‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 30 sur 73 · MINORITÉ DE LOUIS XV ET RÉGENCE DU DUC D^ORLÉANS · texte numérisé non relu

MINORITÉ DE LOUIS XV ET RÉGENCE DU DUC D^ORLÉANS

Wiêgenee An doe d'Orléaiis (1V15-1VS8). — Le poids de Tautorilé de Louis XIV avait été accablant dans les dernières années. Quand la nation le sentit enlevé, elle respira; la cour et la ville firent éclater une joie irrespectueuse ; le cercueil même du grand roi fut insulté. < J'ai vu, dit Voltaire, de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis. On y buvait, on y chantait, on y riait. Le jésuite le Tellier était la principale cause de cette joie universelle. J^entendis plusieurs spectateurs dire qu'il fallait mettre le feu aux maisons des jésuites avec les flambeaux qui éclairaient la pompe fu-

1. Ouvrages à consulter ; Correspondancet de la princesse Palatine ; Mi^ moirei de Saint-Simon, de Villars, de Noailles, de Duclos, du marquis d'Argenson, du duo de Luynes, de Mme de Staal ; Journal du règne de Louis XV, par l'avocat Barbier, pour les années de 171S-1763, 4 vol., 1SS6- 57 ; Mémoire* secreit et Correspondance inédite du cardinal Duboii, po* bliés par de Sévelinges; Lacretelle , HiUoif-t du dix-huitième siècle; Lemontey. Histoire de la Régence; de Tocqueville, Histoire philosophiou^ du règne de Louis XV ; Villemain, Tableau de ta littércUure eMdix^uUieme siècle; lord Mahon, History of England, from the pe€u:e of Utrecht to the peace of Versailles ; Journal et Mémoires de Mathieu Marais, avocat an parlement (1 71 S-i 737), publiés en 186S; Journal de Buvat; (a France eoui Louis AT, par M. Jobez, Correepondance de Louis XV et du maréchal de NoaiUeSf par Camille Rousset^

nèbre. » Ainsi s'ouvrit le dix-huitième siècle , par une protestation contre la monarchie absolue et la direction religieuse des derniers temps.

Le nouveau roi avait cinq ans. Qui allait gouverner? Louis XIV avait bien fait un testament , mais sans s'abuser sur sa valeur. < Dès que je serai mort, on n'en fera ni plus ni moins. Je sais trop bien ce qu'est devenu le testament du roi mon père !»

Gomme à la mort de Henri IV et de Louis XIII, il y eut un instant de réaction féodale; mais nous pouvons mesurer la décadence de la noblesse à l'affaiblissement successif de ses efforts. Sous Marie de Médicis, elle peut encore faire la guerre civile; sous Anne d'Autriche elle fait la Fronde; après Louis XIV elle ne fit que des mémoires. Le plus fier, le plus infatué de tous ces nobles, le duc de Saint-Simon , voulait que le premier prince du sang, Philippe d'Orléans , à qui le testament ne laissait qu'une ombre de pouvoir, demandât la régence aux ducs et pairs comme héritiers et représentants des anciens grands vassaux. Philippe d'Orléans repoussa le fragile appui qu'on lui offrait; il convoqua le parlement pour briser le despotisme posthume du vieux roi, et, dans l'assemblée solennelle qui ^e tint , feignit d'avoir recueilli de sa bouche, ces paroles : < Je vous recommande le dauphin; servez-le aussi fidèlement que vous m'avez servi, et travaillez à lui conserver son royaume; s'il vient à manquer, vous serez le maître et la couronne vous appartient.... J'ai fait les dispositions que j'ai cru les plus sages, mais, comme on ne saurait tout prévoir, s'il y a quelque chose qui ne soit pas bien, on le changera. » Le duc empruntant une phrase du r^'/emo^ue, ajoutait c qu'il réclamait une entière liberté pour le bien, et consentait à être lié pour le mal. > La régence avec le droit d'en composer le conseil comme il l'entendrait, lui fut décernée et on ôta le commandement de la maison du roi au duc du Maine, qui ne céda cette importante prérogative qu'après une altercation violente, où les deux princes parurent peu dignement. L^ambassadeur d'Angleterre assistait à la séance en signe des bonnes relations qui existaient déjà entre George I«' et le régent.

Pour récompenser les services de ses deux alliés , le duc d'Orléans appela la haute noblesse aux affaires, d'où Louis XIV l'avait tenue éloignée , en remplaçant les ministères par six conseils dont elle eut presque toutes les places, et reconnit

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au parlement le droit de remontrances. Mais deux ans ne s'étaient pas écoulés que les ministères étaient rétablis , le parlement de nouveau condamné au silence et même, en 1720, exilé tout entier à Pontoise pour son opposition aux tentatives de Law. Ce n^était, en effet, ni la noblesse ni le parlement qui devaient hériter de la monarchie absolue.

État de la France. — Le régent avait le pouvoir; c^était un redoutable héritage que celui de Louis XIV ! Voici ce que coûtait sa gloire : plus de 2 milliards 400 millions de dette publique, avec un encaisse de 800000 livres; une rareté excessive de numéraire ; le commerce paralysé ; la noblesse accablée de dettes, dont les moins onéreuses avaient été contractées à Tintérêt de 15 et 20 pour 100 ; les magistrats , les rentiers depuis longtemps privés des revenus que leur devait rÉtat; les paysans, en certaines provinces, manquant de tout, même de paille pour se coucher; ceux des frontières passant à l'étranger ; beaucoup de parties du territoire incultes et désertes. Grâce à Pépée de Villars, le grand roi avait pu mourir dans une noble et fière attitude vis-à-vis de TEucope ; mais il n'eût pas été possible de répéter cet effort ; la paix à tout prix , voilà ce qu'il fallait au pays pour se refaire, au régent pour se maintenir. *

Alliance avec l'Ang^leterre (1717). — La France n'avait point eu de plus formidable ennemie que l'Angleterre. Quelques avantages que celle-ci eût recueillis du traité d'Utrecht, les whigs trouvaient qu'on y avait encore trop épargné la France et redemandaient la guerre. De ce côté donc un danger national, au fond peu à craindre, parce que TËurope était pour le moment lasse de guerre et que la dynastie de Hanovre, assise depuis quelques mois sur le trône d'Angleterre, devait s'y affermir avant de songer aux entreprises du dehors. Du côté de l'Espagne venait , pour le régent, un danger personnel : Philippe V, qui l'accusait d'intentions criminelles contre Louis XV, revendiquait la régence et se proposait, si le jeune roi mourait, de revendiquer la couronne , au mépris de ses renonciations antérieures. S'allier contre l'Espagne avec l'Angleterre, gardienne jalouse des renonciations de Philippe V au trône de France, et écarter une apparence de danger national par une alliance qui le fortifiait contre le danger personnel, telle fut la politique du r<'*f^ent, utile à lui-même, pouvant l'être à la France, selon

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qu'elle serait pratiquée *, mais qui lo fut alors de manière à

nous devenir fatale. . .

Par la triple alliance, conclue le k janvier 1717, entre

la France, l'Angleterre et la Hollande, le régent consentit à renvoyer au delà des Alpes le prétendant Stuai^t, à démolir les ouvrages que Louis XIV avait commencés à Mardick pour remplacer Dunkerque et à combler le port de cette dernière ville, opération que des commissaires anglais et hollandais furent autorisés à surveiller. Lo commerce, la navigation même dans la mer du Sud étaient interdits aux Français. La succession protestante était reconnue pour TAngleterre, qui, de son côté, reconnaissait la succession au trône de France telle que le traité d'Utrecht Tavait établie, c'est-à-dire à Texclusion de Philippe V; comme conclusion, alliance défensive entre

les deux pays.

Guerre avec l*Espa|pne (1719-1920). — Ce trai'téqui nous fit courber la tête jusqu'à terre, menait à une guerre avec TEspagne. Les plans du cardinal Albéroni firent éclater les hostilités. Ce hardi ministre de Philippe V avait entrepris de relever au dedans les finances, Tagriculture et la marine de l'Espagne ; au dehors, de reprendre les anciens domaines que le traité d'Utrecht lui avait enlevés, et, pour mieux y parvenir, de mettre l'Europe en feu. Déjà l'Empereur avait fort à faire avec les Turcs ; pour occuper l'Angleterre, Albéroni comptait jeter sur elle le roi de Suède, Charles XII, qui renverserait la dynastie de Hanovre au profit des Stuarts ; en France, un complot opérerait la môme restauration au profit de Philippe V. Tous les ennemis du régent furent sondés, réunis. L'ambassadeur espagnol Cellamare se fit l'agent de ces coupables menées ; la duchesse du Maine, qui avait toute l'activité et l'ambition que son mari n'avait pas et qui tenait à Sceaux une cour rivale de celle du Palais-Royal, en était l'âme. La noblesse de Bretagne, blessée dans certains privilèges, y était presque toute affiliée ; mais Je complot fut découvert et le duc de Cellamare arrêté, ainsi que le duc et la duchesse du Maine. Le régent fît le plus grand bruit possible de cette équipée, afin de couvrir d'une apparence

1. Lord Stanhope disait à Dubois, en 1717 : t La France et l'Angleterre unies ensemble n'auraient rien à craindre de toutef les autres puissances, elles pourraient maintenir la tranquillité de l'Europe et même la goaverner. • [Mémoires et Correspondance du card. Dubois,)

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