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Bruno, mais près de l'hAtet Lambert quHl décorait avec Lebrun de peintures qu'on y voit encore. C'était une Ame douce et candide; ses peintures toujours gracieuses, même dans les sujets les plus séTëres, par la suavité du ton et la délicatesse du pinceau, expriment admirablement les sentiments et jusqu'aux afTections les plus intimes des personnages *. Tout autre était son émule, Lebrun, né aussi à Paris deux
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ans plus tard (1619], et dont le talent, souvent tbditrai, convenait bien mieux àLouia XIV. Ce prince le nomma Sod premier peintre et le chargea de décorer la grande galerie de Versailles: il jempldya quatorze ans. Ilfutjusqu'bla mort
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de Colbert, l'arbitre etcommeledîctateurdes artsen Francfl: rien ne se faisait que sur ses dessins et d'aprbs son avis, et on retrojve son influence, quelquefois sa main, dans tous les ouvrages de ce temps. Son dessin était mou et lourd, Texpras- ■ion de ses figures plutôt exagérée que vraie; il n'avait pas
LB 8IECLB DB LOUIS StV.
l'éclatant coloris du Titien, ni le naturel et U grâce de LeeiMar, ni l'6lan de Rubens, oa U prolbndeiir de pensto t)a in. Gepeudaqt, c'est an peinb«, «t le premiar parmi
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cens qui se placent au second rang. Le musée du Lourra possède ses balatile» d'Alexaiidrê. On Ini doit la fondation de l'é- C0I9 française àBome, où les jeunes artistes qui ont remporté an concours annuel de Paris ce tpx'aa appelle le grand prix
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de Rome, sont envoyés aux frais du gouvernement pour achever leurs études en face des chefs-d'œuvre de l-antiquité et des grands maîtres italiens. A côté de ces quatre maîtres, il faut une place pour Philippe de Champagne qui a laissé d'admirables portraits et un chef-d'œuvre, V Apparition de saint Gervaisei de saint Protais ', pour Mignard (1610-1695) qui fut le rival de Lebrun pendant quelque temps à cause de sa grande fresque du Val -de-Grâce; il ne Test pas aux yeux de la postérité, qui a donné son nom à toute affectation de délicatesse et de grâce, la mignardise.
Claude Gelée, dit le Lorrain, né en Lorraine en 1600, mort à Rome en 1682, est le meilleur paysagiste français et un des premiers paysagistes de l'Europe. C'est le peintre de la lumière. On peut admirer au Louvre la richesse de son style et la beauté de son coloris dans les paysages ou marines que notre musée possède de lui.
Il y aurait à citer encore Jouvenet de Rouen (1647-1717), élève de Lebrun (Esther devant Assuérus, une Pêche miraculeuse)-, Santerre (1652-1717), qui a peint la trop gracieuse sainte Thérèse de la chapelle de Versailles ; de la Fosse, qui peignit le dôme des Invalides et la voûte de la chapelle de Versailles à laquelle travaillèrent aussi les deux frères Bon Boullongne et Louis BouUongne, Lemoine, l'auteur du salon d'Hercule, Rigaud, notre premier portraitiste, et Watteau, de Valenciennes (1684-1722), qui inaugura le genre maniéré, mais avec un éclatant coloris.
Sculpture et fj^ravure. — Puget, comme Michel-Ange, dont il avait la fierté et l'énergie, fut à la fois peintre, architecte et sculpteur. Il naquit à Marseille en 1622 et mourut en 1694. Il sculpta longtemps des figures en bois pour la poupe et les galeries des vaisseaux de Toulon, bâtit plusieurs hôtels majestueux sur la Canebière, et remplit Gênes de ses chefsd'œuvre. Louis XIV lui commanda le groupe de Persée et celui de Milon de Crotone. Ce dernier marbre, où la chair est vivante, pourrait rivaliser, par l'énergie de l'expression et la vérité du dessin, avec ce que l'antiquité nous a légué de plus magnifique, si l'on y retrouvait cette noblesse de formes que l'artiste ne doit jamais oublier, même lorsqu'il ne veut représenter que la force matérielle. Le puissant athlète, treize fois couronné par la Grèce entière, devait montrer sur ses traits contractés par la douleur le souvenir de tant de victoires. On sent que le grand artiste jouait avec le marbre;
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comme il le dit lui-mënie : ■ nourri aux grands ouvrages, il nageait lorsqu'il travaillait, et le marbre tremblait devaDt lui, pour grosse que fût la pièce. ■ Puget avait le caractère trop indépendant pour réussir à Versailles. Il y vint, fut bien accueilli, mais reçut à peine, pour son UiUm, la somme que le marbre lui avait coûté. Son bas-Alief d'Alexandre et de Diogène est, malgré la science qu'il y montra, une preuve de l'impuissance de la statuaire à rivaliser avec la peinture. Combien sont lourds ces nuages et ces drapeaux de marbre qui flotteraient si bien dans l'air libre d'un tableau I Et où est
le principal acteur de cette scène, le rayon de soleil qu'Alexandre intercepte?
Puget ne laissa pas d'élèves. Coyaevox, les deux Coustou, Girardon, procèdent d'un autre système r ce sont plutôt les sculpteurs de la grâce, les maîtres du style brillant et facile sans âlévatioD. Les Tuileries ont du premier kt Chtvauxailéi qui décorent l'entrée du c6té de la place de la Concorde ; le' FiateuT, la Flore et l' Hamadryade qui sont devant le château ; de Nicolas Coustou, la Stins, la Mante, un Berger chasseur et Jults César; de Guillaume Coustou, Hippométu et Âtatartle ; tel Chtvauai indomptés qu'on voit à l'entrée des Champs-Elysées sont du même artiste- CirarJon a peuplé
Versail es de ses ouvrages; le mausolée du cardinal de Richelieu à la Sorbonne est son chef-d'œuvre. Les estampes de Callot, Nanteuil, Audran, Édelink, ornent dans l'Europe les cabinets de ceux qui ne peuvent avoir des tableaux.
Architecture. — François Mansard oublia Télégance et la grâce de la Renaissance pour un style qu'il croyait majestueux, et qui était lourd. Il commença le Val-de- Grâce, bâtit le château de Maisons, près de Saint^Germain-en-Laye, et inventa les mansardes qui coupent quelquefois heureusement la surface trop nue des combles, mais quelquefois aussi leur ôtent de la légèreté. Son neveu, Jules Hardouin Mansard, est un génie froid, régulier, qui atteignit presque au grandiose, parce que Louis XIV ne lui ménagea ni la place ni l'argent, mais qui semble manquer d'inspiration et d'élégance, si ce n'est dans sa belle coupole des Invalides. Claude Perrault (1628-1688) fut médecin, physicien, grand architecte, et eut de la réputation malgré Boileau. Un autre artiste de génie, le Nôtre (1613-1700), créa l'art des jardins: il savait en faire la plus belle décoration des châteaux. A l'agréable l'agronome la Quintinie joignit l'utile. Louis XlVles emplojsa tous les deux et leurs noms ont mérité d'être joints à ceux des illustres personnages de ce grand siècle.
Musique. — Le Florentin Lulli vint à treize ans à Paris, et fut, avec Quinault, le vrai fondateur de l'opéra en France. Sa musique nous paraît froide et sans caractère, même celle d'église où il excellait. Les contemporains en jugeaient autrement, c Je ne crois point, écrivait Mme de Sévigné, au sortir du service pour le chancelier Séguier, qu'il y ait une autre musique dans le ciel (6 mai 1672), »
Monuments et fondation*. — Les principaux monuments du règne de Louis XIV sont : le Val-de-Grâce, dont le dôme, d'une coupe élégante, fut décoré à l'intérieur par Mignard d'une composition qui rappelle de loin les grandes peintures murales de l'Italie ; l'Observatoire, élevé sur les dessins de l'astronome Picard et de Cl. Perrault (1666); les portes Saint- Denis et Saint-Martin, par Blondel et son élève Bullet ; les Invalides, par Libéral Bruant (167(i), avec cette église un peu étroite pour le dôme majestueux que Jules Mansard surmonta d'une flèche si hardie ; la place du Carrousel^ entre le Louvre et les Tuileries, ainsi nommée d'un carrousel magnifique qui y fut donné en 1662; la place des Victoires et la place Vendôme, créées ou agrandies pour recevoir les statues
que le maréchal de la Feuillade et l'hôtel de ville de Paris flreDt ériger à Louis XIV, ii l'épaque du traité de Nimfegue.
Dès le commencement du règne on avait travaillé aux Tuileries. Levau Éleva, en ifiS'i, le dûme de l'Horloge qui complétait, en l'alourdissant, la Tagade de l'ouest; l'année suivante, le jardin fut réuni au château, dont une rue le séparait, et refait sur un nouveau plan par le Nôtre ; il s'éteudit jusqu'aux Champs-Elysées, qu'on pliinla d'nrbres en 1670, en
anciens fossés de la ville. Le collège Mazarin (aujourd'hiri^ l'Institut] fut bâti par ce même Levau, qui fut aussi l'archl-» tecte du château de Fouquet k Vaux et de celui de l'inteDdanti' Bordier au Baincy.
11 y avait davantage b. Caire pour le Louvre. Sous Louis XIII, Lemercier avait terminé la façade intérieure de l'ouest par la construction du dûme de l'Horloge, que décorent les huit cariatides colossales de Sarrazin. Il s'agissait d'achever le chef-d'œuvre de Pierre Lescot. Colbert mit le projet au cou-
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cours; les plans du méilecin Claude Perrault rurent prérârés à ceux de Bevniû. De 1666 à 1674 fut construite la célèbre
C(,lu7inaile du Luuure, qui repose malheureusement sur un soubassement trop éleva, nu et lourd. En même temps, la façade
exliîneure du sud, du cotù de l;i t>i:,,ie, ut celle du nord, do ' côté de ia rue actuelle de Kivoli, étaient commencées. Ces grands travaux furent d'abord poussés avec activité; peu à peu on les ralentit, enfln ils furent suspendus, .nul^ les instances de Colbert. Le roi construisait alors Versaillen.
Louis XIV n'aimait point Paris qui avait fait la Fronde et dont les monuments parlaient de tant d'autres princes. Versailles, simple rendez-vous de chasse, lui parut un lieu plus sûr, quUl remplirait de sa majesté et où la cour, perdue jusqu'alors dans l'immense capitale, reprendrait tout l'éclat de la royale domesticité en entourant d'une ville princière le palais du monarque.
Les travaux entrepris dès 1661 furent confiés en 1670 à Jules Mansard et continués sans interruption jusqu'à la fin du règne. Le Nôtre, Lebrun et Girardon embellirent cette royale demeure, trop vantée' , qui a coûté 250 à 300 millions de notre monnaie, et où Ton ne voit nulle part la France, mais partout le roi.
L'eau manquait à Versailles : on créa à grands frais la machine de Marly, due au mécanicien liégeois Renaequin Sualem. Comme elle sembla insuffisante, le roi songea à détourner la rivière de l'Eure, pour l'amener à Versailles par-dessus les vallons et les collines. C'était une entreprise gigantesque, qui nous reporte aux inutiles constructions des pharaons. Dangeau écrivait le 8 juin 1685 : c II y aura près de 1600 arcades aux aqueducs que l'on fait, desquelles il y en aura quelques-unes plus hautes deux fois que les tours de Notre-Dame. Outre ces 1600 arcades -là, il y en aura beaucoup de petites que l'on ne compte point. » 10 000 soldats furent occupés pendant plusieurs années à ces travaux ; mais les maladies pestilentielles et les guerres forcèrent de les suspendre ; il n'en est resté que d'immenses débris.
Le roi bâtissait en même temps le grand Trianon, et Marly (1679), qui, suivant Saint-Simon, aurait coûté aussi cher que Versailles, des milliards, qu'il faut réduire à 10 ou 15 millions de notre monnaie, si l'on ne compte pas l'argent épensé pour la machine : c'est déjà bien assez pour un pied- -terre. Enfin, les châteaux de Saint-Germain, de Fontaiebleau, de Chambord, de Saint-Cloud, de Sceaux, étaient agrandis et restaurés par le Nôtre. On compte que 160 millions qui en vaudraient aujourd'hui deux ou trois fois autant, furent employés à ces dépenses *.
1. Je veux parler du caractère architectural du château vu du jardin : c'est vaste, mais ce n'est point grand.
2. Sur le chiffre de ces dépenses, voy. Eck.ird; Dépenses e'^ectites di Louis XIV.
Nous avons parlé ailleurs des grands travaux d'utlliW publique : les ports, les arsenaux, les places fortes et le canal (lu Midi. Il n'en reste pas moins iino disproportion excessive pntre les dépenses faites pour les fantaisies du roi et celles t|ai eurent pour objet les intérêts du pays. C'était l'inévitable conséquence d'un régime politique qui mettait à la discrétion du prince, sans discussion et sans contrôle, toute la fortune publique.
Commencement d'ane littérature uonTelIe. — Voltaire termine ainsi son tableau du siècle de Louis XIV : « Il no s'éleva guère de grands génies, depuis les beaux jours de ces écrivains illustres ; et à peu près vers le temps de la mort
lie Louis XIV,la nature st^mbla se reposer. » Cette fois Voltaire est trop modeste, la nature no se repo^ia pas, car il parut, et ave.; lui. Montesquieu, Biidbn et (nnt d'autres". Mais ces nouveaux venus auront un esprit diJl'érent. Etranges ou plulOt ini'vitablcs relationsdescîioses ! Louis XIV constitue l'aulorilù
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absolue des rois, mais en même temps il encourage l'industrie et la littérature, et il prépare ainsi deux forces destinées à renverser la première. L'une, en effet, allait donner au tiers état la richesse qui fera demander des garanties, et l'autre les lumières qui feront demander des droits. L'esprit critique qui au temps de la minorité de Louis XIV s'était montré avec tant de puissance dans la sphère des questions religieuses et philosophiques avait reculé devant les splendeurs du règne, et s'était tu ou réfugié dans l'humbre cellule de quelques solitaires. Il reparut quand l'enthousiasme officiel et sincère tomba épuisé sous les coups répétés des malheurs publics. Déjà Fénelon avait adressé au roi, en 1694, la lettre célèbre, qui est une critique si amère de son gouvernement; vers le même temps il écrivait le Télémaquej qui en est une autre, et dont il se fit en un an plus de vingt éditions'; Bayle publiait, en 1697, son Dtctionnaire histwique^ et Saint-Simon rédigeait chaque soir, à partir de 1691, ses redoutables Mémoires. L'étude des lettres nous mène donc aux mêmes conséquences que celle de la politfque, et nous avons à terminer ce chapitre comme le précédent par l'annonce de nouveautés menaçantes qui s'approchent.