CHAPITRE XXXI
La famille royale, -^ Gharles V n^était âgé que de quarante-trois ans quand il mourut. Gette mort fut une calamité pour le pays, car son fils n'avait pas douze ans ; et cet enfant
1. Ouvrages à consulter : les Histoirei de Ck&rle$ Vit par qb moine uie* nyme de Saint-Denis et par Jean Juvénal des Ursins, archcnrèqne de Reims; Mémoiret de Pierre de Fenin (de 1407 à 1432) ; HièUÀte iê mewt'rv Jtwn it BoucicaMt (1368-1408); Les Chr<mique$ de Monstrelet (1400-1453); les Mimoiref de Lefebvre de Saint-Remf , dit Toiton^^Or (l4o7-f 436) : BiiUm tfe« diic« de Bourgogne, ^ar M. de Barante ; Chroniqi»$s de Giiasttlain ; Hichard il, par M. V^allon,
CflilALES vi (1380-1492). 443
• trouya lîyré à ses oncles, les dugs d'Anjou, de Bourgogne i de Berry, princes avides, uniquement préoccupés Tun du oyaume de Naples, où la reine Jeanne rappelait comme son mccesseur ; Tautre, du grand fief de Flandre, dont il devail lériter ; le troisième, de ses plaisirs et de ses trésors. Char* les VI avait un autre oncle du côté de sa mtoe, le duc de Bourbon, excellent prince, mais sans influence, et un Mre, le duc d'Orléans.
Rapines de» «ncles du roi- — Pendant Tagonie du feu roi, le duc d'Anjou, Talné de ses frères, et qui à ce titre allait devenir régent, s'était tenu caché dans une chambre voisine. A peine Charles eut-il expiré, que le duc se fit livrer les loyaux de la couronne, le trésor, et, en menaçant de mort le trésorier Savoisy, une épargne en lingots d'or et d'argent qui avaient été scellés, comme des pierres, dans les murs du château de Melun, par des maçons qu'on avait fait aussitôt disparaître. L'année précédente, étant gouverneur du Languedoc, il y avait excité un soulèvement par ses rapines, et, dans Montpellier seulement, il avait condamné 200 citoyens au bûcher, 200 à la potence, 200 à la décollation, 1800 à la confiscation de leurs biens^ et le reste de la ville aune ameijde de 600 000 francs. Le roi avait modifié cette atroce sentence et révoqué le duc. Ce fut pourtant à ce prince que revint de droit la régence. Ses frères, comme lui, se garnirent les mains : le duc de Bourgogne s'adjugea le gouvernement de la Normandie et de la Picardie ; le duc de Berry prit le Languedoc et l'Aquitaine. Il avait déjà le Berry, l'Auvergne et le Poitou en apanage. C'était le tiers du royaume qui se trouvait livré à sa rapacité.
Un changement de règne était toujours un moment d'espérance, un demanda l'abolition de certains impôts, et le duc promit de supprimer tous ceux qui avaient été établis depuis Philippe le Bel. Autant eût valu promettre que l'on cesserait de gouverner la France. Aussi le régent n'entendait-il pas tenir parole. Un jour un crieur public parut à cheval sur la grande place, il annonça que l'argenterie du roi avait été volé^, et promit bonne récompense à qui la retrouverait. Quand il vit la foule occupée de la nouvelle, il cria que le lendemain un nouvel impôt serait levé sur toute marchandise vendue, puis se sauva à toute bride.
ftoolèvemeiii à Paris, à Boaeiif dans le I^ang^e- A«e 1 le» BuiillotlAs «t Vtm teeliins: -^ Le lendemain, en •
effet) l*' mars 1382, les percepteurs se présentèrent aux baK les et un d'eux commença à demander l'impôt sur un peu di cresson que venait de vendre une vieille femme. Une émeuti furieuse éclata. Les rebelles coururent à Thôtel de vUle,l Tarsenal, et prirent pour armes des maillets neufs qu'ils ; trouvèrent amassés en^ vue d'une attaque des Anglais. Les maillotiM furent un moment les maîtres de la place ; pais, comme dans toutes les émeutes populaires de ce temps-là, la fureur tomba pour ne laisser place qu'à la terreur et au découragement. Les princes, qui s'étaient mis en mesure, firent exécuter en secret les plus séditieux, et imposèrent aux autres des amendes ruineuses, avec le produit desquelles le duc d'Anjou partit pour l'Italie. Mais le nouvel impôt fut retiii§, et les mutins ne furent punis qu'à la dérobée. C'est que l'émeute parisienne s'était rapidement communiquée aux villes de Rouen, de Reims, de Châlons, de Troyes, d'Orléans, ei qu'elle se trouvait comme au centre de deux autres mouvements insurrectionnels, l'un au nord, dans la Flandre, Y&vtre au sud, dans le Languedoc.
Le duc de Berry avait à peine paru dans son gouvernement du Languedoc, que la guerre y avaft éclaté. Le pape s'interposa et y mit un terme ; mafs le pape ne put arrêter les exécutions et les cruautés du prince. Les paysans, dépouillés par ses soldats, recommencèrent une sorte de jacquerie. Ils se réfugièrent dans les montagnes, surtout du côté des Cévennes, et de là, organisés en bandes armées, ils couraient sus aux nobles et aux riches, ne faisant aucun quartier à ceux qui n'avaient pas des mains calleuses. On les appela les tuchins. L'affaire de Flandre était encore plus sérieuse.
«■erre de Flandre t bmtallle de Boosebelte (1882). — > Les Flamands s'étaient soulevés à la fin du règne précédent contre leur comte français, qui se faisait un jeu de violer les franchises municipales du pays ; Pierre Dubois et Philippe Arteweld, les fils du fameux brasseur, avaient dirigé arec succès l'insurrection des espérons blaneSy et la bataille àe Bruges, livrée le 3 mai 1382 avait renversé les dernières espérances du comte Louis. Philippe Arteweld poussait la révolution flamande avec la même hardiesse et dans le même sens que son père. Des députés, munis de pleins pouvoirs par les villes de Gand, d'Ypres et de Bruges, étaient allés trouver le roi Richard II, et lui avaient offert de le reconnaître pour **^i de France, s'il voulait leur venir en aide.
. CHARLB8 VI (13^0-1423). 44&
n semblait que, depais un qaart de siède, Pesprit de révolte soufflât dans toute l'Europe sur les classes bourgeoises. L'entreprise de Rienzi, à Rome, celle de Wat Tyier, en Angleterre, puis Etienne Marcel, puis les Jacques, les maillo- Mns, les tucbins, les chaperons blancs 1 LUnsurrection, étouffée ici, éclatait là, et il était à craindre, comme le dit Froissart, « que toute gentillesse et noblesse eût été morte et perdue eo France et autant bien es autres pays. »
Un jour que les ducs de Bourgogne et de Berry s'entretenaient ensemble des périls de cette situation et de la nécessité d'intervenir en Flandre, pour frapper au cœur l'esprit de révolte et de libené, le jeune roi entra, un épervier sur le poing : c Eh bien, dit-il, mes beaux oncles, de quoi parlezvoas maintenant en si grand conseil ? — Ah I monseigneur, dit le duc de Berry, voici mon frère de Bourgogne, qui se complaint à moi de ceux de Flandre, car ces vilains ont bouté hors de son héritage leur seigneur et tous les gentilshommes, et ont un capitaine qui s'appelle Arteweld, pur Anglais de courage, qui assiège grande foison de gentilhommes enfermés dans Audenarde ; et assure que jamais ne partira de là ; et aura sa volonté de ceux de la ville, si votre puissance ne Tenlève. — Par ma foi, repartit le roi, j'ai grande volonté de les aider, et pour Dieu, allons-y! Je ne désire autre chose que moi armer, car je ne me suis jamais encore armé, et pourtant me faut-il si je veux régner en puissance et en bonheur, apprendre les armes.» Et il voulait partir le lendemain, le jour même.
Une grosse armée fut bientôt prête. A son approche, toutes les villes de Flandre firent leur soumission, et les Gantois n'eurent plus que la ressource de gagner une grande bataille, en se jetant sur l'ennemi avec l'impétuosité du sanglier, comme ils Pavaient fait à Bruges, comme ils essayèrent de le faire à Roosebeke, le 27 novembre 1382. Us s'étaient liés les uns aux autres, pour être sûrs de ne pas reculer, et ils avancèrent en un seul bataillon. Cette manœuvre leur avait réussi à Bruges contre une troupe peu nombreuse. Mais cette fois les ailes de la grande armée de France se replièrent et assaillirent par les flancs le bataillon devenu immobile. Les lances des dievaliers portaient plus loin que les épieux dont les Flamands étaient armés, et ceux-ci ne pouvaient atteindre l^ennemi qui les frappait. Le désordre fut bientôt extrême dans celle cohue enveloppée de toutes parts. « Là, dit Froi?
CHARLES vî (1880-1483)
sart, on entendit gens cTarates abattre Flamanlds. Lès uns .ivoient haches, dont ils rompoient les bassinets et décerve-
UiieELCf
Notre-Dame da Djjoo
loient les têtes; les autres, maillets 'dont ils donnoient grands horions. A peine Flamands étoient abattus quô pillards ve-
1. Cette curieuse église fut commeocée &u treizièBie rièele et teraiiné* seulement au quinzième. Son portail est unique en son genre. La forme pyramidale, que le moyen kge affectionnait, y a complètement disparu C est, au contraire, la ligne horizontale qui domine ici, eomme si, en la construisant, on avait eu une vague réminiscence de l'art antique.
COARLES VI (138a.l49fi). 447
1^1^^ 80 glissoient entre leagem d^armes et les aoherolent à coups de couteaux. Bientôt fut là un mont et tas de Flamands oocis moult long et haut. Et de si grand^ bataille et de si grand^ foison de gens morts comme il y en eut là, on ne vit jamais si peu de sang sortir, parce qu'il y en avoit beaucoup d'éteints et d'élouffés dans la presse, et ceux-là ne jeioient point de sang. » Il resta 26 000 morts sur la place, et parmi eux tout le bataillon de Gand avec Arteweld. La Flandre n*en fut pas abattue, car les Gantois tinrent encore deux ans. Biais la noblesse avait enfin vengé la honte de sa défaite à Gourtray, et pour en effacer jusqu'au souvenir, en quittant cette ville qui Pavait hébergée quinze jours, mais où elle avait trouvé pendus, dans les églises, les éperons d'or des chevaliers tués en 1302, elle la livra aux flammes, non toutefois sans la piller d'abord. Pour son compte, le duc de Bourgogne fit démonter de la cathédrale une magnifique horloge à figures qu'il transporta à Dijon, où elle fut placée à l'angle méridional de l'église de Notre-Dame. On l'y .voit encore. -^ BséevtioHs à PiivlB et à BoueD* — L'émeute pari- -^ sienne, au moins autant que la révolte de Gand, avait été vaincue à Roosebeke. Les Parisiens comprirent qu'on nallait plus garder de ménagements avec eux. Ils espérèrent pourtant qu'en montrant leur force on n'oserait rien tenter. Ils sortirent au-devant du roi au nombre de 20000 hommes i armés, qui se rangèrent en bataille sous Montmartre. A cette oouveile, les seigneurs se mirent à dire : « Voyez l'orgueil- 1 . ^ leose canaille et sa jactance I Ils n'avaient qu'à venir avec '^ cette belle armée servu-Telroi en Flandre. Mais ils s'en sont bien gardés ; et, au lieu de sonner les cloches pour célébrer nos victoires, ils osent se présenter en armes devant leur seigneur. »
On envoya des hérauts qui d^nandèrent aux Parisiens : «Où sont vos chefs? Lesquels de vous sont les capitaines? :> Les Parisiens répondirent : « Nous n'en avons point d'autres que le roi et ses seigneurs. » Les hérauts demandèrent alors si le connétable et quatre barons pourraient rentrer en sûreté : cAhl vous nous raillez, repartirent les Parisiens. Allez leur dire que nous sommes prêts à recevoir leurs ordres. » Le connétable arriva au milieu d'eux : «Eh bien I gens de Paris, dit^il, qui vous a donc fait sortir ainsi de la ville? Il semble que vous vouliez combattre le roi, votre seigneur. —Monseigneur, dirent-ils, nous n'en avons nulle volonté et no
448 CHARLBS VI (1380-142S}.
Tavons jamais eue; nous désirons seulement que le roi Toi< la puissance de sa bonne ville de Paris. Il est bien jeune ^ ne sait pas ce qu^il pourrait faire de nous, si jamais il en avait besoin. — C'est bon, c'est bon, répliqua le connétable-, mais le roi, pour cette fois, ne veut pas vous voir ainsi. Si vous voulez qu'il vienne dans votre vUle, rentrez chacun chei vous et quittez vos armures. » Us obéirent.
Le lendemain, le roi arriva. Les portes étaient toutes grandes ouvertes ; il voulut entrer par la brèche, et fit abattre un pan de mur. Puis il traversa les rues casque en tête, la lance à la main et de Pair le plus terrible que put prendre son jeune visage. Les exécutions commencèrent aussitôt; d'abord celle des libertés de la ville : on lui ôta ses franchises, ses magistrats électifs, prévôt, échevins, greffier, syndics, centeniers, dizainiers ; on supprima ses maîtrises, corporations et confréries ; on lui. enleva les chaînes qui faisaient la sûreté des rues et ses armes. Ensuite, exécution des personnes : on arrêtait, on instruisait sommairement ; on pendait aussitôt Trois cents des plus riches bourgeois furent noyés, pendus et décapités à peu près sans forme de procès. On remarqua surtout la mort de Nicolas le Flamand, un de ceux qui avaient suivi Marcel le jour du meurtre des deux maréchaux, vingt-six ans auparavant, et de Jean Desmarets, avocat général au parlement, un des négociateurs de la paix de Brétigny, et qui s'était épuisé en vains efforts entre les deux partis. Son procès fut inique et sa mort touchante. Lorsque Desmarets fut arrivé aux halles où il devait être exécuté : c Demandez merci au roi, maître Jean, lui criat-on , pour qu'il vous pardonne vos fautes. » Le vieillard se retourna et répondit avec noblesse : « J'ai bien et loyalement servi le roi Philippe son bisaïeul, le roi Jean et le roi Charles, son père; jamais aucun de ces rois n'a eu rien à me reprocher, et celui-là ne me reprocherait rien non plus s'il avait l'âge et la connaissance d'un homme fait. Je ne pense pas que ce soit lui qui soit en rien coupable d^un tel jugement. Je n'ai donc faire de lui crier merci. C'est à Dieu seul qu'il faut demander merci, et je le prie de me pardonner mes péchés * Ji fl383).
On assembla alors les bourgeois; on leur lut une longue liste de leurs méfaits; on énuméra les supplices qu'ils
'eux do Saint-Denis, If 2So «t sqq.
CHARLES Vl (1380*1429). 449
avaient mérités. Au moment où la terreur est au comble, les deux oncles du roi se jettent à ses pieds, lui crient miséri* corde. Il se laisse toucher et fait annoncer par son chance-^ lier qu'il veut bien changer les châtiments en amendes. « C'était là, dit Mézerai, le vrai sujet de cette pièce de théâtre, j Paris n'en fut pas quitte à moins de 400 000 francs, qui valaient peutrètre alors 20 millions. A Rouen, à Reims, à Troyes, à Ghâlons, à Orléans, à Sens, dans TAuvergne, dans le Languedoc, mêmes exécutions, surtout d'énormes amendes, « et tout alloit, dit Froissard, au proufict du duc de Berry et du duc de Bourgogne, car le jeune roi étoit en leur gouvernement, i
Ce coup frappa plus douloureusement sur la bourgeoisie que celui de 1359, parce que le gouvernement était alors aux mains d'un homme intelligent qui contint la réaction féo* dale; en 1383, les princes lui laissèrent libre carrière. La haute bourgeoisie fut décimée, ruinée, et quand, dans trente années, les malheurs publics feront essayer une révolution nouvelle, elle ne sera pas en état de prendre la direction et la laissera à des hommes violents qui inonderont Paris de sang-
BéoMlon de la Flandre et de la Boar|^o|^e(1884l). — En 1384, le comte de Flandre mourut, et le duc de Bourgogne, son gendre, hérita de ses vastes domaines. Désormais, la maison de Bourgogne tournera toute son affection du côté de ces riches provinces, et comme elle trouveramoyen de s'agrandir encore de ce côté aux dépens des petits princes allemands, elle oubliera peu à peu, et le sang d*où elle est sortie et la France qui avait commencé sa grandeur.
Préparatifs d'une deaeente en Anigleterre (1885) et expédition eontre le due de Clneldre (1888). — L'année suivante fut employée à d'immenses préparatifs pour une descente . en Angleterre. On réunit assez de vaisseaux, dit Froissart, pour faire un pont de Calais à Douvres; il y en avait 14Ô0. On fit même toute unevilledebois qui se démontait pièce à pièce, afin d'emporter avec soi uncampretrandié. Mais on laissa passer le moment favorable pour la traversée; il fallut renoncer au projet. Des sommes énormes avaient été gaspillées. Une autre expédition contre le duc de Gueldre, qui pour prix, d'une pension de 400 livres que lui faisait l'Angleterre, avait envoyé un défi au roi, coûta encore beaucoup et ne produisit rien (1388).
450 CHARLES VI (1 380-1 4t^).
Fin du i^wTememeiit des oneles du rot fl388). — la voix de Topinion publique était alors bien faible, pourtant on Tentendit. Au retour de la triste guerre d'Allemagne, le roi réunit un grand conseil dans la salle de rarchevêché de Reims, et le jeune roi demanda aux assistants, sur robéissance qu'ils lui devaient, de lui donner leur avis touchant la conduite des affaires publiques. Pierre de Montaîgu, cardinal de Laon, prit alors la parole, célébra toutes les qualités du roi, et Texhorta à commencer ainsi l'exercice de sa toutepuissance, en disposant à sa volonté, sans prendre conseil de personne de tout ce qui regardait le ministère de la guerre et l'économie de sa maison. D'autres appuyèrent l'avis du cardinal : Charles Vl déclara qu'il était déterminé à le suivre, et remercia ses oncles des bons offices qu'ils lui avaient reo» dus. Le roi avait à peine quitté Reims, que le cardinal ( Laon mourait empoisonné.
Ministère des mamiLOWsets (ia88-1398)« — ^Lérl ciens conseillers de Charles Y, les petites gens, les i seto, comme les grands seigneurs les appelèrent dédaigiM» sèment,^ Olivier de Clisson, Bureau de la Rivière, le B^oe de Vilaines, Jean de Novian, Jean de Montaigu, reprirent comme ministres d'État la direction des affaires. La nouvelle administration fut sage, économe, amie de l'ordre au-dedans, de la paix au dehors ; mais le roi n'en était que plus prtKiigue. On lui ôtait les plaisirs et les distractions de la guefre : il lui fallut celles des fêtes et des tournois, et les fêtes ne cessaient plus. C'était tantôt pour conférer l'ordre de chevalerie aux enfants du duc d'Anjou, tantôt pour célébrer la première entrée de la reine Isabeau de Bavière à Paris, ou le mariage du duc d'Orléans avec la belle Valentine Visconti. Les plus sérieuses entreprises devenaient des occasions de réjouissances : un voyage du roi dans les provinces du midi pour mettre fin au grand schisme qui désolait l'Église, et pour surveiller la désastreuse administration du duc de Berry dans le Languedoc, ne fut quMne longue fêta où l'excès de la dépense le disputa à l'excès du scandale. Les ministres faisaient effort pour combattre ces' désordres ou en atténuer les désastreux effets ; ils économisaient sur les dépenses de l'État pour subvenir aux prodigalités du roi, et l'État gagnait encore à cet arrangement. Ils rendaient à Paris sçn prévôt, donnaient aux bourgeois de cette ville le droit d'acquérir des fiefs, comme s'ils eussent été nobles, destituaient le duc de Berry
de son gouveroement du Languedoc, d'où 400 000 habitants avaient fui en Aragon, et, ne pouvant le punir autrement, faisaient exécuter son trésorier Bétisac. Ce Bétisac avait mérité la haine de tous par ses exactions. Mais on n'osa le condamner comme concussionnaire ; puisque le duc de Berr}' avouait tous les faits, c'était sur lui que les plaintes du peuple devaient retomber. On tendit donc un piège à Bétisac en lui conseillant de tenir des propos hérétiques pour être re-
Chàtnau de Clisson*.
clamé par la juridiction ecclésia^^tique qui le sauverait. L'aocusé suivit ce conseil et on le brûla comme hérétique au lieu de le pendre comme concussionnaire. Voilà- la justice du temps.
11 y avait quatre ans que ces petites gens gouvernaient le royaume, quatre ans que les oncles du roi, les plus grands seigneurs de France, étaient éloignés du maniement des affaires. Ceux-ci souhaitaient fort d'en finir avec un pareil régime. Un seigneur angevin, Pierre de Craon, mortel en-
1. Les roinefl de GliBSOik l'élôvent eneoro aa bord de laSèfre, à s lieaee de Nantes.
Demi du chef des mannousets, le connétable Olivier de GlisH son, mit sa haine personnelle au service des ressentiment politiques de Taristocratie. *V|jr
AMassInat de ClUioii (1892). — Le 13 juin 1392, litt sortir d'une fête donnée à Thôtel Saint-Pol, le connétable prit congé, fort tard, du roi et du duc d'Orléans, et, avec huit valets dont deux portaient des torches, il s'achemina vers la rue Sainte-Catherine. C'est là que l'attendait Pierre de Ci-aon, avec quarante brigands à cheval, dont il n'y en avait pas six qui sussent ce qu'ils étaient destinés i, faire. Au moment où Clisson parut, les gens de Pierre de Graon se jetèrent sur ses valets et éteignirent leurs torches. Clisson crut : d'abord que c'était un jeu du duc d'Orléans, qu'il supposait l'avoir suivi : «Monseigneur, dit-il, vous êtes jeune, il fkut bien vous pardonner ; ce sont jeux de votre âge.» Mais Pierre de Craon lui cria : « A mort, à*mort, Clisson ! Si tous faut 'mourir. — Qui es-tu? dit Clisson, qui dis de telles' fwrolest — Je suis Pierre de Craon, votre ennemi : vous na^înz tanl de fois courroucé, que si vous le faut amender. AtmII &j il à ses gens, j'ai celui que je demande et que je veux Le connétable essaya de se défendre, mais il fiii blessé et renversé de cheval ; en tombant sa tête vint contre la porte entr'ouverte d'un boulanger, qui céda sous le coup ; ee fut ce qui le sauva Les assassins le crurent mort Ils avaient d'ailleurs reconnu le connétable, et eflOrayés de s'être attaqués à un si grand seigneur, ils se hâtèrent de fuir avec Craon jusqu'à son château de Sablé, dans le Maine.
La nouvelle de cet assassinat fut portée au roi comme il allait se mettre au lit. Il appela ses gardes, fît allumer des torches, et se rendit à la maison du boulanger, où Clisson commençait à recouvrer connaissance. « Connétable, lui dit le roi, comment vous sentez-vous?— Petitement etfoiblement, cher sire. — Et qui vous a mis dans ce parti 1 — Sire, Pierre de Craon et ses complices, traîtreusement et sans nulle défiance. — Connétable, oncques chose ne fut si cher payée comme cela sera, ni si fort amendée. »
Démence du roi (1892} —Pierre de Craon, ne se croyant pas en sûreté dans son château de Sablé, se réfugia auprès du duc de Bretagne, qui, sommé par le roi de livrer le traître, fît cacher Craon, et prétendit qu'il ne savait rien. Charles VI rassembla aussitôt une armée, jurant quMl ne prendrait pas de repos avant d'avoir puni toutes ces rébel-
lions. Les ducs de Bourgogne et de Berry s^efforçaient cependant d'entraver cette guerre. Leur haine contre Clisson s'était accrue depuis qu'ils avaient appris son immense richesse : le connétable, se croyant près de mourir, avait fait son testament, et, outre ses fiefs et son héritage, il avait disposé de 1 700 000 francs en biens meubles. Mais le roi ne tint compte ni des lenteurs et du mauvais vouloir de ses oncles, ni des craintes que ses médecins ressentaient pour sa santé ; il entraîna son armée jusqu'au Mans.
Porte du ch&teaa de Sablé.
C'était an milieu de Pété, pendant les lourdes chaleurs d'août. Comme il traversait la forêt, un homme tout vêtu de blanc se jette à la bride du cheval, en criant : «Arrête, noble roi, ne passe outre, tu es trahi! » Cette subite apparition frappe le roi; un peu plus loin, le page qui portait la lance royale s'endort sur son cheval, la lance tombe et frappe un casque qui retentit. A ce bruit d'armes le roi tressaille, tire l'épée et crie : c Sus, sus aux traîtres ! Il court l'épée nue sur son frère le duc d'Orléans, qui l'évite à grand'peine. Un
de 863 oheyaliers put enfin le saisir par derrière. On le désarma ; il ne reconnaissait plus personne.
Le roi était fou. Quelques-uns accusèrent des gens fort redoutés en ce temps-là, les sorciers ; il ne fallait accuser que le roi lui-même. Maître à douze ans de cette puissance sans limites qui jeta souvent dans le délire les plus fermes esprits il avait, à vingt-quatre ans, épuisé tous les plaisirs, toutes les émotions, depuis celles de la débauche jusqu'à celles du champ de bataille ; sa constitution était ruinée, sa raison ébranlée : un choc violent dérangea tout.
Rétabliaiement du npooTernement d«s prlnees.— Quand on avait manifesté la crainte que le roi ne fût victime de poison ou de sorcellerie : « Non, s'était écrié le duc de Berry, il n'est ni empoisonné ni ensorcelé, fors de mauvais conseils. > Cette parole conienait la sentence des marmousets. Quelques jours après, Olivier de Clisson ayant réclamé auprès du duc de Bourgogne la solde des chevaliers qui avaient suivi le roi à sa dernière expédition, le duc le regarda de travers et lui dit : c Clisson, Clisson, vous n'avez que faire de vous inquiéter de l'état du royaume ; car sans votre office il sera bien gouverné. A la maie heure que vous en soyez- vous tant mêlé ! Où diable avez-vous tant assemblé et recueilli de finances que naguère vous fttes testament et ordonnance de 1 700 000 francs? Monseigneur et beau-frère de Berry ni moi, pour toute notre • puissance à présent, n'en pourrions tant' mettre ensemble*. Partez de ma présence, et faites que plus ne vous voie; car, si ce n'était pour l'honneur de moi, je vous ferais l'autre œil crever. » Clisson se hâta de gagner son château de Bretagne, tandis que' le parlement le déclarait coupable d'extorsions, le bannissait du royaume, et lui imposait une amende de 100 000 marcs d'argent, le sire de Montaigu, averti par cet exemple, se sauva à Avignon. Bureau de la Rivière, le sire cfe Novian, le Bègue de Vilaines,, furent pris ^t .enfejrmés au château Saint-Antoine (la Bastille).
Les oncles du roi étaient donc remis en pleine possessioa du gouvernement; que firent-ils? les marmousets s'étaient fort occupés de terminer le grand schisme, les princes y travaillèrent aussi, mais avec un tel succès que bientôt, au lieu de deux papes, il y en aura trois. Ils signèrent avec l'Angleterre une trêve de 28 ans, en 1395, et donnèrent en mariageau TQi Richard II une fille de Charles VI ^ mais, en 1399, les An-
CHAftiUBS vx (1980-1422). 455
gUtts déposèrent puis étranglèrent, dit-on, kur roi, et cette alliance utile ftit perdue.
C?MisiUlc de ivicopollfi (1S90).-- Depuis kO années, les Turcs ottomans avaient franchi le Bosphore, conquis Andrînople et une partie de la vallée du Danube ; déjà ils menaçaient la Hongrie. Une croisade fut résolue ; on la mit sous les ordres d'un jeune homme de vingt-quatre ans, le comte de Nevers, Jean, qui fut, depuis, le duc de Bourgogne Jean sans Peur. Jeunes et vieux, tous aussi imprévoyant?, descendirent gaiement la vallée du Danube, prenant la croisade pour une partie de plaisir; quand on fut arrivé près de Nicopolis, le roi de Hongrie, Sigismond, conseilla de n'opposer aux coureurs ennemis que ses fantassins hongrois, sa cavalerie légère et de tenir les chevaliers en réserve contre la véritable armée ottomane, qui ne donnerait qu'en second lieu. Mais aucun ne voulut céder l'honneur de frapper le premier coup. Ils se mirent tous à l'avant-garde, se jetèrent sur le premier ennemi qui se montra et arrivèrent épuisés, en désordre, au sommet d'une éminence, où ils furent reçus par ces redoutables janissaires qu'Amurah venait d'organiser, et (pii eurent bon marché d'une troupe hors d'haleine et débandée.
fiajazet fit tuer en sa présence, 10 000 captifs. Il n'excepta du massacre que le duc de Nevers et vingt-quatre seigneurs, qu'il mit à rançon.
Le gouvernement de l'aristocratie n'était pas heureux; ses actes le déconsidéraient au dehors; ses divisions vont l'affaiblir à l'intérieur.
kabeau de Baviève. — Isabeau de Bavière n'avait pas quinze ans quand elle était venue d'Allemagne en France épouser Charles VI. Sans parents, sans guide au milieu d'une cour corrompue, elle en prit les mœurs plus vite quelle n'en apprit la langue, et elle n'aima que le luxe, les plaisirs. Les années ne rendirent ni sa conduite plus régulière, ni sa pensée plus sérieuse. Du plaisir elle descendit à la débauche. Chargée, après la démence du roi, de la garde de sa personne, elle fit servir l'autorité que lui donnait la triste situation de son époux à satisfaire ses passions, ses vices, ses vengeances. On v^rra bientôt combien, cette reine étrangère fut fatale à la France. ' "^
llc«ir«r« d« due 4'OrléaMfl (1409). -* Le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, garda l'autorité jusqu'à sa mort,
en 1404. Son fils, Jean sans Peur, voulut recueilBr, avec^on héritage, son influence dans le gouyemement ; mais le duc d^Orléans, frère du roi, tout-puissant sur Pesprit de la reine, maître, par elle, du roi et du dauphin, chef de la noblesse et brillant chevalier lui*même, prétendait ne céder le pouvoir à personne. Il y eut bientôt entre lui et Jean sans Peur une rivalité qui menaça de dégénérer en guerre civile, au milieu même de Paris : chacun assemblait ses gens d'armes et fortifiait son hôtel ; on allait combattre ; le vieux duc de Berry s'interposa, il amena le duc de Bourgogne auprès du duc ii'Orléans malade, les ût s'embrasser, communier ensemble, manger ensemble. Cette .réconciliation avait lieu le 20 novembre 1^07 : le 23, Louis d'Orléans mourait assassiné par Jean sans Peur.
11 y avait plus de quatre mois que le duc méditait ce meurtre. 11 avait acheté dans la ville une maison où il voulait, disait-il, mettre du vin, du blé, et d'autres provisions; il y capha dix-sept spadassins. Cette maison, située rue Vieilledu-Temple, près de la porte Barbette, était sur le chemin que suivait le duc d'Orléans, en revenant de la demeure du roi à son hôtel. Le mercredi 23 novembre, à huit heures du soir, par une nuit fort sombre, le duc sortit de l'hôtel Montaigu, monté sur une mule, et n'ayant avec lui que deux écuyers sur un même cheval ; quatre ,ou cinq valets de pied portaient des torches. Quoi qu'il ne fût pas tard, toutes les boutiques étaient déjà fermées. Le duc se tenait en arrière de ses gens, chantant à demi-voix et jouant avec son gant, lorsque les spadassins, cachés dans l'encoignure d'une maison, s'élancèrent sur lui en criant ; « Amorti à mort! » D s'écria € Je suis le duc d'Orléans! — C'est ce que nous demandons, » répondirent-ils en frappant. Un page essaya de couvrir le prince de son corps : il fut tué; une femme du peuple s'était mise à sa fenêtre et criait au meurtre. Un des assassins lui dit: t Taisez-vous, mauvaise femme l * Alors, à la lueur des torches, elle vit sortir de la maison achetée par le duc de Bourgogne, un homme grand, couvert d'un chapeau -rouge descendant sur les yeux, et qui, avec un falotde paille, regarda si le duc n'était pas manqué jcomme précédemment le connétable. Cette fois, les meurtriers avaient bien gagné leur salaire, le corps était véritablement haché : le bras droit était tranché . k deux places, le poing gauche détaché et lancé au loin, la tète ouverte d'une oreille à l'autre et U
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CQnrelle répandue sur le payé. A cette Tue, llioinme au chapeau rouge dit aux autres ; c Éteignez tout, et allons nousen, il est bien mort, i Us mirent le feu k la maison qu'ils avaient occupée, semèrent après eux des chausses-trappes pour qu'on ne pût les poursuivre, et se retirèrent à FhAtel d'Artois, dans la rue Mauconseil.
Le lendemain, Jean sans Peur alla, comme tous les princes, visiter le mort et lui jeter de Peau bénite à Féglise des Blancs-Manteaux ; c Jamais, dit-il à la vue du cadavre, jamais plus traître meurtre n'a été commis en ce royaume! » 11 pleura auxfunérailleset tint un des coins du drap mortuaire. Quelques jours après cependant, lorsque le prévôt de Paris déclara au conseil qu'il se faisait fort de trouver les coupables, si on voulait lui permettre de fouiller les hôtels des princes, Jean sans Peur se troubla, pâlit, et tirant à part le àuc de Berry et le roi de Sicile ; c C'est moi, leur dit-il, le diable m'a tenté, i
Ce premier abattement se dissipa bientôt, et le duc de Bourgogne prit la résolution d'avouer, de justifier son crime. Le lendemain, en effet, il se présenta hardiment pour assister au conseil des princes; mais son oncle le duc de Berry vint à sa rencontre jusqu'à la porte, et lui dit ; t Beau ne- ^evi, n'entrez pas au conseil pour cette fois, il ne plaît mie bien à aucuns qu'y soyez. » La pensée lui vint alors qu'on pourrait bien l'arrêter; il monta à cheval et gagna au plus vite ses possessions de Flandre; de là il fit dire, prêcher et écrire, qu'il n'avait que prévenu les embûches du duc d'Orléans. Un moine franciscain, le docteur Jean Petit, fut l'année suivante, chargé de démontrer par douze raisonnements, en l'honneur des douze apôtres, que, si le duc avait été tué, c'était pour Dieu, car il était hérétique; pour le roi, car il voulait usurper; pour la chose publique, car TÉtat aurait eu en lui un tyran. A cette étrange apologie du meurtre par un moine, le duc de Bourgogne ajouta une sanglante victoire ; il tua, à Hasbain (U08), 25 000 Liégeois. C'était le meilleur argument pour se défendre; il revint à Paris, promettant au peuple une prochaine abolition des taxes, et arrachant au roi des lettres de rémission, par lesquelles Charles VI déclarait ne conserver contre lui aucune déplaisance pour avoir mis hors de ce monde son frère, le duc d'Orléans (paix de Chartres, mars 1409). La duchesse d'Orléans, la belle et douce Valentine Visconti, n'avait pas au moins vu cette honte des
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siens* La mort de son mari Pavait tuée. Elle avait pris pour devise : « Rien. ne m'est plus; plus ne m'est rien; » et ella était morte en 1408, c de courroux et de deuil, j dit JuvénalX des Ursins. % nf^
Faeltonfi des itmairnaetet4esBo«r|r«ii:iiOBs( t^M). — Le duc d'Orléans ne méritait pas beaucoup de regrets. Son administration avait été déplorable comme ses mœurs. Il avait déclaré la guerre à l'Angleterre, ne l'avait point faite, •t s'était servi de ce prétexte pour augmenter les impôts, quHl s'appropriait. Le duc de Bourgogne s'opposa hautement aux taillés nouvelles, et pour faire prendre patience au peuple, surtout pour mettre la main sur de riches dépouilles, il envoya à l'échafaud le surintendant des finances, Jean de Montaigu (1409); puis il fit restituer aux Parisiens leur vieille constitution libre, le droit d'élire leur prévôt et de s'oi^aniser en milices bourgeoises sous ^és chefs électifs, même ce* lui de posséder des fiefs nobles avec les {»iviléges qui; étaient attachés. Aussi était-il extrêmement populaire, et cette popularité, il l'augmentait, en montrant, à. chaque oocasios;!aux bourgeois, même aux plus petits, des égards auzqiiel# ils n'étaient pas accoutumés. Ce furent les gens des hftllilP qui firent, k Paris, la force du parti bourguignon. La {&o4l|d lité ne pardonna pas à Jean sans Peur de rechercher un JM reil appui, non plus que d'avoir compromis l'inviolabilUéiril gneuriale en tuant un prince du sang, -un frère du roU IMf partie considérable de la noblesse se' tourna contre lui; kt vengeurs du duc d'Orléans se rangèrent sous la bannière du beau-père d'un de ses fils, le comte d'Armagnac, qui donna I son. nom au parti (1410). Ainsi, le roi fou, la reine méprisée et incapable, le dauphin menacé par ses excès de ^ finir comme son père, le premier prince du sang souilié di'un , meurtre infâme , point de . gouvernement , mais des partis en armes, la guerre au dehors et au dedans, voilà ' l'état de la France, Il ne pouvait sortir de là qu'une catastrophe.
Ciaerre elvlle. — De 1410 à .1412, les deux factions s'attaquèrent deux fois et deux fois traitèrent (novembre 1410, paix de Bicètre; juillet 1412, paix de^ Bourges), L'une et l'autre avaient fait des avances aux Anglais pour mettre de soa côté l'ennemi du pays. S'il n'y eyt point, dans ces prises d?armes, de grandes batailles, il y eut infiniment de pillages et de meurtres dans les campagnes. A Paris, on fît des pro-
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cessions pour demander au ciel de doimer enfin aux princes l'esprit de paix.
MomTelle iaier^«Mitom de la boari^oliie de Paris pour rétabir la paix (14L10) i les raboehiens. — Dans cette situation, qui rappelait les plus mauvais jours du règne du roi Jean, la bourgeoisie, moins le parlement toutefois, qui se tint à Técart, se mit en avant, comme en 1356. L'Université de Paris était très-fière d'avoir récemment obtenu la déposition de deux antipapes, l'élection d'Alexandre V, aûclen docteur de la Sorbonne, et la convocation d'un con-
nôtel SaiDt-Pol
cile général pour la réforme de l'Église. La bourgeoisie crut qu'elle pourrait pacifier l'État, comme elle espérait avoir pacifié la chrétienté. Elle obtint de Charles VI, dans un de ses moments lucides, qu*il reavpyât tous les princes dans leurs terres avec défense d'en sortir. Mais, quelques mois après, la guerre reconamençait. Lès Armagnacs commettaient mille atrocitéSy disant à leurs victimes d'aller chercher vengeance auprès < du povre fol de roi. » Le corps de ville demanda lui-même au conseil du roi de confier la défense de Paris à un ami du duc de Bourgogne, au comte de Saint-Pol, et celui-ci, peu sûr de la haute bourgeoisie, voulut la mater par la populace. Jl prit appvd sujc la grande et riche cprpprabpn
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des bouchers, qu^il autorisa à lever 500 hommes pour la garde de la ville. Ils armèrent leurs valets, les tueurs, les écorcbeurs, les assommeurs. Cette tourbe violente, habituée à saigner, à tuer, qui se donna pour chef Tassommeur Caboche, se laissa mener quelque temps par ses maîtres et par les docteurs de T Université. Alors Paris présenta le plus singulier et terrible speptade. Un jour, la, multitude se rend à Thôtel du dauphin, le force à comparaître su»,le balcon, et là, par l'organe de son orateur de prédilection, le vieux chirurgien Jean de Troyes, elle fait entendre au prince ses remontrances : il faut qu'il ébighe les conseillers qui le poussent au mal, les compagnons de ses débauches; il faut qu'il mène une vie plus régulière de toute façon, qu'il prenne soin de sa santé et de son âme. Les bouchers, d'ailleurs, se chargent de veiller eux-mêmes à cette réforme des mœurs qui doit entraîner après elle, dans leur esprit, la réformation du royaume. Ils font le guet autour de l'hôtel SaintrPol pour la sûreté du roi et de monseigneur le duc de Guyenne, et s'ils entendent trop avant dans la nuit le bruit des instruments et des danses, ils montent hardiment pour Tes faire cesser, pour imposer la décence et la règle. Mais ces rudes et violentes natures ne se contentent pas toujours de paroles. S'ils ont compassion < de ce bon enfant de dauphin, > il^ éclatent contre ceux qui le corrompent, ils les arrachent de son hôtel; ils les mènent au parlement pour qu'il les juge, et, en chemin, font justice d'abord de ceux qui leur déplaisent le plus.
li'ordonnance cabochienne (1413). — Cependant les habiles du parti, docteurs et légistes, préparaient pour la répression des abus cette grande ordonnance de 1413, dite ordonnance cabochienne, dont l'application eût été une des meilleures réformes administratives de la vieille France (25 mai). Mais « cette grande charte de réforme, œuvre commune du corps de ville et de l'Université, il se trouva des hommes pour la concevoir, il ne s'en trouva pas pour l'exécuter et la maintenir. Les gens sages et rompus aux affaires n'avaient alors ni volonté ni énergie politique. Ils se tinrent à l'écart, et l'action resta aux exaltés et aux turbulents. Ceux-ci précipitèrent par des excès intolérables une réaction qui amena leur chute et l'abandon des réformes. » (Aug. Thierry.)
BéMUon} les Armmgnmtû à Paris. — Ce que la bour-
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geoisie ayalt respeeté, la populace Toutragea; elle proacriTÎt non pas seulement le vice et rimmoralité, mais la richesse, elle mêla à la réforme le pillage et le meurtre ; elle fit honte, enfin, à ceux même qui Tavaient d'abord employée, et qui, rougissant alors d'une telle association, aimèrent mieux obéir aux Armagnacs qu'aux cabochiens. Appelés par tous les hommes de modération, les Armagnacs arrêtèrent les excès de la populace, mais aussi renversèrent les mesures réformatrices de la bourgeoisie (5 septembre 1413). Jean sans Peur avait en toute hâte regagné ses provinces flamandes. Le parti victorieux Ty poursuivit et le força à promettre qu'il ne rentrerait paa.à Paris (traité d'Arras, septembre U14).
B»taille 4'AKlBcovri (14L1A). — Armagnacs et Bourguignons se battant, le roi d'Angleterre, Henri V, jugea le moment venu d'intervenir dans la mêlée. Il avait d'ailleurs besoin d'une guerre étrangère pour s'affermir sur le trône que son père avait usurpé.
Depuis les grands pillages de l'autre siècle, une guerre avec \a France était toujours populaire en Angleterre. Lorsque Henri proposa une expédition sérieuse, il obtint aisément du Parlement 6000 hommes d'armes et 24000 archers, avec lesquels il débarqua près de Harfleur (14 août 1415). Après une défense héroïque qui dura un mois tout entier, Harfleur, non secouru, fut obligé de se rendre. Mais Henri V y avait perdu 15000 honunes, la moitié de son armée. Trop faible mainte^ nans pour rien entreprendre, il résolut de gagner Calais ^ travers champs, et de jeter à la chevalerie française un nouvel et insolent défi. ,
Les Anglais partirent de Harfleur le 8 octobre 1415, tra^ Tersèrent le pays de Caux non sans quelque résistance, quoiqu'ils eussent soin de ne demander aux villes que des vivres et du vin, de peur de soulever les populations. Ils arrivèrent le 13 à Abbeville pour y passer la Somme, mais ils trouvèrent le gué de Blanquetaque si bien gardé cette fois, qu'il leur fallut remonter le long du fleuve jusqu'à Amiens. Près de Nesle, un homme du pays leur indiqua un gué au delà d'un marais. C'était un difficile et dangereux passage; ils étaient perdus si on les eût attaqués là. Mais l'armée française était loin encore en arrière. D'ailleurs la noblesse n'eût pas voulu d'un combat dans ces marais; il lui fallait une belle bataille en plein champ ; aussi les princes firent-ils demander au roi Henri V jour et lieu pour le combat. A quoi l'Anglais
répondit simplement c quUl n^étalt nécessaire de prendre ni jour ni place, car tous les jours le pouvaient trouver à pleins champs. »
Malgré cette réponse, on craignait, dans Tarmée française, que Pennemi n'échappât, et pour être plus sûr de le tenir, les princes allèrent se poster entre les villages, de Tramecourt et d^Âzincourt, à un endroit où les Anglais devaient nécessairement passer, dans une plaine étroite, nouvellement labourée et toute détrempée par la pluie, où il était impossible à leurs 50000 hommes, dont 40000 cavaliers, de se développer et de manœuvrer. Le connétable d'Albret avait disposé l'armée en trois corps ; mais tout le monde voulut être du premier; les princes, la plus haute noblesse s*y portèrent; ce premier corps eut trente-deux rangs de profondeur. On avait bien quelques milliers d'archers pour opposer aux archers anglais; on avait bien des canons; mais la place était prise par les chevaliers; on ne s'en servit pas.
Le jour arriva enfin ; les archers d'Angleterre lancent leurs traits ; nul de l'armée française ne leur répond. « La place estoit molle et effondrée de chevaux, dit un témoin oculaire, Lefebvre de Saint-Remy, en telle manière que à grand'peine se pouvoit-on ravoir hors de la terre. D'autre part les François estoient si chargés de harnois qu'ils ne pouvoient aller en avant. Premièrement estoient chargés de cottes d'acier, longues, passant les genoux et moult pesantes, et par-dessous harnois de jambes, et par-dessus blancs harnois, et de plusbachinets.... Ils estoient si pressés Tun de Tautre quils ne pouvoient lever leurs bras pour férir les ennemis, sinon stucuns qui estoient au front. » Enfin 1200 hommes des deux ailes parvinrent à se détacher de cette masse et s'avsmcèrenl contre l'ennemi ; mais les uns furent assaillis par une troupe d'archers anglais cachés dans un bois voisin, les autres glissèrent et tombèrent dans la boue; 120 à peine arrivèrent jusqu'à l'ennemi, et furent vigoureusement repoussés, ils revinrent jeter le désordre dans le eorps de bataille, suivis des archers anglais, qui, armés de haches, d'épées et de massues» éventraient hommes et chevaux. L'arrière-garde s*enfuit sans avoir combattu. Peu de sang aurait coulé si le bruit ne s'était répandu tout à coup qu'un nouveau . corps d'armée française était arrivé, pillait les bagages aligiais et allait attaquer par derrière. Henri V dobna onke à tous les siens de tuer leurs prisonniers, et n'arrêta pe massa^
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cre que quand il eut reconnu que l'on avait eu une fausse alarme.
Les Anglais laissaient 1600 hommes sur le champ de ba* taille, les Français 10 000, dont 7 princes, le connétable et 120 seigneurs bannerets. 1500 prisonniers, parmi lesquels les ducs d'Orléans et de Bourbon, les comtes d'Eu, de Vendôme et de Richement, étaient aux mains des vainqueurs. Avec cette riche capture, Henri V alla se rembarquer à Calais : son armée, réduite à 10000 hommes, ne pouvait songer à / aucune autre entreprise» c'était assez, c'était trop de ceMe «^ prodigieuse victoire. jûfv
Massacre des Armai^aes danii Paris (I4L18). — ^Le duc de Bourgogne n'avait pris aucune part à la bataille d'Azincourt, c'étaient ses ennemis qui avaient essuyé cette honteuse défaite. S'il s'était hâté, il eût pu entrer en maître dans Paris. Le comte d'Armagnac, le nouveau connétable, montra plus de promptitude ; il prit possessio.Q de la capitale, du roi, de son fils devenu dauphin et qui était encore enfant, c'està-dû^ du gouvernement. tout entiw^ Pour rappeler un peu de popularité sur son parti, il montra une louable activité. 11 emprunta des vaisseaux aux Génois, il leva des troupes en France, il alla mettre le s^ége devant Harfleur (1416). Mais ^argent manquait ; il recourut h la grande ressource du temps, l'adtération des monnaies, les- emprunts f<9rcés. Jean sans Peur se fit le patron des pauvres.
Paris murmurait. Jean sans Peur, pour accroître la fermentation, empêcha l'arrivage des vivres dans la grande cité. 11 était parvenu à enlever de Tours la reine Isabeau et l'avait déclarée régente du royaume ; il fit défendre aux bonnes villes, en son nom, de payer les taxes imposées par Armagnac, et il négocia avec les Anglais (U17),
Ceux-ci étaient revenus.. Henri V avait pris Caen (U17), et comme un conquérant qui n'avait rien à redouter, il avait divisé son armée eu quatre corps, pour aller plus vite eh besogne. Que pouvait-il craindre en effet? lès ducs de Bretagne, d'Anjou et de Bourgogne avaient signé avec lui des traités de neutralité. Armagnac ne pouvait rieh empêcher, car il était réduit à emjpruntet aux saints, eh faisant fondre leurs châsses. Les gens de son parti l'abandonnant parce qu'ils n'étaient pas assez payés, il fallut faire garder Pmtjs pur les Parisiens, qui le haïssaient, et qui le trahirent.
Un nommé Perrinci Leelere, mardiand de fer au Petit-
Pont avait la charge du guichet Saint-Germain ; « son fils, dit Monstrelet, et quelques jeunes compagnons, du moyen estât et de légère volonté, qui autrefois avoientété punis pour leurs témérités, » complotèrent de livrer la ville aux Bourguignons. Dans la nuit du 29 mai 1418, Perrinet entra dans la chambre de son père pendant quïi dormait et enleva les clefs qu'il gardait sous son chevet. Le sire de TIsle-Âdam, averti d*avance, était de Tautre côté du fossé, il entra avec un corps de 800 hommes; les anciens partisans de la faction.
L« Châtelet*.
les bouchers, les écorcheurs, tout le peuple des halles accoururent autour de lui. Quelques Arms^nacs parvinrent à s'échapper, emmenant avec eux le dauphin; le plus grand nombre, et le connétable entre autres, furent jetés en prison. Leur vie y fut bientôt en péril. Cette populace qui avait fait, en 1413, sa première apparition, rentra sur la scène en 1418, exaspérée, furieuse de misère et d'inquiétude. Tantôt les
1. Cette forterewe, qui servit de demeure aux comtes, pais aux prérôti de Pari», occnpait l'emplacement appelé aujourdTmi place du CÈâteleL es face le pont au Change, et ne fut démolie qii*en 1802. On en faisait remostmr la construction à Louis le Gros oa à PhiJipps Aogwta.
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irres manqnaîent et Paris était menacé de mourir de faim ; aotôt les plus sinistres nouvelles circulaient dans la foule : es Armaçiacs venaient djassaillir telle porte, tel faubourg, es AnglsJb tel autre. La cause de ces malheurs, criaitron de outes parts, c'étaient ces Armagnacs qu'on tenait; il fallait » venger d'eux, en finir avec leurs complots.
Le dimanche, 12 juin 1418, la population s'ébranle et 30urt aux prisons, à Thôtel de ville, au Temple, à Saint-Ëloi, i Saint-Magloire, à Saint-Martin, au grand et au petit Ghàlelet pour y égorger indistinctement tous ceux qu'elle y trouve. Armagnacs ou non, le lundi matin 1600 personnes avaient péri : on tuait dans les prisons, on tuait dans les rues, les cadavres y restaient, et f les mauvais enfants jouoient à les traîner. » Sur celui du connétable, ils s'amusèrent à lever une large baûde de peau «pour figurer l'écharpe blanche d'Armagnac. •
Ces effroyables scènes venaient d'avoir lieu, lorsque le duc Jean sans Peur revint avec la reine dans Paris, au milieu des clameurs enthousiastes de la foule, qui croyait voir revenir l'abondance et la paix en même temps que lui. Vain Hpoâr! Ni l'une ni l'autre ne dépendait du duc de Bourgogne; h tous les maux précédents, s'ajouta, au contraire, une épidémie qui emporta dans Paris et les environs 50 000 personnes. ^ussi la populace redevint-elle furieuse, et s'en prit-elle encore une fois aux malheureux qu'on avait oubliés dans les prisons ou qu'on y avait jetés depuis le mois de juin. Le 31 août un immense rassemblement se forme bous les ordres du bourreau Gapeluche et se dirige vers les prisons. Le duc de Bourgogne accourt, supplie, va jusqu'à serrer la main de Capeluche sans rien gagner ; un nouveau massacre a lieu. Quelques jours après, le duc envoya cette horde féroce assiéger des Armagnacs enfermés, disait-il, dans Montlhéry, et dès qu'elle fut sortie, il ferma derrière elle les portes de Paris et fit décapiter Gapeluche.
Prise de BoveM par lee An^leto (IdilO). — Jean sans Peur se retrouva maître de la capitale et du gouvernement, mais chargé aussi de l'écrasante responsabilité que cette position entraînait Gomment faire cesser la famine et contenir une populace déchaînée? comment résister à ces partisans vmagnacs, qui avaient le dauphin entre leurs mains et qui occupaient toutes les campagnes autour de Paris ? comment tenir tète aux Anglais qui faisaient méthodiquement la con-
qqète du royaume ? Après avoir pris possession de toute la basse Normandie, de Falaise, de Vire, de Saint-Lô, de Coutances et d^Évreux, ils vinrent mettre le siège devant Rouen. La bonne ville résista pendant sept mois. On mangea les chevaux, les chiens et les rats; on jeta hors des murs 12000 vieillards, femmes et enfants, qui moururent de faim entre la ville assiégée et le camp ennemi : on avait épuisé enfin toutes les ressources de la défense, et le gouvernement ne faisait rien ? Le duc de Bourgogne fit bien prendre au roi Toriflamme ; il Tamena à Pontoise, à Beauvais, mais B*osâ s'aventurer plus loin. L^héroïque ville se rendit : Henri eu» gea une énorme amende de 300 000 écus, et la mort de six bourgeois avec leur plus brave défenseur, le chef des aitolétriers, Alain Blanchard (1^19). Les autres se rachetèrent, mais la tête d'Alain tomba. Edouard III avait été moins &• roce.
En apprenant la chute de Rouen, toutes les villes et {daces de la province ouvrirent leurs portes. Henri se montrait fiuât et faisait de bonnes conditions à qui lui prêtait serment de fidélité. Une femme le lui refusa. « La jeune dame' de la Roche-Guyon, dit Juvénal des Ursins, dont le mari avaitilé tué à Azincqurt, aima mieux s'en aller dénuée de touslMMb' avec ses trois enfants, que de rendre homjnage au roi dVw* tre-mer, et de se mettre aux mains des anciens ennemis du royaume.»
L'infatuation anglaise fut portée au comble par la coih quêté de cette grande et riche province. Aux propositions àe paix que lui adressa le duc de Bourgogne, Henri V répondit par d'impérieuses demandes : une fille de Charles VI en mariage, et, avec elle, la Guyenne, la Normandie, la Bretagne, le Maine, l'Anjou, la Touraine ; et comme le duc hésitait^ Henri V lui disait rudement : f Beau cousin, sachez qw< nous aurons la fille de votre roi, et le reste, ou que poust, vous mettrons, lui et vous, hors de ce royaume. » ' "^
AwiaMinat de iVeaii «aiM Peu (14:10).^ Rebuté de ce côté, Jean sans Peur revint vers les Armagnacs, et eut avec le dauphin une entrevue amicale au ponceau de Pouilly (11 juillet 1419). Mais ses doutes, ses rancunes le reprenant, il retourna encore aux Anglais. Alors les hommes déterminés qui entouraient le jeune dauphin (depuis Charles VU) résolurent d'en finir à leur manière avec le prince qui pouvait d'un moment à l'autre livrer le royaume aux étrangers. Le
CHAHLES VI (1380-1422).
10 septembre 1419, le duc de Bourgogne, iinrité à une entrevue avec le dauphin au pont de Montereau, au confluent de TYonne et de la Seine, y fut égorgé par Tanneguy Duchâtel et les serviteurs du prince.
Traité d« Troyes (1420). — L'Anglais était là pour recueillir les résultats du crime qu'il n'avait pas commis. Ce que n'avaient fait ni Crécy, ni Poitiers, ni Azincourt, l'assassinat du pont de Montereau le fit : il donna la couronne de
Le pont de Montereaa.
France à un roi d'Angleterre. Le 21 mai 1420,1e honteux traité de Troyes fut conclu entre Henri V, le duc de Bourgogne et la reine de France, Isabeau, qui déshéritait son fils, pour couronner sa fille, Catherine de France, qu'elle donna au roi anglais. On ne peut sans humiliation en retracer les principales clauses : « Est accordé que tantôt après nostre trépas, la couronne et royaume de France demeureront et seront perpétuellement à nostredit fils le roy Henry et à ses hoirs.... La faculté de gouverner la chose publique dudit royaume demeurera, notre vie durant, à nostredit fils le roy Henry, avec le conseil des nobles et sages dudit royaume.... Toutes conquêtes qui se feront par nostredit fils le roy Henry sur les
468 CHAKLES VI (1380-1422).
désobéissants, seront à nostre profit.... Considéré les horribles crimes et délits perpétrés audit royaume de France par Charles, soi-disant dauphin de Viennois, il est su que nous, nostredit fils le roy, et aussi nostre fils Philippe, duc de Bourgogne, ne traiterons de p9Êk ledit Charles, sinon du consentement et du chacun de nous trois et des trois estais des deux aessusdits. >
Hort de Henri V d'Angleterre et de [148S). — Mais le pays ne sanctionna pas ce li don de ses droits et la trahison de cette mère déi longue et vigoureuse résistance éprouvée par les Sens, à Montereau, à Melun, à Meaux, la défaite et du duc de Clarence, frère du roi, à Baugé dans (23 mars 1421), apprirent à Henri V qu'il s'en que la France entière fût à lui. Il entrevit les ei sa situation et, quand il ne serait plus, le sort d^ quête si laborieuse. Lorsque, déjà malade, on vint lui cer, pendant le siège de Meaux, que sa jeune fenouuï mis au monde un fils au château de Windsor, on qu'il dit avec tristesse : « Henri de Monmouth aiira peu et conquis beaucoup : Henri de Windsor régnera temps et perdra tout. La volonté de Dieu soit faite. >
Les deux parties de la prédiction devaient s'accomiw« d la première ne se fit pas attendre. Quoique jeune easjjp^ Henri V expira le 14 août 1422. Sept semaines afoEll. 21 octobre, Charles VI, à son tour, mourut, pleuré et ru|tWii des ces'populations compatissantes auxquelles son règne «vaii été pourtant si funeste, mais qui l'avaient vu souffrir comme elles-mêmes : « Tout le peuple qui étoit dans les rues et aux fenêtres pleuroit et crioit comme si chacun eust vu fmqonr ce qu'il aimoit le plus. « Ah ! très-cber prince, jamais bois « n'en aurons un si bon I Jamais nous ne te verrons! Matt^ c soit la mort 1 Nous n'aurons jamais plus que guerre, pitt9» c que tu nous a laissés. Tu vas en repos, nous demeucws « en tribulations et douleur. »
Concile de Constance. — De graves événements s^étaieikt durant son règne accomplis dans l'Église. Ce n'était pas un roi en démence, ni des princes tout occupés de leurs rivalâés qui pouvaient rendre la paix au monde chrétien. Pouriant deux conciles nationaux, les premiers qui eussent été tenus sous la troisième race, avaient été réunis à Paris, pour aviser
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