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CHAPITRE LIV

Caractère littéraire da dlx-sepilème slèéto m France. — Le seizième siècle avait fait la réforma rali-

gieuse, le dix-huitième siècle fera les réformes politiqnn. Placé entre ces deux âges révolutionnaires, le diz-s^iUèma eut, dans les lettres, un si parfait équilibre des forces de Tesprit, une puissance d^écrire si complètement égale à la puissance de penser, qu^il est resté par ezcellenee k siècle littéraire de la France. Les générations qui vtfent dans les jours d^orage, au milieu des discussions brûUiites, vont plus haut et plus bas^, mais n^arrivent jamais à cette calme et sereine beauté que la postérité ne se line plus de contempler.

liC siècle de IjOhIp XMV avant lioaU UlT. •— Quelll part revient au roi dans cette gloire de Tesprit AnançaiiT Une très-considérable, disait-on autrefois. Aujourd'hui on sait mieux qu'au moment où LK)uis prit en main le goo. vernement, la France avait déjà recueilli la moitié de la gloire littéraire que le dix-septième siècle lui résemit Corneille, Descartes, Pascal, avaient donné leurs chefsHiVMlvre;Mme deSévigné, la Rochefoucauld, Molière, la Fontaine, Bossuet, étaient en pleine possession de leur talent; enfla les deux plus grands peintres du siècle, Lesueut et Poussiii, étaient morts ou allaient mourir. La société firançaise aviit donc en 1661 toutes les forces de Tesprit. Une seule chose lui manquait, le goût, c'est-à-dire la juste proportion des choses. Voiture, Mlle de Scudéry, régnaient, mais les

1. Prineipaux ouvrages à consulter : Charles Perrault, JfAnoîret; PilUi- 80D, HiiUnn de V Académie française; Voltaire, Siècle de LowU Xif% chap. xxzii; Walckenaër, Vie de Mme de Sévigné; Nisard, Hiêtoén éè ta littérature ffanquiHi Demogeot, id.

Provmeiales (1656) avaient porté le premier coup, les Précieuses ridicules (1659) le second; le troisième sera frappé par Boileau, qui venait d'écrire sa première satire.

On sait aussi, par ceux qui vinrent ensuite, qu'il n^y t pas au monde de pouvoir capable de faire un grand écrivain, quand la nature, l'éducation et les circonstances ne Font pas produit. Tout ce que le génie demande à la puissance, c'est de ne lui être pas contraire. Elle ne lui donne -pas la voix, mais elle peut l'étouffer. Elle peut aussi le soutenir, l'exciter par des faveurs, mieux encore par des égards, et c'est ce qu^ Louis a compris et fait admirablement. Lui dont une parole; un sourire, étaient regardés «omme une précieuse récompense, même pour d^éclatants services, il comblait d'égards Racine; il se laissait battre dans une discussion littéraire par Boileau; il permettait à Mansard de lui parler à toute heure ; et les grands virent peut-être un jour le fils d'un tapissier, l'auteur du Misanthrope, assis en face du roi à celle table où les princes du sang eux-mêmes ne venaient s'asseoir qu'aux jours les plus solennels de leur vie '.

Au reste, les muses reconnaissantes rendirent bien plus qa^elles n'avaient reçu : elles ont consacré son nom. Nousmême, tout en croyant que les Mécènes ne font pas les Virgiles, nous conserverons le mot consacré de siècle de Louis XIV pour désigner cette période de notre litlérature qui s'étend des commencements de Corneille à ceux de Voltaire, parce que Louis eut pour les arts et les lettres un goût et des faveurs auxquels nous ne devons assurément aucun de nos grands écrivains, mais qui, en honorant les lettres, ont préparé leur puissance.

Ijes aeadéinies et les pensions. — Louis XIV n'estimait pas que la littérature fût une force, et de son temps elle ne l'était pas encore; mais il la regardait comme un ornement nécessaire, comme un luxe digne d'un grand roi. Il favorisa donc les lettres, toutefois en les disciplinant, et il y eut sous lui. comme Richelieu l'avait commencé, un véritable gouvernement de la littérature : Colbert en fut le ministre. On a'

1 . On a contesté Tanccdote du roi partageant avec Molière son en-cas^ parce qo'elle n'est rappelée que dans les Mémoires de Mme de Campan; mail le fait de Louis XIV versant à boire à Scaramouche n'est guère contesté et permet bien d'accepter l'autre. (Despois, Det influe^MU royaUi en liHtrature.)

808 LE SIÈCLE DE LOtns XIV.

déjà vu comment il essaya de l'organiser, en fondant^ demies, nobles asiles de l'esprit et de la scieace, qi ' ' tracer les règles, donner le ton et, si j'osa dire, i mesure. Leurs membres eurent comme des fonctions'p ques dont les pensions et les jetons de présence furent te * traitement. L'Académie française continua à préparer le dittionnaire de la langue, et, pour hâter son travail, Colbert détermina les heures de ses séances'. L'académ' criptions fit des devises pour les médailles et les écuasoos, des inscriptions pour les moDumetits dont l'Académie de peinture et de sculptofe arrêta la décoration. La mission de VÀcadémie des edences fut déterminée par cette légende de la médaille frappée pour sa fondation : Naturx investigânàt et perfidendii artibui.

Les académies iormaient les corps constitués de la littérature, des sciences et des arts. Leurs membres les plus éminents avaient en outre des fonctions ofScielIcs* et un raogt la cour. Jules Mansard était premier architecte et surintendant de^ bâtiments du roi; Lebrun, son premier peintre ; Lulli, son premier musicien. Louis XIV ne fit pas de la poésie uoe chaîne de cour: il se contenta de l'enchaîner par des faveurs; mais il en fitunedel'histoire, comme pour maîtriser d'avants le jugement de la postérité. Racine et Boileau furent ses bi^ toriographes. Son valet de chambre, Molière, eut même un rôle dans la grande pièce qui se jouait si gravement à Versailles autour du roi. Louis, qui faisait monter la noblesse sur te char de triomphe de la royauté, laissa volontiers le poète lui lancer d'en has des sarcasmes acérés, et au besoin lui indiqua quelque fflcbeux qu'il avait oublié, un marquis sur lequel l'immortel comique n'avait pas frappé *.

I. Il lai Bt donner > dm pendule, a.Yae Drdre au sieur Thoral, borloar, de Ift coudoirs et de t'antrelsnir. • En mime temps pour BlimnLer IsiHe de) académiciens, il leur aocorda dea jeloci de prcienee, et depula cetH

époque, dit une méohante langue, on trïTailla mieui et daun (oii '

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première. U taul ponrtant dire qoe la pensioi

:n rapport arec le mËrite.

A l'eiception des Fimntr» lamnlta, ai des pédant*

ire, IDOO; Dauvrler, • iaYanl|> < de la plus belle imaginaUiu pensions n'étaient pas preciii-

I. — c Dans Téloquence, dit Voltaire, dans la poésie, dans la littérature, dans les livres de morale et d'agrément, les Français furent les législateurs de l'Europe . La véritable éloquence était partout ignorée, la religion enseignée ridiculement en chaire, et les causes plaidées de même dans le barreau. Les prédicateurs citaient Virgile et Ovide ; les •focats, saint Augustin et saint Jérôme. Il ne s'était point IBBCore trouvé de génie qui eût donné à la langue française le tour» le nombre, la propriété du style et la dignité. Quelques vers de Malherbe faisaient sentir seulement qu^elle était capaUe de grandeur et de force ; mais c'était tout. Les mômes génies qui avaient écrit très-bien en latin, comme un président de Thou, un chancelier de l'Hôpital, n'étaient plus les mêmes quand ils maniaient leur propre langage, rebelle entre leurs mains. Les Français n'étaient encore recommandables que par une certaine naïveté qui avait fait le mérite de Joinville, d'Amyot, de Marot, de Montaigne, de Régnier, de la Satire Ménippée.

c Jean de Lingendes, évoque de Mâcon, fut le premier orateur qui parla dans le grand goût. Ses sermons, quoique mêlés encore de la rouille de son temps, furent le modèle des orateurs qui l'imitèrent et le surpassèrent. L'oraison funèbre de Victor-Amédée, duc de Savoie, prononcée par Lingendes

BD bomme de cœur, Molière a rarement ménagé la noblesse. M. et Mme de SoitenvilUt la Comtetse d'Etcarbagnas, lee Fâcheux et le marquis da Mitanthrope en peignent les ridicules ; le comte et la marquise du Bùw^eoi» gentilhomme sont de véritables escrocs, et Ton ne saurait Toir dans cette marquise et dans la femme de Georges Dandin que des libertines sans

Ïidear. L'athée du Festin de pierre est un gentilhomme ainsi que Tétait le enleur de Pierre Corneille. Après Molière, Regnard créa le proverbe du Saûie, marquis. Dancourt. qui fut le poëte de la vieillesse de Louis XIV, et qol parvint souvent à l'amuser, alla plus loin gue ses devanciers : on ferait grâce à ses gentilshommes et à ses capitaines de ne les envoyer qo'aox galères, témoin le* Curieux de CompiègrU^ qui eurent un grand suc* eës. » (Lemontey, Estai twr la monarchie de Louis XI Vt p. 372.r L'histoire politique doit relever aussi dans Ooileau, qui fut un parfait honnête homme et qaelqaefois un homme courageux, ses sarcasmes contre la noblesse et contre quelques abus d'église, ses vers sur la mort de Molière, sur la

choses qui se passaient autour de lui; ses fables ne sont point si candides qu'elles en ont l'air. Cizeron-Rival raconte dans ses Récréations littéraires (p. S) ane assez vive dispute sur le ponvoir absolu des rois entre Racine et la Fontaine, que Racine, à bout de raisons, termina, oomme fit un jour le cardinal de Retz, par une citation latine de l'Écriture qu'il improvisa poor les besoins de sa cause. Le dédain de Louis XIW pour le bonhomme permettait i celui'Ci d'échapper au prestige de la cour et de fixer les yeux sor des choses que Boileau ni Molière n'osaient regarder en face. Fénelon aussi les vit et les attaqua. .

en 1637, était pleine de si grands traits d'éloquence que fAchier, longtemps apr.ès, en pritTexorde tout entier, aiuâbiflB que le texte et plusieurs passages considérables pour en orner sa fameuse oraison du vicomte de Turenne.

c Balzac (159^-1654), en ce temps-là, donnait du nombre. et de rharmonic à la prose. Il est vrai que ses lettres ètamat des harangues ampoulées; il écrivait au premier cardinal ds Retz : c Vous venez de prendre le sceptre des rois et la li-. « vrée des roses. » Avec tous ses défauts, il charmait Poreille. L'éloquence a tant de pouvoir sur les hommes» qu*on adndn Balzac pour avoir trouvé cette petite partie de l*art, ignorée et nécessaire, qui consiste dans le choix harmonieux des paroles, et même pour Tavoir employée souvent hors de n place.

c Yoiture(1598-1648}donnaquelque idée des gràcesMgiKi '' de ce style épistolaire qui n'est 'pas le meilleur, paisqallne { consiste que dans la plaisanterie. C'est un baolînage, que deux j tomes de lettres dans lesquels il n'y en a pas une qui pvtB { du cœur, qui peigne les mœurs, les temps et Iqé. caradèm des hommes ; c'est plutôt un abus qu'un usage- dc^^espriL • Voltaire est ici trop sévère, il y a mieux que de Véi^nt dans Voiture; il avait de la probité, du courage, le! ofnir'hinl- j placé, et sut forcer les grands, comme le fit Voltaire hil- j môme, à compter avec lui. En tant qu^écrivdn il a. un asm j mauvais renom, et il n'importe pas de le réhabiliter fc'ee ! titre; mais trouver un honnête homme de plus dans noin ^ histoire n'est pas indifférent, et Voiture était cet bomme-Ii* Un juge lui fait gagner dans un procès plus quMÏ ne defsil lui revenir, il dédommage sa partie adverse. Un dé ses amis est volé : il lui écrit : c Ces honnêtes gens ont-ils en la cbi)Pf • toisie do vous laisser un peu d'argent? Dans Papprôhennoo ; que j'ai qu'ils aient manqué à cette civilité, je vous envoib cent pistoles et vous en garde deux fois autant en cas de besoin. »

a Un des ouvrages qui contribuèrent le plus à former b goût do la nation, reprend Voltaire, fut le petit recueil dn Maximes de François, duc de la Rochefoucauld (1613-1680)* Quoiqu'il n'y ait presque qu'une vérité dans ce livre, qui est que V amour-propre est le mobile de tout, cependant cette pensée se présente sous tant d'aspects variés, qu'elle estpresqno ' toujours piquante. C'est moins un livre que des matériaox pour orner un livre. On lut avidement ce petit recueil ; 0

accoutuma à penser, et à renfenner ses pensées dans un tour vir, précis et délicat.

■ Mais le premier livre de ^nie qu'on vit en prose fut le recueil des Leltrei pTovinciaha *, en 1657. Toutes les sortes d'tïloquence y sont renfermées. Il n'y a pas un seul mot qui, depuis cent ans, se soit ressenti du changement qui altb'e

CMUdrtl* de Ueaux.

Rouvent les langues vivantes. Il faut rapporter Ji cet ouvrage l'époque de la fiialion du langage. L'évoque de Luçon, QIs du célèbre Bussy, m'a dit qu'ayant demandé à M. deMeaui quel

:s de IMicartei, c

irt de la milhode de Deacartt la de Pascal; mai* it n'aimait iDipècbait da nodre jaitice à h

LE SIÈCLB DE LOUIS XIT.;

ouvrage il eût mieux aimé avoir bit, s'il a'mit pu ùllta '

siens, Bossuet lui répondit : s Les Lettret jiiiiiiimiiilM.

« Ûq des premiers qui étala danq la chaire on* rdmitofr jours éloquente, fut le P. Bourdaloae (1633-1704), TQn Vu 16SS. Ce fut une lumière nouvelle. Il j a eu t{»te lui d'uitni onteun de La chaire, comme la P. Haaaillon (166S-in4 évéque de Clermont, qtii ont répandu dans leurs dîaeovn plus de grâces, des peintures plus fines et plus pénétniitil des mœurs du siècle , mais aucun ne l'a Ût ouUiw. Dm son style plus nerveux que fleun sans aucune 'iiigjtialîfti dans l'oxpre^sion li parait vouloir plutôt CQUvaïlure f

toucher, et jamais il ne songe à plaire. > Apite I^çnlr mtendu. Urne de Sévigné écrivait : < Le sçrmon du P.'&onrdiloue était d'une force à faire trembler les courtiiipi.... D frappe comme un sourd, i

( II avait été précédé par Bossuet (1627-1704), depuis 6vèque de Meauz. Celui-ci, qui devint un ai grand homme, mît prêché assez jeune devant le roi et la reine-mère, en 1S61| ionglemps avant que le P. Bourdaloue fût connu. Sea (Utcours, soutenus d'une aclion noble et touchante, les premian qu'on eût encore entendus à la cour qui approchassent du sublime, eurent un si grand succès que le roi fit écrire bb son nom à son père pour le féliciter d'avoir un tel fila. Cependant, quand Bourdaloue parut, Bossuet ne passa pli»

iwurlo premier prédicateur. Il a'élait déjk donné aux oraisoQs Tunëbres, genre d'éloquence qoi demande de l'imagination et une grandeur majeatueuse qui tient un peu à la poésie. L'oraison funèbre de la reine-mère, qu'il prononça en 1667, lui valut l'évèché de Gondom; mais ce discours n'était pas encore digne de lui ; et il ne fut pas imprimé, non plus que ■es aermoDB. L'éloge funèbre de la reine d'Angleterre, veuve de Charles I", qu'il fit en 1669, parut presque en tout un cùef-d'œuvre. L'éloge funèbre de Madame, enlevée à la fleur

de son ûge et morte entre ses bras, eut le plus grand et le irfus rare des succès, celui de faire verser dee larmes à la cour : il fut obligé de s'arrêter après ces paroles : 0 nuit àéttatrevat, nuit effroyable, où retentit tout à coup cùmme vn éclat de tonnerre, cette étonnante nouvtlle : Madame m nuarl l Madame ett morte l L'auditoire éclata en sanglots, et la voix de l'orateur fut interrompue par ses soupirs et par ses pleurs, t Les Français furentles seuls qui réussirent dans ce genre d'éloquence. Le même homme, quelque temps après, en inventa un nouveau, qui no pouvait guère avoir de succès j]u'enlre .«es mains. Il appliqua l'art oratoire h l'histoire même, qui sembla l'exclure. Son Discoun stir l'histoire uni'

verselle, composé pour Téducation du dauphin, n^ en m modèle ni imitateurs. On fut étonné de cette force ma]e8tuein6 dont il décrit les mœurs, le gouvernement, raccroissementet la chute des grands empires, et de ces traits rapides dVise vérité énergique dont il peint et dont il juge toutes lesnar tions*.

« Presque tous les ouvrages qui honorèrent ce siècle étaient dans un genre inconnu à l'antiquité. Le Télémaque est de ce nombre. Fénclon (1651-1715), le disd|>le, Tami de Bossnet» et depuis devenu malgré lui son rival et son ennemi, oodh posa ce livre singulier, qui tient à la fois du roman et do poème et qui substitue une prose cadencée à la versificatîoB. Il semble qu^ilait voulu traiter le roman comme M.deMetun avait traité Thistoire, en lui donnant une dignité et dn charmes inconnus, et surtout en tirant de ces fictions um morale utile au genre humain. Il avait composé ce li?rep(mr servir de thèmes et d'instruction au duc de Bourgogne, dimt il fut le précepteur. Plein de la lecture des anciens, et né afee une imagination vive et tendre, il s^était fait un s^]^ qâ n'était qu'à lui, et qui coulait de source avec abondance. JV vu son manuscrit original : il n'y a pas dix ratures. On BPfttend qu'un domestique lui en déroba une copie, qu^il fit iin* primer: si cela est, l'archevêque de Cambrai dut à cette infidélité toute la réputation quUl eut en Europe ; mais il kp dut aussi d'être perdu pour jamais à la cour. On cmt voir dans Télémaque une critique indirecte du gouvernement de Louis XIV. Sésostris, qui triomphait avec trop de faste, Idoménée, qui établissait le luxe dans Salente et qui oubliaitle nécessaire, parurent des portraits du roi. Le marquis de Louvois semblait, aux yeux des mécontents, représenté sons le nom de Protésilas, vain, dur, hèiutain, ennemi des grande hommes qui servaient l'État et non le ministre.

« On peut compter parmi les productions d^un genre oniqueles Caractères de la Bruyère (1644-1696). Il n'y avait pas chez les anciens plus d'exemples d'un tel ouvrage que du Télémaque, Un style rapide, concis, nerveux, des expressions pittoresques, un usage tout nouveau de la langue, mais qui n'en blesse pas les règles, frappèrent le public, et les alln-

1. Aux œuvres historiques de Bossuct, il faut ajouter VHiitùirt 4n «ariaiioixi des Eglises protestantes. Son Traité de la connaissance d9 WêuU de soi-même est un beau livre de philosophie, et son ÊÎxpUcfmotn âê Idi doctrine de l'Eglise uhe grande œuvre de théologien.

JBiP'li

sions qu'on y trouvait en foule achevèrent le succès. Quand la Bruyère montra son ouvrage manuscrit à M. Malezieu, celui-ci lui dit : Voilà de quoi vous attirer beaucoup de lecteun et beaucoup d^ennemis. Ce livre baissa dans Pesprit des hommes quand une génération entière, attaquée dans Touvrage, fut passée. Cependant, comme il y a des choses de tous les temps et de tous les lieux, il est à croire qu^il ne sera jamais oublié*. 1

Voltaire ne dit que deux mots de Mme de Sôvigné (1636- 1696). Elle mériterait mieux, car tout en causant avec sa fille, elle transporte Versailles et Paris à Grignan et elle nous en apprend plus sur Thistoire véritable du temps que de bien gros livres. Tant qu'on aimera en France l'esprit de bon aloi, le style franc et net, on ne se lassera pas de lire ces lettres si fines, parfois éloquentes, où viennent se refléter les splendeurs et les misères d'une société incomparable.

Il y a une classe particulière d'écrivains ; ceux qui racontent ce qu'ils ont fait ou ce qu'ils ont vu. Grâce, peut-être, à un travers de notre esprit national, le désir d'occuper de soi, après les contemporains, la postérité, et de dicter à celleci son jugement, la France est le pays qui possède le plus de Mémoires. Cette curieuse branche de la littérature historique commença de bonne heure chez nous, avec Villeliardouln et Joinville. Le dix- septième siècle en a une riche collection due à des auteurs, pour la plupart d'un esprit fin et délicat, qui nous ont révélé bien des secrets et les causes de bien des choses. Ceux de Richelieu sont une mine précieuse pour la grande histoire du temps: ceux de Mme de Motteville (1621-1689), confidente d'Anne d'Autriche, nous font vivre dans l'intimité de cette princesse. L'abbé de Choisy (16^(1-1714), dont la vie fut très -aventureuse et pas toujours irréprochable, rédigea" des Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV. Paul de Gondi, cardinal de Retz (1614-1679), a

1. Voltaire cite encore le grammairien Vaugelas (1585-1650). Tavocat olivier Patru qui le premier mit de l'ordre, de la clarté et de la bienaéancc dans les discours du barreau; Fontenelle, neveu de Corneille (1657-1157,\ pour son livre des Mondes^ où < Tart délicat de répandre des gr&ces jus» que sur la philosophie > se montra pour la première fois: Bayie (1646- 1706), pour son Dictionnaire historique ; Pellisson (1624-16931, pour les trois Mémoires qu'il écrivit, comme défense de Fouquet; et la Conspiration de Venise de Saint-Réal (1639-1692), qu'il place a côté de SaUuste. Il ne parle qu'en passant de Fléchier, évoque de Nîmes (1632-1700), dont le chef-d'œuvre est l'Oraison funèbre de Turenne, Mascaron, évéqae d'Agen ^1634-1703), a écrit sur le même sujet son meilleur discours.

laissé un livre qui est un des monuments de notre langue, et qu^on lit toujours avec plaisir, alors même qu'on ne croit pas toujours l'auteur. Gourville (1625-1703), receveur général des tailles de Guyenne, que d'immenses richesses, rapidement acquises, entraînèrent dans la disgrâce de Fouquet, écrivit ses souvenirs sur les années 1624-1678; Pierre Lenet, conseiller au parlement de Dijon, donna les siens sur les guerroie de la Fronde. Dans ce genre de littérature, les grands seigneurs se font volontiers auteurs. Nous avons, sur la régence d'Anne d'Autriche, les Mémoires du duc de la Rochefoucauld, qui à leur apparition causèrent plus d'un scandale, et, sur la dernière partie du règne de Louis XIV et le commencement de celui de Louis XV, les vingt volumes du duc et pair Rouvroy de Saint-Simon, qu'on a eu tort de mettre à côté de Tacite, mais qui n'en est pas moins souvent un prodigienx écrivain.

Poëtes. — Régnier et Malherbe appartiennent au siècle précédent, quoique l'un soit mort en 1613 et l'autre en 1628. Rotrou est bien du dix-septième siècle (1609-1650), mais on ne lit guère plus de lui que sa tragédie de Wenceslas. Sa mort, du reste, vaut mieux que ses vers, et en lui le citoyen recommande le poçte .à notre estime. Avec Corneille, les chefs-d'œuvre arrivent enfin et se pressent sur notre scène, qu'il élève à la hauteur du théâtre grec, t Pierre Corneille, dit Voltaire (1606-1684), est d'autant plus admirable, qu'il n'était environné que de très-mauvais modèles quand il commença à donner des tragédies. Ce qui devait encore lui fermer le bon chemin, c'est que ces mauvais modèles étaient estimés, et, pour comble de découragement , ils étaient favorisés par le cardinal de Richelieu , le protecteur des gens de lettres et non pas du bon goût. Corneille, eut à combattre son siècle , ses rivaux et le cardinal, qui voulut rabaisser le Cid et désapprouva Polyeucte * . Corneille s'était formé tout seul; mais Louis XIV, Colbert, Sophocle et Euripide contribuèrent tous à former Racine (1639-1699). Une ode qu'il composa à l'âge de 20 ans, pour le mariage du roi, lui attira un présent qu'il n'attendait pas, et le détermina à la poésie. Sa réputation s'est accrue de jour en jour, et celle des ouvrages de Corneille a un peu diminué. La raison en est que Racine,

1. Le Ctdfut joaé en 1636, Horace et Cinna en 16S9, Polyeucte en I64a> Bndogune en 16^7.

I Un nombreux parti Si

dans tous ses ouvrages, depuis son ÂleaMudre, est toujours élégant, toujours correct, toujours »rai, qu'il parle au cœur, et que l'autre manque trop souvent à tous ces devoirs. Racine passa de bien loin et les Grecs et Corneille dans l'intelligence des passions et porta la douce harmonie de la poésie, ainsi que les grâces de la parole au plus haut point où elles puissent paiven r'

e piqua toujours de ne pas lui rendre justice Mme de Sévigné, la prem Ère personne de son siècle pour le style épistolaire , et surtout pour conter des bagatelles avec grâce, croit toujours que Racine n'ira pat loin Elle en jugeait comme du caré dont elle dit quon u désabusera btmidt • Il faut du temps pour que les réputations mûr s'^ent

I La singulière destinée de ce EiLcIe rendit Molière (1633- 1673} contemporain de Corneille et de Racine II n est pas vrai que Mo' Ère quand il parut, eut trouvé le théâtre absolument den é de bonnes coméd es Corne Ile lui même avait donné le Menteur et Molière n ava t encore fa t paraître que

u fan 1 De Mo ère dcu-ï de 363 Chefs d'cBUvrO,

lorsque le public avait ^o Mire eot^tte de Quinault pièce à la fois de caractère et d'intrigue, et même modèle d intrigue Elle est de 1664 ; c'est

I Pièces de Racina And cmaqae {\ssi) Iti P a daurê [l«gi], Brilamn cv) (isesl Bajazil (ISTl) M h da t [1679] 'pli ain i (ISTI), Phidrt t 1,77) II e'arrèu alors douie ans pu s donna ti lier (isas) et itAati* (iGm) deux p ecea b bllquee ï la pr e e de Mma de Ma nleaoa.

a. CeslLaHarpe qui a fait de ces deux phrases le mot si coddd attribua à Mme de SêvIgné et qu'elle n'a jairais dit : • Haciiu passera comme le café.i on a aussi des lettres fort remarquables de Ume de Mainlenon (ddir Laialiee). Lorsqu'ejle Ëpousa Louis XIV, elle «tait it

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laineui qulntiresianli

LE Sll!CLG DE LOUIS XIV.

la première comédie où ron ^t peint ceux i^ue l'on a appelés depuis les niorçuis. La plupart des grands seigneurs de la cour de Louis XIV voulaient imiter cet air de grandeur, d'éclat et de dignité qu'avait leur maître. Ceux d'un ordre inférieur copiaient la hauteur des premiers; il y en avait eDfm, et même en grand nombre,qui poussaientc«t air avantageux et cette envie dominante de se faire valoir jusqu'au plus grand ridicule. Ce dtfaut dura longtemps. Molière

iton ût Bollean à AntaiiU.

l'attaqua souvent, et il contribua à défaire le public de ces importuns subalternes , ainsi que do l'alTectation des précieuses, du pédantisme des ^emmei lauantej, de la robe et du latin des médecins; Molière fut, si on ose le dire, un législateur des bienséances du monde. Je ne parle ici que

la Calpranèds, bien qi

n «ouientr 1 l'hil»! d

de ce service rendu à son siècle : on sait assez ses autres mérites*.

c C'était un temps digne de Tattention des temps à venir que celui où les héros de Corneille et de Racine, lès personnages de Molière, les symphonies de LuUi, toutes nouvelles pour la nation, et (puisqu'il ne* s'agit ici que des arts) les voix de Bossuet et de Bourdaloue, se faisaient entendre à Louis XIV, à Madame, si célèbre par son goût, à un Condé, à un Turenne, à un Colbert, et à cette foule d'hommes supérieurs qui parurent en tous genres. Ce temps ne se trouvera plus où un duc de la Rochefoucauld, Fauteur des MàoHmes^ au sortir de la conversation d'un Pascal et d^un Amauld, allait au théâtre de Corneille.

ff Despréaux (1636-1711) s'élevait au niveau de tant de grands hommes, non point par ses premières satires, car les regards de la postérité ne s'arrêteront point sur les embarras de Paris, et sur les noms des Gassagne et des Gottin, mais il instruisait cette postérité par ses belles Épitres, et surtout par son Art poétiqtie, où Corneille eût trouvé beaucoup à ap* prendre,

a La Fontaine (1621-1695), bien moins chfttiô dans son style, bien moins correct dans son langage, mais unique dans sa naïveté et dans les grâces qui lui sont propres, se mit, par les choses les plus simples, presque à côté de ces hommes sublimes*. »

Philosophie. — La philosophie venait d^ôtre renouvelée

1. J. Poquelin de Molière (1622-1673), valet de ohambre de Loais XIV, donna VEtourdij sa première pièce sérieuse, en 1653: le Précieuses en 1659; VEcole des femm^ en 1662; le Festin de Pierre en 1665; le àlisanthrope en 1666 ; le Tartufe en 1667 ; V Avare en 1668 ; le Bourgeois gentilhomme en 1670; les Fourberies de Scapin en 1671 ; les Femmes savantes en 1672; le Malade imaginaire en 1673. Regnard (1647-1709) est notre second poëte

près de rendroit où il est mort. Sur Molière, voyez Taschereaa, Vie i$ Moitère, et Bazin, Les dernières années de Molière.

2. Voltaire cite encore Quinault (1636-1688), Lamotte (1672-1731) et J. B. Rousseau (1669-1740), qu'il loue trop, le premier pour ses opéras, genre secondaire où le poète n'est trop souvent que le serviteur da musicien ; le

manque, comme elle manquera à tout écrivain qui mettra un aussi grand contraste entre sa conduite et sa parole. On nomme encore Racan (I5t9- 1670), Segrais (1624-1701) et Mme Deslioulières (1638-1694) pour leurs poésies pastorales.

par Descaries (1596-1650), moins parce qu'il avait élevé que par ce qu'il avait détruit. Son système est tombé, comme tombent successivement tous les systèmes philosophiques ; sa méthode subsiste, c'est Tarme la plus redoutable pour renverser Terreur, la plus puissante pour découvrir la vérité. Depuis Socrate, il n^ avait pas eu dans le monde de reforme philosophique plus considérable. Descartes n'acceptait pour vrai, dans Tordre des sciences morales et physiques, que ce qui semblait évident à la raison ; et cette évidence, il la plaçait, pour les choses philosophiques, dans T irrésistible autorité du témoignage de la conscience. C'est ainsi que, dans son Discours de la méthode (1637], écrit de ce style net et clair qui allait être un des caractères de la prose française au dix-septième siècle, et dans ses Méditations (1641), il voulut prouver, avec l'aide seul du raisonnement, l'existence de Dieu, la spiritualité et l'immortalité de l'âme, la liberté, et par conséquent la responsabilité de l'homme *. Ses principes furent adoptés par les esprits les plus religieux du dix-septième siècle ; ils inspirèrent au père oratorien Malebranche (1683-1715), qu'on a appelé le Platon de la France*, son admirable ouvrage de la Recherche de la vérité; à Bossuet, le Traité de la connaissance de Dieu et de soi' même; à Fénelon, l'éloquente Démonstration de Vexistencede Dieu.

Ainsi la France fondait au dix-septième siècle la philosophie spéculative contre l'empirisme triomphant en Angleterre (le Bacon et de Locke, comme au dix-huitième elle défendra Texpérience contre la métaphysique nuageuse de l'Allemagne; marchant tour à tour, guidée par son lucide génie, dans les deux voies qu'Aristote et Platon ont ouvertes au monde, et penchant, pour rétablir l'équilibre, du côté du principe que les exagérations contemporaines mettent en péril.

Pascal (1623-1662), autre grand esprit, fut aussi un grand écrivain dans ses Lettres provinciales (1656), contre la morale relâchée des jésuites, et dans ses Pensées^ fragments d'un ou-

1. Un des principaax adversaires de Descartes, en son temps, fat le Provençal Gassendi (1592-1655), qui combattit le système des idées innées pour y substituer celui des idées tirant leur origine de la sensation.

2. Bouillier, Histoire de la philosophie cartésienne (1854;. Le mot est juste peut-être pour l'imagination et le style, plus encore pour les dangers auxquels Malebranche expose ceux qui voudraient le suivre ds irop près.

vrage qu'il voulait composer sur la vérité du christianisme. On verra plus loin ce que lui et Descartes firent pour les sciences; malgré ces découvertes, Pascal est moins un génie inventeur comme Descartes, qu'un génie critique de la plus redoutable puissance •.

A Pascal il faut réunir ses amis , les pieux solitaires de Port-Royal , esprits vigoureusement trempés, mais quelque peu étroits, qui fondèrent au sein du catholicisme et de l'Eglise gallicane une secte énergique et vivace que Louis XIV persécuta, et qui ranima en plein dix-septième siècle les querelles théologiques. Les principaux docteurs du jansénisme étaient : le Maistre de Sacy (1613-1684), qui traduisit la Bible à la Bastille, où les jésuites le firent garder pendant deux ans; Antoine Arnauld (1612-1694), dit le grand Arnauld, dont la vie fut une perpétuelle discussion théologique avec les jésuites, avec les protestants, avec Malebranche ; Nicole (1625- 1695) , connu surtout par ses Essais de Morale ; Lancelot, par ses livres d'éducation. Bien loin de ce courant d'idées, Bayle et la Mothe le Vayer continuaient la tradition sceptique de Montaigne et de Rabelais, que Voltaire allait reprendre.

Éradiaon. — Il faut donner un souvenir à ces laborieux esprits qui continuaient de nous révéler l'antiquité ou qui essayaient de débrouiller le chaos de nos origines. Leur influence sur la langue est petite ou nulle, car d'ordinaire ce ne sont pas des écrivains, et beaucoup de leurs livres sont en latin, mais elle est grande sur les idées, car le passé mieux compris éclaire le présent ; enfin c'était tout un ordre de vérités qu'ils poursuivaient, celles de l'histoire, et leurs travaux nous guident encore. Les plus grands de ces savants hommes furent: Casaubon, Scaliger, Saumaise, Ducangei Baluze; plusieurs bénédictins de Saint -Maur, Mabillon, Montfaucon, etc. , et le protestant Bayle, dont il a été déjà parlé.

Mézeray (1610-1683), auteur d'une Histoire de France qui va jusqu'à Louis XIII, et qui vaut mieux pour la forme que pour le fond , chercha et réussit à se placer parmi les écrivains; le P.. Daniel (16(i9-1728) refit l'ouvrage de Mézeray sans le faire oublier; l'abbé Fleury (16(iO-1723) écrivit une

1. Pensétt de Pascal, publiées dans leur '>,exte authentique par M. Havet. ta52. Voir Sainte-Beuve, Histoire de Port-noyaU

Histoire ecclésiastique estimée encore aujourd'hui , et les Mœurs des Israélites; le Nain de Tillemont( 1637-1 698) a laissé une savante Histoire des empereurs romains. Enfîn rappelons les orientalistes Bochart, d'Herbelot, Galland,et les voyageurs en Orient: le Vaillant, Chardin, Bernier, qui révélèrent un monde oublié de l'Europe depuis les croisades.

Infloenee littéraire de la Franee. -— Nulle nation en Europe ne pouvait présenter alors un aussi magnifique ensemble de productions littéraires. Lltalie , TAUemagne, étaient en pleine décadence morale. L'Espagne , comme un riche ruiné qui n'a gardé de sa fortune perdue que quelques joyaux précieux, montrait encore des peintres éminents et de trop féconds écrivains. L'Angleterre avait eu, au commencement de ce siècle, Shakespeare, au milieu Milton, à la fin Dryden ; mais cette littérature ne sortait pas encore de son ile. La France, au contraire, était bien réellement à la tète de la civilisation moderne; et par la supériorité reconnue de son esprit et de son goût, eue faisait accepter de l'Europe entière le pacifique empire de ses artistes et de ses écrivains.

Seiencea. — Dans les sciences, elle était au niveau du mouvement, mais non à la tète. Car, si elle avait Descartes et Pascal, à d'autres pays appartenaient Kepler, Galilée, Newton et Leibnitz.

L'antiquité et le moyen âge avaient pu cultiver avec succès les sciences de raisonnement; mais l'étude du monde physique était frappée de stérilité , tant que les vraies méthodes d'expérimentation n'étaient pas trouvées. Et elles ne pouvaient l'être qu'après qu'on eut acquis la confiance que l'univers est gouverné par les lois immuables d'une sagesse éternelle , et non par les volontés arbitraires de puissances capricieuses. Alors seulement on n'accusa plus l'esprit humain de témérité sacrilège :

• Gens humana ruit per vetitum nefas, •

parce qu'il cherchait à pénétrer les secrets de la création. L'alchimie, la magie, l'astrologie, toutes ces folies du moyen âge devinrent des sciences, du moment que l'homme ne s'occupa plus de l'essence impénétrable des choses, et, au lieu de s'arrêter aux phénomènes isolés , s'efforça de saisir les lois mêmes qui les produisent. Ce temps commence avec Go-

pernic, au seizième siècle ; mais ce n'est qu*au dix-septième que la révolution est accomplie et triomphe avec Kepler, Bacon et Descartes.

Descartes fit faire un pas immense à Talgèbre en inventant la notation des puissances par exposants numériques, et à la géométrie des courbes, ce qui lui permit de résoudre, comme en se jouant , des problèmes qu'on croyait insolubles. Il trouva la véritable loi de la réfraction ; il crut , avec Galilée, au mouvement de la terre autour du soleil; et, comme les erreurs mêmes du génie sont fécondes , son chimérique système des tourbillons, suivant lequel le soleil et les étoiles fixes sont le centre d'autant de tourbillons de matière subtile, qui font circuler les planètes autour d'eux; a été le germe de la célèbre hypothèse newtonienne de l'attraction. Pour Descartes comme pour Newton, le problème de Tunivers physique est un problème de mécanique ; et Descartes enseigna le premier, sinon la solution, du moins la vraie nature du problème. Pascal avait, à douze ans, trouvé seul et sans livres les éléments de la géométrie ; à seize ans il composa son traité Des sections coniques. Un peu plus tard, il créa le calcul des probabilités, démontra la pesanteur de Tair par sa fameuse expérience sur le Puy-de-Dôme, imagina le baquet et peut-être la presse hydraulique.

Au-dessous de ces deux grands hommes se presse une foule déjà nombreuse.

Pierre Fermât (1601-1665), conseiller au parlement de Toulouse, n'a rien imprimé, mais fût peut-être le plus puissant esprit mathématique de ce temps. U partagea avec Descartes la gloire d'avoir appliqué l'algèbre à la géométrie , et imagina la méthode de maKcimis et de minimis, en même temps que Pascal créa le calcul des probabilités. L'abbé Mariotte (1620-1684) reconnut que le volume d'un gaz, à une température constante, varie en raison inverse de la pression qu'il supporte. Denis Papin, né à Blois en 1647, créa ou perfectionna plusieurs machines et pensa le premier à employer la vapeur condensée comme force motrice. Il fit, en Allemagne, sur la Fulda, des expériences avec un bateau à vapeur, qui remontait le courant. De stupides mariniers brisèrent la machine du grand physicien, qui mourut à Lon* dres dans la misère (1710)*.

1. Papin a inséré an mémoire sur ce sujet, en 1690, dans les Actet da TAcadémie de Leipzig, et on a récemment découvert sa lettre du 15 sept*

LIS smCLË DE LOUIS XIV. 32&

La géographie fut réforméeparNicolasSanson (1600- 1667), et par Guillaume Delisle (1GT5-17S6), dont lea cartes sont encore estimées aujourd'hui. Toumefort (IGôB-lTOG) resUura la botanique et enrichit le Jardin du roi déplantes nouvelles, qu'il était atlâ recueillir dans un voyage au Levant. L'imprimerie royale égala les éditions de la Hollande par la correction et le luie; enSu la chirurgie continua les traditions

L'ObMrratoIra.

d'Ambroise Paré : on venait de toutes les parties dn monde à Paris consulter les Pélîxet les Maréchal.

Trois étrangers que Cotbert attira en France justifièrent par leurs travaux les faveurs du roi. Le Danois Rœmer détermina la vitesse des rayons solaires; le Hollandais Huyghens découvrit l'anneau et un des satellites de Saturne ;

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l'Italien Dominique Gassini en vit quatre autres. On doit encore à Huyghens Tinvention des horloges à pendule, et à Gassini les premières opérations qui devaient servira mesurer la terre; il les exi^cuta avec l'abbé Picard, professeur d'astronomie au Collège de France, et tous deux commencèrent, en 1669, la méridienne qui fut prolongée plus tard jusqu'au Roussillon. G'est d'après la mesure du degré donnée par Picard, que Newton put enfin calculer la force qui retient la lune dans son orbite. L'Observatoire avait été construit à Paris tout exprès pour les savants travaux de Gassini.

Arts ; peinture. — Tout se tient dans le développement mtellectuel d'un peuple : quand le temps des grands écrivains est venu, celui des grands artistes n'est pas loin. Cette sorte de contagion morale, qui gagne tous les esprits d'élite et suscite les talents supérieurs, agissait trop au dix-septième siècle, pour que les artistes manquassent au rendez-vous des savants et des poëtes. Cependant, sauf la peinture, le grand siècle des arts est en France le seizième et non le dix-septième. Il n'y avait rien parmi les monuments de Louis XIV qui valût le pavillon central des Tuileries, le vieux Louvre, une partie de Fontainebleau et les châteaux du temps de François I*' et de Henri II.

Il y eut alors quatre peintres de premier ordre : Poussin, Lesueur, Claude Lorrain et Lebrun ; un admirable sculpteur, Puget ; des architectes de talent, Mansard et Perrault ; enfin un musicien habile, Lulli.

Poussin vécut longtemps à Rome et eut la réputation du plus grand peintre de son temps : il l'a gardée. Malgré son coloris trop sombre, il est resté le chef de l'école française pour réiévation morale, l'intérêt dramatique, la richesse et la poésie de ses compositions, pour cette recherche enfin de l'idéal qu'il appelait lui-même « la haute délectation de l'intelligence; > nous ajouterons aussi, car cela n'est point étranger à l'art, pour la dignité de sa vie. Il méprisa la fortune, les honneurs, les avances des grands, et s'enferma avec ses nobles pensées et son art, comme il place son Diogène au milieu de la plus splendide nature, quand il fait rejeter dédaigneusement par le philosophe une dernière inutilité*. Le-

1. Ce tableau de Diogène jetant son ëcnelle parce qu'il voit an enfant boire au ruisseau dans sa main, est au salon Carré du Louvre. No*r« musée possède treote-trois tableaux du Poussin et ving'-rieux dessins. Mal-

SïT

- .near, UbniQ et Mignard pearent être regardés comme ns élèves car ib reçurenl longtemps ses leçons ou se» conseito. PoussiQ était des Andelj» en Normandie et mourut à soixante-douze ans (1665^

Lesnenr naquit k Paris, reçut paurre, obscur, et mourut à trente-huit ans on 18», non pas, eoroms on lodil, dsM le courent des Chartreux pour lequel il arait pemi n belle suite de Tingt^ux tableaux représentant U tio de saint

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