Datot
). Ouvrages à consulter : Saint-Simon, Mémoiret; Boisguilbert, Détail àe la Fnmcê toui le règne actuel^ Cologne, 1707 ; Lemontey, Bttai tur Vé-
SBB QOUTER.NEMENT DE LOI! ^^^^^|
autant que la sienne propre, une lenttOQfOT
tiéro: c'est la direction générale qii .. v.uuu. »u gouvernemeDl et à )a société; c'est la r inière énergique ethaÏMle dont i) sut dominer tous les poumrs, les annuler ou les tain servir h sa grandeur; c'est enGn cet art de régner qu'aiienn priqcs, au jugement de Saint-Siiuon, ne posséda à un plot haut point. On a déjà vu ses idées sur le droit des aounrains, il les avait résumées dans cette pnrole qu'il prononça, ditron, jeune encore, au sortir de la Fronde : VÉtat, cW
Il le croyait, tout le monde le crnt avec lui, et Vt^Bu l'enseigna: Bossuet fonda le droit divin de la rDOnarchfesdf les maximes tirées de l'Écriture sainte : « 0 rois, tous t/Ud des dieux, ■ s'écrie le grand évèque, dans le même temps : Lebrun remplissait Versailles de l'apothéose de Louis. " qu'il vécut, il n'y eut dans toute la France qu'une vol sans contrôle et sans limite, la nne. i Dans l'État où devBE régner après moi, disait-ii ; son fils, vous ne troQ' point d'autorité qui ne ae fasse honneur de tenir de vi origine st son caractère. « Comme il arrive souvent, sait intervenir Dieu mËme en sa faveur : c La volonté él Dieu, disait-il, est que quiconque est né sujet ofaéisae discernement. »
■upprcHton des étais e:^néraiu, des ébtl* provl»^ ctBBx et dea mairira électivea. — Les états gënéranx eussent rappelé d'autres droits : il ne les convoqua jamds; il punit ceux qui en parlèrent, et quand, au traité d'Utrecht.l» alliés se dé6ant encore de son-ambition, voulurent exiger que les conditions de la paix fussent ratifiées par une assem.blée nationale, il s'y refusa avec hauteur, et déclara qu'il regardait cette demande comme une insulte à la maiesté du trAne. La plupart des provinces avaient des états particuliers, il ea supprima beaucoup*. Ceux qui furent couservéti
..jrchiqtK di toui» XIV ; Chéruel, Ce fadminidraCiofi di
Louit XIY; Dtppliig, CarTS;iatidaiica aiminiOratm tnln U eabinal ît Toi et lu tterilaira d'Elat, elc., i fol. ln-4 ; Saints-Beuvs, Pori-Hoval Vahbi L< Dlaa, MHnoina M Baiiael/ 1< gaueemfmml dt Kormaniit ai dia-t^iém6 il au d(x-Aujii)Fng liicU, par Ch. Rippeau; Boyer de la Su laaaB.lw/nlMdoRii delà aéniraliU dfAmtmt (uei).
I. SI «a mot B'«*t pas sDlhenllque, la pansés qui l'sTall dicté l'aal Inet certainsDMBI. Lools X[V xiail (ail écrire du» dd coure de droit publio
four l'iDatractlon du duc de Bourgogne ; . La nation ne (ail pu «orp* eu
i6«.,p'»îj.) ■ * , "
1. iJj tarant supprimai en Kormindii, Utini, Aaioii, T )llte% iHl*
Miiline en Languedoc, Bourgi^ne, Provence, Bretagne, etc., ne se réunirent que pour exécuter les ordres des ministres. Ce qui restait île libertés muDicipales disparut, comme les libertés provinciales : te roi, battant monnaie avec de vieux droits chers aux villes, érigea les mairies en offices héréditaires et les vendit au plus ofrrant. Un édit de 16B3 plaça les villes pour leur gestion financière sous la tutelle deti intendants. Leurs finances n'en allèrent pas mieux. On
Le paUis dei ËU15, i. Dljaa,
vil iltî conimanautés rendues responsables du payement de h t;ii!I.\ tomme les curiales l'étaient sous les empereurs i fiscalité avait ruiné les magistrats mu-
r^r. Qucnv, Pûrigord et liauerguc.
Snancitrt, 1. 1, p. '
Il fiarl qns In nat[an ni
mclEInan ?. luill]', J
bliiMmcnt de* liù|i'jls (t
nicipaux ; la nouvelle les tenait pour exempts, mais ruinait les communes.
Un mot résume toute cette politique; il est njalheureosement de Colbert : c II n^est pas bon, écrivait-il à un gouverneur qu'il chargeait de faire tomber en désuétude une magistrature élective, il n'est pas bon que quelqu^un parle an nom de tous*, j
La vie municipale fut donc comme suspendue dans le pays, ainsi que Tétait depuis longtemps la vie politique: situation fâcheuse, car l'éducation pratique des affaires manqua à la France, et le jour où elle sera forcée do reprendra le gouvernement d'elle-môme des mains défaillaates delà royauté absolue, elle trouvera bien, pour la guider, de hardis et puissants logiciens, mais non de ces hommes expérimentés qui savent rattacher l'avenir au passé par de justai' tempéraments. La liberté politique, pour être stable, abesoîa do s'élever sur la forte base des libertés municipales. C*e9l ainsi qu'elle a grandi en Angleterre et qu^elle s^ maintient.
SonmiMion du parlement. — La royauté avait mis cijM| siècles à miner le grand corps de l'aristocratie fépdale, et pour mieux y réussir avait formé de ses propres mains un autre corps, celui de l'ordre judiciaire. Au seizième siècle, on appelait les parlements a les fortes et puissantes colonnes sur lesquelles était appuyée la monarchie. » Mais, au dixseptième, la nouvelle royauté ne voulait d'autre appui que son droit absolu. Cependant, grâce à la vénalité des charges qui laissait les mêmes fonctions dans les mômes mainSi grâce à la dignité de la vie des magistrats, au rôle politique qu'ils avaient joué en plusieurs circonstances, à Pesprit de corps qui s'était bien vite établi au sein des grandes compagnies judiciaires, il s'était élevé à côté de la noblesse dMpée une noblesse de robe qui paraissait aussi gênante que Tautre, parce qu'elle avait déjà des souvenirs et des regrets. Elle n'était point t)ujours maniable. Sans rompre en visière
1. Lettre au comte de Frontenac, gouverneur du Canada, 13 jaln 1871: elle montre à nu toute cette politique. Colbert lui reproche d'avoir diTM les habitants en trois ordres ou états. ■ Nos rois ont estimé da bien de leur service depuis longtemps de ne point assenûïler les états de leor royaume, pour peut-être anéantir insensiblement cette forme ancienne; • et il. rengage à supprimer le syndic de Québec qui présentait des reqaêtok au nom de tous les habitants, * étant bon que chacun parie pour soi et que personne ne parle pour tous- »
au pouvoir, elle lui résistait à Taide de ses longues procédures, de ses formes vénérables par leur ancienneté même qui arrêtaient de leurs faibles liens la volonté royale, comme le lion de la fable était arrêté par les mille lacs d'un filef invisible. Elle déjouait les attaques par cette force d'inertie propre aux assemblées de vieillards, et qu'il était difficile de briaer en un temps où la tradition faisait le droit. L'esprit d'opposition, poursuivi partout, s'était réfugié là : opposition politique à peine sensible dans le parlement de Paris, opposition provinciale dans les autres, dans tous opposition religieuse sous la forme du jansénisme. On a vu que Louis XIV De s'y trompa pas et Ton n'a pas oublié ses dures paroles de 1655. Une des pensées qu'il chercha à réaliser avec le plus de persévérance fut de transformer les parlements en simples cours d'appel ; il les soumit à son conseil d'État *, même celui de Paris, qui avait donné la régence à son aïeule et à sa mère et qui avait fait la Fronde. Par un édit de 1667, il lui prescrivit d'em*egistrer les ordonnances dans la huitaine et il ne souffrit aucune remontrance. L'année suivante, il fit arracher des registres de la compagnie toutes les délibérations qui dataient de la guerre civile, pour effacer jusqu'au souvenir de ses anciennes prétentions*. Enfin, il changea son titre de cour souveraine en celui de cour supérieure comme si le premier eût été une usurpation sur la souveraineté royale (1665).
Les magistrats, réduits à rendre des arrêts, étaient encore parfois obligés de rendre des services. D'Ormesson tomba en disgrâce pour avoir résisté aux désirs de la cour dans le procès de Fouquet, et ufi juge ayant refusé de condamner à mort un ancien frondeur, Fargues, qui avait eu des lettres spéciales d'abolition, fut remplacé par un autre plus complaisant qui envoya Fargues à la potence *.
•oomiAsioii de la noblesse. — Il semblait plus difficile de réduire les nobles. Le cardinal de Richelieu avait démoli
1. Le conseil d'État, institué en 1318, avait formé le Conseil d'Etat pro* yrement dit pour les questions politiques et religieuses, le Conseil de di* rectxon pour les finances, le Grand Conseil pour les évocations et procès réservés au conseil d'État (Chéruel, De Vadmiuistration de Louis A/K, p. 60).
2. Il ût la même chose, six mois après, pour les registres de rhôtel de fille.
3. Pour cette curieuse histoire, voyez Lemontey, Pièces justificatives, • 11. L'affaire est de i6Câ.
292 GOUVERNEMENT DE LOUIS XlV.
leurs forteresses et fait tomber la tête des plus remuants. Mazarin les avait achetés ou vaincus par la ruse. Louis XlV s'en rendit maître en les attirant autour de lui par des fètei, en les arrachant à leurs domaines, où ils se souvepaient trop de leurs aïeux et se sentaient libres encore, pour remplir itt antichambres et sa domesticité des descendants de ceux qd avaient fait trembler ses pères, et former à la royauté cet éblouissant cortège dont le représentant de Dieu sur la tem voulait être toujours environné. Les gouverneurs de provinces, dépouillés de toute autorité au profit des intendanU^ c ne pouvaient plus faire les rois. > Us n'avaient plus le marnament des deniers, pas même le commandement des troupes, et ils n'étaient nommés que pour trois ans, isauf à obtrâir, par leur assiduité à Versailles, une prolongation de ce vais honneur. Ceux des nobles qui s'obstinèrent à rester dans leurs manoirs y reçurent plus d'une fois la redoutable visite des gens du roi. Fléchier nous a conservé le soutenir des Grands jours de Clermont, tenus en 1665, et des exécutions faites alors sur cette noblesse de province qui voyait les parlcQ)ents irrésolus ou intimidés et croyait la cour trop hÀù pour que le bruit des plaintes du peuple y retentit *. Le nii
1. * Il V a plus de soixante ans, dit-il, que le marquis de r^mi^aa aoobmencé d^ètre méchant, et il n'a jamais cessé de l'être depiUi ee tampttt. Il est chef d'une maison illustre qui se glorifi(^ d'avoir donaé deux pipM à Rome et plusieurs capitaines à la France. Je ne m'arrôterai point àitcouter tous les dérèglements dont il est accusé; il suffit do oireqaVs pratiqué tout ce que la tyrannie peut inventer en matière dlmpouÈtak On levait, dans ses terres, la taille de monsieur, celle de madame et ctUt de tous les enfants de la maison, outre celle du roi. Pour empèchvlBi murmures, il entretenait dans des tours douze scélérats, qail appaUtIm douze apôtres qui catéchisaient avec l'épée ou avec le bâton ceux ni étaient rebelles a sa loi. Il leur avait donné des noms fort pea apoilMl* ques, appelant l'un Sam-Ftance, l'autre Brise Toutt et aiiui du resta. Pir la terreur que donnaient ces noms effroyables, il imposait des sonmi assez considférables sur les viandes qu'on mange ordinairement, et» eoaas on pratiquait un peu trop l'abstinence, il tournait l'imposition sur OMB qui n'en mangeaient pas. Le plus grand revenu qu'il avait était eellil 4t la justice : il faisait, pour la moindre chose, emprisonner et juger daa lâsérables, et les obligeait à racheter leurs peines par araent. U eût Toola que tous ses justiciables eussent été de son humeur, et les engageait souvent à de méchantes actions, pour les leur faire payer avec beaoeoop ds rigueur. A la nouvelle de la tenue des Grand* jour«, GaniUao s'enfui ta Espagne : il fut condamné à mort; un de ses parents, le vicomte de Lamothe-Canillac, eut la tête tranchée. Un marquis de MontTallais, aotf permettre à ses vassaux de se marier, prenait quelquefois la moitié oa b dot de la future. Un baron de Sénégas avait presaue fait moorir on homme dans un cachot pour quelque sujet de plùnte qu'il avait contre loi. Le baron de Veyrac avait tué un notaire çui avait osé verbaliser contre loi; It marquis du Palais, des huissiers qui lui apportaient une assignation; Is baron d-'Espinj;ha1, un de ses pages, etc- «Telle fut l'activité de la ceor,
encourageait lui-même la sôvéritô des magistrats, c II faut achever de bannir Toppression et la violence des provinces de votre ressort, écrivait-il au président des Grands jours. Vous avez trop bien commencé pour n'en pas venir à bout; » et il fit frapper une médaille représentant un esclave qui se relève, protégé par le glaive royal, avec cette devise expresme : Saius provinciarum repressa potentiorum audacia. Mais , |k>ur les nobles qui vivaient à sa cour, même pour ceux qu i ne lui inspiraient qu'une médiocre estime, il les honora constamment par des marques extérieures de considération *, afin que lui-même, le premier d'entre eux, en parût plus grand aux yeux de la foule.
S'ils avaient des titres, des honneurs, ils n'eurent dans l*État aucune influence politique. Louis XIV n'oublia pas que le vainqueur de Rocroy avait peut-être songé à fonder une nouvelle race royale, et il employa le moins qu'il put les princes du sang, même son frère, de peur qu'ils ne trouvassent l'occasion de se distinguer*. Il se complut à nourrir en eux des goûts frivoles qui, pour plusieurs, devinrent rapidement des goûts honteux. Son frère eût pu être un prince tout comme un autre ; son neveu avait peut-être l'étoffe d'un homme supérieur ; et le prince de Conti était certainement très-brave et très-capable. Ils furent réduits à laisser s'éteindre dans l'oisiveté ou la débauche des talents dont le pays
qu'elle jugea en quatre mois 4000 causes, et la terreur que sa sévérité répandit lut si grande, qu'une foule de coupables s'enfuirent. Il y eut 472 contumaces dont 273 furent condamnés à la potence, 32 à la roue, 44 à avoir la tète tranchée, 28 aux galères, 3 au fouet et au bannissement, 96 au bannissement. » On comprend la popularité que la royauté gagna à mettre un terme à ces mille tyrannies locales. Sous Louis XIV, il ne fut pas possible à un homme de se croire au-dessus (ïe la loi et d'agir en souverain sur ses terres. Cette justice, bien entendu, n'épargna pas les petits. Des coupables de toute condition furent punis. Flëchier parle d'un curé de Saint- Uabel qui fut pendu pour assassinat.
1. On voit dans Samt-Simon que le roi casse un jour sa canne sur le dos d'un valet qui avait dérobé un biscuit (ch. xxx), et que, insulté parle duc de Lauzun, il jette sa canne par la fenêtre pour ne pas frapper un homme de quatilé. « C'est peut-être, ajoute gravement l'historien, la plus belle action de sa vie. > (Ch. dcx.) Un roturier ne pouvait se battre en duel avec an gentilhomme, mais le bourgeois offensé chargeait parfois un gentilhomme de venger son injure. Le roi publia un édit où il décréta : « que les gens d'une naissance ignoble assez insolents pour appeler des gentilshommes ou inviter contre ceux qu'ils auraient appelés d'autres gentilshommes, seraient, en cas de blessures ou de mort, pendus et étranglés, et leurs biens conûsqués. >
2. « Les fils de France, écrit-il dans ses conseils au dauphin, ne doivent jamais, pour la sûreté de l'État, avoir d'autre retraite que la cour et le cœur de leur aine. » [àlémoires de louiiXIV, t. I, année ifiOG.)
eût profité, a II me semble, disait-îl, qu^on m'ôte de ma gloire, lorsque, sans moi, on peut en avoir. » Dans ses conseils il n^ad mit, depuis la mort deMazarln, qu^un seul homme de vieille noblesse, le duc de Beauvilliers, gouverneur des enfants de France ; et il choisit tous ses ministres parmi les personnages de condition médiocre, afin de pouvoir, selon l^énergique expression de Saint-Simon, les « replonger dans la profondeur du néant d'où cette place les avait tirés*, i D ne réserva aux seigneurs que le champ plus restreint de II carrière militaire ; encore eut-il soin de les discipliner par la rude main de Louvois et Vordre inflexible du iahletmy et de leur ôter ou d^annuler les grandes charges qu6 RichdSea avait laissées debout : celle de colonel général de rinfanterie fut supprimée en 1662; le colonel général de la cavalerie était neveu de Turenne ; il garda son titre, mais c on le nourrit de couleuvres ; » il en fut ainsi de Tamiral de France ef dn capitaine général des galères : les officiers de mer cessèrent d'être à leur nomination. Même pour les questions d'honneor et de dignité, que naguère ils vidaient si vite, Tépée à la main, il soumit jusqu'aux ducs et pairs au conseil de sesmaréchaux, ce qui du reste était un bien et Tapplication d*an édit de Henri IV. La noblesse de France n'avait donc pss sa comme celle d'Angleterre devenir une classe politique; elle n'était qu'une caste militaire.
lie tiers état. — Louis XIV aima mieux, suivant en cela les vieilles traditions de la monarchie (voy. le chap. zu), se servir de la classe moyenne, plus instruite et d^aiUeurs j^oi dévouée, parce qu'elle ne sentait pas encore les inconvéniento du pouvoir absolu et qu'elle sentait depuis des siècles ceâi du régime féodal. Louis XIV lui livra toutes les fonctioai financières, politiques et judiciaires; il l'établit pacifiquement dans Tadministration du royaume, alors que toute la vie dn pays s'était retirée dans les conseils du roi et dans le cabiiiet des intendants; il la poussa avec énergie vers l'industrie elle commerce, deux forces des temps nouveaux; et les égardsqaH eut pour ces petites gens qui s'appelaient Boileau, Racine, Ufh iière, annonçaient la prochaine substitution des droits deTeer
1. Il n'était pas de mon intérêt de prendre poar ministres des honinN d'une qualité eminente. Il fallait, avant toute chose, faire connattre ao |Mblic, par le rang même où je les prenais, que mon dessein n'était point ds partager mon autorité avec eux. ■ [Mémoires de LouiiXlVdam$u mnrmt t. [, p. 86.;
GÔU7ERNEMENT DE LOUIS XIV. 295
prit à ceux de la naissance/ Louis XIV prépara donc, bien à son insu, la France démocratique et la Révolution. Cependant il ne faudrait pas voir en lui une espèce de roi bourgeois, un roi des maltôiiers, comme dit dédaigneusement Saint* Simon (chap. vi). Sa politique, la haute idée qu'il avait de sa personne, ce cérémonial rigoureux qui faisait de lui une sorte de divinité redoutable et inaccessible' , ces carrousels, ces fêtes brillantes, tout cela ne rappelle point à notre esprit rimage modeste des* monarchies constitulionnelles. Il y a plus, ces hommes de rien dont Louis faisait ses conseillers, ses ambassadeurs ou ses secrétaires d'État, quittaient leur roture avant d'entrer à la cour. Ils devenaient M. le marquis de Louvois, M. le comte de Pontchartrain, M. le marquis de Torcy. En travaillant avec des bourgeois, le petitfils de Henri IV voulait toujours rester le roi des gentilshommes.
I^ elerfi^éi déclaration de 1682. — Louis XIV se conduisit avet le clergé comme avec la noblesse : en Phonorant, il veilla à ne lui laisser prendre aucun pouvoir. Les grands seigneurs, à peu d'exceptions près, furent écartés de l'Église, comme ils Tétaient de l'administration. Aussi l'aristocratique Saint-Simon reproche-t-il à Louis XIV « d'avoir perdu l'épiscopat, en le remplissant de cuistres de séminaires et de
1. c Si le roi n'avait eu peur du diable, dit Saint-Simon, il se serait fait adorer. > Et quelques-uns étaient tout prêts à le faire. Voyez dans les lettres de Mme de Maintenon, plusieurs billets, celui entre autres où le duc de Richelieu écrit : t Je prie le roi à genoux qu'il me permette de lui aller faire quelquefois ma cour, car j'aime autant mourir que d'être deux mois sans le voir. » Ceci n'est que de l'adulation; mais voyez dans saint- Simon son apothéose par le duc de la Feuillade. On n'avait rien vu de pareil depuis les empereurs romains. Pour Viti/juettef voici ce qu'en dit Louis XIV, dans ses Mémoires (t. II, p. 66) : Ceux-là s'abusent lourdement qui s'imaginent que ce ne soient là que des affaires de cérémonie. Les peuples sur qui nous régnons, ne pouvant pas pénétrer le fond des choses, règlent d ordinaire leurs jugements sur ce qu'ils voient au dehors, et c'est le plus souvent sur les préséances et sur les rangs qu'ils mesurent leur respect et leur obéissance. Comme il est important au public de n'être gou* ▼emé que par un seul, il lui est important aussi que celui qui fait cette fonction soit élevé de telle sorte au-dessus des autres qu'il n'y ait personne qu'il puisse ni confondre ni comparer avec lui ; et l'on ne peut, sans faire tort à tout le corps d'État, êter à son chef les moindres marques de supériorité qui le distinguent des autres membres. ■ -L'étiquette devint la vraie eoDbtitution de l'État. On peut voir, à ce sujet, dans leg Mémoires de Saint- Smion, des détails bien curieux et bien tristes; on y verra surtout combien ce procédé est utile pour abaisser les caractères et les intelligences, tn condamnant les esprits les mieux trempés à faire de vaines puérilités la grande, l'unique occupation de leur existence. Saint-Simon lui-même en fournit la preuve. Avec ce qu'il a dépensé d'activité, de passion, de génie et de persévérance i ces misères, il y aurait eu de quoi faire un homme supérieur et dix bons citnvon«.
296 GOUVEaNEMENT DE LOUIS XIT.
leurs élèves, sans science, sans naissance, dont robwniHèri la'grossièreté faisaient- tout le mérite, i reprocha 4tm^ dans la bouche d'un homme qui avait vteu anc las Boimct, les Fénelon, les Fléchier et les Massillon, IMIenwl honneur de l'Église de France.
Le clergé fut donc, sous Louis XIV, unelbree de pltupooi la royauté. Dans l'alTaire de la repaie, les érâquei souUnnDl même le roi contre Rome. On appelait ainsi le dK^qnV valent les roiade percevoir les revenus *de certuns béoéflon, évëcbés et archsTèchés, pendant la vacance da déga, El 1673, un édit déclara tous les siégesde France Boninaàli régale. Deuï évéques refusèrent d'otéir et furent approUfA par le pape. Louis XIV, pour terminer le différend, conTOqu3 une assemblée du clei^ français, qui adoptn, en I6E!, sous l'inspiration de Bossuet, quatre propositions que les tribunaux et lafacultô de théologie enregistrèrent, et donl voici la substance :
I, Dieu n'a donné il saint Pierre et k ses successeurs aucune puissance ni directe ni indirecte sur les choses temporelles.
3. L'Église gallicane approuve les décrets adoptés par le concile de Constance, dans les sessions IV et V, lesquelles déclarent les conciles œcuméniques supérieurs au pape dans le spirituel.
3. Les règles, les usages reçus dans le royaume el dans l'Église gallicane doivent demeurer in^i-anlablcs.
k. Les décisions du pape, en matiÈre de doctrine, ne sont irréformables qu'après que l'Église les a accepUes '.
Innocent XI n'approuva ni ne cassa ces résolutiona, mail il refusa d'accorder les bulles d'investiture aux évequsa nommés par le gouvernement qui avaient été membres de l'nsemblée, de sorte qu'à sa mort il se trouvait 99 dlMAwi Apourvus de titulaires. Cette affaire (ut terminée en IfiOS par une transaction. Innocent XII accorda les bulhi d'investiture, et le roi cessa d'imposer aux PacultAs de
1. > Cb lut 1< If mare ISBI qu« l'aueinblés du clargi Bt c*lU cUUn décUralion, qui «si dd des baux titres de U tUAn da Bounet it i* l'Eglise dB France. ■ {tiiitoire dt Baiitul, par le eudinal di nintii* livre IV, D° 14.) Le>caraclère Ifigal de cette déclaration t été canBrmè par .,. :,.. „... . /». — 78 1753), dn conseil (U mir* iloaj aldek
tbtorogie l'obligation d'enseigner les quatre propositions de
rrotcatanto, Ji»>énlate«, qnlétlalea '. — Ces débals avec la cour de Rome ne proûtaient pas aux dissidents. Au moment le plus vif de la querelle, le roi révoqua l'édit de Nantes (7oir p. 249 j. Il ne ménagea pas davantage les jansénisteé, qui étaient, sur certains points, en désaccord btcc i^lise romaine. Ceux-<:i devaient leur doctrine à,un évfique aTpres, nommé Jansénius, mort en 1638, et à l'abbé de
le «bhaye di Porl-Ho]rBl
Saint-Cyran, lesquels avaient soutenu quelques opinions qui semblèrent nouvelles sur la grâce et la prédestination. Le jansénisme mérite un souvenir surtout ii cause du caractère des hommes qui l'ont défendu. Les plus illustres d'entre eui, le grand Arnauld, Lemaistre de Sacy, Nicole, Lancelot, se retirèrent à Port-Royal des Champs, prèa de Versailles, où Pascal vint aussi se fixer en l&bk, et là, vivant comme des solitaires, ces puritains du catholicisme donnèrent au monde l'exemple du travail assidu des main? et de l'esprit, de la piété la plus vive et d'une austérité qui
ledHiailiqut Ai Jix-iepliè<
l Dupin,
allait jusqu'à Tascétisme. Ils firent, le plus souvent en eonimun, d'excellents livres qui serrent encore; ils eurent (Tillustres élèves, entre autres Racine; ilâ gagnèrent à une po^ tie de leur doctrine la magistrature presque entière et, sana qu'on s'en rendit compte, Tesprit d^opposition politique se cacha sous l'opposition religieuse.
Louis XIV déféra plusieurs fois leurs opinions à la courde Rome ; et, comme la secte ne se soumettait pas aux décisions de l'autorité spirituelle, il se servit contre elle, avec une sévérité qu'on trouva alors même excessive, des armes temporelles. (1 fit détruire, en 1709, Port-Royal des Champs. Les malfaiteurs frappés par la loi reposent du moins dans le dei^ nier asile : les corps de solitaires inofTensifs furent déterrés , et Ton vit des chiens s'en disputer les débris. Quatre-vbgti ans plus tard, c'était la tombe de Louis même qui était nolée, et les restes des rois qu'on traînait sur le pavé des rues !
Ces violences, qui chargent Tavenir de tant d^expiatioiis ' malheureuses, semblent d'abord réussir» Louis put crointo jansénisme anéanti avec Port-Royal. Cependant, à peu de temps de là, un livre du P. Quesnel, prêtre de POnitoire, ranima 133 troubles, et les morts ressuscitèrent. Cent une de ses propositions furent condamnées à Rome par la bulle Owh genitus que le roi imposa, en 1 712, à tout le clergé de Fnaàè, Les opposants furent punis de la disgrâce, dis laprisoiiûn'd^ l'exil. Le quiétisme eut le même sort. C'était une viâUe doetrine rajeunie et répandue par une femme, Mme Guyon : c II faut disait-elle, aimer Dieu pour lui-même, d'un amour pur et désintéressé qui ne soit inspiré ni par l'espérance des béatitudes célestes ni par la crainte des châtiments. > FéneloQ, ancien précepteur du duc de Bourgogne, archevêque de Cambrai, ayant paru défendre cette opinion dans un livre intitulé les Maximes des saints, Bossuet dénonça l'ouvrage (1699),' que le pape, après une longue hésitation , condamna. Fénelon se soumit avec Tabnégation la plus chrétienne. Il allait monter en chaire, quand il reçut le bref qui proscrivait ses doo trines; il laissa le sermon qu'il avait préparé, et prêcha sur l'obéissance qu'on doit à l'Église, en termes si touchants, si forts, que sa défaite fut plus admirée que la victoire de Bossuet.
CH'ation de la pollee} nombreuse armée jperauinente. — Deux institutions aidèrent le roi à accomplir cw
travail d'omnipotence monarchique, la police et l'armée. La première fut de sa création. En 1667, il établit un magistrat chargé de veiller à la police de Paris, Nicolas de la Reynie, qui eut pour successeur, en 1697, le marquis d'Argenson : ce furent les deux premiers lieutenants de police. Ils mirent dans la ville plus d'ordre, de propreté et de sécurité. Alors commença le système de l'éclairage public; nous le trouverions bien grossier : du 1®' novembre au P' mars, on plaçait à rentrée et au milieu de chaque rue ui^i lanterne dans la< quelle brûlait une chandelle! il y eut 5000 de ces fanaux dans > Paris (les réverbères ne datent que de 17(i5). Le guet fut augmenté ou plutôt institué. Le corps des pompiers remplaça les capucins dans le service des incendies (1699). Les rues étroites, souvent défoncées et toujours couvertes d'imriaondices, furent nettoyées, élargies, pavées; les carrosses et les fiacres pour le public furent établis : Pascal imagina môme les omnibuSj qui alors ne réussirent pas ; l'habitude d'aller à cheval dans Paris ne fut conservée que par quelques représentants entêtés de Tautre siècle.
Cette police servit à autre chose : elle surveilla les écrits*; elle arrêta à la poste et lut, dans ce qu'on appela plus tard le cabinet noir, les correspondances suspectes; et, pour débarrasser le gouvernement des formes trop lentes de la justice, elle multiplia les lettres de cachet, qui ôtèreut toute garantie à la liberté individuelle des citoyens. Ce nouveau pouvoir, chargé de surveiller les personnes et les opinions, devint donc comme l'œil toujours ouvert, toujours défiant de la royauté*.
1. En 1694, un imprimeur et un relieur furent pendus pour un libelle, par sentence de la Reynie. Plusieurs personnes^ pour la même affaire, lurent mises à la question ou moururent à la Bastille. L'auteur d'un pamphlet contre Tarchevèque de Reims fut enfermé dans une cage de fer au Mont-Saint-Michel, etc. (H. Martin, t. XVI, p. 227.)
2. On appelait lettre de cachet une lettre écrite par ordre du roi, contresignée par un secrétaire d'État et cachetée du cachet du roi, en vertu de laquelle la police enlevait un citoyen et le transportait dans une maison de force, ou il était retenu sans jugement, souvent même sans qu'on pût le voir ou lui écrire, tant qu'il plaisait au gouvernement. On peut lire dans Saint-Simon l'histoire de ce pauvre prisonnier de la Bastille qui avait été arrêté le même jour qu'il arrivait à Paris de Tltalic, son pays natal. Il resta enfermé pendant trente- cinq ans, sans savoir pourquoi, sans qu'on Teût interrogé. Quand le régent, après la mort du roi, eut ouvert les portes de la Bastille, ce prisonnier demanda tristement ce qu'on prétendait qu'il pût faire de sa liberté. « Il dit qu'il n'avait pas un sou, qu'il ne connaissait qui que ce fût à Paris, pas même une seule rue, personne en France; que ses parents d'Italie étaient apparemment morts depuis qu'il en était parti, qae ses biens apparemment aussi avaient été partagés.
L'armée servit aussi à un double but : elle fit face aux ennemis du dehors ; et, au dedans, elle brisa toutes les rér sistanccs que rencontrait la volonté du souverain. On a vu que, pendant la guerre de la succession d^Espagne, elle dépassa le chiffre de (^50000 homines. GPest donc de ce règne que datent les grandes armées permanentes, écoles de dîseipline, de loyauté et d'honneur, mais aussi charge bien lourde pour les finances du pays. Cette nombreuse armée, qui fit longtemps triompher Louis XIV de ses ennemis, devint à rintérieur, dit Lemontey, « un instrument souple, prompt et docile, qu'il appliqua sans trop de réserve à toutes les branches de l'administration. » Ainsi, les troupes allèrent dans les provinces protéger Textension progressive de Pautorité des intendants; dans les temps ou dans les lieux diffiéiles, elles hâtèrent par la terreur la levée des impôts ; enfin on lenr confia jusqu'à l'emploi assez extraordinaire de raittenerla conscience des dissidents à l'unité dé la foi*.
£iB cour. — Ainsi tous les ordres de l'État, tontes Iw autorités qui existaient en France, toutes les conditions, -pariements, noblesse, bourgeoisie, elergé et dissidente, Muent réduits et dominés. Sous cette pression du pôuvoiîr, les caractères s'abaissaient. Vauban, Gatinat, Fénelon, résislairat à la contagion. Saint-Simon , qui s'en faisait dans lé secret le juge inexorable, en restait dans le public le témoili muet et soumis ; Gondé lui-même , malgré son rang , ses services et sa fougue, s'iètait fait courtisan. Turenne seul cVestoit maintenu en estât de faire entendre au roi bien des véntéi que les autres n'osoient dire, estant rampant misérablement*. »
qu'il ne savait que devenir. Il demanda de rester à la BasUlIe le reste ëe ses jours, avec lu nourriture et le logement. ■ {^Mémoiret de Salat-Stmon, chap. GLXX.) Il fut fait un cruel et odieux abus (le ces lettres de eâchel, surtout sous Louis XV, à qui le président de la cour des aides, llales' herbes, disait, en 1770 : c Grâce a elles, aucun citoyen n'est assaré de ne pas voir sa liberté sacrifiée à la vengeance. >
1. Ces moyens réussirent du moins momentanément. Sauf la gnem des Cévenncs, il n-y eut que de rares émeutes. Celle de Bretagne est restée célèbre gr&ce aux lettres de Mme de Sévigné. < On a fait une taxe de eent mille écus sur les bourgeois, et si on ne trouve pas celte somme dans vingt-quatre heures, elle sera doublée.... On a chassé et banni tonte ose grande rue et défendu de les recueillir sous peine de la vie; de sorte qv'on voyait tous ces misérables, femmes accoucnées, vieillards, enfants, errer e t pleurer, sans nourriture et sans avoir de quoi se coucher. ÀTant-hier on roua un violon qui avait commencé la danse et la plUerie da papier timbré.... On a pris soixante bourgeois, on commence demain à peadre... • 30 octobre 1675. A la même époque, révolte aussi àBordeaox, et Ton pendit beaucoup.
Q. Paroles de Turenne lui-môme à d*Onnesson.(Caiéruel, ibid,, p, 275. ^
GOUVEHNEHENT DE LOUIS XiV. 301
L'oaserriBBement géuâral ne se montrait nulle part autant qa'à la cour, où Louis imposait à la haut« noblesse une captivité dorée. Versailles avait été construit dans ce dessein etia France entière y tenait, sous l'œil et sous la main du roi. Qui ne rivait point dans cette sphère lumineuse dont Louis étut le centre, n'était pas compté, oul'étaitparmi les mécont«nts et les sots ; les uns que nulle grâce n'atteignit jamais;
il-de-Bœurà Venaillci'.
les autres que poursuivaient les sarcasmes sur leurs façons provinciales (la comtesse d'Escarbagnas, H. de Tourceaugnac, etc.). Trois conditions furent mises à la faveur du prince ; demander et obtenir un logement k Versailles*, su i-
302 GOUVERNEMENT DE LOUIS XlV.
vre partout la cour, même malade , même mourant, efttM approuver'. Pendant vingt ans le duc de la RoGhefoiXeaiill ne découcha point, pour ainsi dire, du palais ; mais jusqa'àtt dernière heure, il eut Toreille du maître. Le marquis de Dangeau resta cinquante ans auprès du roi, toujours dons h même faveur ; quel est le secret de cette longue et persistante fortune? Mme de Maintenon le dit : c M. Dangeau qui im veut rien blâmer , » et par conséquent qui applaudit à tooL Voilà la roule des grâces et des honneurs. Henri IV renvoyait ses nobles à leurs maisons des champs, son petîi-fils lesrstenait dans ses antichambres. Plus donc de grande existence seigneuriale, plus de vie d^ famille, plus de rapport, plosde communion avec le pays ; mais une existence factice où cçr- ] taines qualités de Tcsprit se développent , où se perdent b vraie dignité et toutes les vertus qui y tiennent.
A ces fêtes splendides de Versailles, je vois bien briller, an i milieu de toutes les merveilles des arts, une société incomparable pour son esprit, son élégance, ses grandes lûanières, mais j^y vois aussi les trop nombreuses erreurs du prince à peine couvertes d^un voile transparent. Les premiers personnages de rËtat, de graves magistrats, des prélats illustres n'osaient protester, même par leur silence ou leur retraite, contre le scandale de liaisons doublement adultères. La dnchesse de la Val Hère se fit pardonner une fortune qui Peffrayait, par son humilité, par sa douceur, enfin par son éditant repentir. L'adultère Montespan régna plus longtemps sur la cour, malgré les rivales que ses emportements ne suffisaient pas à écarter. Mais elle-même, à son tour, fût supplantée par la marquise de Maintenon , qu'elle avait chargée de l'éducation de ses enfants, et la veuve du cul-de-jatte Scarron devint l'épouse de Louis le Grand (1685).
Le trouble ne fut pas seulement dans la maison ro^'ale; fl menaça d'être aussi dans l'État, car Louis, violant toutes les lois civiles et religieuses, plaça à côté des princes du sang les princes légitimés. Il força la cour à respecter les uns à l'égal des autres ; et la moralité publique reçut un coup dont
portant, dans l'armée. Tadministration, même dans TÉglise, c'était d'avoir obtenu un logement a Versailles. Dans la plupart, un laquait se fûttroaTi mal à l'aise ; Saint-Simon est au désespoir de perdre le siea.
1. Voyez dans Saint-Simon l'odieuse conduite du roi forçant la daehsiie de Berry à>e suivre étant malade, et les cruelles paroles qall laissa éelitp" per, quand on lui apprit que la princesse était blessée.
elle a été bieD lente à
relever. Les leçons de scandale qui tombaient du irône ne furent pas en effet perdues , et la corruption qui fermente, malgré l'apparente austérité des dernières anpées, éclatera, sans retenue comme sans pudeur, sous le nouveau règne. Ces ducs d'Orléans et de Vendôme livrés k de sales débauches, ce duc d'Antin surpris en flafcrant délit de vol ', et tant d'autres qui savaient corriger au jeu les chances de la fortune ; ces princesses du sang qui, h
Marly, à deux pas du roi et de Mme de Maîntenon, envoient chercher de si étranges passe-temps ' ; cette cour enfin, qui
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I ducheiie de la Ferlé rêiin
une espèce de Iansi!uen«l mai» cW qu'ils me volei
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lassit chei elle ses fouriiisseï aulour d'une grande tahle ,. Elle me disaTl à Toreille :
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GOUVERNEMENT DE LOUIS XlV.
selon Tcxprcssion de Saint-Simon, c suait lliypo riâèS« lout montre, sous un roi qui se fait dévot, ne pouvait flpi être autre chose, que la morale, la conscience et. la di^ailé humaines ne sont jamais impunément violées. Déjà mêBe^ en plein Versailles, s'entend un cri précurseur. En ftos di ces vices dorés, la Bruyère écrit : t •••• Les grands n^oil point d'âme ; je veux être peuple *. » C'est à VersaîBes <|M s'est perdue la noblesse de France. L'ennui officiel j WÊf duisit aux débauches secrètes ; la dévotion de commanda à l'impiété; l'habitude de tout recevoir du monarque à k croyance que tout était dû non aux services, mais à la iflrvilité.
Symptômes d'un esprit noiiTeMi. — Cependant dM hommes qui n'étaient peut-être pas de grands esprits, nuii qui étaient certainement des cœurs honnêtes et des carad^ res élevés, Fénelon, le duc de Beauvilliers, Saint-Simon, Gitinat, voyaient poindre les nuages à l'horizon et q'uelque»iiBi hasardaient de respectueux conseils. Vauban, qni soulfraH de toutes les douleurs' du pays, fit des plans aussi ponr 1m soulager; il demanda le rétabliasemei^^de Tédit de Nantsi et le retour à la tolérance religieuse ; Û proposa de remplacer tous les impôts par un impôt unique, la dime royob, qaB tous, nobles et prêtres, payeraient comme les roturiers. Quand il présenta, en 1707, ce livre au roi, Louis, oubliant les immenses services du maréchal, fit condamner Fouvrago
les trouva qui fumaient avec des pipes qu'elles avaient envoyé eherehir au corps de garde suisse. Monseigneur leur fit quitter cet exercice; mil la fumée les avait trahies. Le roi leur fit le lendemain une rade cwrie tion. I (Saint-Simon, cbap. xxxin, t. II, p. 133, année 1695.) Salnt-SiiMi accuse Monsieur d'avoir perverti son fils par ses exemples, et le prinee Ai Conti, le duc de Bourbon, d'avoir contribué à cette éducation.
1. Les Lettres de la mère du récent confirment en tons points cei BMBb de Saint-Simon. On peut voir aussi dans les Lettres et les Mémoins do la marquise de Courcelles (bibliothèque eizévirienno de Jeannet), que legrâid siècle se permettait bien des choses que ne se permettrait |Uot mÎu^ En 1703, Mlle de Conti, princesse du sang, n'avait que dix ans et veutt de faire sa première communion. Le roi l'exhortait a persévérer. « Mllli répondit-elle, il y a bien des gens à la cour qui se moquent de mes exw* cices de piété. > Le roi s'étonne, c Oui, dit-elle, on me raille, qaaiid Ji vais à confesse. ■ C'est Mme de Maintenon qui rapporte ce fait dans Mi lettres aux demoiselles de Saint-Cyr. Voilà où en était la cour doosi ans avant la mort du roi. Et elle ajoute avec un sentiment de religienie tristesse : ■ Nos jours sont longs ici (à la cour), la jeoneaM meurt d'ennui. »
2. Caractèrest chap. de VBomme, Pascal, discutant les privilèges des nobles et des rois, leur avait dit en face : c Vous n'êtes que des rois de concupiscence, t Discours sur la condition des grands, p. 401 de l'édition de M. Il.ivct
iri. Les vœux patriotiques d'un grand citoyen étaient ionuneles idées perverses d'un rêveur sacrilège. Six es après, Vauban mourut. Le roi Pavait appelé d'un li doit lui servir aujourd'hui de titre d'honneur : < Un i pour l'amour du public, i
ert, déjà, était mort désespéré; Racine était tombé en e aussi par un acte de patriotisme*, et c'était moins nions religieuses que ses idées politiques qui avaient Fénelon cet exil d'où il ne revint pas. Autour de son .0 duc de Bourgogne, s'était réveillé l'esprit aristoe qui cherchait à secouer les chaînes dorées de la no-
et le duc de Saint-Simon, le comte de Boulainvilliers snt dans le silence leurs pages passionnées et fières. ette Grèce ancienne qu'il aimait tant, Fénelon avait ô ridée, qu'il transmit au dix-huitième siècle, que yeniements sont faits pour les gouvernés. Si l'on le dire tout haut au dedans, on le disait au dehors le hardiesse singulière. Dès Tannée 1690, il s'imprit Hollande quinze mémoires sous ce titre : Les soupirs ronce esclave, où l'on réclamait, comme de vieàles
du pays, les privilèges des trois ordres et la convocas états généraux. C'étaient des signes précurseurs )rit nouveau qui allait au dix-huitième siècle agiter ité française, après la double épreuve des courts s et des longs dangers de cette royauté absolue dont KIV venait d'être la plus éclatante personnification
rait remis à Mme de Maintenon an mémoire sur la réforme des
Sui irrita beaucoup le roi. Saint-Simon, si hostile lui>mëme an la règne, dit de Catinat : « Il déplorait les fautes commises, le lorance, l'inquisition mise à la place de la police, et, voyant tous I de la destruction, prédisait qu'il n'y avait qu'un comble tres> X de désordre qui put enfin rappeler l'ordre dans le royaume. •