‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 15 sur 72 · I. L'ampcrenrHapaléan IH ■ «Ubli, dans la · texte numérisé non relu

I. L'ampcrenrHapaléan IH ■ «Ubli, dans la

Siliig de Saint-Garmain, ni quiUi nalloiialas-

Ifs ÙlNORlTÉ DE LOUIS XIV

à la guerre civile sous un ministre qui ne savait plus Mre tomber les tètes. C'étaient te prince de Conti, frère du grand Condé, le duc de Longueville qui avait épousé leur sœur, le duc de Bouillon qui regrettait toujours Sedan , le duc de Is . Rochefoucauld , qui accusait l'ingratitude de la reine et de -^azarin, même le sage Turenne. L'Ame du complot était

le coadjutflur, qui gouTernait Paris avec des sermons , des aumônes et des couplets. • Il me fallait , dit-il dans ses Mémoires , avec une franchise singulière , un fantôme que je pusse mettre devant moi , et par bonheur il se trouva que ce fantôme était le petit-flls de Henri le Grand; qu'il parUùt comme on parle auï halles, ce qui n'est pas ordinaire aux enfants de Henri le Grand, et q-i'il avait de grands cheveux bien longs et bien blonds. On ne saurait s'imaginer le poids de ces circonstances et concevoir l'efTet qu'elles firent

ET ADUINISTRATtOK DE UAZARIN. 17d

dans le peuple, a Ce fantoche était le duc de Beaufort, prince de peu d'esprit mais de beaucoup de courage, ce qui fùaait de lui un excellent instrument en des mains habiles. Gondi essaya de gagner aussi Condé ; mais le prince répondit à ces avances avec fierté ; « Je m'appelle Louis de Bourbon, et je ne veux point ébranler les couronnes. >

Ls dus de la Rocbifoncanld.

La lutte qui commença alors, mérita le nom que l'histoire lui a conservé, celui d'un jeu d'enfant, la Fronde.

t La reine, les larmes aux yeux, pressa le prince de Condé de servir de protecteur au roi. Le vainqueur de Rocroy, de Fribourg de Nordlingen, de Lens ne put démentir tant de services passés; il fut flatté de l'honneur de défendre une cour qu'il croyait ingrate, contre la Fronde qui cherchait son appui. Le parlement eut donc le grand Condé à combattre, et

il osa soutenir la guerre.... On nomma dans la grand'chambra, les généraux d'une armée qu'on n'avait pas. Chacun se taxa pour lever des Iroupes. li y avait vingt conseillers pourvus de charges nouvelles créées par le cardinal de Richelieu ; il fallut qu'ils donnassent chacun 15 000 livres pour les frais de la guerre, afin d'acheter la tolérance de leurs confrè-

La duchesse de LonguetlUe.

res, La grand'ch ambre, les enquêtes, les requèles, la chambre des comptes, la cour des aides, qui avaient tant crié contre des impôts faibles et nécessaires, fournirent une somme de près de 10 millions pour la subversion de la patrie. On leva 12 000 hommes, par arrêt du parlement : chaque porte cochÈre fournit un homme et un cheval. Celte cavalerie fut appelée la cavtderie des portes eochéres Le coadjuteur avait lin régiment qu'on nommait le régiment de Corinthe, parce que le coadiuteur était archevêque titulaire de Corinthe.

ET ADMINISTRATION DE MAZABlN. 181

Sans les noms de roi de France, de grand Condé, de capitale du royaume, cette guerre de la Fronde eût été aussi ridicule que celle des Barberins. On ne savait pourquoi on était en armes. Le prince de Condé assiégea 100 000 ,bour* geois avec 8000 soldats. Les Parisiens sortaient en campagne, ornés de plumes et de rubans; leurs évolutions étaient le sujet des plaisanteries des gens du métier. Ils fuyaient dès ' quUls rencontraient 200 hommes de Parmée royale. Tout se tournait en raillerie ; le régiment de Gorinthe ayant été battu par un petit parti, on appela cet échec la première aux Cbrinthiens. Ces vingt conseillers qui avaient fourni chacun 15 000 livres, n^eurent d'autre honneur que d'être appelés les quinze-^ngts.

« Les troupes parisiennes, qui sortaient de Paris, et revenaient toujours battues, étaient reçues par des huées et des éclats de rire. On ne réparait tous ces petits échecs que par des couplets et des épigrammes. Les cabarets étaient les tentes où Ton tenait les conseils de guerre , au milieu des plaisanteries, des chansons et de la gaieté la plus dissolue. Enfin, on vit le coadjuteur venir prendre séance au parlement avec un poignard dans sa poche, dont on apercevait la poignée, et on criait : Voilà le bréviaire de notre archevêque I > (Siècle de Louis XIV,)

Il ne faut pourtant pas faire la Fronde plus insignifiante qu'elle ne Tétait. On savait parfaitement pourquoi on avait pris les armes. D'abord on était fort mal. Une banqueroute universelle venait de bouleverser les fortunes et les esprits, on voulait sortir d'une telle situation, et pour parler comme le régent : « le peuple en avait pardieu bien raison, i Mais pour qu'une révolution s'accomplisse, il ne suffit pas qu'il y ait beaucoup de choses à changer, il faut qu'il y ait des hommes propres à faire ce changement; or, en 1648, personne ne se préoccupait de la chose publique. Les princes regrettaient leur place dans le conseil ; les grands leur importance perdue ; le parlement voulait jouer dans l'État le rôle que jouait de l'autre côté de la Manche le parlement d'Angleterre, et le peuple, qui ne voyait en tout cela qu'une diminution d'impôts, ce qui était alors son plus grand souci, allait à la suite des princes, des magistrats et de son archevêque. Pour celuici, il comptait bien que ce mouvement de réaction contre le système de Richelieu le porterait au pouvoir. On ne marchait donc pas à l'aventure, mais, comme chacun tirait à soi, tout

craqua. Le ridicule de la Fronde n'est pas dans la vanité des prétentions ; il est dans le désordre de ces ambitions contraires et aussi dans Pimpossibilité du succès. Une lutte contre Tautorité royale, entre Richelieu et Louis XIV, ne pouvait réussir, et en politique, ce qui est impossible devient aisément ridicule, à moins que quelque beau dévouement n'honore la défaite.

Les magistrats furent les premiers à vouloir se retirer de l'a bagarre. Ils avaient, bien vite reconnu que les seigneurs cherchaient à perpétuer le désordre pour bouleverser TËtat. Les gens de robe avaient d'ailleurs un sentiment plus vif de la patrie que les gens d'épée, dont les affections comme les intérêts passaient souvent la frontière. Â Paris, Mathieu Mole avait repoussé avec indignation la proposition d'admettre en séance un envoyé de l'Espagne. A Bordeaux, le président d'Affis, un peu plus tard, fît rendre un arrêt pour courir sus à un autre agent accrédité auprès de la princesse de Gondé qui commandait alors dans la ville. La nouvelle d'un traité signé par les seigneurs avec l'Espagne décida le parlement; le premier président fut chargé de traiter, avec Mazarin. La convention de Rueil diminua quelques impôts, autorisa les assemblées des chambres, et ramena , après quelque hésitation , la cour à Paris (avril 16W).

Parti des petits-maîtres oa Jeune Fronde, arrestation de Condé (Janv. 1650). — La paix ne dura guère, bien que le roi l'eût achetée chèrement, les seigneurs ayant tous arraché quelque lambeau des libéralités royales. Condé voulait dominer le gouvernement qu'il avait protégé. Il fatigua la régente et le premier ministre par des exigences continuelles; il les humilia par des insolences de mauvais goût. Il écrivit au cardinal : AV Ulustrissimo signor Faquino; il lui disait un jour en prenant congé de lui : Adieu, Mars! Cette conduite altière n'empêchait pas l'emploi de moyens moins superbes. Pour miner le crédit du ministre au point où il s'appuyait le plus, Condé chargea un de ses petits-maîtres, Jatzé, de reprendre auprès de la reine le rôle de Buckingham. C'était d'un habile tactitien. Mais, cette fois, Condé fut battu. En même temps qu'il s'aliénait la cour, il mécontentait les anciens frondeurs; il ne parlait qu'avec mépris de ces bourgeois qui prétendaient gouverner l'État ; il s'entourait de jeunes seigneurs vains et présomptueux, qui

poussèrent à Textrême les défauts de leur chef, et qu'on appela les petiti-maùres. Mazarin n'eût pas de peine à réunir tout le monde contre ce prince, c qui savait mieux gagner les batailles que les cœurs ; » et il le fit arrêter dans le Louvre, avec son frère de Gonti et son beau-frère de Longueville (janvier 1650). c Le peuple de Paris, qui avait fait des barricades pour un conseiller-clerc presque imbécile, dit Voltaire, fit des feux de joie lorsqu'on mena au donjon de Vincennes le défenseur et le héros de la France. > Voltaire ne voit pas que c'est le vieux levain démocratique de la grande cité qui commençait à fermenter. < Le peuple seul fait les rois, i s'écriait en plein parlement l'avocat Deboisle. — c Levons le masque, disait unpam{5hlet du temps, reconnaissons que les grands ne sont grands que parce que nous les portons sur nos épaules ; nous n'avons qu'à les secouer pour en joncher la terre et pour en faire un coup de parti duquel il soit parlé à jamais, i Cette voix sinistre n'a pas alors d'écho : dans un siècle et demi elle en trouvera*.

Union des denx FrontleB, exil de Mazarin (février 1651). — Un soulèvement éclata dans quelques provinces; il fut réprimé facilement. Bordeaux se soumit ; et du Plessis-Praslin battit à Réthel le maréchal de Turenne, qui venait d'envahir la Champagne avec une armée espagnole (décembre 1650). Mais Mazarin se crut trop tôt vainqueur. Il avait promis au coadjuteur le chapeau de cardinal, pourie rattacher aux intérêts de la reine ; après l'événement, il oublia sa promesse, suivant son habitude. Le coadjuteur se rapprocha du parti de Oondé, ranima les défiances du parlement, agita le peuple, et les deux Frondes, unies momentanément par ses soins, forcèrent Anne d'Autriche à délivrer les princes et à renvoyer du royaume son premier ministre. Mazarin se retira à Cologne, et de son exil continua à gouverner la reine et la France (fév. 1651). Retz eut enfin le chapeau.

Pour obtenir cette délivrance des princes, 800 chefs des plus grandes maisons de France s'étaient réunis à Paris et bientôt s'étaient mis à délibérer sur les désordres de l'État, sur la ruine de l'ancienne constitution, sur la perte de leurs

1. Moreau, Bibliographie des Maxarinadesily Zl. En 1789, Prud'homme donne ces mots pour devise à son recueil des Révoluliont de Paris : Les grands ne sont grands oae parce que nous sommes à genoux, relevons* nous.

droits et franchises. Le clergé, qui tenait alors son assem-. Liée quinquennale ordinaire, semblait disposé à faire. cause commune avec les nobles. On parlait d'états généraux; mais les deux ordres privilégiés laissèrent percer trop tôt leur jalousie contre le parlement « qui voulait faire de TËtat un monstre horrible, par Tadjonction d'un quatrième membre au corps parfait que composaient le clergé, la noblesse et le tiers état ; » contre ces jeunes écoliers « qui devenaient au sortir du collège les arbitres de la fortune publique, par la vertu d*un parchemin qui leur coûtait 60 000 écus. » Le parlement entra en défiance de tels alliés et Tunion des deux Frondes ne dura guère.

Révolte de Condé^ combat de Bléneaa (avril 1651i). — Gondé était mécontent de tout le monde, du parlement , de Paris, de la cour. Quand Mazarin, avant de s'éloigner, était venu lui ouvrir les portes de la prison, il avait cru que la reine lui donnerait toute influence en dédommagement de ses treize mois de captivité , et Mazarin gouvernait du fond de son exil. Irrité de Tisolement où on le laissait, il se jeta dans de plus coupables aventures. Il partit pour le Midi, résolu à conquérir par les armes le pouvoir et peut- être même le trône, si nous en croyons les mémoires d'un de ses compagnons de révolte, le comte de Goligny. Il alla soulever la Guyenne et traiter avec l'Espagne, tandis que ses amis se préparaient à la guerre dans le centre de la France. Mazarin, qui était aussitôt rentré en France (décembre 1651), confia le commandement des troupes au vicomte de Turenne, alors revenu à la cause royale. Le maréchal se dirigea vers la Loire pour surprendre l'armée des princes. On croyait Gondé à cent lieues de là ; mais il avait traversé à cheval la moitié de la France, seul, déguisé. A peine arrivé, il fond sur les quartiers du maréchal d'Hocquincourt, à Bléneau, et les disperse (avril 1652). Les fuyards se sauvent à Briare, où était Turenne : celui-ci court à cheval sur une éminence, d'où il peut dominer la plaine ; il observe, à la lueur des villages incendiés, les dispositions du combat, et dit : « Monsieur le Prince est arrivé, c'est lui qui commande son armée. <k La cour épouvantée parlait de fuir à Bourges; Turenne rassure lesesprits, et, à force d'audace et de prudence, avec 4000 hommes contre 12 000, empêche les ennemis de poursuivre leur avantage. « Monsieur le maréchal, dit la reine en pleurant, vous avez sauvé l'État, sans

voua il n^y aurait pas eu une ville qui n^eût fermé ses portes au roi. »

Combat da faubourg Aalnt- Antoine (Juillet 1652).

— Pour qui serait Paris? Les armées vinrent le demander aux Parisiens eux-mêmes ; ils refusèrent rentrée de leur ville aux deux partis qui se trouvèrent en présence au faubourg Saint-Antoine. La bataille fut sanglante et longtemps indécise. Le duc d'Orléans, toujours incertain, restait enfermé dans son palais du Luxembourg. Ler cardinal de Retz était cantonné dans son archevêché. Le parlement attendait Pissue de la lutte pour donner quelque arrêt. La reine en larmes était prosternée dans une chapelle des Carmélites. Condé se battit en soldat : il était partout. « Je n'ai pas vu un Condé, disait Turenne , j'en ai vu douze. » Cependant l'armée frondeuse, menacée sur ses flancs, allait être enveloppée et détruite , quand Mademoiselle , fille de Gaston d'Orléans , fit ouvrir les portes à Condé et tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales : Turenne étonné recula. Telle était la misère publique que les pauvres se jetèrent sur les chevaux tués dans le combat. Le pain valait dans la ville 10 sols la livre, la viande de cheval autant.

Condé ne put demeurer longtemps à Paris, où sa gloire fut tachée par un massacre des Mazarins^ qu'il laissa faire, s'il ne l'ordonna pas. Il sortit de la ville, le 18 octobre, et se retira en Flandre, au milieu des Espagnols. La tradition féodale avait encore assez de force pour qu'une foule de noblesse l'y suivît, entraînant avec elle toute une armée, au moins 10000 hommes composant les régiments des princes et de leurs amis.

Retour deMazarln (fév. 1658). ^ Cette première émigration fut , comme la seconde, fatale à ceux qui la firent. Elle accéléra le mouvement de l'opinion publique qui revenait au roi ; Mazarin pour n'y point faire obstacle s'était éloigné une seconde fois (9 août). Alors le parlement et les bourgeois supplièrent la reine mère de rentrer dans la capitale pacifiée (21 oct.). Dix magistrats furent destitués ou emprisonnés; le cardinal de Retz fut enfermé à Vincennes*; le

1. Nous retrouverons Condé ; pour le cardinal de Retz, son rôle est fiai.

4 millions ; il vécut dans la retraite pour les payer. C'est alors qu'il écrivit ses Mémoires, '

i« d« LotUa XIV tonlaal U Frauda ani plsdl.

prince de Condô condamné à mort par contumace, et Gaston exilé à Blois. Trois mois après , Mazarin revenait toutpuissant, avec rappareil fastueux d^un souverain (fév. 1653). Ce fat la fin de la Fronde. Mais ces temps où le roi et sa mère fuyaient en désordre devant quelques brouillons, et couchaient presque sur la paille à Saint-Germain, laissèrent dans Tesprit de Louis XIV une impression qui ne s^effaça jamais ; ce souvenir contribua à le pousser dans les voies du gouvernement le plus absolu. En rentrant à Paris , il avait fait enregistrer d'autorité (22 oct. 1652) une déclaration portant c très-expresse défense aux gens du parlement de prendre ci-après aucune connaissance des affaires générales de rÉtat et de la direction des finances. » A quelque temps de là, le parlement s'étant un jour réuni de lui-même, au sujet de quelques édits, pour préparer des remontrances, le jeune roi partit de Vincennes, où il chassait, et entra dans la grand'chambre, en grosses bottes, le fouet à la main : a Messieurs, dit-il, on sait les malheurs qu'ont produits vos assemblées ; j'ordonne qu'on cesse celles qui sont commencées sur mes édits. Monsieur le premier président, je vous défends de souffrir des assembléeb , et à pas un de vous de les demander (1655)*. >

Deux coups fort sensibles furent encore dirigés contre les parlements : une déclaration portant que les arrêts du con-, seii d'État seraient obligatoires pour les cours souveraines, et le rétablissement, en 1655 , des intendants qui veillaient sur l'administration de la justice dans les provinces, et, au besoin, faisaient casser les arrêts par le conseil d*en hatU.

Ainsi avorta cette tentative de révolution par l'aristocratie parlementaire. Un siècle plus tard, quand le parlement essaya d'une nouvelle lutte contre l'omnipotence de la royauté, lord Chesterfield donna la vraie mesure des forces de cette opposition, en disant à Montesquieu : « Votre parlement peut faire des barricades, mais il n'élèvera jamais de barrières. »

Tietoires de Tnrenne à Arras et aux Dmies; allianee de la France avee Cromwell. — La guerre de la Fronde était terminée. Il restait à finir la guerre avec TËs-

1. Mém, de Montglat et de Mme dé MotteviUe. On a peai-ètre ajoaté le fouet pour compléter l'effet da tableau, mais le fond n'en snbsiste pas moins.

pagne, qui avait repris, pendant ces troubles, Dunkerque, et en Italie Casai. Condé était venu offrir aux ennemis son épée qui leur avait été si fatale ; mais il sembla perdre sa force en quittant la France. Il alla d^abord avec Parchiduc Léopold assiéger Arras , non loin de ces plaines de Lens , où il avait remporté sa plus belle victoire. Turenne les attaqua dans leur camp , et força leurs lignes. Condé ne put qu'opérer la retraite en bon ordre (25 août 1654). a J'ai su, lui écrivait le roi d'Espagne, Philippe IV, que tout était perdu, et que vous avez tout conservé. »

Les années 1655 et 1656 ne virent que des sièges de places sur la frontière : Valenciennes, Cambrai, Rocroy, etc., et d'habiles manœuvres de Turenne et de Condé ; mais ces deux généraux, avec les petites armées, qu'ils avaient sous la main, ne pouvaient frapper des coups décisifs. Mazarin n'eut pas plus de scrupules royalistes que Richelieu n'avait eu de scrupules religieux. Son prédécesseur s'était allié avec les protestants contre l'Autriche : il s'allia (1657) contre l'Espagne, avec Cromwell qui avait fait tomber sur un échafaud la |têle du gendre de Henri IV. Alors l'Espagne n'éprouva plus que des revers. Tandis que les Anglais s'emparaient de la Jamaïque et brûlaient les galions de Cadix, la ville de Dunkerque, la clef des Flandres , fut assiégée par terre et par mer. Lss Espagnols s'avancèrent le long des dunes qui bordent la mer pour la secourir. ^ Avez- vous jamais vu une bataille ? demanda Condé au jeune duc de Giocester placé près de lui. — Non, répondit le jeune prince. — Eh bien! dans une demiheure, vous verrez comment on en perd une. » La victoire de Turenne fut complète [Ik juin 1658] : Dunkerque qui en était le prix, fut remis entre les mains des Anglais, suivant les conventions du traité.

Traité des Pyrénées (1659); lii^ne dn Bhin (1658]. — Le cabinet de Madrid n'avait plus d'armée ; il demanda la paix. Les négociations furent conduites par les deux ministres, Mazarin et don Luis de Haro, qui se rencontrèrent dans l'île de Ja Conférence, sur la Bidassoa, au pied des montagnes formant la frontière des deux pays. Ce fut le traité des Pj/rences, signé le 7 novembre 1659. La France garda V Artois, la Cerdagne etle Roussillon. que Richelieu avait conquis; elle rendit la Lorraine au duc Charles IV, à condition qu'il démantèlerait toutes ses places fortes; et, comme il s'y refusa, son duché resta entre nos mains ; le prince de Condé fut reçu en grâce

190 MINORITÉ DE LOmS XIV

et rétabli dans ses principales charges * ; enfin Louis XIV épousait l'infante Marie-Thérèse, qui dut lui apporter une dot de 500000 écus d'or, en considération de laquelle la princesse renonçait à toute prétention sur l'héritage de son père.

La conclusion de ce mariage était la peinsée et l'espérance de Mazarin depuis quinze années. Dès 1645, il écrivait à ses plénipotentiaires au congrès de Westphalie : « Si le roi trèschrétien épousait l'infante, alors nous pourrions aspirer à la succession d'Espagne, quelque renonciation qu'on fît faire à rinfante ; et ce ne serait pas une attente fort éloignée, puisqu'il n'y a que la vie du prince, son frère, qui l'en peut exclure. » En 1659, il s'arrangea de manière que les renonciations fussent légalement nulles; il en subordonna, d'une façon expresse, la validité au payement exact de la dot, qu'il savait que l'Espagne ne pourrait jamais payer *. C'était préparer pour l'avenir un prétexte aux prétentions de la maison de Bourbon. Mais, par ce même traité, Mazarin abandonnait le Portugal qui, n'ayant plus l'appui de la France, recherchera celui de l'Angleterre.

En même temps que le cardinal méditait la réunion de l'Espagne à la France, il avait un moment pensé à faire Louis XIV empereur à la mort de Ferdinand III (1657). Léopold l^^ avait été élu; Mazarin conclut du moins la ligue du Rhin (1658), par laquelle les trois électeurs ecclésiastiques, le duc de Bavière, les princes de Brunswick et de Hesse, les rois de Suède et de Danemark s'unirent à la France pour le maintien des traités de Westphalie, et se placèrent en quelque sorte sous son protectorat. La ligue du Rhin, plus tard renouvelée et étendue par Napoléon , ne rendit pas les services qu'en attendait Mazarin et donna à Louis XIV, comme à l'empereur, des tentations mauvaises, parce qu'aux deux époques, la grande politique consista à avoir une grande ambition.

1 . La cour d'Espagne s'était fait un point d'honneur de ne pas abandonner Condé. et cette négociation avait longtemps entravé l'autre ; Mazarin n'avait cédé que sur la menace faite par l'Espagne de constituer à ce prince une souveraineté indépendante en Flandre. Mais il exigea en retour des restitutions faites à Condé, l'abandon par l'Espagne de Philippeville, Avesnes, Marienbourg et Confians.

2. Aucun des ministre d'Espagne ne se faisait illusion sur la valeur des renonciations, pas même Philippe IV, dont Mme de Motteville rapporte ces paroles : < Esto es una pataratta, y si faltasse el principe, de derecho mia tiija da hère dar. C'est une sottise, si le prince mourait, ma fille hériterait de droit. •

1. Le cardinal Uuarin occapait le corps de lagii a l'angle de la rue Vi. tnaa sar la rae NeDTe-des-Petits-Cbamps, «instruit car l'arcblteete L». BtaaqDBlll iTtil fait ajouter de nouTsauf

Après toutes ces choses, le cardinal Mazarin pouvait dire que « si son langage n'était pas français, son cœur l'était •

A4ni>Utratlon Int^rlanre de HaK^rin. — Au dedans comme au dehors, en face de l'impétueux Gondé comme en présente du flegmatique don Luis de Haro, Mazarin sut admirablement louïojer entre les difficultés, les tourner, et après maints heurts et chocs, atteindre sûrement au port. Mais une fois arrivé là et l'État avec lui, il ne songea qu'à jouir du repos que sou adresse lui avait donné ; après le grand di

Lb coll*g« de» QuitM-Nilioni (InsUlut d» France).

plomate, il n'y eut pas le grand ministre. Son administra .tion intérieure fut déplorahle. 11 négligea le commerce et l'agriculture; il laissa dépérir notre marine; il géra les finances de telle sorte qu'à sa mort le trésor public devait WO millions, tandis que sa fortune particulière s'élevait à 100 millions qui en vaudraient trois ou quatre fois autant aujourd'hui ■ aussi le surintendant Nicolas Fouquet disait au roi : . Sire il n'y a pas d'ai^ent dans les coffres de Votre Majesté, mais monsieur le cardinal vous en prêtera, i Telle Eut son avidité, dans les dernières années de sa vie, qu'on le vit . faire repasser par ses mains quasi tout le royaume, pour le donner pièce à pièce à ses nièces et à ses amis, s Si Mazarin

fut SOUS ce rapport mauvais ministre, il fut fort boii parent; il empêcha une de ses nièces d^épouser Louis XIV, mais il les plaça toutes en haut lieu. La signera Martinozzi, sa sœur aînée, vit une de ses filles princesse de Gonti, raii» tre duchesse souveraioe de Modène. Les cinq filles de la signora Mancini, son autre sœur, arrivées d^Italie en bien piètre équipage, furent mariées au duc deMercœur, au comte de Soissons de la maison de Savoie*, au connétable romain Golonna, au duc de Bouillon, et enfin au duc de la Meilleraye. La France paya toutes ces dots. Son neveu fut duc de Nivernais, et de son frère, pauvre moine perdu au fond d'un couvent d^Italie, il fit un archevêque d^Aix et un cardinal.

On ne regardera pas comme une rançon de ce pillage quelques pensions à des gens de lettres dont Ménage dressa la liste, à Descartes qui vivait retiré en Hollande, à Thistorien Mézerai, qui fut inscrit pour une somme de 4000 francs , ni les dépenses faites pour créer une magnifique bibliothèque (la Mazarine) qui fut ouverte plus tard au public c pour la commodité et satisfaction des gens de lettres ; » ni la fondation du collège des Quatre-Nations, auxquels il afiecta par testament 800 000 écus et qu'il destina à recevoir les élèves de l'université appartenant aux provinces espagnole, italienne, allemande et flamande, nouvellement réunies au royaume. Mazarin avait le goût le plus vif, sinon le meilleur, pour les arts : il fit venir d'Italie nombre de tableaux, de statues et de curiosités, même des acteurs, des machinistes, qui introduisirent l'opéra en France, et il fonda, en 1655, l'Académie de peinture et de sculpture.

Il mourut le 9 mars 1661, à Vincennes, à l'âge de cinquanteneuf ans, désespéré de quitter ses belles peintures, ses statues, ses livres, les afiaires, la vie, et pourtant c faisant bonne mine à la mort*. »

1. La duchesse de Mercœur fat la mère de Vendôme; la comtesse de Soissons, celle du prince Eugène.

2. < Il mourut, dit Mme de la Fayette, avec une fermeté beaucoup plus philosophe que chrétienne. — Faits divers. 1653, établissement de la première tontine ou société d'assurances mutuelles sur la vie, par ntalien Tonti ; de la petite poste dans Paris pour l'intérieur de la ville ; et, en 1056. de la première fabrique de bas au métier, établie dans le château de Ma* drid, au bois de Boulogne. — 1645, Anne d'Autriche fait commencer le Val-de-Gràce, dont Fr. Mansart donne les dessins. — 1648, Lesueur achève sa Vie de saint Bruno. — 1650, mort de Descartes. — 16S4, accident de Pascal au pont de Neuilly; il publie, en 1656, ses premières Provmctalef. — 1658, Molière obtient le privilège de donner des représentations k Pa ris. — 1660, le voyageur Thévenot rapporte d'Orient k Paris le café, que l'ami. a-^sadeur ottoman mettra à la mode en 1669.

Page 1