RECONSTRUCTION DE L^EMPIRE ET DU POUVOIR
maintenant assez de gloire dans sa maison pour qa^ ne craignît pas de recommencer la tentative qui avait si mal réussi à Grimoald un siècle auparavant.
lie* dernfera lléroTingrieii*. -^ c La famille des Mérovingiens, dit Ëgînhard, ne faisait depuis longtemps preuve d^aucune vertu, et ne montrait rien d'illustre que son titre de roi. Le prince se contentait d^avoir ses cheveux flottants et la barbe longue, de s'asseoir sur le trône et de représenter le monarque. Il donnait audience aux ambassadeurs et leur faisait les réponses qui lui étaient enseignées ou plutôt commandées. A l'exception d'une pension alimentaire, mal assurée et que lui réglait le préfet du palais, selon son bon plaisir, il ne possédait qu'une seule villa d'un fort modeste revenu, et c'est là qu'il tenait sa cour, composée d'un très-petit nombre de domestiques. S'il était nécessaire qu'il allât quelque part, il voyageait monté sur un chariot traîné par des bœufs qu'un bouvier conduisait à la manière des paysans. C'est ainsi qu'il se rendait à l'assemblée générale de la nation qui se réunissait une fois chaque année pour les affaires du royaume. »
Bapportft des Carloving^ieits avec Borne pour la eon- ▼ersion des Valsons et des Saxons. — II ne fallait pas de bien grands efforts pour enfermer au fond d'un monastère cette royauté inutile et oubliée. Pépin ^vait pour lui l'assentiment national, il voulut encore mettre de son côté les apparences du droit. Le pape avait rompu avec l'empire d'Orient sur la question des images ; menacé jusque dans Rome par les Lombards, il avait besoin d'un secours étranger pour sauver son indépendance, et ce secours il ne pouvait le trouver que dans les Francs. Depuis longtemps le pontife était en relation avec les chefs de «e peuple ; car, depuis Grégoire le Grand, TËgltse de Rome avait repris avec énergie la conversion des infidèles. L'Angleterre avait été conquise par ses missionnaires, puis la Germanie attaquée. Saint Golomban et saint Gall soumirent l'Heivétie à la foi; d'autres répandirent PÉvangile dans la vallée du Danube ; Vîîlibrod lô'porta datis la Frise, Winfried dans laSaxe. Or tous céi^ missionnaires partaient pour la périlleuse mission de la terre des Francs. C'est de là qu'ils se disposaient à assaillir l'idolâtrie, c'est là qu'ils trouvaient de pieuses recrues pour les aider au cwribat sacré, ou un réfugie en» cas de revers. De leur c5tè, les rois on ducs eotnpitnaient bieti que la coûf^uAle
PAR LES MAIRES d'aUSTRASIE (687-752). 15 i
spirituelle des pays germaniques frayait les voies à la conquête temporelle. Aussi encourageaient-ils, soutenaient-ils les niîssionnaires ; leur chef, TAnglo-Saxon Winfried, devenu célèbre sous le nom de saint Boniface, archevêque de Mayence, était un des conseillers de Carloman, et les deux princes venaient, aux conciles de Leptines (743) et de Soissons (744), de montrer, pour les vrais intérêts de TËglise, pour la réforme des mœurs et de la discipline, un zèle pieux et éclairé.
Pépin fut donc naturellement conduit à demander au pape, qui implorait son secoors, de donner le titre à celui qui avait le pouvoir. « L^an 751, dit Éginhard, Burkhard, évêque de Wûrzburg , et Fulrad, prêtre chapelain, furent envoyés à Rome, au pape Zacharie, afin de consulter le pontife, touchant les rois qui alors étaient en France, etquide la royauté ne possédaient que le nom sans en avoir la puissance. Le pape répondit quUi valait mieux que celui qui avait Tautorité eût aussi le titre, et enjoignit que Pépin fût fait roi. »
Clitldéric 111 9Bt enfermé clans nnmonsslère (752). — c Dans cette année (752], d'après la sanction du pontife romain, Pépin fut appelé roi des Francs, oint, pour cette haute dignité, de Thuile sainte, par la main de Boniface, archevêque et martyr, et élevé sur le trône, selon la coutume des Francs dans la ville de Soissons. Quant à Childéric qui se parait du faux nom de roi, Pépin le fit mettre dans un monastère. » C^était celui de Sithieu ou de Saint-Bertin, près de Saint-Omer. Il y mourut trois ans après.
La fin de cette première dynastie de nos rois n'excita pas un regret et ne laissa pas un souvenir. Les contemporains ne s'en aperçurent que pour voir dans cet événement le juste châtiment du mépris trop souvent marqué par les Mérovingiens pour rËglise « L'homme de Dieu, dit le biographe de saint Colomban, étant allé trouver le roi de Bourgogne, Théodebert, lui reprocha son arrogance, et lui conseilla d'entrer dans le sein de TËglise pour y faire pénitence, de peur qu'après avoir perdu son royaume temporel, il ne perdît encore la vie étemelle. 3 Les rois de la première race avaient conservé, au milieu même de leur dégradation, un dernier reste de la fierté barbare qu'on ne retrouvera plus dans les princes de la seconde, a En entendant les paroles du moine, continue, le. ofaroBiqtieur, Théodebert et tous les assistants se prirent à rire, disant qu'ils n'avaient jamais ou¥ raconter qu*an
.164 OUERIIKS DE GHABLBMAONE {7$a*8l4).
diriger une expédition sous les ordres de son ûls Pépin, contre les Lombards de Bénévent. c II arriva à Rome le 2k novembre, dit Ëginhard; on accusait le pape de beaucoup de choses ; le roi commença Texamen de ces accusations ; mais personne ne voulant entreprendre de les prouver, le pape monta en chaire en présence de tout le peuple, dans la basilique de Papôtre saint Pierre, prit TÉvangile dans la main, invoqua le nom de la Trinité, et se purgea par serment des crimes qui lui étaient imputés. Le même jour, le prêtre Zacharie, que Charles avait envoyé k Jérusalem, arriva à Rome avec deux prêtres qui venaient trouver le roi par ordre du patriarche; ils lui apportaient sa bénédiction, les clefs du saint sépulcre et du Calvaire, ainsi qu'un étendard. Le roi les reçut gracieusement, les retint quelques jours près de lui, les récompensa et leur donna audience lorsqu'ils voulurent s'en retourner. Le saint jour de la naissance du Seigneur, tandis que le roi priait devant Fautel du bienheureux apôtre Pierre, le pape lui posa une couronne sur la tête, et tout le monde romain s'écria : « A Charles Auguste, couronné « par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie <K et victoire 1 » Après Laudes^ il fut adoré p^ur le pontife, suivant la coutume des anciens princes ; et quittant le nom de patrice, il fut appelé Empereur et Auguste. »
C'était un grand événement que cette cérémonie qui avait lieu dans l'église de Saint-Pierre, au jour de Noël de Paa 800. Le titre d'empereur de l'Occident, resté enseveli sous les ruines faites par les barbares, en était tiré par le pontife de Rome et était montré aux nations dispersées et ennemies comme un signe de ralliement. Un droit nouveau était créé pour ceux qui hériteront de cette couronne, le droit de commander aux peuples italiens, allemands, français, qui se trouvaient alors réunis sôus la'main de l'empereur franc. Quand des circonstances de famille et le temps auront fait passer ce titre aux rois allemands, la France se trouvera assez forte pour repousser la domination d'un César étranger, mais non l'Italie. De là la moitié des maux que la péninsule aura à souffrir.
Un autre personnage acquit ce jour-là une prérogative importante. En couronnant Charlemagne, le pape Léon ïll avait rempli une fonction religieuse, comme saint Rémi en sacrant Clovis. Ses successeurs en feront un droit politique, et les pontifes se diront les dispensateurs des couronnes. Pen-
6UERBBS DE CHARLBMAGNE (768-814). 165
dant tout le moyen âge, la coosécration impériale ne pourra être donnée qu'à Rome même et des mains du saint-père. Plas d'une guerre sortira de ce droit nouveau.
Béflultate des fi^uerre* de CharlemaicBe. — Dans les conquêtes de Charlemagne, il y en a de durables, il y en a d'éphémères; les unes sont utiles, les autres ne le sont pas.
Tout ce quUl tenta au delà des Pyrénées avorta. Le comté de Barcelone, qu'il rattacha à la France, ne nous est pas resté, et, de la Marche de Gascogne, il ne nous est revenu que ce que la nature elle-même nous donnait sur le versant septentrional des Pyrénées. Mieux eût valu qu'il eût dompté les Bretons, de manière à les faire entrer plus tôt dans la vie et dans la nationalité française, au lieu de se contenter d'une soumission précaire. La conquête du royaume des Lombards ne profita ni à la France ni à l'Italie, mais au pape, dont elle releva la position politique et dont elle assura, pour l'avenir, Tindépendance. Le pays pour qui ces longues guerres eurent le plus heureux résultat, fut celui qui en souffrit le plus, l'Allemagne. Avant Charlemagne, l'Allemagne était encore la Germanie, c'est-à-dire un chaos informe de tribus païennes ou chrétiennes, mais toutes barbares, ennemies les unes des autres, sans lien qui les unit. Il y avait des Francs, des Saxons, des Thuringiens, des Bavarois. Après lui, il y eut un peuple allemand, et il y aura un royaume d'Allemagne. C'est une grande gloire que d'avoir créé un peuple; cette gloire, peu de conquérants l'ont su trouver, car ils détruisent bien plus qu'ils ne fondent.
Apparltien des IVorihmans. — Charlemagne, en portant jusqu'à l'Ëyder les avant-postes de son empire, pensait avoir fermé l'Allemagne aux hommes du Nord ; mais, poussés peut-être par les fugitifs de la Saxe, ils montèrent sur leurs barques et vinrent pirater le long de l'immense étendue des côtes. S'il en fallait croire le moine de Saint- Gall, ils auraient, du vivant même de l'empereur, pénétré dans la Méditerranée. Ils entrèrent, dit le chroniqueur, dans le port d'une ville où Charlemagne lui-même se trouvait; on les chassa, mais l'empereur, s'étant levé de table, se mit à la fenêtre qui regardait l'orient et demeura longtemps le visage inondé de larmes. Comme personne n'osait Tinterro ger, il dit aux grands qui l'entouraient : « Savez-vous, mes « fidèles, pourquoi je pleure amèrement? Certes, je ne crains c pas qu'ils me nuisent par ces misérables pirateFies ; mais
« je m^afflige de ce que, moi vivant, ils ont manqué de tou^^ c cher ce rivage, et je suis tourmenté d^une vive douleu « quand je prévois tout ce qu'ils feront de maux à mes ne c veux et à leurs peuples. » La scène est belle, mais le ûg est faux; on doit y renoncer. L'apparition des Northmam.i^|^ sous Charlemagne, reste pourtant certaine, car on levoi j prendre contre eux des mesures de défense : deux flott|^^>^^ furent rassemblées à Boulogne et près de Gand , deux autii sur la Garonne et sur le Rhône. k~<r