‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 3 sur 72 · Essai sur les mœurs, ch. cxviii · texte numérisé non relu

Essai sur les mœurs, ch. cxviii

avait eu à souffrir de la triomphante Diane de Poitiers, avaient effacé en elle toute distinction entre le bien et le mal, et n'avaient laissé dans son cœur qu'un seul bon sentiment, son affection pour ses enfants. Tous ses efforts furent employés à conserver le pouvoir à ses fils; et, pour y réussir, elle usa,, sans hésiter, de tous les moyens, depuis la galanterie jusqu'à l'assassinat. Cette politique perverse devait avoir son châtiment. Entre les mains de cette Italienne, la couronne des Valois, tachée de sang, tomba et faillit se ' briser sur le pavé des rues.

IfarieStnart. — Une jeune femme, Marie Stuart, épouse de François II, éloigna quelque temps Catherine de Médicis du pouvoir. Henri II avait marié son fils à cette fille de Jacques V et de Marie de Lorraine, pour s'assurer contre l'Angleterre les secours de PËcosse. Belle, pleine de grâce, d'esprit et de savoir, Marie n'avait point encore commis ces fautes qu'attendait une si longue expiation et que sa'mort a effacées. Dans cette brillante cour de France, au milieu des «avants, des poètes et des artistes toujours rangés sur ses pas, Marie jouissait sans remords du plaisir d'exercer ces séductions de l'esprit et de la beauté qui, encore aujourd'hui, arrêtent toute parole sévère sur les lèvres de l'historien. Cette influence de la jeune reine, l'empire qu'elle avait pris sur le roi eussent pu tourner au bien de l'État, s'il y avait eu autour d'elle d'habiles conseillers : mais toute aux plaisirs, elle livra les aflaires à ses deux oncles, le cardinal de Lorraine et le duc François de Guise.

lies prétendants aa pouvoir. — La maison de Guise, branche cadette de la maison ducale de Lorraine^ quoique toute nouvelle en France, s'y était rapidement élevée. Claude', son chef, avait obtenu en récompense de ses services, le gouvernement de la Champagne et l'érection de sa terre de Guise en duché ; son frère Jean fut fait cardinal. Deux de ses fils allaient jouer un plus grand rôle. L'aîné, François, avait défendu Metz, et reconquis Calais ; un autre,

1. Claude était le cinquième fils de René II, duc de Lorraine, et épousa Antoinette de Bourbonjqui fut grand' tan te de Henri IV. Tous deux étaient d'une piété austère qui resta dans leur maison, au moins comme instrument politique, et qui désigna les Guise au rôle de chefs du parti catholique. Claude mourut en isso. Il avait, en 1523, battu les Impériaux devant Keufch&teau en Lorraine. «II écrasa Parmée des paysans allemands à Sa- ▼eme en 1525, conquit Luxembourg en 1542, et fonda, deux ans' après, la popularité de sa maison dans Paris, en garantissant la sûreté de la yiUe effrayée de rapproche des Impériaux.

Charles, avait succédé au cardinalat de son oncle Jean, et arriva jusqu'à posséder douze sièges, dont trois archevêchés. Le jeune roi confia au premier c ce qui regardait la milice; » le secondent la charge des affaires civiles. C'était toute l'administration du pays qu'on remettait entre leurs mains. Catherine de Médecis avait cependant « la surinteadance générale du gouvernement, » un grand titre, rien de plus.

11 y avait d'autres candidats au pouvoir, les uns à cause de leur naissance, les autres par ambition : les Bourbon-et les Montmorency. La maison de Bourbon avait alors pour chefs Antoine, qui avait épousé Jeanne d'Âlbret, héritière du royaume de Navarre, et ses deux frères, Charles, cardinal de Bourbon, Louis, prince de Condé. Ils étaient les plus proches parents des Valois, et Antoine, en cas de minorité, eût pu prétendre à la régence ; mais, depuis la trahison du connétable, les Bourbon étaient comme en disgrâce. Pour le moment ils ne demandaient rien.

Le vieux et dur connétable de Montmorency, le vaincu de Saint-Quentin, était moins désintéressé; mais le roi lui déclara que, voulant soulager sa vieillesse, il lui retirait le fardeau des affaires. Les deux Guise restaient donc les maîtres du roi, de la cour et du pouvoir. Un nouvel ennemi se leva alors contre eux.

Calvin t pro§^rèii de la Réforme. — Il y avait quarante ans que Luther avait commencé ses prédications contre l'Église, et déjà l'Europe était partagée en deux communions. Tout le Nord : l'Angleterre, l'Ecosse, la Suède, le Danemark, la moitié de l'Allemagne et de la Suisse s'étaient séparées de Rome; le Midi, l'Italie et l'Espagne lui obéissaient. Que la France passe du côté de la Réforme, et celleci triomphe. Voilà ce qui fit l'importance européenne du grand débat que nous avons à raconter.

Sous François 1," et Henri II, la Sorbonne avait condamné les opinions nouvelles sans accepter la discussion avec elles. Le parlement avait défendu les prêches dans les campagnes» porté la peine de mort contre les hérétiques, et sanctionné l'établissement d'un tribunal d'inquisition pour les clercs. Les auto-da-fé, nombreux à Paris, à Toulouse, à Vienne, à Montpellier, l'exécution des Vaudois, témoignaient suffisamment que si le gouvernement, dans sa politique étrangère, s'appuyait sur les protestants du dehors, il n'entendait faire aucune concession aux protestants du dedans.

Les réformés de France étaient jusqu'alors restés sans guide, Calvin leur en donna un. Il naquit le 10 juillet 1509, d^un père notaire ou tonnelier, à Noyon. A douze ans, il fut pourvu d'un bénéfice dans la cathédrale de cette ville ; à dixhuit, il obtint une cure sans être engagé dans les ordres. Mais ayant eu connaissance, à Tuniversité de Bourges, des opinions luthériennes, il les adopta en les modifiant, les répandit lui-môme à Poitiers, à Paris, à Nérac, et, le premier, les exposa et les défendit dans un livre clair et méthodique qu'il intitula V Institution chrétienne ^ et qu'il accompagna d'une préface adressée à François I*'. Il y attaqua la primauté du saint-siége, l'autorité des conciles généraux, le caractère d'évêque et de prêtre, la présence réelle, et le culte des saints. Après de longues courses il se fixa à Genève, où il prit une telle influence que sa parole y fut plus obéie que celle des magistrats. De 15^1 à 1565, il y régna en maître absolu, réglant les doctrines et réformant les mœurs ; sévère jusqu'à la cruauté, faisant condamner à mort un auteur de vers' libertins, comme il faisait brûler Michel Servet pour avoir attaqué le dogme. de la Trinité; montrant ainsi que, dans ce siècle d'énergiques croyances, les persécutés ne pratiquaient pas plus la tolérance que les persécuteurs. Sous la main de cet austère et impitoyable législateur, la réforme de France se précisa : elle alla plus loin que celle de Luther, car elle nia absolument la présence réelle dans le sacrifice de la messe, et proscrivit comme des abominations toutes les splendeurs du culte catholique. La réforme de France s'appella le calvinisme, et Genève devint la Rome du protestantisme. Les calvinistes ou htAguenots {eidgenossen. les confédérés) se multiplièrent au milieu de la persécution. Le concile de Trente (15(i5), le nouvel ordre religieux de la Compagnie de Jésus, créé tout exprès pour combattre l'hérésie, furent impuissants à arrêter ses progrès. « Malgré les édits, malgré les supplices, dit le catholique Michel de Castelnau, grand ami des Guise, ils étaient si opiniâtres et si résolus en leur religion, que lors même qu'on était le plus décidé à les faire mourir, ils ne laissaient pas pour cela de s'assembler, et plus on faisait de punitions, plus ils se multipliaient, j Il y avait eu déjà à Paris des scènes tumultueuses et sanglantes. Ceci explique la paix imprévue de Cateau-(' ambré sis. Les deux rois se sentirent plus pressés d'arrêter les progrès des réformés, que de se prendre encore quelques

<j FBANÇOis II (1559-1560).

villes. Par une convention secrète que les Guise et Granvelle ménagèrent, ou tout au moins par de formelles promesses, Philippe II et Henri II s'engagèrent à extirper l'hérésie.

Supplice d^Anne IHiboiiri;. — Henri se mit aussitôt à Pœuvre. Il publia Tédit d'Écouen, qui prononçait la peine de mort contre les protestants et leurs complices (juin). Sur la nouvelle que les huguenots avaient trouvé des déifenseurs jusque dans sa cour de justice, il se rendit au parlement quelques jours avant le fatal tournoi, et ordonna de continuer en sa présence la délibération sur son édit. Deux membres, Dufaur et Anne Dubourg, ne cachèrent point leur sympathie pour les persécutés ; le second se fit même accusateur : « Je sais, dit-il, qu'il est certains crimes qu'on doit impitoyablement punir, tels que l'adultère, le blasphème et le parjure; mais de quoi accuse-tron ceux qu'on livre au bras du bourreau? » Le roi se crut insulté et bravé en face ; il les fit aussitôt saisir, et commanda qu'on instruisit leur procès. Sa mort n'arrêta pas l'affaire, qui fut suivie au milieu des plus terribles péripéties. Les ministres de l'Église réformée tinrent à Paris leur premier synode national , pour rédiger une pétition en faveur des prisonniers. Le 12 décembre 1559, entre cinq et six heures du soir, le président Ménard, violent ennemi de Dubourg, fut tué d'un coup de pistolet au sortir de l'audience. Ce coup tuait aussi Dubourg : il fut brûlé en place de Grève.

PnlMance du parti réformé ; mécontentemeiit politique. •— Cependant les réformés s'organisaient. Les ministres du synode national avaient profité de leur présence à Paris pour poser les bases d'une union de leurs Églises et établir des rapports avec les protestants allemands. De grands personnages étaient déjà dans le parti qui se grossissait, nonseulement des opposants religieux, mais des opposants politiques. Les princes du sang, Antoine de Bourbon et Condé, s'indignaient d'être exclus du gouvernement. La haute noblesse voyait avec dépit le pouvoir aux mains d'étrangers, la reine écossaise, la reine mère italienne, les Guise lorrains; ceux-ci prenant tout en France, même ce que l'aristocratie estime souvent plus que le pouvoir, les privilèges d'étiquette, car ils prétendaient, à titre de princes étrangers, marcher immédiatement après les princes du sang, avant les chefs des plus illustres maisons. La petite noblesse de province n'avait

pas eu, en dédommagement de ses privilèges abolis par la royauté, les charges et les honneurs exclusivement réservés aux nobles qui suivaient la cour, aussi penchait-elle, par mécontentement politique, vers les nouveautés théologiques.

■' Les doctrines austères et indépendantes du calvinisme lui plaisaient par plus d'un côté, et quelques-uns ne pouvaient

i s'empêcher de penser à ces riches domaines d'Église que les seigneurs d'Allemagne et d'Angleterre avaient sécularisés, à ces privilèges perdus qu'pn retrouverait peut-être dans la mêlée ; et ces dangereuses pensées opéraient bien des conversions. Qu'on regarde au fond de cette période de nos guerres civiles, et on verra tous ces mécontentements, toutes ces vagues espérances se rapprocher et s'unir pour briser les nouvelles formes politiques.

Conspiration d'Amboise (1560). — Les deux Guise, le duc et le cardinal, durs et orgueilleux, étaient justement les hommes qu'il fallait pour amener une crise. Ils exerçaient le pouvoir avec arrogance et partialité. Ils supprimèrent les grâces et pensions de leurs adversaires pour les prodiguer à leurs amis. Ils licencièrent les vieilles bandes où servaient nombre de pauvres gentilshommes, et les remplacèrent par des Allemands et des Italiens qui leur étaient plus dévoués. Beaucoup qui avaient fait à leurs dépens les guerres d'Italie, vinrent réclamer à Fontainebleau indemnité et récompense. Le cardinal de Lorraine fit élever une potence à la porte du château, et enjoignit à tout solliciteur de sortir de la ville dans les vingt-quatre heures, sous peine d'y être attaché.

Cette façon leste de régler ses comptes indigna beaucoup de gens qui se jetèrent dans un complot, ne pouvant se jeter encore dans la guerre civile. On croyait pouvoir compter sur les deux Bourbon ; on était sûr au moins de Condé, et on pensait qu'il serait facile d'entraîner les trois Châtillon, neveux de Montmorency, l'un cardinal évoque de Beauvais; l'autre, Coligny, amiral de France, et depuis longtemps ennemi du duc François ; le troisième, Dandelot, colonel général de l'infanterie. Coligny avait déjà dit au roi qu'il aimerait mieux mourir que d'aller à la messe.

On se proposa d'enlever le roi aux Guise pour leur enlever le pouvoir. Le prince de Condé était le chef secret;; mais l'entreprise fut conduite par un homme de main déterminé, laRenaudie, gentilhomme du Limousin. On convint qu'un certain nombre de huguenote se rendraient à Blois, où se

tenait la cour pour demander la liberté religieuse ; la Renaudie, à la tête de 500 gentilshommes bien armés, et de 1000 soldats, suivrait pour faire le coup. Calvin, consulté vaguement au sujet de cette tentative, assure l'avoir vivement blâmée : c S'il se répand une seule goutte de sang, des rivières en découleront par toute l'Europe. » Tout était prêt, quand un avocat qui avait d'abord trouvé l'expédient bon, l'alla révéler par crainte.

François de Guise mena la cour au château d'Amboise, plus facile à défendre, manda Condé et les Châtillon, pour ce service du roi, et fit suspendre par un édit les poursuites lonlre les réformés, afin de diviser ses adversaires. La Renaudie ne renonça pas à son entreprise. Le 16 mars, il marcha sur Amboise, mais fut surpris et tué dans la forêt de Château-Renaud. Le duc de Guise, nommé lieutenant géné- ♦al du royaume avec des pouvoirs illimités, se montra sans pitié : il fit battre en tous sens les environs d'Amboise pour ramasser les conjurés fugitifs, et pendant un mois on ne fit que décapiter, pendre ou noyer. La cour assistait aux exécutions, môme les femmes, mais y entendait parfois d'effrayantes paroles. Un jour, un gentilhomme, M. de Villemongis, réservé le dernier pour le supplice, trempa ses mains dans le sang de ses compagnons, et les élevant vers le ciel : t Seigneur, s'écria-t-il, voici le sang de tes enfants, et tu le vengeras. >

c Le chef muet, ;» Condé, que personne n'avait vu, mais dont tout le monde parlait, fut compromis par les aveux de plusieurs. 11 avait beau dire : c Tous ces pendus-là en ont menti! :d, nul ne doutait qu'il ne fdt l'auteur du mouvement. Comme il n'avait rien écrit et ne s'était montré à personne, si ce n'est à la Renaudie, qui était mort, il demanda avec hauteur une réunion solennelle des princes, et défia en combat singulier quiconque oserait l'accuser. Le duc de Guise n'avait point de preuves suffisantes ; ne pouvant le perdre, il voulut se donner l'air de le sauver : il s'oflrit à lui pour second; ce que voyant, personne n'osa relever le gant. Guise attendait Condé à quelque nouvelle imprudence.

iiO ebancelier de l'Hôpital % édit de IftontoniMtiii (IftOO). — Les Guise avaient remporté une de ces victoires qui afi'aiblissent. Tant d'exécutions pour un complot qu'il eût été facile d'étouffer firent horreur. Le chancelier Olivier en était mort en criant aux Guise dans son agonie: c Cai^dinal,

par toi, nous voilà damnés ! i La duchesse de Guise s^était enfuie épouvantée: « Ah! madame, disait-elle à la reine, comment douter après cela qu'un grand malheur ne frappe bientôt notre maison ! » Marie Stuart n'avait rien empêché. Sa précoce intelligence faiss^it déjà tort à son cœur*. Mais le jeune roi avait pleuré et fait cette remarque, que le nom qii'oii entendait partout, dans les malédictions des suppliciés, était ipelui.^e ses oncles et non pas Je sien. La reine mère avait enoor.^- mieux compris ce qu'on lui répétait tout bas: « rqutii y aiVait c^ans tout cela plus de mécontentement que de huguenoterie. »^ Elle fit donner les sceaux à Michel l'Hôpital. G'étaii € uqe de cqs belles âmes frappées à l'antique marque, un autre Gato» Je Censeur ; il en avait du tout l'apparence, avec sa grand© |)arbe blanche, son visage pâle, sa façon grave. » Le> no^yeau chancelier rendit un premier service à la France. Les Guise, exaltés, par le succès, demandaient l'introduction pure et simple de l'inquisition. « Qu'est-il besoin, disait lîJlôpital, de tant de bûchers et de tortures? Garnis de vertus et munis de bonnes mœurs, résistez à l'hérésie. j> Cependant il fit rendre (mai 1560) Tédit de Romorantin, qui attribuait la connaissance du crime d'hérésie aux tribunaux des évoques, grave concession au clergé, mais préférable à l'établissement du, terrible tribunal qui couvrait en ce t^mps-là l'Espagne de bûchers, et soulevait même l'horrem des catholiques italiens,

iprépari|tifa île guerre civile. — Pour lutter contre les Guîse, il {allait à l'Hôpital un point d'appui. Il convoqua les notjables à Fontainebleau. Goligny s'y rendit, mit un genou eiV* terre devant le roi, et lui présenta la pétition^ des huguenols de Normandie qui demandaient la liberté de conscience. Le card.inal de Lorraine s'opposa à cette concession. Mais Mfeatiue, évêque de Valence, et Marillac, archevêque de Vienne, firent décider la suspension de toutes les poursuites, jiôsqu'à la convocation des états généraux. On convint que c^^états se réuniraient le 10 décembre 1560. Il était urgent quel la voix de la nation s'élevât au-dessus du tumulte des

1^ Lettres de Marie Stuart , publiées par le prince LabanofT, t. I, p. 6. Elle avait écrit à Aa mère après les exécutions faites par celle-ci en Ecosse : • Vous ayez très-bien fait de ce que vous voulez faire justice ; ils en oiit bien bè'soin. • Voir aussi les documents récemment publiés par M. Teulet {Lettres de Marie Stuart^ etc., 1859), qui complètent le recueil de Labanoff et sont une déposition terrible contre la reine.

PRANÇOis II (1559-1560). . 11

ambitions rivales et des croyances contraires. Les Guise se liaient à la politique impitoyable du roi d'Espagne qui leur écrivait : « Si vous voulez châtier les rebelles, je suis à votre disposition; » et ils rassemblaient une armée. Les Bourbon et les Châtillon levaient des troupes de gentilshommes, et, à l'aide des émissaires de Calvin, organisaient la résistance dans les provinces du Midi. On se battait déjà sur plusieurs points.

Arrestation de Condéi mort de PrançoU II (1560). — Les députés des états arrivèrent à Orléans au milieu de celte effervescence. Le roi de Navarre et le prince de Condé s'y étaient rendus, malgré les instances de tous leurs amis. Les Guise, qui avaient cette /ois des preuves contre Condé, le firent arrêter dès qu'il fut entré dans la ville, et pour se débarrasser de son frère contre lequel on ne pouvait rien prouver, ils voulurent le faire tuer dans l'antichambre du roi. Le cœur manqua au jeune prince ; il n'osa donner le sigsfl. Cette pensée d'assassinat devait être retournée un jour contre ceux qui l'avaient conçue ; les deux Guise tomberont ainsi.

Cependant une commission fut nommée pour instruire rapidement le procès de Condé ; le sort du prince était fixé d'avance : il fut condamné à mort, et il eût péri sans l'Hôpital qui refusa de signer la sentence et gagna ainsi du temps. Gagner du temps, c'était gagner la vie de Condé, car le jeune roi se mourait : il expira le 5 décembre, après un régne de dix-sept mois.

La France eût vite oublié ce malheureux jeune homme, si à son règne ne se rattachaient deux souvenirs ; l'un terrible, le pouvoir des Guise et le commencement des guerres de religion ; l'autre gracieux, celui de la jeune Marie Stuart. Contrainte, après la mort de son époux, de renoncer à sa patrie d'adoption pour retourner dans sa sauvage Ecosse, elle pleura longtemps en quittant le pays « où la maie fortune l'avait laissée, et la bonne l'avait prise par la main. * Appuyée sur la poupe de la galère qui l'emportait, les yeux attachés au rivage et pleins de larmes, elle demeura, dit Brantôme, cinq heures entières dans cette attitude, répétant sans cesse: « Adieu, France! adieu, France! j> La nuit venue> elle fit étendre un tapis à la même place et s'y coucha, refusant toute nourriture. Au jour naissant elle aperçut encore un point à l'horizon et s'écria : « Adieu, chère France ! ie ne

vous verrai jamais plus • » Elle allait pourtant trouver une couronne, mais aussi des chaînes, une captivité de dix-huit ans, et, au lieu d^un trône, un écbafaud.

Faits divers. — Jean Nicot apporte en France, en isco, h. nicotine w pttutif ou herbe à la reine (le tabac).

CHAPITRîl XLIV.

Béi^ence de Catherine dé llédlci«| les étato d^Orléan» (1660). — La mort qui venait d'enlever à la reine mère un de ses enfants, lui donnait le pouvoir, puisque son second fils, Charles IX, n'avait que dix ans et demi. Elle répudia la politique à outrance qui naguère triomphait, confirma les Guise dans leurs charges, mais nomma Antoine de Bourbon lieutenant général du royaume, et délivra Condé. Son principal conseiller fut PHôpital. Celui-ci se proposait de contenir les ambitieux et d'affaiblir les factions par une sage tolérance religieuse et par des réformes civiles. Catherine adopta ce programme d'un honnête homme; elle vit un moyen d'opposer les partis les uns aux autres, là où le chancelier rêvait la fin de tous les partis.

Les Guise, craignant de n'avoir pas une majorité assez forte dans les états qui allaient s'assembler, voulaient qu'on renvoyât les députés sous prétexte que la mort du roi invalidait leurs pouvoirs, et que c'était d'ailleurs, une inr stitution nuisible. Le Chancelier répondit que l'autorité

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