‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 100 sur 103 · CHAPITRE XLIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIL

Ija BenatMance. — Le moyen âge se mourait. L^Étit avait déjà revêtu une forme nouvelle, et de celle qui rarail longtemps enveloppé il ne subsistait que des débris. Les esprits, retenus encore dans les mille liens de l'idée ancienne, faisaient effort pour les briser. Les rois avaient mené la première guerre; tout le monde, poètes, artistes, docteurs, menaient la seconde, mais sans règle, à Taventure, et, dans cette liberté même, d'autant plus héroïques ou plus charmants.

Cette révolte contre les vieilles dominations a reçu son vrai nom, la Renaissance. C'est le réveil radieux de la raison humaine, le printemps de Tesprit. Après un rude et long hiver, voici la terre qui se ranime au soleil du renouveau. Une sève généreuse circule dans son sein ; elle se pare d'une végétation capricieuse, mais féconde, qui recouvre et cache le vieux sol, en s'appuyant sur lui, comme ces plantes vigoureuses qui, nées au pied d'un chêne antique, l'embrassent et le tuent sous l'étreinte de leurs rameaux plus jeunes. Tout est renouvelé, arts, science, philosophie, et le monde, arrêté pendant deux siècles dans les bas-fonds qu'il a trouvés au bout de sa route à travers le moyen âge, se remet en marche pour remonter dans la lumière et l'air plus pur. < 0 siècle! s'écrie Ulrich de Hutten, les lettres fleurissent, les esprits se réveillent : c'est une joie de vivre 1 » Les moins philosophes ont Je sentiment de cette renaissance de l'esprit. « Le monde rit au monde, dit Marot; aussi est-il en sa jeunesse. > . Un caractère particulier à cette révolution, qui fait du seizième siècle un des grands siècles de l'histoire, c'est que les hommes de cet âge regardent plus dans le passé que dans l'avenir. Ils ne croient pas encore à eux-mêmes, comme feront leurs arrière-neveux. S'ils quittent les maîtres qu'ils suivaient naguère, c'est pour se mettre à l'école de maîtres plus

anciens. Mais ce pas en arrière étaîi aussi aaiMMrÎQ wmi. Car aller à l^antiquiUi é'était retourner dans les ettôséâ ku^ mainesi aU beau, au Yrai, à Tindépendatice de l^eëtiTili à tiê , rationalisme enfin, c|Ui, après avoir éiô la loi de l oiTiÙsa* ; tion gréoo-latine, allait devenir celle des sociétés ffiodetHesT '

I^a MMIlliasiliiètf natta l«s »ria. — Quand les Francs v (lassèrent les montai l^ltalie était dans Tenfantemetii d'un lu*t nouveau i Tangle dfoit ou Parcade, le dôme, les ookmnes fortes et pleines, les ornements discrets d'ori|(ine greoque et romaine^ mêlés à oeui qu'une fantaisie réglée parle goût aavait ti*ouver\ remplaçaient dans les monuments religieux et oivils, Tangle aigu^ Togive, les légères eolonnettes, et la {irodigue ornementation du dernier flge du stjrle ogival. Les statues ne restaient plus enchâssées dans les niches des églises, étouffées sous lès lourdes et roides broderies des saints; le sculpteur travaillait à Tair libfe^ traitait tous les sujets, étudiait le nu, aurtout étudiait Tantique, dont chaque jour on découvrait les chefs-d'œuvre* Le peintre trouvait sur la palette récemment enrichie, une beauté de coloris, une variété de tons qui communiquait la tie à tous les détails et au fini du dessin^ Miohel-Ange, en un mot, achevait le dôme de 8ain^Pierre, commencé par Bramante, taillait sa grande statue de Moïse, ou peignait sa formidable page du JugemeiU detniif} et Haphaël, l'artiste favori de Léon t, donnait TS^ sole d*Aihétië$f la Dispute du $aint êaerement^ et ses divines madones^

La Fraude était bien loin de là pour la peinture, car elle n^avait à montrer que de beaux vitraux, et à prêter à Fétran-

Sir que d'habiles verriers, comme Claude et Guillaume de arseille,- mii avaient été appelés par Jules U pour faire les Vitraux du Vatican, ces merveilles tombées du ciel, ainsi que Vasari les Appelle.

Mais dans rarchiteôtùre^ dans là sculpture, elle était d^ellemême entrée danâ les voies noutelles. Roger Ango, le fMUin des oui}tagëà de Rouen ^ n'avait pà£f attendu que Louis Xlt ramenât d'Italie PtA Giocondo, pour commencer le pidais de justice de la capitale de la Normandie, un des ehefs-d'oBuvre de rart monumental en France* b'àutres achevaient à Paris ta chapelle de l'hôtel de Cluriy et l'hôtel de la îrémouille, doni tes derniers débris ornent l'ËCole des beaux-arts; élevaient, à Sàirit-Quentin, à î)reux,à Nevers, de curieuses maisons de ville; h Blois, la façade orientale du château; à Toulouse,

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ITiôlel d'Assezat; à Angers, Thôtel d'Anjou. La sculpture, qui, dès le milieu du dernier siècle, avait su décorer si bien ]a maison de Jacques Cœur, à Bourges, ne restait pas en arrière de sa sœur aînée ; témoin les tombeaux de Georges d^Amboise à Rouen, celui de François II, duc de Bretagne à Nantes, dd au ciseau de Michel Colombe. J'ai déjà parlé de Gaillon.

Ainsi un art tout français se formait, qui gardait du passé ce qui va si bien à notre climat, les grands combles, toute cette décoration du sommet de Tédifice que les monuments à toit plat ne comportent pas, les tourelles gracieusement suspendues aux angles, Tarcade surbaissée, ce qui permettait de varier Touverture de Tare et les tours qui rompaient heureusement Tuniformité des lignes. Que lui manquait-il pour être la renaissance? Un peu plus de légèreté, de grâce et de richesse, un peu plus de science, anatomique et architecturale, et surtout, ce qui fut un des signes de ce temps où rhomme retrouva la liberté de son esprit, je veux dire le caprice contenu, la fantaisie réglée, qui vont couvrir les monuments de délicieuses arabesques, guirlandes de fleurs et de feuillages, danses gracieuses d'êtres fantastiques ou réels qui courent dans les entre-colonnements, descendent du fronton ou se replient en formes élégantes le long des arceaux.

La France ne doit donc pas tout à François I«', comme Taffirme BenvenutoCellini, qui avait intérêt à faire croire qu'avant l'arrivée des artistes italiens, il n'y avait que barbarie en France; mais il dit vrai lorsqu'il ajoute que les talents reçurent de François I*' une libérale et puissante protection. L'Italie de Raphaël et de Michel-Ange avait beaucoup à nous apprendre, et François !«' lui emprunta à la fois des maîtres et des modèles. 11 acheta en Italie ou reçut en dons plus de cent statues, parmi lesquelles les deux Esclaves de Michel- Ange, destinées au tombeau de Jules II, et les moulages du Laocoon, qu'on venait de retrouver,*de la Véniks de Médias, de V Ariane, etc. Il acquit de Léonard de Vinci la Joconde; de Raphaël, le portrait de Jeanne d^Aragony le Saint Michel et la Sainte Famille, qui sont encore les plus précieux ornements de notre musée. Il attira, par ses égards, par son amitié, autant que par ses faveurs, les maîtres les plus distingués de l'Italie, et parmi eux le vieux Léonard de Vinci, le Rosso, le Primatice, André del Sarto, Benvenuto Cellini, pour lui bâ- '^r des châteaux ou décorer ses palais, pour exciter l'émula-

tion de nos artistes ou inspirer ceux qui allaient être llioo^ neur de récole française.

iiettM«ii«, r— La vue des somptueux palais et des éUgantes Tilias de Tltalie avait comme révélé et fait sentir atlx ¥r$th çaii la froid glacial et la nudité des sombres et triste Vifrnoirs qu*habitaient leurs pères. Une société nouvelle •§ formait. A eeite cour brillante de grands seigneurs et de Jeunes dames, de poètes et d'artistes, il fallait des demeures nouvel- )aa» François h' les lui donpa. Il fit bâtir dan» eotto moUe vallée de la Loire, séjour favori des Valois, la menreille de Ëon règne, le château de Cbambord et celui d'As^-le-Rideau'; il y commença Chenonceaux ; il y acheva Aoiboise.

Fontainebleau s'éleva au fond de la plus belle forêt de Fraiiee,au lieu où Louis Vil, Philippe Auguste et aatttt Louis avalent déjà un manoir, que Louis XI aussi habita*. Les grands travaux commencèrent vers lôS8 : les bâtiments de la eour du Cheval-Blanc portent les traces de TinOuence des artistes italiens. Fontainebleau était déjà, du temps de Franco!» I***, et est devenu davantage, un pèle-mèle de constructions de tous les genres et de toutes lea époques, un rendes-^TOus de palais, comme on Ta appelé. Lag entablements

t. Aia/-lo-Rideau, h moitié ehemin de Tours & Chiaon, est b&ti sur piletii dans une lie de lindre. Sa façade, du plus dôlioieui effet, est forniée de trois ordres d'architecture et couronnée par uii frontoii où se lisent les Initiales de François et de la reine Claude.

9. rontalneblean se troure au milieu d'une vaste forêt, à qui ses riantes vallées et ses sites a^estes, ses sources pures et ses poet décharnés, ses ehênes séculaires et jadis une nombreuse population de bêtes fauves, ont valu un grand renom de pittoresque. Des moines se bâtirent d'abord an asile dans ses solitudes. Louis VII, Philippe Auguste, y aiireot an manoir. Saint Louis a daté plusieurs lettres c de nos déserts de Ponlaipeblean. • U y bâtit la pavillon qui porte encore son nom et que François I» raeoa* sti^isit ep ^ès-grande partie. Philippe le Bel y naquil tt mourut. Char* les V y eemmença une bibliothèijue. Louis Ht y viol souvent, qii^quil préférât Plessis-les-Tours. François V transforma ee vleut cb4lé«S| mais selon ie dernier historien de Fontainebleau, bien plus par lai maiiia d*$T' ohiteetes français que par celles des artistes italiens qu'il appela. Altdri de! SartOt la Aosso et le Primatice étaient surtout peintres. 8eiii9t qui étsit architecte, a peu fait, d'après son propre témoignage, pour laî eoa* Rtruetions du ehaieau, si ee n'est la façade méridionale de la eoaf «a Che* val-Blana et probablement la façade de la cour des Pontain<Ni« U ll*f a peint de preuve que Vignole y ait travaillé. Henri il, Henri IV« Qofiiiniièrent les travaua de François I#r. Louis Xli) y eenstruisit la fUBtng esealier df la cour du Cheval-Blane, l^ouis XIV négligea FontalnJiEfaail peur Versailles} Hapoléon y dépensa ts miUiona an restftHratisiia, qai fqreal «ontinnéee et eamplétées par Louis Philippe. La salle des fêtes à 26 mètres de longueur sur 9 de largeur; la Galerie de François I", moins large, est beaucoup plus longue, 64 mètres. » • o i

et les fenêtres du treizième et du quatorzième siècle s'y dessinent au milieu de colonnes toscanes et sous des frontons grecs. Le dôme y plane au-dessus de petites tourelles que flanquent de longues galeries en arcades. Les sculptures gracieuses et les statues païennes de la Renaissance y sourient à côté des omemenls bizarres et des figures grimaçantes du moyen Age.

A rintérieur une des plus riches décorations est celle de (a

Fonlainebleau. Intérieur de la galerie de François i"*.

galerie de François I<*, que peignit le Rosso, et où Benvenuto Cellini avait exposé son Jupiter en argent.

Une autre galerie, celle des fêtes ou de Henri II, que le Primatice avait peinte, a dû être presque entièrement refaite dans ces derniers temps.

Ghambord a plus d'unité et est de création toute française. C'est un architecte de Blois, Pierre Nepveu, et non Vignole ni le Primatice, qui construisit dans la Sologne ce merveilleux édifice, dont Pélégante majesté frappe d'étonnement

I^ RBNAISSANCB 80ÛS FRANÇOIS i** £T HENRI 11. 705

qnand on le découvre d*une des grandes allées qui traversent rimmense parc au milieu duquel il s'élëye. Deux rangées de galeries en arcades forment sa façade, et par Tair et la lumière qu'elles laissent circuler, allègent le donjon qui est flanqué de quatre grosses tourelles comme au siècle précédent. A l'intérieur le grand escalier, véritable chef-d'œuvre, est couronné d'une élégante coupole ou belvédère, qui domine une forêt de dômes et de campanile*? dispersés sur les différents points du

Galerie d'Henri n (salie des Fêtes;.

château. Les F gravés sur les arcs-boutants, avec des salamandres au milieu des flammes, et les traits de la duchesse d'Étampes et de la comtesse de Châteaubriant qu'on reconnaît dans les figures des cariatides, parlent encore, au milieu d'un dénûment complet, des premiers hôtes qui y faisaient leur séjour.

Après Chambord, on peut citer Chenonceaux, construction plus petite et plus discrète, mais délicieuse ; le vaste château d'Ussé ; Saint-Germain, construction plus sévère et d'aspect militaire; Madrid, au bois de Boulogne, où se retrouvaient jusqu'à des souvenirs de Tarchitecture arabe ; FolembraVi près de Laon, que les Impériaux brûlèrent;*Vil-

tM LA tlBHAlSSAMCâ ddUS MlANÇOlS l^ £T fiS^M

leA^CkHUrtts, qui, apiè» atoîr abrité hi odur él^&nle ist joyeuse de François 1% sertd'asitoàiayieiUesse^titlattlBère; enfin les nembretoc ohAteaux (^e le» graodt, à Pexempto des n>iB,éleTaient à la place de leurs donjons. Ainsi Dupratèitissait sa fastueuse demeure de NantouiUet;Semblançay, le château du nkôme nom près de Toura; Montmorency, ceux d^É-

AncieQ ch&teau de Madrid*.

couen et de Chantilly *. G*est à Écouen que Jean Bullant fit, avec des éléments d'emprunt, une œuvre originale et exquise qui maugura la seconde |>ériode de la Renais-

1. Le châ.teau de Madrid, au bois de Boulogne, bâti en 1538 et détruit en 1793, rappelait dans son arcfhitecture extérieure, quelques piorties de 1 ornementation de l'Alcazar de Séyille et VAlhambra de Grenade. On Yovait sûr les façades des pièces de faïence émaillôes en relief et de couleurs étincelantes faites par Della Robbia.

2. L'ambassadeur vénitien Lippomano, qui 8*émerveiUe de tant de «oa- Blructions splendides, cite encore les châteaux de Noisy, au maréchal de Retz ; de Vemeuil, an duc de Nemours ; de Meudon, an cardinal de B«l^ bon, €»dove si veggono archi, aquidotti, statue, giardini, paxchi» peschiere, ei lutte quelle commodità in fine che ricercano a edifici regii. » iBelationt t«« ambassadeurs vénitiens^ etc., t. il, p. 490.) ^

LA HENAiSSANGE SOUS FRANÇOIS 1^' ET U£NAI II. 707

saafidJbW(fti9fi» celle où Je? derniers souvenirs du style

Belvédère de Chambord.

t^giral (fi^panôsseal pour laisser place au caprice jouant tTtt ^ l'art antique. T/

Pierre I^eot et le tiontre. — €es châteaux n'ôlaient que des résidences d'été. Des édifices plus grandioses

et plas sévères, destinés à être la demeure officielle de la royaalé, s^élevèrent dans la ca|Htale |>ar la mm d*artisle8 français* Pierre Leseot, oé à Paris ta 1510 , nort en 1511,

sr/'Asm^ja,

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ChAteau de Nantouillet.

donna, en 1541, le plan du Leurre. Quatre pans de murailles énormes, percées à Taventure de petites fenêtres, flanquées de dix tourelles, et au centre une grosse tour servant

712 LA RENAISSANCE SOUS FRANÇOIS l" ET HENRI II.

de prison et de trésor, telle était la demeure de nos anciens rois *. C'est sur les ruines de cet édifice d'un autre âge que s'est élevé peu à peu le palais qui , malgré toutes ses transformations, est encore la plus complète expression de la Renaissance française. Pierre Lescot n'y construisit qu'une partie de la façade, où se trouve le pavillon dit de l'Horloge. A l'extérieur, le rez-de-chaussée avec ses colonnes corinthiennes, le premier étage avec un ordre composite, le §ocond , avec un ordre attlque, sont reliés l'un à l'autre par de belles et gracieuses sculptures de Jean Goujon et de

ChÀtean d'Ëconen.

Paul Ponce, un peu prodiguées peut-être, et fièrement dominés par un pavillon central plein de hardiesse. Tel est le thème que d'autres artistes et d'autres siècles ont développé, et on peut suivre la décadence de l'art monumental en PYance, en étudiant chacune des parties de ce palais. Henri II, Charles IX et Henri IV continuèrent l'aile qui se

1. Le Louvre, probablement ancien rendez- vous de chasse de nos rois, /.«mra n'est mentionné qu'au temps de Philippe Auguste. Saint Louis, pÏ15*^*Î?*.^ ***°* ** ^**® fP**^^* «*« justice), y fit quelques constructions ; lAn 1?!^,^^"^'"®^** ®* François !•' y dépensa beaucoup d'argent. Napoavait kJ»* *®^*^® et a reconstruit laile si disgracieuse que Louis XIV «▼ait bâtie pour continuer la galerie du bord de l'eau.

ri.-. «rfïp^iK'r'iT'i

dirige vers la Seine, et le bâtiment en retour parallèle au fleuve, où la Renaissance déploie toute la gracieuse souplesse de son génie. Mais la majestueuse colonnade de Perrault est déjà froide, avec le soubassement lourd et nu qui la porte; et il suffisait naguère de comparer sur la façade qui regarde la Seine, la moitié de la galerie faite par Louis XIV avec la portion exécutée sous Henri II et Henri IV, pour voir ce que Tart avait perdu. Dans Tune, la pierre vit et parle; dans Pautre, elle était solennelle et morne.

nitllb«ri l^lowmm, ^ Le second de nos grands architectes, Philibert Delorme, avait passé les Alpes, en 153(», pour étudier sur les lieux mêmes les monuments de Pantiquité et les palds de la Renaissance. De retour à Lyon, sa patrie, il y construisait le beau portail de Saint-Nizier, lorsque le cardinal du Bellay Tattira à Paris et le fit connaître à Henri II. Il continua Fontainebleau, donna le plan des châteaux d^Anet, de Meudon, de Saint-Maur et obtint de Catherine de Médicis la charge dHntendantdeses bâtiments. La fille des Médicis avait apporté delà Toscane le goût des lettres et des arts. Philibert Delorme, dans un de ses écrits, la loue a du grandissime plaisir qu'elle prend en Tarchitecture, pourtrayani et esquissant les plans et profils des édifices qu'elle fait élever. » Ce fut par ses ordres qu'il commença, en 156^, le château des Tuileries, dont les communards de 1871 ont fait un monceau do ruines. Le pavillon du milieu, couronné d'une gracieuse coupole et de quatre campaniles, malheureusement remplacés ensuite par un dôme quadrangulaire de l'effet le plus désagréable, les deux galeries contlguës avec leurs portiques en arcades, surmontées de terrasses et se relevant à droite et à gauche, en (^ux pavillons carrés d'ordres ionique et corinthien superposés, étaient l'œuvre de Philibert Delorme. Henri IV avait altéré ce gracieux ensemble en l'allongeant par deux corps de bâtiments, Louis XIII plus encore en bâtissant les lourds pavillons de Flore et de Marsan, qui terminaient le château devenu, avec toutes ces additions, une construction très-longue, mais sans profondeur et fort mal appropriée pour Thabitation. Louis XIV entreprit de réunir l'œuvre de Pierre Lescot et celle de Philibert Delorme, en continuant la grande galerie du Louvre jusqu'aux Tuileries.

L'architecture est, parmi les arts plastiques, l'art par excellence , les autres ne sont que ses serviteurs. Nos grands

LA 'KBWAtSSANCB SOTO FRANÇOIS I* ET HBNBI II. 715

rchitéctes trou? alettt beoreosement ««tour d^eux de grands culpteurs pour interpréter leur pensée et jeter sur les édi- Ices cfn^rlsi élevaient, la riche et légère ornementation que tous ïie saTons phis leur donner. Le tombeau de Louis XII, à )aînt-^Denis, véritable édifice d^une rare élégance , avec ses louze apôtres, les bas-reliefs qui décorent le soubiaseiDent,

Ua 409 pavillons de la coar du Louvre.

les quatre grandes figures placées aux angles, et les deux statues du roi et de la reine sur le couronnement, est peutêtre Touvrage d'artistes italiens» si Jean Juste de Tours était originaire de Florence; mais les cénotaphes de Jacques de Brêzô, de Tamiral de Chabot et de François !•«•, sont bien dus à des mains françaises. Philibert Delorme dessina le plan du dernier, qu'on peut admirer à Saint-Denis. Les bas-

LA RKNAl^iSANCR SOUS FRANÇOIS !" ET HEÎVRl II,

relief» sont û\m Français mconnUi qui a eu pour é\H

Joan floujfirïi notre plus grand sculpteur*

ird PAl1ii«7^ -^ Jc^an Goujon qu'on a appelé le Cor de la sculpture, nnt réunir là science de Tanatoniia dtidseaii, La force à La grâce. Ses couvres Les plus quables sont les cariatides de la salle des gardes au les délicieuses ligures de la fontaine des Innocents, i de Diane chasseresse etpeul/-ètre le tombeau de L,

Salte des CiriiLttâea, m LomtTV^

que sa veuvej Diane de Poitiers, au temps de sa fastnettf*^ douleur^ fit élever dans la cathédrale de Rouen.

Gerniaïn Pilon exécutait, Tannée raêmo de la indïl d^ François ï", quelques-uns u des sainU de Solesmes*. » On dckit ^ son facile ciseau les sculptures du rnnusolAê é Henri tl, A Saint-Denis, dont Philibert Delorme donm '■ dessin, les tombeaux du chancelier Birague et de 0«ill,iiiHi

I, Lfl QélÈbr« jibbA3r« <lft Solpsmeî existe eneora dan» le djèttartem'iMt Jo lAS*rtlia, k qui?lqti«s kiL^niélres de Sablé, Deui cliiit*ellRîj de aijh pg|./ mM snrlout (^m*rqiiaUesiJ3irlïi richeaM dé l«anf scnlptures. «tldémîEtfi4 an «^litcrnp st«cï«, mais OD ne ft«ii à qneia artùtea 1&« »unbtî«f.

La «epullure du Christ dans l'abbaye de Soiesmes.

du Bellay, iniout le groupe des Iroti Oràcn^ taillé dÉM wi eeul bloe de marbre.

Jean Cousin, né à Soucy, près de Sens, en IdOlj fois sculpteur et peintre. Sa statue de Tamirai d« place à côté de Germain Pilon ; mais il fuit, a« Ole, sans rival en France pour les Titraux el la , rhuile. Le Rosso et le Primatice, par ieurs ^emém tioBS du palais de Fontainebleau, cette autre

mOson dite dt Fraiifois I»

Vasari rappelle, avalent popularisé la peinture è lliuile, et f(»*mé un grand nombre d'élèves. Si çut pas directement leurs leçons, il s'in^mt leurs oBuvres. Les vitraux qu'il fit pour Sens, iMl cennes, sont mis au {H'emier rang , surtout la faéfit£ulrqM,dan8 la cathédrale de Sens. Sa

> 1. Construite & Moret par les ordres de François {I*^, et traospoHéa «a ma à Paris, sur le Coors^la-Reine, par les soins d'un partieiiiier,if«|.lA^

reconstruire avec des pierres numérotées; elle avait été décorée par Jean Goujon de frises éléga&tes*

Bernard de Palissy.

720 LA RENAISSANCE SÔUS FRANÇOIS i*' ET HENRI 11.

ment dernier ^ aujourd'hui au musée du Louvre, est une composition pleine de feu et d'originalité qui rappelle Micli< l- Ang(3 par la fierté du dessin, par la science anatomique et U fécondité d'invention '.

Fontaine des InnocenU.

A côté de ces grands noms, il faut une place pour cet héroïque Bernard Palissy, potier de terre, né dans l'Agénois vers 1600, ^ui, après seize ans d'efforts et de ruineuses

1. Oq a malheureusement trop peu de renseignements sur ce grand artiste. Tout ce qu'il est possible de savoir sur lui a été réuni dans deux notices (1851 et l«(i3), par M. Déligand, maire de la ▼illo de Sens.

dépenses, troura, en 1555, le secret de Témail dont on se serrait en Italie, fabriqua des poteries qui sont encore au-

SaiaL-Mlûliel de Dijon K

jourd'hui admirées, et fut, pour la géologie, la précurseur de Bufïon et de Cuvier.

1. L'église Saint-Michel de Dijon fut rebâtie entièrement de 1499 à 15!29, moins les tours, qui ne furent achevées qu'au dix-septième siècle. C'est, dans son plan général, de Tarchitecture ogivale; mais le portail eonstruit par le Dijonnais Hugnee Sambin, élè^e et ami de Michel-Ange,

L'architecture ogivale, vaincue par la Renaissance, se défendit longtemps encore. Il nous reste de curieux monuments de cette lutte et du compromis qu'elle amena. On peut étudier, à S^t-Eustache de Paris et à Saint-Michel de Dijon, ce style hybride qui n'est assurément pas sans élégance ni grandeur,

li» renalsianee dans les lettres. — Au quinzième siècle, les études littéraires se bornaient, sauf pour quelques rares esprits, aux subtilités de la scolastique, enseignées dans un latin barbare. Les sciences, sans méthode, allaient à l'aventure, livrées à de superstitieuses pratiques. La langue française avait de la naïveté, des tours vifs, mais elle manquait d'ampleur, d'élévationi de netteté. L'imagination, le bon sens, la gaieté gauloise, perçaient dans des écrits en vers et en prose ; mais la U'ivialité, la diffusion, le mauvais goût déparaient les meilleurs livres. Heureusement les artistes ne furent pas seuls h> retrouver l'antiquité. Les écrivains allèrent aussi puiser à cette source féconde, et le génie de la France s'y retrempant, acquit cette haute raison^ cette mesure, cette limpide clarté qui lui ont valu l'empire pacifique de l'Europe.

]> Collège de Franee et les Inprlmeiirs royau. — Pour les lettres, pas plus que pour les arts, François I«r ne créa le mouvement qui de lui-même se produisait, mais il y aida. La vieille-Université de Paris, avec sa Faculté de théologie, la Sorbonne, ne pouvait changer d'esprit-et de méthode. Sur le modèle des académies d'Italie, et par le conseil du savant Budé,leroi fonda, en 1530, un établissement tout laïque, le Collège des trois langueM ou Collège de France, L'hébreu, le grec, le latin, la médecine, les mathématiques, la philosophie, tout ce qui était nouveau ou qui se frayait des voies nouvelles y fut enseigné gratuitement. L'hébraïsant Vatable, Thellénista Danès, le mathématicien et Torientaliste Postel, le savant Turnèbe et le disert Lambin, virent accourir à Isurs doctes leçons ces élèves à qui l'Université mesurait si parcimonieusement la science, et qui un moment purent espérer d'y entendre l'homme qui fut, à c^rtai^p égards, le Voltaire de ce siècle,

tout en gardant les innombrables sculptures de T&ge précédent, montre plartout Tare à plein cintre, et, dans les tours, les quatre ordres traditionnels. La reconstruction de Salnt-Bustaohe de Paris oemme»ea en 1S82 et ne fut achevée qu'en 1642. Mansàrd l'aloupdit d\in poriul grec qu%eureusement on ne TOii^ère ; llntériettr est tti^estoèux.

Érasme de Rotterdam. Le roi lui offrit la direction du nouveau collège; il ne Tacoepta pas *.

Un établissement modèle d'imprimerie, riche de caractères pour toutes les langues, et en état d'entreprendre ce qui dépassait les forces de l'industrie particulière, eût été l'appendice nécessaire du Collège de France ; François !•' ne créa pas VImprimerie royale, qui ne date que de Louis XIII, eii 1640, mais il fit graver et fondre, 4'après les belles forineg; des types vénitiens d'Aide Manuce, les caraçtèreg (}e Garamond, qui, par son ordre, les confiait aux imprimeurs les plus distingués, dits imprimeurs royauçp^ ppur servir au^ belles éditions publiées par ces établissements particuliers. Il acheta des manuscrits d'auteurs anciens en Italie, en Grèce, en Asie, afin d'accroître la richesse naissante de la Bibliothèque royale*, et il en fit éditer un grand nombre. Xa famille des E^tjennes acquit une juste célébrité par la beauté et la correction des ouvrages sortis de ses presses.

Érudition. —Danès, Poslel, Dolet, le grand cicéronîen, fiudé, le premier helléniste de l'Europe, Lefèvre d'Élaples et vingt autres éditèrent, avec notes et commentaires, une foule d'ouvrages des deux antiquités, sacrée et profane. Rendons leur place, dans le grand travail de la civilisation du monde, à ces infatigables ouvriers. Ils ont l'air de ne remuer que des débris mutilés, et, pâles fantômes, de ne vivre qu'avec les morts ; mais c'est l'engrais fécond de la sagesse antique qu'ifs recueillent et répandent à pleines mains sur les terres nouvelles. Ce senties tronçons épars de l'humanité qu'ils rapprochent et les liens brisés des siècles et des gri^ides familles humaines qu'ils renouent. Les publications érudites, si étrangères, ce semble, à la vie de chaque jour,

!• Il y a¥ail ei Franoe, en 1560, 18 aaiversités, et à Paria 73 collèges [Biêtoin de lifutniction publique en France, par Vallel de Vlrivilie,

S. 1<9 et lOS). Les ambassadeurs Ténitiens s'élonnèrent de la quantité 'élèTes qu^l y avait en France. Marino Cayalli, en 1546, en comptait à Paris de l6 6o9 à 20000 (^Relations, etc., t. I, p. 362); Lippomano, de 2S00O à S0OOO (ibid., t. II, p. '496). Mais Lippomano voit bien souvenl les choseï ^ trav«r^ son imagination Halienne, qui (prossit aisément les cliiin>es.

3. Lotais XII arali à Bloii IMO yoL»; François I«î, à Fontainebleau, 3000 } Henri IV fit transporter la bibliothèque royale à Paris, au collège deClermont, et plus tara dans une grande maison de la rue de la Harpe. En 1615, elle ne eemptait enoore que 4000 toL Elle en avait 90 000

3i)^n4 Colbert la plaça rue Vivienne ; en 1724, elle fu^ établie à Thdtel e Nevers. qi) çlle est encore : en 1786, ell^ comptait 200 000 volumes. En 4855, elle avait 1 600 ooo volumes et pidees, tant fmpritués que na« nuscrits.

jetèrent en effet, dans la circulation intellectuelle, des idées, des connaissances et des formes de style qui devaient renouveler la littérature entière. Déjà même quelques-uns vont plus loin et regardent par delà Rome et la Grèce. Postel visite TAsie, apprend Phébreu, Tarabe, l'arménien : c'est rOrient qui s'entr'ouvre, mais il défendra trois siècles ses mystères, qui ne seront révélés qu'à notre génération. Ce contact de l'antiquité ranima et fortifia l'esprit français. Il eut alors les modèles et les guides qui lui avaient manqué, et il put commencer son premier grand âge littéraire. Dès ce siècle, il parcourut avec honneur et parfois avec gloire presque tout le champ des lettres. *v^

drnrispriidi'iice. — L'étude qui, au seizième siècle, prend le pas sur les autres, est celle du droit. L'Italien Alciat, appelé, en 1529, à Bourges, par François I«', appliqua la philologie ou la connaissance des langues à l'étude des lois; ses disciples allèrent plus loin. Le grand Cujas restitua, à force d'érudition, le texte des jurisconsultes romains, et fonda la science si féconde de l'histoire du droit, « cet hameçon d'or, comme il appelle l'histoire, avec lequel on saisit la force réelle et la science des lois. » Pierre Pithou, Denis Godefroy, qui donna son Corpus juris en 1596, le profond Doneau, François Hottman, rendirent d'autres services, et celui que ses contemporains appelèrent le prince des jarisconsultes, Dumoulin, avocat au parlement de Paris, fit jaillir la lumière du ténébreux chaos de nos coutumes. Grâce aux travaux de ces savants hommes, les Ollivier, les Michel de l'Hôpital, les Harlay, les de Thou, profonds jurisconsultes ou magistrats austères, purent, au milieu des plus affreuses discordes religieuses, améliorer la loi civile et préparer l'unité rationnelle du droit français.

Philosophie. — Le moyen âge ne connaissait point Platon ; Aristote régnait seul. Ramus, éclairé par la lecture des livres du disciple de Socrate, secoua le premier en France le joug de cette superstitieuse adoration pour le philosophe de Stagire et ses lourds interprètes. Combattre Aristote par Platon, c'était substituer une autorité à une autre; mais cette domination divisée était moins pesante, et, passant entre les deux maîtres, l'esprit pourra aller chercher luimême la vérité, au lieu de la recevoir toute faite de leurs mains. C'est ce que Ramus conseille déjà : « Pourquoi, dit-il, ne pas discuter avec la liberté du bon sens, plutôt qu'avec

LA RENAISSANCE SQuS FRANÇOIS l** ET HENRI II. 725

l^espiit de soumission senrile à rautorîté des maîtres? Pourquoi ne pas socratiser un peu ?» Au siècle suivant, Descartes aocratisera beaucoup.

Médecine. — La lecture des œuvres d'Hippocrate et de Galien ramena la médecine à Texpérience , à l'observation. \mbroise Paré devint le père de la chirurgie française , la providence de nos soldats à Boulogne, à Metz, à Saint-Quentin; aussi modeste qu'habile, il disait de ses blessés : « Je les panse, Dieu les guérit. » Avant lui, on croyait que les plaies d'armes à feu étaient empoisonnées ; pour détruire le venin on donnait de la thériaque à Tintérieur et sur la place on passait le fer rouge ou Ton versait Thuile bouillante. En 1536, après l'affaire du Pas-de-Suze, Paré, ayant manqué d'huile, vit ses malades guérir en plus grand nombre, et il supprima l'inutile torture. Il remplaça aussi la cautérisation des artères par la ligature- La chirurgie moderne n'a guère ajouté à la science de Paré, comme principe > que la résection des os brisés • et la suppression de la douleur par les anesthésiques.

Seiences. ~ Pour les sciences, la France a dans ce siècle un grand nom, celui de Viète, qui précéda , en leur montrant la route, Descartes et Newton dans les voies de l'analyse mathématique. Viète, qui, dans les calculs algébriques, désigna par des lettres les quantités connues , fut le vérita-^ ble inventeur de l'application de l'algèbre à la géométrie*.

E.ittér»tare es prose^. — Les lettres ne pouvaient rester étrangères à cette renais^ce qui se montrait avec tant d'éclat dans le domaine de l'art et di^ la science. Seulement, les Essais de Montaigne exceptés , le fond vaut mieux que la forme. Ce siècle a beaucoup pensé ; mais en général la langue lui fait défaut, et ce désaccord l'empêche d'atteindre à ce qu'il trouvait si bien dans les arts, à la beauté harmonieuse. La Vie du chevalier sans peur et sans reproche, écrite par son secrétaire, le Loyal Serviteur, et les Mémoires de Fleuranges, le Jeune adventureux^ semblent le dernier écho

1. On dut à Viète an antre serrioe. Les Espagnols avaient imaginé pour leur correspondance durant nos guerres civiles, un chiffre composé de plus de cinquante figures; Viète, chargé par le roi d'en découvrir la clef, y parvint, et les Espagnols déconcertés l'accusèrent de nécromancie.

2. Voyez Histoire de la littérature française de M. Detnogeot, et les ouvrages de MM. Saint-Marc Oirardin et Sainte-Beuve, sur les progrès de la langue et sur la littérature au seizième siècle.

' des naïves chroniques du moyen âge. Ceux des frèros Martin du Bellav sont l^œuvre instructive, mais sans éclat, ni relief, de diplomates et d^hommes d'État précieux à cod-

^ sulter. Biaise de Montluc, catholique farouche, ne craint pas de prendre à César le titre de ses Commentaires , pour le donner à ses récits, que Henri IV appelait la Bible du soldat. Les deux Tavannes , la Noue , qui fut un second Bayard, Vieilleville, racontent ce qu'ils ont fait , ce qu'ils ont vu ; d^autres feront comme eux, et la France aura dans leurs Mémoires une des branches les plus curieuses de la littérature historique. Le président de Thou (mort en 1617] va plus haut dans sa vaste et consciencieuse Histoire univêrselk; Brantôme descend plus bas, à l'anecdote. Ce serait Suétone apt*ès Tite Live, si de Thou, qui écrivit malheureusement eo latin, pouvait être mis à côté du grand historien de Rome. Brantôme nous mène aux Nouvelles de la reine d% Navarre (morte en 1549) et à celles de Despéiiers (mort en 1544), pâles imitations du Dikasnéron de Boccaee:

Un jeune homme de dix-huit ans , Etienne de la BoétiC) dans son discours sur la Servitude vohniUUre ou U Cofitrv un, écrit au bruit des supplices ordonnés par le faroucha Montmorency, dans Bordeaux, en 15%8 , trouva d'éœi^iques et brûlantes paroles pour flétrir la tyrannie mise à la place du gouvernement. Un peu plus tard, Jean Bodin (né en 1530), dans son livre sur U R^ffublique, c'est-à-dire sur l'organisation de l'État, étudia les différentes formes pelitàques, et rechercha la meilleure eoastitution de l'autorité. Le premier de ces ouvrages n'est oependant qu'une brillante déclama* tion, le second qu'une ébauche incertaine.

Michel Ëyquem, né en lSd3, au château de Montaigne, à 5 lieues de Bergerac, fut cinqaaiiées> de 15S0 à 1585, maire de Bordeaux. Mais « il s'aimait trop » pour aimer beaucoup les affaires^ les ennuis qu'elles donnent, et, en de pareils temps, les périls qu'on y trouve. Une peste survenant, il fut des presai^rs à fuir. Que Montaigne ft'ait pai^ été tin héros, son livre suffirait de reste à nous l'apprendre. Ses Essais sont, par le diarme duaiyle et la finesse delà pensée, la plus

, instructive et la plus attt^yante élude morale de l'homme,

mais ils n'ont pas le dessin an'êté, le trait vigoureux

et la logique implacable des esprits liés à une forte croyance

T)olitique ou religieuse. Il a de l'incertitude sur bien des

hoses : t Mon jugement, dit-il, est si également balancé

LA RENAISSANCE SOUS FRANÇOIS l" ET HENRI H. 727

en I» plupart dâ0 ooeurpea«ee, que je compromettrois yoloniiers à la décision du sort et des dés. > Mais si les opinions des hommes lui inspirent des doutes, la vertu ne lui en donne pas; seulement la sienne est douce, point chagrine. « Qni me Ta marqu4e$ s^éorie-t^ili de ce faux visage pâle et hideux? 11 n*est rien plus gai, plus enjoué et presque plus fol&tre. La vertu n^est pas, comme dit TÉcole, plantée à la tète dHm mont coupé, raboteux, inaccessible , sur un rocher à réoart, parmi les ronces, fantôme à effrayer les gens. Qui en sait Tadresse y peut arriver par des routes ombrageuses, gasonnées et doux fleurantes, i Et il a raison, à condition de ne pas s'oublier en si doux chemin et d'aller droit à IV dresse. Montaigne y va, à travers « les plaines fertiles et fleurissantes, » et en route, il imite les < abeilles qui pillotent deçà et delà les fleurs ; mais elles en font après le miel <ivà est totit leur : ce n'est plus Uiym ni marjolaine. » Ainsi fait-^il des pensées, des images qu'il renoontre dans les auteurti anciens; partout il butine et il fait si^ ce qu'il prend; de sorte que le plus aimable causeur et le plus réservé, Vd plus prudent des politiques parle quelquefois le langage du philosophe indépendant : « Les princes me font assez de bien quand ils ne me font pas de mal, » ou même celui des héros , lorsqu'il nous montre « ces pertes triomphantes à l*envi des victoires, » et l'homme de cœur a qui tombe obstiné en son courage; qui, pour quelque danger de la mort voisine , ne relâche aucun point de son assurance, qui regarde encore, en rendant Tâme, son ennemi d'une vue ferme et dédaigneuse; est battu, non pas de nous, mais de la fortune, est tué sans être vaincu. »

Les Essais de Montaigne avaient été précédés de la traduction des œuvres historiques et morales de Plutarque par Amyot* (1513-1593); traduction faite de génie, et qui verda dans la littérature française toute la science ancienne que le philosophe de Chéronée avait rassemblée dans ses livres. • Montaigne disait de l'ouvrage d'Amyot : « C'est notre bréviaire... Nous autres ignorants étions perdus si ce livpe ne nous eût relevés de ce bourbier. Sa mercy (grâce à lui) nous oïons, à cette heure, et parler et écrire... Plutarque me

1. Amyot, né à MeluOi fut prépepteur des enfants de Henri tl, grand aumônier ei évêque d'Auxerre. Sur Montaigne, qui mourut en 15W, voyea sa Vieimbli<iu§, par AljA. Orun, 4«?5.

72H LA HENAISSANCE SOUS FRANÇOIS I*' ET UBNRI U.

sourit toujours d^une fraîche nouvBautô. Ma mère, encûra que je ne sudse que bégayer, me Tavoit mis entre les mains.» Henri IV faisait d^Amyot sa lecture favorite.

Le moyen âge ne pouvait cependant céder la place à la Renaissance sans combat. Le vieil esprit se convertit, en maugréant au nouveau. C'est dans les œuvres de François Rai)eiais (1483-1553) qu'on assiste à cette étrange et bizarre lutte. Né à Ghinon, d'abord cordelier, puis médecin, enfin curé de Meudon, Rabelais, dans la Vie de Gargantua et de Pantagrudt comme dans la sienne propre, présente le chaos des éléments les plus discordants, avant leur harmonieuse fusion. Son livre, où la raison parle le langage de la folie, où le rira le plus bouffon n'est qu'une satire sanglante, unit dans une monstrueuse beauté la pensée la plus audacieuse de la Renaissance à la forme la plus grotesque qu'ait imaginée le moyen âge. Les commentateurs ont cru reconnaître dans les héros du roman les principaux personnages du temjis : François I*' dans Gargantua, Louis XII dans Grand-Gousier, Henri II dans Pantagruel, le cardinal de Lorraine dans Panurge. Rabelais dit lui-même : « Il faut interpréter à plus haut sens ce que par aventure nous pensons dit en gaité de cœur. » Il n'a évidemment pas la vocation du bûcher ni de la prison d'État, mais avec son visage barbouillé de lie et ses grelots, il n'en dit que mieux leur fait aux gens, plus complètement et plus hardiment que pas un.

TJaéâtre et poésie. — Une renaissance toute savante et érudite devait avoir peu de prise sur l'inspiration libre et populaire de la poésie et du théâtre. Les Confrères de la Passion continuaient à célébrer avec le même courage leurs interminables représentations. Mais le goût devenait plus sévère et la {[iété plus éclairée. On trouva que cette dévotion matérielle, étalée sur les tréteaux et assaisonnée de propos licencieux, était un outrage à la religion. Le parlement, par unédit de 1548, tua réellement les vieux mystères. La soltie venait d'atteindre son apogée avec Pierre Gringoire dans le jeu du Prince des sots et de la Mère Sotte, On s'amusa quelque temps des transparentes allusions à travers lesquelles on reconnaissait aisément le peuple, l'Église, et quelquefois des types moins généraux et des personnages connus. Le parlement mit fin à ce plaisir, en défendant c de faire monstration de spectacle, notant quelque personne que ce soit. >

Le théâtre populaire ne fut pas perfectionné par la Renais-

sa.nce, mais remplacé. Quelques poètes érudits avaient déjà traduit en vers français des pièces grecques et latines. Jodélie composa notre première tragédie régulière, sa Cléopair^y qui fut jouée en présence de Henri II, en 1552. Le théâtre iiic>d«me naquit ce jour-là , devant un auditoire de courtisans. L^histoire ancienne chassa la Bible de la scène, le drame humain remplaça le drame religieux. Mais le théâtre français garda longtemps, de Tantiquité et de la cour où il eut son berceau, quelque chose de traditionnel , de convenu, qui ne lui a point valu la popularité originale des Mystères. Les poètes n^abdiquèrent pas si vite. Clément Marot (mort en Ibkk) fit vivre à la cour la poésie qui , avec Villon, courait les rues de Paris, au risque des mauvaises rencontres. La cour lui donna plus de délicatesse et dMlégance, sans lui ôtér sa verve ni sa malice. Page de François pi*, Marot combattit avec lui à Pavie, et y fut fait prisonnier. Traducteur des Psaumes de David, il fut accusé de partager les opinions nouvelles, et plusieurs fois persécuté, il mourut à Turin dans la niisère. Boileau a écrit :

Imitez de Marot Téiégant badinage.

Ses vers sont, en effet, tout esprit, toute grâce, mais ils ont peu de iorce, et ce que lui-même disait d^eux : c La mort n'y mord, * n'est vrai que de quelques-uns.

Cette force qui manquait à la poésie française, Ronsard voulut la lui donner, en la faisant latine et grecque, et il usa dans cet inutile effort ce qu'il avait de sensibilité vraie dans Tâme et de réelle puissance dans le génie. Un de ses élèves, Joachim du Bellay*, esquissa dans sa Défense et MustraUon de la langijte française (1538), la nouvelle poétique que Ronsard appliqua. Celui-ci n'emprunta pas seulement aux anciens la forme de Tode et de Tépopée, leurs idées et leurs métaphores, mais la construction même de la phrase et la composition dés mots. Il le dit dans la dédicace de ses œuvres à Henri II :

.... C'est, prince, un livre d'odes, Qu'autrefois je sonnai suivant les vieilles modes D'Horace calabrais et Pindare thébain^

i. Cependant, dans la préface de sa Frcmciade, il s'élève lai-môme cod tre les lattneun et gréwniêwr* : • C'est, dit»U,ua crime de lèse-majesi

730 LA RENAISSANGS I^OUS FRANÇOIS 1*' fiT HBNRl U.

Dans sa Frandade^ il espérait égaler Homère et Virgile, el peu s'en fallut que son siècle, tout affolé d'antiquité, ne le crût avec lui* Les savants les plus illustres, les esprits les plus judicieux, les ScaUger, les de Thou avaient pour lui une sorte d'adoration, et Charles IX lui écrivait :

Tous deUï également nous portons des COuroniie^; Mftis roi, Je la reçois; poète^ ta la donnes* .

Et ailleurs ce vers d'un étrange à«propos :

Je puis donner la mort; tôï, l'îinmortalité^

RieBoependaBi de Ronscord n'est resté, si ce n'est, dans ses poèmes, quelques vers heureux, parce qu'il s'y est oublié, et, dans la langue qu'il transmit à ses successeurs, pios d^éiévatkMi «I de noblesse, ou pour mieut dirs, plus de soleniiité. il commença, en e0»t, le style sublime qui bous est resté) et qui oache si souvent le vide sous Pampleur des dratperieèt. Ronsard avait réuni autour de lui Une société de pootes qu'il appela, par un souvenir des poètes alexandrins, la Pléiade, Us étaient six : du Bellay, Bal'f, Belleau, Jodelle, Jainyn, et Ponthus de Thiard. Un autre de ses disciples, Dubartas,

Dont la muse en fran^is parle giet et latin^

montra par l'excès môme, dans la Semaine de la création^ la folle de ces novateurs qui ne regardaient qu'en arrière. Enfin Malherbe vint pour ouvrir le grand siècle de notre littérature,;le dix-septième siècle.

d'abandonner la langue de son pays. » et il supplié ■ tous ceux auxquels les Muses ont inspiré leur faveur d'avoir pitié, comme bons enfants, de i^r pauvre mère natureUe. t Ronsafdi né À Vendôme ea U24, fut pa^e du fils aine de François !•'. Il entra plus tard dans PÉglise et mourut dans un prieuré, près de Tours.

i, U faut dire que «es v«rs sont donnés pour la première fois par ds Prades. en 1651, sans aucune preuve de leur origine. Cf. Fournier, f&sarii dans VMsiùire,p. 115-120.

2. François !•' était poëte aussi, et fit quelques jolis vers; mais ledisti* que fameux écrit avec le diamant de la bague du roi sur la vitre du château d'Amboise: ■ Souvent femme varie; bien fol est qui s'y fie. > doit être ramené à ces trois mots que Brantôme a vus écrits de la main du roi à côté d'une feaèlcoi « Toute femmo v«ci«. t {Vie éêt fêmmâ* oaUtntes, discours IV). 1 # ir» »

PIN DU PRBMU» VOLVMEé

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