Voltaire, édit. Beuchot, t. XXXIX, p
LA FRANCE VEHS 1774. (,03
tionnelies à leurs bénéfices. De grands seigneurs, de grandes dames, recevaient de ces honteux présents. Louis XV luimême tendait la main ; il était croupier'.
Ces traitants avaient à leur disposition un code si compliqué que le contribuable ne le pouvait connaître, si rigoureux que, pour le seul fait de la fraude sur le sel, il y avait constamment 1700 à 1800 personnes dans les prisons et plus de 300 aux galères. Le trésor n'était pas plus indulgent : si un receveur de la taille n^y versait point sa recette, on arrêtait les quatre principaux taillables de la localité, quoiqu'ils ne dussent rien à TËtat, et on les retenait en prison jusqu'à ce qu'ils eussent comblé le déficit. C'était l'odieux système de l'administration romaine sur la responsabilité des curiales.
DéfamU de Por^nUaUQB Btilllalre. — L^effectif réglementaire, en temps de paix, était de 170 000 hommes, dont 131 000 d'infanterie, 31 000 de cavalerie et 8000 pour la maison du roi ; mais l'elTectif réel n'atteignait pas UO 000 hommes. Dans ce nombre sont comptés douze régiments suisses, 8 allemands, 3 irlandais, 1 suédois. 21 000 canonniers gardescûtes ne servaient guère en temps de paix, de même que les 60 000 miliciens des régiments provinciaux. Les grades ('laient multipliés outre mesure, il n'y avait pas moins de 60 000 officiers en activité ou en retraite, et d'après un règlement de 1772, un régiment de cavalerie de 482 hommes comptait 142 officiers et sous-officiers, ce qui faisait un chef pour moins de trois soldats. Les grades s'achetaient même dans les armes spéciales, et les acquéreurs pouvaient, sans «avoir fait aucun service, devenir officiers généraux. Leduc de Bouillon était colonel à 11 ans, le duc de Fronsac à 7 ; son major en avait 12. Malgré les réformes deChoiseul, il y avait encore bien des dilapidations dans l'armée, et un mauvais système d'enrôlement en gâtait la composition. L'armée régulière était recrutée par des enrôlements volontaires, la milice {i.'ir le sort qui désignait chaque année 10 000 hommes astreints à servir six ans. Mais le tirage au sort de la milice, (ini pesait principalement sur les campagnes, était marqué
1 . lA liste nominative des croupes et dei pensions sous le dernier bail An la ferme générale passé par l'abbé Terray, a été pnbliee dans on curieux p iniphlet intitulé Mémoiru dt l'abbé Terray. On y trouve un grand nomtire de personnes titrées : Louis XV y figure à plusieurs repriiei. LMeroay:% et les pensions absorbaient alors un quart des bénéfleet d« U férmt. '^S'ijtice sur Secker. Dar le baron de Slaél. d. 69.)
par les plus scandaleux abus, et si les volontaires donnaient de bons soldats, les racoleurs envoyaient souvent aux régiments la lie des grandes villes ; aussi avions-nous alors annuellement 4000 désertions à Tétranger*. Dans la marine, le mépris des officiers rouges ou de naissance pour les officiers bleus ou les parvenus, entravait le service *.
Administration etsclésiastique. — Le clergé se divisait en clergé de France^ dans les anciennes provinces, et en clergé étranger dans les contrées conquises depuis François I". Cette distinction n'avait d'importance que pour les impositions. Mais les évoques de Metz, de Toul, de Verdun et de Strasbourg, suffragants de Trêves ou de Mayence, et les cinq évêques de la Corse, sufiragants de Pise ou de Gènes, ne prenaient point part aux assemblées générales du clergé. Les archevêques de Besançon et de Cambrai avaient au contraire des suffragants étrangers. Les diocèses étaient fort inégaux: celui de Rouen renfermait 1388 paroisses ; ceux de Toulon et d'Orange 20. Les revenus ressemblaient aux diocèses. L'évêque de Strasbourg avait 500 000 livres de rente, celui de Gap, 8000, et Fleury signait « évêque de Fréjus par Pindignation divine. « Un grand nombre d'abbés possédaient à peine 1000 livres de revenu : celui de Fécamp pouvait en dépenser 120 000 ; celui de Saint-Germain près de trois fois autant. Beaucoup de curés étaient fort riches, mais beaucoup de vicaires mouraient de faim. Louis XVI mérita leur reconnaissance en fixant leur portion congrue à 350 livres. On voit que les uns avaient trop, les autres pas assez. Le roi nommait à toutes les places de quelque importance dans rÉgliso ; les évêques, les chapitres et les seigneurs laïques nommaient aux autres. Eu résumé, 12 000 évoques, abbés, prieurs et chanoines se partageaient près du tiers du revenu de rÉglise, plus de 40 millions (valeur actuelle 66] ; les deux
1. Sur l'état de cette armée, on peut lire le témoignage non suspect du comte de Ségur, Mémoires^ 1. 1, p. 66. C'est le père du comte de Segiir
2ui, ministre en 1781, abolit l'usage de faire coucher les soldats à trois ans le même lit. Voy. aussi le portait que Fléchier trace de l'armée, dans son éloge de Turenne, 2« partie. Un des signes de raffaiblissement de Pesprit militaire dans la nation, c'est que le maréchal de Saxe proposait de ne faire de fortifications qu'aux lieux où il n'y aurait point de bourgeoisie, afin d'avoir des places exclusivement militaires où la garnison ne serait pas forcée par les habitants à capituler dès que l'ennemi aurait jeté quelques bombes dans les murs. Carnot, />e la défense des plices, p. 31. Sur l'état de la milice, voir la Lettre de Turgot au ministre de la guerre sur la milice j en 1771.