente où les grades seraient accessibles à tous, pour réorganiser les finances en dégrevant lesi classes laborieuses, pour encourager le commerce et l'industrie en y appelant la haute bourgeoisie et les nobles, enfin pour réformer l'administration intérieure*.
Destraetlon des forteresses féodales} abolition des IHirandes ehar|fe« militaires; les Crrands iloars. — Dès l'année 1626, Richelieu avait ordonné la démolition des forteresses féodales inutiles pour la défense des frontières, et qui étaient pour la royauté une menace permanente, pour les villes et les campagnes un objet de terreur, pour les nobles un souvenir de leur ancienne puissance et un encouragement à la révolte '. La même année il abolit les charges de grand amiral et de connétable, qui donnaient à leurs titulaires une autorité presque royale sur la flotte et sur l'armée. Ils étaient trop maîtres, et Richelieu voulait l'être partout.
Les acquisitions de la France en Lorraine étaient bien loin de la main du roi ; pour que ces pays sentissent l'action du
1. Le chancelier Marillac rédigea sur le cahier de cette assemblée un édit eo 461 articles qui fut présenté au parlement, mais non enregistré, et qui par conséquent n'obtint pas force de loi. On y tenait compte de beaucoup de demandes faites par les états de 1614. Cet essai de réformation générale qu'on appela par dérision le code Michau, blessait beaucoup d'intérêts et tomba par le mauvais vouloir des parlements. La disgrâce de son auteur acheva de le discréditer. Richelieu, occupé de graves questions politiques, n'eut pas le loisir de tenir la main aux réformes civiles. L'article 229 déclarait toVis les grades de l'armée accessibles aux roturiers; l'article 442 promettait la noblesse personnelle au négociant qui avait en mer depuis cinq ans un navire de 200 tonneaux, pour tout le temps qu'il continuait son trafic. Le même privilège était accordé au négociant en gros : et il était dit que le gentilhomme qui s'adonnait au trafic par mer ne dé» rogeait pas.
2. Le château de Pierrefonds, à quelques lieues de Compiègne, tut longtemps la terreur des environs. Un aventurier, Rieux. y soutint un siège contre Henri IV. Richelieu )e fit assiéger et démanteler. La résistance de ses murs découragea les démolisseurs .et il servit encore, pendant la Fronde, de place forte contre le roi. L'empereur Napoléon UI l'a fait restaurer pour qu'il demeurât, comme il en est digne, un magnifique spécimen de l'architecture féodale.
gouyernement, le cardinal créa le parlement de Metz; et, pour avoir une justice plus expéditive, il renouvela l'institution des Grands Jours; ceux de Poitiers, 1634, condamnèrent pour exactions et violences plus de deux cents nobles.
Création des Intendants. •— Enfin il fit une véritable révolution dans TaHministration provinciale par Tinstitution des intendants. Sous les derniers Valois, les gouverneurs, qui étaient tous de haute noblesse, s^étaient rendus à peu près indépendants dans leurs provinces; et ils regardaient ces charges comme un patrimoine qui devait, passer à leurs enfants*.'Henri IV avait été obligé d'acheter leur obéissance. Richelieu, qui reprit en toute chose et continua TcBUvre du premier Bourbon en la poussant plus loin, créa des officiers supérieurs de justice, de police et de finances, appelés du nom modeste d'intendants*, qui, choisis par le roi dans la roture, sans crédit personnel, furent à la discrétion du ministre (1635). Ces officiers, agents dociles du pouvoir central, exercèrent un contrôle jaloux sur les grands, les parlements, les villes, les États provinciaux; ils concentrèrent peu à peu entre leurs mains, tous les pouvoirs civils, et finirent par ne laisser aux gouverneurs que l'autorité militaire, nulle dans les provinces intérieures, et la représentation. La. royauté gagna à cette institution, origine de nos préfectures, et Tunité nationale en fut fortifiée. Depuis la création d*une armée permanente, sous Charles VII, aucune mesure n'avait frappé plus fortement la nouvelle féodalité.
Commencement d'nne oi^anlsatlon de la marine (164t)« — Une des suites du siège de la Rochelle fut un premier essai d'organisation pour notre marine. Après chaque expédition, les vaisseaux de l'État rentraient en un port où ils restaient sous la garde de leurs capitaines qui ne les
1. « Le caractère de la maison de Montmorency, qai depuis un long temps étaient gouvernenrs do Languedoc, était si avant imprimé dans ces peuples, qu^ils na croyaient le nom de roi qu'imaginaire. * {Mémoire» de Richelieu, ibid.. p. SI 9.)
2. L'institution des intendants de finance remonte à Henri II, mais fut régularisée et étendue par Richelieu. Il n'y eut pas un intendant par province ou circonscription militaire, mais par généralité ou circonscription financière. Supprimés durant la Fronde, ces officiers furent rétablis pa Mazarin. Louis XIV les investit de toute Fautorité administrative dans les provinces, et même du pouvoir judiciaire; mais des mutations très-fréquantes ou des destitutions leur faisaient sentir la dépendance dans I9 quelle le maître voulait les tenir,
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gardaient point. Les bâtiments se détérioraient et on perdait un temps infini à les réparer^ puis à les rassembler pour les faire agir ensemble.En 1629, Riehelieu chargea d'Infreville de yisiter toutes les côtes de TOcéan et d-y choisir Templa* cernent de trois arsenaux. Il désigna le Havre, Brest et Brouage. Des magasins y furent aussitôt construits, et, en 1631, trois commissaires généraux de la marine yini^ent s'y installer. D?Infreville s-était trompé pour Brouage et le Havre, il avait deviné juste pour ^est, comme il devina Duquçsne qu^il recommanda à Richelieu. De nombreux vaisseaux furent armés, et dans la guerre de Trente ans les flottes de France dominèrent sur TOcéan et la Méditerranée.
Désordre dans les flnanece. — Pour les finances, Richelieu rentra dans les mauvaises voies d^où Sully était sorti. Il augmenta les impôts, ce qui était inévitable avec d'aussi grandes affaires que les siennes, mais il sut mal les ménager. La différence entre le revenu net et le revenu brut devint énorme. Sur 80 millions que le pays donnait, en 1643, le trésor n'en recevait que 33, et la' dépense étant de 89, le déficit sMlevait à 56, sans compter que le revenu de trois années était mangé d-avance. Ainsi le trésor se trouvait dans la détresse, et pourtant les peuples étaient horriblement foulés. Des émeutes avaient éclaté à Paris et dans les provinces; les croqtumti de Guyenne, les va-nu-piedn de Normandie avaient égorgé les agents du fisc; mais les troupes étouffèrent durement ces révoltes, et on était trop habitué aux désordres des finances et aux affreuses misères des campagnes pour s-inquiéter beaucoup des uns ni des autres.
Comnieree et industrie. — Richelieu organisa les consulats, favorisa le commerce extérieur, mais imposa au Canada les règlements étroits qui le perdirent ; .il encouragea les industries naissantes des glaces et des tapis, et fit venir des ingénieurs des Pays-Bas pour dessécher les marais, continuant encore en cela Henri IV et préparant Co)))ert, q\i\ fut son admirateur, parce qu-il retrouva, sur mi|le points, les traces d^ celui qu'il appelait tpiypuçs 1q grand cardinal.
Poliliiiife étrangère» Inttfs eQpf|N^ |i^ fi^fi^ph^ eapa-^ l^ole dé la maiBon d'Autriche. — Depuis le traité de Vervins, la France ^'avait pas eu de graàclè iguerr^; ^\ comme rindust];;ie, le commerce occupaient peu les peuples
LOUm Xiù (1610-1643). \k1
et point du tout la noblesse, il y avait dans la génération nouvelle, encore émue par les récits des temps de fièire indépendance, d^aventures et de batailles, une impatience du repos, un besoin d^action qui, faute de {direction, sMtaieni tournés en agitations stériles. De 1610 à 16S4, Ift France manqua d^un homme, elle en avait un maintenant, et cet homme, après avoir discipliné ces volontés rebelles, après avoir réuni ces forces divisées, allait leur montrer un but digne de grands courages et lés y pousser de sa puissante main. * '
c Jusqu^où allait la Gaule, disait Richelieu, Jusque-là doit aller la France, i Mais les Espagnols, maîtres des Pays-Bas, de la Franche-Comté et du Roussillon, enveloppait encore de trois côtés la France amoindiie, et tenaient Pltatie par Naples et Milan. Il commença par eux. Dès les premiers joUrs de son ministère, il renouvelle les anciens traités conclus par Henri IV avec Venise, la Savoie, la Hollande, dont il doublé les subsides, et avec le roi d'Angleterre, Jacques !•', successeur timide de la grande Elisabeth. Il fait rompre le mariage projeté entre le prince de Galles et une infante, et il propose au jeune prince, qui Taccepte, la main d'Henriette; sœur de Louis XIII.
Guerre de la ITalieliiie (1B24L), — Aux négociations, il joint les actes ; il chasse les Espagnols de la Valteline, petite vallée formant le bassin supérieur de TAdda et qui établissait la communication entre le Milanais espagnol et le Tyro autrichien. Les habitants, sujets de la république protestante des Grisons et catholiques, s-étaient révoltés à l-instigation de la cour de Madrid, qui avait fait bâtir chez eux plusieurs fortsj afin de les protéger, disait-elle, contre les hérétiques (16âO). Les Grisons avaient réclamé ; le pape, choisi pour média* teur, hésita longtemps ; il allait peut^tre donner raison aux Espagnols, quand Richelieu arriva aux affaires et écrivit aussitôt à Tambassadeur de France à Rome : c Le roi né veut plus être amusé; il a changé de ministère, et le ministère de maxime : on enverra une armée dans la Valteline, qui rendra le pape moins incertain, et les Espagnols plus traits^les. > En effet, le marquis de Gœuvres arriva par la Suisse avec 10000 hommes et restitua la Vàltelitie aux Grisons (1624). La cour de Madrid subissant en silence cet affront, oui prouvait sa faiblesse, accepta les iiiits accomplis, par le t^ité de Monçon, en «Aragon (mars 16^6).
Gnerre 4ke 1» «aeeession «te Maiitone [1029).. — Quelques années plus tard, le cardinal intervint au delà des Alpes, en faveur dMn prince français, Charles de Gonzague, duc de Nevers, qui venait d^hériter 'du Mantouan et du Montferrat. Les Espagnols lui opposaient le duc de Guastalla à Mantoue, et le duc de Savoie, Victor-Amédée, dans le Montferrat, dont ils investirent Casai, la capitale. Richelieu marcha lui-même vers les Alpes avec une armée de 36 000 hommes et Louis XIII força le pas de 'Suze dans une action brillante où il montra le courage de son père (6 mars 1629). Le duc de Savoie, témoin de Taudace des assaillants et sur le point d^ètre pris, se retira à travers ses lignes en criant: a Messieurs, laissez-moi passer, car ces gens sont en colère. » Il se hâta de signer le traité de Suze : les Espagnols levèrent le siège de Casai et rentrèrent dans le Milanais. Mais il n^y avait pas grande confiance à avoir dans le duc de Savoie, «r Soa esprit ne pouvoit avoir repos et faisoit tous les jours plus de trois fois le tour du monde, pensant à mettre tous les rois en guerre, pour retirer profit de leurs divisions. » L^année n^était pas éceulée que les Impériaux victorieux en Allemagne entraient chez les Grisons, les Espagnols dans le Montferrat, et que le duc de Savoie négociait avec tout le monde. Richelieu rei^nt sur les Alpes avec 40 000 hommes; la Savoie fut conquise, le Piémont entamé, Pignerol pris [mars 1630). La paix de Chérasco, dont Mazarin fut le négociateur, affermit Tinfluence française en Italie. Le duc de Mantoue fut rétabli dans ses États, et Victor-Amédée livra à Louis XIII, avec Pignerol, le libre passage des Alpes (avril 1631).
Ainsi, en 1631, Richelieu avait séparé en Italie leà donaainés des deux branches de la maison d'Autriche qui faisaient efibrt pour se rejoindre, et rouvert la péninsule à la France, mais sans Vy engager. Il songeait à faire davantage, à établir une confédération italienne qui contre-balancerait la puissance de TEspagne dans la péninsule, et « y assurerait un parfait repos. » Venise, Mantoue et le duc de Savoie signèrent cette ligue ; le grand-duc de Toscane, Gènes et le prince de Parme et de Modène y adhérèrent en secret; Urbain YIII fut sur le point de faire comme eux. Les événements détournèrent sur l'Allemagne Tattention de notre grand mmi&tre.
Claerre àm {fiente an^i Ricl&eliea appelle C^astave-
Adolphe en AllemaipBe. — On était alors au plus fort de la guerre de Trente ans. Cette lutte, à la fois politique et religieuse, avait commencé en Bohême (4 618) et s'était étendue peu à peu à tout Tempire. L'électeur palatin, le roi de Danemark avaient été Tun après Pautre' vaincus et humiliés. L'armée impériale, créée et commandée par Waldstein, avait pénétré jusqu'à la Baltique, foulant aux pieds sur son passage rAllemagne et ses libertés séculaires. Le problème qui s'était tant de fois agité dans ce pays, de son partage entre des princes indépendants ou de son union sous un seul maître, était sur le point d'être résolu dans le sens de l'unité, sous le despotisme de la maison d'Autriche. Tout cardinal qu'il était, Richelieu fit alors comme François I*', comme Henri II, comme Henri IV, il prit en main la cause des princes allemands, sans regarder à la religion. Son émissaire, le P. Joseph, travailla si bien les électeurs, à la diète de Ratisbonne, en 1630, qu'ils arrachèrent à l'empereur le' renvoi de Waldstein et le licenciement de son armée, puis refusèrent de donner à son fils le titre de roi des Rpmains, que Ferdinand II regardait comme le prix tacite de ses concessions. « Un pauvre capucin, s'écriait-il avec colère, a su mettre dans son capuchon six bonnets électoraux. ^
Après l'avoir désarmé, Richelieu alla lui chercher un ennemi au fond du Nord. Le roi de Suède, Gustave-Adolphe, monté sur le trône à l'âge de dix-sept ans (en 1611), s'était déjà fait connaître par de grands succès : il avait humilié les Danois et les Russes ; il faisait alors une guerre heureuse à la Pologne. Richelieu ménage une trêve entre le jeune roi et les Polonais (septembre 1629), puis- lui accorde un subside annuel de 1 200000 fr. et le jette sur l'Allemagne en lui montrant, pour exciter son ardeur, d'immenses dé* pouilles à saisir, ses coreligionnaires à venger, et un grand rôle à jouer sur un théâtre etentissant (traité de Berwald, janvier 1631).
Gustave-Adolphe apparaît dans l'empire comme un foudre de guerre. 11 invente une tactique nouvelle, qui déconcerte ses adversaires ; 'û bat Tilly, près de Leipzig, le tue au passage du Lech et vient lui-même périr à Lutzen, dans les bras de la victoire. « A d'autres le monde ! » s'écrie-t-il en tombant (1632). Richelieu ramasse l'espérance et la fortune du jeune héros. Il est libre maintenant de ses plus grands soucis à l'intérieur; il peut porter son attention et ses forces au de-
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hors. Il substitue hardiment^ dans U lutte contre la maison d^Autriche, au Danemark épuisé, à la Suède veuve de son roi^ la France pleine de jeunesse et d'ardeur.
IPremière F^r^te <&• l^ périoill) française (1085lfM9); «lUancM et forces de la Franee; — Contre rÀutriche et. TEspagpe plus étroitement unies, il noue d^abord un solide faisceau d'alliances. Par la convention de Paris, il promet 1,2000 hommes aux confédérés allemands qui luire* Incitent rÀlsace en dépôt (nov. 163^)^ et par celle de Saint- Germain il achète Bernard de Saxe-Weimar, le meilleur élèye de Gustave-Adolphe, et son armée (oct. 1635) ; il traite à Con^ipiègne avec le chancelier de Suède, Oxenstiern, autre grand ministre (1635), h Wésel, avec le landgrave de Hesse- Gassel, qui fournira des troupes en retour d'un subside (oct. 1636) ; à Paris, avec les Hollandais, pour le partage des Pajs-Bas (février 1637) ; à Rivoli, avec les Suisses et* les ducs de Mantoue,, de Parme et de Savoie :. au dernier il promettsiit la Lombardie (juillet). Il essaya même de gagner le roi d'Angleterre en lui offrant pour prix de son alliance ou de sa neutralité des secours contre ses sujets rebelles. Charles répondit, avec plus de fierté que de prudence, par ces mots qui résument presque toute la politique de l'Angleterre h notre égard : c Le jour où les ports des Flandres seront attaqué^ par les alliés, une flotte et une armée anglaise de 15 OÔO hommes arriveront aux Dunes. » Le redoutable cardinal se retourna du côté des presbytériens : c Le roi saura bientôt, écrivit-il à notre ambassadeur, que je ne suis pas un homme à mépriser. L'année ne s'achèvera pas sans qu'il ait à regretter d'avoir rejeté mes propositions. »• De secrets émissaires partirent aussitôt pour l'Ecosse, et un mois après le covenant était signé ; Richelieu n'avait plus à craindre d'être gêsié par le roi anglais.
Ces nombreux traités annoncent l'extensioi^ que la guerre va prendre. Richelieu la porta sur toutes nos frontières: aux Pays-fias, pour l.es partager avec la Hollande ; sur le Rhin, pour couvrir là Champagne et la Lorraine, et saisir l'Alsace ; en Allemagne, pour tendre la main aux Suédois et briser l'omnipotence de l'Autriche ; en Italie, pour maintenir Vsiutorité des Grisons dans la Valteline (voy. p. 447) et l'influence de la France dans le Piémont ; vers les Pyrénées, pour y conquérir le Roussillon ; sur l'Océan et la Méditerranée, pour y détruire les flottes espagnoles, soutenir les
LOUIS xiii (1610-1643). ISl
rétbltés du Portugal et de la Catalogne, et menacer les côtes d'Italie. Il a fait connaître lui-même, avec un juste orgueil, c|Uel8 prddigieux efforts il demanda k la nation pendant sept ^ anhéed, encore lie parlè-t-il point des armées du Roussillon et de la Catalogne : « La postérité, dit41 au roi, aura peine à oroite q[tte dans cette guérite ce royaume ait été capable d'en^ tretetlir sept armées de terre et deux navales, sans compter celles de ses alliés, à la subsistance desquelles il n'a pas peu contribué. Cependant il est rrai que, outre uhe puissante armée de 20 000 hommes de pied et de 6000 à 7000 chevaux, que vôiis avez toujours eue eh Picardie, pour attaquer vos ehnètnis, tous en avet eu une autre en là même province, composée de 10 000 honlmes de pied et de 4000 chevaux pour emt^êchèr Tètltrée de cette frontière. Il est vrai, de plus, qbe vous en atez toujours eU Une en Champagne, de même nbmbre que cette derhiëre; une en Bourgogne, de pareille force ; uhe non moins {Puissante en Allemagne ; une autre aussi cottsidérable en Italie, et encore une autre en Vàlteline, pendant un certain temps. — Bien que vos prédécesseurs aient méprisé la mer jusqu'à ce point que le feu roi, votre père, n'avait pas un seul vaisseau. Votre Majesté n'a pas laissé d'avoir en la mer Méditerranée, pendant tout le cours de cette guerre, 20 galères et 20 vaisseaux ronds, et plus de 60 bien équipés en la mèr Océane. — Vous avez de plus, tous les ans, secouru les Hollandais de 1 200 000 livres, et quelquefois de davantage; le duc de Savoie de plus d'un million; là couronne de Suède de pareille somme ; le landgrave de Hesse de 200 000 rixdalers, et divers autres princes de diverses autres sommes, selon que les occasions l'ont requis. » (Sûrratûm succinte.)
Tietolre* Au due de Saxe-liTeimiir, de d'HAreoUtt^ de Ctttélirliind, dé Sotirdiii. — Le prétexte de la rupture fut l'enlèvement par les Espagnols de l'archevêque de Trêves, qui s'était mis sous la protection de la France. La guerre commença heureusement. Châtillon et Brézé remportèrent dans les Pays-Bas la victoire d'Avein, près de Liège (mai 1635). Los Hollandais s'effarouchèrent de voir les Français si près d'eux; ils aimaient bien mieux l'Espagne af^iblie
Sue la France régénérée, et ils secondèrent mal nos opérabns. Les Espagnols profitèrent de cette mésintelligence. Renforcés par 18 000 Impériaux et Piccolomini, ils pénétrèteht en Picardie, pendant que notre armée était encore en
Hollande, franchirent la Somme et s'emparèrent de Corbie (1636). Un instant la cour et Paris sMpouvantèrent ; mais le cœur revint vite à la grande ville. Les ouvriers et «les gens du i^leuple s'enrôlèrent en foule, les bourgeois donnèrent au roi les moyens de lever et d'entretenir durant trois mois 12000 fantassins et 3000 chevaux. Louis XIII, plus hardi cette fois que Richelieu, avait refusé de se retirée sur la Loire. A la tète de 40 000 hommes, il alla rejeter les Espagnols hors des frontières et reprendre Corbie, où le cardinal n'échappa au plus grand péril qu'il ait couru de sa vie, que parce qu'au nioment de donner le signal de l'assassinat le cœur manqua au frère du roi (1636). Une autre invasion, tentée en Bourgogne, tourna aussi mal. Gallas et le duc de Lorraine s'étaient avancés, avec 30000 hommes, jusqu'auprès de Dijon; pour s'assurer durant l'hiver un passage sur la Saôiïe, ils attaquèrent Saint-Jean-de-Losne, dont les bourgeois, aidés par un débordement du fleuve, firent une défense héroïque. Le comte de Rantzau força les Impériaux à la retraite, et le duc de Saxe-Weimar les repoussa en désordre dans la Comté.
L'année suivante, 1637, le cardinal de la Valette prit les villes de la haute Sambre : Cateau-Cambrésis, Landrecies et Maubeuge. Richelieu aimait à confier des commandements aux prêtres, plus habitués à l'obéissance. Son amiral ordinaire était Sourdis, archevêque de Bordeaux, qui détruisit, en 1638, une flotte espagnole, à la hauteur de Fontarabie, et nvagea plus d'une fois les côtes du royaume de Naples et de ^Espagne. Mais en cette année (1638), les grands succès furent sur le Rhin ; Bernard de Saxe-Weimar battit les Impériaux à Rheinfeld, prit leur général, Jean de Werth, et emporta d'assaut Vieux-Brisach après trois victoires. Il songeait à se faire le souverain de l'Alsace et du Brisgau, quand il mourut, fort à propos pour la France, qui hérita (le sa conquête et de son armée (1639).
L'Artois, qui appartenait aux Espagnols, fut envahi dans la campagne suivante. Trois maréchaux, la Meilleraye, Châtillon et Chaulnes, assiégèrent Arras. Une armée de 30 000 hommes, commandée par Beck et Lamboi, accourt pour le délivrer. Les maréchaux sont d'avis contraire, l'un veut se tenir dans les retranchements, l'autre sortir des lignes pour livrer bataille; on en réfère à Richelieu : a: Lorsque le roi, leur dit-il, vous a confié le commandement, il vous a cru capables; sortez ou ne sortez pas de vos lignes, mais vous
Tôpondez sur vos têtes de la prise de la ville*. » Quelques jours après, les Espagnols sont battus, et la ville est forcée (août 1640). C'était une seconde province enlevée à la maison d'Autriche.
La France combattait en môme temps dans le nord de ritalie. Après la mort de Victor-Amédée (1640), ses frères, le prince Thomas de Carignan et le cardinal Maurice, avaient disputé la régence à sa veuve, Christine, fille de Henri IV, et avaient obtenu Tappui d'une armée espagnole. Richelieu envoya dans le Piémont le comte d'Harcourt, qui remporta trois brillantes victoires à Casai, à Turin et à Ivrée, rétablit l'autorité de la régente, et par un traité habile fit rentrer les princes de Savoie dans l'alliance française (1640-1642).
L'Espagne n'attaquait plus alors, elle avait assez à faire que de se défendre contre les Catalans et les Portugais révoltés (1640). Le cardinal n'était pas étranger à ce soulèvement ; il fournit des secours au nouveau roi de Portugal, Jean de Bragance, et décida les Catalans à reconnaître Louis XIII comme comte de Barcelone et de Roussillon (1642). Une armée française, commandée par la Mothe-Houdancourt, chassa les Espagnols de la Catalogne ; une autre, que le roi conduisait en personne, prit Perpignan, et ajouta le Roussillon à la France, qui depuis ne l'a pas perdu (sept. 1641).
L'Espagne occupée chez elle, l'Autriche était plus facile à vaincre en Allemagne. La défaite de Nordlingen et la défection de l'électeur de Saxe, en 1635, avaient forcé les Suédois à reculer jusqu'en Poméranie. Dégagé par la puissante diversion de la France, Banner, le second Gustave^ avait, en 163Ô, repris l'ofiensive et battu les Impériaux à Wittstock; il les battit encore à Chemnitz (1639), pénétra en Bohème, et, aidé du comte de Guébriant, un des plus habiles tacticiens de l'époque, faillit enlever dans Ratisbonne, en 1641, la diète de l'empire et l'empereur. Il avait passé le Danube sur la glace : un dégel subit sauva Ferdinand III et une maladie le délivra quelques mois plus tard de son redoutable
1. Le mot se trouve dans les Mémoires de Puységur, qai assista à SO combats, à iSO sièges, ne fut jamais ni blessé ni malade, et mourut à 82 ans, en 1683. La Meilleraye était cousin germain de Richelieu, et alors le général favori du ministre et de la cour, comme grand preneur de villes, ce qui a fait douter de Tauthenticitè du mot. Richelieu se fit ce our-là plus sévère qu'il n'était décidé à Tétre.
adjersairé. Tandis t[ue le gij^ccesseur de Bàtinér, le paralytique Torstenson, ètonbaii l'Europe par la rapidité de ses opérations et une suite de glorieuses tictoires dans la Silésie et la Saxe (1641), Guébriant s'avançait audaciéUsément a,vec ràrmée weimarienne dans l'ouest de l'empire, que les Suédoié attaquaient par le nord-est ; il triomphait de Piccolomini àWolfenbuttel(164l), de Lamboi à Kempèii dahs l'élèctorat de Cologne (1642), et il donnait là main & tous les mécontents de l'Allemagne.
Ékori de Biclîéitëa (dèe. ie42). — Ce fut au milieu de ces succès (Jue mourut Richelieu, à l'âge de cinquante-sept ans. Le 1^' décembre 1642, il fut saisi d'un mal dont il reconnut aussitôt la gravite. Dès le lèhdemain, Il voulut savoir la vérité sur son état. On le berçait dé ces espérances qui se donnent toujours aux malades. « Parlez franchement, dit-il à un de ses médecins. — Monseigneur, dans vingt-quatre heures voiis serez mort ou guéri. — C'est parleh, cÈla, » dit-' il ; et il manda le curé de Saiht-Eustache, qui lui apporta le viatique. « Voilà mon juge, dit-il quand on liii présenta l'hostie, devant qui je paraîtrai bientôt; je le prié qu'il me condamné si j'ai eu autre intention que le bien de la religion et de l'État. — Pardonnez-vous à vos ennemis? demanda le curé: — Je n'en ai jamais eu d'autres que ceux de l'État. » Il laissait la France partout victorieuse ; la maison d'Autriche abattue ; le royaume agrandi de quatre provinces : Lorraine, Alsace, Artois et t^oussillon; la Catalogne et le Portugal ébUlevés contre l'Espagne, lés Suédois et nos soldats presque aux Jiortes dé Vienne. Il avait donc tenu la {)r6messe qu'il âvaii faite à Louis XIII en entrant au ministère : il avait, au dehors, relevé le nom du roi au point où il devait être parmi les nations étrangères ; il avait, à Tintérietir, tout fait plier sôùs soi! autorité. Mais ici d'un péHl on était tombé dans un autre : de là licence aristocratique dans l'arbitraire du despotisme royal qui se mettait quelquefois au-dessus de toute justice, et disposait à son gre de la fortune, de la liberté et de la vie des citoyené. On vit alors, non-seulement des confiscations et des emprisonnements arbitraires, mais des condamnations capitales prononcées par des lettres patentes adressées au parlement.
Ce n'est pas que Richelieu fCLt un èniiémi (Systématique de l'aristocratie. Il abaissa les grands, mais non pas la noblesse. Il Vestimait nécessaire et avait horreur, âutailt peut-être
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que Saint-Simon, du pâle-meie des classes. Il vdulait qus chacun restât à sa place ; et quoiqu'il (Qt de bien petite maison, il croyait que la naissance pouTait tenir lieu de beaucoup de choses : à la rigueur, il n'eût rien demandé de plus, même pour faire un évâque.. Il s'indigne de la place que la bourgeoisie tient déjà dans l'État par les charges qu'elle
occupe. ( Ils sont présomptueux, dit-Il, jusqu'à tel point qu« de vouloir avoir le premier lieu, où ils ne peuvent prétendre que le troisième, ce qui est tellement contre la raisbn et contre le bien de votre service, qu'il est absolument nécessaire d'arrêter le cours de telles entreprises, puisque autrement la France ne serait plus ce qu'elle a été et ce qu'elle doit Être, mais seulement un corps monstrueux qui comme
LOUIS Illi (1610-1643). 157
tel ne pourrait avoir da substance ni de durée. > Et comme il n'ft pas l'habitude de reculer devant la conséquence de ses principes, il veut dans le règlement général de 1935 pour toutes les affaires du royaume, supprimer tous les collèges, ' si ce n'est dans douze villes où il en laissera un de jésuites et un de séculiers, st k Paris où il y en aura trois de laïcs et un de jésuites, afin d'arrêter la manie qu'ont les pauvres gens^de faire étudier leurs enfants, ce qui les détourne du trafic et de la guerre. » Des marchands et des soldats, voilà ce quHI iiemande au tiers état. Il laisse dans le mâme but
subsister la vénalité des charges qui substitue pour les fonctions publiques l'hérédité à la concurrence, ce qui retiendra d'autant les bourgeois dans le trafic.
Nous lui reprochions tout à l'heure d'avoir mal géré les finances. Hais il considérait l'imp&t à un double point de vue, comme moyen de fournir des ressources à l'Ëtat, comme moyen aussi de tenir le peuple dans l'obéissance : i Tous les politiques sont d'accord, dil-il , que si les peuples étniont trop à leur use, il serait impossible de les contenir dans leK règles de leur devoir.... S'ils étaient libres de tributs, ils penseraient l'être de l'obéissance. » Et ils les compare aux
mule» < qiii se gâtent p»r )ip |9pg, reppa, plus que par le
travail. >
BojKl, 1« dardlK 4m piAf^tM. — Le terrible piiqiatre avait le goAt des lettres et des arts ; plusieurs ètablissemepts Utiles ou magnifiques datent de son ministère. Il institua rAcadémie française, en 1635, la destinant à gouverner la langue et k régler ]e goût littéraire ; il recopstruisit la Sor-
Versal[let boub Louli XIlI (principalo antrée).
bonne, où Ton voit encore son tombeau , chef-d'œuvre de Girardon'; il bâtit le collège du Plessis, le Pi^ah-Cardinal
(Palais-Rojal) et fonda l'Imprimerie royale; il créa le Jardin des Plantes, aujourd'hui le Muséum d'histoire naturelle, pour l'instruction des étudiants on médecine. 11 montra aux écrivains une déférence à laquelle ceui-ci n'étaient pas habitués ; il pensionna des savants et des poëtes, entre autres