‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 51 sur 73 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

CoiiTentioii nationale. — La royauté avait succombé le 10 août. La Convention n'avait plus qu'à écrire dans la loi ce qui existait déjà dans les faits : son premier acte fut de pro-

clamer la république. Mais les vainqueurs se divisèrent; deux grands partisse disputaient la direction de rAssemblée; les Girondins y qui avaient eu la prépondérance dans la L^s* lative ; les MoniagnardSy qui vont dominer dans la Convention. Les premiers l'emportaient par l'éloquence et le savoir ; les seconds avaient plus de passion et d*audace. Nourris des klées de Jean-Jacques Rousseau, ils rêvaient pour la France du dixbuitième siècle les rudes vertus des beaux temps de Rome et de Sparte ; et, dût la société périr dans cette épreuve, ils voulaient lui appliquer leurs théories. Entre les Girondins et les Montagnards, qui représentaient plus particulièrement les intérêts et les passions de la bourgeoisie et du peuple, était la Plaine^ composée d'hommes modérés et faibles, qui formaient l'appoint de la majorité. Dans les tempêtes publiques, c'est malheureusement le lot de la modération timide.

Mort «• I#o«ls XTI (SI Janvier 19*8). — Après la journée du 10 août, la famille royale avait été enfermée au Temple, sombre forteresse dont la grande tour lui servit de prison. Le roi occupait un étage ; la reine, Madame Elisabeth, le jeune dauphin et sa sœur en occupaient un autre. Ils se réunissaient pendant le jour. A neuf heures, on déjeunait dans la chambre du roi. A dix, le roi travaillait avec son fils, la reine avec sa fille. A une heure , si le temps le permettait, toute la famille descendait au jardin. La promenade finissait à deux heures. Alors le dtner était servi. Le roi prenait ensuite quelque repos. Après son sommeil, on faisait une lecture en commun. Enfin, venait le souper, puis la séparation, toujours douloureuse, parce que l'adieu de chaque soir pouvait être le dernier. Toute relation avec le dehors était sévèrement interdite. Un seul domestique, Cléry, faisait le service de l'intérieur de la prison, sans en sortir jamais; et les prisonniers ne pouvaient apprendre que ce qu*il leur était douloureux de connaître, comme la mort de leurs plus fidèles serviteurs ou les victoires de la répuMique, qui leur étaient toute espérance. Telle fut, durant cinq mois, sous une surveillance pénible, souvent outrageante, l'existence de la famille royale au Temple. Louis XVI, plus fait pour la vie privée que pour le trône, montra, dans cette captivité un calme et (les vertus qui souvent attandrirent les plus farouches geôliers.

La constitution déclarait le roi inviolable et n*autorisait d'autre peine contre lui que la déchéance. Or la déchéance

était déjà prononcée; le droit légal était donc épuisé contre Louis. Mais la situation était extrême: PAngleterre menaçait; les Autrichiens allaient faire de plus grands efforts, et une coalition de TEurope entière était imminente. Il y a aussi comme une ivresse du péril ; les esprits qu^une moralité inflexible ne retient pas s^exaltent et se perdent en face du danger. Danton prononça dans TAssemblée ces sinistres paroles : « Jetons-leur en défi une tête de roi, » et la Convention, se faisant accusatrice et juge, cita le roi à comparaître par-devant elle (3 décembre). Le vénérable Malesherbes, pour couronner une belle vie par une belle action, demanda et obtint Thonneur de défendre son ancien maître*. Un jeune avocat, de Sèze, porta la parole. « Je cherche en vous des juges, s^écria-t-il, et je ne vois que des accusateurs. » Saint- Just et Robespierre acceptaient la question ainsi posée. Ils ne s^inquiétaient pas de savoir si les accusations contre le roi étaient fausses ou vraies; ils demandaient tout haut sa mort comme une mesure de salut public. Les Girondins ne firent que de timides efforts pour le sauver.

Quatre questions avaient été successivement soumises au vote : lo Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté publique et d'attentat contre la sûreté générale? Oui, à Punanimité; 2» Y aura-il appel au peuple? 276 oui sur 7%5 yo^ tants ; S® Quelle peine sera infligée? 387 voix pour la'mort sans condition, 338 pour la détention ou la mort avec condition, 28 absents ou non votants; 4» Y aura-t-il sursis à Texécution? 310 oui contre 380 non. La Convention ordonna Pexécution dans les vingt-quatre heures; et le 21 janvier 1793, Louis XVI, avec un courage et une résignation chrétienne que la postérité admire, monta sur Téchafaud. 11 voulut adresser quelques mots à la foule : un roulement de tambours étouffa sa voix*!

Ainsi un des princes qui ont sincèrement souhaité le bon-

1. c Malesherbes avait présenté au ro*, en 1787, an mémoire montrant l'urgence des réformes, si l'on voulait conjurer dee catastrophes prochaines. II n'avait pas été écouté ; mais en 1793, un jour qu'il vint an Temple, le roi se rappela ses paroles et voulut les relire. Malesherbes s'y reiosa longtemps, sachant bien quels regrets inutiles elles soulèveraient. Louis insistant, il lui apporta ce travail. Quand il revint le lendemain, le roi se jeta en pleurant dans ses bras. > (Saint-Marc Girardin^ EtudM êur Rousseau.)

2. La belle parole attribuée à l'abbé Edgeworth : • Fils de saint Loats, montez au ciel, ■ fut faite le jour de l'exécution par le journaliste Charles His. Voy. Souvenirs diplomatiquest de lord HoUand, qui interrogea à ce êujet l'abbé lui-même.

heur du peuple, mourait de la main du peuple, Tictime de haines d'autant plus implacables qu'elles se croyaient légitimes. On avait pensé que cette tète royale creuserait en tombant un abtme infranchissable entre Tancienne France et la France nouvelle ; et c'était moins le roi que la royauté qu'on décapitait. En signant Tarrét de Louis, Gamot avait pleuré 1 La fatale doctrine du salut public comptait, dans Phistoire, un crime de plus, car on venait d'oublier encore une fois que le vrai salut vient des grands cœurs, non du bourreau. Cet échafaud dressé pour Louis ne sera pas de longtemps abattu. Combien de ses juges vont y monter, et, derrière le char qui emporte le corps du roi, quelle large traînée de sang I Un terroriste disait : « 11 n'y a que les morts qui ne reviennent pas. » Il se trompait, et le meilleur moyen de les faire revenir, c'est de leur mettre au front une auréole de martyr.

Première comlttlo» (1903-1909). — La mort de Louis XVI arma contre la France les États qui hésitaient encore. Tous les souverains se sentirent blessés du même coup, car ils étaient menacés par les doctrines de propagande révolutionnaire que pratiquait maintenant la Convention. Sur la proposition de Danton, elle avût décrété que la France accorderait secours et fraternité à tous les peuples qui voudraient recouvrer leur liberté (19 nov. 1792). Le peuple anglais s'était d'abord montré sympathique pour une révolution qui semblait l'image de la sienne, quoiqu'elle en fût profondément différente : Pitt l'entratna dans la coalition, et l'Angleterre offrit à nos ennemis ses flottes et ses subsides. La France menacée sur toutes ses frontières, ne recula pas. Le le février 1793, ^lle envoya sa déclaration de guerre à l'Angleterre ; le 9 mars, à la Hollande et à l'Espagne ; le 22, elle recevait celle de l'Empire. Le Danemark et la Suède seuls restèrent dans la neutralité. C'était comme une croisade de toutes les royautés et aristocraties européennes, non pour venger Louis XVI, mais pour étouffer les principes du nouvel ordre social jetés dans le monde par la révolution.

Dangers extrèmeei meearee révol«iloAiialres i la Terreur. — Dans les provinces de l'Ouest, où régnait sans partage rinflucnee des deux ordres dont la révolution avait détruit les privilèges, l'agitation avait commencé de bonne heure. Elle gagna de proche en proche le Maine, l'Anjou et la Hrptajrno, où les insurgés furent désignés sous le nom de

chouans*. Dès octobre 1791, il fallut envoyer des troupes contre eux. Mais les paysans vendéens ne commencèrent la guerre civile au nom du trône et de Tautel qu'après la mort du roi et quand la Convention eut décrété une levée de 300000 hommes, en mars 1793. En même temps que ce danger se montrait à l'intérieur, les revers commençaient au dehors. Les Anglais s'étaient jetés sur nos colonies, et nous enlevaient Tabago et Pondichéry. Dumouriez, vaincu à Neerr winden, après une invasion manquée en Hollande, évacuait la Belgique et se déclarait contre la Convention. Ses soldats refusèrent de le suivre ; il fut réduit à fuûr dans le camp autrichien (3 avril). La république n'en avait pas moins perdu son meilleur général. C'était le second qui abandonnait ses troupes. Déjà presque tous les officiers nobles avaient émigré. Les soldats reprirent leurs premières défiances contre les chefs ; Farmée se désorganisa encore une fois, et la frontière du Nord fut compromise.

La Convention fit tête partout. Contre les ennemis del*iiH térieur, on créa un comité de sûreté générale pour rocher^ cher non-seulement les coupables, mais les suspects, et un tribunal révolutionnaire pour les punir. Un comité de salut public, sorte de dictature à neuf tètes, disposa souverainement de l'autorité publique, afin de donner à la défense nationale la plus énergique activité (6 avril) ; et, de peur que Tinviolabilité des membres de l'Assemblée ne gênât cette justice nouvelle, la Convention renonça à ce privilège. Depuis la défection de Dumouriez, le soupçon était partout: Robespierre croyait fermement que les Girondins voulaient démembrer la France et l'ouvrir aux étrangers; les Girondins, que Mant, Robespierre et Danton voulaient faire roi le duc d'Orléans, ensuite l'assassiner et fonder un triumvirat, d'où Danton aurait précipité ses deux collègues pour régner seul. Chacun prêtait de bonne foi à ses adversaires des plans absurdes. De là ces défiances, la peur, cette terrible conseillère, et la hache suspendue et tombant sur toutes les tètes. Ce système a un nom, la Terreur: terreur parmi les bourreaux comme au milieu des victimes, d'autant plus impitoyable *

1. Les chouans étaient ainsi appelés de leur premier chef, Jean Cotte* reau, dit le Cliouan, on Cliat-Haant, ancien contrebandier qui avait adopté pour signe de ralliement le cri du chat-huant.

2. < Sous le règne d'Hébert et de Danton, dit Saint-Just, tout le monde

clait furicuK et farouche de peur. »

Proocrlptloa des C^lrondUia (SJvIm 1998)|Boalèirement dans les profincea. — Le décret qui effaçait Tinviolabilité des députés fut bientôt mis à exécution. Depuis le procès du roi, les Girondins et les Montagnards se livraient, dans la Convention, un combat acharné : les uns voulant arrêter la révolution, les autres en précipiter le cours, dût-elle ne plus marcher que par des voies sanglantes. Le plus atroce (les énergumènes était le hideux Marat, qui raisonnait ainsi : Le salut public est la loi suprême ; or 270000 nobles et prêtres avec leurs partisans mettent TÉtat en danger ; donc il faut faire tomber ces 270000 tètes; et chaque matin il les demandait. Portant le cynisme de sa pensée dans son costume, il venait siéger à la Convention en sabots, le bonnet rouge sur la tête et vêtu de la cannagnole. Les Girondins, qu'il accusait du crime de modérantiitMy Pattaquèrent* Ils obtinrent sa mise en accusation et son renvoi devant le tribunal révolutionnaire. Ce tribunal, qui jugeait sans appel et qui punissait de mort pour une parole, pour un regret^ pour le nom seul qu'on portait, renvoya Marat absous. La populace le ramena en triomphe à la Convention.

Cette attaque était une double imprudence, car elle était une première atteinte à Tinviolabilité des députés et elle montrait la faiblesse des Girondins. Danton eût pu les sauver et le souhaitait; mais il avait le sangdu 2 septembre sur les mains; ils refusèrent son alliance, et, à ton tour, il les attaqua le 31 mai, et surtout le 2 juin 1793. La Montagne, maîtresse des sections de Paris par la Commune et les Jacobins, les arma contre la Convention. Entourée, épouvantée, celle-ci vota, sous la pression de Témeute, Tarrestation de trente et un Girondins. Les uns, comme Vergniaud, Gensonné, attendirent leur jugement; les autres, comme Pétion et Barbaroux, échappés aux persécuteurs, tentèrent de soulever les départements. Alors Caen, Bordeaux, Lyon, Marseille et la plupart des villes du Midi se déclarèrent contre la Convention; les paysans des Cévennes arborèrent le drapeau blane, comme ceux de la Vendée ; Toulon fut livré aux Anglais avec toute la flotte de la Méditerranée (27 août); Paoli voulait leur livrer la Corse ; Condé, Valenciennes, furent pris par les Autrichiens (juillet) ; Mayence, occupée par nos troupes, capitula (25 juillet), et au sud les Espagnols envahirent le Boussillon. En même temps un autre ennemi, une disette affireuse, provoquait la désorganisation intérieure.

508 U. CONVEHXKW». ,„■ j£ oy

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voiauoinMin .poraœiuuont uun ndéplojant

dne énerva i >. Contre li. ai istle elle décréta la raaximum, o'BBt-b-om un tarif pour toutes les denrées (septembre). On porta lea lois les pbu sâi )re3 contre les accapareurs et les agioteura : les Oiarchands étalent obligés de s'appro' riaionner et de vendra, qu'ils fissent des profita ou des perles. J^ !•" aofkt.1193, on défendit l'entrée de toute marchai:diaa anglaise. Ainai plus de liberté commerciale, et depuis la proclamation de la république il n'y arait plus de liberté politique ni de lil té individuelle. Le paye entier mie en état de siège i > ;9ait la dictature du Comiti d» laittt fubUt '. Heiiin reaigea la loi des suspects, qui jeta {dus de 300000 indirid dans les prisons, et Barrère vint dire, au nom du Cumité de salut public : c La république n'est plus qu^ule gcmiJe ville assiégée; il faut que la France ne soit plusquVin vaste camp. Tous les 6ges sont appelés par la patrie à di^fendre la liberté; les jeunes gens combattront; les hommea mariés forgeront les armes) les femmes feront les habits et \câ tentes des soldats ilea enfonta mettront le vieux linge en charpie, et les vieillards se feront porter sur les places publiques pour enHamnier tout les courages, i 1300QOO hranmes furent mis sur pied. Ed quelques mois, Camot organisa quatorze armées. La poudre, l'acisr manquaient, les chiaistes en Tirent. On n'avait point de cuiona, Fourcroy fondit les cloches et y trouva le bronze nécessaire. Bordeaux et Lyonrentrèrentdans le devoir, cotte dernière ville après une résistance de 63 jours. Bonaparte, alors capitaine d'artillerie, reprit Toulon (19 décembre); les Vendéens furent cbasaés des portes de Nantes (39 juin), et Jourdan, mis h la tète de la principale armée, contint les coalisés. (Voyez, ci-dessous, p.6ig.}

PcFBùunac de !■ cnUIetliie. — Mais quels terribles déohiraments à Tint^eurl Les nobles, les prâtres, proscrits sous le nom de suspects, périssaient en foule sur les éckafauds dressés dans toutes les villes; une armée révolut.ion-

I. Il (ut conipoii d* donie mambrea, r nnanTslKblB par quart loua lu moli. F

riêlat lti> DitmM mambrea, ils farmaie.. „ -, -

naireë : Birràre, BlUaDd-Vurannei et Coîtol-d'Herbôia ; ibb gnu M Bfws fliain : nobespiarra, Conlhan <t Sainl^Jaiti lu IroiailbHi'a : CwMt,

□aire, traînant la gnillotine après elle, parcourait lea déparlements. Carrier, l'ezâcrable inventeur des nojades de Nantes ; Collot-d'Horbois, Couthon, Fouché, qui firent nutraillerLyon; Barras et Fréron, à Toulon, Lebon.àArraB, dépassaient les horreurs des plus sanglantes proscriptions dont l'histoire ait gardé le souTanir. Une héroïque jeune fllIe.CharlotteCorday, crut qu'eu tuant Harat elle allait tuer la Terreur (13 juillet). Ce meurtre la rendit plus implacable.

La bvTttn da Trta».

La reine Marie -Antoinette ' (16 octobre), sa smur, la pieuse Madame Elisabeth ; Bailly même, exécuté an champ de Mars avec des raflJaemenls de cruauté ; les Girondina (31 octobre) et le duc d'Orléans ; lea généraux Custioe, Biroo, Houchanl ; Mme Roland, le grand chimiste Lavoisier, Malesherbes, mille autres têtes illustres tombèrent. Des cbairettes de victimes. sans distinction d'Age, de condition, n succédaient tous les jours au pied des écbafauds établis à la place de La Concorde, à la porte Saint-Antoine et an rond-point de la barrière du Trône.

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