ET LES CENT-JOURS
un pays sans route qui les mènerait dans les Flandres, loin des Prussiens et loin d'Anvers, leur base d'opérations. Wellington, en effet, porte Télite de ses troupes à la défense de ( loumont, et une lutte affreuse s'y engage quatre heures durant ; la position reste aux Anglais.
Fendant cette fausse attaque, Napoléon réunissait une puissante batterie de 78 pièces et dirigeait un feu épouvantable sur le Mont-Saint-Jean, puis lançait Ney sur la Haie- Sainte, hameau qui s'élève au pied du coteau. Ce mouvement réussit d'abord. La grosse artillerie du maréchal Gt d'affreux ravages dans les rangs anglais. L'ennemi même s'ébranla un moment, quelques-uns s'enfuûrent ; il fallut que Wellington courût à eux pour les ramener au combat. A ce moment, Ney veut profiter de la panique qu'il découvre sur certains points de l'armée anglaise. Il enlève.une partie de ses pièces I)()ur les porter sur les positions mêmes de l'ennemi, qui, le feu cessant, raffermit ses lignes. Il y avait un ravin à tra* verser, les lourdes pièces de douze s'y engagent et gravissent avec [)eino la pente opposée; un régiment accourt pour les protéger; mais avant qu'il ait le temps de se former, Wellington lance deux régiments de dragons à fond de train <lans lo vallon. Ils coupent les traits, tuent les chevaux, sabrent les artilleurs. Ils furent à leur tour chargés et sabrés [ m r la cavalerie française; mais un fâcheux désordre avait «'•t«': produit.
< if'pondant Ney, qui avance toujours, aborde enfin la Haie- Sailli*: et s'en empare. Le désordre se met une seconde fois 'lans Tainiéo anglaise; les fuyards portent jusqu'à Bruxelles I" bruit de la défaite de Wellington. Pour changer ce désor- <ii« (D iliTontc, Napoléon allait lancer la garde. Soudain le (Muoii frronde derrière nos lignes, c Est-ce Grouchy ? » criel-ori (!<» toutes parts.
Criait Bulow qui débouchait sur la droite de l'armée franraise avec 30000 Prussiens venus par Wavres quand on !«' rr>)>ail vers Namur, et qui envoyait ses boulets jusqu'au pied (lu tertre où se tenait Napoléon. L'Empereur est forcé (le d i ri ^'or contre lui le corps de Lobau et la garde qu'il destinait à <'>ut<riirNey. Wellington areconnulesecours promis; il prend 1 nilVrisive du côté de la Haie-Sainte, mais notre infanterie r« l'ousse ses colonnes, nos cuirassiers les sabrent, franchis-
:t un t'ilus rapide et arrivent jusqu*au centre de la posi- :i il \v\:\\\ n A cette vue, Ney ne peut résister à Tardcur
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des siens. Toute notre cavalerie s'ébranle, même la réserve gravit le plateau fatal et va hacher la cavalerie ennemie. Celle-ci, se repliant à droite et à gauche, démasque 20 pièces de canon qui vomissent la mort, et toute Tinfanterie de Wellington formée en carrés. Nos cavaliers s'élancent sur les lignes anglaises ; onze fois ils les chargent et les sabrent; plusieurs sont rompues, mais se reforment. Si notre infanterie de réserve eût été alors disponible, c'en était fait de Tarmée anglaise ; malheureusement cette infanterie était avec Lobau pour contenir Bulow. A sept heures, nos cavaliers sont rejetés du plateau; ils y étaient restés deux heures.
A ce moment, Napoléon peut-former une colonne de quatre bataillons de la garde ; mais il est trop tard : l'artillerie anglaise a reparu sur la crête du plateau et bat la colonne en brèche à coups de canon. Les Français s'avancent calmes, Parme au bras, sans tirer un seul coup. Deux fois l'artillerie anglaise tonne, deux fois les rangs se reforment, et la coionne continue sa marche. A la troisième seulement elle se replie : deux bataillons avaient été entièrement détruits par la mitraille. Napoléon alors appelle à lui les troupes qui occupent Goumont, les joint à celles de Ney, les enflamme par quelques paroles, et ordonne une attaque générale. Il était huit heures du soir. Nos soldats abordent l'ennemi avec un élan admirable : plusieurs carrés anglais sont entamés, anéantis. Wellington était au plus épais du feu. < Qu'ordonnezvous? lui demanda-t-on. — Rien. — Mais vous pouvez être tué, et il est important que celui qui vous remplacera connaisse votre pensée. — Ma pensée ! je n'en ai pas d'autre que de tenir ici tant que je pourrai, i Si Wellington ne fut pas ce jour-là un grand tacticien, il mérita du moins son surnom de VIron duke, le duc de fer.
Tout à coup une vive canonnade éclate à l'extrême droite de notre armée, « C'est Grouchy ! » s'écrient encore les soldats ; « ce ne peut être que Grouchy, » pense Napoléon. C'était un troisième ennemi, c'était Bliicher qui, à la tête de 36 000 Prussiens, débouchait après Bulow dans notre flanc droit. Alors nos soldats se croient trahis. Quelques-uns poussent le cri de : c Sauve qui peut ! et la dernière armée de la France, pressée de front par ce qui restait des 90000 hommes de Wellington, à droite par les 66000 Prussiens de Bliicher et de Bulow, tourbillonne sur elle-même,
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les rangs se mêlent, et bientôt il n*y a plus plus qu*une horrible confusion.
Napoléon, désespéré, tire son épée pour s^élancer au milieu des ennemis; il veut périr avec sa fortune; ses généraux Tentourent et Tentralnent sur la route de Genappe. .\ey, les habits troués de balles, criait aux fuyards : « Arrêtez : suivez-moi, que je vous montre comment meurt un maréchal de France! > Mais, excepté dans cet héroïque sollat, qui devait mourir autrement, les forces humaines étaient épuisées.
11 est plus de neuf heures; la nuit est descendue sur ce terrible champ de bataille,eton lutte encore. La rieille garde forme six carrés, cinq sont successivement détruits par un ennemi trente fois plus nombreux; un seul reste quelque temps encore debout, c^est celui de Cambronne à la hauteur de la maison d'Ecosse. Ces braraa refusent de mettre bas les armes; leur chef répond à une sommation par une énergique parole qui est doTann le mot fameux : « La garde meurt et ne se rend pas, » et, seuls contre toute Parmée ennemie, ils la chargent à ta baïonnette, pour donner à leur chef aimé le temps d'échapper. Lenr sacriflce réussit, et leur a valu une gloire immortelle.
D'autres bataillons de la garde, avec Lobau, arrêtèrent devant Planchenoit la moitié de Tarmée prussienne durant une heure et demie, jusqu^à ce que nmmènse cohue abritée par l(*ur sacriflce se fût écoulée sur la route de Charleroi. Lobau fut pris et subit d'indignes outrages; Duhesme fût peut-être assassiné; d'autres furent égorgés en rendant leurs armes. ()<ii(.Mises et lâches vengeances des Prussiens que n'excusent pas le ressentiment de longs revers et l'orgie d'une victoire inespérée.
La bataille de Waterloo avait duré dix heures : « une jour^ née 'le créants, i qui nous coûta 30000 hommes tués, blessés nu pris, et 22 000 aux vainqueurs. 7S000 Français y avaient lutt(^. contre 115 000 ennemis, et virent deux fois la victoire "HN'rliapfifT (le leurs mains.
Teiif^ fut cette campagne de quatre jours.
Sans les retards du 15 et les désertions qui donnèrent rrvf>il à Blûcher, les alliés éprouvaient un irremédiable il«*sastrft.
Si, le 16, le corps de d'Erlon avait pu agir, les Prussiens ^(airnt i^ciai's ï Ligny, ou les Anglais aux Quatre-Bras.
QbD LA PREMIERE AESTAUHATION
Si Grouchy avait empêché les Prussiens de se réunir, Is 18, à Wellington, les Anglais étaient écrasés à Waterloo.
Seconde abdlMtioB d« l'Eiapentar (83 Jnlii ISIB). — L& retraite fut désastreuse comme celle de Leipzig et de Moscou ; rien n'avait été préparé pour un revers .- tout le matériel fut perdu. De Laon ou l'armée commença h se rallier, Napoléon partit pour Paris. Il entra dans la capitale à minuit, et s'établit à l'Elysée. 11 comptait sur le patriotisme des
Chambres.! Qu'on me seconde, disait-il, et nen n'est perdu.» Mais Fouché, ministre de la police, fit courir le bruit que l'Empereur méditait un 18 brumaire, et la Chambre des représentants, sur la motion de la Fayette, proclama la patrie en danger, appela la garde nationale à sa défense, et déclara coupable de trahison quiconque Isnterait de la dissoudre.
Napoléon, stupéfait de cette attaque, essaya de rassurer les députés et fit appel à la concorde. < Je ne vois qu'un homme entre la paix et nous, dit la Fayette, nous avons assez fait pour lui : notre devoir est de sauver la pairie. « Un message fut envoyé à l'Empereur pour lui demander son abdication. Napoléon s'y résigna. « Français, dit-il, je m'offre en sacri-
BT LES CENT-JOUnS (1814-1815).
lice à la haine des ennemis de Is France; ma vie politique est terminée : je proclame mon fils, Napoléon II, Empereur lius Français. •
L'assemblée accepta cette déclaration, sans toutefois pro- . noncer le nom de Napoléon 11 qui était dora entre les mains d&i Autrichiens. On nomma un gouvernement provisoire, et une commission spéciale fut chargée de négocier avec les ïlliés. Mais ceux-ci refusèrent toute oBn de paîx. Wellington et Blûcher marchaient précipitamment sur Paris. Cette
L'KlJTM* ^Jui).
P'iinte élail fort imprudente : les débris de Waterloo, le . orps intact de Grouchy s'étaient concentrés prés de la capî- L.ije, où, rejoints par de nombreux renforts, ils formaient ..nu armée de 100000 homme». Plus de 60 000 gardes natioi.aii\ et ouvriers défendaient la ville, qu'on avait fortifiée du ■ .'ité du nord. L'armée ennemie M trouvait moins nom- . ri-iise que la nAtre; mais le président du gouvernement I r,,¥i.i,i[-B, Fouché, voulait p<Htsr au trône la branche ca- . ito a,s Bourbons, ou, s'il n'y pouvait réussir, revenir à la
< ' ..u< I Nn[.uléon oITril de se mettre à la tète des troupes :n ni.nttanl combien il était belle d'écruer an moins os
668 LA PREMIERE RESTAURATION î
premier ennemi, non-seulement Fouché répondit par un refus, mais il força TEnipereur à quitter la Malmaison où il s'était retiré *.
lialnte-nélène. — Menacé d'être livré à Pennemî, Napoléon partit pour Rochefort, pensant chercher un asile aux États-Unis. Mais tous les passages étaient gardés; après de longues incertitudes, il se rendit à bord du vaisseau anglais le Bellérophon, et écrivit au régent d'Angleterre cette lettre admirable : c Altesse Royale, en butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des grandes puissances de l'Europe, j'ai terminé ma carrière politique, et je viens, comme Thémistocle, m'asseoir au foyer du peuple britanniqae. Je me mets sous la protection de ses lois, que je rôclame de Votre Altesse Royale, comme as. plus puissant, du plus constant et du plus généreux de moft ennemis. » Le ^uvernement anglais traita en prisonnier de guerre Thoinme qui venait si noblement réclamer son hospitalité, L'Empereur fiit conduit dans Tîle Sainte-Hélène, au milieu de l'Atlantique, sous un ciel brûlant, à 500 lieues de toute terre. En TOiyant disparaître la côte de France du pont du Bellérophon^ il s'écria : c Adieu, terre des braves! adieu, chère France! Qudques traîtres de moins, et tu serais encore la grande nation/ la maîtresse du monde !» Cri de douleur, non de justice, car les défaillances de la dernière heure avaient été sans importance sur sa destinée, et nos malheurs ne venaient pas de la trahison, mais de ses fautes.
Comme si ce n'était pas assez d'un climat meurtrier et des douleurs de la solitude et de l'inaction, pour le génie ardent qui, durant quinze années, avait étonné le monde, le ministère anglais sembla prendre à tâche do tuer lentement, à force d'outrages, l'immortel captif. Napoléon endura ces tortures avec calme et dignité. Il ne songea qu'à la postérité, et il occupa les mornes loisirs de sa prison à dicter l'histoire de ses campagnes. Après six années, qui furent six années de souffrances morales et de privations matérielles, il mourut à Longwood, le 5 mai 1821, à quatre heures du matin, enveloppé dans son manteau de bataille, tandis qu'un ouragan des tropiques déchaînait sa fureur sur l'île et y déracinait quelques-uns des plus grands arbres « comme si l'esprit des orages, porté sur les ailes du vent, courait apprendre au
1 Joséuhine avait acheté la MalinaisoD on 1793.