I. jr«rto-JiWo»wiM à
EzécotloBdeflHébertlstMei dM DAmtoaiste» (i et a^ril 1994). — Les Montagnards en vinrent à se déchirer entre eux. Les plus violents, les Hébertistes, tout-puissants à la Commune» avaient pour organe le journal appelé le Père Duchène, Ils prétendaient faire de la Terreur le gonvemement régulier de la France, professaient rathéisme et firent placer la déesse Raison sur Tautel de Notre-Dame. Les Dantonistes n'étaient déjà plus que des indulgents. Leurs chefs, Danton et Camille Desmoulins, le rédacteur du Vùvx Cordelier, attaquaient à la fois les anarchistes du parti d'Hébert et le Comité de salut public, auquel ils reprochaient sa tyrannie avec une véritable éloquence. Robespierre, qui, avec Couthon et Saint-Just , avait la haute main dans le comité, dénonça d'abord les Hébertistes, qu'il accusait de corrompra la nation en propageant l'athéisme, et de conspirer avec l'étranger. Ils furent exécutés (24 mars 1794); douze jours après, Danton, Desmoulins et ceux qu'on appelait maintenant les modérés, subirent le même sort, sous la prévention d'orléanisme (5 avril 1794).
lie 9 thermidor. — Cependant Robespierre songeait à son tour à arrêter la révolution, pour construire sur les mines sanglantes du passé une société selon ses vues. Il fit rappeler Carrier, menaça quelques-uns des honmies les plus compromis par leurs excès sanguinaires, et couvrit de sa protection les membres de la droite, ainsi que quelques prêtres et nobles. Les comités virent avec effroi la dictature qui se préparait. Collot-d'Herbois et Billaud-Varennes s^inirent avec Tallien, Bourdon de l'Oise, Barras, Fouché, et engagèrent indirectement la Uitte au sujet de la fête de l'Être suprême, célébrée par Robespierre avec un éclat théâtral et une pompe où le maître s'était affiché trop ouvertement. Robespierre alors fit proposer par Couthon, sur l'organisation du tribunal révolutionnaire, une loi qui, pour accélérer les meurtres juridiques, effaçait jusqu'à l'ombre des formes légales et plaçait la Convention sous le couteau. Il croyait par là tenir ses adversaires. Cette loi atroce, dite du 22 prairial, fut adoptée, mais avec des modifications qui faisaient échouer le plan de son auteur. Sa force était immense ; on ne pouvait attaquer sa probité, on n'osait articuler encore le mot de tyran; on espéra l'atteindre par le ridicule. Le Comité de sûreté générale dirigea des poursuites contre une secte fanatique qui révérait en lui une sorte de Messie. Alors il s'isola
du gouvernement et se retira au club des Jacobins, attendant Toccasion de frapper un coup décisif. Cependant les effets de la loi de prairial se faisaient sentir : la Terreur redoublait. En kl jours, du 10 juin au 27 juillet, 1400 personnes périrent, et parmi elles tout le parlement de Toulouse, les maréchaux de Noailles et de Mouchy, les poètes André Ghénier et Roucher, le général Beauhamais, des femmes, un enfant de seize ans.
Une si horrible situation ne pouvait durer. Le cri de la pitié publique s'éleva contre les auteurs de ces abominations et surtout contre Robespierre, qui menait tout encore, quoiqu'il s'abstint de paraître au Comité de salut public Ses ennemis exploitèrent ce mouvement de Topinion ; Ûs l^accusèrent d^aspirer à la dictature, de méditei contre TAssemblée un nouveau 31 mai, et ils firent circuler d^mmenses listes de proscription dressées, disait-on, par lui. Le 8 thermidor, la lutte s'engagea dans la Convention. Robespierre fatigua TAssemblée par une interminable apologie et Tirrita par des menaces. Il demanda que tout le gouvernement fût reconstitué et qu'on punit les traîtres. Il désignait ainsi la plupart des membres des comités, môme Camot et Cambon, qifl alors sauvaient la république en organisant les finances et la guerre. Le débat fut orageux et longtemps indécis. La défection de Barrëre, « cet homme qui venait toujours au secours du plus fort,» entraîna celle de la Plaine : l'Assemblée refusa de voter l'impression du discours de Robespierre. Il courut alors aux Jacobins, qui jurèrent de le défendre , et la Commune prépara pour le lendemain une insurrection. Le 9, la lutte recommença au sein de la Convention* Robespierre y fut enfin décrété d'accusation avec Cou thon et Saint-Just. Son frère et Lebas voulurent être associés à son sort. Ils furent arrêtés et dirigés sur diverses prisons. Mais la Commune fit sonner le tocsin dans les faubourgs, délivra les prisonniers et les amena en triomphe à l'Hôtel de ville.
La guerre ouverte éclatait donc entre les deux pouvoirs rivaux, les représentants de Paris et ceux de la France. La Convention agit cette fois avec résolution et vigueur. Elle mit Robespierre et tous les siens hors la loi, elle appela les sections de la garde nationale à la défendre, et fit marcher sur l'Hôtel de ville des forces imposantes qui ressaisirent les condamnés. Lebas se brûla la cervelle. Robespierre le jeune se jeta par une fenêtre sans se tuer. Son frère eut la mâchoire
&1S LA CONVEBTION (1772-1795).
brisée d'un coup de pistolet que lui tira un gendarme. Tous furent conduits à l'échafaud, à travers les outrages d'uof foule qui vo,Yait duis leur supplice la fin d'un épouvantatde régime [9 et 10 thermidor, 87 et 38 juillet iTSlt). Henriot, €o(finhal, 30 représentants, furent sans discussion, sans jugement, envoyés au supplice, le même jour ou le lendemsiQ, C'était une digne fin de la Terreur. Dana les 420 jours qu'elle avait duré, 3669 condamnations avaient élé pronon* cées par le tribunal révolutionnaire et exécut^ies. Mais eatament compter les victimes de Couthon et do CoUot^'ÛerboisàLyoQ, de LebonàArras, de Carrier àNantes, deFrénu à Toulon et k Marseille, de Tallien à Bordeaux ?
Abolition des lois révolntloBiiKtrieH. -~ Quelques-uDS des hommes qui avaient renversé Robespierre étaient ceux-li mômes qui avaient poussé la Terreur aux dernières limite^ Mais telle étdt la force de l'opinion publique, qu'ils furent contraints de paraître n'avoir vaincu que pour la modér^oQ, • Toute la nation cria que la journée était contre la tyrannie, et cette croyance la Ht finir, s La chute de Robespierre devint ainsi le signal d'une réaction qui, malgré ses excès, laissa respirer la France. La guillotine cessa d'fetre le grand moyen de gouvernement ; et, si les partis continuèrent encore longtemps à se proscrire, du moins le peuple ne fut plus appelé au hideux spectacle de trente ou quarante tËtes tombant chaque jour sous le couteau.
Tous les ressorts du gouvernement se détendirent. LIh^ portance des Comités de salut public et de sOretA génénlp fut considérablement amoindrie ; la loi de prairial tut np^ portée; les prisons s'ouvrirent; à Paris seulement, lOOM captifs en sortirent. La Convention s'attribua les ponroin di la Commune de Paris, qui avait si longtemps neutnlii6«i dominé l'Assemblée; et le club des Jacobins, damier -t^ du parti vaincu, fut fermé, aux applaudissements de tonte la France. Carrier et d'autres massacreurs furent onrojé^ u supplice. Lebon, Fouquier-Tin ville, l'accusateur publie,!iiB périrent que l'année suivante. Collot-d'Herbois, Hiinft^ Billaud-Varennea, Vadier, furent déportés à Cayenne, ipièi un dernier effort du .parti jacobin, à la journée du l"pnâj|f ' (20 mai 1795). Dana cette joumôe le peuple ayant eoTiU I» salle de la Convention, le député Féraud fut tué. Boisaj d*Ai^ glas présidait. On lui présenta au bout d'une pique la tAte de Féraud. Il se découvre, s'incline, et, par son san^froid
et sa dignité, impose à ces furieux*. On désarma alors le faubourg Saint-Antoine.
Glorieuse campa§rne de 1993. — La gloire des armes avait iieureusement consolé la France dans son deuil. Du Comité de salut public, Carnot, organisant la victoire, avait envoyé aux armées des plans que nos soldats accomplirent. Les stratégistes do la coalition n^avaient su imaginer autre chose que d'envelopper la France dVmées nombreuses, mais divisées en une foule de petits corps, et, s'ils avançaient d^un pas sur nous, c'était après s'être bien assurés qu^ils ne laissaient aucune place sur leurs derrières. A ces opérations lentes et méthodiques, à cette guerre de sièges et de positions, Carnot substitua la guerre par grandes masses. Au lieu de savantes manœuvres que nos généraux improvisés ne ponnaissaient pas encore et que nos conscrits ne comprenaient point, il demanda qu'on frappât des coups rapides, marchant droit devant soi, à la baïonnette, sans compter Tennemi; qu'on menât enfm la guerre et la victoire au pas de charge. Cette tactique, qui convenait fort à l'inexpérience et à l'enthousiasme de nos jeunes armées, était aussi la meilleure pour couper l'immense et mince cordon que la coalition serrait autour de nous : elle réussit. A la fin d'août 1793, la France était envahie par toutes ses frontières et on pouvait désespérer d'elle ; à la fin de décembre, elle était presque partout victorieuse.
Perte de Con«lé, de 'Valencicnnes et de Maymce (mai-août). — Après la défection de Dumouriez, les coalisés, au lieu de marcher tous ensemble sur Paris pour y étouffer la révolution, seul but, disaient-ils, qu'ils poursuivaient, n'avaient songé qu'à leurs intérêts particuliers : les Anglais, à mettre enfin la main sur Dunkerque, objet pour eux d'une longue convoitise : les Autrichiens, à réunir nos places fortes de l'Escaut à leurs provinces belges. Dampierre, qui s'était réfugié sous Valenciennes, dans le camp de Famars, fut tué le 9 mai, en essayant de débloquer Condé; le 23, les Autrichiens forcèrent le camp de Famars, et l'armée se retira sous Bouchain, au camp de César. Condé et Valenciennes se trouvèrent investis. Dès le mois d'avril, Custine, reculant jusque sous le canon de Wissembourg, comme il avait avancé jus-
1. Six semaines plus tôt, le 12 germinal (!•' avril), les Jacobins avaient fait une autre tentative contre la Convention , en soulevant les faubourgs.
DO il SEPTEMBRE 179S AU 96 OCTOBRE 1795. S1&
qu'à Francfort, étourdiment, avait laissé les Prussiens envelopper Mayence. 20000 de ûos meilleurs soldats y étaient et avec eux Kléber et deux représentants d'un courage indomptable, Rewbel et Merlin de Thionville. Beauharaais, successeur de Custine, ne Ht pas mieux pour sauver Mayence. Les coalisés dépensèrent trois mois, mai, juin et juillet, k ces trois sièges. Ils en vinrent à bout'. Mais pendant ces trois mois, la France entière s'était levée, et l'énei^e des moyens de défense s'était proportionnée au péril.
Les coalisés perdirent un mois encore à préparer de nou-
r"^'- ^sJi
vellcs opérations. Sur le Rhin, ils remontèrent de Mayence vers les lignes de la Lauter et de la Saire, qui couvraient l'AIsnin et la lorraine. Au nord, ils se séparèrent; les Anglais marchèrent sur Dunkerque et les Autrichiens entreprirent un nouveau siège, celui du Qnesnoy. Houchard, chargé d'oiiérer contre les premiers, reçut de Camot un bon plan. Il devait, tandis que Souham et Hoche défendaient énergi-
I. L'inHuKiiiicment d* U>T<nH aotlhadui Iwpnmia» Jonn 'ivtI1{ la [H-cmiirr )iirallét« fui tracé* ta tl Juin, l« Ma]rtn{ib urUraiit d* U
EluF II li juillet. Dcpoli iDDgMniw U dlHtla «tait >ilriiii( duiUTtU*. n chat le vandilt 1 fr , ddi Hit* d* thÙT d* ah«*al mort, t fr. H •.: la KneraJ Duliajttt, donniat un dlnir i ira éUt-majer- St unlp bb Au iiipn dt doux (ourli, Conii fut pi1> d* mtai* par I ta rriiilil 1- i» luillat, aprài arolr raea, ptodaBl 41 niiil, liCuu buuleli, 41 «M bonbai alMOMoliM.
mtaia par famlna.Talancininai
qiiemant Durkerqtie, se porter en masse entre rwEnés.4 faisait le siège et celle qui l.î couvrait, pour le» écraser l'ar après l'autre. Il battit en etTet les Anglais à Hoiidjchoo)^ (8 sept.]. Mttis ce ne fut qu'uD demi-auccès, parce qu*y g
bèitqu'à demi aux ordres du Comilé. Il avait conduit î ràarclie et son all;iqua de telle sorte, qu'il avait rejeté le« d'observation sur le corps de siège, au lieu de les aépî Cinq jours après, il battit encore les Hollandais et les chas da Menin ; mais une panique ramena son armée en dêsordrÂ^'
n lonr Unt-tlol, à DonlittiiM.
SOUS Lille. Il fut destitué et monta, comme Cuatine, sur l'éckaraud.
Les coalisés avaient échoué à leur extrême droite, reii Dunkcrque ; ils avaient réussi à leur gauche, où ils avaient pris le QueSDOy. Maîtres de l'Escaut par Condâ -Bt ValeDcicanes, de l'intervalle entre l'Escaut et la Sambre parle QuesQoy et Mons, ils voulurent prendre Maubeuge pour i'a>- 3urer aussi de la haute Sambre. C'était presque la position du prince Eugène en 1712. Le péril pour la France samblait aussi grand ; il fut aussi heureusement conjuré. Au lieu d'vgir
à gauche, comme Villars, le long de la Scarpe, Camot fit agir par la droite, le long de la Sanibre. Jourdan, simple chef de bataillon au commencement de la campagne, avait été promu au commandement de l'armée du Nord; il vainquit le prince do Cobourg h Walignies, en avant de Manbeuge, et débloqua celte ville [15 et 16 octobre}. Ainsi de es côté nous n'avancions pas, mais deux places importantes étaient sauvées.
Dans les Vosges, les armées du Rhin et de la Moselle perdirent d'abord la bataille de Pirmasens [U sept.) et les lignes de Wissembourg, que Wurmser força (13 oct,}; Landau fut bombardé. Mais Hoche, qui venait de se distinguer à la défense de Dunkerqiie, fut mis à la léte de l'armée de la Moselle, Pichegru à la tète de l'armée du Rhin, et les répré-
sentants SainWust et Lebas viDrent animer de leur énergie les troupes et les populations. Carnot avait arrêté quer Tarmée de la Moselle essayerait de reprendre la chaîne des Vosges, pour être maîtresse des passages sur les deux versants, et libre de se réunir à Tarmée du Rhin. Brunswick aida au succès de ce plan, en reculant, après une vaine tentative sur Bitche, juscpi^à Kaiserslautern, à la hauteur de Manheim, tandis que Wurmser, de Tautre cêté des Vosges, restait presque en vue de Strasbourg. Hoche échoua d^abord à Kaiserslautern contre les Prussiens (17 nov.); mais, se rejetant tout à coup, à travers les Vosges, sur le flanc droit des Autrichiens, que Pichegni attaquait de front, il leur reprit les lignes de Wbsembourg (27 déc.), et les obligea de repasser le Rhin, tandis que les Prussiens, découverts sur leur gauche, reculaient jusque sous le canon de Mayence. Hoche hiverna en pays ennemi, dans le Palatinat.
En Italie, Français et Piémontais se disputaient la chaîne des Alpes ; les premiers étaient à Nice, les seconds à Saorgio, et nous avions été battus en voulant enlever cette position. Vers les Pyrénées, les Espagnols, sous Ricardos, gardaient aussi Toffensive; l'armée républicaine, après plusieurs rencontres où le succès fut souvent balancé, se retira sous Perpignan (décembre).
«accès et défkltc des Veadéems (1998). — Mais à ce moment la guerre civile finissait. Les républicains avaient repris Lyon (9 oct.) et Toulon (19 déc.) : Tun à demi ruiné, Tautre pillé par les Anglais, qui mirent le feu à Tarsenal, aux ciiaulierâ et aux vaisseaux quMls ne purent emmener. La Vendée résista plus longtemps. En Bretagne et dans le Maine, les chouans ne faisaient qu*une guerre de partisans et d'embuscades ; les paysans du bas Poitou firent la grande ^^uerre. Le mouvement commença à Saint-Florent, petite ville au bord do la Loire, sur la rive gauche de ce fleuve, audessous d'Angers. Le 10 mars 1793, les jeunes gens do ce canton y furent appelés pour satisfaire à la loi qui exigeait une levôo do 300 000 hommes. Ils vinrent, mais décidés à ne pns olx'ir, se nuitinèrcnt, chassèrent les gendarmes et pil* Irn^nl rhntcl (!<; ville. Le coup fait, ils retournaient tran- (|Milleinent chez eux, quand un voiturier, Cathelincau, lour i-<*[ir(><i>nta ({ne la Convention tirerait d'eux une éclatante vtMigoance. Il les décide à le suivre, court de village en village, sonne le tocsin, ramasse les hommes de bonne volonté,
Ht à leur tâLe enli^ve quelques posteB, des armes, du unon, mAme la pelit« ville de Chemillé. Un garde-cliasaa du comto de Maulevrier, Stotflet, <iui a fail comme lui, Vieol le rejoludro avec ceux qui le Buivftit, et lous deux s'emparent de Chollet. Ce n'est plus uiieliu.xle de paysans soulevés, c'eat une armée ; les genlilsltommcs :k'i.'i> tirent k sa tËte. Guidas par If.» cure, Boncharaps, d'Elbee, laRochcjaquelein et Gliarette, 4UÎ nedédaignent pas de s'associer les 'li'iix chefs populaires, les
Vendéens prennent encore Saumur (39 juin), et pour sa Ëi jour par deu» pointa, vers la mer, c'eat-àdire vers rémigr»'! tien et les Anglais, ils attaquent les Sables et Nantes, Bau^ lard sauve la première. Caudaux la seconde, et Caths^l llneau est tué dans celle dernière attaque (9 Juin] ; : Vendéens restent maîtres de leur pays et en chassent UsM républicains par deux victoires : au sud, celle de ChâtiUaà:>l (3 juillet), remportée sur Westi^rmann, qui, sorti d&H Partheitay, s'était trop aveiUuré au uiilieu de l'inâurrectioa; ~
au nord, celle de Vihiers (18 juillet), sur rarmée partie d'Angers.
La colonne deTouest restait seule menaçante; 40000 Vendéens marchent sur Luçon, où le général Tuncq n'avait que 6000 hommes. Mais les Vendéens acceptent la bataille en plaine et sont complètement défaits (Ik août). Le 5 septembre, ils prennent leur revanche à Ghantonnay, malgré le courage de Marceau. Alors, les Mayençais, qui d^un an ne pouvaient servir contre la coalition, arrivent en Vendée, et avec eux Klébcr, qui à lui seul valait une armée. Les forces républicaines sont divisées en k corps, et on décide de partir le même jour de Saumur, de Nantes, des Sables et de Niort, pour séparer les Vendéens de la mer, où venait de se montrer une flortte anglaise, et pour les rejeter du Marais sur le Bocage. Mais la division du commandement entre Canclaux (armée de Brest) et Rossignol (armée de la Rochelle) empêche Tunité de direction; des contre-ordres imprudemment donnés suspendent la marche de trois divisions et laissent quelque temps celle de Canclaux exposée seule aux coups de Tennemi. 20 000 Vendéens attaquent son avant-garde à Torfou. C'étaient 2000 Mayengais et Kléber; ils plient d^abord sous la supériorité du nombre et reculent. Kléber, pour arrêter Tennemi au passage d'un pont, y place un officier et quelques soldats auxquels il dit : c Mes amis, vous vous ferez tuer ici, » et la consigne est exécutée. Le môme jour, la colonne d'Angers avait perdu les Ponts-de-Cé ; la veille, Santerre, avec la colonne de Saumur, avait été battu à Coron. Autre revers en même temps à Montaigu, qui oblige Canclaux à se replier sur Nantes.
Mais la Convention ordonne à ses généraux de terminer la guerre avant le 20 octobre. En onze jours, les Vendéens éprouvent quatre échecs: à Saint-Symphorien, le 6 octobre, par les Maycnçais; à Châtillon, le 9, par Westermann; à Mortagne, où Lescure fut mortellement blessé, et à Saint- < Christophe, le 15, par Marceau et Kléber. Enfin Kléber les «crasc on avant de Choller(17 oct.). D'Llbé, Bonchamp, sont frappés à mort; le dernier avant d'expirer, obtient la grâce (i<> -iOuO [irisonniers républicains que les siens voulaient iiisilliT. Acculés à la Loire par ce grand désastre, 80000 Vendéens, hommes, femmes, enfants, vieillards, passent ce fleuve, à Varades, pour soulever l'Anjou, le Maine et la Breta:.'n(* ; ils lattcnt les bleus près de Laval (27 oct.) et pénè-
trent jusqu'à Granville, d'où ils espèrent tendre la main aux Anglais. Mais GranvîUe les repousse; ils retournent alors sur Angers (3 déc.}» pour rentrer dans le Bocage vendéen. Cette fois la Loire est bien gardée : ils sont rejetés sur le Mans, écrasés dans cette ville (13 déc), achevés dans Savenay (25 déc.)< Ce fut la fin de la grande guerre. Les colonnes infemale9 n'eurent plus que quelques combats isolés à livrer dans la Vendée, où Charette, la Rochequelein et Stofflet tenaient encore*.
CampasTDe d'été de 1794| Flevms.-— L'honneUT des succès remportés en Alsace, à la fin de 1793, revenait à Hoche ; Pichegru se les attribua et le persuada à Saint-Just qoi fit jeter Hoche en prison, et donner à Pichegru le commandement de Tarmée du Nord. Ce général perdit deux mois on eiïorts infructueux et sanglants sur PEscaut et la Sambre, et ne sut pas tirer parti de deux victoires (Moucroën 29 avril et Turcoing 18 mai], gagnées par Timpétueux élan de nos jeunes réquisitionnaires, bien plus que par Thabiletô de leur chef. Heureusement Carnot renonça à temps à Tidée d'attaquer de front l'ennemi, qui nous avait pris Landrecies, et imagina de menacer sa communication et sa ligne de retraite en amenant Jourdan, avec 45 000 hommes, de la Moselle sur la Sambre. Quatre fois les représentants Saint-Just et Lebas franchirent la Sambre à la tête des colonnes républicaines ; quatre fois ils furent repoussés. Cependant il fallait à tout prix emporter Charleroi. Ils décidèrent Jourdan à tenter un cinquième passage. Celui-là réussit ; Charleroi capitula, et le prince de Cobourg, accouru trop tard au secours de la place, perdit la bataille de Fieurus (28 juin), qui rouvrit les Pays-Bas aux Français. Pichegru poussa les Anglais vers la Hollande, Jourdan, les Autrichiens jusque derrière la Meuse. Dugommier, aussi habile que brave, força, dans les Pyrénées, le formidable camp du Boulou, sur le Tech, près de Céret, où il prit UO canons [l*^ mai) ; et Dumer* bion, dirigé par Bonaparte, qui commandait rartillerie de Tarmée des Alpes, fit tomber le camp des Piémontais, à Saorgio, en avant du col de Tende (28 avril). Les portes
1. Mort de la Rochejaquelein (4 mars 1794). —Incendie de ChoUet par Stofflet (10 mars). — Traité de la Jaulnais avec Charette (l» février ITM). — Soumission de Stofflet à Saint'Florentin (2 mai). — L'année suiYante, l'un et l'autre, soulevés de nouveau, furent pris et fusillés.
DU âl SEPTEMBt^B 1792 AU 26 OCTOBRE 1795. 523
de ritalie et de TEspagne étaient ouvertes comme les Pays- Bas.
Campa^^nc il'hiTcr de 1994 à 1905| conqvéte des Payw-Bas ; inTasion de P£spa|^e. — L^hiver n^arrôta ni les opérations de nos armées ni nos succès. Jourdan battit les Autrichiens sur TOurthe, il les battit encore sur la Roôr et les rejeta derrière le Rhin (5 oct.), où les Prussiens qui opéraient dans le Palatinat, découverts par cette retraite, durent les suivre. Alors les quatre armées françaises du Nord» de Sambre-et-Meuse, de la Moselle et du Rhin bordèrent le grand fleuve. L'hiver était venu et terrible. Le froid descendit jusqu'à dix-sept degrés au-dessous de zéro. Les soldats, vêtus de haillons, sans paye, mais soutenus contre toutes le misères par leur énergie morale, au lieu de s'établir dans des cantonnements, marchèrent en avant, franchissant les canaux, les fleuves, poussant devant eux Anglais, Hollandais, et, le 20 janvier 1795, entraient dans Amsterdam, c Cette cité fameuse par ses richesses vit, avec une juste admiration, dix batSillons do ces braves sans souliers, sans bas, privés même des vêtements les plus indispensables, et forcés de couvrir leur nudité avec des tresses de paille, entrer triomphants dans ses murs au son d^une musique guerrière, placer leurs armes en faisceaux et bivaquer plusieurs heures sur la place publique, au milieu de la glace et de la neige, attendant avec résignation et sans murmure qu'on pourvût'à leurs besoins et à leur casernement. » Des escadrons de hussards coururent au Texel prendre la flotte hollandaise, retenue dans les glaces. Pichegru constitua la Hollande en république batave. Do là il [»ouvait tourner les défenses de la Prusse sur le Rhin : rAlloniagne du Nord était ouverte à nos soldats comme à nos idées*.
Dugomniier, dans les Pyrénées-Orientales, prit Bellegarde, à
!. Un des pénérauz de division qui commandiientioniPichegra était lloreau. Ne à Morlaix en 1763, il fut d'abord dMUoé au barreau, mais s eng.jKpa, iiul^re sa famille, dans un régiment; ton père ayant acbeté son cori«'-, il reprit & Rennes ses études, tout en gardant ses goûts miUtatret, et acquit un grand ascendant sur les étudiants de cette tille. U ngu^a connue le gênerai du ftarlement dans lei troubles qui précédèrent a Renn«'s la révolution. Après la création de la garde nationale, il organisa à R.riii.s une compagnie de canonnière, dont il fut le capitaine jusqu en iTn. P.irli .iN»rs comme volonUire, U fit sa première campape sous Dorooiinez, avec le grade de chef de bataillon, devint en 17M gênerai de brigade, et en I7y4 Kencral de division. 11 commanda Taile droite de Pichegrji dans l invasion de la Hollande, at remplaça ce général à l'armée du Nord, l-lu» tard, à celle de Rhin-et-Moselle, avec laquelle il fit sa belle campagna
notre extrême frontière, et força le passage des montagnes, que défendait une ligne de 77 redoutes (bataille de la Mouga, 18 nov.) ; mais il périt au sein de la victoire. A la suite de ce succès, une des plus fortes places de l'Europe, Figuiëres, ouvrit ses portes. Moncey, à Tautre extrémité de la chaîne pyrénéenne, faisait en même temps la conquête du Guipuscoa : TEspagne était envahie de deux côtés. La seule armée d^Italie n'avançait pas.
Paix avee la Prusse et PEspaicne 1905| Qiilbavwa. — Deux puissances étaient effrayées de leurs défaites ; la Prusse, qui voyait déjà les Français sur les rives de TËins; TEspagne, qui redoutait de les voir bientôt sur celles de TËbre; Tune, d'ailleurs, était en ce moment fort occupée du dernier partage de la Pologne, qui lui valut Varsovie (24 oct,); et l'autre était livrée à une cour honteuse que tout bruit d'armes épouvantait. Elles demandèrent la paix (traité de Bâle, 5 avril et 28 juillet), la Prusse céda ses provinces sur la rive gauehe du Rhin , TEspagne, la partie espagnole de Saint-Domingue. Cette paix était la reconnaissance de la république et de la révolution par deux grands États de l'Europe . Le grand-duc de Toscane avait traité dans le mois de février.
L^Angleterre, TAutriche, la Sardaigne et TEmpire restaient en ligne. La première, pour relever dans nos provinces de Touest les forces du parti royaliste, qu'affaiblissait la rivalité de Charette et de Stofflet, débarqua en Bretagne, dans la presqu'île de Quiberon, deux divisions d'émigrés. Hoche, qui
de 1796. Un autre Moreau fut en 1794 général en chef de rarmes <!• la Moselle et mourut au siège de Luxembourg en 1795.
Il est bon de savoir ce qu'étaient en 1789 les généraux (^ui venaieni, dans ces premières campagnes, de commencer leur illustration. En 1789, Kellermann était maréchal de camp; Berthier, colonel; Serrurier, major; Moncey, capitaine ; Brueys, Bruiz, Decrës et Gantheaume, lieutenants de vaisseau; Davout, Desaix, Marmont et Macdonald, sous-lieatenaDts; Pérignon, officier démissionnaire; Bernadotte, sergent-major; Hoche, Marceau, Lefebvre, Pichegru, Ney, Masséna, Murât, Soult, sous-offioiera ; Aogereau, maître d'armes; Victor, soldat; Lannes était teinturier; OoaTiw Saint-Cyr, dessinateur et comédien ; Jourdan, mercier-colporteur ; Begsière, perruquier; Brune, typographe; Joubert, Junot, étaient étudiants endroit; Kléber architecte; Mortier partit comme volontaire en 1791. Iloche était fiis d'un garde de chenil à Versailles ; Marceau d'un procu-
venir péiiéraux. ducs et i)rinces, nos soldats diront que tout conscrit peut ramasser sur un champ de bataille un bâton de maréchal de France, et tous Ty '•Iiercheront. (Voyez plus loin les paroles d'an olfûcier prussien, après Iciui.)
avait élê appelé de Tarmôe du Rhin pour paciûer la Vendée, les détruisit (21 juillet 1795).
Revers snr mer} le Ven|penr. — La révolution avait improvisé des généraux comme des armées. Mais si le génie de la guerre de terre tient de Tinspiration, la guerre de mer exige de la science et une longue pratique. Or ce brillant état-major naval qui avait vaincu TAngleterre dans la guerre d'Amérique avait émigré; dès Tannée 1790, le tiers des officiers était parti, de sorte que la belle flotte organisée dans les vingtcinq dernières années de la monarchie* restait sans chefs: de là notre infériorité dans les combats d^escadre. Le l<*'juin 1794, Tamiral Villaret-Joyeuse, naguère simple capitaine, attaqua, avec 25 vaisseaux montés par des paysans, une flotte anglaise de 38 voiles, pour protéger Tarrivée d*un immense convoi de blé. Le convoi passa, et une partie de nos départements fut sauvée de la famime; mais la flotte fut battue, et perdit six vaisseaux. Un d'eu]^ U Vengeuvy plutôt qoM d'amener s>.n{);ivil ')n,8^engloutitdans les flots au chant delaifar- 5i tlLti>e. Lu Martinique, la Guadeloupe, la Corse même, furent enlevées par les Anglais. Nos corsaires nous vengeaient. A la llii de 1793, ils avaient pris aux Anglais 410 bâtiments ; notre marine marchande n'en avait perdu que 316.
Constitution de Pan III (1995). --Cependant la Convention , sortie victorieuse des émeutes qui suivirent le 9 thermidor, abolit la constitution démocratique de 1793, quin*avait pas encore été mise en pratique, et attribua le pouvoir ié^^islulif àdeux conseils, celui des Cinq-Cents, chargé de proposer la loi, et celui des Anciens, chargé de l'examiner et de raccc{)(cr. Le pouvoir exécutiffut donné à un Dtrec<otr«decinq nioiiiljnvs, n-iiouvelé tous les ans par cinquième, nommé par le |joiivoir Ir^risiatif, et responsable. La Convention avait tuut réuiii; on divisait tout. Le pouvoir législatif allait avoir deux tries, le pouvoir exécutif en aura cinq. On espérait écli:ip|>(T ainsi à la dictature et faire une république modérée ; la constitution de Tan Ul ne fera qu'une république faible et anarchique.
Journt^e du 13 vendémiaire (5 oetobre 199A). — he|uis 1<; 9 thermidor, la révolution avait si bien remonté la [leiitc «qu'elle avait descendue, que les royalistes espéraient
I. En octobre 1790. la France aTtilTO Ttiueauz de liRne et 65 frégates  ;'' * t.* \.i.» eaux «t 16 frégates sur chantier. (â/oni/eur du V6 ocio-
une resLauration prochaine. Ils comptaient de nombrMn pa^ tisansdans plusieurs sections de la garde nationale ds Paris, ot ils venaient de gagner Picbegru par la promesse d'un mil-^ lion comptant et de 300 000 livres do rentes, lia croyaienE que les prochaines élections leur donneraient la majorité et qu'ils pourraient ainsi faire légalement une contre-révolulion. Mais la Convention dâcida que les membres du nouveau corps li^çisl.ilif sipraient pris, pour les deux tiers parmi les
EgUsa da Salut Kocli
conventionnels, de sorte que les royalistes ne pouvaient plus y faire entrer qu une minorité impuissante. Ils soulevèrent alors les sections de la garde nationale, et, au nombre de 40000, marchèrent sur les Tuileries, où la Convention siégeait. Barras, chargé de ta défendre, prit pour lieutenant un jeune général que ses services devant Toulon avaient rais en lumière, mais qui, après le 9 thermidor, ftVEÙt. été destitué, Napoléon Bonaparte. On n'avait que 6 à 7000 soldats. En quelques heures Bonaparte fit des Tuileries un camp retranché ; les aectionnaires, reçus par un feu violent de mitraille sur le pont Hoyal et dans la rue Saint-
Honoré, devant l'église Saint-Roch, furent, en un instant rompus, mis en fuite, laissant 500 dès leurs sur le carreau ; le reste fut, les jours suivants, désarmé. Le k brumaire (26 octobre 1795], la Convention déclara sa mission terminée.
Résumé des principales créations de la Convention.— Les impérieuses nécessités de la lutte n^avaient pas permis à nos assemblées de réaliser toutes les réformes ; elles avaient du moins préparé d'immenses matériaux que la génération suivante utilisa. Cependant, au milieu de ses déchirements et de ses victoires, la Convention avait, pour fortifler Tunité de la France, préparé un code uniforme, décrété une instruction nationale et la création de PÉcole nl)rmale, des Écoles centrales (Lycées) et primaires, des Écoles de médecine, du Conservatoire des arts et métiers, des chaires de langues vivantes, du Bureau des longitudes, du Conservatoire de musique, de Tlnstitut, du Muséum d^histoire naturelle, enfm établi Tunité des poids et mesures (système métrique}*.
Par rémission désordonnée des assignats (kk milliards), elle avait bouleversé toutes les fortunes, et, par la loi du maximum, elle avait ruiné le commerce* ; mais, par la vente des biens nationaux, qui formaient un tiers du territoire, elle avait livré au travail fécond des nouveaux propriétaires d'immenses domaines jusqu'alors peu productifs; et^ par la création du grand-livre de la dette publique, elle avait préparéi pour des jours meilleurs, la confiance au crédit de TËtat. L*invention du télégraphe aérien permit de porter rapidement jusqu'aux frontières les ordres du gouvernement central, et rétablissement des musées ranima le goût des arts. La Convention voulait encore que l'infirme, l'enfant abandonné, fussent recueillis, secourus par la patrie; et le dernier décret
1. La Convention aTait remplaeé I0 Mlendrier grégorien ]»tr !• e«l6ii> drier républicain. L'ère nonvelle commençait an 23 septembre 1793; elle cessa le 9 septembre 180S. Lesdoaze mois étaient : vendémiaire, brumaire, frimaire, pour l'automne; nivôse, plaviétse, ventôse, pour l'hiver; germinal, floréal, prairial, pour le printemps; messidor, thermidori fmctidor, pour l'été. Ainsi on disait le 14 thermidor an z,aa lieu du 3 août 1M3, etc.
3. Vuici un compte de ménage de la sœar de Beaumarchais, en décembre 1794, trouve par M. de Loménie dans les papiers de l'autear da Ma^ riage Je Figaro : une voie de bois, lito francs ; la chandelle, le sucre, l'huile, 100 francs la livre ; le boissean de pommes de terre, 300 francs, ane livre de viande, so francs ; ono Uvro do pain, 4S francs; le toat, il est vrai, payé en assignats*
de ces législateurs terribles portait que la peine de mort rait abolie après la pacification générale.