‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 4 sur 72 · Ces mots ont servi à fabriquer la jolie chanson · texte numérisé non relu

Ces mots ont servi à fabriquer la jolie chanson

Adieu, plaisant pays de France, 0 ma patrie La plus chérie, etc.,

3ui fut faite par le journaliste Meunier de Querlon et imprimée par lu ans VAnthologie. (Voy. les preuves dans Ed. Fournier, VEeprit dans Vhistoire, p. 109-114).

CHARLES ix (1560-1574). 13

royale ne meurt pas, puisque le mort saisit le vif, et « qu*il n^y a acte tant digne d*un roi que de tenir les états, que de donner audience générale à ses sujets et faire justice à chacun. »

Les états ne rendirent pas les services que PHôpital en attendait. La dette montait à 43 480 000 livres, qui vaudraient aujourd'hui 350 millions de francs; les revenus nets n'atteignaient pas 12 260 000 francs. Le roi était bien, comme le représentait THôpital, < Torphelin le plus engagé, le plus endetté, le plus empêché qu'on pût trouver dans tout état et condition. » La noblesse n'offrit rien ; le clergé, depuis François I*', accordait presque annuellement des décimes ; il consentit encore à fournir un don gratuit de 1600000 livres pendant six ans, et à racheter en dix années 630000 livres de rentes au capital de 7560000 livres; pour le tiers état, qui portait tout le poids des impôts, il demanda un dégrèvement, l'abolition de la vénalité des charges et des douanes intérieures, la réunion des états tous les cinq ans. Sur la question religieuse, les trois ordres furent divisés. Le clergé voulait l'extermination de l'hérésie ; le tiers état était pour la liberté du culte ; la noblesse fut partagée.

Mesiiresde l'Hôpital i omtonnance d'Orléan» (1 561). — Le chancelier agit alors résolument, espérant entraîner la nation après lui. Il rétablit l'équilibre entre les dépenses et les recettes par des réformes dans la maison du roi, et le retranchement d'un tiers des pensions. L'édit de Romorantin fut confirmé et des lettre$ royaux^ du 28 janvier 1561, enjoignirent au parlement de surseoir à toute poursuite pour le fait de la religion. Trois jours après parut la célèbre ordonnance d'Orléans, qui rétablit les élections canoniques ', défendit de rien exiger pour les sacrements, obligea les ecclésiastiques à la résidence, et, achevant la réforme commencée par Louis XII, ôta définitivement l'administration de la justice aux baillis et sénéchaux, d'ordinaire hommes de guerre et ignorants des lois, pour les donner à leurs lieutenants, 'qui durent être de robe longue ou de judicature. C'était la première application du principe de tolérance, et une réforme

1. Poar un archevêché, douze députés de la noblesse du diocèse, douze députés du tiers du diocèse, réunis aux évèques de la province et aux membres du chapitre, devaient présenter trois candidats à la nomination du roi. (Art. t de l'ordonnance , liecueil des anci^nnet Utir (rançaiieif t. XIV, p. 94.)

dans Tadministration de la justice et dans la discipline de rËglise gallicane, trois grands bienfaits. Le duc de Guise, le maréchal de Saint-André et Montmorency, menacés d^illeurs du rappel des -sommes qu^ils avaient extorquées à la facile bonté des rois précédents, quittèrent la cour et formèrent une alliance secrète, un triumvirat^ pour défendre leur argent, et, disaient-ils, la religion en péhi.

> tdlt de Juillet; état» de Pontoiie (1561). -— L'Hô^ pîtal, sans se laisser distraire par ces intrigues, continua sa politique de conciliation. Tout en déclarant, par Tédit de juillet, les prêches illicites, il accorda une amnistie générale et suspendit Texécution de toute sentence, pour fait de religion, jusqu'à la décision d'un concile, il avait été convenu aux étais d'Orléans, que treize commissaires de chaque ordre, un par province, se réuniraient avec de pleins pouvoirs pour la question des subsides. Le chancelier les convoqua, le 27 août, à Pontoise ; en même temps, il réunit, à Poissy, un colloque de théologiens des deux religions, destiné à trouver, s'il était possible, un compromis qui mit fin aux disputes. Ces états, o^ siégèrent plusieurs calvinistes, demandèrent leur réunion tous les deux ans, la tolérance religieuse, la réforme des offices de judicature et de finance, qui, au lieu d'être vendus au plus offrant, ce qui en faisait la propriété des acheteurs, ne seraient plus que de simples commissions triennales ; enfin, pour pdyer les dettes de l'État, la vente des biens de l'Église, estimés 120 millions, les membres du clergé devant être dédommagés par des pensions : c'était déjà l'idée qui fut appliquée par la Révolution. Le clergé ne put parer le coup qu'en ofi'rant de libérer l'État des rentes constituées sur les aides, les gabelles et les domaines par un don annuel de 1 600 000 livres pendant neuf ans. c Cet engagement, nous l'acquittons encore, i disait l'abbé Maury à l'Ascnblée constituante de 1789.

Collo^oe de Poissy (1561). •* Le colloque de Poissy ne tourna pas aussi bien. L'Hôpital l'avait ouvert par de graves paroles, c Nous avons fait, dit-il, comme les mauvais capitaines qui vont assaillir le fort de leurs ennemis avec toutes leurs forces, laissant dépourvus et désarmés leurs logis ; il nous faut maintenant les assaillir avec les armes de charité, avec prières, persuasion, paroles de Dieu qui sont propres à tels combats ! » Puis il ajoutait : c Otons ces mots diaboliaues, noms de partis et de séditions, luthériens,

huguenots, papistes; ne changeons le nom de chrétiens f » La conférence commença bien. Les docteurs catholiques bissèrent Théodore de Bèze exposer sa doctrine. Mais quand il nia la présence réelle dans TEucharistie, rassemblée entière frémit. Le cardinal de Lorraine se récria contre les abo- ; minations qu'il venait d^entendre. Le général des jésuites, Lainez, un des assistants, s^éleva contre la reine elle-même, en revendiquant pour le pape seul le droit de prononcer sur les questions religieuses ; et il fallut rompre au plus vite rassemblée.

£dit de Janvier favorable anx ealvinlstea (1562).— ^ Mais la reine soutenait ,1e chancelier; elle allait même, à ce moment, plus loin que lui. Ses lettres au pape réclamaient de graves réformes dans la discipline et les rites. Aussi laissai-elle THôpital rendre Tédit de janvier (1562^, qui autorisa le culte calviniste dans les campagnes en le prohibant dans les villes fermées ; suspendit toute peine portée contre les hérétiques, mais leur interdit de troubler Tancien culte. C'était le premier acte réel de tolérance. Le gouvernement fau sait ce que Castelnau dit dans ses Mémoires: c Donc, puisque Ton n'avait rien pu gagner en France contre les luthériens par le feu, par la mort et autres condamnations, trente ans durant, mais au contraire qu'ils s'étaient multipliés en nombre infini, il était expédient de tenter une autre voie, et d'essayer si l'on gagnerait quelque chose de plus par la douceur. »

Impatience des parti*. — Cette vertu, malheureusement, n'était guère comprise en ce temps-là. — Plus le gouvernement allait à la tolérance, plus les haines de catholiques à protestants s'envenimaient. Les moines, et principalement les jésuites, qui avaient existence légale en France depuis deux ans, exaltaient la ferveur des fidèles et les excitaient à prendre en main la défense de la religion abandonnée par la reine. Le cardinal de Lorraine, des docteurs de Sorbonne imploraient secrètement l'assistance de Philippe II, qui faisait à la reine mère de menaçantes représentations. De leur côté, les protestants, croyant avoir cause gagnée, ne se contentaient pas de ce qu'on leur avait accordé, c Elevés de leur droit, ils estimaient tous doutes effacés, et tenant l'édit de janvier au poing, rétendaient par delà ses bornes. »

Celui dont nous rapportons ici les paroles est Agrippa d'Aubigné, espnt vigoureux, caractère antique. Il raconte

lui-même que quelque temps après les exécutions, âgé de huit ans, il traversa avec son père la ville d'Amboise, où lés cadavres des suppliciés pendaient encore aux créneaux. Son père se découvrit devant ces restes mutilés, les lui montra, et, au milieu de la foule, s'écria: « Les bourreaux I ils ont décapité la France ; » puis, lui posant la main droite sur la tête, le menaça de sa malédiction s'il désertait la cause sainte des martyrs. « Mon enfant, il ne faut pas que ta tête soit épargnée après la mienne, pour venger ces chefs pleins d'honneur. » Ces hommes-là avaient Tâme de fer, comme l'armure.

Quand les réformés donnaient de telles leçons à leurs enfants, comment s'étonner que les rixes, les querelles éclatassent partout. Un jour l'Hôpital, répondant aux calomnies dont il était aoreuvé, prononçait ces belles paroles : « Je sais bien que j'aurai beau dire, je ne désarmerai pas la haine de ceux que ma vieillesse ennuie. Je leur pardonnerais d'être si impatients s'ils devaient gagner au change ; mais quand *je regarde tout autour de moi, je serais bien tenté de leur répondre comme un bon vieil homme d'évêque qui portait comme moi une longue barbe blanche, et qui, la montrant, s'écriait : Quand cette neige sera fondue^ il n*y aura plus que de la boue. »

L'Hôpital oubliait un mot : il fallait dire aussi du sang, car le sang allait couler à flots.

Massacre de Tassy (156)6). — c Le clergé, partie de la noblesse, et presque tout le peuple, dit Castelnau, jugeaient que le cardinal de Lorraine et le duc de Guise étaient comme appelés de Dieu pour la conservation de la religion catholique. 1 Cependant, à cette heure môme, ils avaient à Saverne, avec le comte de Wurtemberg, cette entrevue dont il nous est resté un si étrange récit. Ils furent rappelés à Paris contre l'Hôpital, par le maréchal de Saint-André et par le roi de Navarre, qui avait abandonné le parti protestant, dans l'espérance d'obtenir de Philippe II la restitution de son petit royaume. Le 1^' mars 1562, le duc de Guise passait par Vassy en Champagne. C'était un dimanche, il s'y arrêta pour entendre la messe. Les chants de six ou sept cents protestants réunis dans une grange voisine arrivèrent jusqu'à lui. Quelques-uns de ses gens voulurent faire cesser ce qu'ils appelaient une injure et une bravade contre leur duc, et, sur le refus des protestants, mirent l'épée à la main. Ceux-ci se dé-

fendirent à coups de pierre. Le duc de Guise, accouru à Faide des siens, fut atteint à la joue; alors toute sa suite se jeta sur ces malheureux sans armes, en tua soixante, en blessa plus de deux cents, sans distinction d^âge ni de sexe. Quelques jours après, à Sens, dont le cardinal de Lorraine était archevêque, d'autres furent massacrés en revenant du prêche.

Première guerre civile (1562). — Ce fut le signal d'une guerre qui, sept fois suspendue par des traités précaires, recommença sept fois, et, pendant trente-deux années, couvrit la France de sang et de ruines. A la nouvelle du massacre de Vassy, les huguenots prirent partout les armes; le duc de Guise enleva le roi de vive force, avec sa mère, dans Fontainebleau, et, l'amena à Paris, où les protestants étaient en petit nombre, x Quant à la force nerveuse et asseurée de quoi ceux de la religion fesaient état, dit Gaâtelnau, elle consistait en 300 gentilshommes et autant de soldats expérimentés aux armes; plus en 400 écoliers et quelques bourgeois, volontaires sans expérience. Et qu'étoit-ce que cela contre un peuple infini, sinon une petite mouche contre un grand éléphant? » Mais hors de Paris, ils croyaient pouvoir compter sur le dixième de la population, et ils avaient pour eux la meilleure partie de la noblesse de province.

Us proclamèrent Gondé défenseur du roi et protecteur du royaume ; en quelques semaines ils s'emparèrent de plus de deux cents villes, parmi lesquelles Rouen, Lyon, Tours, Montpellier, Poitiers, Grenoble, Orléans et Blois. Les Guise ne s'attendaient pas à des résolutions si promptes. Ils étaient mal préparés, mais ils avaient le roi entre leurs mains ; ils firent déclarer les calvinistes rebelles, et Gondé criminel de lèse-majesté. Philippe II, le champion du catholicisme par toute l'Europe, leur donna un corps de 3000 hommes de ces vieilles bandes espagnoles d'une bravoure froide et féroce. Gondé, de son côté, recourait à la protestante Elisabeth, qui lui envoya autant de soldats pour défendre Rouen, à la condition qu'on lui livrerait le Havre, en gage des sommes qu'elle avançait. Ainsi, des deux côtés, on commettait le crime d'appeler l'étranger.

Montlue et le baron des Adrets. — Dans le midi, la guerre se fit partout à la fois, sans ordre et sans plan, selon les sollicitations de la haine ou de la vengeance, et avec ce caractère de cruauté qu'ont toutes les guerres civiles. On

s'attaqua de ville à ville, de château à château, de maison à maison^ A Toulouse, les calvinistes s'étant emparés du Gapitole, le parlement les y assiégea, et il y eut une bataille de huit jours. Â Montpellier, le baron de Crussol fit détruire, pour se défendre contre une armée catholique, tous les fau» bourgs, qui contenaient six couvents des plus beaux, quatre églises et la tour de Tuniversité. Des chefs de bandes couraient les campagnes. Les protestants tuaient comme les catholiques, mais de plus dévastaient les églises, violaient les tombeaux, brisaient les statues. Que de chefs-d^œuvre périrent alors ! Nos églises portent encore les traces de ces dévastations *. Deux chefs de parti se signalèrent entre tous par leurs cruautés : le catholique Bl^se de Montluc, le 6ûu* cher roycUiste, dans le Languedoc et la Guyenne ; le protestant des Adrets, dans la Provence et le Dauphiné. Le premier était toujours accompagné de deux bourreaux qu'il appelait ses laquais, t II ne fit point le doux, dit-il lui-même, mais contre son naturel usa non-seulement de rigueur, mais de cruauté. » Il faillit un jour étrangler de ses propres mains un ministre protestant qui était venu pour négocier avec lui. Une autre fois, il en mit sur la roue 30 ou 40 ; dans une autre ville, lien fit pendre 70 aux piliers de la halle ; « ce qui donna une grande peur dans le pays, un pendu étonnant plus que cent tués. > Et dans cette pensée, il multipliait les pendaisons, c On pouvait conno!tre par où j^avois passé, car par les arbres, sur les chemins, on trouvoit les enseignes. » Ces cruautés le rendirent maître de la Guyenne, dont il tenait, disait^l, avec la Garonne et |la Dordogne, c les deux mamelles. »

Le baron des Adrets dut une réputation pareille à des actes semblables. Après la prise de Montbrison, il fit couper la tête à la moitié des défenseurs de la place, et força les autres à se précipiter du haut d'une tour sur la pointe des piques de ses soldats.

Siège de Bonen (1562). — Au nord, où se trouvaient les chefs, on combattit avec plus d'ensemble, et îe destin de

1. A Orléans, en 1562| Condé et Coligny appiPnant que leurs gens dévastaient réglise de Sainte-Croix, y courent et font des efforts inutiles £our les arrêter; Condé saisit alors une arquebuse et couche enjoué un omme qui brisait une statue : « Monsieur, lu! crie cet homme, ayez patience que j'abatte cette idole ; vous me tuerez après. ■ (Théodore de Bèze, Htstoire des Eglises réformées, t. II, p. 32).

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la guerre s'y décida. A la tête de l'armée calhoUque, qu'avait rejointe Antoine de Bourbon, le duc de Guise se dirigea sur Rouea. Cette ville, dominée par des haufeurs, n'était pas te-, aable ; elle résista pourtant. Antoine de Bourbon j regutune blessure dont il mourut; mais, au bout de quelques jours, la place fut emportée. Montaigne raconte qu'à ce siège on

découvrit un gentilhomme protestant qui t'était chargâ d'assassiner le duc de Guise. Leduc lui pardonna: I Ûr,lui ditil, je veui vous montrer combien la religion que je tiens est plus douce que celle de quoi vous faites profession: la vôtre TOUS a conseillé de me tuer sans m'ouir, n'ayant reçu de moi aucune oftense; et la mienne me commande que je vous pardonne, tout convaincu que vous êtes de m'avoir voulu tuer sans raison. > Cétûent de ces belles paroles que les ambi-

tieux, qui veulent toutes les gloires, trouvent quelquefois, mais que leur vie dément. Le duc, en ce moment si magnanime, ne l^avait été ni à Vassy, ni à Amboise,où il répondait à une des victimes : a Mon métier n^est pas de parler, mais de couper les têtes ; j» il ne le fut pas davantage à Rouen, c Cette grande ville, dit Castelnau, pleine de toutes sortes de richesses, fut pillée l'espace de huit jours, sans avoir égard, à Tune ni à l'autre religion, nonobstant que Ton eût, dès le lendemain de la prise, fait crier, sous peine de la vie, que chaque compagnie et enseigne, de quelque nation qu'elle fût, eût à sortir de la ville. » Après le pillage vinrent les exétions juridiques.

Bataille de Dreux (1562). — Condé, avec 7000 hommes de renfort qu'il reçut de l'Allemagne, tenta de réparer cette perte et vint attaquer les faubourgs de Paris. Repoussé par les Espagnols, il se replia vers le Havre pour y recueillir les Anglais et revenir en plus grande force, mais il fut contraint, parle duc de Guise, de s'arrêter près de Dreux (19 décembre). Quinze à seize milles hommes s'y trouvèrent en présence de chaque côté. Une bataille était inévitable. Les deux armées restèrent quelque temps face à face : < Chacun, dit la Noue, repensoit en soi-même que les hommes qu'il voyait venir vers soi n'étoient Espagnols ni Italiens, mais François, voire des plus braves, entre lesquels il y en avoit quiétoientses propres compagnons, parents et amis, et que, dans une heure, il faudroit se tuer les uns les autres ; ce qui donnoit quelque horreur du fait, néanmoins sans diminuer le courage. » Condé enfonça le centre des catholiques, blessa et prit le connétable ; mais les Suisses rétablirent le combat, et le duc de Guise acheva la victoire par un mouvement de flanc : le prince de Condé fut pris.

Mort du duc de Criiise (fév. 1563). — C'était un grand succès pour Guise. De ses deux rivaux d'influence, l'un, le maréchal de Saint-André, était tué; l'autre, Montmorency, était captif, et il tenait le chef même de l'armée huguenote. Il le traita chevaleresquement, voulut qu'il partageât son lit, et dormit bien à côté de cet ennemi mortel, qui avoua n'avoir pu fermer les yeux. On avait d'abord annoncé à Catherine de Médicis que la bataille était perdue, ce Eh bien ! avait-elle tranquillement répondu, nous prierons Dieu en français. » Les Guise l'effrayaient; et quand elle sut la vérité, ils l'effrayèrent bien davantage, malgré la joie qu'elle

affecta pour leur succès; elle parla de négocier et fit rendre un décret d^ârmistice pour tous ceux qui poseraient les armes. Mais Guise n'entendait pas qu'on relevât ceux qu'il avait abattus ; il poussa vivement sa victoire et vint assiéger Orléans, afin de couper les communications entre les protestants du nord et ceux du midi. « Le terrier étant pris où les renards se retirent, disait-il, nous les courrons à force par toute la France. » La ville n'eût pas résisté longtemps sans un crime du fanatisme. Un protestant, Poltrot de Méré, exalté par les exemples de Judith et de Débora, d'Aod et de Jahel, passa dans son camp comme transfuge, et le trouvant seul un soir, le blessa mortellement d'un coup de pistolet.

C'était un grand capitaine; la France lui doit Calais et il lui conserva Metz ; mais elle lui doit aussi les guerres de religion qui l'arrêtèrent trente années dans le sang et les ruines. Ces guerres pouvaient-elles être évitées? Je n'ose l'affirmer. Pourtant les Guise de moins dans le gouvernement, et l'Hôpital restait libre de pratiquer la sage politique qui donna en 1563 l'édit d'Amboise, et en 1598 l'édit de Nantes. Je sais que parler de tolérance à ces furieux qui regardaient comme acte méritoire de tuer quiconque priait Dieu autrement qu'eux, c'était leur parler une langue qu'ils ne comprenaient pas. Mais ce qui n'était plus possible après Orléans, après Vassy et Amboise, ne l'éts^it-il pas auparavant? Le sang appelle le sang. On continua de s'égorger parce qu'on avait commencé de le faire; mais qui commença?

Paix et édit d'AmboUe (man 1563). — Guise mort, Condé et Montmorency captifs, la reine mère restait maîtresse du gouvernement. Elle savait bien ce qu'au fond voulaient ces ambitieux, le triomphe de leur croyance sans doute, miais surtout celui de leur pouvoir. Elle voyait la guerre civile ébranler le respect pour l'autorité royale. « Quel roi? disaient les Huguenots, au rapport de Montluc, quand on leur parlait de Charles IX, nous sommes les rois. Celui que vous dites est un petit royot... ; nous lui donnerons des verges et lui baillerons un métier pour lui faire apprendre à gagner sa vie comme les autres. > Les paysans refusaient les anciens droits aux gentilshommes. « Qu'on nous montre dans la Bible, disaient-ils, si nous devons payer ou non. Si nos prédécesseurs ont été sots ou bètes, nous n'en voulons point être. 3> Tout le vieil édifice social était ébranlé. Catherine de Médicis, pour arrêter cette hésitation, offrit la paix à Condé;

il la signa & Amboise en retour d'un édit qui autorisait le culte réformé dans Ses maisons nobles, dans toute retendue des domaines des soigneurs justiciers, et dans une ville par bailliage.

Reprise d« HaTre (1503). — Pour montrer leur bonne union, catholiques et protestants firent en commun une expédition contre le Havre, que les Anglais voulaient garder, et qui leur eût valu mieux- que Calais, t Chacun se rendit fort diligent à bien faire; et même les plus favorisés de la cour, méprisant tout péril, se trouvèrent aux tranchées. » La ville, bien attaquée et mal défendue, . ouvrit ses portes au bout de quelques jours. Le clergé avait fait les frais de cette expédition, ayant aliéné de ses biens jusqu'à concurrence de kbO 000 livres de rentes (2 050 000 fr. de valeur actuelle).

Philippe D et la conr de Catherine de Médicis* Conférence» de Bayonne (1$65). — Cependant le concile de Trente, réuni pour donner la paix à la chrétienté, n'y avait point réussi. Or, comme en ce siècle personne ne comprenait que la religion était une affaire de conscience qui se règle entre Dieu et Thomme, chacun allait vouloir que sa croyance l'emportât, les armes et le bûcher y aidant. Le roi d'Espagne, Philippe II, engageait toutes les forces, tout Pavenir de sa vaste monarchie dans cette cause. Il étouffait rhérésie en Italie et en Espagne ; il se proposait de Tétouffer partout où sa main pourrait atteindre, aux Pays-Bas, en Angleterre et en France. Les Guise étaient entrés dans ses desseins ; leur grand chef mort il essaya d'y amener Catherine elle-même.

Celle-ci avait d'abord exécuté franchement la paix d' Amboise; mais les exaltés des deux partis n'acceptaient pas cette trêve. Le parlement avait longtemps refusé d'enregistrer l'édit de pacification ; Tavannes ne l'exécutait pas dans son gouvernement de Bourgogne, et Coligny reprochait à Condô « d'avoir plus ruiné d'églises par un trait de plume, que toutes les forces ennemies n'en eussent pu abattre en dix ans. 3 Les haines particulières éclataient ; l'assassinat remplaçait la guerre civile. Catherine essaya de détourner les gentilshommes de ces passions farouches : à sa cour elle multiplia les fêtes, les tentations : < fleurs de plaisirs qui se teignirent sanglantes, i Les mœurs en devinrent plus mauvaises et la paix n'en fut pas meilleure»

CHARLES iX (1560-1574). S3

La reine, d'ailleuFs, satisfaite de voir les Guise abaissés, trouvait les Bourbon trop puissants. Cooime naguère, en face du grand Guise, elle inclinait vers les réformés, en face de Condé elle pencha vers les catholiques* Elle restreignit peu à peu les libertés accordées aux protestants à AmbÔise. Les crimes commis contre eux ne furent point recherchés. Dans un voyage qu^elle fit avec Charles IX, à travers les provinces du midi, et où elle put reconnaître que les masses populaires étaient en majorité catholiques, elle changea les gouverneurs suspects de calvinisme, et fit construire des citadelles où cette religion dominait. Le voyage se termina (juin 1565) à Bayonne, par une conférence avec le duc d'Albe, le plus terrible instrument de Philippe II, et qui, comme son maître, croyait à la légitimité des crimes utiles. Les protestants se persuadèrent aisément qu^une alliance entre lés deux couronnes, conclue soA les auspices d'un tel homme, n'avait d'autre but que l'extermination de l'hérésie ; dès lors l'épée ne pouvait guère tenir au fourreau.

Après Philippe II, lée fut le saint-siége qui gourmanda les temporisations de Catherine. Un pape rigide venait de monter dans la chaire de saint Pierre, Pie V, qui continua comme pontife la guerre qu'il avait faite aux nouvelles doctrines comme grand inquisiteur. Une milice nombreuse, celle des jésuites, combattait maintenant par toute l'Europe, pour la cause catholique, avec enthousiasme, avec intelligence. Ils prêchaient le peuple, ils instruisaient la jeunesse et livraient à l'hérésie de continuels et mortels combats. Le temps des transactions était passé.

^ OrdonnAnce de Moulins (1566). — Un homme y croyait encore. L'Hôpital avait pris pour devise ces beaux vers d'Horace qui convenaient si bien à sa grande âme stoïcienne et aux malheurs de son temps :

Si fraetus iUabatwr orhis, Impavidutn ferient ruinas,

€ Que le monde brisé s'écroule, mon âme n'en tremblera pas. 3 Au milieu de ces préparatifs de guerre et de ces rêves sanglants, l'illustre chancelier continuait ses réformes. En 1566, il jeta encore, comme une dernière protestation contre ces furieux, sa belle ordonnance de Moulins pour la féformation de la justice. Il déclarait le domaine royal inaliénable et imprescriptible, fixait le mode de pominatign

et d'examen des juges pour diminuer les inconvénients de la vénalité des charges, essayait d'établir Tuniformitô et la régularité des procédures, restreignait les privilèges des officiers de la couronne, ôtait aux villes la juridiction de police locale, et soumettait les tribunaux inférieurs à Tinspection des tribunaux supérieurs; en un mot, il poussait TÉtat vers Tunité du pouvoir, de juridiction et de procédure. Il eût voulu réprimer Tesprit processif, se plaignant « qu'il y eût plus de procès au Châtelet de Paris que dans toute l'Italie. * Il est vrai que là, le poignard et le poison finissaient bien des contestations. Ses efforts furent perdus pour ses contemporains : les siècles suivants, du moins, en profitèrent. Quelques-unes des règles de droit civil, posées par l'Hôpital dans cçtte ordonnance, subsistent encore. Tôt ou tard les nobles esprits trouvent leur récompense. Ils l'ont reçue d'abord de leur conscience ; ils la reçoivent ensuite de la postérité. --

lieconde i^erre civile (1507-1A08). — Cependant les protestants, menacés par la cour, recommençaient leurs assemblées, amassaient de l'argent, préparaient leurs armes. De son côté, Catherine de Médicis réorganisait l'armée royale et levait en Suisse 6000 hommes. Le duc d'Albe était dans les Pays -Bas avec des forces considérables, qui pouvaient servir à deux fins, contre les protestants de Hollande, mais aussi contre ceux de France. Les réformés, pour prévenir leurs ennemis, formèrent une nouvelle conspiration d'Amboise. La cour était à Monceaux, en Brie. Le 27 septembre 1567, un corps de 500 gentilshommes apparut à cinq lieues de là. Catherine n'eut que le temps de se réfugier à M eaux, d'où la. cour gagna Paris, sous la protection de l'infanterie suisse.

Bataille de Salnt-Dento (1567). — Le coup était manqué; c'était maintenant la guerre. Condé osa bloquer Paris. Les habitants forcèrent le vieux Montmorency à sortir pour le repousser. Le connétable, c grand rabroueur de personnes, dit Brantôme, n'ayant à la bouche que les mots d'ânes et de vieux sots, vaillant, couvert de sept blessures, » mais au demeurant fort mauvais général, fit mal ses dispositions et fut tué ; il avait soixante-quinze ans. Il n'y eut guère ni vaincus ni vainqueurs. Le champ de bataille resta aux catholiques, mais les huguenots y vinrent le lendemain offrhr un nouveau combat que l'armée royale n'accepta pas (1567).

Catherine de Médicis s'applaudissait de cette journée comme d'une victoire. « J'ai deux grandes obligations au ciel, dit-elle : Tune, que le connétable ait vengé le roi de ses ennemis ; l'autre, que les ennemis du roi l'aient vengé du connétable. » Le maréchal de Vieilleville voyait plus juste, quand il disait au roi : c Votre Majesté n'a point gagné la bataille, encore moins le prince de Çondé, mais le roi d'Espagne ; car il est mort de part et d'autre assez de vaillants capitaines et de braves soldats françois pour conquester la Flandre et tous les Pays Bas. »

P»ix de I^njnmean (1568). — Gondé reçut quelque temps après 9000 lansquenets ou reitres allemands. Dès le premier jour, ces étrangers réclamèrent leur solde. Toute l'armée huguenote , chefs et soldats, se cotisa pour la fournir.

On se dirigea alors sur Chartres, afin d'intercepter les arrivages de la Beauce à Paris. La reine mère qui n'avait pas voulu, par jalousie de pouvoir, donner de successeur au connétable, n'avait point d'hommes de guerre à opposer aux réformés. L'Hôpital reprit l'avantage et parla de paix ; on la fit à Lonjumeau, le 23 mars, à condition que les protestants restitueraient les places qu'ils occupaient, mais que t'édit d'Amboise serait rétabli sans restriction.

Dlsi:rAee d« PHÔpital (1568). — C'était, comme on le dit de la suivante, une paix boiteuse et mal assise. Catherine de Médicis ne l'avait signée que pour faire une autre guerre. Comment aurait-on alors posé les armes en France? Le catholicisme, sous l'énergique impulsion partie de Rome, retrouvait l'énergie des premiers siècles, et déjà dans la Champagne une sainte ligue se signait. La guerre religieuse était partout : dans la Grande-Bretagne, entre Elisabeth et Marie Stuart ; dans les Pays-Bas, entre* le duc d'Albe et les gueux; en Espagne, entre Philippe II lui-même et son fils don Carlos qui, soupçonné d'hérésie ou du moins d'idées de tolérance, était jeté dans une prison et y mourait, peut-être par l'ordre de son père. Catherine de Médicis voulait aussi finir cette guerre, qui toujours renaissait, par quelque coup à l'italienne.

L'Hôpital n'était pas l'homme qu'il fallait pour cette politique : il fut disgracié (mai 1568). On se proposait d'enlever le même jour Condé et Coligny en Bourgogne, et la veuve d'Antoine de Bourbon, Jeanne d'Albret, en Béarn, pour leur

faire subir le sort des comtes de Horn et d*Egroont, décapités à Bruielles, avec diï-neuf autres seigneurs wallons, par le sanguinaire duc d'Albe.

Ils échappèrent tous trois.

Condâ et Coligny, après une course de cent lieues, arrivèrent à la Rochelle, qui dans la dernière guerre avait pris parti pour eux. Jeanne d'Albret les y joignit avec son âls, Henri de Béam.

I Jeanne d'Alhret n'avait de la femme que le sexe; rime entière était aux choses viriles, l'esprit puissant aux affaires, le cœur invincible aux adversitâs.»

Elle offrit I sa vie, ses moyens, ses enfants à la défense de la cause, et, pour en réparer les ruK nés, elle y mit tout son leanns d'Aibrei. bien, aliéna ses terres,

engagea ses bagues, ' son grand collier d'émeraudes, son grand rubis et deux pièces du cabinet du roi de Navarre. >

TrolBlAme ^crre civile (ISes-lNTO]. — Catherine, à son tour, avait manqué son coup, mais elle se croyait prête pour la guerre. Elle la déclara en lançant un édit qui défendait, sous peine de mort, l'exercice de la religion prétendue réformée, et'ordonnait aux ministres protestants de sortir du royaume sous quinze jours. Tous les membres des parlements et des universités furent astreints à prêter serment de catholicisme. Pour soutenir de pareils édits, il eût fallu de grandes forces ; la cour n'avait qu'une année do 18 000 fantassins et de 4000 chevaux. Elle fut placée sous le commandement du jeune duc d'Anjou, que Catherine voûtait mettre en avant, afin de pouvoir, au besoin, l'opposer à son frère Charles IX ; Tavannes et Biron devaient le diriger.

Tout le sud-ouest était cette fois au pouvoir des calvinistes. La ville de la Rodielle leur servait de [riace forte, c Nous

leur avions ôté, dit un contemporain, Orléans, parce que nous ne voulions pas que de si près ils vinssent mugueter notre bonne ville de Paris ; mais les galants n'ont pas laissé d'attraper la ville de la Rochelle. Celle-ci n'est pas si grande ni si plaisante que l'autre ; elle a pourtant d'autres choses qui compensent bien ses défauts, dont la principale est sa situation maritime, qui est une voie et une porte par où toutes les provisions lui viennent en abondance, et la seconde un peuple autant belliqueux que trafiqueur, des magistrats prudents et tous bien affectionnés à la religion réfor« mée. 3

Bataille de ^amac ; mort de Coudé (1569). — Une première campagne durant un hiver très-rude fut sans résultat ; au printemps suivant, le maréchal de Tavannes voulut isoler, dans le midi, l'armée protestante des secours allemands qu'elle attendait du nord, et la battre avant leur arrivée. On manœuvra quelque temps sur la Charente ; enfin Tavannes surprit l'amiral, avec l'arrière-garde seule, près de Jarnac (13 mars 1569), Condé, à la nouvelle de l'attaque, accourut avec 300 chevaux. Blessé au bras la veille, il reçut encore , au moment de charger, un coup de pied de cheval qui lui cassa l'a jambe ; néanmoins il s'élança sur l'ennemi en criant aux siens : « Souvenez-vous en quel état Louis de Bourbon entre au combat pour Christ et sa patrie. » Cette charge impétueuse fit d'abord une trouée dans les lignes ennemies, mais le cheval du prince fut tué ; Condé tomba, et autour de lui s'engagea un combat terrible. On vit un vieillard du nom de la Vergne, qui avait amené à la bataille vingtcinq gens d'armes, ses fils, petits-fils ou neveux, faire les derniers efforts pour couvrir le prince. Il fut tué, et quinze des siens tombèrent avec lui c tous en un monceau, i Condé donnait son gantelet à un gentilhomme, quand le capitaine des gardes du duc d'Anjou, qui le reconnut, Montesquieu, lui tira à bout portant un coup de pistolet dans la tête.

C'était une grande perte que celle de ce prince énergique et brave, depuis neuf ans la tète et le bras du parti. Les protestants parlaient d'abandonner la campagne et de s'enfermer dans la Rochelle, mais une femme les releva. Jeanne d'Albret se présenta au milieu de l'armée découragée, à Saintes, avec son fils, Henri de Béarn, et le jeune prince de Condé : c Mes amis, dit-elle, voilà deux nouveaux chefs que Dieu vous donne et deux orphelins que je vous confie, s Le prince de Béarn,

Henri, né à Pau*, sévèrement élevé comme un gentilhomme campagnard, n'avait alors que quinze ans. Brave, spirituel, sachant trouver de ces mots qui enlèvent, il plut à tous : on le nomma généralissime, avec Coligny pour conseiller et pour lieutenant.

Colig^ny; bataille de Honcontonr (1569). — -' Coligny avait beaucoup des qualités nécessaires à un chef de parti dans une telle guerre. Protestant convaincu, et austère, il était aimé, respecté des ministres comme des soldats. Ce n'était peut-être pas un très-grand général, et Catherine avec tous ses Italiens ne Testimait point un politique bien profond; mais il ne se laissait jamais abattre, ce qui est une grande force ; il voyait juste, ce qui en est une autre ; il savait faire ressource de tout ; et, s'il n'y avait pas k espérer avec lui de décisive victoire, il n'y avait pas non plus à craindre d'irrémédiable défaite. Deux choses recommandent d'ailleurs à jamais son nom ; sa première grande action de guerre, la défense de Saint-Quentin ; sa dernière pensée politique, la conquête des Pays-Bas espagnols, où il voulut conduire ses huguenots pour donner dû même coup à la France de belles provinces et la paix intérieure. Dans son profond désir i^éviter les déchirements intérieurs et d'assurer là liberté religieuse, il avait imaginé un autre moyen d'atteindre le même but : la colonisation protestante de l'Amérique. Ce que les puritains de la Grande-Bretagne ont fait au dix-septième siècle, il le voulut faire au seizième. S'il eût réussi, c'est notre sang, c'est notre langue qui domineraient aujourd'hui dans le nouveau monde *.

Jarnac n'avait été qu'un combat d'arrière-garde, et les protestants n'y avaient perdu que 400 hommes. Coligny restait donc assez fort pour défendre Cognac et Angoulême ; rejoint

1. Le château de Pau, s'élève, au bord du Gave, sur une sorte de promontoire; trois ponts le relient maintenant à la ville et au parc; il est flanqué de cinq tours carrées. On y visite encore la chambre où naquit Henri IV le 14 décembre »553.

2. Il forma en 1562 un établissement à la Floride. Les Espagnols surprirent les colons et les pendirent avec cet écriteau : c Non comme Français, mais comme hérétiques. > La cour ne dit mot de cette atrocité. Un gentilhomme de Gascogne, bon catholique, mais encore meilleur Français, de Gourgues, se fit le vengeur des victimes. Il vendit son bien, arma trois navires, enleva les forts que les Espagnols avaient bâtis et pendit ceux qui avaient survécu au combat, en écrivant au-dessus de leur tête : t Non comme Espagnols, mais comme assassins. » A son retour en France, i) eût été livré à l'Espagne par Catherine de Médicis s'il ne se fût tenu cacné

âÔ CHARLES iX (1560-1574).

par 130Û0 Allemands, il prit même Toffensive et fit essuyer un échec à Tannée catholique, près de la Roche-Abeille. Mais •Tavannes répara le mal. Des Allemands catholiques, des Espagnolsj;envoyés par le duc d'Albe, des Italiens, envoyés par lie papia«.Pie V, -augmentèrent les forces du duc d'Anjou. Ac- ^^«{Uié dtéjà à la LQii^^^e <luc retourna sur ses pas, dégagea par 4tne diversion. PoiUer^, que Goligny assiégeait depuis six sei iiiaines, et parvint à, surprendre Parmée protestante entre la >l)ive et lei.Thoué, près de Moncontour. La position était déntestablp|?6((K) .soldats, huguenots restèrent sur le champ de hataillef(3 dQ^bn^o.

r. La victoire de. Moncontour fut cependant inutile comme < celle de Jarnac. Charles IX, jaloux des lauriers que Ton cueillait pour son frère, vint à Tarmée, et, au lieu de poursuivre les protestants jusqu'^^ux Pyrénées, perdit son temps à assiéger Niort et SaintcrJean-d'Angély. Coligny traversa le midi da^ toute sa largeur, refaisant au fur et à mesure son ar- . méei4 ieiÀl apparut tout à coup en Bourgogne, à la tête de ftoute la noblesse protestante du Dauphiné et de la Provence. rUne armée catholique de 12000 hommes voulut Tarrôter à Arnay-le-DuCy il lui passa sur le corps et arriva sur le Loing, à peu de distance de Paris.

Paix de SaliUp^erinaiii (1570). — Catherine de Médicis triompha a,xi conseil. L'événement le montrait bien : on ne pouvait venir à bout, par la guerre, de ce parti toujours vaincu, toujours relevé; il fallait autre chose. Pour désarmer les protestants, elle leur fit accorder la paix de Saint-Germain avec des conditions très-favorables ; le libre exercice du culte dans deux villes par provmce et dans toutes celles où il était établi ; Tadmission des calvinistes à tous les emplois, et quatre villes de sûreté, la Rochelle, Cognac, Montauban, la Charité, où les réformés pourraient tenir garnison (8 août 1570). « Paix mauvaise et manquée^ véritable coupe-gorge. »

I^a SainlrBarthélemy (1592). — A la nouvelle de cette paix, il n'y eut qu'un cri d'indignation parmi les catholiques étrangers et français. Catherine de Médicis ne s'en émut pointj et suivit sa politique toute nouvelle. Le mariage du jeune prince de Béarn avec Marguerite, sœur de Charles IX, pouvait cimenter à jamais la paix ; elle le «mit en avant. 11 ' était de l'intérêt de la France d'employer au dehors l'esprit belliqueux et mutin de la noblesse protestante ; elle accepta les propositions que lui faisait Coligny, de conduire ses coré*

ligionnaires dans les Pays-Bas, où le duc d^Âlbe avait fait périr dans les supplices 18000 personnes, et où les gueux de Hollande venaient de fonder la république batave. Une pareille entreprise plaisait aux Huguenots, et semblait un retour à la vieille politique étrangère, oubliée depuis la mort de Henri II. Coligny voyait, dans une guerre avec l'Espagne, un moyen de maintenir glorieusement et sûrement la paix en France.

Charles IX avait alors vingt et un ans. Esprit assez heureux, mais caractère à la fois faible et violent, gâté par le pouvoir absolu, et par ses favoris italiens qui lui pervertissaient le cœur, il joua fort bien, et quelque temps à son insu, le rôle que lui réserva sa mère. Il avait trouvé plus d'une fois que les chefs huguenots portaient trop haut la tête, et n'avait pas oublié les conseils homicides que le duc d'Albe lui donnait à Bayonne. c Mille têtes de grenouilles ne valent pas une tête de saumon. * Mais alors il était impatient du joug de sa mère, envieux des victoires qu'on attribuait à son frère. Mobile et passionné, il entra avec ardeur dans ces nouveaux projets, écrivit à Coligny, à Jeanne d'Albret, et poussa à la prompte conclusion du mariage de Henri de Béarn avec sa sœur. La reine de Navarre se décida à venir à Paris, l'amiral l'y suivit. « Enfin nous vous tenons, mon père, lui dit le jeune roi en l'embrassant, et vous ne nous échapperez pas quand vous voudrez. » Après le chef, nombre de gentilshommes huguenots accoururent pour avoir leur part des fêtes et des bonnes grâces du roi.

Catherine elle-même fut effrayée ; elle avait trop bien réussi. Le roi ne voyait plus que par les yeux de Coligny; il pressait l'arrivée des dispenses pour le mariage, que le pape voulait refuser; il faisait lever des troupes pour Coligny et rassemblait une flotte contre la Flandre. Les protestants, encouragés, rédigeaient, en synode, à la Rochelle, la confession qui leur sert encore de règle aujourd'hui. Catherine fit des remontrances à son fils, qui les reçut fort mal ; il semblait alors décidé à acquérir « gloire et réputation par la guerre espagnole, » et il répondit à sa mère qu'il n'avait pas de plus grands ennemis qu'elle et son fils le duc d'Anjou. Mais les passions travaillaient pour Catherine ; le duc d'Anjou, les Guise, Tavannes, tous les seigneurs catholiques qui avaient combattu la réforme, voyaient avec colère l'influence passer à leurs ennemis. Philippe II, "ïienacé dans les Pays-Bas, ré-

pandait l'argent dans le peuple pour exciter des troubles. Quand la cour vint à Paria, avec son nouveau cortège de gentilshommes huguenots et de ministres protestants, une sourde colère gronda dans la ville. Un premier événement causa quelque émotion. Jeanne d'Albret mourut presque subitement le 9 juin. On crut à un empoisonnement, qui n'a pas é\é prouvé. Quand le mariage fut célébré, le 18 août, à la porte de Notre-Dame, on eut grand'peine à empêcher une

Ameute ; les chaires retentissEÙent dans toutes les églises de malédictions contre les huguenots, et ceux-ci ne se faisaient point faute de bravades dans les rues.

Catherine arrêtaalors le plan le plus machiavélique : c'était de faire assassiner Coligny par les Guise, les huguenots vengeraient leur chef sur ceux-ci; puis les troupes royales surriendraient pour tomber sur les uns et sur les autres comme violateurs de la paix publique. Le 12 août, Coligny reçut, en sortant du Louvre, un coup de feu tiré par Maure< vcl, assassin de profession aux gages du duc de Guise. A la

34 DiîABLES IX (1560-1574).

première nouvelle du meurtre, Charles IX courut auprès de Tamiral : a La blessure est pour vous, dit-il, la douleur est pour moi ; » et il jura de le venger.

Le lendemain, le roi semblait dans les mêmes sentiments, mais la reine vint l'assaillir avec le duc d'Anjou, le 'duc d'Angoulème, Tavannes, le chancelier Birague, le maréchal de Retz, le duc de Nevers ; les trois derniers Italiens. Elle représenta que les deux partis étaient ^rèts à en venir aux mains; que chacun d'eux élirait un chef, et qu'il ne resterait plus au roi que son titre, si encore il lui restait. « La guerre est inévitable, dit Tavannes ; il vaut mieux la gagner à Paris, que de la mettre en doute en la campagne. » Le roi résistait : sa mère lui cita le proverbe italien que la douceur est souvent cruauté et la cruauté douceur; puis elle menaça de quitter la cour avec son autre fils , le duc d'Anjou , pour n'être pas témoin de la ruine de sa maison , pour ne plus voir tant de peur et de lâcheté. Elle avait bien calculé l'effêt de cette dernière parole sur un esprit violent. Charles , jusqu'alors immobile et sombre, s'écria tout à coup que, puisqu'on trouvait bon de tuer l'amiral, il voulait qu'on tuât tous les huguenots de France, « afin qu'il n'en restât plus un pour le lui reprocher après. 3 Un des conseillers italiens avait déjà dit : € qu'il fallait tout tuer, le péché étant aussi grand pour peu que pour beaucoup. »

La municipalité de Paris était prête. Elle avait depuis quelque temps étudié ce grand coup et tout préparé pour le faire réussir. Le prévôt des marchands, mandé au Louvrei reçut du roi l'ordre de fermer les portes et de tenir sur pied les capitaines, lieutenants et bourgeois dont il était sûr, il promit d'y « mettre si bien les mains à tort et à travers qu'il en serait fait mémoire. » La cloche de Saint-Germain l'Auxerrois devait donner le signal à trois heures, dans la nuit du 24 août, fête de la Saint-Barthélémy. On n'altendit pas jusque-là. A deux heures la cloche s'ébranla, et, un peu plus tard, le tocsin de toutes les églises y répondit.

Henri de Guise, d'Aumale, le bâtard d'Angoulême, se précipitèrent vers rhôtel de Coligny. Un Allemand, Besme, entra le premier dans la chambre. Coligny était debout. « N'estu pas l'amiral? lui cria Besme. — C'est moi, répondit-il d'un visage paisible et assuré. Jeune homme, tu devrais respecter mes cheveux blancs ; toutefois, fais ce que tu voudras : aussi bien ne feras-tu guère ma vie plus brève. » Besme lui pion-

C1IAHLE3 IX (1560-1576). 35

gea 8on épée danH la poitrine. Le duc de Guise lui criait d'en

bas; •Be9me,as-tu achevé?— C'est fait, répondit-il.— Jettele donc par la fenêtre. ° Coligny respirait encore. Beatie et les autres le jetèrent dans la cour, où Guise , après l'avoir indignement frappé du pied, l'abandonna aux outrages de la populace.

- Lea maisons des huguenots avùent été marquées de blanc, et on avait la liste de ceux qui les -habitaient. Télt^ny, gendre de Tamiral , la Rochefoucault , un ami du roi qui avait passé avec lui joyeusement la soirée , Pardaillan, la Force, dont le second fils contrefit le mort et resta tout un jour ca- . ehé sous les cadavres de son père et de son frère aîné, furent égoi^és après l'amiral, surpris pour la plupart dans leur lit.

t Saignez, criait Tayannes en parcourant les rues, la saignée est aussi bonne en ce mois d^août comme en mai. »

Le roi de Navarre et le prince de Condé furent menés au roi, qui les menaça de mort , s^ils n'abjuraient. On tua jusque dans le Louvre, et les dames de la cour allèrent au matin voir les cadavres. On diffère sur le nombre des morts ; les uns disent dix mille, d^autres quatre mille, d'autres encore deux mille. Ce dernier chiffre est le plus vraisemblable.

Le matin, s'il faut en croire TEstoile, le roi avait, d'une des fenêtres du Louvre, c giboyé aux passants, » tirant avec une longue arquebuse sur les protestants qui fuyaient par le faubourg Saint-Germain ; mais, dans la journée, quand il eut vu la Seine charrier tant de cadavres, la fièvre de sang tomba; il eut horreur de ce qui s'était fait, et il écrivit dans les provinces pour arrêter la contagion de l'exemple, rejetant tout sur une querelle qui aurait éclaté entre les Guise et les Châtillon. Mais la reine mère lui fit craindre de laisser le bénéfice du crime à ses plus dangereux ennemis. Une aubépine, qu'on trouva le lendemain refleurie, parut un miracle et ranima le fanatisme. La foule, avec ces instincts de bête féroce qui se retrouvent à de certains moments dans les basfonds de la société et dans la Ire des grandes villes , recommença à tuer. On tuait non-seulement les huguenots , mais les créanciers, un rival, un ennemi. Les voleurs, la cr^x au chapeau et le mouchoir blanc au bras, égorgeaient sous prétexte de huguenoterie ceux qu'ils voulaient piller. La plus illustre victime de ce jour-là fut Ramus*. On tua encore les jours suivants. Il y eut des meurtres jusqu'au 17 septembre ^

Cependant le roi, adoptant l'avis de sa mère , alla , le 26 ,

1. Il fut tué dans son cabinet, au collège de Presle,à l'instigation de son rival Charpentier ; les assassins le jetèrent, vivant encore, d'un cinquième étage, et traînèrent par les rues le cadavre palpitant jusqu'à la Seine. Cf. i2amit«,par Ch. Waddington, p. 118. La tradition relative a Jean Goujon, tué sur un échafaudage pendant qu'il travaillait à ses sculptures de la cour du Louvre, ne repose sur aucun témoignage historique. Les listes des victimes ne portent même pas son nom.

2. La municipalité de Paris donna des gratifications aux archers qui avaient aidé au massacre, aux passeurs d'eau qui avaient empêché les protestants de passer la rivière, aux fossojreurs de Saint-Cloud,a'Auteuil et de Chaillot, pour avoir enterré, depuis huit jours, onze cents corps ou environ; enfin elle fit frapper des médailles c pour mémoire du jour de saint Barthélémy > {Diot. ctam, tt Mtior, des nus et mimum, de Parité par F. et L. Lazare, 18S5.J

CHARLES IX (I560rl574): 37

prendre en plein parlement la responsabilité de cette affreuse nuit, et envoya aux gouverneurs de provinces de nouveaux ordres, qui étendirent le massacre à Meaux, la Charité, Orléans, Saumur,.Lyon, Bourges, Toulouse, Bordeaux, etc.; quinze à vingt mille victimes périrent. Â Angers, le massacre fut arrêté de bonne heure par la modération du corps municipal, mais les survivants furent emprisonnés et leurs biens, ceux des morts, furent, par ordre exprès du duc d^ Anjou, mis sous scellés, c Monseigneur, disait son agent, en pourra bien faire plus de cent mille francs*.» La Saint-Barthélémy était ainsi , pour quelques-uns , un moyen d^apurer leurs comptes et de remplir la baisse.

Quelques gouverneurs refusèrent d'obéir à la cour, entre autres , Montmorency, dans Flie-de-France ; Longueville , en Picardie ; Matignon , dans la basse Normandie ; Gharni , en Bourgogne; de Gordes, en Dauphiné; Joyeuse, en Languedoc; Saint-Hérem, en Auvergne'. La plus rude leçon aux massacreurs fut donnée par le bourreau de Troyes ; il refusa d'aider à la tuerie, disant < qu'il n'estoit de son office d*exécuter sans quUl y eust sentence de condamnation. » Gelui de Lyon fît même réponse.

Vezins, lieutenant du roi en Quercy, avait un ennemi mortel, Régnier, le chef des protestants de cette province. Ils s'étaient longtemps combattus, c ne cherchant que moyen de se couper la gorge. » En ce moment tous deux étaient à Paris. Péjà le massacre commençait, lorsque Régnier voit entrer dans sa chambre Vezins, l'épée au poing, suivi de quinze soldats. Il croit sa dernière heure venue ; mais Vezins le fait descendre, lui montre un cheval et l'entraîne. Ils sortent de Paris, prennent la route de leur province , sans que Vezins prononce un mot. Régnier traverse ainsi cent lieues de pays, protégé contre les mauvaises rencontres par le nom de son conducteur, et arrive sain et sauf à son logis. Vezins lui parle alors : « Ne pensez pas que la courtoisie que je vous ai faite soit pour avoir votre amitié, mais pour avoir votre vie dignement.— Elle est à vous, et ne se peut plus employer qu'à vous servir. — Seriez-vôus donc si lâche que de ne vous ressentir

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