‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 35 sur 72 · CHAPITRE LVni · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVni

RÈGNE DE LOUIS XVI JUSQU'a LA RÉVOLUTION (1775-1789) *.

I^onis ILWl. — Le nouveau roi, petit-fîls de Louis XV, n'était âgé que de vingt ans. C'était un prince de mœurs pures, d^un esprit peu étendu, d'une timidité de caractère et de parole extrême ; aimant le bien, le voulant ; malheureusement tiiop faible pour savoir imposer sa volonté à son entourage. Lorsqu'il était encore Dauphin, il avait dit un jour aux courtisans qui lui reprochaient son humeur morose, au milieu de la folle cour de son aïeul : « Je veux être appelé Louis le Sévère. » Et l'histoire lui cherchant un surnom ne trouve que celui qu'elle a donné au successeur de Charlemagne.

D'abord il remit au peuple le don de joyeux avènement; il réforma la loi qui rendait les taillables solidaires du payement de l'impôt ; et, pour donner une première satisfaction à l'opinion publique, il rappela le parlement. S'il laissa paraître sa faiblesse en faisant rentrer au ministère le vieux et futile Maurepas, il montra son amour du bien en éloignant Maupeou et Terray, qu'il remplaça par Malesherbes et Turgot. Plus tard, il donna le ministère de la guerre à un autre * honnête homme, le comte de Saint-Germain, qui voulait réorganiser les finances et l'administration, mais qui touchant,

1. Droz, Hittoire du règne de LouU XVI pendant les années où Von pouvait prévenir ou diriaer la révolution française ; Lacretelle, Histoire du dùB-huitième siècle ; Mémoires de Louis XVl récemment publiés : Marie- Thérèse et Marie-Antoinette ; Marie-Antoinette. Joseph II et Léopold; recueils de lettres authentiques tirées des archives ae Vienne, publiés par M. d'Arneth(lS65-1866).

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à la hâte, à beaucoup de choses, avec de bonnes idées et une mauvaise exécution, nuisit, en somme, à la cause générale de la réforme.

ilalesherbes et Tnrfrot (19 94-1 776). — Lamoignon de Malesherbes, un des plus hommes de bien du dix-huitième siècle, était depuis 1750 président de la cour des aides et directeur de la librairie. Dans la première de ces places, il n'avait jamais perdu une occasion de rappeler au gouvernement qu'il devait au pays une gestion économe de la fortune publique ; dans la seconde, il favorisa l'esprit de réforme et d'innovation dont toute la littérature était animée. Cette conduite lui avait valu une grande popularité parmi les gens de lettres, lorsque le roi l'appela au poste de ministre de sa maison, auquel la police du royaume était attachée. Dès le conmiencement de 1771, il avait demandé la convocation des états généraux; longtemps après, en 1787, il fit rendre leur état civil aux protestants.

Turgot, esprit supérieur, avait autant de vertu qu'il avait de science : il était de ceux qui croient que la liberté est une leçon continuelle de morale publique, et en même temps une source de richesses parce qu'elle est un mobile puissant de travail. Intendant de Limoges, depuis 1761, il avait supprimé les corvées, ouvert des routes, popularisé l'usage de la pomme de terre ; et, par de sages et généreuses mesures : création d'ateliers de charité, vente libre de grains, sacrifice de sa propre fortune, il avait empêché cette pauvre province de s'apercevoir d'une disette. Dès son entrée au ministère (20 juillet 1774), il repoussa les conseils funestes que les consciences sans scrupules donnaient au roi, et lui dit : « Point de banqueroute, point d'augmentation d'impôt, point d'emprunt. » Sans recourir à ces expédients très-usités, il trouva moyen, en 20 mois, de rembourser plus de 100 millions de dettes. Pour aider et éclairer le gouvernement, il voulait faire élire, parmi les propriétaires des villes et des provinces rurales, des municipalités chargées de répartir l'impôt, de pourvoir aux travaux publics de la communauté, à la subsistance de ses pauvres, et de transmettre aux ministres ses désirs sur tous les intérêts locaux. Au-dessus de ces municipalités de commune, il eût bientôt érigé des municipalités d'arrondissement tirées des premières par l'élection, et, enfin, plus tard, quand la nation eût été habituée, dans une petite sphère, à administrer ses propres intérêts.

il eût créé des municipalités de province et une municipalité de royaume.

C'étaient là de bien grandes nouveautés ; Turgot en projetait d'autres plus redoutables ; abolition des corvées qui pesaient sur le pauvre ; établissement sur la noblesse et le clergé d'un impôt territorial ; mais amélioration du sort des curés et des vicaires, qui n'avaient que la plus petite portion des revenus de l'Église, et suppression delà plupart des monastères ; égale répartition de l'impôt par la création d'un cadastre ; liberté de conscience et rappel des protestants ; rachat de rentes féodales; un seul code; un même système de poids et mesures pour tout le royaume ; suppression des jurandes et maîtrises, qui enchaînaient l'industrie ; la pensée aussi libre que l'industrie et le commerce; enfin» comme Turgot s'occupait des besoins moraux aussi bien que des besoins matériels, un vaste plan d'instruction publique pour répandre partout les lumières.

Béfomtes de Vari^ot^ opposition dev priviléf^ié». — Ces réformes n'étaient rien moins qu'une révolution. Aussi les intérêts menacés firent-ils une rude guerre au ministre ; il ne put procéder que lentement et partiellement. Il alla d'abord au plus pressé. Les grains ne sortaient pas de la province où ils avaient été récoltés ; même dans l'intérieur de chaque province, ce commerce était chargé d'entraves ; Turgot détruisit ces monopoles désastreux en autorisant la libre circulation des grains et farines par tout le royaume. Ses ennemis se hâtèrent de dire que l'exportation allait être permise ; quelques-uns, qu'elle l'était déjà. On émut le peuple, en lui montrant les blés passant à l'étranger ; on lui fit craindre la famine : c'est le plus sûr moyen de la produire. Des soulèvements eurent lieu dans les campagnes; des troupes de brigands qu'on croyait avoir été soudoyés, mais sans savoir qui payait, osèrent se présenter même à Versailles, et pillèrent à Paris, des boutiques de boulanger. Il fallut user de la force (mai 1775).

Une explosion plus violente eut lieu contre Turgot lorsqu'il eut fait adopter au roi le projet de remplacer la corvée par un impôt que payeraient les propriétaires. L'édit atteignait les magistrats ; l'intérêt leur fit oublier la justice, et le parlement, qui avait tant de fois parlé du bien public, entra en lutte, pour la défense d'un abus odieux, contre le ministre réformateur. Il n'enregistra l'édit qu'en un lit de jus-

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tice, après avoir soutenu que « le peuple est taillable et corvéable à volonté, et que c'est une partie de la constitution que le roi est dans Timpuissance de changer. » Les nobleis disaient : « Si le roi peut nous obliger à contribuer pour la corvée, il peut donc aussi la rétablir en nature et nous forcer à travailler sur les grandes routes?» Et le roi: « Je vois bien qu'il n'y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple » (mars 1776). L'abolition des jurandes et des maîtrises, c'està-dire la liberté entrant dans l'industrie, comme il avait voulu la mettre dans le commerce, accrut encore le nombre de ses ennemis.

Faiblesse du roi. — Le principal ministre, Maurepas, minait sourdement son crédit auprès du roi ; la reine attaquait un contrôleur général qui ne parlait que d'économie ; Louis XVI, malgré ses excellentes intentions, commençait à se lasser des rudes épreuves auxquelles Turgot mettait son esprit par Texposé de vastes desseins qui en dépassaient la portée. Un jour, le ministre entrant dans son cabinet : « Voyez, lui dit-il, je travaille aussi. » Il composait un mémoire pour la destruction des lapins dans les campagnes voisines des capitaineries. Aux autres moments, il faisait de la serrurerie, dessinait des cartes de géographie, ou passait des jours entiers à la chasse ^ C'étaient là les occupations du roi de France à la veille de la Révolution ! Lorsqu'en 1 777 l'empereur Joseph II vint en France, où il étudia de si près, et non sans une secrète envie, notre industrie et nos arts, il apprit avec stupeur que son beau-frère, loin d'avoir visité ses villes et ses provinces, n'avait même jamais vu ni les Invalides ni l'École militaire. Henri IV était le plus brave soldat de son armée; son fils se battait encore bien. Louis XIV et Louis XV assistèrent à des actions de guerre. Leur successeur fut toujours inconnu de Tarmée. Ainsi cette royauté s'était peu à peu retirée du milieu de la vie nationale et s'étiolait dans la solennelle oisiveté de Versailles *. Le phénomène

1. Voir Journal et comptes de Louis XK/, publiés dans la Bévue rétrospectivef t, V.

2. Un bel esprit, le marquis de Pezay, était chargé de fabriquer des mots pour le roi. Le prince de Ligne a conservé une de ces leçons soufflées, c'est une lettre que Pezay écrivait au roi. « Votre Majesté va bientôt à une course de chevaux : eUe trouvera un notaire qui écnra les paris de M. le comte d'Artois et de M. le due d'Orléans. Dites, Sire, en le voyant : € Pourquoi cet homme? Faut-il écrire entre gentilshommes? La parole I suffit. • Gela arriva, dit le prince de Ligne, j'y é.ais. On s'écria : quelle

constaté trois fois déjà dans notre histoire, sous les derniers Valois et sous les rois fainéants qui avaient laissé choir de leur front la couronne de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, apparaissait donc encore. Les races royales s'épuisent dans l'atmosphère des cours comme les grands arbres à qui la sève venant à manquer, se flétrissent et meurent misérablement.

Renvoi de Vargot (1970)1 gappretsion de se» réformes. — L'intègre Malesherbes, Tami, le collègue de Turgot, et, comme lui, poursuivi par la colère des privilégiés, faiblit le premier ; il donna sa démission. Turgot, d'une trempe plus forte, attendit la sienne; il ne voulut point abandonner le poste où il pouvait faire le bien, qu'il n'en eût été chassé. Le 12 mai 1776 il reçut l'ordre de quitter le ministère et écrivit au roi : « Tout mon désir est que vous puissiez toujours croire que j'avais mal vu et que je vous montrais des dangers chimériques. Je souhaite que le temps ne me justifie pas, et que votre règne soit aussi heureux, aussi tranquille que vos peuples se le sont promis, d'après vos principes de justice et de bienfaisance. » Il n'y eut que ceux dont l'œil exercé voyait venir la révolution qui s'affligèrent de la chute de Turgot. Voltaire lui adressa VÉpitre à un hommey et André Chénier le célébra dans son Hymne à la France,

Quatre mois étaient à peine écoulés que le roi cédait aux privilégiés le rétablissement de la corvée et celui des maîtrises. A Turgot, à Malesherbes succédèrent des hommes nuls, Amelot, Clugny, Taboureau des Réaux. Le vieux Maurepas , vieillard frivole de soixante-quinze ans , qui gouvernait avec des épigrammes, redoutait les hommes qui troublaient sa quiétude en lui montrant l'abîme et en voulant le combler. « Du moins ne m'accusera-t-on pas, disait-il en appelant Amelot au ministère, d'avoir choisi, celui-là pour son esprit. » ^

IVeckep {1T76-1T81). ^ Cependant la guerre d'Amérique allait commencer. Une ordonnance du 10 juin 1776 prescrivit l'armement de 20 vaisseaux de ligne. Pour faire face aux dépenses nouvelles, avec un budget en déficit, il fallait un habile homme. On recourut à un banquier genevois, Necker, qui avait une grande réputation comme financier.

justesse et qael grand mot du roi! Voilà son genre. • lOEuvres choisietf t. II, p. 288.) Voy. aussi, touchant Pezay, les Mémoires de Bezenval, 1. 1, p. 2

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Ses opérations de banque étaient déjà considérables sous Louis XV, et plus d'une fois alors il avait reçu du contrôleur général des billets conçus en ce style de débiteur aux abois : « Nous vous supplions de nous secourir dans la journée.... Nous avons recours à votre amour pour la réputation du trésor royal. » Il fut appelé à administrer ce trésor dont le désordre lui avait été ainsi révélé. Gomme il était protestant et étranger, il n'eut que le titre de directeur des finances {octobre 1776). Son esprit n'avait pas l'étendue et la force de celui de Turgot ; il projetait aussi une organisation d'assemblées provinciales, mais dans un simple but d'administration financière : il n'en faisait pas une grande conception politique. En certaines choses il manquait de lumière et d'opinions arrêtées ; il croyait qu'on pouvait guérir le mal dont se mourait la France par des expédients et des réformes partielles. Du reste les plus généreux sentiments l'animaient; il voulait fermement le bien public, et souhaitait d'artiver par ce chemin à la gloire. Pendant cinq années il se tira avec honneur d'une situation que rendaient bien difficile le caractère mesquin et jaloux de Maurepas, l'indolence du roi, l'avidité des courtisans. 11 lui fallait diminuer le déficit que Turgot n'avait eu ni le temps ni les moyens de faire disparaître, pourvoir aux frais de la guerre d'Amérique et aux dépenses énormes d'une cour encombrée d'un peuple d'officiers de tout nom et de valets de toutes sortes. Il y réussit sans augmenter les impôts, sans économiser beaucoup sur la cour, mais par une réduction dans les frais de perception* par mille petites réformes utiles et par 490 millions d'emprunts qui furent constitués, pour la plupart, en rentes viagères. C'était bien d'en appeler au crédit public : mais emprunter à titre onéreux, c'était reculer la difficulté, non la résoudre, et, sous cette administration honnête d'un habile banquier, non d'un grand ministre, le goufi're continuait à se creuser. Necker, pour le combler, comptait sur la paix, sur l'avenir; mais qui est le maître de l'avenir ?

Necker tomba deux ans avant la conclusion de la paix. L'occasion de sa chute fut son fameux Compte rendMk de Vétai des finances publié en 1781, qui fit tant de bruit et qui était pourtant bien incomplet, car il ne montrait que les recettes et les dépenses normales. On n'y parlait ni des emprunts ni

1. n détacha en 17T8, de la ferme générale, la perception des droits d'aides et des droits domauiaax (80 miUioDs)| et Jea mit en régie publi-

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des dépenses pour la guerre. La recette y apparaissait supérieure de 10 millions à la dépense. Le public, charmé qu'on levât à ses yeux ne fû^ce qu'un coin du voile épais qui cachait les finances, reçut cette publication avec d'immenses applaudissements. Les capitalistes prêtèrent au ministre 236 millions '. Mais la cour s'irrita de cet appel à Pesprit public. Si le jour entrait dans l'administration financière , que deviendraient les pensions et le pillage habituel? Maurepas donna le signal des attaques. Le Compte rendu avait paru brochée avec une couverture bleue : « Avez-vous lu le conte bleu ? ]» demanda-t-il à quelqu'un ; le mot fit fortune, et la guerre qui avait si bien réussi contre Turgot recommença contre son successeur. Le parlement se sentait menacé dans son rôle politique et l'était, car Necker aurait voulu le réduire à ses fonctions judiciaires : il se cabra contre l'édit pour le rétablissement des assemblées provinciales ; les courtisans jouèrent de la langue pour décrier le ministre qui les ruinait en mettant de l'ordre dans les finances , qui retranchait jusqu'à leurs petits bénéfices, qui supprimait de la maison du roi les coureurs de vtn, les hâtewrs du rdt^ les galopins^ mille autres offices de ce genre que le roi donnait aux gentilshommes, et que ceux-ci vendaient fort cher parce que l'acheteur y trouvait l'occasion de maint profit secret. Deyant ces clameurs de la cour, Louis XVI céda encore ; et quand Necker, à bout de patience, lui ofirit sa démission, il l'accepta (21 mai l'^Sl). Ce fut pour le vrai public une calamité : il n'était question partout que de la retraite de Necker ; on saisissait au théâtre toutes les allusions à sa disgrâce; les plus grands seigneurs l'allèrent voir dans sa terre de Saint- Ouen ; Joseph II et l'impératrice de Russie lui écrivirent.

que, de sorte que tout le produit, sauf les frais de perception, fat versé au trésor; il réduisit les fermiers généraux à 40, etc. Mais il combattit les idées de Turgot en faveur de la liberté commerciale et soutint le système des maitrises.

1. Le chiffre des pensions s'élevait à 28 millions en 1780, à 32 on peu plus tard. • Je doute, dit Necker dans son Compte rendu, si tous les souverains de l'Europe ensemble payent en pension plus de moitié de pareille somme. > Le chiure des personnes attachées par leur service à la maison du roi était de 1400 au moins. La reine, les princes avaient leur maison composée à l'instar de celle du roi, et seulement moins nombreuse. Les sommes fournies par le trésor pour les dépenses de la famille royale s'élevaient à 40 millions, qui en vaudraient 60 aujourd'hui, sans compter les revenus des apanages, les dépenses de la maison militaire, les traitements des grands omciers de la maison royale, ni l'entretien des châteaux royaux, ni les frais de voyage, etc.

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Outre ses réformes financières, quelques actes honorables avaient signalé son administration : il avait fait affranchir les serfs du domaine royal, détruire le droit de suite, qui livrait au seigneur tous les biens acquis en pays étranger par son serf fugitif, et abolir la question préparatoire. Quelques seigneurs qui avaient encore des serfs suivirent Tezemple du roi : le chapitre de Saint-Claude exigea pour affranchir les siens, une indemnité de 25 000 écus.

C(iierred*Amérlqiie(1978-1983). — La Fayette. — La guerre de Sept ans, si favorable, politiquement, à TAngleterre, avait ruiné ses finances en portant sa dette à la sommé de deux milliards et demi, qui exigeaient un intérêt annuel de 88 millions de francs. La métropole pensa à se décharger sur ses colonies d'une partie de ce pesant fardeau. Elle mit un impôt sur le papier timbré, plus tard sur le verre, le papier et le thé. Des émeutes forcèrent de supprimer ces taxes : on ne garda que la dernière. Mais les habitants de Boston, invoquant le grand principe de la constitution anglaise que nul n'est tenu de se soumettre aux impôts qui n'ont pas été votés par ses représentants, jetèrent à la mer une cargaison de thé venue de Londres, plutôt que de payer le droit, et la guerre éclata (1775). L'insurrection gagna toutes les provinces ; l'année suivante, leurs députés, réunis en congrès général à Philadelphie, publièrent la déclaration d'indépendance où se remarquaient les principes suivants, qui semblaient sortir du sein de la philosophie française : « Tous les hommes ont été créés égaux ; ils ont été doués, par le Créateur, de certains droits inaliénables ; pour s'assurer la jouissance de ces droits, les hommes ont établi parmi eux des gouvernements dont la juste autorité émane du consentement des gouvernés ; toutes les fois qu'une forme de gouvernement quelconque devient destructive des fins pour lesquelles elle a été établie, le peuple a le droit de la changer et de l'abolir. •

La France accueillit avec enthousiasme une révolution où elle se reconnaissait. Les trois députés américains, Arthur Lee, Silas Deane, surtout le vieux Franklin', si célèbre déjà comme physicien , furent, pendant leur séjour à Paris, l'objet d'une ovation perpétuelle. La jeune noblesse, exaltée par les idées philosophiques , et tout ardente du désir d'effacer

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