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LA PREMIÈRE RESTAURATION ET LES GENT-JOURS

lift première Bestauration (G aTril 1814^86 maïf

1815). — Pendant que le grand exilé traversait la France, exposé à une tentative d^assassinat et dans le Midi, à des insultes, Talleyrand, le vrai chef du gouTemement provisoire, signait le 23 avril, une convention désastreuse qui réduisait la France à ses frontières du 1» janvier 1792, et livrait aux alliés 58 places fortes, 12 000 bouches à feu, 30 vaisseaux et 12 frégates*.

Le jour même où Napoléon sortait de Fontainebleau, Louis XVIII quittait sa résidence de Hartwell, près de Londres et, le 2k avril, il débarquait à Calais. Le mot prêté au comte d'Artois : « Messieurs, il n'y a en France qu'un Français de plus, 1 aurait dû être celui de tous les Bourbons; car il fallait à tout prix attirer quelque popularité sur ces princes (iepuis vingt-quatre ans étrangers au pays, qui devaient leur fortune à nos désastres et tenaient leur pouvoir de nos ennemis. Mais le nouveau monarque qui s'intitulait c roi par la grâce de Dieu » çans faire mention de la volonté nationale, qui déchirait le drapeau tricolore pour le remplacer par le drapeau blanc que nos soldats ne connaissaient plus ; qui enfin datait son avènement de la mort de son neveu Louis XVII, et appelait 18U la dix-neuvième année de son règne, était peu disposé à faire des conoessions. L'empereur Alexandre n^aimaût pas les Bourbons, et comprenait alors que les révolutions de la France ne seraient finies, la paix de l'Europe assurée, que

1. Histoires des deux Restaurations, par M. deYsnilaheUe; Histoire de la campagne de Waterloo, car le colonel Charras (1857); id., par Edg. Qoinet (1862); Histoire de la Restauration, par M. de Viel-Castel. M. de Lamartine et M. A. Nettement ont aussi écrit l'histoire de cette époqae; Histoire du gouvernement parlementaire en France, par M. Duvergier de Hauranne.

3. La valeur du matériel abandonné dépassait 1 milliard et demi.

Et LES CENT-JOURS (1814-1815). 653

par des institutions libérales et fortes qui rendissent le retour de Tancien régime impossible. Il soutint les propositions constitutionnelles rédigées par M. de Talleyrand et une commission de sénateurs et de députés. Le roi fut obligé de faire, le 2 mai, avant d'entrer dans Paris, la déclaration de Saint-Ouen, qui promettait un gouvernement représentatif et le maintien des premières conquêtes de la révolution. Cette déclaration fut remplacée par la Charte constitutionnelle, arrêtée le 27 mai et octroyée le 4 juin. En voici les principes :

Une royauté héréditaire ;

Deux chambres : Tune élue, Tautre, celle des pairs, composée par le roi ; toutes deux ayant le vote do Timpôt el la discussion des lois ;

La liberté publique et individuelle, la liberté de la presse et des cultes;

L'inviolabilité des propriétés, même celle des biens nationaux vendus;

La responsabilité des ministres ;

L'inamovibilité des juges;

La garantie do la dette publique ; le maintien des pen^ sions, grades, honneurs militaires de l'ancienne et de la nouvelle noblesse et celui de la Légion d'honneur, dont la croix portera l'effigie de Henri IV, au lieu de celle de Napoléon;

La libre admissibilité de tous les Français à tous les emplois civils et militaires ;

Le maintien des grandes institutions de l'Empire : le Conseil (PÊtat, la Cour de cassation, la Cour des comptes, l'Université.

L'empereur Alexandre n'avait pas voulu s'éloigner que Pacte constitutionnel ne fût rédigé. Quand il le sut adopté, lui et ses alliés signèrent la paix, sur les bases acceptées par Talleyrand le 23 avril, et l'évacuation de la France par les troupes ennemies commença (30 mai).

La Charte satisfaisait la classe moyenne. Puisque l'Empire était tombé, on se consolait de la gloire et de la puissance peniues par l'espoir d'avoir au moins trouvé du repos et de la liberté ; mais avec les Bourbons étaient revenus les émigrés, .|ui menacèrent les intérêts nouveaux créés parla révolution. On inquiéta les possesseurs de biens nationaux; on ne respecta ni la liberté des cultes, ni la tolérance religieuse; on prit pour ministre de la guerre le général Dupont, dont le

nom se rattachait à notre premier revers, la capitulation de Baylen; on rendit des honneurs publics à la mémoire de Georges Cadoudal et de Moreau, notoirement coupables, Tun d'une tentative d'assassinat, Tautre de trahison. Le roi signait ses ordonnances de la vieille formule de Louis XIV : « Car tel est notre bon plaisir. » Les grades, les honneurs étaient prodigués aux émigrés, tandis que 14000 officiersi qui avaient gagné leurs épaulettes en face de Pennemi, étaient renvoyés en demi-solde. Les soldats de Tarmée de Gondé, des hommes même qui n'avaient janiais porté Tépée, devenaient généraux. Les officiers de marine rentraient avec le grade immédiatement supérieur à celui qu'ils avaient le jour de rémigration ; ceux qui avaient servi sur la flotte britannique conservaient le rang que l'amirauté anglaise leur avait donné. Les campagnes de guerre faites contre la France leur comptaient pour la retraite (ordonnance du 25 mai). En dix mois, le gouvernement de Louis XVIII s'était usé.

Beiour de l'tle d'Elbe (20 mars 1816). — Cependant de l'île d'Elbe Napoléon écoutait tous les bruits qui lui arrivaient de France. 11 voyait les Bourbons accumuler les fautes, et leur impopularité grandir. Menacé d'être enlevé dans son île pour être jeté sur quelque rocher plus solitaire, il préféra tenter encore une fois la fortune. Il s'embarque avec viuelques centaines d'hommes et aborde au golfe Juan*^ près de Cannes, dans le département du Var (1» mars), c Français, dit-il dans une proclamation, élevé au trône par votre choix, tout ce qui a été fait sans vous est illégitime. Soldats, tous ceux que nous avons vus depuis vingt-cinq ans parcourir TEurope pour nous susciter des ennemis, qui ont passé leur vie à combattre contre nous dans les rangs des armées étrangères, prétendraient-ils enchaîner nos aigles. Vener '^ous ranger sous les drapeaux de votre chef; son existence ne se compose que de la vôtre ; ses droits ne sont que ceux du peuple et les vôtres ; son intérêt, son honneur et sa gloire ne sont autres que votre intérêt, votre honneur et votre gloire. La victoire marchera au pas de charge, l'aigle avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu'aux tours Notre-Dame. »

De Cannes à Grenoble, la petite troupe ne rencontra pas un obstacle, c Citoyens, disait l'Empereur aux paysans, je

1. Ln pelit monument indique la plice où Napoléon passa la nuil.

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