‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 61 sur 73 · L*EMPIRE DE 1812 A · texte numérisé non relu

L*EMPIRE DE 1812 A

dier, un fusil à la main : il ne repassa le Niémen que le dernier (20 décembre). Là finirent la retraite et cette fatale campagne. Derrière le fleuve nous laissions, morts ou captifs, 300000 soldats. Et pourtant nous n'avions pas été une seule fois vaincus 1 C'est Thiver et la iaim, non Tennemi, qui avaient tué la grande armée. Les Russes eux-mêmes, tout habitués qu'ils fussent à leur terrible climat, souffraient horriblement : en trois semaines, Kutùsof avait perdu les trois quarts de son effectif.

Les armées fhinçaises n'étaient pas plus heureuses en Espagne. Depuis le départ de TEmpereuTi la division .du commandement et la faiblesse de Joseph avaient tout paralysé. La campagne de 1810 fut marquée par une double tentative de Soult contre Cadix, au bout de TAndalousie et de Masséna contre les lignes inexpugnables de Torrès-Vedras, que Wellington s'était habilement préparées à l'extrémité du Portugal; celle de 1811 par la bataille indécise de Fuentés d'Onoro, entre Masséna et Wellington. En 1812, ce général prit Ciudad-Rodrigo et Badajoz, et battit Marmont aux Arapiles, près de Salamanque. Ces revers enlevèrent toute importance aux victoires que Sachet gagna dans l'est de la péninsule.

CampiMPie 4>All«BacM (161S). — La retraite de Moscou porta un coup mortel à la puissance de Napoléon. Le roi de Prusse s'unit au czar, et notre malheureuse armée dut reculer du Niémen sur la Yistule, de la Vistule sur l'Oder, de l'Oder sur l'Elbe. Une sixième coalition se forma. Elle se composait de l'Angleterre, de la Russie, de la Prusse, de la Suède et de l'Espagne; l'Autriche arma secrètement pour s'y joindre. Ce qui aggravait le péril, c'est que les souverains alliés faisaient appel à la plus énergique des passions populaires, le sentiment national, c Allemands, disait Wittgenstein, nous vous ouvrons les rangs prussiens ; vous y trouverez le fils du laboureur à côté du fils du prince. Toute distinction de rang est effacé» par ces grandes idées : le roi, la liberté, l'honneur, la patrie, s Et PAUemagne, piétinée depuis six ans par nos soldats, écoutait, avec une résolution farouche, la voix de ses princes et de ses poètes. Les vers (i Cliland, du professeur Arndt, de Kœmer étaient chantés (l.Liis les châteaux et dans les chaumières. Déjà même, il ne semblait pas que ce fut assez d^aflhmchir rAUeiuagne; on parlait de nous reprendre l'Alsace et la Lorraine, qu'ils ap-

Ç'iO NAPOLÉON I".

r*?hient des terre» allenianJes. Ainsi, par los fautes, se reto'irniit con-re nous ce grand mouvement de patriotiiune qui, en 1792, avait sauvé la France.

Cependant Napo.éon déployait son actiyité ordinaire, et quoiqu'il n'y eut pas une famille qui ne pleurât une yictime Je ces ion eues guerres, la France silencieuse et morne lui livra encore ses enfants. « Les nouvelles levées, dit un ministre de ce temps, n'offrirent ni retard ni résistance. » Napoléon refit une armée de 200000 hommes, et se trouva prêt avant les coalisés. 11 les rejeta au delà de TElbe par sa belle victoire de Liitzen. c Depuis vingt ans que je commande les armées françaises, s'écria-t-il, je n'ai jamais vu plus de bravoure et de dévouement. Mes jeunes soldats! l'honneur et le courage leur sortaient par tous les pores ! i (2 mai.) Mais la cavalerie était restée dans les steppes glacées de la Russie : Napoléon ne put poursuivre les vaincus, et Liitzen fut une victoire stérile. L'ennemi fut encore battu à Bautzen, la Saxe délivrée, la Silésie à moitié conquise. A ce moment, Napoléon s'arrêta et accorda 'malheureusement aux alliés rarniistice de Pleiswitz (3 juin}, dans Tespoirque deux mois de repos doubleraient ses forces. La coalition respira et reprit confiance.

En Espagne, Wellington, rendu plus hardi depuis sa victoire aux Arapiles, prenait l'offensive et battit Joseph à Vittoria. Cette défaite qui fut notre bataille de Leipzig au midi amena la perte de l'Espagne. Suchet se trouva découvert par la retraite des armées de Portugal et de Castille sur les Pyrénées ; il évacua Valence, Barcelone, et se retira à Figuières où il s^adossa aux Pyrénées. Soult prit position derrière la Nive, mais les Anglais n'en étaient pas moins sur la Bidassoa et le sol français allait être entamé. Cet événement flt une sensation profonde. Napoléon n'en fut pas ébranlé. L'Autriche lui demandait, pour que la coalition posât les armes, rabandon du grand-duché de Varsovie, de l'IUyrie, des villes l]anséati({ues et du protectorat de la Confédération du Rhin. Ces concessions n'ôtaient rien à la grandeur de la France, qui gardait la ligne du Rhin et des Alpes, et, au delà de cette barrière, la Hollande, l'Italie, avec les deux couronnes, de Murât et do Jérôme. Pour notre malheur et pour le sien. Napoléon repoussa ces demandes. L'Autriche avait cependant déclaré qu'en cas de refus elle joindrait ses 300000 hommes aux armées alliées. Elle tint parole. Le 16 août, les

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hostilités commencèrent et le canon tonna sur une ligne de 150 lieues, depuis la Bohême et les hords de la Katzbach jusqu'à Hambourg.

La coalition avait en fate de Napoléon 500000 soldats, traînant avec eux 1500 canons, et une réserve, toute prête à entrer en ligne, de 250 000 hommes. Deux Français étaient dans ses rangs : le prince royal de Suède, Bernadette, et le vainqueur de Hohenlinden, Moreau, qui , à la prière d'Alexandre, était revenu d'Amérique pour diriger contre sa patrie le coup mortel. Napoléon a dit de Bernadette, qui devait à la France la couronne de Suède : c Pour prendre femme, on ne renonce pas à sa mère ; encore moins est-on tenu à lui percer le sein et à lui déchirer les entrailles. » L^histoire n'a point à parler autrement. Les alliés, toujours vaincus, malgré leur nombre, avait adopté la tactique de refu&er la bataille à leur indomptable adversaire et de l'accepter de ses lieutenants.

L'Empereur n'avait sur TElbe et sous sa main que 360000 hommes ; présumant trop encore de ses forces, malgré Tinégalité du nombre, il voulut menacer à la fois Berlin, Breslau et Prague, ce qui raffaiblit au centre, à Dresde, où il frappa' pourtant le 26 et le 27 août un coup terrible sur les coalisés. A celte bataille, un transfuge, au moins, fut puni : Moreau indiquait à Alexandre une manœuvre à faire, quand un boulet de la garde lui fracassa les deux cuisses; il mourut quatre jours après. Mais, pendant, que la grande armée de Bohème fuyait en désordre à travers les montagnes d'où elle était descendue, Napoléon apprenait que Macdonald venait d'essuyer un désastre sur la Katzbach (26-29 août) et que Oudinot avait été battu, le 23, à Gross-Beeren, sur la roule de Berlin. Ces fâcheuses nouvelles Pempèchèrent de diriger lui-même la poursuite de Tannée vaincue et de l'accabler. Vandamme, lancé en Bohême et qu'on n^ soutint pas, fut [)ris à Kulm (30 août), C6 qui annulait la victoire de brcsdc en laissant aux Autrichiens l'appui des montagnes de la hnliLMuc, avec la facilité d'en sortir à volonté pour tourner notre droite. La défaite de Macdonald avait fait perdre la Silêsie et amené Blûcher en Saxe; celle d'Oudinot, et une autre que Ney essuya à Dennewitz (6 sept.) en voulant rouvrir la route de Berlin, permirent à Bernadotte d'arriver à Wlltenberg, d'où il tendit la main à Blûcher. Davout qui était déjà au milieu du Mecklenbourg, où il avait pris \Vi>.-

iiiar, dut suivre notre mouvement général de retraite der* rière l'Elbe. Alors de Wittenberg à Tœplitz, les coalisés for^ nièrent devant nous un arc de cercle de 300 000 sabres ou baïonnettes qui nous menaçait de front, tandis que ses extrémités faisaient effort pour se rejoindre sur nos derrières et nous fermer la route de France, en donnant la main I rAllcmagne qui se soulevait, à la Bavière qui entrait dam la coalition, à Bade et au Wurtemberg qui allaient Ty suivre. Napoléon essaya encore une fois de couper ce cercle; il concentra ses forces à Leipzig et y engagea une action générale. Cette journée, que les Allemands ont appelée la bataille des nations, fut la lutte la plus meurtrière de Thistoire moderne, 190 000 Français soutinrent, pendant trois jours, Pattaqua tarieuse de 333 000 hommes. Les Saxons et la cayalerie wur- Icmbergeoise passèrent à Tennemi, sur le champ de bataille, et tirèrent sur nos soldats leurs canons encore chargés de boulets français. Cependant, nous n'avions perdu aucune de nos positions ; mais les réserves de Tartillerie étaient épuisées : à la fin de la troisième journée, il ne restait plus de munitions que pour 15000 coups, c'est-à-dire à peine pour deux heures de combat, et le nombre des ennemis s^accroissait sans cesse. Comme en 1812, il fallut reculer sans aToir été vaincu, et, comme en 1812 aussi, cette retraite Yolontaire devint un désastre. Napoléon, pourne pas révéler trop tôt ses intentions, n'avait pas fait jeter de ponts sur rElsteî* et la Pleisse; un seul, étroit et long, avait été établi sur les bras divisés des deux rivières. De là un immense encombrement, des retards, puis une erreur fatale : un mineur fit sauter le pont de TElster avant que la dernière partie de Parniée, avec deux maréchaux et les chefs de corps, Toussent franchi. Le vaillant Poniatowski se noya dans le fleuve, Macdonald le passa à la nage : L'auriston et Reynier furent pris. 12000^0 hommes, dont 50000 Français, restèrent couchés sur ces plaines funèbres (16-19 octobre]'. '

1. Journée du 16, trois batailles, à Leipslg, Lindenaa et Mookern; 115 000 hommes contre 200 000; elle nous coûte 20 000 hommei, au coalisés, 40 000. Nous gardons le champ de bataille et empôchoni la jonetioii (les deux masses ennemies; mais, la victoire n'étant pas éclatante, le danger augmente, car nous ne pouvons accroître nos forces qae ae U OM iiomnius, et il en arrivait 110 000 aux alliés. Journée do It, pour (uréparer et assurer la retraite: morts ou blessés 20 000 Français, 30 000 coailsés, furieux combats à Dolitz et Probsteyda. Dans la nuit du 18 an 19, retraita par Tunique pont de Lindenau. Journée du 19, dans les faubbui^e de la ville de Leipzig, pour couvrir ii relniite.

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L'armée trouva encore la route barrée, à Hanau , par 60 000 Austro-Bavarois; Tartillerie de Drouot et la garde y dirent une trouée sanglante, par où Tarmée passa, c Nos ranons, dit un témoin oculaire , roulaient dans une boue «le chair humaine. > Hanau fut notre dernière victoire au delà du Rhin (30 octobre). Le cinquième seulement de nos troupes rentra en France, et 120 000 soldats restèrent inutiles dans les places de TElbe, de TOder et de la Vistule, où ils furent assiégés. Rapp se défendit héroïquement une année entière à Dantzig; Davout sortit de Hambourg quand et comme il voulut, après Tabdication de Napoléon. Du Tailly, àTorgau, n'ouvrit ses portes qu^après avoir mangé son dernier cheval. Il faut citer encore les belles défenses de Lapoype à Wittenberg , de Lemarois à Magdebourg, de Grandeau à Stettin , de Ravier à Damm , de Fornier d'Albe à Custrin , de Laplane à Glogau. L'histoire doit un souvenir à ces braves gens qui , loin de la France et de tout secours, tenaient aussi fièrement notre drapeau qu'au temps de nos victoires.

Campamie de Fraace (1614). — Pour sauver la France, il eût fallu un réveil unanime de Tesprit national ; mais le ressort était brisé ; les sources mômes de la population virile tarissaient. D'ailleurs le peuple des villes et des rampagnes était désarmé ; ce ne fut que le 5 mars , cinq mois après l'entrée de Wellington en France , que Napoléon proclama, trop tard, la levée en masse, l'insurrection nationale. La bourgeoisie, qui avait salué sa dictature, quand cette dictature sauvait le pays du désordre, la repoussait aujourd'hui qu'elle menait le pays aux abîmes; et, au mo- Mieni où il eût fallu que la nation entière se serrât autour (le Napoléon, les libéraux donnaient le signal d'une oppo- >ilioii intempestive et malheureuse. Les ennemis profitèrent habilement de ces premiers symptômes de lassitude et de •It'reclion prochaine. Ils publièrent la fameuse déclaration de 1 raiicfort, dans laquelle ils protestaient « qu'ils ne faisaient pas la guerre à la France, mais à la prépondérance que Nap(iléon avait trop longtemps exercée hors des limites de son cnipire. > Et ils offrirent la paix, à condition que la France rentrât dans ses limites naturelles. Par ces propositions les alliés cherchaient à séparer l'Empereur de la nation. Ils y réussirent : le Corps législatif, à qui Napoléon demanda un concours énergique, répondit en se plaignant du des-

pollsuie el de la guerre. « Est-ce le moment de parler des abus, s'écria l'Empereur, quand 200000 Cosaques franchissent nos frontières? Il ne s'agit pas de liberté et de sûreté individuelle, il s'agit de Tindépendance nationale. » Et il avait raison ; s'il n'eût pas eu la dictature, c'est alors qu'il eût fallu la lui donner. Le Corps législatif fut ajourné pour un temps indéfini. Napoléon régla seul le budget, renvoya le pape en Italie, Ferdinand VII en Espagne, et se prépara à une lutte suprême.

Il n'avait plus que 60 000 soldats contre les 360000 qui s'avançaient, partagés en deux grandes armées : celle de Silésie, sous Bliiclicr; celle de Bohême, sous Schwartzenbcrg. La preniitrc passa sans résistance le Rhin, Ja Moselle et la Meuse ; la deuxième, violant la neutralité suisse, déboucha par la trouée de Béfort et le Jura. Elles devaient lier leurs communications par le plateau de Langres. Au .sud, 160 000 Anglo-Espagnols, sojs Welhngton, franchissaient les Pyrénées; au sud-est, 80000 Autrichiens s'approchaient des Alpes; au nord-est, 80 000 Suédois, Prussiens et Russes, sous Bernadotte, menaçaient la Belgique ; et comme si ee n'était pas assez de ces forces immenses, 400000 soldats se levaient encore en arrière des armées actives. Ainsi plus d'un million d'hommes armés allaient se précipiter sur la France.

Napoléon accourut, le 26 janvier 1814, à Vitry-le-François. Pour séparer les armées de Silésie et de Bohème, il attaq[ua et battit Blucher à Saint-Dizier (27), puis à Brienne (M), sans pouvoir empêcher la réunion; et un échec essuyé à la Rothière (1«' février) le contraignit à se replier sur Troyes. Quelques jours après (8 février), il recevait un dernier ultimatum des alliés; cette fois, ils n'accordaient plus les limites naturelles du Hhin et des Alpes, mais voulaient que la l'rance rentrât dans ses frontières de 1789. On conseillait à rEmpereur d'accepter : « Que j'abandonne les conquêtes qui (mt été faites avant moi, s'écria-t-il ; que je laisse la France plus petite que je l'ai trouvée? Jamais! »

Mais les alliés se séparent pour marcher à la fois sur Paris, par la vallée de la Seine et par celle de la Marne. Napoléon qui, dans ces plaines nues de la Champagne, connaît jusqu'au dernier repli de terrain, suit de l'œil tous les mouvements de ses adversaires et profite delà moindre imprudence. 120 000 Prussiens s'étendaient de Châlons à la Ferté-sous-

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Jouarre : il coupe cette longue colonuo à Champaubert (10 tév.], et sépare Sacken de BIQcher; le 11 , il bat le premier à Montmirail , le poursuit jusqu'à Château-Thierry, où il le bat encore le 13, puis le laissant fuir au Nord , il se retourne contre le second, et, par une attaque impétueuse à Vauchamps (U), le refôule sur Châlons. C'ét^ent quatre victûires en cinq jours. Mais tandis qu'il est sur les bords delà Marae, Schwartienberg s'avance par la Tsllée de ta Seine ;

fOTi avant-gnrde a déjà dépassé Melun, L'armée française fait 30 lieues en 36 heures et le 16 février elle heiirle et ohassc devant elle les Autrichiens à Mormant, le 17 â Naji- '.-is et à Donncmarie. Un corps de 30000 hommes s'iïtait aventuré jusqu'à Fontainebleau. Une faute du maréchal Vîclor, qui tarda de quelques heures à s'emparer de Mon(«reau, lui pL-rmet d'échapper. Son arrière-garde seulement est détruite dans cette Tille le IS.ud autre échecà Méry-sur-Seine, le 23 , précipite leur retraite. En huit jours les Autrichiens avaient perdu SO lieues de terrain, etl'armée française rentra 'liins Troyes en triomphe.

Malheureusement cette poursuite des Autrichiens sur la haute Seine laisse libres les approches de Paris du cfité du nord-est; Blûcher, qui a raffermi son armée, y marche une seconde fois par la Marne, Napoléon court à lui et le jette en

désordre sur Soissons. Bliicher semblait perdu : Soissonslui ouvre ses portes et le sauve. La ville venait d'être prise par l'armée du Nord : les Prussiens y trouvent un refuge et j doublent leurs forces. Ils n'en sont pas moins battus i

Plaça de l'HAIsl-ae-VUla de ChUona-iui^Minie.

Craonne; mais ils se concentrent prësdeLaon au nombre de 100 000, et se maintiennent dans celte forte position, malgré les efforts de l'Empereur pour les en déloger (10 mars). Napoléon se retourne alors contre les Russes et les chassa de Iteims (13 mars). Schwartzenberg, qui pendant TabseDce de la petite armée française s'était avancé jusqu'à Provins, {t deux journées de marche de Paris, s'effraye delà voir revenir sur son flanc; il s'arrête, recule; les abords de Paris sont encore une fois dégagés.

Ainsi, en un mois, Nnpoléon avait hvré quatorze batailles,

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remporté douze victoires et défendu les approches de sa capitale contre les trois grandes armées ennemies. Les alliés, un moment inquiets, avaient accepté Touverture d*un congrès à Châtillon , sans désir sérieux d^y terminer la grande querelle. Pour Napoléon, il avait déjà dit : « J^ai juré de maintenir Pintégrité du territoire de la république ; si les alliés persistent à vouloir démembrer la France , je ne vois que trois partis : vaincre, mourir ou abdiquer, i Le congrès fut rompu (10 mars).

La lutte devenait de plus en plus inégale. La défection de Murât, qui crut ainsi sauver sa couronne , livra Tltalie aux Autrichiens. Augereau, après un simulacre de bataille, leur ouvrit les portes de Lyon , la seconde ville de France ; le général Maison évacuait la Belgique; enfin, les Anglais de Wel* lington, que Soult n*avait pu arrêter, entraient à Bordeaux, où Louis XV111 fut proclamé roi (12 mars); et dans Tintérieur les royalistes s*agitaient. « Vous pouvez tout et vous n'osez rien, écrivait Talleyrand aux souverains alliés; osez donc encore une fois. »

Le czar veut en finir avec cette lutte qui étonne le monde et qui est un dernier affront pour les coalisés. Il ordonne à BlQcher et à Schwartzenberg de réunir leurs forces pour marcher ensemble sur Paris, Napoléon essaye vainement d*empêcher cette jonction : la sanglante bataille d'Arcis-sur- Aube reste indécise (20 et 21 mars). Alors il prend la résolution hardie de laisser libre la route de Paris, mais de se porter avec 50 000 hommes à Saint-Dizier, sur les derrières des alliés. Là il coupera leurs communications, excitera encore le courage de ces patriotiques provinces, qui n*ont point attendu le tardif décret du 5 mars pour se lever en masse, grossira son armée d'une partie des garnisons des places do la Moselle et dos forces de rinsurrectlon, pour revenir sur Tennemi épouvanté frapper quelque coup terrible. Que Paris seulement se défende, et pas un étranger ne repassera le Hhiii. tt Je suis plus près de Munich, disait Napoléon, qu'ils ne sont près de Paris. >

Mais Paris ne se défendit pas. En utilisant toutes les ressources qu'il ofl'rait, on pouvait réunir et armer 70000 combattants. Un avait 8000 hommes des dépôts de la garde et d<i la li^Mie, plus de 20000 conscrits ou soldats de dépôts casernes Jans les environs, 2000 officiers sans emploi, 12000 garii«'^ ii'ilionaux; enfin Marmont et Mortier étaient sous les

murs avec 13000 hommes de Tarmée active. 20 000 ouyriers, la plupart anciens soldats, se pressaient aux portes des mairies demandant des armes ; on les repoussa. Il y avait dans les arsenaux 400 canons, 20 000 fusils neufs, 5 millions de carlouclies ; à Grenelle seulement, 300 milliers de poudre, et la manutention militaire fabriquait chaque jour 60000 rations. On les laissa prendre à Pennemi, et les Français manquèrent de munitions, manquèrent de pain. On mit quatre canons sur les buttes Chaumont , six sur Montmartre , et 22 000 hommes seulement prirent part à la bataille de Paris, aux villages de Pantin, la Villette, Belleville et Romainville, à la barrière Clichy, contre les 80000 Autrichiens de Schwartzenberg, contre les ICO 000 Prussiens de BlQcher (30 mars]! î.a résistance fut aussi héroïque quMnutile. c Ils sont tropl > disaient nos soldats en tombant. Les alliés perdirent 18000 hommes, presque autant que nous en avions en ligne ; le maréchal Marmont signa une suspension d'armes et une capitulation pour épargner à la ville les horreurs d*une prise d^aasaut (31 mars).

Abdication de PEmpereiir (G avril 1814]. — Étonnés d'une telle victoire, les étrangers n'entrèrent dans la grande cité qu'avec une sorte de crainte respectueuse. Ils montrèrent la plus grande modération. Le czar protesta que la nation n'avait qu'à manifester son vœu, qu'il était prêt à le soutenir. Le peuple témoignait une sombre résignation; mais le Sénat, convoqué et dirigé par Talleyrand, nomma, le 10' avril, un gouvernement provisoire; le 3, il prononça la déchéance de Napoléon; le 6, il adopta une constitution nouvelle et appela au trône un prince que la nation ne connaissait plus, et auquel les souverains alliés n'avaient songé que dans les derniers jours, un frère de Louis XVI, Louis XVIIl.

Napoléon avait encore à Fontainebleau des forces imposantes : avec les armées d'Eugène, de Suchet et celle de Soult, qui venait de livrer à Wellington l'héroïque bataille de Toulouse, il pouvait réunir 140 000 soldats éprouvés derrière la Loire. Il eût un instant la pensée de combattre; mais ses généraux étaient las de la guerre : Marmont le trahit par la capitulation d'Essonne ; Ney, Berthier môme, le quittèrent Alors il abdiqua ! Neuf jours après il fit à sa vieille garde, dans la cour dite du Cheval-Blanc, des adietz devenus célèbres, et partit pour l'île d'Elbe (20 avril). Un îlot de quelques kilomètres carrés était maintenant tout Tempire de Phomme

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qui, pendant quinze ans, avait régné sur la moitié de TEurope. Un petit nombre de serviteurs le suivirent dans son exil: Bertrand, Drouot, Cambronne, et environ 400 hommes delà vieille garde.

Ainsi le duel à mort que TAngleterre avait entrepris contre la France était fmi ; Tor anglais avait vaincu.

Napoléon avait cru TËurope complice de sa haine contre Taristocratie britannique, et il avait pris Tempire de la terre pour combaltre les maîtres de POcéan. Au milieu de cette lutte gigantesque disparut la question des libertés publiques de la France, du droit des souverains et de Tindépendancedes nations.

Durant dix années, Napoléon alla de victoire en victoire, à Milan, à Vienne, à Berlin, à Madrid, à Lisbopne; et toujours l'insaisissable ennemi échappait. Il eut la folle pensée d^aller encore jusqu'à Moscou , quand ses meilleurs soldats étaient au fond de TEspagne et que le sol allemand sourdement miné, tremblait déjà sous ses pas. Au retour, Thiver tua la grande armée ; alors les peuples que nous foulions se soulevèrent et, en France, les libéraux refusèrent leur concours. Le colosse tomba; dans sa chute, il semblait entraîner la patrie elle-même. Elle lui a pourtant pardonné, car elle lui doit une gloire incomparable.

Des victoires gagnées par la supériorité du génie et non par celle du nombre, d'immenses travaux accomplis, Findustrie éveillée, Fagriculture encouragée par la sécurité donnée aux acquéreurs des biens nationaux, une administration éclairée, vigilante et rapide, Tunité du pays consolidci» et sa grandeur dépassant tous les rêves, voilà ce qui plaidera toujours pour lui dans la postérité et au cœur de la France.

D'ailleurs, malgré sa cour de rois, sa noblesse, et, à certains égards, malgré lui-même, Napoléon resta, pour nous. le représentant, et, pour l'Europe, le soldat-armé de la révolution. Il en conserva les institutions civiles, c grand résultat social, disait-il, pour lequel il avait valu la peine de souffrir ce qu'on avait souffert » et qui devaient ramener un jour la liberté écartée par lui de sa route. Il en porta même l'esprit partout où il arrêta ses armées. En couronnant des parvenus, en forçant des rois de vieille souche , des empereurs, à devenir les courtisans de sa fortune roturière, il détruisit le vieux prestij^e de la royaiilé de droit divin.

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L'Espagne, Tltalie, rAllemagne, sortirent firémissantes de ses mains ; et pour le renverser les rois furent contraints de proclamer les droits des peuples. Lui-même reconnut toujours sa véritable origine aux grands moments de sa destinée. « On veut, disait-il un jour, au sujet d*un attentat des royalistes, on veut détruire la révolution en s'attaquant à ma personne; je la défendrai, car je suis, moi, la révolulion. » Au milieu des splendeurs inouïes de Dresde et d'Erfurt,les rois, les princes, Tentendirent, surpris et embarrassés, raconter ses souvenirs de sous-lieutenant d'artillerie ; et, lorsqu'en 18U les députés, se trompant d'heure, marchandaient r&utorité à celui qui seul pouvait sauver la France, iî invoquait encore pour lui le droit de représenter le peuple, c'est-à-dire de le défendre. Aussi, conduit par son instinct, le peuple ne s'y trompa jamais : lui qui avait payé (le son sacng toutes les victoires de l'Empereur, il aimait, il regretta Napoléon.

Cependant ce puissant homme de guerre et d^administralion qui restera la plus grande figure de l'histoire militaire a laissé la France plus petite qu'il ne l'avait reçue, épuisée de sang et d'or, privée de dix-huit départements que la république lui avait donnés et qu'elle possédait encore le 18 brumaire, à l'abri des victoires de Zurich et de Bergen. Les Taules du politique avaient perdu le général invincible. Aussi se demandera-t-on si la France n'a point payé trop cher cette puissance éphémère? Et peut-être, dans cette épopée merveilleuse et terrible, l'histoire trouvera-t-elle un des plus mémorables exemples de l'expiation qui suit toujours les frrandes fautes. Les désastres firent alors deux victimes; mais il y avait aussi deux coupables : l'Empereur et la France : l'un qui, à dix ans de la révolution, refaisait sous des formes nouvelles l'ancien régime, et qui s'était précipité dans l'abîme pour n'avoir voulu mettre de frein ni à son ambition ni à son génie; l'autre, qui avait méri^ ses malheurs en se jetant, cumme une enfant éperdue, dans les bras d'un jeune et glorieux général, et qui, pour échapper à l'ennui de se ^'ouverner elle-même, avait laissé relever ce qu'elle venait d'abattre. Nos pères ont leur part de responsabilité dans les malheurs de la patrie, car, en donnant à Napoléon la toutepuissance, ils lui ont aussi donné la dangereuse ivresse du pouvoir absolu.

(;!:*2 LA PREMlGRE RESTAURATION

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