‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 33 sur 72 · Discours de réceotion de l'Académie françaflse · texte numérisé non relu

Discours de réceotion de l'Académie françaflse

laqnais, demanda une réparation. Le gentilhomme, par nne seconde lâcheté, obtint du ministre qu'on enfermât à ta Bastille l'impertinent roturier qui osait appeler un grand seigneur'. Bientût relâché, mais à condition de passer àl'étran-

SUta* d« ValUir« aa ThtUn-Fruieala.

frer, Voiture se rendit en Angleterre * pour apprendre à ' peuaer. » Il y resta trois ans, et en rapporta Locke, Newton, Sh&kespeare, avec un culte ardent pour la liberté de l'esprit

et de la parole, bien plus que pour la liberté politique. A son retour, ses pièces de théâtre, Brutus, la Mort de César, mirent sur notre scène un reflet du grand tragique anglais, et ses Lettres anglaises popularisèrent les idées du sage philosophe et du grand astronome. Ce ne fut pas sans persécutions. Le dernier ouvrage fut brûlé par la main du bourreau.

Voltaire, qui devait au sentiment chrétien deux de seâ chefs-d'œuvre, Zaïre et Tancrède, attaquait TÉglise avec acharnement, et ses premiers, ses plus constants efforts furent dirigés contre le pouvoir spirituel qui empêchait de penser, bien plus que contre Tautorité civile qui n'empêchait que d'agir'. Pour cette guerre, il fit alliance avec les souverains et se couvrit de leur protection. Il fut en correspondance avec la grande Catherine de Russie et avec beaucoup de princes allemands ; il séjourna à la cour de Frédéric II, prince sceptique et lettré, dont il corrigeait les vers français. Il finit par s'établir à l'extrémité de la France, sur la frontière même, pour là pouvoir passer au moindre indice de péril, à Ferney près de Genève. De là s'échappaient, emportés par tous les vents, poésies légères, épîtres, tragédies, romans, ouvrages d'histoire, de science, de philosophie, qui en quelques jours faisaient le tour de l'Europe.

En bien, en mal, Voltaire représentait son siècle. Ainsi le désordre des mœurs lui était indifférent ; et si de bridants dehors le couvraient, il était bien près de l'estimer une élégance de plus. Mais en vieillissant avec le siècle, il prit, comme lui, des pensées plus sérieuses. Le mal social devint son ennemi personnel, et l'amour de la justice sa plus ardente passion. Il secourut, il défendit les victimes de déplorables erreurs judiciaires; il dénonça sans relâche les nombreux défauts de la législation, de la jurisprudence, de l'administration publique ; et toutes les réformes qu'il sollicita dans l'ordre civil ont été accomplies après lui. Il eut en quelque sorte, pendant cinquante années, le gouvernement intellectuel de l'Europe, et il ajustement mérité la haine de ceux qui croient que le monde doit rester immobile, l'admiration de ceux qui regardent la société comme obligée de travailler sans cesse à son amélioration matérielle et morale. Le cardinal de

1. Il écrit en 1774 : t le 24 août, anniversaire de la Sainte-Barthélémy, jour où j'ai toujours la Gèvre. » {Lettres inédites dé Voltaire^ recueillies par M. de Cayrol, n* 888.)

Bernis l'appelait en 1775, « le grand homme du siècle, » et ce cardinal avait raison.

Le président de Montesquieu (1689-1755), esprit plus calme, plus grave quoiqu'il eût écrit les Lettres persanes^ moquerie profonde et redoutable tout en paraissant légère (1721), passa vingt années à composer un seul livre, V Esprit des Lois y mais c'était un monument immortel qu'il élevait. « Le genre humain avait perdu ses titres, dit Voltaire, M. de Montesquieu vient de les retrouver. » Montesquieu cherche et donne la raison des lois civiles et des lois politiques ; il expose la nature des gouvernements ; et s'il n'en condamne aucun, si les changements l'inquiètent peu, ses préférences sont bien claires pourtant, c'est la liberté anglaise qu'il ofifre à l'admiration de la France. Quand il visita la Grande-Bretagne en 1729, il écrivit: c A Londres, liberté et égalité. » Il se trompait de moitié pour l'Angleterre ; mais soixante ans avant 178v) il donnait la devise de la Révolution.

Rousseau, fils d'un horloger de Genève (1712-1778), no commença d'écrire qu'au milieu d'une vie déjà longue, toute remplie de fautes, de misères et de contradictions. A trentehuit ans, il composa son premier Discours contre les sciences et les arts. C'était une déclaration de guerre à la civilisation ; t son second livre sur VOrigine de Vinégalité parmi les hommes en fut une autre à l'ordre social tout entier. Dans VÉmile, il traça un plan chimérique d'éducation ; dans le Contrat social^ il proclama le principe de la souveraineté nationale et du suffrage universel, plaçant à côté de grandes vérités de grandes erreurs, mais exprimant toujours les unes et les autres avec une singulière éloquence.

Le dix-huitième siècle, à la fois si vieux et si jeune, avait bien des sentiments de convention ; il ne connaissait du cœur ' humain que les relations de plaisir; de la nature que les décorations d'opéra ou de boudoir et les ifs de Versailles. Rousseau donna à cette société frivole une secousse vigoureuse qui la ramena aux sentiments naturels ; dans sa Nouvelle Héloise, il lui ouvrit les yeux sur la nature réelle et les pas* sions véritables; il créa la poésie dont le dix-neuvième siècle a vécu.

A ne ^'attacher qu'au point de vujb politique, on peut dire que l'influence de ces trois hommes allait se retrouver aux trois grandes époques de la Révolution : celle de Voltaire 4ans l'élan universel de 1789, celle de Montesquieu dansle9

efforts des constitutionnels de l'Assemblâe nationiile, celle de Rousseau dans la pensée, sinon dans les actes des rôveurs farouches de la Convention.

Près de ces grands écrivains, dans une région moins agitée, mais quelquefois plus haute, se tenait BufTon', sereine et majestueuse intelligence, comme la nature mâme dont il se fit le peintre inimitable.

Derrière les chefs étaient les soldats; Diderot, écrivain fougueux et inégal, d'Alembert, grand géomètre, essayaient

d'organiserrarmée des philosophes. Ils fondaient rEncjicfopédie, dont le premier volume parut en 1751, immense revue de toutes les connaissances humaines, qui y étaient toutes ' exposées d'une manière nouvelle, souvent menaçante pour l'ordre social, toujours hostile pour la religion. Deredoutables déclamateurs allaient plus loin encore: Helvètius, dans son livre de VEsprit, le baron d'Holbach, dans son Système de la natwe, Lamettrie, dans son Homme-Machitie, l'abbé Raynal, dans son Hùtoin philosophiq'ie des deux Indes. Mais il faut une place à part pour le chancelier d'Agues-

I. Bntba Mt ut i Uontbard ,ilonl 11 nwsèdait la ehïlean (1707)1 U f

Chartes de Secondât, baron de la. BrtdB at da Montesquieu, eit nâ iua ce cbïteaa, situé 1 iskil.ds Bordenui-sty aco[pp(>B6la plnsgitiula pirtle da FBipHt dt toù.

426 LA FRANCE VEIÎS 17 ;4.

seau, dont les belles ordonnances de réformation composent le code Louis XV ; pour le moraliste Vauvenargues, qui a écrit cette ligne : u Les grandes pensées viennent du cœur n ; pour l'abbé de Condillac, puissant analyste ; pour son trère, l'abbé de Mably, publiciste hardi; enlin pour le marquis do Coodorcet qui, coadaœné plus tard avec les Girondins,

composa; en attendant la mort, «ne Esquisse des ■pro-frès de Peeprit humain, où il suivait l'humanité, cette voyageuse infatigable, qui s'avance chaque sifecle plus forte, plus heureuse et plus libre sur la route que Dieu lui a montrée.

!.«■ économiste», — Les philosophes s'attaquaient à tout; les économistes ne prétendaient toucher qu'aux intérêts matériels. Au dix-septième siècle, on croyait «ne a^

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tioD d'autant plus riche qu'elle achetait moins et vendait davantage. Queanay montra que les métaui précieux sont le signe de la richesse, non la richesse même, et il mit celle-ci dans l'agriculture. Goumay réclama pour l'industrie. La théorie de l'Écossais Adam Smith, qui vécut longtemps en Franc*, fut plus générale; pour lui la richesse était dans le travail, et le travail avait trois modes d'application : l'agriculture, l'industrie et le commerce ; ses élèves en reconnurent un quatrième : le travail intellectuel, je veux dire le3 arts, les lettres et les sciences.

L'Rools roilitaira.

Ainsi la pensée de l'homme, longtemps renTermée dans les spéculations purement métaphysiques, ou bornée au culte désintéressé des Muses, prétendait aborder maintenant les plus difficiles problèmes qui intéressent la société humaine. Et tous, philosophes comme économistes, cherchaient la solution du côté de la liberté. De l'école de Quesnay était sorti l'axiome célèbre : • Laissez faire, laissez passer, > qui fut un moment appliqué, quand les édits de 17&Ï et de 17S4 reconnurent la liberté du commerce des grains, que Turgot va de nouveau proclamer. Le marquis

d^Argenson avait dit la môme chose sous une autre forme : « Pas trop gouverner, »

Arts. — Il y a deux parts à faire dans la littérature du di)(-huitième siècle : Tune sérieuse, Tautre frivole. Les arts n'ont que celle-ci. La recherche exclusive de la grâce fait oublier la beauté des lignes et des types. On produit de charmants ouvrages, on décore avec esprit et une coquette élégance lés hôtels des riches : on ne fait ni une grande statue ni un grand tableau. Et comme on déserte Versailles pour vivre dans les boudoirs, les architectes réduisent leurs plans aux proportions modestes d'une société qui ne sait plus avoir le grand air de Tâge précédent.

Cependant Ange Gabriel (1782) • éleva les deux charmantes colonnades de la place de la Concorde, en s'inspirant de la colonnade du Louvre; l'École militaire, jolie construction que l'immensité du champ de Mars écrase; la salle d'opéra de Versailles et le château de Compiègne ; Robert de Cotte (1735), la colonnade de Trianon; Soufflet (1781), le Panthéon; Servandoni (1766), le portail de Saint-Sulpice, trop vanté et n'ayant pas la simple grandeur de celui du Panthéon; Antoine, le pesant édifice appelé l'hôtel des Monnaies.

Les sculpteurs ont moins laissé; ce sont : G. Coustou (1745), Pigale (1785), la statue de Voltaire à l'Institut et le tombeau du maréchal de Saxe, à Strasbourg; Bouchardon (1762), plusieurs statues à Saint-Sulpice et la lourde fontaine de la rue de Grenelle.

Les peintres ont plus de valeur, surtout Watteau (1721), bien qu'il ne représente qu'un art conventionnel avec ses bergères d'opéra; Carie Vanloo (1765), dont on vante VÉnée portant Anchise, et J. Vernet (1707), célèbre par ses marines. Mais Boucher (1760), que ses contemporains osaient appeler le Raphaël français, est justement à demi oublié, ainsi que ses figures « nourries de roses. *

Sciences. — Les sciences plus austères préparent leur avènement et leur empire en commençant, pour le monde physique, cet immense travail d'investigation que les lettres avaient entrepris pour le monde moral. Mais les grandes découvertes et les grands hommes, sauf Buffon, n'appartiennent point au règne de Louis XV. 11 eut Réaumur, qui

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