I. Karie-iMoinelU d la Conciergerie, par Emile Cnm pardon
filzéentloMdeiilIébeptldtes et des DavioMlates (mars •t avril 1994). — Les Montagnards en vinrent à se déchi* rer entre eux. Les plus violents, les Hôbertistes, tout-puissants à la Commune, avaient pour organe le journal appelé le Père Duchéne. Ils prétendaient faire de la Terreur le gouvernement régulier de la France, professaient Tathéisme et firent placer la déesse Raison sur Tautel de Notre-Dame. Les Dantonistes n^étaient déjà plus que des indulgents. Leurs chefs, Danton et Camille Desmoulins, le rédacteur du Vieux Cordelier, attaquaient à la fois les anarchistes du parti d'Hébert et le Comité de salut public, auquel ils reprochaient sa tyrannie avec une véritable éloquence. Robespierre, qui, avec Couthon et Saint-Just , avait la haute main dans le comité, dénonça d'abord les Hébertistes, qu'il accusait de corrompre la nation en propageant l'athéisme, et de conspirer avec l'étranger. Ils furent exécutés (24 mars 1794); douze jours après, Danton, Desmoulins et ceux qu'on appelait maintenant les modérés, subirent le même sort, sous la prévention d'orléanisme (5 avril 1794.)
lie 9 thermidor. — Cependant Robespierre songeait à son tour à arrêter la Révolution, pour construire sur les ruines sanglantes du passé une société selon ses vues. Il fit rappeler Carrier, menaça quelques-uns des hommes les plus compromis par leurs excès sanguinaires, et couvrit de sa protection les membres de la droite, ainsi que quelques prêtres et nobles. Les comités virent avec effroi la dictature qui se préparait. Collot d'Herbois et Billaud-Varennes s'unirent avec Tallien, Bourdon de l'Oise, Barras, Fouché, et engagèrent indirectement la lutte au sujet de la fête de l'Être suprême, célébrée par Robespierre avec un éclat théâtral et une pompe où le maître s'était affiché trop ouvertement. Robespierre alors fit proposer par Couthon, sur l'organisation du tribunal révolutionnaire, une loi qui, pour accélérer les meurtres juridiques, effaçait jusqu'à l'ombre des formes légales et plaçait la Convention sous le couteau. Il croyait par là tenir ses adversaires. Cette loi atroce, dite du 22 prairial, fut adoptée, mais avec des modifications qui faisaient échouer le plan de son auteur. Sa force était immense; on ne pouvait attaquer sa probité, on n'osait articuler encore le mot de tyran ; on espéra l'atteindre par le ridicule. Le Comité de sûreté générale dirigea des poursuites contre une secte fanatique qui révérait en lui une sorte de Messie. Alors il s'isola
du gouvernement et se retira au club des Jacobins, attendant l'occasion de frapper un coup décisif. Cependant les eflTets de la loi de prairial se faisaient sentir : la Terreur redoublait: En ^7 jours, du 10 juin au 27 juillet, 1400 personnes périrent, et parmi elles tout le parlement de Toulouse, les maréchaux de Noailles et de Mouchy, les poètes André Chénier et Roucher, le général Beauharnais, des femmes, un enfant de seize ans.
Une si horrible situation ne pouvait durer. Le cri de la pitié publique s'éleva contre les auteurs de ces abominations et surtout contre Robespierre, (jui menait tout encore, quoiqu'il s'abstînt de paraître au Comité de salut public. Ses ennemis exploitèrent ce mouvement de l'opinion ; ils l'accusèrent d'aspirer à la dictature, de méditer contre l'Assemblée un nouveau 31 mai, et il firent circuler d'immenses listes de proscription dressées, disait-on, par lui. Le 8 thermidor, la lutte s'engagea dans la Convention. Robespierre fatigua l'Assemblée par une interminable apologie et l'irrita par des menaces. Il demanda que tout le gouvernement fût reconstitué, et qu'on punît les traîtres. Il désignait ainsi la plupart de membres des comités, même Carnot et Cambon, qui alors sauvaient la République en organisant les finances et la guerre. Le débat fut orageux et longtemps indécis. La défection de Barrère, a cet homme qui venait toujours au secours du plus fort,» entraîna celle de la Plaine : l'Assemblée refusa de voter l'impression du discours de Robespierre. Il courut alors aux Jacobins, qui jurèrent de le défendre, et la Commune prépara pour le lendemain une insurrection. Le 9, la lutte recommença au sein delà Convention. Robespierre y fut enfin décrété d'accusation avec Couthon et Saint-Just. Son frère et Lebas voulurent être associés à son sort. Ils furent arrêtés et dirigés sur diverses prisons. Mais la Commune fit sonner le tocsin dans les faubourgs, délivra les prisonniers et les amena en triomphe à l'Hôtel de ville.
La guerre ouverte éclatait donc entre les deux pouvoirs rivaux, les représentants de Paris et ceux de la France. La Convention agit cette fois avec résolution et vigueur. Elle mit Robespierre et tous les siens hors la loi, elle appela les sections de la garde nationale à la défendre, et fit marcher sur l'hôtel de ville des forces imposantes qui ressaisirent les condamnés. Lebas se brûla la cervelle. Robespierre le jeune se jeta par une fenêtre sans se tuer. Son frère eut la mâchoire
612 LA CONVET^TION
brisée d'un coup de pistolet que lui tira un gendarme. Tous furent conduits à Téchafaud, à travers les outrages d'une foule qui voyait dans leur supplice la fin d'un épouvantable régime (9 et 10 thermidor, 27 et 28 juillet 179(i). Henriot, Coffinhal, 20 représentants, furent sans discussion, sans jugement, envoyés au supplice, le môme jour ou le lendemain. C'était une digne fin de la Terreur. Dans les (t20 jours qu'elle avait duré, 2669 condamnations avaient été prononcées par le tribunal révolutionnaire et exécutées. Mais comment comptci les victimes de Gouthon el de CoUot d'Herbois à Lyon, de Lebon à Arras, de Carrier à Nantes, de Fréron à Toulon et à Marseille, de Tallien à Bordeaux ?
Abolition des lois révolutionnaires. — Quelques-uns des hommes qui avaient renversé Robespierre étaient ceux-là mômes qui avaient poussé la Terreur aux dernières limites. Mîiis telle était la force de l'opinion publique, qu'ils furent contraints de paraître n'avoir vaincu que pour la modération, a Toute la nation cria que la journée était contre la tyrannie, et cette croyance la fit finir. » La chute de Robespierre devint ainsi le signal d'une réaction qui, malgré ses excès, laissa respirer la France. La guillotine cessa d'être le grand moyen de gouvernement ; et si les partis continuèrent encore longtemps à se proscrire, du moins le peuple ne fut plus appelé au hideux spectacle de trente ou quarante têtes tombant chaque jour sous le couteau.
Tous les ressorts du gouvernement se détendirent. L'importance des comités de salut public et de sûreté générale fut considérablement amoindrie ; la loi de prairial fut rapportée; les prisons s'ouvrirent; à Paris seulement, lOOOO captifs en sortirent. La Convention s'attribua les pouvoirs de la Commune de Paris, qui avait si longtemps neutralisé ou dominé l'Assemblée; et le club des Jacobins, dernier asile du parti vaincu, fut fermé, aux applaudissements de toute la France. Carrier et d'autres massacreurs furent envoyés au supplice. Lebon, Fouquier-Tinville, l'accusateur public, ne périrent que l'année suivante. Collot-d'Herbois, Barrère, Billaud-Varennes, Vadier, furent déportés à Cayenne, après un. dernier effort du parti jacobin, à la journée du 1" prairial (20 mai 1795). Dans cette journée le peuple ayant envahi la salle de la Convention, le député Féraud fut tué. Boissy d'Anglas présidait. On lui présente au bout d'une pique la tête de Féraud. Il se découvre, s'incline, et, par son sang-froid
et sa dignîtdy impose à ces furieux*. On désarma alors le faubourg Saint-Auto ine .
CSlorieune campag^ne de 1993. — La gloire des armes avait heureusement consolé la France dans son deuil. Du Comité de salut public, Carnot, organisant la victoire, avait envoyé aux armées des plans que nos soldats accomplirent. Les stratégistes de la coalition n'avaient su imaginer autre chose que d'envelopper la France d'armées nombreuses, mais divisées en une foule de petits corps, et s'ils avançaient d'un pas sur nous, c'était après s'être bien assurés qu'ils ne laissaient aucune place sur leurs derrières. A ces opérations lentes et méthodiques, à cette guerre de sièges et de positions, Carnot substitua la guerre par grandes masses. Au lieu de savantes manœuvres que nos généraux improvisés ne connaissaient pas encore, et que nos conscrits ne comprenaient point, il demanda qu'on frappât des coups rapides, marchant droit devant soi, à la baïonnette, sans compter l'ennemi ; qu'on menât enfin la guerre et la victoire au pas de charge. Cette t^c tique j qui convenait fort à l'inexpérience et à l'entho.usiasme de nos jeunes armées, était aussi la meilleure pour couper l'immense et mince cordon que la coalition serrait autour de nous ; elle réussit. A la fin d'août 1793, la France était envahie par toutes ses froatières et on pouvait désespér.^ d'elle ; à la fin de décembre, elle était presque partout :yictQrieuse.
JPerto de .Condé, de Valenciennes et de Mayenee (jç&ai-août); -^ Après la défection de Dumouriez, les coalisés, au lieu de marcher tous ensemble sur Paris pour y étouffer la Révolution, seul but, disaient-ils, qu'ils poursuivaient, ^.'avaient songé qu'à leurs intérêts particuliers : les Anglais, à mettre enfin la main sur Dunkerque, objet pour eux d'une longue convoitise : les Autrichiens, à réunir nos places fortes de l'EscautJi leurs provinces belges. Dampierre, qui s'était réfugié sous Valenciennes, dans le camp de Famars, fut tué le 9 mai, en essayant de débloquer Condé; le 23, les Autrichiens forcèrent, le camp de Famars, et l'armée se retira sous Bouchain, au camp de César. Condé et Valenciennes se trouvèrent investis. Dès le mois d'avril, Custine, reculant jusque sous le canon de Wissembourg, comme il avait avancé jus-
1. Six eemaines plus tôt, le 13 germinal (!•' avril), les Jacobins avaient fait une autre tenlaLive contre la Convention , en soulevant les faubourgs.
qu'à Francfort, étourdiment, avait laissé les Prussiens envelopper Mayence. 20 000 de nos meilleurs soldats y étaient et avec eux Kléber et deui représentants d'un courage indomptable, Rewbel et Merlin de Thionville. Beauharnais, succès^ ,seur de Custine, ne fit pas mieux pour sauver Mayence. Les coalisés dépensèrent trois mois, mai, juin et juillet, à ces trois sièges, lis en vinrent à bout'. Mais pendant ces trois mois, la France entière s'était levée, et l'énergie des moyens de défense s'était proportionnée au péril.
Les coalisés perdirent un mois encore à préparer de nou-
MayencB.
velles opérations. Sur le Rhin, ils remontèrent de Mayence vers les lignes de la Lauter et de la Sarre, qui couvraient l'Alsace et la Lorraine. Au nord, ils se séparèrent; les Anglais marchèrent sur Dunkerque et les Autricbiens entreprirent un nouveau siège, celui du Quesnoy. Ilouchard, chargé d'opérer contre les premiers, reçut de Camot un bon plan. 11 devait, tandis que Souham et Hoche défendaient énergi-
place le 29 juillet. Depuis longtemps U diaelte élait eiirèine dîna la ville. Un chai se vendait « f r , une Uvre de chair de cheval mort, 1 h. li ci le général Dnbayel, donnant uo dîner i son état-major, fll sarvir on chat Itanqué de douze souris. Coudé fut pris de même par famine. Valenciennes se rendit le M juillet, «près avoir reçu, pendant 4t jours de bombarde-
quement Dunkerque, se porter en masse entre l'armée qui faisait le siège et celle qui te couvrait, pour les écraser l'une après l'autre. Il battit en effet les Anglais à Hondschoola 8 sept.). Mais ce'ne fut qu'un demi-succÈs, parce qu'il n'o-
Cathédral» de Maysnce.
bëitqu'à demi aux ordres du Comité. Il avait conduit sa
marche et son attaque de telle sorte, qu'il avait rejeté le corps d'observation sur le corps de siège, au lieu de les séparer. Cinq jours après, il battit encore les Hollandais et les chassa de Menin ; mais une paoîque ramena son armée en désordre
âgllas «t tour Ssint-filoi, à Di
SOUS Lille. Il fut destitué et monta, comme Custine, sur Téchafaud.
Les coalisés avaient échoué à leur extrême droite, vers Dunlterque; ils avaient réussi à leur gauche, où ils avaient pris le Quesnoy, Maîtres de l'Escaut par Gondé et Valeociennes, de rintervalle entre l'Escaut et la Sambre par le Quesnoy et Mons, ils voulurent prendre Mauheuge pours'assurer aussi de la haute Sauibre. C'était presque la position du prince Eugène en 1712. Le péril pour la France semblait aussi grand; il fut aussi heureusement conj'iré. Au lieu d'agir
à gauche, comme Villars, le long de la Scarpe, Carnot fît., agir par la droite, le long de la Sambre. Jourdan, simple chef de bataillon au commencement de la campapne, avait été promu au commandement de l'armée du Nord; il vainquit le prince de Cobourgà Watignies, en avanfde Mauheuge, et débloqua cette ville {15 et 16 octobre). Ainsi de ce , côté nous n'avancions pas, mais deux places importantes étaient sauvées.
Dans les Vosges, les armées du Rhin et de la Moselle perdirent d'abord la bataille de Pirmasens [14 sept.) et les lignes de Wissembourg, que Wurmser força (13 oct,) ; Landau fut bombardé. Mais Hoche, qui venait de se distinguer à la défense de Dunkerqufe, fufmis !t llï tète de l'armée de la Moselle, Pichegru à la tête de t'arméa du Rhin, et les repré-
sentants Saint-Just et Lebas vinrent animer de leur énergie les troupes et les populations. Carnot avait arrêté que Tarmôe de la Moselle essayerait de reprendre la chaîne des Vosges, pour être maîtresse des passages sur les deux versants, et libre de se réunir à Farmée du Rhin. Brunswick aida au succès de ce plan, en reculant, après une vaine tentative sur Bitche, jusqu^à Kaiserslautern, à la hauteur de Manheim, tandis que Wurmser, de Tautre côté des Vosges, restait presque en vue de Strasbourg. Hoche échoua d'abord à Kaiserslautern contre les Prussiens (17 nov.); mais se rejetant tout à coup à travers les Vosges, sur le flanc droit des Autrichiens que Pichegru attaquait de front, il leur reprit les lignes de Wissembourg (27 déc), et les obligea de repasser le Rhin, tandis que les Prussiens, découverts sur leur gauche, reculaient jusque sous le canon de Mayence. Hoche hiverna en pays ennemi, dans le Palatinat.
En Italie, Français et Piémontais se disputaient la chaîne des Alpes ; les premiers étaient à Nice, les seconds à Saorgio, et nous avions été battus en voulant enlever cette position. Vers les Pyrénées, les Espagnols, sous Ricardos, gardaient aussi Toffensive ; l'armée républicaine, après plusieurs rencontres où le succès fut souvent balancé, se retira sous Perpignan (décembre).
linccès et défaite des Tendéens (1993). . — Mais à ce moment la guerre civile finissait. Les républicains avaient repris Lyon (9 oct.) et Toulon (19 déc.) : Tun à demi ruiné, Tautre pillé par les Anglais, qui mirent le feu à Tarsenal, aux chantiers et aux vaisseaux qu'ils ne purent emmener. La Vendée résista plus longtemps. En Bretagne et dans le Maine, les chouans ne faisaient qu'une guerre de partisans et d'embuscades ; les paysans du bas Poitou firent la grande guerre. Le mouvement commença à Saint-Florent, petite ville au bord de la Loire, sur la rive gauche de ce fleuve, au dessous d'Angers. Le 10 mars 1793, les jeunes gens de ce canton y furent appelés pour satisfaire à la loi qui exigeait une levée de 300 000 hommes. Ils vinrent, mais décidés à ne pas obéir, se mutinèrent, chassèrent les gendarmes et pillèrent l'hôtel de ville. Le coup fait, ils retournaient tranquillement chez eux, quand un voiturier, Cathelineau, leur représenta que la Convention tirerait d'eux une éclatante vengeance. Il les décide à le suivre, court de village en village, sonne le tocsin, ramasse les hommes de bonne volonté,
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et à leur tët« enlève quelques postes, dea armes, du canon', même la petite ville de Chemillé. Un garde-chasse du comte de Haulevrier, StofQet, qui a fait comme lui, vient le rejoindre afec ceux qui le suivent, et tous deux s'emparent de Cbollet. Ce n'est plus une bande de paysans soulevés, c'est uae armée; les gentilshommesaccourent à sa tète. Guidés par Lescure, Boncbamps, d'Elbée, la Rochejaquelein et Charette, qui nedédaignent pas de s'associer les deux chefs populaires, les
Vendéens prennent encore Saumur (29 juin), et pour ae faire jour par deux points, vers la mer, c'est-à-dire vers l'émigration et les Anglais, ils attaquent les Sables et Nantes. Boulard sauve la première , Canclaux la seconde , et Cathelineau est tué dans cette dernière attaque (9 juin) ; mais les Vendéens restent maîtres de leur pays et en chassent les républicains par deux victoires : au sud, celle de Ghâtillon (3 juillet), remportée sur Westermann, qui, sorti de Parthenay, s'élait trop aventuré au milieu de l'insurrection ;
au nord, celle de Vihiers (18 juillet), sur rarmée ' partie d'Angers.
La colonne deTouest restait seule menaçante; 40 000 Vendéens marchent sur Luçon, où le général- Tuncq n'avait • que 6000 hommes. Mais les Vendéens acceptent la bataille en plaine et sont complètement défaits (14 août). Le -5 sep^ tembre, ils prennent leur revanche à Ghantonnay, malgré le courage de Marceau. Alors, les Mayençais, qui d'un an ne pouvaient servir contre la coalition, arrivent en Vendée, et avec eux Kléber, qui à lui seul valait une armée. Les forces républicaines sont divisées en 4 corps, et on décide de partif le même jour de Saumur, de Nantes, des Sables et de Niort, pour séparer les Vendéens de la mer, où venait de se montrer une flotte anglaise, et pour les rejeter du Marais sur lé Boca|;e. Mais la division du commandement entre Ganclaux (armée de Brest) et Rossignol (armée de la Rochelle) empêche l'unité dedirection; des contre-ordres imprudemment donnés suspendent la marche de trois divisions et laissent quelque temps celle de Ganclaux exposée seule aux coups de Tennemi. :^0 000 Vendéens attaquent son avant-garde à Torfou. G'étaient 2000 Mayençais et Kléber ; ils plient d'abord sous la supériorité du nombre et reculent. Kléber, pour arrêter l'ennemi au passage d'un pont, y place un officier et quelques soldats auxquels il dit : c Mes amis, vous vous ferez tuer ici, » et la consigne est exécutée. Le même jour, la colonne d'Angers avait perdu les Ponts-de-Gé; la veille, Santerre, avecla colonne de Saumur, avait été battu à Goron. Autre revers en même temps à Montaigu, qui oblige Ganclaux à se replier sur Nantes.
Mais la Convention ordonne à ses généraux de terminer la guerre avant le 20 octobre. En onze jours, les Vendéens éprouvent quatre échecs : à Saint-Symphorien, le 6 octobre, par les Mayençais; à Ghâtillon, le 9, par Westermann; à Mortagne, où Lescure fut mortellement blessé, et à Saint- Ghristophe, le 15, par Marceau et Kléber. Enfin Kléber les écrase en avant de GhoUet (17 oct.). D'Elbé, Bonchamp sont frappés à mort ; le dernier avant d'expirer, obtient la grâce de 4000 prisonniers républicains que les siens voulaient fusiller. Acculés à la Loire par ce grand désastre, 80000 Vendéens, hommes, femmes, enfants, vieillards, passent ce fleuve, à Varades, pour soulever l'Anjou, le Maine et la Bretagne ; ils battent les bkus près de Laval (27 oct.) et pénè-
trent jusqu'à Granville, d'où ils espèrent tendre la main aux Anglais. Mais Granville les repousse ; ils retournent alors sur Angers (3 déc), pour rentrer dans le Bocage vendéen. Cette fois la Loire est bien gardée : ils sont rejetés sur le Mans, écrasés dans cette ville (13 déc), achevés dans Savenay (25 déc). Ce fut la fin ,de la grande guerre. Les colonnes infernales n'eurent plus que quelques combats isolés à livrer dans la Vendée, où Gharette, la Rochequelein et Stofflet tenaient encore*.
Campaitroe d'été de 1794:; Fleuras. — L'honneur des succès remportés en Alsace, à la fin de 1793, revenait à Hoche ; Pichegru se les attribua et le persuada à Saint- Just qui fit jeter Hoche en prison, et donner à Pichegru le commandement de l'armée du Nord. Ce général perdit deux mois en efforts infructueux et sanglants sur l'Escaut et la Sambre, et ne sut pas tirer parti de deux victoires (Moucroën 29 avril et Turcoing 18 mai), gagnées par l'impétueux élan de nos jeunes réquisitionnaires, bien plus que par l'habileté de leur chef. Heureusement Garnot renonça à temps à l'idée d'attaquer de front rennemi,qui nous avait pris Landrecies, et imagina de menacer sa communication et sa ligne de retraite en amenant Jourdan, avec 45 000 hommes, de la Moselle sur la Sambre. Quatre fois les représentants Saint-Just et Lebas franchirent la Sambre à la tête des colonnes républicaines ; quatre fois ils furent repoussés. Gependant il fallait à tout prix emporter Charleroi. Ils décidèrent Jourdan à tenter un cinquième passage. Gelui-là réussit; Gharleroi capitula, et le prince de Gobourg, accouru trop tard au secours de la place, perdit la bataille de Fleurus (28 juin), qui rouvrit les Pays-Bas aux Français. Pichegru poussa les Anglais vers la Hollande, Jourdan, les Autrichiens jusque derrière la Meuse. Dugommier, aussi habile que brave, força, dans les Pyrénées, le formidable camp du Boulou, sur le Tech, près de Géret, où il prit 140 canons (l*"^ mai) ; et Dumerbion, dirigé par Bonaparte, qui commandait l'artillerie de l'armée des Alpes, fit tomber le camp des Piémontais, à Saorgio, en avant du col de Tende (28 avril). Les portes
1. Mort de la Rochejaquelein (4 mars 1794). — Incendie de Chollet par Stofflet (10 mars). — Traité de la Jaulnais avec Gharette (19 février 17^5). — Soumission de Stofflet à Saint-Florentin (2 mai). — L'année suivante, l'un et l'autre, soulevés de nouveau, furent pris et fusillée, .
de ritalie et de l'Espagne étaient ouvertes comme les Pays- Bas.
Campa^rnie d^hlTer de 1794: à 1795$ conquête des Paya-Bas; iiiTasion de l'Espace. — L'hiver n'arrêta ni les opérations de nos armées ni nos succès. Jourdan battit les Autrichiens sur TOurthe, il les battit encore sur la Roër et les rejeta derrière le Rhin (5 oct.), où les Prussiens qui opéraient dans le Palatinat, découverts par cette retraite, durent les suivre. Alors les quatre armées françaises du Nord, de Sambre-et-Meuse, de la Moselle et du Rhin bordèrent le grand fleuve. L'hiver était venu et terrible. Le froid descendit jusqu'à dix-sept degrés au-dessous de zéro. Les soldats, vêtus de haillons, sans paye, mais soutenus contre'toutes le misères par leur énergie morale, au lieu de s'établir dans des cantonnements, marchèrent en avant, franchissant les canaux, les fleuves, poussant devant eux Anglais, Hollandais, et, le 20 janvier 1795, entraient dans Amsterdam, a Cette cité fameuse par ses richesses vit, avec une juste admiration, dix bataillons de ces braves sans souliers, sans bas, privés même des vêtements les plus indispensables, et forcés de couvrir leur nudité avec des tresses de paille, entrer triomphants dans ses murs au "son d'une musique guerrière, placer leurs armes en faisceaux et bivaquer plusieurs heures sur la place publique, au milieu de la glace et de la neige, attendant avec résignation et sans murmure qu'on pourvût à leurs besoins et à leur casernement. » Des escadrons de hussards coururent au Texel prendre la flotte hollandaise, retenue dans les glaces. Pichegru constitua la Hollande en république batave. De là il pouvait tourner les défenses de la Prusse sur le Rhin : l'Allemagne du nord était ouverte à nos soldats comme à nos idées*.
Dugommier dans les Pyrénées-Orientales prit Bellegarde, à
1. Un des généraux de division qui commandaient sous Pichegru était Moreau. Né à Morlaix en 1763, il fut d'abord destiné au barreau, mais s'engagea, malgré sa famille, dans un régiment; son père ayant acheté son congé, il reprit à Rennes ses études, tout en gardant ses goûts militaires, et acquit un çrand ascendant sur les étudiants de cette ville. Il figura comme le général du parlement dans les troubles qui précédèrent à Rennes la Bévolutioh. Après la création de la' garde nationale, il organisa à Rennes une compagnie de canonniers, dont il fut le capitaine jusqu'en 1792. Parti alors comme volontaire, il fit sa première campagne sous Dumouriez, avec le grade de chef de bataillon, devint en 1793 général de brigade, et en 1794 général de division. Il commanda l'aile droite de Pichegm dans l'invasion de la Hollande, et remplaça ce général à l'armée du Nord, plus tard, à celle du Rhin-et-Moselle, avec laquelle il fit sa belle campagne
notre extrême frontière, et força le passage des montagnes, que défendait une ligne de 77 redoutes (bataille de la Mouga, 18 noY.) ; mais il périt au sein de la victoire. A la suite de ce succès, une des plus fortes places de l'Europe, Figuières, ou vrit ses portes. Moncey, à Tautre extrémité de la chaîne pyrénéenne, faisait en même temps la conquête du Guipuscoa : TEspagne était envahie de deux côtés. La seule armée d'Italie n'avançait pas.
PalxATee la Prwwe et PBspai^iie t705| Qaiberon. — Deux puissances étaient effrayées de leurs défaites ; la Prusse qui voyait déjà les Français sur les rives de PEms ; TEspagne, qui redoutait de les voir bientôt sur celles de PËbre; Tune, d'ailleurs, était en ce moment fort occupée du dernier partage de la Pologne, qui lui valut Varsovie (2k oct.); et l'autre était livrée à une cour honteuse que tout bruit d'armes épouvantait. Elles demandèrent la paix ^traité de Bâle, 5 avril et 28 juillet), la Prusse céda ses provinces sur la rive gauche du Rhin , l'Espagne, la partie espagnole de Saint-Domingue. Cette paix était la reconnaissance de la République et de la Révolution par deux grands États de l'Europe. Le grand-duc de Toscane avait traité dans le mois de février.
L'Angleterre, l'Autriche, la Sardaigne et l'Empire restaient en ligne. La première, pour relever dans nos provinces de l'ouest les forces du parti royaliste, qu'affaiblissait la rivalité de Charette et de Stofflet, débarqua en Bretagne, dans la presqu'île de Quiberon, deux divisions d'émigrés. Hoche, qui
de 1796. Un aatre Moreau fut en 1794 général en chef de l'armée de la Moselle et mourut au siège de Luxembourg en 1795.
Il est bon de savoir ce qu'étaient en 1789 les généraux qui venaient, dans ces premières campagnes, de commencer leur illustration. En 17 89, Keliermann était maréchal de camp; Berthier, colonel; Serrurier, major; Moncey, capitaine ; Brueys, Bruix, Decrès et Gantheaume, lieutenants de vaisseau ; Davout, Desaix, Marmont et Macdonald, sous-lieutenants ; Pérignon, officier démissionnaire; Bernadette, sergent-major; Hoirie,. Marceau, Lefebvre, Pichegru, Ney, Masséna, Murât, Soult, sous-officiers ; Augereau, maître d'armes; Victor, soldat; Lannes était teinturier; Gouvion Saint-Cyr, dessinateur et comédien; Jourdan, mercier-colporteur; Bessière, perruquier ; Brune, typographe ; ioubert, Junot étaient étudiants endroit; Kléber architecte; Mortier partit comme volontaire en 1791. Hoche était fils d'un garde de chenil à Versailles ; Marceau d'un procureur; Masséna d'un marchand de vin ; Murât d'un aubergiste ; Augerean d'un ouvrier maçon; Lefebvre d'un meunier; Ney d'un tonnelier. En voyant ces grands hommes de guerre, dont ils connaissaient l'origine, de venir généraux, ducs et princes, nos soldats diront que tout conscrit peut ramasser sur un champ de bataille un bkUm de maréchal de France, et tous l'y chercheront. (Voyez plus loin les paroles d'un officier prussien, après léna.)
avait été appelé de rarmée du Rhin pour pacifier la Vendée, les détruisit (21 juillet 1795).
BeTers sur n&eri le 'Vengenr. -—La Révolution avait improvisé des généraux comme des armées. Mais si le génie de la guerre de terre tient de Pinspiration, la guerre de mer exige de la science et une longue pratique. Or, ce brillant état-major naval qui avait vaincu T Angleterre dans la guerre d^Amérique avait émigré; dès Tannée 1790, le tiers des officiers était parti, de sorte que la belle flotte organisée dans les vingtcinq dernières années de la monarchie ' restait sans chefs : de là notre infériorité dans les combats d'escadre. Le !«' juin 179^» Tamiral Villaret-Joyeuse, naguère simple capitaine, attaqua, avec 25 vaisseaux montés par des paysans, une flotte anglaise de 38 voiles, pour protéger l'arrivée d'un immense convoi de blé. Le convoi passa, et une partie de nos départements fut sauvée de la famine; mais la flotte fut battue, et perdit six vaisseaux. Un d'eux, le Vengeur, plutôt que d'amenés son pavillon, s'engloutit dans les flots au chant de la JVar- Millaise. La Martinique, la Guadeloupe, la Corse môme furent enlevées par les Anglais. Nos corsaires nous vengeaient. A la fin de 1793, ils avaient pris aux Anglais 410 bâtiments ; notre marine marchande n'en avait perdu que 316.
Constitntion de Pan III (1795). — Cependant la Convention^ sortie victorieuse des émeutes qui suivirent le 9 thermidor, abolit la constitution démocratique de 1793, qui n'avait pas encore été mise en pratique, et attribua le pouvoir législatif à deux conseils, celui des Cinq-Cents, chargé de proposer la loi, et celui des Anciens, chargé de l'examiner et de l'accepter. Le pouvoir exécutif fut donné à un Directoire de cinq membres, renouvelé tous les ans par cinquième, nommé par le pouvoir législatif, et responsable. La Convention avait tout réuni; on divisait tout. Le pouvoir législatif allait avoir deux têtes, le pouvoir exécutif en aura cinq. On espérait échapper ainsi à la dictature et faire une république modérée ; la constitution de l'an m ne fera qu'une république faible et anarchique.
iëounée du 13 vendénilaire (5 octobre 1795). — Depuis le 9 thermidor, la Révolution avait si bien remonté la pente qu'elle avait .descendue, que les royalistes espéraient
1. En octobre 1790, la France avait to Taisseaux de ligne et 65 frégates à flot, 12 vaisseaux et 10 frégates sur chantier. JUoniteur du V6 octobre 1190.
une restauratioD prochaine. Ils comptaient de nombreux partisans dans plusieurssectionade lagarde nationale de Paris, et ils venaient de gagner Pichegru pM- la promesse d'un millioQ ^omjitant et de 200 000 livres de rentes. Ils croyaient que les prochaines élections leur donneraient la majorité et qu'ils pourraient ainsi faire légalement une contre- révolution. Mais la Convention décida que les membres du nouveau corps législatif seraient pris, pour les deux tiers parmi les
Église da Saiat-Roch.
conventionnels, de sorte que les royalistes ne pouvaient plus y faire entrer qu'une minorité impuissante. Ils soulevèrent alors les sections de la garde nationale, et, au nombre de MOOO, marchèrent sur les Tuileries, où la Convention siégeait. Barras, chargé de la défendre, prit pour lieutenant un jeune général que ses services devant Toulon avaient mis en lumière, mais qui, après le 9 thernjîdor, avait été destitué , Napoléon Bonaparte. On n'avait que 6 à 7000 soldats. En quelques heures Bonaparle fit des Tuileries un camp retranché; les seclionnaires, reçus par un feu violent de mitraille sur le pont Boyal et dans la rue Saint-
Honoré, devant l'église Saint- Roch, furent, en un instant rompus, mis en fuite, laissant 500 dès leurs sur 1er carreau ; le reste fut, les jours suivants, désarmé. Le 4 brumaire (26 octobre 1795), la Convention déclara sa mission terminée.
Résamé des principales créations de la Convention,— Les impérieuses nécessités de la lutte n'avaient pas permis à nos assemblées de réaliser toutes les réformes ; elles avaient du moins préparé d'immenses matériaux que la génération suivante utilisa Cependant, au milieu de ses déchirements et de ses victoires, la Convention avait, pour fortifier Tunité de la France, préparé un code uniforme, décrété une instruction nationale et la création de PÉcole normale, des Écoles centrales (Lycées) et primaires, des Écoles de médecine, du Conservatoire des arts et métiers, des chaires de langues vivantes, du Bureau des longitudes, du Conservatoire de musique, de Tlnstitut, du Muséum d'histoire naturelle, enfin établi l'unité des poids et mesures (système métrique)*.
Par l'émission désordonnée des assignats, dont il fut mis en circulation pour kk milliards, elle avait bouleversé toutes les fortunes, et par la loi du mc^imum elle avait ruiné le commerce* ; mais par la vente des biens nationaux, elle avait livré au travail fécond des nouveaux propriétaires d'immenses domaines jusqu'alors peu productifs ; et, par la création du grand livre de la dette publique, elle avait préparé, pour des jours meilleurs, la confiance au crédit de l'État. L'invention du télégraphe aérien permit de porter rapidement jusqu'aux frontières les ordres du gouvernement central, et l'établissement des musées ranima le goût des arts. La Convention voulait encore que l'infirme, l'enfant abandonné, fussent recueillis, secourus par la patrie ; et le dernier décret
1. La Convention avait remplacé le calendrier grégorien par le calendrier républicain. L'ère nouvelle commençait au 2'i septembre 1792; elle cessa le 9 septembre 1805. Les douze mois étaient: vendémiaire, brumaire, frimaire, pour l'automne; nivôse, pluviôse, ventôse, pour l'hiver; germinal, floréal, prairial, pour le printemps; messidor, thermidor, fructidor, pour l'été. Ainsi on disait le 14 thermidor an x, au lieu du 2 août 1802, etc.
2. Voici un compte de ménage de la sœur de Beaumarchais, en décem- i^ bre 1794, trouve par M. de Loménie dans les papiers de l'auteur du Jfa- •tiage de Figaro : une voie de bois, I4f.0 francs ; la chandelle, le sucre, l'huile, 100 francs la livre ; le boisseau de pommes de terre, 200 francs, une livre de viande, 30 francs : une livre de pain, 45 francs ; le tout, il est vrai, payé en assignats.
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de ces législateurs terribles portail que la peine de mort se* rait abolie après la pacification générale.