‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 51 sur 72 · LA PREMIÈRE RESTAURATION ET LESCENT-JOURS · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE RESTAURATION ET LESCENT-JOURS

outre la guerre étrangère, la guerre civile ; les royalistes prenaient les armes dans là Vendée. Les souverains alliés, réunis alors en congrès à Vienne pour se partager les peuples, déclarèrent que c Napoléon s'était placé hors des relations civiles et sociales, et que, comme ennemi et pertubateur du repos du monde, il était livré à la vindicte publique.» Ainsi, on mettait TËmpereur hors la loi, et non-seulement l'Empereur, mais la France. « Marchons, disaient-ils, pour partager cette terre impie. Il faut exterminer cette bande de brigands qu'on appelle l'armée française. Le monde ne peut demeurer en repos tant qu'il restera un peuple français. Qu'on le change en peuples de Bourgogne, de Neustrie, d'Aquitaine, etc., ils se déchireront entre eux, mais le monde sera tranquille pour des siècles. » Et Blucher promettait aux étudiants prussiens de faire pendre Napoléon.

C'étaient les paroles de Brunswick lors de la première coalition ; et elles excitèrent dans nos provinces de l'est un élan presque égal à celui de 1792. Bourgeois, ouvriers, paysans, offrirent leurs bras. Des fédérations eurent lieu dans plusieurs provinces. La Bretagne en donna le signal. Les fédérés se mettaient à la disposition du gouvernement; mais Napoléon, génie d'ordre, n'aimait pas les forces révolutionnaires. Ceux qui voulurent entrer dans les régiments et se placer sous la loi militaire furent acceptés; le reste ne reçut que peu d'armes : il y avait d'ailleurs dans une partie du pays une lassitude extrême, et dans les régions officielles bien des défiances. La Chambre des représentants montrait une opposition qui blessait Napoléon. « On veut, disait-il, enchaîner le vieux bras de l'Empereur; on me pousse dans une voie qui n'est pas la mienne. » Il sentait en lui-même un abattement d'esprit; il ne croyait plus à sa fortune : « J'avais, dit-il, l'instinct d'une issue malheureuse. » Il n'en déployait pas moins toute son activité;* il travaillait seize heures sur vingtquatre. En cinquante jours, une armée de ligne de 182000 hommes fut organisée. Une autre de 200 000 gardes nationaux mobiles fut préparée pour la défense des places, et la réserve de l'armée active.

Les alliés n'avaient pas eu besoin de tant d'efforts : leurs troupes étaient prêtes à entrer en campagne. L'Autriche dirigea vers le Rhin et les Alpes 300000 Allemands; 170000 Russes devaient être rendus h Nuremberg vers la mi-juin, à Mayence le 1®^ juillet. Déjà se trouvaient en Belgique 95 000

66 i LA PREMIÈRE RESTAURATION ET LBS#CENT' JOURS.

Anglo-Hollandais', sous Wellington, général méthodique à qui les grandes inspirations manquaient, mais qui ne livrait rien au hasard, et 12^000 Prussiens, sous Blûcher, impétueux vieillard que ses soldats appelaient le Maréchal-en- Avant (Marschall vorwœrts). 11 avait dû le plus souvent les mener en arrière ; mais il venait de les conduire de TOder sur la Seine, et il allait les y ramener. On attendait l'arrivée des Russes en ligne pour commencer les opérations.

Bataille de VTaterloo (18 Juin 1815). — L'Empereur se décida à prévenir l'ennemi, l'offensive lui paraissant plus conforme au génie de notre nation : surtout il lui répugnait de livrer aux ravages les provinces de Test et du nord, qui se montraient si dévouées k sa cause, si ardentes de patriotisme. D'ailleurs une grande victoire en Belgique pouvait changer bien des choses. « Soldats ! dit-il en terminant sa proclamation aux troupes, pour tout Français qui a du cœur, le moment est venu de vaincre ou de périr; et il franchit la Sambre avec 124000 hommes et 350 pièces de canon (15 juin). Il comptait surprendre les Prussiens; mais le lieutenant général Bourmont passa à l'ennemi, et Bliicher, averti du péril, eut le temps de concentrer ses forces à Ligny. Les Français s'avançaient divisés en trois corps : l'aile droite, 48 000 hommes, sous le maréchal Grouchy; le centre, 28 000 hommes, sous les ordres directs de Napoléon ; la gauche, 48 000 hommes, sous le maréchal Ney. La droite et le centre allaient rencontrer le front des Prussiens; la gauche aurait dû s'emparer des Quatre-Bras, afin d'arrêter les Anglais qui ne pouvaient déboucher que par là, puis se rabattre sur les Prussiens pour achever leur déroute. Mais les ordres ayant été donnés trop tard, ce plan ne fut exécuté qu'à demi ; les Anglais eurent le temps de s'établir en force aux Quatre- Bras, et si Ney, avec son indomptable énergie, parvint à les y contenir, sans laisser un seul d'entre eux venir en aide à Blûcher, il ne put coopérer à l'attaque contre les Prussiens. L'Empereur avait engagé contre ceux-ci une action terrible : Ligny fut deux fois pris et repris. Un des lieutenants de Grouchy, le général Gérard, s'y maintint pourtant, et l'ennemi se mit en retraite, après avoir fait des pertes considérables, mais sans avoir été détruit comme il aurait pu l'être, si le comte d'Erlon, qui commandait sous Ney, trompé par

Page 1