‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 99 sur 103 · GOUVERNEMENT DE FRANÇOIS I* ET DE HENRI II · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE FRANÇOIS I* ET DE HENRI II

bonne sûreté, fortification et défense. » C'est Torigine de nod grands gouvernements militaires, dont le chifire fut successivement porté à trente-deux. Ce besoin de défendre nos provinces contre le redoutable adversaire qui les menaçait, lui fit commencer sur nos frontières une double ligne de places fortes, et il importa dltalie Tusage des fortifications en terre pour diminuer les ravages de Tartillerie dans les ou- 1 vrages en pierre. l/"

■■«riiie «t colonies. — François I«* eut une véritable ' marine. Il équipa des galères sur la Méditerranée, et cette flotte fut assez forte et assez bien conduite par le baron de la Garde, pour que le pavillon français parût en maître dans cette mer. Sur TOcéan, il fit construire de plus grands navires, allant à voiles et à rames ; et, pour les abriter, il creusa le port du Havre.

Le mouvement colonial qui allait changer la face du monde commençait. François !«' voulut entrer en partage dePAmérique avec les Espagnols et les Anglais. Les Basques, les Bretons et les Normands avaient fondé des pêcheries à Terre-Neuve dès Tannée 1502. Le navigateur Verazzani explora, en 152%, par ordre du roi, les côtes de TAmérique du Nord; Jacques Cartier, en 1535, pénétra dan? le SaintnLaurent, et découvrit le Canada. La marine marchande grandissait d'elle-même, sans attendre les encouragements officiels. Un armateur de Dieppe, Ango, attaqué dans un de ses voyages par les Portugais, bloqua Lisbonne avec une flottille, et ^ z' força le roi à lui payer une indemnité. N

IPInancefl. — L'administration plus compliquée, les armées plus nombreuses, la nouvelle marine et le luxe de la cour exigeaient des sommes énormes. François !«', pour puiser à pleines mains dans la bourse du pays, confondit en un seul son trésor privé et le trésor public, par la création, en 1523, de Vépargne, « qui fut comme la mer à laquelle toutes les autres recettes vinrent se joindre. » J'ai déjà dit comment, sans Tassentiment du pape, il habitua le clergé de France à lui fournir un subside régulier. 11 porta les tailles de 7 millions à 16, haussa la gabelle (impôt sur le sel], qu'il étendit, en 1542, aux provinces d'outre-Loire. En 1522, il emprunta 200000 livres (aujourd'hui 5 500 000 francs) à 8 j^ pour 100 par an, et constitua ainsi les premières rentes perpétuelles sur l'hôtel de ville, origine de la dette publique de France. La même année il créa une quatrième chambre au

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parlement de Paris, pour se prociurep 1 SMOdd lirpea, ei depuis il renouvela plusieurs fois ees Tentes 4a eharges de jadicature,de finances et d^administration : mesure oalamiteuse, qui augmentait sans néeessité le aambre des gens du roi, diminuait celui des kùUabUê % et rendait, pour le peuple, Tadministration de la justice plus chère. Une idée plus malheureuse encore, empruntée à Tltaiie, îai rétablissement de la lotirie royale (1539). On a excusé cette vénalité des charges qui rendit les fonctions de justice héréditaires, en montrant qu'à Tabri de ce privilège se sont formées les grandes 6^ railles de magistrats, une des gloires de la vieille France. Rarement le mal est asse^ grand pour qu'il n'en sorte pas un peu de bien. Mais le bon sens populaire comprit de bonne heure que quelques-uns de ces juges vendraient oe qu'ils avaient acheté. Dès 1560, aux États d'Orléans, or réclama vivraient l'abolition de ce scandaleux trafic.

Le principal auteur des mesures les plus décriées du règne de François !•* fut le chancelier Duprat, « qui jamais, dit Mézeray, n'observa d'autre loi que son intérêt eu la passion du prince,... qui apprit à tirer de l'argent du peuple par moyens Mfr-mauvais et tout à fait contraires aux lois et coutumes de France. » Duprat a été d'une autre utilité à François !«'. C'est au chancelier qu'on attribua les exactions, les violences, les manques de foi du gouv^nement; et la réputation chevaleresque du prince fut sauvée par la réputation détestable du ministre.

L'administration financière de Henri II M désastreuse; il multiplia tant les emprunts au taux onéreux qu'avait établi son père, au denier douze, qu'il laissa 5(13000 livret de

1. En 1S23, on créa le bureati des parêie* caêfieHe$ poar la Venté pabUqae des ofIGces de judio^lure. Depuis «ett^ époqas la royauté UUit monnaie en créant des charges, ce qui nous a inoculé le mot dû fonctionnctrisme. L'ambassadeur yenitien Marino Caralli dit, en 1546, qa'il 5 a deux fois plus de fonctionnaires qu'ii n'en faut, que leur nombre aof* mente chaque année et que cette vente d'offices rapporte annuellement 400 000 francs. En 50 ansr, dit Loiseau, il fut créé plus de 50 O0O efSces nouveaux; Louis XIV, à lai seul, en créa 40 eoQ. Un 4a «es ministres, s« félicitant d'avoir troii^vé une mine inépuisable dans ces inventions ruineuses, lui disait : c Toutes les fols que Votre Majesté crée nn offleé, Bien

eréa un sot pour l'acheter. > £n 1789, 400Q ofÛMS donqaient U noi 0 est-a-dire exemptaient de Ja to»«ç(Necker, De Vadminittration des inan- «e», t. m, p. 145). Les acquiiè de comptant, la formalité de l'enregistréîS!?u' ^•r,?®**8« P®"»" ^® traaspoFt des vins, et^., datant 4o François »» iSfiV^» S^^*^^^'^ financière dt U France, t. I, p, 221). En 1552, édi$pouf planter des ormes te long des routes t pour servir aux afrùfe'ét rémoo- "«es «tt notre artillerie, renouvalés par Hewi «I, «çnrî IV, etc. •

OAUVHMIUBNT HR FMANÇQlè I*' BT &B HEMBI IL 693»

rentes constituées sur les villes, et une dette exigible de 17 millions qui en représentent 136 maintenant, une livre tournoi de ce temps-là valant 8 ou 10 francs d'aujourd'hui. Cependant la somme disponible pour l'épargne n'était que de 12 millions. Avant François I*', les droits à l'importation rapportaient à peine six à sept mille livres, il les augmenta; sous Henri II, toutes les denrées étrangères furent, à l'entrée, indistinctement soumises à un droit de 3 écus par quintal et de k pour 100 de leur valeur tarifée; voilà les modestes commencements du régime protecteur,

JkÈmmMee générale i mœiira simples de la nation. — Si les impôts étaient lourds, ils rentraient pourtant avec facilité; car l'aisance générale s'était accrue plus vite encore que les dépensas publiques. Les agriculteurs empruntaient ^ l'Italie la culture du mais; deux Génois créaient, en 1536, leg fabriques de soie de Lyon, et cette même ville fondait une banque de commerce. Ainsi, peu à peu se formait, en faice de la ricbesse immobilière des seigneurs, la Hcbesse mobilière des bourgeois» qui n'était rien jadis, qui plus tard est devenue presque tout; je veux dire que si la terre restait, comme au moyen âge, awt mains des nobles, les capitaux, la grande puissance des temps modernes, commençaient à 8-amasser dans oeUas des négociants. Bodin assure que de 11^16 à Ib^Qi il y eut plus d'or en France qu'on n'eût pu auparavant en recueillir en deux oents années. • Les bourgeois, ooHoae dit si bien l'ambassadeur de Venise, devenaient les maitres de Targent. > Ango avait fait, ainsi qu^à l'autre siècle Jacques Gcsur, une fortune de prince;

Mais cette aisance qui venait à la bourgeoisie ne lui ôtail pas la simplicité des mœurs. Sous le règne (le Henri II, Gilles le Nattrei premier président du parlement, stipulait dans le bail d'une terre qu'il possédait près de Paris, que ses fer*mierk» aux quatre bonnes fêtes de l'année et aux vendanges, lui amèneraient une cbarrette couverte et de la paille fraîche dedans, pour y asseoir sa femme et sa fille, et, de plus, un Anon ou une ànesse pour sa chambrière, lui se contentant d'aller devant sur sa mule^ accompagné de son clerc à pied»

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