Joséphine avait acheté la Malmaison en
monde qu'un être puissant venait de descendre dans les sombres abtmes de la nature. »
Le long martyre de Napoléon à Saint-Hélène l'a grandi encore, en lui donnant la seule consécration qui lui manquât: celle du malheur'. Ce rocher fut comme l'autel où le héros passa demi-dieu. Une popularité immense s'attacha à son nom, mÊine parmi les nations les plus lointaines; et, en apprenant sa mort, lord HoUand s'écria au milieu du parlement
anglais : < L'univers porte le deuil du h^ros. n II avait luimême prévu ce que gagnerait auprès des peuples te captif des rois : < Si je meurs sur la croix, disait-il, et que mon fils vive, il arrivera. >
Traita* de 181S. — Dans le naufrage de l'Empire, peu s'en fallut que la France ne périt. Ni la Chambre, ni le gouvernement ne surent défendre Paris. Davout, le ministre de la guerre, s'entendit avec Fouché, le génie personnifié de l'intrigue, et le héros d'Awerstaedt et d'Eckmuhl capitulade-
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vant Blûcher, malgré une énergique adresse de dix-sept généraux qui voulaient continuer la lutte, malgré Tardeur des troupes qui voulaient combattre encore. Il signa une convention par laquelle l'armée française dut se retirer derrière la Loire sans brûler une amorce. Les alliés prirent possession de Paris comme d'une ville conquise. Blûcher voulait faire sauter le pont d'Iéna et renverser la colonne de la grande armée. Le musée du Louvre fut dépouillé des chefs-d'œuvre que la victoire y avait entassés ; nos bibliothèques, nos collections précieuses furent mises au pillage. Mais la France entière ne l'était-elle point par les 1 200 000 étrangers accourus à la curée ?
La Chambre des députés avait pensé que l'on compterait avec elle ; les alliés fermèrent la salle des séances, et rétablirent Louis XVIII sur son trône. Cette seconde restauration coûta cher à la France. Il fallut d'abord payer aux alliés lÔO millions, puis une autre indemnité de guerre de 700 millions, et encore 370 millions de réclamations particulières. Ce n'est pas tout: 150000 soldats étrangers restèrent pendant trois ans sur notre sol, entretenus et nourris à nos frais pour faire la police de l'Europe en France. Enfin, le traité de Paris (20 novembre) nous enleva Philippeville, Marienbourg, le duché de Bouillon, Sarrelouis et le cours de la Sarre, Landau, plusieurs communes du pays de Gex, et la Savoie que le traité de 1814 nous avait laissée; en tout 534 000 habitants. On nous ôta le droit de tenir garnison dans la principauté de Monaco, en avant du Var, et les fortifications d'Huningue durent être détruites, sans pouvoir jamais être relevées. Cette ville avait mérité ce sort par l'héroïque défense qu'y avait faite une garnison de 135 hommes, du 25 juin au 27 août. Auxonne n'avait aussi capitulé qu'à cette datte, 55 jours après la seconde capitulation de Paris.
Ainsi après vingt-cinq ans de victoires, le territoire national se trouvait moins étendu, sur certains points, qu'il ne Pétait un siècle plus tôt, à la fin du règne de Louis XIV; et pendant ce siècle, les autres puissances avaient toutes démesurément augmenté leurs forces. La Prusse était devenue, de simple électorat, une grande monarchie; la Russie, qui alors naissait à peine, était un colosse ; l'Angleterre avait gagné aux Indes cent millions de sujets et avait saisi l'empire de l'Océan : la France n'était donc pas affaiblie seulement de ce qu'elle perdait, niais de tout ce que ses rivaux avaient gagné.
teT LES CENT-JOURS (1814-1815). é7l
En outre les traités de 1815 avaient perfidement entr'ouvert sa frontière. Philippeville, Marienbourg et Bouillon couvraient les débouchés de TArdenne : nous n'avons plus de ce côté que Rocroy. Sarrelouis offrait un point d'appui au milica de la vallée de la Sarre, entre la Moselle et les Vosges, et Landau défendait les approches de Strasbourg : on nous prit ces deux villes. Huningue pouvait menacer Bâle de son canon ou du moins fermer le pont de cette ville sur le Rhin : il fut démantelé. La Savoie, rendue au Piémont, nous éloigna des Alpes, notre frontière. La Bavière, notre vieille alliée dans TAllemagne, fut mise à nos portes, dans le Palatinat, pour y devenir notre ennemie : la Prusse fut établie dans la vallée de la Moselle, pour nous y arrêter, si nous voulions sortir de Metz ou de Thionville; le royaume des Pays-Bas fut élevé pour nous tenir éloignés des bouches de la Meuse et de TEseaut, et le don du royaume de Lombardie à PAutriche rétablissait dans la péninsule italique Tinfluence autrichienne aux dépens de la nôtre, qui s'en trouva exclue. Enfin, par le traité de la Sainte- Alliance, cette Europe que Napoléon avait voulu réunir sous sa main, se réunissait, mais contre nous.