‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 47 sur 73 · L ASSEMBLÉE CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

L ASSEMBLÉE CONSTITUANTE

doit-il être? — Tout. i Ainsi, au mot de Louis XIV : « PEtat, c'est moi, i» Siéyës répondait : c FÉtat, c'est nous. > Il évaluait, en effet, le nombre des nobles de tout âge et de tout sexe, à moins de 110 000, et le clergé n'était pas plus nombreux.

La cour, surtout la reine, le comte d'Artois, les princes de Condé et de Gonti, les Polignac, eussent voulu que les états généraux s'occupassent seulement d'affaires de finances, et que le déficit comblé, les dettes payées, on renvoyât les députés chez eux. Mais des réformes politiques étaient la meilleure précaution à prendre contre le retour du déficit. La nation le comprit et le voulut.

La France, en effet, souffrait de deux maux qui venaient l'un de l'autre : un mal financier et un mal politique, le déficit et les abus. Pour guérir le premier, il fsîllait trois choses : des économies, une perception moins coûteuse, une répartition de l'impôt plus équitable ; pour guérir le second, il fallait une nouvelle organisation du pouvoir. La royauté, qui s'était déjà transformée tant de fois depuis les empereurs romains, en passant par la royauté barbare de Glovis et par la royauté féodale de Philippe Auguste, devait subir une transformation nouvelle; car dans sa forme dernière, celle de la royauté absolue et de droit divin, elle avait donné tout ce que le pays pouvait attendre d'elle, l'unité de territoire et Punité de commandement. Elle ^vait constitué la IVance, mais, avec les immenses développements de l'indus- Irie, du commerce, de la science, de l'esprit public et de la richesse mobilière, cette France avait maintenant des inlérèts trop complexes, des besoins trop nombreux pour qu'elle pût s'en remettre à l'omnipotence d'un seul homme, sans garantie aucune conôre les hasards malheureux des naissances royales ou la légèreté de ministres insuffisants. La nation était mûre pour s'occuper elle-même de ses propres affaires, et rompre l'enveloppe à demi brisée qui enchaînait encore ses mouvements. Malheureusement, les peuples ne se séparent jamais de leur passé que par de cruels déchirements.

Lie* électloBP ' t Mlrabeaa. «- A la nouvelle de la con-

1. Les électiont éuient à deux degrés. Des assemblées primaires nommaient les élecUurs el ceaz-ci cboisissaieDt les dépatés. Tout contribaabie, quelle que fût la quotité de sa eontribation, émx éleetear primaire et pouvait être élu.

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vocation des états généraux, Tagîtation qui déjà régpiait en France redoubla. Partout s'organisèrent des réunions, ou, comme on les appela d'après un mot anglais, des clubs, entre autres le club Breton, d'où sortira la société sinistre des Jacobins. Ces réunions ne furent pas toutes pacifiques et révélèrent les divisions qui existaient au sein môme des ordres privilégiés. Le clergé avait sa démocratie, les curés de campagne ; la noblesse avait la sienne dans la gentilhommerie de province ; mais celle-ci était, en général, contraire à la révolution, et en voyant de ce côté une partie des grands seigneurs, la Fayette, la Rochefoucauld-Liancourt, les comtes de Montmorency et de Lally-ToUendal, le vicomte deNoailles, etc., elle disait fièrement : c Us trafiqueront encore de nos privilèges. > En Bretagne, la noblesse et les évêques aimèrent mieux ne pas nommer de députés que d'admettre la double représentation du tiers ; mais les curés bretons firent scission et commencèrent la division du clergé.

En Provence, les nobles protestèrent contre la décision da conseil du roi. Un illustre transfuge, le comte de Mirabeau, attaqua vivement cette protestation. Repoussé par les nobles, qui ne voulurent point le laisser siéger parmi eux, il leur lança ces menaçantes paroles : < Dans tous les pays, .dans tous les âges, les aristocrates ont implacablement poursuivi les amis du peuple; et si, je ne sais par quelle combinaison de la fortune, il s^en est élevé quelqu'un dans leur sein, c^ett celui-là surtout qu'ils ont frappé, avides qu'ils étaient d^inspirer la terreur par le cboix de la victime. Ainsi périt le dernier des Gracques de la main des patriciens : mais, atteint du coup mortel, il lança de la poussière contre le ciel, en attestant les dieux vengeurs ; et de cette poussière naquit Marius, Marins, moins grand pour avoir exterminé les Gimbres, que pour avoir abattu dans Rome l'aristocratie de la noblesse. » Il parcourut la province, au milieu des populations éblouies par les premiers éclats de cette éloquence qu'attendait un plus grand théâtre, et il calma par son ascendant des mouvements qui avaient éclaté à Aix et à Marseille, où il fut reçu au bruit du canon, au son des cloches. Sa jeunesseavait été pleine de désordres ; mais il avait beaucoup souffert des injustes rigueurs de son père et de celles du gouvernement, qui avait donné contre lui dix-sept lettres de cachet. Il fut emprisonné dans l'île de Ré, puis au château dlf, au fort de Jeux, à Vincennes, et condamné à mort pour une séduction.

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A vingt ans, il avait écrit ud Eaai nir te dtspatitme, avec cette épigraphe de Tacite : Dedimut proftcto grande patitntût documetitinn. Plus tard, pour vivre, ik trafiqua de sa plume, cotait un nom souillé, mais un esprit aupérieur. Sa voix allait devenir la voix même de la Révolution.

Demandca dt* cAhicri. — Voici les demaodea qui, se retrouvant dans presque tous les cahiers, n'étaient l'objet d'aucune contestation.

1» Dans l'ordre politique : la souveraineté émane du peuple et ne peut s'exercer que par l'accord de larepréaentatioD na-

tionale avec le chef héréditaire de l'Étati urgeoca de donuor une constitution à la France; droit exclusif pour les états généraux de faire la loi qui, avant d'être promulguée, devra obtenir la sanction royale, de contrôler les dépenses publiques, do voter l'impêl; abolition des immunités financières et des privili'^cs personnels du clergé et delà noblesse; suppression lies derniers rcslcs du servage; admissibilité de tous U's ciluyans aux emplois publics; responsabilité des agents .lu pouvoir exÉcutif,

2" Dans l'ordre moral : la liberté du culte et do la presse ; 'vlucalion par ri!:i:it des cn(ants pauvres et abandonnés, "

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30 Dans Tordre judiciaire : unité de la législation et de la jurisprudence ; suppression des juridictions exceptionnelles; publicité des débats; adoucissement des lois pénales; réfonne des lois de procédure.

k^ Dans Tordre administratif : création d^assemblées provinciales pour contrôler la gestion de tous les délégués de Tautorité royale ; unité de poids et mesures ; nouvelle division du royaume d'après la population et le revenu.

5® Dans Tordre économique : liberté de Tindustrie; suppression des douanes intérieures ; remplacement des divers impôts par un impôt territorial et mobilier qui atteindrait les fruits, mais jamais le capital.

Ces demandes, qui contenaient toute la révolution, et qui en marquent d'avance tous les travaux, prouvent qufi la nation qui avait su les formuler, méritait de les obtenir '• Oc les a appelées les principes de 89. Napoléon les a nommées mieux encore : c Les vérités de la Révolution. »

Oavertnre des é(at« ^énéranx (5 mai 19 89). — Le S mai, tous les députés réunis à Versailles furent présentés au roi. Le 4, ils se rendirent en procession solennelle à Téglise Saint-Louis*. Tout Paris était à Versailles. Au milieu d'une foule immense, le cortège parut, le tiers état en tète, comme il est d'usage dans les processions que les moindres personnages ouvrent la marche. L'étiquette, réglée d'avance, avait assigné aux députés du tiers un modeste vêtement noir; ils furent couverts d'applaudissements. Les habits brodés de la noblesse passèrent au milieu du silence, sauf quelques hommes populaires qu'on applaudit; même silence pour le clergé, qui venait ensuite. L'enthousiasme ne se ralluma que pour le roi, qui fermait la marche.

Le 5 mai, les états s'ouvrirent dans la salle des Haïuit, qu^on désigna sous le nom de salie des Trois Ordres. Le roi était sur son trône, entouré des princes du sang; sur les degrés se tenait la cour. Le reste de la salle était occupé par

1. On peut, en comparant ci-dessus les demandes des états de 1414, iS60, 1561, 1S76, 1588, 1614, suivre la tradition nationale, etlH>ii Terraqae ce qu'il y a de plus vieux en France est de prévenir les révoloUon» en faisant aes réformes. Quand de Galonné fut devenu réformateor, U se souvint de ces demandes répétées ; dans l'exposé des motift d'an dà les projets il disait : < C'est la réponse aux états de I6i4. >

2. L*év6que de Nancy termina le sermon du jour par ces mots : t sire, le peuple sur lequel vous régnez a donné des preuves non équivojqaes de patience.... C'est un peuple martyr, à qui la vie semble n'avoir été Ulssèe que pour le faire souffrir plus longtemps.»

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les trois ordres : à droite du trône, le clergé, qui comptait 291 membres, dont 48 archevêques ou évèques, .35 abbés ou chanoines, 204 curés et 3 moines; à gauche, la noblesse, comprenant 270 membres, à savoir : 1 prince du sang, le duc d'Orléans, 240 gentilshommes et 28 magistrats des cours supérieures ; enfin, au fond, sur des sièges inférieurs, le tiers état, composé de 584 membres, dont 12 gentilshommes, 2 prêtres, 18 maires ou consuls de grandes villes, 162 magistrats de bailliages ou sénéchaussées, 212 avocats, 16 médecins, 162 négociants ou propriétaires et cultivateurs.

Le roi exprima en quelques nobles paroles ses vœux pour le bonheur de la nation, convia les états à y travailler, en leur recommandant surtout la question financière et en les engageant à remédier aux maux, sans se laisser entraîner au désir exagéré d'innovation « qui s'est emparé des esprits. »

Le garde des sceaux Barentin développa le discours ro}'aI, en paraissant réduire les attributions des états au vole de rimpôt, à la discussion d'une loi contre la presse et à la réforme de la législation civile et criminelle. Puis la parole fut donnée au directeur général des finances, Necker, qui fatigua par ses longueurs. Deux passages de son discours excitèrent cependant une vive attention : celui où il faisait l'aveu d'un déficit annuel de 56 millions et de 260 millions d'anticipations, et celui où il déclarait que le roi demandait aux états de l'aider à fonder la prospérité du royaume sur des bases solides. « Cherchez-les, disait-il, indiquez-les à votre souverain, et vous trouverez de sa part la plus généreuse assistance. » Ainsi, il y avait anarchie dans le conseil. Le garde des sceaux, organe de la cour, considérait la crise présente plutôt comme financière que comme politique et sociale, et le directeur des finances semblait donner toute latitude aux états généraux.

liCS députés du tiers ■• déelarcmt «McatUée «ati«nale conslUnante (19 J«l»-9 J«illet 19S»). — Établir l'unité politique et sociale de la nation par Tégalité devant la loi et la garantir par la liberté, c'était bien là, en deux mots, tout l'esprit de 1789. Trois sociétés existaient : il fallait qu'il n'y en eût plus qu'une. Dans la première question à résoudre, la vérification des pouvoirs des députés le tiers état se prononça pour que cette vérification se fit en commun, le clergé et la noblesse pour que chaque ordre vérifiAt à part les pouvoirs de ses membres. De la manière dont

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on délibérerait sur ce point dépendait le mode de dôlibéFation qui serait adopté pour le reste, et le vote par ordre ou par tète. Or toute la révolution était là. Car si Ton votait par ordre, la majorité était assurée d'avance au clergé et à la noblesse ; si Ton votait par tète, elle était acquise aux députés du tiers, plus nombreux que ceux des autres ordres, 584 contre 561.

Pendant cinq semaines, les députés du tiers, maîtres de la salle commune, employèrent tous les moyens pour engager les deux premiers ordres à la réunion ; ils y invitaient le clergé € au nom du Dieu de paix et de l'intérêt public. » Le clergé était dans une situation douloureuse : ses doctrines le tiraient d'un côté, ses intérêts de l'autre ; corps privil^é, il était hostile à la révolution ; interprète dô rÉvangile, il y était favorable. Ceux de ses membres qui profitaient le moins des privilèges, commencèrent la défection. Le 13 juin, trois curés du Poitou vinrent prendre séance au milieu du tiers; les jours suivants, un grand nombre d'autres les imitèrent Enfm, le 17 juin, sur la motion de l'abbé Siéyës, les communes s'érigèrent en Assemblée nationale, attendu « que cette assemblée est déjà composée des représentants envoyés directement par les 96 centièmes au moins de la nation, et qu'une telle masse de députation ne saurait rester inactire par l'absence des députés de quelques bailliages ou de quelques classes de citoyens » (17 juin). Trois semaines après, pour mieux indiquer son mandat, elle ajouta à son titre 1 mot de constituante (9 juillet).

^ermeut dn ileude Paume (20Jniii). — Cette déclaration, qui ouvrait la révolution, jeta la terreur à la cour et dans les deux premiers ordres. Pourtant le clergé, malgré les brillants efforts de l'abbé Maury, se décida pour la réunion, à une majorité de quelques voix formée par les curés (19 juin). La cour n'en fut que plus irritée et poussa le roi aux mesures violentes. On l'engageait à prononcer la dissolution des états. Il ne le voulut pas ; mais annonçant une séance royale pour le 22 juin, il fit garder par des soldats la salle des séances, sous prétexte de préparatifs à faire; c'était un moyen d'empêcher le clergé d'opérer la réunion. Le 20 juin, Bailly, président du tiers, trouve la porte fermée Les députés s'assemblent par groupes ; les uns veulent délibérer en plein air, sur la place d'armes, à la façon des anciens champs do mai ; d'autres sous les fenêtres mêmes du

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roi. Enfin, Bailly se rend dans une salle de jeu de paume et les y convoque. Là, entre des murs sombres et nus, sans appareil, sans sièges, les députés font le serment solennel de ne point se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France (20 juin). Le lendemain, cette salle à son tour est fermée : le comte d'Artois Ta retenue pour y jouer avec ses courtisans. Mais la majorité du clergé s'étant réunie au tiers état, fait ouvrir Téglise Saint-Louis, et rassemblée, déjà en partie victorieuse sur la question de la réunion des ordres, y commence ses délibérations. Dès lors les événements se précipitent.

Fut ion d«i troU ordre* (29 J«la/. — La séance royale se tint donc après un double échec du gouvernement Elle commença la rupture avec le roi. Louis XVI , qui avait fait environner la salle de troupes nombreuses, prononça des paroles menaçantes : il excepta des affaires à traiter en commun celles qui regardaient les droits antiques et constitutionnels des trois ordres : c Si vous m^abandonnez , ajoutait^il , seul , je ferai le bien de mes peuples, seul je me considérerai comme leur véritable représentant, i -Il sortit en commandant aux ordres de se retirer dans leurs salles respectives. Les deux premiers obéirent, sauf quelques membres du clergé ; le tiers resta. Le marquis de Brézé , grand maître des cérémonies , rentra et dit : « Vous avez entendu , messieurs , les ordres du roi. » Mirabeau se leva et répondit : c Nous avons entendu, monsieur, les intentions qu^on a suggérées au roi; mais vous qui ne sauriez être son organe auprès de T Assemblée nationale, vous qui n'avez ici ni place, ni voix, ni droit de parler, vous n'êtes pas fait pour nous rappeler son discours.... Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu^on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes '. » A quoi Siéyès , s'adressant aux députés, ajouta ces simples et fortes paroles : c Vous êtes aujourd'hui ce que vt>us étiez hier, délibérez. "» L'Assemblée délibéra, et ce fut pour proclamer aussitôt l'inviolabilité de ses membres (23 juin). Le lendemain la majorité du clergé, et le surlendemain 47 membres de la noblesse , le duc d'Orléans en tête, vinrent se réun'r au tiers.

I. On a contesté quelques ezpreiftioni, non U md» de eettt réponse fa< meiui;- L'ancien Moniteur U contenait.

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Aux sortir de la séance royale, Louis XVI était rentré an château , au milieu de la foule , pour la première fois silencieuse. Il se promenait sans parler dans son appartement, lorsque Brézô vint lui annoncer le refus du Uers état de quitter la salle : « Eh bien! dit-il comme importuné, sMla ne veulent pas la quitter, qu'on les y laisse, i Le roi cédait; Necker, un instant éloigné , était rappelé par effroi. U conseilla au roi dUnviter lui-même les deux premiers ordres à se joindre au troisième. Ils obéirent le 27 juin et furent reçus avec une noble courtoisie , comme si leur venue était le gage durable d'une union fraternelle, c II nous manquait des frères, dit Bailly, la famille est complète; i et rAsaemblée s'organisant, en trente bureaux, pour donner au grand travail de la constitution Tactivîté nécessaire, les députés da tiers choisirent tous les présidents parmi les ecclésiastiques et les nobles.

Prise de U BMtiUe (14 JalUet). — Mais la COUT rêvait à des projets violents. Des troupes étaient appelées de toutes parts et concentrées autour de Paris et de Versailles pour protéger PAssemblée, disait-on, et maintenir Tordre. Elles montaient à plus de 30 000 hommes ; le coinmandement en fut donné au vieux maréchal de BrogUfli qui les mit sur le pied de guerre. On put se croire en pqjs ennemi. Dans le nombre se trouvaient des régiments étrangers, les Suisses, le Royal-Allemand , fort en faveur, parce que leur fidélité n'était pas douteuse. Les régiments firançais avaient , en effet, subi Tinfluence des idées qui drcolaient alors, d'autant plus que Tarmée, elle aussi, fléchissait sous le poids de nombreux abus. Il ne faut pas oublier que les régiments s'achetaient comme toute autre propriété ; que les grades supérieurs étaient réservés aux noiDles à quatre quartiers ; que dans le budget , les officiers figuraient pour 46 millions, les soldats seulement pour kk, sans compter les retenues de solde ; que Marceau était simple soldat; que Hoche, sergent aux gardes, était réduit à broder des gilets d'officiers qu'il vendait dans les cafés pour s'acheter des livres,

La présence des régiments étrangers était une menace trop claire. Paris s'inquiéta de cet appareil militaire. Tout ce qui se passait k Versailles y retentissait sur-le-champ. Le foyer de l'agitation était le jardin du Palais-Royal. Une table servait de tribune. On v commentait tous les actes de l'As-

l'assehbléf, constituante (1789-1791). 473 semblée et de la cour. Les soldats des gardes françaises, habitués par un long séjour dans cette ïille h partager les seDtiments du peuple, s'associèrent aux manifestations de la joie publique, après les succès de l'Assemblée. Leur colonel fit emprisonner onze d'entre eux; le peuple se porta à l'Abbaye et les délivra. L'Assemblée nationale, instruite de cette violation de la discipline et de la loi , slnt^posa, pour sauver l'une et l'autre; elle obtînt du roi la grâce des gardes françaises délivrés, k condition qu'ils rentreraient un ins-

tant dans leur prison, et elle demandais renroi dqs troupes, dont la présence irritait les esprits 1 1 Ûnt-ilB observé, s'était écrié Mirabeau , en parlant des conseillera imprudents du roi , par quel funeste enchaînement de circonstances les esprits les plus sages sont jetés hors des limites de la modération , et par quelle impulsion terrible un peuple enivré se précipite vers des eicès dont la première idée l'eût fait frémir? «

Louis XVI entrait dans cette voie I^este; au lien de l'éloignement des troupes, on apprend tout à coup le renvoi

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et Pexil de Necker (11 juillet). Le lendemain, Paris s'enflamme comme un volcan; le Palais-Royal retentit d'ardentes colères; un jeune homme, bouillant d'éloquence et d'indignation, Camille Desmoulins s'élance sur une table, un pistolet à la main : « Citoyens , s'écrie-t-il , le renvoi de Necker est le tocsin d'une Saint-Barthélémy de patriotes! Ce soir même tous les bataillons suisses et allemands sortiront du champ de Mars pour nous égorger! Il ne nous reste qu'une ressource, c'est de courir aui armes. » Les feuilles des marronniers du jardin sont prises pour cocarde; la foule se précipite chez le sculpteur Gurtius, enlève les bustes de Necker et du duc d'Orléans, les promène en triomphe et rencontre sur la place Vendôme un poste militaire qui arrête le cortège et tue un garde française. Dans le môme temps, le prince de LaDai>esc, colonel du Royal- Allemand , fait une charge jusque dans le jardin des Tuileries, pour disperser le peuple qui attaque ses soldats à coups de pierres. Un vieillard est foulé aux pieds des chevaux Aussitôt le bruit se répand dans la ville qu'on égorge les citoyens. Le régiment des giurdea françaises sort en armes de la caserne où il est oonaijgné, tire sur un détachement du Royal-Allemand, et prend position sur la place Louis XV. Le baron de Bezenval, qui arait des forces supérieures aux Champs-Elysées , pouvait les accabler ; il était sans ordre : il n'osa agir et se replia sur la route de Versailles.

Pendant ces mouvements tumultueux, l'AsBemblée faisait , pour le rappel de Necker, des efforts que Louis XVI repoussa. Le comte de Virieu demanda qu'en ce moment de grave péril les députés renouvelassent leur serment du 20 juin; et quelques nobles hésitant : « L'adhésion est unanime, » s'écria Mathieu de Montmorency. it La constitution sera, dit le comte de Clermont-Tonnerre, où nous ne serons plus. » Et en même temps, ils envoyaient une adresse au roi pour demander Téloignement des troupes. Cette fermeté calme honorait l'Assemblée. A Paris on allait plus vite et plus loin. Il y avait alors comme une municipalité nouvelle, formée par des électeurs, qui remplaçaient l'ancienne dans la confiance populaire. Ces électeurs étaient des citoyens, quelques-uns fort considérables , qui , l'élection pour la députation de Paris terminée , avaient continué de se réunir pour achever la rédaction de leurs cahiers et avaient même

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obtenu une salle commune à Thôtel de ville. Là , sans mandat, sans titre, mais avec une autorité à laquelle la ville entière obéissait, ils se constituèrent, le 13 juillet, en corps administratif. Le peuple demandait à grands cris des armes, afm de pouvoir se défendre contre Tattaque probable des troupes. Les électeurs décrétèrent quMl serait formé une garde bourgeoise, d*abord de 200 et bientôt de 400 hommes par chacun des 60 districts. Mais il fallait des armes. Toute la journée du 14 se passa à en demander au prévôt des marchands, Flesselles, qui, pour gagner du tenfps, deux fols en* promit et n'en donna point, amassant ainsi sur sa tète de redoutables colères. On fabriqua 50 000 piques en 36 heures, on enleva de Thôtel des Invalides 30000 fusils, des sabres, des canons. Dès le 12, les troupes qui occupaient les Champs- Elysées , menacées d'une attaque, s'étaient repliées , et les Parisiens étaient maîtres de la ville où s'élevait la sombre forteresse tant de fois maudite. A la Bastille ! devint le cri général. On y court de tous les quartiers. D^anciens militaires, Ëlie, Hullin, dirigent le peuple ; mds un petit nom-^ bre ont des armes et peuvent prendre part à Paction. Le gouverneur, de Launay, n'avait pour garnison que 200 Suisses ou invalides ; cependant le château était si fort, surtout contre un assaut de ce genre, qu'il fallut aux assaillants une lutte meurtrière de plusieurs heures pour s'en emparer. Enfin ils y pénétrèrent après avoir perdu près du tiers d'entre eux, 171 morts ou blessés*.

1. La haine contre les prisons d^tat était si Tivt qu'après la publication da livre de Mirabeaa contre les lettres de cachet, où il faisait une peinture aiïreuse des prisons de Vincennes, le ministre Breteuil, an des protégés de la reine, aJQn de gagner an peu de |M>palarité, avait, en 1785. transfurmé le donjon de Vincennes en un grenier d'abondance. Mais il adntit auparavant les curieux à le visiter, risite dangereuse, car le peuple, eiïrayé de ce qu'il avait vu, tint moins de compte d'une prison fermée que de celles qu'on laissait debout. Il s'en souvint en 1189. Le dernier article du cahier des députés du tiers, à Paris, portait : i Sur le sol de la bastille détruite et rasée, on établira une place publique au milieu de laquelle s'élèvera une colonne avec cette inscription: J Louis XVI^ Beitau^ râleur de la liberté publique. » La Bastille était menacée, condamnée, longtemps avant d'être attaquée. Sa chute retsaÛt au loin, c Quoique la bastille ne fût assurément menaçante pour personne à Saint-Pétersbourg, dit dans ses Mémoires M. de Ségur, alors notre ambassadeur dans cette ville, je ne saurais exprimer l'enthousiasme qu'excitèrent parmi les négociants, les marchands, les bourgeois et quelques jeunes gens d'une classe plue élevée, la chute de cette prison d'État et le premier triomphe d'une liberté orageuse. Français, Russes, Anglais, Danois, Allemands, Hollandais, tous, dans les rues, se félicitaient, s'embrassaient comme si on les eût délivres d'une chaîne trop lourde qui pesait sur eux. • Pour que le peuple

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Les hommes qui se battent bravement et en face ne tuent pas après la victoire. Mais derrière ceux qu^on appela les vainqueurs de la Bastille, il y avait des bandits qui, les jours précédents, avaient déjà pillé dans la ville, et qui ce jour-là égorgèrent. Hélie, Hulin s'épuisèrent en vains efforts pour sauver les prisonniers. De Launay fut massacré. Le prévôt des marchands Flesselles, le major de Salbray et plusieurs soldats eurent le même sort. Leurs têtes, mises sur des piques, furent promenées dans la ville ; la populace commençait à goûter au sang, et la révolution avait sa première joum^.

liA iparde nationale, la cocarde tricolore. — Quand le duc de Liancourt apprit au roi la prise de la Bastille : a Mais c'est donc une révolte? dit-il. — Non, sire, c'est une révolution. » La veille son armée avait été impuissante ; aujourd'hui on jetait bas sa forteresse. Les temps étaient accomplis. Le petit-fils de Louis XIV se rendit à PAssemblée où déjà aussi éclataient des colères. Mirabeau s'adressant aux députés qu'on envoyait en ce moment même au roi, s'était écrié : « Dites-lui bien, dites-lui que les hordes étrangères dont nous sommes investis, ont reçu hier la visite des princes, des princesses, des favoris, des favorites, et leurs caresses, et leurs exhortations, et leurs présents ; dites-lui que toute la nuit, ces satellites étrangers, gorgés d'or et cfe vin, ont prédit dans leurs chants impies l'asservissement de la France, et que leurs vœux brutaux invoquaient la destruction de l'Assemblée nationale ; dites-lui que dans son palais même des courtisans ont mêlé leurs danses au son de cette musique barbare, et que telle fut l'avant- scène de la Saint- Barthélémy ! 9 Quand on annonça l'arrivée du roi : « Le sh lence du peuple est la leçon des rois, » dit l'évêque de Chaptrès, et il demanda que le prince fût reçu de l'Assemblée avec un front sévère. Pourtant, lorsque Louis XVI parut sans gardes et déclara qu'il ne faisait qu'un avec la nation, qu'il se fiait à l'Assemblée nationale, qu'il consentait au renvoi des troupes allemandes, et qu'il rappelait Neckèr au ministère, on l'applaudit avec transport, et une foule immense le suivit sur la route de Paris. Il y entra au milieu d'une multitude innombrable armée de fusils, de piques, de hacheSi de *

continuât de fouler aux pieds l'antique forteresse, on voulut qnt ses pitr* res servissent à construire le pont de la Concorde et sur son empitooment on éleva, après 1830, la colonne de Juillet

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faux, et traînant quelques pièces d^artiUerie ; mais pour déguiser la menace tout en montrant sa force, le peuple avait caché sous des fleurs la bouche et la lumière de ses canons. Bailly, qui Tenait d'être nommé maire de Paris, reçut le roi aux portes et lui remit les clefs de la ville. « Ce sont les mêmes, dit-il, qui furent présentées à Henri IV. Il avait re« conquis son peuple, sire, c^est le peuple qui a reconquis son roi. » Louis aurait pu ce jour-là encore regagner les cœurs : mais il n*était point Phomme quUl fallait pour de pareils temps. La révolution continua en sa présence. La Fayette, nommé général de la milice bourgeoise^ se hâta de Torganiser. Il lui donna un nom que Siéyès .avait trouvé, celui de garde nationale, et pour cocarde les deux vieilles couleurs de Paris, le bleu et le rouge, entre lesquelles il plaça le blanc, couleur de la royauté et de la Franoe. « Prenez-la, disait-il en la donnant; voilà une cocarde qui fera le tour du monde. »

Abolition deo priTilégoi (4 ••&!). — L*agitation qui de Paris s'était répandue de proche en proche dans tout le pays commençait à produire des violences. En beaucoup de. lieux, les paysans brûlaient les couvents, les châteaux, pour détruire les anciens titres et les chartes féodales. Dèslespre» miers mois de 1789, Tinsurrection avait commencé en Provence. Le Dauphiné, le Beaujolais, le Maçonnais, la Bourgogne, étaient maintenant parcourus par des bandes armées, et le désordre s'étendait à d'autres provinces. Il devenait urgent de prévenir une jacquerie par de grandes réformes. Desnobles donnèrent l'exemple : le duc d'Aiguillon, le* vicomte de Noailles, Mathieu de Montmorency , proposent le rachat de leurs droits ; bientôt l'émulation gagnant, tous les privilèges tombent : droits seigneuriaux, droits de juridiction, dîmes ecclésiastiques, privilèges des personnes, des provinces ou des villes, etc. On stipulait, il est vrai, le rachat de tous ces droits, sauf de ceux qui blessaient la liberté personnelle ; mais cette nuit n'en est pas moins mémorable, elle vit naître Tégalité. L'Assemblée ordonna qu'un Te Deum solennel serait célébré dans toutes les églises en actions de grâces de la destruction du régime féodal, et le roi ayant accepté le sacriûce des privilégiés, elle lui décerna le titre de Hestaurateur de la liberté française*

OppoBlIloB de Im eoor i JoMmées deo 5 et 0 octobre 1 7 80. — Un des premiers solnsde l'Assemblée* fut de rédiger.

COMSTITUAUTS (198^-1791).,

à. rexomple du congrès américain, une déclaration de& droits de l'homme et du citoyen, ou l'exposé des principes d'aprâs lesquels serait établie la conslituUon. En septembre, les principales dispositions de cet acte étaient déjà volées. Ceux qui avaient voulu diviser le pouvoir législatif entra deux chambres, comme en Angleterre, et donner au roi le vâto illimité, avaient été vaincue. Mounier, Clerm ont-Tonnerre, Lally-Tollendal, se retirèrent du comité de cooatitu-

BilU da ip«oUda da aUtiaa <U TamUla». ^, '

tioii. C'était comme ratidic^Uon des membres iea,plqJL,tmidérés de l'Assembiàe ; de part et d'autre IlnflueoçâaUùt pasB^ aux hommes qui étaient décidés & aller jiuqu*jn]^oiit daDS l'attaque comme dans la résistance. Autour du roi, et malgré lui-même, on reprenait Tidée de recourir à lu force- Le régiment de Flandre fut rappelé i Versailles. &«teuil avait même proposé, vers la fin d'août, que la cour se réfugiât & Metz, au milieu de l'armée de Bouille. Luiù XVI se reru.{ait h. un acte qui eût commencé la guerre civile, 'S^,

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les imprudents amenèrent d^une autre façon la catastrophe.

On prêta la grande salle de spectacle du château aux gardes du corps, pour un repas qu'ils voulaient donner aux of- Cciers du régiment de Flandre, et auquel furent représentés les autres régiments, même les régiments étrangers et la garde nationale. Au milieu du festin, le roi paraît, suivi de la reine, tenant le dauphin dans ses bras. La musique joue Pair : 0 Richard, 6 mon roi, Vunivers Vckbandonne ! puis les airs étrangers, la marche des Uhlans ; les vins coulent, les tètes se perdent, les dames distribuent des cocardes blanches, et la cocarde tricolore est, dit-on, foulée aux pieds (l^ octobre).

Cependant Pario mourait de faim. Un ouragan de grêle, tel qu'on n'en avait pas vu d'exemple, avait, le 13 juillet de l'année précédente, haché une partie de la moisson depuis les bords de la Charente jusqu'à ceux de l'Escaut. Puis était survenu un hiver d'une rigueur inouïe : du 25 novembre 1788 au 13 janvier 1789, il avait gelé sans interruption. Dans plusieurs provinces la disette était réelle ; l'agitation, l'inquiétude, la changèrent en famine. Pendant trois mois, Paris vécut au jour le jour, recevant la veille.la farine pour îe pain du lendemain. Quand la nouvelle de l'orgie de Versailles tomba au milieu de la foule affamée, cette provocation téméraire fit éclater l'insurrection. Une armée de femmescriant: Du pain ! se réunit et marche sur Versailles, s'imaginant que l'on aurait l'abondance, si l'on amenait U toi à Paris. Les hommes suivent ; la Fayette, qui s'était vainement opposé au départ, est lui-même entraîné par l'armée parisienne. Cette multitude arrive devant la cour du château ; une rixe s'engage avec les gardes du corps, dès le soir, et recommence le lendemain matin. La reine, contre laquelle des furieux vocifèrent des paroles de mort, n'est sauvée que par le dévouement de quelques-uns de ses gardes, qui se font tuer en défendant sa porte. La Fayette, accablé de fatigues après une journée et une nuit d'angoisses, avait sur le matin quitté le château. C'est en son absence qu'il fut forcé et que septgardes périrent ; cinq hommes du peuple ou gardes nationaux do Versailles furent tués. La Fayette accourut à temps pour sauver dix-sept gardes qu'on voulait fusiller, et Gt évacuer rintérieur des appartements. Mais il fallut que le roi se montrât et promît d'aller à Paris. La reine voulut l'y suivre.

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Le voyage n'était pas sans danger pour elle. La Fayette la conduisit sur un balcon, et ne pouvant se faire entendre de tous, il lui baisa respectueusement la main, en signe de réconciliation entre la royauté et la révolution ; la foule applaudit; des cris de Vive la reine I se firent même entendre. Quelques moments après, la famille royale partit au milieu de cette cohue qui la ramenait comme prisonnière dans sa capitale (5 et 6 octobre). L^Assemblée commit Timpardonnable faute de suivre le prince à Paris et sUnstalIa dans la chapelle de Parchevèché, ensuite dans le manégs, près des Tuileries* Depuis ce moment, elle se trouva, comme lui, sous la main de la populace pour qui le succès de Texpédition sur Versailles avait été la fatale révélation qu'on pouvait remplacer la discussion par la force et tout dominer, Assemblée ou gouvernement, par une journée,

lies excès populaires et Pémig^ration. — Déjà de bieD coupables excès avaient eu lieu. On avait vu apparaître ces hommes de sang et de destruction qui se montrent toujours dans les émotions populaires et qui font tant redouter aiuz sages les révolutions même les plus légitimes. Depuis Phiveri des bandes nombreuses, menaçantes, erraient dans les campagnes, encombraient les villes. A Paris , la municipalité avait été forcée d'organiser un atelier à Montmartre pour 20 000 hommes. C'était une armée toute prête pour la démagogie. 11 fallut la surveiller avec du canon char^çé à mitraille. Mais comment empêcher ces malheureux de descendre un k un dans la ville. On les y trouvait mêlés à la populace sur la place de Grève, autour du Palais-Royal. C'était de cette foule que partaient les cris de mort ; de là que sortaient les porteurs de tête. Avant même la réunion des états généraux, le 28 avril, la fabrique de Réveillon, au faubourg Saint-Antoine, avait été pillée; après la prise de la Bastille, de Launay et Flesselles avaient été égorgés, puis le ministre Foulon et rintendant Berthier ; puis les gardes du roi. Dans les provinces, les paysans ne se contentaient pas toujours de déchirer les titres féodaux, d'abattre les tours et les ponts-levis, ils abattaient quelquefois le seigneur : violences à jamais déplorables, qui ont fait un mal immense à la cause des libertés publiques. La terreur gagna la cour et les châteaux. Les conseillers les plus imprudents du roi, le comte d'Artois, son frère, les princes de Condé et de Conti, les ducs de Bourbon et d'Enghien, les Polignac, etc., s'étaient enfuis les pre-

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miers, dès le lendemain de la prise de la Bastille ; beaucoup d'autres les imitèrent. Ils laissaient le roi seul au milieu du peuple dont ils allaient irriter la colère, en dirigeant contre la patrie les armes de l'étranger.

Cependant, s'il y a des actes coupables, il y en aussi d'héroïques. Un électeur, Larivière, pour protéger l'intendant Berthier, qui venait d'être arrêté, monte avec lui dans le cabriolet qui l'amène à Paris. Maintes fois des fusils, desépées, des sabres, sont dirigés contre le captif; Larivière le couvre de son corps. A Paris, la fureur de la foule est au comble ; mais nul dans ce peuple ne connaît l'intendant. On crie que Berthier ôte son chapeau, et vingt fusils sont braqués sur la voiture; Larivière aussitôt se découvre. Un autre jour, un garde française sauve son colonel, le duc du Châtelet, que la populace voulait égorger. « Quel est ton nom ? demanda le duc. — Mon nom, c'est celui de tous mes camarades. » Et parmi ces gentilshommes qui, pour obéir à un sentiment mal compris de loyauté, quittaient la France, combien, comme (Chateaubriand, qui sentaient tout ce qu^il y a d'amer dans le pain de l'étranger et qui emportaient avec eux le cher souvenir de la terre natale, l'amour et Torgueil du pays 1 Un officier français suivait l'empereur François II II une revue des troupes autrichiennes. Le prince, fier de leur belle tenue, se retourne et lui dit : « Voilà de quoi bien battre les sans-culoltcs. — C'est ce qu'il faudra voir, » répondit l'émigré.

Double mouvement qui précipite la révolution. — Du 6 octobre 1789 jusqu'au 30 septembre 1791, jour où PAssemblée nationale se sépara, la France fut entraînée par deux mouvements contraires. D'une part, la révolution commencée par tout le monde ou à peu près, puis quelque temps dirigée f)ar les élèves de Montesquieu, qui ne demandaient pour la France qu'une constitution calquée sur celle de TAngleterre, tendait à passer aux mains des tribuns populaires et se faisait chaque jour plus démocratique. D'autre part, la cour cachait ses rogrots sous une feinte docilité, et par les soupçons, par les craintes qu'inspirait sa conduite, précipitait la marche de la révolution qui allait devenir implacable.

Travaux de 1* Assemblée} réforme* politiques et eifiles. — Entre ces deux tendances oppos'^, l'Assemblée nationale poursuivait le cours di> sea importants travaux, abattant d'une main , édifiant de l'autre , avec une ardeur quelquefois téméraire, plus souvent bien inspirée. Par Ténu-

482 l'assemblé:e constituante (1789-1791).

mération des principaux décrets, on verra combien dans Tordre civil, la France a gardé de ses réformes.

Après avoir dépouillé la monarchie absolue du droit de faire la loi, d^établir Timpôt, de décider de la paix et de la guerre, elle réduisait le monarque à n^être que le premier des fonctionnaires de PËtat , en lui votant une liste civile de 25 millions.

Les cultes dissidents, la presse, rindostrie, le comineree, étaient délivrés de toute entrave".

Le droit d'aînesse, les substitutions, étaient supprimés*; le partage égal des biens entre tous les enfants rendu obligatoire; la confiscation abolie en vertu de ce principe que Texpiation doit être personnelle comme la faute. Les protes» tants, les juifs, étaient admis à jouir de tous les droits civiques et civils*; et les premiers recouvraient ceux de leurs biens qui avaient été incorporés au domaine de l^tat; les mulâtres des colonies obtenaient les droits civils.

Ënfm l'Assemblée abolissait tous les titres, détruisait la noblesse et le clergé comme ordres, réduisait les xtobles & la condition de citoyens, les prêtres à celle de fonctionnaires publics ; elle établissait Tégalité des peines et diminbait le nombre des cas entraînant la peine de mort^; elle déclarait tous les Français admissibles aux emplois publics et aux grades militaires, quelles que fussent leur religion et leur naissance, tous contribuables en proportion de leurs facultés; et elle remplaçait les vieilles démarcations provinciales parla division en départements. « Le territoire de la France, disait la loi du 28 septembre 1791, est libre dans toute son étendue, comme les personnes qui Thabitent. >

1. La Constituante, préoccupée de l'idée d'assurer à Findivida la pint grande liberté possible, tomba dans un excès opposé à celai da réfrimt des corporations. Le décret du 17 juin 1791 interdit aux persoimes oPtine même industrie d'avoir des intérêts communs. C'était proscrire l'eqirlt d'association

2. On appelait terre» substituées celles qui ne pouvaient jamais être allénées

3. Le mariage, avant 1789, était exclusivement un sacrement. U en résultait que les non-catholiques n'avaient pas d'état civil. La GonstitaaDte fit du mariage un contrat purement civil, effectué par an officier public, et après lequel seulement l'Église donnait la consécration religieuse*

4. Après 1830, suppression de la marque, nouvelle diminution da nombre des cas entraînant peine de mort, et création du système des circonstances atténuantes; après 1848, suppression de l'exposition, de la peine de mort en matière politique, de? bagnes, et, dans lamarine, delà cale humide, de la cale sèche, des coups de garcette. En 1857, nouveau code militaire adoucissant beaucoup les peines.

l'assembléb constituante (1789-1791). 483

Créatloa des départements {le JasTier 1900).— Il

y en eut d^abord 83, à peu près égaux en étendue, et dont la circonscription et les dénominations n^étaient empruntées à aucun des anciens souvenirs y mais à la configuration du sol, aux rivières et aux montagnes*. Chaque département fut divisé en districts, les districts en cantons, les cantons en communes ou en municipalités, au nombre de kk 828. Cette division du territoire à laquelle devait se conformer toute la nouvelle organisation administrative, amenait enfin TAssemblée au moment critique de trancher dans le vif les privilèges du clergé et de la noblesse, que Ton n^avait jusque-là abolis qu'en paroles. Alors commencèrent les résistances, les déchirements, bientôt la guerre civile.

liée kieas nationaax, les mmî^pÊm,im. — On n'avait point encore remédié aux besoins croissants du trésor*. Mirabeau, en montrant aux portes l^hideuse banquerouUy avait fait voter d'acclamation, sur la proposition de Necker, un sacrifice patriotique d'un quart de revenu par tous les citoyens. Ressource passagère. Il fallait davantage. Dans la fameuse nuit du k août, révèque d'Uzès avait dit : c Je voudrais avoir une terre, il me serait doux de la remettre entre les mains des laboureurs. Mais nous ne sommes qne dépositaires,.,. » L'Assemblée, considérant en effet les biens du clergé comme un simple dépôt, décida que ces biens retourneraient à la nation, qui jadis avait fait le dépôt. Alors le clergé se prétendit propriétaire, au nom de la prescription, de Fintérôt du culte, des hôpitaux et des pauvres. « Que sont devenues, s'écria Tarchevèque d'Aix, les promesses que vous nous avez faites (]ue nos propri^t^ seraient inviolables et sacrées? » Mais le clergé, cessant d'être une corporation, perdait la qualité de propriétaire; l'État alors prenait les biens par droit de des-

1 . Les habitants da comtat d'Avignon, sojets an pape, tyant demandé, l'Mi join 1790, lenr nnion à la France, ce pays fat déclare, le 3t septeml>re 1791, partie intégrante da royaame, et forma U 14* département, celol (le Vauclase. Les départements da Rhône et de la Loire n'en formaient «lii'un à l'origine. Quand ils eurent été séparés, et qu'on eut formé, en IMM, celui de Taru-et-Garonne, le chiffre de M fat atteint. L'annexion de Nice Kl de la Savoie l'avait porté à S9 (1860). Les pertes douloureuses de |»7i 1 ont ramené à 86.

2. La dette constituée s'élevait en rentes perpétuelles et en rentes viagères à 167 73T 810 livres, au cafiital de 3 433084 791 livres pour les rentes perpétuelles. La dette non constituée oa flottante surchargée par l'énorme liquidation des offices supprimés, poor lesquels on avait promis une indemnité, était évaluée à 3 mUliards 309 millions. (Rapport de II. de Mobte»quiou sur les finances, 37 avril 1780). Les biens naîtionaoz étaient estt* me» alors valoir 3 milliards 480 millions.

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hérence. C'est ce qui fut décidé le 2 novembre 1789, malgré les efforts de Maury et de Gazalès; les domaines de llÊglifle furent mis à la disposition de la nation^ et le ministre fut autorisé à en vendre jusqu'à concurrence de 400 millionSi à la condition que TËtat pourvoirait d'une manière convenaUe aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres. Les terres de la counmne, les propriétés des émigrés, dont on ordonna plus tard la confiscation (27 juillet 1792), furent aussi déclarés biens naHonaux^ eloM biens nationaux devinrent, suivant une énergique eaqiression du temps, la dot de la constitution.

Vendre tous ces biens , les morceler, les distribuer à la nation, était un puissant moyen d'attacher fortement le peuple des campagnes à la révolution. Pour créer, comme disait Mirabeau, Tarmée des intérêts révolutionnaires, il fut décidé que l'État émettrait un papier-monnaie ayant cours forcée et qui serait reçu de préférence pour l'acquisition des biens nationaux. Ces assignats seraient détruits au fur et à mesure de leur rentrée dans les mains de l'État» Ainsi, ne pouvant faire circuler en nature des arpents de terre, on en faisait circuler le signe. Tel est l'origine des assignats, qui ne devinrent funestes que par Tabus qu'on en fit (17 déc.). Le clergé, dépouillé de ses biens, fut indemnisé par un traitement accordé à tous ses membres, et par des pensions attribuées aux religieux dont les couvents furent supprimte. 77 millions furent inscrits au budget pour les dépenses du culte et du personnel de TÉglise.

Béformes Judiciaires. — L'Assemblée avait détruit les parlements par un simple décret qui les mettait en yacauces indéfinies, les justices seigneuriales, les prévôtés royales, les bailliages, les sénéchaussées, et, ce qui était une fiintei la cour des comptes. Mais elle posa le principe fécond de la séparation des pouvoirs administratif et judiciaire, et elle institua, pour tout le royaume : un tribunal de ca98aHcn qui, jugeant les appels en dernier ressort, eut mission de niaintelnir Tunité de la législation et de la jurisprudence; par département, un tribunal criminel qui fut assisté d'un jury; par district, un tribunal civil; par canton, un ju^e de paix et un bih reau de conciliation; dans les principales villes, des triinmam consulaires ; enfin, pour frapper les délits des grands fonetionnaires publics et pour les crimes contre la sûreté de l'Etat, une haute cour de justice (mai 1791). Voulant que la

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justice découlât toujours de la raison et de la conscience des magistrats, elle exigea que les jugements fussent motivés; et, pour mettre un terme au chaos de nos 400 coutumes, ella écrivit dans la constitution quUl serait fait c un code de lois civiles communes à tout le royaume. » Les magistrats ne furent plus nommés à vie, mais élus pour dix ans : mauvaise mesure qui mettait les juges dans la dépendscnce des justiciables.

Iftéformes Unancières. — L^ Assemblée avait aboli les impôts si multipliés et si vexatoires de l'ancien régime, tailles, vingtièmes , capitation, dîmes, aides sur les boissons, droits d'entrée et de circulation, gabelle, etc. Mais elle déclara que chaque citoyen devait contribuer aux dépenses publiques en proportion de ses facultés, et elle décréta Timpôt des patentes pour imposer la richesse née de Tindustrie et du commerce; la contribution mobilière, pour atteindre les revenus mobiliers , la contribution foncière, pour prélever une part des fruits. Elle conserva, en les simplifiant, les droits d'enregistrement, de timbre et d'hypothèque, toujours faciles à payer et d'ailleurs fondés en droit. Elle renversa les douanes intérieures, mais conserva celles de la frontière; et, afin d'encourager l'industrie en même temps qu'elle la protégeait, elle laissa entrer en franchise dans le royaume les matières premières et les subsistances. Enfin, dans le but de faciliter les transactions, elle décréta un système uniforme de poids et mesures que les académiciens français durent arrêter , en s'entendant avec la Société royale de Londres.

Ea fédération (14 Juillet 1990). — Ainsi se réalisaient les vœux pour la rénovation politique et sociale de la France. Malheureusement la terreur des uns, l'impatience des autres, les crimes de quelques-uns, firent dépasser le but, et le bel édifice que les travaux de tout un siècle avaient préparé, s'écroula, pour ne se relever que mutilé après d'horribles convulsions.

Au milieu de l'année 1790, bien des nuages déjà avaient passé, et quelques-uns sanglants, à l'horizon, mais on croyait encore au succès politique de cette œuvre immense, et il y eut un moment d'universelle confiance et d'immense espoir à la fête de la Fédération, offerte par les Parisiens dans le champ de Mars, aplani à cet effet, aux députés de l'armée et des départements. Depuis novembre de l'année précédente,

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dans les villages , dans les villes , les habitants , en annes, avaient fraternisé avec les hommes de la ville, des villages soisins, tous s^unissant, pour la défense commune, .dans la joie de la patrie retrouvée. Les fédérations locales se rattachèrent les unes aux autres , et finirent par former la grande fédération française, qui envoya le 14 juillet 1790, i Paris, 100000 représentants. Au milieu du champ de Mars était dressé Vautel de la patrie; une foule immense roulait ses flots dans cette vaste plaine ; la Fayette, nommé commandant de toutes les gardes nationales du royaume, prAta, le premier, le serment de fidélité à. la constitution, que des milliers de voix répétèrent. Le roi le prononça à son tour, d'une voix forte : a Moi, roi des Français, dit-il, je jure d*em« ployer tout le [pouvoir qui m'est délégué par la loi constitutionnelle de rËtat, à maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi, et à faire exécuter les lois. » La reine était placée dans une tribune de TËcole militaire ; entraînée par l'enthousiasme général, elle prit le dauphin dans ses bras et le présenta au peuple, comme pour l'associer au serment de son père. A ce moment, la pluie, qui n'avait cessé de tomber tout le jour, s'arrêta, et, par un hasard que les anciens eussent regardé comme un signe de l'intervention des dieux, le soleil perça les nuages et inonda de sa lumière l'immense autel où le Te Deum était chanté. D'unanimes et sincères acclamations frappaient le ciel. Ce fut le plus beau jour de la révolution ; l'esprit de concorde et de fraternel dévouement remplissait tous les cœurs ; le soir, on dansa sur l'emplacement de la Bastille. Mais cette grande fête n'eut point de lendemain '.

lies clubs s Jacobins, Cordeliers, ete* — - La révolu* tion avait fait de si prodigieux progrès, que partout se formaient pour la discussion des idées nouvelles, des gooiétés, des clubs, qui s'efibrçaient, chacun, de pousser l'opinion publique dans leur sens, et dont quelques-uns commençaient à montrer beaucoup de violence contre le clergé , contre la cour, contre l'Assemblée même. La plus active de ces sociétés était le club Breton, qui avait quitté Versailles en même

1. M. de Villette avait fait, le 17 juin, la motion an olob de 1789, que le roi fût salné, le jour de la fédération, du titre d'emperenr. • EfTaçonti dûil, le nom de roi, de royaume et de sujet, qui ne s'aniront jamais bien avec le mot de liberté. Le prince est le chef, non le mattre ; imperai, non régit. •

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l iTips que le gouvernement, et avait choisi pour lieu de ses séances le couvent des Jacobins, dont il prit le nom. Il était encore sous Pinfluence d'hommes ardents, mais modérés dans leurs vues, les deux Lameth, Duport, Barnave; plus tard Robespierre y régna. Le club de 89 servait de point de ralliement aux hommes du début de la révolution, Siéyès, la Fayette. Mais déjà aussi s'ouvrait, au couvent des Corde- Hers, le club terrible que Danton dirigeait. La presse excitait rincendie : Camille Desmoulins dans son journal : les Révolutions de Brabant et de Flandre; le hideux Marat dans PAmi du peuple, où il ne demandait encore que 800 têtes. La province était aussi agitée que Paris ; des troubles avaient eu lieu, surtout dans le Midi, plus volcanique, à Marseille, à Valence, à Nfmes, à Montauban. à Toulouse. L'insurrection gagnait Tarmée : M. de Bouille livra un combat sanglant pour ramener à Pobéissance des soldats révoltés dans Nancy contre leurs officiers (août 1790). Necker voyant son impuissance donna sa démission (septembre 1790).

Mort de Hirabeaa (S avrU 199J). — L'Assemblée nationale, quoique le maintien de Tordre public appartint, par la constitution, au pouvoir exécutif, se sentait moralement obligée d'interposer son autorité plus respectée que celle du roi, pour faire cesser l'anarchie. Mirabeau, qui prenait sur elle un ascendant chaque jour plus grand, commençait aussi, avec une audace et une franchise qui eussent ébranlé toute autre popularité, à réclamer la répression des factions. « Je ne voudrais pas, écrivait-il au comte de la Marche, avoir travaillé seulement à une grande destruction. » Il se rapprochait même de la cour et traitait avec le roi et la reine, non pour anéantir mais pour arrêter et consolider la révolution. Il se croyait seul assez fort, s'il eût été appelé au ministère, pour retenir à la fois deux torrents, celui des passions populaires et celui des passions aristocratiques. La mort a épargné cette épreuve à sa gloire. Usé avant l'âge par tous les excès, il ne cessait de parler, d'écrire, d'agir, lorsque tout à coup ses forces l'abandonnèrent. Dès qu'on sut qu'un mal très-grave menaçait sa vie, la rue de la Chausséed' An tin, qu'il habiUit, fut encombrée d'une multitude inquiète qui semblait sous le coup d'une calamité publique. On s'arrachait les bulletins que le médecin donnait d'heure en heure; il fallut les imprimer à mesure pour satisfaire la foule. Le roi envoyait tous les jours savoir de ses nouvelles.

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La veille de sa mort, le malade entendit un coup de xîanon : c Sont-ce déjà les funérailles d* Achille qui commencent? > Après une nuit alarmante, dès que le jour parut : « Mon ami, dit-il à Cabanis, je mourrai aujourd'hui. Quand on en est là, il ne reste plus qu'une chose à faire, c'est de se parfumer, de se couronner de fleurs et de s'environner de musique, afln d'entrer agréablement dans le sommeil dont on ne se réveille plus. «Puis il fit approcher son lit de la fenêtre, contempla avec ravissement l'éclat d'un soleil printanier et la fraîcheur renaissante de son jardin. Il expira le 3 avril 1791, à moins de quarante-deux ans. Une de ses dernières paroles avait été : « J'emporte dans mon cœur le deuil de la monarchie dont les débris vont être la proie des factienz. > Toute l'Assemblée nationale, tout Paris, escortèrent son cercueil jusqu'au Panthéon, où il fut déposé et qui fut alors consacré aux grands hommes par la pairie reconnaissaniê,

lia constitution eiTile du clergé. — Mirabeau mort, Louis XVI n'entendit plus de conseils modérés et d^avis en faveur du régime constitutionnel, qui, du reste, répugnait à toutes ses habitudes, et qui était en horreur à la reine. H n'était pas blessé seulement comme prince dans son autorité, il l'était comme homme, dans ses afiections, par les dispositions comminatoires contre les émigrés, et comme chrétien, dans sa conscience, par les mesures que rassemblée avait prises relativement au clergé.

Déjà le clergé avait cessé d'être propriétaire et <ïe former un ordre à part dansTËtat; le nombre des couvents avait été restreint à un seul du même ordre dans chaque municipalité; l'émission des vœux monastiques avait été suspendue et la sanction légale refusée aux vœux antérieurement émis, de sorte que le lien religieux n'était plus qu'un lien de conscience et de foi. L'Assemblée alla plus loin encore, elle réduisit nos 135 archevêchés ou ôvêchés à 83, un par département, et, comme elle mettait l'élection dans tout, elle résolut de la mettre aussi dans l'Église où elle était à l'origine, où elle se trouvait encore, dans une certaine mesure, avant le concordat de 1516; elle décréta que les électeurs qui nommaient les administrateurs du département et les députés de l'Assemblée nationale nommeraient aussi les évêques et les curô^. (12 juillet 1791»).

1. Depuis le concordat de 1516, l'ordonnance d'Orléans avait établi, an

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Cette constitution civile du clergé^ à laquelle tous les prêtres furent contraints de prêter serment, troublait la hiérarchie ecclésiastique établie. Elle rendait les évêques presque indépendants du pape, car elle substituait Tinstitution canonique donnée par le métropolitain à Tinstitution canonique donnée par le saint-père. Le comité ecclésiastique qui proposait cette réforme, tout en voulant fermement que la France restât catholique, empiétait donc sur les attributions que la catholicité entière reconnaissait au souverain pontife. II y avait dans cette mesure, au point de vue religieux, une contradiction, puisqu'on allait être catholique en France autrement qu'on ne Tétait à Rome, sinon pour le dogme, du moins pour la discipline , Tinstitution canonique et la juridiction spirituelle ; et il y avait , au point de vue politique, une grave imprudence, puisqu'on allait permettre aux adversaires du nouvel ordre social c de faire lutter l'enthousiasme de la religion contre l'enthousiasme de la liberté. »

Une partie des provinces se tourna en effet contre la révolution , quand le pape eut défendu le serment (10 mars et 13 avril 1791). La très -grande majorité des évêques le refusa ; ceux qui le donnèrent formèrent, sous le titré de prêtres assermentés on constitutionnels^ le clergé reconnu par l'État. L'exercice du sacerdoce fut interdit aux autres. Il y eut alors deux cultes : l'un public, dans les églises désertées des fidèles; l'autre clandestin, dans les lieux écartés, au fond des bois , où la foule accourait, et d'autant plus puissant sur les âmes. Le schisme entra dans l'Église; à sa suite vont arriver les persécutions et la guerre.

En vain un éloquent curé du Poitou fit appel à l'esprit de r Évangile : c Si, comme l'enseigne l'Apôtre, disait-il avec saint Bernard, toute personne doit être soumise aux puissances, il n'y a pas d'exception pour nous. Qui vous autorise à en faire? Chercher à en établir, c'est chercher à tromper.... Qu'ils invoquent d'autres lois que les lois du christianisme, ceux qui aiment mieux se révolter que de souffrir. Le vrai chrétien n'a qu'un Évangile; il n'y a qu'un Christ. Ceux qui tiennent un autre langage changent leur foi en cDnspiration factieuse et fondent sur la crédulité des peuples leur orgueil et leur domination. »

1561, an système d'élection mitigée, qae l'ordoniianee de Blois renversa en 1S79, et dont le tiers état demanda, en 1614, le rétablissement. Voy. r.i-ilcssiis, à ces dates.

490 l'assemblék constituante (1789-1791).

Mais ces sages conseils ne furent pas entendus ; la révolution avait déjà les nobles pour ennemis ; les prêtres vont maintenant la combattre, et une guerre civile effroyable couvrira la France de sang, de crimes et de terreur.

Opposition du roi. — En même temps que le pape ordonnait la résistance , le roi opposait son veto ; il ne le leva qu'au bout de cinq mois (26 décembre 1790). A ses yeux, comme à ceux de la cour et de l'Europe , il n'était plus Ubre, et toute force lui manquait. Représentant d^un passé chaque jour battu en brècbe, quel point d'appui assuré pouvait-il trouver au milieu de ces ruines croulantes, puisqu^îl n^en voulait pas sincèrement chercher au sein de Tordre nouveau? La cour comptait cependant encore sur la fidélité de Parmée et sur les souverains étrangers qu'épouvantait le spectacle de cette révolution prodigieuse qui jetait au monde entier de si brûlantes paroles et de si redoutables exemples. On revint donc à l'idée d'une fuite et de l'appel aux rois. Dès le mois de décembre 1790, le roi adressait des lettres secrètes à plusieurs puissances.

Fuite du roi (20 Juin 1901). — Le comte d'Artois et le prince de Gondé, chefs de l'émigration, s'occupaient au dehors des moyens de délivrer Louis XVI ; le premier entretenait avec l'empereur Léopold, de l'aveu du roi, dés négociations qui aboutirent à une convention secrète. Les souverains d'Autriche, de Prusse, de Piémont, d'Espagne, laSuîsse même, s'engagèrent à faire avancer sur les frontières du royaume , pour y entrer à un signal donné , différents corps d'armée montant à 100000 hommes (conférence de.Mantoue, mai 1791).

Ainsi Louis XVI autorisait le blocus et l'invasion de la France : mais auparavant il voulait être libre. Les projets d'évasion transpiraient dans le peuple , fort irrité du départ récent des tantes du roi pour l'Italie, et qui ne permettait pas que le prince s'éloignât un instant de Paris, môme pour aller à Saint-Cloud. Il quitta les Tuileries dans la nuit du 20 juin avec la reine, le dauphin, Mme Royale sa fille, sa sœur Mme Elisabeth, et la gouvernante de ses enfants, Mme de Tourzel. Un vaste carrosse, tenu prêt d^avance à Bondy, emporta toute la famille sur la route de Montmédy, le long de laquelle Bouille avait reçu l'ordre de disposer des détachements. Mais à Sainte-Menehould, le roi est reconnu par le maître de poste Drouet; à Varennes, il est arrêté par

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le procureur de la Commune ; le peuple des campagnes accourt au bruit du tocsin, et le roi est ramené sous la surveillance de commissaires envoyés de Paris, où Ton avait appris son évasion quelques heures après son départ. Parmi ces commissaires était Barnave, qui, depuis ce jour, essaya de reprendre le rôle de Mirabeau et de sauver le roi, en défendant la constitution à la cour, et la cour à TAssemblée.

Louis XVI rentra dans la capitale au milieu d'une foule immense et silencieuse. On avait placardé dans beaucoup de lieux cette affiche : « Celui qui applaudira le roi sera battu, celui qui insultera le roi sera pendu. > Tandis que Louis XVI était sur la route de Varennes, TAssemblée, sans se troubler, avait déclaré que le gouvernement n'était pas interrompu, que le pouvoir exécutif demeurait aux mains des ministres, sous la direction de PÂssemblée, que les relations avec les puissances étrangères étaient continuées; enfin que 300000 gardes nationaux se lèveraient par toute la France pour défendre le territoire contre les armées ennemies. Et, ces décrets rendus en quelques heures, elle avait stoïquement repris son ordre du jour, une discussion sur le Code pénal.

Affaire du champ ém Hars (9 JaiUei 1901). — Le roi fut d^abord suspendu de ses pouvoirs et placé sous la surveillance d'une garde; mais, quand on discuta, dans TÀssemblée, sa mise en jugement ou sa déchéance, les constitutionnels, qui y dominaient encore, et qui, au dehors, s'étaient séparés des Jacobins pour former le club modéré des FeuUlantà, firent déclarer seulement que , s'il rétractait à l'avenir son serment de fidélité à la constitution et se mettait à la tète d'une armée pour faire la guerre à la nation, il serait considéré comme ayant abdiqué. Ce n'était déjà plus assez pour ceux qui, en apprenant la fuite du roi, avaient dit : « Voilà notre grand embarras parti , » ou bien encore : c Si le roi nous a quittés , la nation reste; > et de ce jour l'idée républicaine avait osé se produire ouvertement. Une pétition, rédigée en termes violents par les Cordeliers et les Jacobins, et qui sommait l'Assemblée de prononcer la déchéance de Louis, fut portée sur l'autel de la patrie, au champ de Mars, pour y recevoir des signatures. Le dimanche 17 juillet, une foule considérable accourut de Paris et des environs. Les clubs s'agitaient; San terre ameutait les hommes des faubourgs. L'Assemblée, inquiète de cette manifestation qui allait lui imposer des ordres , enjoignit au commandant gêné-

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rai des gardes nationales et au maire de Paris de ponrroir à sa sûreté et de dissiper le rassemblement. La Fayette iQt entrer ses troupes au champ de Mars et les rangea au pied de rËcole militaire ; Bailly amena les siennes par l'autre bout, du côté de Ghaillot : on les reçut à coups de pierres. Un homme tira sur la Fayette, un autre sur BalUy. Le maire déploya le drapeau rouge et proclama la loi martiale. Une première décharge à poudre étant restée sans résultat , une seconde à balles jeta par terre des morts et des blessés. Les énergumènes se souviendront de ce premier sang yersé pour le maintien de Tordre public, et Bailly payera de sa tète cet acte de fermeté, légal et nécessaire.

lie roi rétaMi dans ses fonctions (14 septeBtbre). — L^Âssemblée, fatiguée par ses longs travaux , soupirait après sa retraite, que des voix impérieuses réclamaient déjà au d^ hors. Elle s^empressa d'achever la constitution. Le Ik septembre, le roi , jusqu'alors retenu aux Tuileries comme prisonnier, raccepta et en jura solennellement Tobservation. L'Assemblée lui rendit ses pouvoirs ; mais pouvai>-eUe lui rendre l'autorité morale qu'il avait perdue, et lui-même pouvait-il imposer & son entourage sa volonté de vivre lojnilement avec les nouvelles lois.

Constitution de 1991.— Elle donnait le pouvoir législatif à une Assemblée unique et permanente que le roi n'avait pas le droit de dissoudre et que des élections générales renouvelaient tous les deux ans. Elle avait seule Tinitiative des lois et laissait au monarque , avec le pouvoir exécutif, la faculté de suspendre pendant quatre ans les volontés nationales, excepté dans les questions de finances (droit de veto). Le corps électoral était divisé en assemblées primaires, qui, réunies aux chefs-lieux de canton , nommaient les électeurs, et en assemblées électorales qui nommaient les dépuiéi à l'Assemblée nationale, les administrateurs du département^ ceux du district , et les juges des tribunaux. Les premières comprenaient les citoyens actifs , c'est-à-djre les citoyens âgés de vingt-cinq ans au moins, inscrits sur les rôles de la garde nationale, domiciliés de fait depuis un an dans le canton, et payant une contribution directe égale à la valeur locale de trois journées de travail. Les secondes étaient formées des citoyens propriétaires, usufruitiers ou locataires d'un bien donnant un revenu égal à la valeur locale de cent cinquante à deux cents journées de travail. Tous les citoyens

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