Oa chanta, à la cour, à Paris et dans l'armée
Français, rendez grâce à Bellone ; Votre bonheur est sans égal :
Vous avez conservé Crémone, Et perdu votre général.
TIcioires de Vendôme à I^azsara^ de Tillars à Friedlin^en et à Hochstedt, de Vallard à Spire
(17oa-l«'oa). — C'était un singulier général que ce petitfils de Henri IV, de mœurs plus qu'équivoques, et qui ne se levait souvent qu'à quatre heures de l'après-midi. Mais sur le champ de bataille, il retrouvait ce coup d'œil, cette vivacité» ce feu qui rappelaient Luxembourg et Condé : souvent surpris, jamais battu, il fit pendant deux années une guerre heureuse contre les Impériaux. Il les força d'abord de se replier derrière le Mincio,- ce qui délivra Mantoue ; puis, par une marche rapide, il alla enlever, sur la rive droite du Pô, leurs magasins à Luzzara (1702) et put alors s'approcher du Tyrol. A ce moment, les sourdes trahisons du duc de Savoie se changèrent en une défection ouverte, les Bourbons ayant refusé, bien mal à propos, de lui céder le Milanais en échange de la Savoie (1703). Il fallut que Vendôme se tournât contre lui pour assurer ses communications avec la France. Il s'empara de la plus grande partie du Piémont, et menaça Turin ; mais il ne menaça plus l'Autriche.
Même succès en Allemagne. Gatinat appelé sur le Rhin n'y avait pas rétabli sa réputation compromise en Italie. Il avait laissé le prince de Bade passer le fleuve, prendre Landau, qui avait supporté 84 jours de tranchée ouverte, Wissembourg et Haguenau. Une diversion de l'électeur de Bavière rappela les Impériaux en Allemagne. Gatinat, pressé de les y suivre, ne l'osa; mais un de ses lieutenants, Villars, le fit . Il attaqua la prince de Bade dans la forêt Noire, près de Friedlingen, et gagna son bâton de maréchal sur le champ de bataille (octobre 1702). L'an d'après, il repoussa le prince de Bade sur les lignes de Stolhoffen, laissa Tal lard pour l'y surveiller et alla rejoindre l'électeur de Bavière, qui venait de son côté de battre les Autrichiens (mai 1703). Le chemin de Vienne était ouvert; Villars^ voulait y courir et donner la main aux Hongrois révoltés ; le prince Eugène avoua plus tard que, si l'armée eût marché en avant, la paix était faite, et glorieusement pour la France. Une autre manœuvre, que Bonaparte et Moreau tentèrent plus tard, fut adoptée et faillit réussir. Les Franco -Bavarois entrèrent dans Inspruck, tandis que Vendôme bombardait Trente. Les deux armées allaient se tendre la main par- dessus les Alpes. La défection du duc de Savoie rappela Vendôme du Tyrol , et deux armées impériales menaçant Munich forcé-
872 OERNIERE PARTIE
reDt l'électeur et Villars à abandonner Insprûck. Ils s*en vengèrent sur le comte de Styrum , qui fut complètement battu dans les plaines d'Hochstedt (septembre 1703). Deux mois plus tard, les Impériaux éprouvaient encore auprès de Spire une sanglante défaite qui rendit Landau à la France. Le vainqueur était Tallard. Il écrivit au roi : «f Sire, votre armée a pris plus d'étendards et de drapeaux qu'elle n'a perdu de simples soldats. >
I#e0 camisard*. — Cette victoire fut le terme des succès de la France. Villars, ne pouvant s'entendre avec l'électeur, demanda son rappel* Louis XIV l'envoya contre les protestants révoltés des Gévennes, les camisards. Ces malheureux venaient de voir le pape Clément IX renouveler contre eux la prédication d'une croisade (bulle du 1«' mai 1703). Égarés par la terreur, ils acceptèrent les secours de l'Angleterre et du duc de Savoie, qui s'empressèrent de nourrir la guerre civile au cœur de la France, et, comme ils avaient été cruellement traités, ils se vengeaient à leur tour par des cruautés. Villars prit à cœur de sauver cette province et de ramener ces hommes exaspérés. « Ce sont disait-il, des Français, très-braves et très-forts, trois qualités à considérer, i II usa de rigueur contre ceux qui s'obstinèrent à combattre, d'indulgence pour ceux qui se fièrent à sa parole. Il gagna un de leurs chefs. Cavalier, et une campagne rétablit à peu près la paix dans ces provinces. Mais cent mille personnes avaient péri dans cette horrible guerre, et pendant ce temps Marsin perdait l'Allemagne.
Bataille d'Hoehsted on de Blenbeim; perte de l'AllemaipDe (1704:). ~ Marlborough et le prince Eugène avaient conçu un plan habile et hardi pour sauver l'Autriche découverte par la prise de Passau en janvier 1704. L'un avait quitté l'Italie, où le duc de Savoie occupait Vendôme; Pautre accourut de Flandre, où Villeroi ne sut pas le retenir, et ils se réunirent en Bavière. Tallard et Marsin avaient rejoint l'électeur. Les deux maréchaux avaient 56 000 combattants contre 50 000. Ils crurent que l'ennemi reculait et l'allèrent chercher sur la rive gauche du Danube ; ils le rencontrèrent près de Hochstedt. Leurs dispositions furent inhabiles. Ils formèrent de leurs troupes comme deux armées distinctes. Marlborough perça aisément entre elles, accula au fleuve l'aile droite coupée du centre et prit Tallard. Marsin repassa en toute hâte le Da-
Dube , oubliant dans le village de Blenheim un corps 'tout entier qui n^avait point combattu et qui fut obligé de se rendre. Ce désastre nous coûtait 12 000 morts ou blessés, 14 000 prisonniers, tout le canon, presque tous les étendards, et près de 100 lieues de pays. En moins d^un mois, la Bavière fut soumise ; Télecteur qui s^était flatté d'entrer dans Yienne,s'enfuit à Bruxelles, et les Impériaux reparurent sur le Rbin. Il fallut rappeler Villars pour sauver TAlsace. Le maréchal, qui ne regarda jamais la modestie comme une vertu nécessaire, dit au roi : « Servez-vous de moi, car je suis le seul général de l'Europe dont le bonheur à la guerre n'ait jamais été altéré. Dieu me conserve cette fortune pour le service de Votre Majesté 1 »
Bataille» de Bamillie» et de Turin (1906], perte de
PItalie et des Pays-Bas. — L'Empire était délivré; Eugène et Marlborough se séparèrent, pour retourner l'un en Italie, l'autre dans les Pays-Bas. Le plan de la coalition européenne se développait avec une suite admirable, sous la direction de ces deux grands généraux. Ils voulaient conquérir toutes les provinces extérieures de la monarchie espagnole, avant d'attaquer la France elle-même.
Marlborough fut facilement vainqueur : il avait encore à combattre l'incapable Villeroi. Il pénétra jusqu'au cœur du Brabant, et arriva près de la Méhaigne, où le maréchal avait campé son armée. Villeroi avait son centre à Ramillies, village devenu tristement fameux, et tout près d'un autre plus fameux encore, Waterloo. Il eût pu éviter la bataille ; mais il avait à cœur de rétablir sa réputation, il prit toutes les dispositions nécessaires pour se faire battre. Il plaça les recrues mal exercées au centre, il laissa les bagages entre les lignes de son armée; il posta sa gauche derrière un marais, comme s'il eût voulu l'empêcher d'aller à l'ennemi. Marlborough eut vite reconnu ses fautes. Les Français ne pouvaient venir attaquer sa droite : il la dégarnit et fond sur Ramillies avec un nombre supérieur. Gassion, lieutenant-général, qui voit ce mouvement, crie au maréchal c Vous êtes perdu si vous ne changez pas votre ordre de bataille. Dégarnissez votre gauche, faites rapprocher vos lignes davantage. Si vous tardez un moment, il n'y a plus de ressource, i Villeroi n'en fît rien. La maison du roi, enfoncée à notre droite, découvrit le centre qui, pris de flanc et à revers, se mit à la débandade (mai I706i. Quand Vilieroi reparut à la cour, le roi se con-
tenta de lui dire : Monsieur le Maréchal, on n'est plus heureux à nopre âge,
La perte de la plus grande partie des Pays-Bas, fût le résultat de cette défaite qui nous coûtait 5000 morts ou blessés et 15 000 prisonniers. Marlborough entra à Anvers, à Bruxelles, à Ostende, et Louis XIV fut obligé, pour arrêter ses progrès, de rappeler le duc de Vendôme d'Italie, où, après avoir rejeté les Impériaux derrière TAdige par les victoires de Cassano sur TAdda (août 1705), et de Galcinato, près de la Ghiese (avril 1706), il couvrait le siège de Turin, que dirigeait le duc de la Feuillade. Celui-ci était un second Villeroi ; il n'avait d'autre mérite que d'être gendre de Cbamillart. Turin pris, l'Italie était à la maison de Bourbon. On avait fait d'immenses préparatifs pour le prendre. Vauban, chargé d'années et de gloire, offrit d'aller au siège sans commandement, c en mettant son bâton de maréchal derrière la porte. > « J'espère prendre Turin à la Cohorn, » répondit la Feuillade. Cela valait l'impertinence de Villeroi et eut les mêmes suites. Pendant que Vendôme court en Flandre, Eugène, délivré de son redoutable adversaire, forme le hardi projet d'aller secourir Turin en remontant la rive droite du Pô. Il fallait qu'il traversât quinze rivières, qu'il battît ou évitât l'armée d'observation, qu'il vainquît l'armée de siège, et tout cela avec des troupes fatiguées et inférieures en nombre. S'il y avait eu un homme de tête dans le camp français, Eugène était perdu. Mais c'était Marsin, le vaincu d'Hochstedt, qu'on avait chargé du commandement de l'armée d'Italie. Déjà Vendôme, à la veille de son départ, avait soufiTert par négligence que le général autrichien passât l'Adige et le Pô; Marsin, par incapacité, lui laisse franchir la Parma, la Trebbia, la Bormida, le Tanaro, sans essayer de l'arrêter, et va se joindre à la Feuillade. Leurs lignes, devant Turin, trop étendues, sont forcées (septembre 1706), le maréchal blessé mortellement, le Piémont délivré, le Milanais perdu, et, par contre-coup, l'année suivante, le royaume de Naples.
Le prince Eugène et le duc de Savoie, étonnés des suites d'une victoire qui les amenait aux portes de la France, ne purent résister à la tentation d'y entrer. Ils envahirent la Provence par le col de Tende, et assiégèrent Toulon, soutenus par une flotte anglaise, qui était maîtresse de la mer. La ville se défendit bien ; Eugène perdit 10 000 hommes
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DU RÈGNE DE LOUIS XlV (1679-1715). 275
dans Fattaque et dans la retraite (août 1707). Charles-Quint y avait déjà perdu deux années. Toute entreprise âur cette frontière a toujours été et doit être, par la nature des lieux, fatale à ceux qui la font. Victor-Amédée l'éprouva encore Tannée suivante : il entra dans le Dauphiné, qui lui convenait fort pour arrondir la Savoie, et fut contraint d'en sortir aussi vite.
Beirers en Bspa^ne (l,904^179ê), — L'Espagne ne perdait pas seulement ses possessions éloignées, elle semblait se perdre elle-même. En 1703, les Anglais avaient entraîné le Portugal dans la coalition, et fait de ce pays, par le traité que négocia sir Méthuen, comme une de leurs provinces. En 1704, l'année même de la défaite d'Hochstedt, ils s'étaient emparés, par un coup de main , de l'imprenable Gibraltar, que Blake, sous Cromwell, avait songé à saisir et qu'ils ont gardé; depuis ce temps-là ils ont dominé dans la Méditerranée, où jadis on connaissait à peine leur pavillon. L'archiduc Charles, le compétiteur de Philippe V-, était en même temps débarqué en Catalogne avec 9000 soldats. En 1705, il prit Barcelone; l'Aragon et les provinces voisines le reconnurent. L'année suivante, il entra dans Madrid; les Anglais prirent Carthagène , les Portugais Giudad- Rodrigo, et une armée anglo-portugaise , commandée par un protestant réfugié, le comte de Ruvigny, occupa TEstramadure. On proposa un instant, dans les conseils de Louis XlV, de renoncer à l'Espagne et d'envoyer Philippe V régner en Amérique. Une brillante victoire du maréchal de Berwick, à Almanza, fut à peu près inutile (avril 1707); l'archiduc parut affermi sur le trône, et le pape Clément XI lui écrivit : A notre très^ ch&r fils^ roi des Espagnes.
Succès de Vlllars uuv le Bhln (1701». 1907V— Cependant Villars avait tenu parole. En 1705, il avait arrêté Marlborough et couvert la Lorraine. L'année suivante, il avait débloqué le Fort-Louis sur le Rhin, et, en 1707, forcé les lignes de Stolhoffen, qui, s'étendant de Philippsbourg à la forêt Noire, étaient regardées comme le rempart de l'Allemagne. De là il avait pu inonder de partisans la Franconie et le Wurtemberg, y lever des contributions et empêcher Marlborough d'avancer trop vite en Frandre. Ainsi la coalition , victorieuse aux deux extrémités de l'immense ligne des opérations, en Espagne, en Italie et aux Pays-Bas, était battue au centre, sur le Rhin, et convaincue d'impuissance, au sud,
â76 DERNIÈRE PARTIE
dans ses efforts pour envahir la France par la vallée du Rhône. Elle espéra mieux réussir au nord et y porta toutes ses forces.
En ce temps-là, Charles XII était en Saxe à la tête d'une armée jusqu'alors invincible. Villars proposa d'aller le rejoin- * dre à travers TEmpire, et Louis XIV le sollicita, en invoquant l'amitié séculaire de la France et de la Suède, de jouer le rôle de Gustave-Adolphe et de prendre la coalition à revers. ^ Marlborough accourut auprès du héros suédois. L'Allemagne était dans une cruelle anxiété, le monde dans Tattente : Forage alla fondre sur la Russie et s'y perdre.
Défaite d'Ondenarde (1708)» la France est entamée. — Selon le plan convenu, le prince Eugène rejoignit Marlborough en Flandre. La campagne semblait devoir être décisive. Les alliés avaient 80000 hommes; la France, que l'Europe croyait épuisée, en fournit 100000. Louis XIV les donna à son petit-fils le duc de Bourgogne, à qui Vendôme servait de lieutenant. U eût tallu le placer seul à la tête des troupes. La division du commandement amena un nouveau désastre ; Tarmée fut mise en déroute à Oudenarde, au passage de l'Escaut (11 juillet 1708). Ce ne fut pas une grande nataille, mais une grosse affaire d'avant-poste, qui nous coûta à peine 1500 hommes. Beaucoup de corps ne furent point engagés, et le soir rien n'était perdu. Aussi Vendôme proposait de recommencer le lendemain ; le duc de Bourgo* gne et ses conseillers s'y refusèrent, c 11 faut donc se retirer, s'écria Vendôme avec rage, puisque vous le voulez tous. Aussi bien, ajouta-t-il en regardant le petit-fils de Louis XIV, il y a longtemps, Monseigneur, que vous en avez envie. » La retraite fut désastreuse comme celle de Turin. Les régiments allaient à l'aventure, sans ordre, sans chef; l'ennemi survint, qui tua ou prit plus de 10000 hommes; Gand, Bru- \ ges se rendirent ; Lille même capitula, malgré une défense héroïque de Boufflers* (octobre 1708), et la France fut ou- ^ verte aux alliés. Un parti de Hollandais courut jusqu'auprès .^ de Versailles et enleva sur le pont de Sèvres le premier écuyer du roi, qu'ils prirent pour le dauphin.
1. Il tint 73 jours dans la ville, et quand il l'eut rendue, il se défendit encore 47 jours dans la citadelle. Le prince Eugène, plein d'admiration, lui laissa rédiger les articles de la capitulation tels qu'il les Toulut et accepta à souper le soir même dans la citadelle, c On nous servit, dit-'l, uni rôti de chair de cheval. > Pendant tout le siège, on joua tous les soirs la comédie, malgré les boulets et les bombes. Le directeur du théâtre fit une r<6cette de cent mille francs.
Ia Fntnee et l'Bspai^e eommeneent à •• relerei* ; batailles die Malpla^uet (19 OO) et de VlllaTleloaa
(17 lO). — Uhiver de 1709 accrut nos malheurs : les oliviers gelèrent dans le midi de la France, les arbres fruitiers et les blés dan« le nord*. La famine vint à la suite. On vit les laquais du roi mendier aux portes de Versailles, et Mme de Maintenon manger du pain d'avoine. Louis XIV s'humilia et demanda la paix. Mais les triumvirs ne le trouvaient pas assez abaissé. Ils exigèrent qu'il rendît Strasbourg, qu'il renonçât à la souveraineté de l'Alsace ; qu'il chassât lui-même son petit-fils de l'Espagne. • Puisqu'il faut faire la guerre, répondiMl, j^aime mieux la faire à mes ennemis qu'à mes enfants ;» et il écrivit aux gouverneurs, aux évoques, aux communes» utie lettre, où il les faisait juges entre ses ennemis et jui.
Ce noble appel au patriotisme remua toute la France ; ceux qui manquaient de pain se firent soldats, et on eut encore une armée aussi forte que celle des coalisés. Villars en reçut le commandement. Desmarets trouva de l'argent « en faisant de fortes saignées aux gens de finances, i» Saint-Malo, que la guerre enrichissait, prêta 30 millions. On vit bien que cette lutte était devenue nationale à la bataille de Malplaquet, près de Mons (il septembre 1709). Les alliés àVHÎ^àftt environ 120 000 hommes et 160 pièces de canon, le maréchal 90 000 combattants et une artillerie de 80 pièces. Quand l'action commença, les soldats qui avaient manqué de pain un jour entier venaient de le lecevoir; ils le jetèrent pour courir plus légèrement au combat. La gauche des ennemis fut presque tç^ute détruite; mais Marlborough, à la droite, faisait plier notre ligne. Villars y porta quelques réserves du centre, chargea à leur tête et fut blessé d'une balle qui lui fracassa le genou. Le centre dégarni et attaqué avec vigueur, perdit les retranchements qui le couvraient. 11 fallut se retirer. Mais nous n'avions que 8000 hammes hors de combat, et les alliés 21 000. L'atmée recula entre le Quesnoy et Valenciennes, emportant plusieurs drapeaux et étendards ennemis. Ces dépouilles consolèrent Louis XIV, et on compta i pour une victoire l'honneur de n'avoir perdu que le champ de bataille. ■■ ,
1. Il y mi à Paris, du 5 au 21 janvier, jusqu'à 23»; à Montpellier 16»; le 13 mars, il y avait encore 5» 8 à Paris.
' pu RÈGNE DE LOUIS XIV (1679-1715). 279
Cette gloneuse défaite annonçait le terme de nos revers. L'année suivante, les alliés essuyèrent un véritable désastre. Louis XIV envoya en Espagne le duc de Vendôme disgracié depuis la malheureuse campagne d'Oudenarde. Son nom seul valait une armée. Une foule de volontaires vinrent se ranger sous ses ordres, et Philippe V, qui n'avait encore paru sur aucun champ de bataille, se mit à la tête de ses troupes. La nation espagnole se réveilla comme la France à la voix de Louis XIV. Les habitants des campagnes commencèrent cette guerre de guérillas qui, sur le sol découpé de l'Espagne, à toujours été fatale aux étrangers ; enfin le général de Tarcbiduc, le comte de Staremberg, fut complètement vaincu à ViJlaviciosa (9 -décembre 1710). On raconte qu'après la bataille, le duc de Vendôme dit à Philippe V, accablé de fatigue : « Je vais vous faire donner le plus beau lit sur lequel jamais roi ait couché, » et il fît réunir en un monceau les étendards et les drapeaux ennemis. Cette victoire sauvait la couronne de Philippe V, et par contre-coup le Canada, alors menacé par une expédition formidable qui attendait pour agir l'armée et la flotte anglaises, que le succès de Vendôme retint sur les côtes d'Espagne.
Défection de l'Anf^leterre (1711)| bataille de De. nain (1712). — Cette vigueur inattendue de deux peuples qu'on croyait près de succomber étonna les alliés : la lassitude aussi les gagnait, surtout l'Angleterre, dont les subsides alimentaient la coalition et qui avait grevé sa dette publique de 60 millions de livres sterling. Une intrigue de cour précipita le dénoûment que l'opinion publique souveraine en un pays libre préparait déjà et que la reine elle-même souhaitait. La duchesse de Marlborough fatiguait la reine Anne de ses hauteurs ; tombée en disgrâce, elle y entraîna les amis les parents de son époux, et quelques temps après le duc luimême. Le vicomte de Bolingbroke et le comte d'Oxford formèrent un nouveau ministère, et la majorité qu'ils obtinrent "^ dans la chambre des communes récemment renouvelée j prouva que la nation elle-même acceptait le changement |.qui allait s'opérer dans la politique extérieure de TAn- • gleterre.
^ Marlborough et les whigs ses amis devaient leur influence à la guerre ; les tories, nouveaux conseillers de la couronne, cherchèrent à fonder leur crédit sur la paix. Au mois de janvier 1711, un prêtre inconnu, l'abbé Gauthier, lié avec lord
Bolingbroke, se rendit chez le marquis de Torcy et lui dit sans préambule : « Voulez-vous la paix, monsieur ? Je viens . vous apporter les moyens de la faire! » — « C'était, dit Torcy, demander à un mourant s'il voulait guérir. :» Des négociations secrètes commencèrent; un événement imprévu permit de les rendre publiques. L'empereur Joseph I^*, qui avait succédé à Léopold en 1705, mourut le 17 avril 1711, sans laisser d'autre héritier que son frère Tarchiduc Charles. L'Angleterre qui avait combattu pour séparer l'Espagne de la France, n'entendait pas continuer la guerre pour unir l'Espagne à l'Autriche et reconstituer de ses mains la puissance de Charles-Quint. Une suspension d'armes fut aussitôt convenue, et les préliminaires de la paix furent signés à Londres, le 8 octobre 1711. Cet exemple entraîna les alliés ; un congrès se réunit à Utrecht, le 29 janvier 1712. L'Empereur et l'Empire refusèrent d'y prendre part ; mais les forces étaient devenues inégales, et une seule campagne suffit à prouver que l'Allemagne de ce temps-là ne pouvait se passer de l'Europe pour abattre la France. Le prince Eugène se tenait entre l'Escaut et la Sambre avec 100 000 hommes. Il avait pris le Quesnoy dans l'intervalle qui sépare les deux fleuves; il occupait sur le haut Escaut, Bouchain, d'où il contenait les garnisons de Valenciennes et de Condé ; il assiégeait sur la haute Sambre, Landrecies, pour se faire de cette place une barrière contre Maubeuge et Charleroi, et il appelait très-justement ses lignes le chemin de Paris, car Landrecies tombé, il ne voyait plus de place forte entre Paris et son armée. S'il lui arrivait malheur sur celte route, il lui resterait toujours, pour rentrer aux Pays-Bas, la porte qu'il se serait ouverte. Déjà des détachements ennemis ravageaient la Champagne, Reims avait été insulté, et l'alarme se répandait dans tout le royaume. Le roi dit à Villars : c La confiance que j'ai en vous est bien marquée, puisque je vous remets les forces et le salut de VËtat. Je connais votre zèle et la force de mes troupes ; mais enfin la fortune peut leur être contraire. Si ce malheur arrivait, je compte aller à Péronne ou à Saint-Quentin y ramasser tout ce que j'aurai d^ troupes, faire un dernier eflFort avec vous et périr ensemble ou sauver l'État. » Quels qu'aient été les fautes ou l'orgueil de Louis XIV, il sera beaucoup pardonné au prince qui eut cette noble confiance en son peuple, et ce culte de l'honneur national. Une imprudence d'Eugène et l'heureuse audace de Vil-
DU RÈGNE DE LOlflS XIV (1679-1715). 281
lars délivrèrent le roi et la France d'inquiétude. Les lignes des Impériaux, longues de douze à quinze lieues, étaient trop étendues et leurs corps trop éloignés les uns des autres, pour être à portée de se soutenir. Villars profite de cette faute ; il donne le change au prince Eugène par une fausse attaque du côté de Landrecies, et marche en toute hâte sur Denain, où était le comte d'Albemarle. On lui demandait des fascines pour passer le fossé du camp : < Les corps de nos gens seront nos fascines, » dit-il. Le camp est emporté et 17 bataillons détruits (2(i juillet 1712). Eugène accourt ; i] est repoussé ; tous les postes^ le long de la Scarpe sont successivement enlevés (30 juillet); Landrecies est délivré ; Douai, Marchiennes, Bouchain et le Quesnoy sont repris ; les frontières de la France, comme la gloire du roi, sont en sûreté (septembre et octobre).
EzpéditlouB marlUmes i DniTuay-Tronlii. — La nécessité de porter toutes nos forces sur terre pour faire face à TEurope avait fait négliger la marine. L'Angleterre en profita et prit, sans effort, possession de l'empire des mers, que la France abandonnait, et que la Hollande ne pouvait plus retenir. La dernière bataille navale livrée sous Louis XIV fut celle de Vélez-Malaga, où le comte de Toulouse, avec 49 vaisseaux contre 55, eût gagné une brillante victoire si, au lieu de rentrer à Toulon après dix heures de combat, il eût recommencé l'action contre la flotte anglo-batave, toute désemparée, et à qui les munitions manquaient (août 1704). Depuis, il n'y eut que des rencontres d'escadres, et bientôt même que la guerre de course. Nos colonies, laissées sans défense, furent dévastées ou conquises '.
Cependant, quelques-uns de nos corsaires et de nos capitaines se firent encore un nom glorieux. Tourville, qui avait été avec Duquesne le plus grand homme de mer du règne de Louis XIV, était mort en 1701 *. Jean-Bart, devenu dans la
1. En 1702, combat de Vigo. Château-Renaud avait fait entrer dans ce port la flotte des Indes : mais les Anglo-Hollandais survinrent, s'emparèrent des forts qui n'étaient point gardés et prirent 30 vaisseaux ; Château- Renaud lui-même en brftla 37.
2. Anne Hilarion de Cotentin, comte de Tourville, naquit à Tourville en 1642. Son père était premier gentilhomme de la chambre de Louis XIII. A quatorze ans, il fut reçu chevalier de Malte. Il s'embarqua à dix-huit ans sur une frégate de Marseille, qui, à peine sortie du port, rencontra deux corsaires algériens. Ceux-ci sautèrent à l'abordage, mais furent si rudement reçus qu'ils se hâtèrent de quitter la partie. Tourville montra dès cett« première affaire une rare bravoure. « Que ferais-je de cet Adonis? ■ avait dit
dernière guerre la terreur du commerce de l'Angleterre et de ses alliés, ne lui avait survécu qu'une année. Si Tourville n'eut pas de successeurs, Jean-Bart trouva des émules ', d'à-
Stalae de Isan-Barl i Dunkgrqae.
bord Forbin, qui avait longtemps été le compagnon de x
■on eiçiUine, obligé de le veux monds, des [rails Sni
ilics.li, qui «uggent fut nerveillea à Ver
„,i.„.. ^„....... ..... -ii hiene trois fols dans ce combal, i U Kta de
l'iquipoge. Il Bt pendml aii ïonéee la. chiise lax cdnalreB et ea purgea l'Archipel. U Bt partis de l'eipeditian de Candie en less. senit avec une
bataille d'Agoali (1876) ^ 11 conimanda l'avint-Kuiie de Vivonna à celle de
ger, de Tripali et de Génee, Nommé, en t«e9, vtce-amlral du Levant, Il ■• rtaoit «u comte de Chlleau-Renaud, et, avec 77 vaiMeaui, battit uoa flotte de IH navires anglais «1 hollandaie, i la hauteur du cap Beacbv- Kead, envuedel'Uede Whigt [<o juillet ms). Li terreur fut du momenl
unpaçne
aventureuse ; le Béarnais Ducasse, gouverneur de Saint-Domingue ; Pointis, qui enleva Garthagène en Amérique et y fit un immense butin ; Gassart, qui, tombé un jour avec un seul bâtiment au milieu de 15 navires ennemis^, se bat douze heures, coule un vaisseau anglais, en démonte deux, puis sléchappe. « Je donnerais toutes les actions de ma vie, disait un de nos plus braves chefs d'escadre, pour une seule des siennes. »
C'était Duguay-Trouin qui parlait ainsi. Il était fils d'un armateur de Saint-Màlo, né en 1673, et fit ses premières armes sur des vaisseaux de sa famille. A dix-huit ans on lui confia un navire de \k canons. Depuis ce jour il marqua chaque année par des courses plus hardies, par des prises plus nombreuses ; mais le temps de la grande guerre était passé quand Duguay-Trouin fut appelé dans la marine militaire ; son brevet de capitaine est de 1706. Alors il n'y avait plus que des combats individuels à soutenir, des convois à enlever, les côtes ennemies à désoler. Duguay-Trouin fit cette guerre comme Jean-Bart l'avait faite dix ans auparavant. Il eût pu remplir un rôle plus important. Il en donna la preuve dans son expédition contre Rio Janeiro, où la vigueur de l'exécution répondit à la hardiesse du plan (6 octobre 1711). Cette place, qui semblait imprenable , fut enlevée après 11 jours
leur de Dunkerqae. La guerre changea l'aripateur en corsaire, et le commerce anglais et hollandais eut singulièrement à souffrir, dans la mer du Nord, de ses courses hardies, qui on fait de lui le marin le plus populaire de la France. Nul ne connaissait plus que lui les passes, les courants, l'heure des marées, et les plus braves égalaient à peine son courage. Le bruit de ses exploits étant venu jusqu'à Seignelay, il se hâta d'appeler un tel homme dans la marine militaire. En 1689, Jean-Bart et Forbin furent faits prisonniers, après un combat inégal contre deux vaisseaux ang lais; mais ils s'échappèrent de prison, franchirent la Manche sur une arque et recommencèrent aussitôt leurs courses. En I69i, Louis XIV voulut voir à Versailles le brave capitaine dont tout le monae parlait, et lui annoncer lui-même qu'il le faisait chef d'escadre. < Sire, vous avez bien fait, > répondit le marin. Les courtisans rirent aux éclats de cette naïveté . Les ennemis n'en rirent pas. On armait pour Jean-Bart 7 frégates dans Dankerque. 40 vaisseaux vinrent bloquer le port : Jean-Bart traversa la ligne de dIocus, et courant toute la mer du Nord, enleva les convois, prit les navires qui leur servaient d'escorte et fit une descente sur les cotes d'Ecosse. Dans cette campagne, il brûla plus de 80 navires ennemis et entra à Dunkerque avec 1 500 000 francs de prises. En 1692, il dispersa la flotte hollandaise de la Baltique, et l'année suivante aida Tourville à la journée de Lagos. En 1694, on manquait de blé, il fit entrer un convoi de
Srains à Dunkerque et dégagea un autre convoi, enlevé par les Hollandais, ont il prit à l'abordage le vaisseau amiral. Il montra encore en 1697 ce que la France peut faire avec la guerre de course. Une pleurésie l'enleva à cinquante ans, en 1702, au moment où il eût été le plus nécessaire à la Prance. Les Anglais se souvenaient de lui quand ils demandèrent la destruction de Dunkerque
d^attaque. 60 navires marchands, 3 vaisseaux de guerre, 2 frégates et une immense quantité de marchandises furent pris ou brûlés. La ville souffrit un dommage de plus de 23 millions.
Malheureusement les exploits de ces braves marins n'eurent aucune influence sur la guerre.
- Succès de Tillan sur le Rhtn (1711 ]| traités d'Utrecht, de Bastadt et de Bàle (1718-1914). — La victoire de Denain hâta la conclusion de la paix. Il y eut trois traités : celui d'Utrecht (11 avril 1713), entre la France, l'Espagne , l'Angleterre , la Hollande, la Savoie et le Portugal ; celui de Rastadt (7 mars 17U), entre la France et l'Empereur; celui de Bade (7 juin 17U), entre la France et l'Empire, Le traité de Rastadt fut retardé d'une année par l'obstination de l'empereur Charles VI, qui continua la guerre malgré l'abandon de ses alliés. Villars , envoyé sur le Rhin , où il se trouva en face d'Eugène , déconcerta encore lés Impériaux par l'impétuosité de ses attaques. Il reprit Landau, escalada avec ses grenadiers, que son courage électrisait, la montagne de Roskhof, dont les lignes formidables couvraient Friboui^, et emporta cette ville. Ces succès obligèrent l'Empereur à donner enfin aux peuples le repos que, depuis longtemps, ils ne connaissaient plus.
Par ces traités, Louis XIV conservait les premières acquisitions de son règne : l'Alsace, l'Artois, le Roussillon, que la France devait à Richelieu et à Mazarin ; la Flandre, où Lille lui était rendue, la Franche-Comté, Strasbourg, Sarrelouis, Landau, et aux colonies, les Antilles, Cayenne, Bourbon et le Sénégal ; il acquérait la vallée de Barcelonnette, mais il abandonnait au duc de Savoie Exiles, Fénestrelles et Château- Dauphin; à l'Angleterre Terre-Neuve, c'est-à-dire la grande pêche, la baie d'Hudson , ou le grand commerce de pelleteries, l'Acadie qui, avec ses ports abordables en toute saison, est l'avant-poste du Canada, où nous allions être bloqués : il faisait démolir et combler le port de Dunkerque ; il reconnaissait l'électeur protestant de Hanovre, Georges I«', comme héritier présomptif de la reine Anne; il s'engageait à renvoyer de France le prétendant Jacques III, à ouvrir les prisons à ceux de ses sujets qui y étaient retenus pour cause de religion , et à ne se faire donner par l'Espagne aucun privilège commercial exclusif, tandis qu'il accordait lui-même à FAngleterre pour son négoce des avantages considérables, et
lui cédait le monopole de la traite des nègres sur la côte d'Afrique pour approvisionner d'esclaves les colonies espaglioles : commerce immense et très-lucratif, un noir étant vendu à la Havane trois ou quatre fois son prix d'achat.
Philippe V gardait TEspagne et ses immenses colonies; mais il renonçait , pour lui et ses enfants, à la couronne de France : il cédait aux Anglais Gibraltar, foiteresse imprena* ble, et Minorque, qui a un des meilleurs ports de la Médi-* • terranée (Port-Mahon) ; au duc de Savoie , la Sicile ; à FEmpereur, les Pays-Bas, le Milanais, le royaume de Naples et ^ la Sardaigne.
Le duc de Bavière , allié malheureux de Louis XIV, était rétabli dans ses États. L'électorat de Brandebourg, érîgé depuis 1700 en royaume de Prusse , était agrandi de la Gueldre. Le titre de roi était aussi reconnu au chef de la maison de Savoie, qui le convoitait depuis un siècle. Enfin, la Hollande obtenait le droit de mettre garnison dans les plus importantes places des Pays-Bas autrichiens , pour s'en servir comme d'une barrière contre la France, et jusqu'en 1787, elle se ût donner annuellement 1 250 000 florins par les Flamands, ' pour être les maîtres chez eux.
Ces conditions étaient honorables, si l'on se rappelle les propositions humiliantes des triumvirs à la Haye, et surtout leurs espérances. La France, on peut le dire , s'était sauvée elle-même par sa persévérance -, sa forte unité, l'énergie de son roi, et c'était elle qui avait remporté la dernière victoire : elle sortait de cette terrible épreuve, affaiblie , mais non humiliée, et avec les honneurs de la guerre.
Deux puissances avaient surtout gagné à cette guerre : l'Autriche, de magnifiques domaines en Italie et aux Pays- Bas; l'Angleterre , l'empire des mers , qu'elle avait saisi. En outre, l'une avait recouvré la Hongrie, qui lui était plus nécessaire que l'Italie; l'autre restait à Port-Mahon, d'où elle pouvait tenir Toulon en échec, et à Gibraltar, d'où elle menaçait l'Espagne et gardait l'entrée de la Méditerranée. Mais les ' Espagnols, en quittant les Pays-Bas , cessaient aussi d'avoir contre nous une cause permanente de guerre, et, après avoir été durant deux siècles nos ennemis, pouvaient maintenant devenir à jamais nos alliés.
IVombrenses norts dans la famille royale (191 3- 1914). — Les dernières années du règne de Louis XIV furent aussi tristes que les premières avaient été brilianteSi
Aux malheurs nationaux vinrent se joindre pour le roi de ' cruelles afflictions domestiques : il perdit son fils unique, le grand dauphin (1^ avril 1711); la seconde dauphine (le 12 février 1712], et son mari le duc de Bourgogne [le 18); leur fils aîné le duc de Bretagne (8 mars); le duc de Berry, fils du grand dauphin, en lllk. De sa nombreuse famille, il ne restait à Louis que son petit-fils, Philippe V, roi d'Espagne, et son arrière-petit-fils, le duc d'Anjou, alors âgé de 5 ans, qui fut Louis XV.
Tant de pertes arrivées coup sur coup décidèrent le roi à prendre une mesure qui était un nouvel attentat à la moralité publique et comme une réhabilitation de l'adultère : ses fils légitimés, le duc du Maine et le comte de Toulouse, nés de la marquise de Montespan, furent déclarés héritiers de la couronne à défaut de princes du sang. Il les appela, par son testament, à faire partie d'un conseil de régence, composé en majorité de leurs amis et dont le duc d'Orléans, son neveu, n'eut que la présidence ; le duc du Maine obtint en outre la tutelle et une autorité sans contrôle sur la maison militaire, avec la surintendance de l'éducation du jeune roi, dont le maréchal de Villeroi était nommé gouverneur. Ce testament était un acte malheureux ». 11 faisait planer sur le duc d'Orléans le soupçon de vouloir supprimer l'héritier légitime pour prendre sa place et il organisait la guerre au sein même du gouvernement. Louis XIV léguait l'anarchie à la France.
Mort du roi (1715). — Louis XIV mourut le l» septembre 1715, à l'âge de 77 ans, après en avoir régné 72. Il laissait la France dans un épuisement prodigieux. L'État était ruiné et semblait n'avoir d'autre ressource que la banqueroute. Avant la guerre de la succession, Vauban écrivait déjà : « Près de la dixième partie du peuple est réduite à mendier; des neuf autres parties, cinq ne peuvent faire l'aumône à celle-là, dont elles ne diffèrent guère; trois soot fort malaisées; la dixième ne compte pas plus de 100000 familles, dont il n'y a pas 10 000 fort à l'aise'. » Que fut-ce donc
1. Il le sentait confusément, mais cédait aux obsessions intéressées de Mme de Maintenon,. témoin la conversation de Saint-Germain, atec la teiive de Jacques II, que Saint-Simon et Berwick rapportent dans les mêmes termes.
2. Dlme royale, collection des économistes, t. I, p. 34. — Fénelon écri* vait an roi, en i69«è: • Vos peuples meurent de faim. La culture des terres est picsque abandonnée) les villes et les campagnes se dépeuplent, tons
en 1715, après cette terrible guerre où Ton s'était vu contraint d'emprunter à 400 pour 100 ', de créer de nouveaux impôts, de consommer à l'avance les revenus de deux années, et d'élever la dette publique à la somme de 2 milliards 400 millions, qui feraient aujourd'hui près de 8 milliards?
L'acquisition de deux provinces (Flandre, Franche-Comté) et de quelques villes (Strasbourg, Landau, Dunkerque) n'était pas une compensation à de si affreuses misères, et, en se souvenant de l'état de l'Europe en 1661, on pensera que Louis XIV n'a pas tiré de la situation tout ce qu'elle offrait d'a,yantageux pour la France. Mais les fils oublient bien vite les souffrances de leurs pères; les générations suivantes n'ont voulu se rappeler que tant de victoires, l'Europe bravée, la France pendant 20 années prépondérante, enfin l'éclat incomparable de cette cour de Versailles et ces merveilles des, lettres et des arts qui ont fait donner au dix-septième siècle le nom de siècle de Louis XIV. C'est à Thistoire démontrer le prix dont la France a payé l'œuvre impossible de son roi : au dehors dominer l'Europe, ce qui amena les haines, les coalitions, enfin les désastres des dernières années; au dedans asservir les volontés et les consciences, ce qui provoqua la terrible réaction de l'âge suivant.