CHAPITRE XXX
Cniarles V (1364.) s r^taMlMemént de Tordre dans le paya et dans les diianeea. — Le ifils de Jean le Bon, Charles V, à juste titre surnommé le Sage, avait alors vingtsept ans. Sa conduite antérieure n'était pas de nature à inspirer de bien grandes espérances. Comme homme de guerre» il avait fait de tristes preuves à Poitiers, où on Tavait vu fuir un des premiers ; comme politique, il nîavait pas fait meilleure figure à Paris, pendant la révolution. La faiblesse de sa constitution, même ses qualités morales, n'annonçaient pas rboimme capable de réparer les malheurs du règne précédent, a.... Complettement il entendoit son latin, et suffisamment savoit les règles de la grammaire.... Dès qu'il eust commencé à régner, il fit en tout pays querre et chercher el appeler à soy clers solemnels, philosophes fondés en sciences mathématiques et spéculatives. »
Ce roi faible et maladif, qui vit enfermé dans son hôtel Saint-Pol ou au château de Vincennes, au milieu des astrologues et des clers solemnels, sera-t-il l'homme d'une époque où la guerre se fait de tous côtés, où la lance et l'épée semblent si nécessaires? Mais, derrière les savants et les philosophes qui figurent sur le premier plan autour du roi, on voit d'autres personnages, toute une école de capitaines, deux illustres Bretons, Bertrand Duguesclin et Olivier de Clisson, Boucicaut, Louis de Châlons, Le Bègue de Vilaines, Edouard de Renty, les sires de Beaujeu, de Pommiers, de Reyneval. Ce ne sont pas là des chevaliers comme les paladins de l'âge précédent : ils savent frapper de grands coups d'épée, mais ils savent autre chose. Ils ont enfin compris, pour la première fois en France depuis bien longtemps, que la guerre est un art ; ils étudient sinon la stratégie, au moins les stratagèmes, ne font point grand cas de l'absurde point d'honneur
qai a causé les défaites de Crécy et de Poitiers, et lui substituent l'adresse, la ruse, quelquefois mdme la fraude, mais aussi la victoire et ses bénéfices. Et le roi Charles V va tirer parti des capitaines comme des savants; tandis que les uns interrogeront les chartes, interpréteront les traités, discuteront, négocieront, les autres feront, sous la direction du roi qui les gaide de son cabinet, une guerre toute nouvelle, peu glorieuse en apparence, très-profitable en réalité, et dont le résultat doit être la reconstitution territoriale du royaume.
Le traité de Brétigny n^avait pas tout terminé. Charles le Mauvais maintenait ses prétentions et gardait ses rancunes ; la Bretagne n^avait pas fini sa guerre de succession, qui darùt depuis vingt ans et plus, et le royaume était horriblement foulé par les grandes compagnies. Charles V fit en sorte de traiter séparément chacune de ces grandes affaires.
Démêlée avec le rot de IVavavre. — Les fiefs normands de Charles le Mauvais inspiraient au roi les plus vives inquiétudes. Avec ses deux villes de Mantes et de Meulan, il barrait la Seine, et il pouvait par là appeler les Anglais jusqu'au cœur de la France, Charles résolut de les lui enlever ; et cette première guerre fut conduite comme toute guerre devait Tétre pendant ce règne.
Un matin, Boucicaut se présente, lui dixième, aux barrières de Mantes, fort eflhiyé et comme poursuivi, et sollicite les bourgeois de lui ouvrir leurs portes, car les brigands du château de Rolleboise Tout défait, dit-il, le poursuivent, et ^épargnent pas plus les Navarrais que les Français. Les bourgeois n'étaient pas sans défiance, mais Boucicaut les rassure, en leur donnant sa foi, et obtient qu'on le laisse entrer. D'autres prétendus fuyards arrivent et d^autres encore, jusqu'à ce que, se trouvant en assez grand nombre, ils déclarent que c'est ville gagnée : « et tantost se saisirent des portes et se mirent à crier : Saint-Yves Guesclin ! et commencèrent à tuer et [découper ces gens. » Une aussi indigne perfidie livra Meulan aux soldats du roi de France, et le trai- J tement infligé aux crédules bourgeois y fut le même. J •
Daguesclln; bataille de Coclierel (1364). Vralté^ aree Charles le Hauvait (1865). — Charles de Navarre, pour se venger, envoya en Normandie une armée de Navarrais, d'Anglais et de Gascons, sous les ordres du captai de Buch, Jean de Grailly ; Duguesclin arriva de son côté, avec
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un millier d^hommes d'armes et d'archers affamés. U n^anit que du paia pour deux jours et rien de plus. Le captai, pour l'attirer à une action dans un lieu qu*il avait choisi, fait dresser des tables qu'il couvre de vins, de jambons et de toutes sortes de vivres. Pas un Français ne quitte son rang ; le captai est réduit à les attendre sur Tëminenee où il s'est pru* demment porté, non loin de Gocherel. Les chevaliers de Crécy et de Poitiers eussent immédiatement tenté d'escalader la colline. Duguesclin le fit aussi; mais, après une première attaque, il fit sonner la retraite et feignit de prendre la fuite. A cette vue, le capitaine anglais John Joël, malgré les ordres du captai, s'élance dans la plaine en criant : « En aviant Saint-Geoi^e I qui m'aime me suive I » Le captai ne voulut point l'abandonner et le suivit. Duguesclin s'attendait à cette imprudence ; il fit volte-face et tomba rudement sur l'ennemi. U avait préparé un autre stratagème de guerre : trente cavaliers, les plus braves de sa troupe, montés sur les trente meilleurs chevaux, ne devaient s'occuper que d'une chose, saisir le captai de Buch. L'ayant reconnu qui combattait à pied, au premier rang une hache d'armes à la main, ils se jetèrent tous ensemble sur lui, l'enlevèrent et repartirent au galop. Cette prise, une blessure mortelle reçue par l'Anglais John Joël, décidèrent la défaite de4^armée navarraise (16 mai). Duguesclin avait promis à Charles cette ^pture : « pour estrennes de sa noble royauté. » Charles le Mauvais s'empressa de traiter, c'es^-dire d'accept^ la condition essentielle que lui offrait le*roi de France, l'échange de ses fiefs de Normandie contre la baronnie de Montpellier, Là du moins il serait loin des Anglais.
Fin de la yiierre de Bretaf^nei bataille d'Anrayi Ci>aité de Onérande (1365).-^ La guerre durait toujours en Bretagne. En 1350, elle avait été marquée par un fait d'armes resté célèbre, le combat des ^Trente, Robert de Beaumanoir, gouverneur du château de Josselin, défia le capitaine anglais Richard Bramboroug, qui commsùidait à Ploërmel. Us se rencontrèrent sur la lande de Josselin, ayant chacun vingt-neuf compagnons. La mêlée fut longue et sanglante. Beaumanoir, blessé un des premiers et souffrant de la soif} I demandait à boire. Un de ses compagnons, Geoffroy Dubois, lui cria : « Bois ton sang, Beaumanoir 1 » et continua de frapper. Quatre Français, neuf Anglais, et parmi ceux-ci le capitaine, furent tués; presque tous les autres des deux
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cAtés farmt blessés. Les Anglats se rendirenl aoz Français.
De telles expertises d*armes n'ayançaient guère les choses. Cette guerre tcaîna jusqu'au combat d'Auray, en 1364. Les rois de France et d'Angleterre s'étaient réservé le droit de secourir, sans enfreindre la paix, les deux prétendants qui se disputaient la possession du duché. En vertu de cette stipulation sing^ilière, le roi de France mit au service de Charles de Blois 1000 lances et son bon capitaine Bertrand Duguesclin. L'Anglais ne voulut pas demeurer en reste, et Jean de Montfori reçut du prince de Galles 200 lances, 200 archers, et bon nombre de chevaliers, avec le brave et prudent Chandos, La rencontre eut lieu près d*Auray. Les Anglais et Montfort occupaient une hauteur, comme à Poitiers, comme à Coche^ rel. Duguesclin n'aurait pas eu l'imprudence de les attaquer dans une pareille position, mais Charles de Blds s'obstina à combattre. Les seigneurs bretons de l'un et de l'autre parti voulaient d'ailleurs en finir avec cette longue rivalité, et ils avaient même résolu que, « si on venoit au-dessus de la bataille, que messùre Charles de Blois fût trouvé en la place, on ne le devoit point prendre à nulle rançon, mais occire. Et ainsi en cas semblable, les François et les Bretons en avoient ordonné de messire Jean de Montfort, car en ce jour ils vou* loient avoir fin de bataille et de guerre. »
forcé de combattre, Duguesclin disposa ses troupes en si belle ordonnance, que le commandant anglais, en les voyant venir, ne put lui-même retenir un cri d'admiration : « Que Dieu m'aide, dit-il, comme il est vrai qu'il y a ici une fleur de chevalerie, grand sens et belle ordonnance ! » Mais Ghandos était aussi un excellent capitaine, qui, outre l'avantage de la position prise, s'était ménagé une réserve pour soutenir ceux des siens qui faibliraient. Cette précaution lui assura la victoire ; Duguesclin, malgré toute sa valeur et sa prudence, tomba prisonnier entre les mains de l'ennemi et ne ^'entira qu'au prix d'une rançon de 100000 livres (6 millions de francs d'aujourd'hui). Charles de Blois fut tué avec la plupart des grands seigneurs qui l'entouraient. Cette défaite du parti français, en Bretagne, n'eut pourtant pas de suites trop fâcheuses. Le roi négocia. Par le traité de Guérande (11 avril 1365), Jean de Montfort fut reconnu comme duc de Bretagne ; la veuve de Charles de Blois n'eut que le comté de Penthièvre avec la vicomte de Limoges. Jean IV, rétab^'
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parles Anglais, n^en vint pas moins à Paris, au mois de < cembre 1366, faire hommage à Charles V, le genou bais les mains jointes entre celles du roi, son chancelier décla pour lui quUl faisait honuniage tel que les ducs de Bretagne ses prédécesseurs, ravalent fait aux précédents rois de FVanc sans qu'il fût décidé si cet hommage était lige ou ne Tétaiî pas, c'est-à-dire si le duc devait ou non au roi le service en*1 vers et contre tous.
IiM i^vattde* eoBipaipsicfti iiitcweiittoii des Vra«fais en Cafttllle (18/66).— A mesure que les hostilités cessaient en Normandie et en Bretagne, un autre fléau se .faisait plus vivement sentir, les grandes compagnies, qui s'accroissaient de tous les soldats iiicencîés. Repoussés des provinces frontières par les populations plus énergiques et plus serrées, les aventuriers refluaient vers le centre ; ils y accouraient tous « et appeloient ces compagnies le royaume de France leur chambre ». Pour en débarrasser le pays, on essaya de les entraîner à une croisade ; un roi de Hongrie s'offrit à les prendre à son service contre le Turc ; ils trouvèrent la route trop longue et revinrent sur leurs pas. Une autre expédition leur convint davantage ; la Castille gémissait alors sous la tyrannie de don Pèdre le Cruel, qui avait empoisonné sa femme, Blanche de Bourbon, belle-sœur du roi de France. Aussi, quand un frère naturel de don Pèdre, Henri de Transtamare, vint réclamer la protection de la France, Charles V s'empressa de lui offrir, pour l'aidera renverser son frère, les grandes compagnies, dont Bertrand Duguesclin, racheté tout exprès de captivité, prit le commandement. On donna à re3^)édition l'apparence d*une croisade. Outre qu'on parlait de pousser jusqu'au royaume de Grenade et de chasser les Maures, on racontait que don Pèdre était certainement le fils d'un: juif; sa mère, disait-on, l'avait acheté au berceau, d'une mère juive, pour le substituei- à la fille qu'elle avait eue. On ajoutait, comme preuve, que toutes ses inclinations étaient juives et qu'il accordait aux juifs de son royaume un crédit scandaleux. La guerre entreprise contre un tel homme était évidemment une croisade. Aussi, pour commencer saintement l'expédition, les compagnies allèrent-elles d'abord à Avignon demander au pape sa bénédiction, l'absolution générale de leurs péchés et 200 000 livres, quelque chose comme 12 millions.
Il n'y eut pas de combat. Abandonné de tous, don Pèdre
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b sauva anssi chez les Maures de Grenade, de là en Portu- |al, puis à Bordeaux, où il demanda aux Anglais de le râta- |lir ; il s'engageait à livrer au Prince Noir toute la province le Biscaye et 600 000 florins qu'il avait cachés en des lieux bconnus; c à' quoi entendoient volontiers les chevaliers du prince, car Anglois et Gascons de leur nature sont volontiers oonvoiteux i.
Le prince anglais rappda à lui les aventuriers anglais ou gascons qui étaient avec Duguesclin, franchit les Pyrénées à la tête d'une nombreuse armée qui arriva sans peine sur rËbre; mais le difficile c'était de vivre dans œs pauvres provinces. Si don Henri avait eu la sagesse de ne pas combattre, c'en était fait de l'armée anglaise; la famine la tuait. L'action s'engagea malgré les prières de Duguesclin : c Par i'âme de mon père, disait Henri, je désire tant à voir le prince et d'éprouver ma puissance à la sienne que jà ne partirons sans bataille. > On combattit près de Najera, le 3 avril 1367, et la supériorité des archers d'Angleterre, l'habileté de Jean Chandos, assurèrent au Prince Noir et à son allié une victoire que les Français seuls leur disputèrent quelque temps. Duguesclin était prisonnier encore une fois, Henri de TransH tamare chassé, don Pèdre rétabli, le prince de Galles se trou* vait maître d'une grande partie de l'Espagne, comme il l'avait été, après Poitiers, d'une grande partie de la France.
BatbaFraa du Prtnee Mefr «b ClK^eBiie, — Après la victoire, les difficultés reparurent. Il fallait vivre, et tout manquait. Les trésors fastueusemént promis par don Pèdre n'arrivaient pas, et sans doute n'existaient point. A défaut d'une autre nourriture, les Anglais tombaient avidement sur les fruits et leur santé s^en ressentait, c Ils portoient à grand meschef la chaleur et l'air d'Espagne, et mesmement le prince estoit tout pesant et maladieux. > Il se décida à repasser les monts pour rentrer dans ce plantureux pays (le Guyenne. Mais les gens de Gascogne, qui avaient fait cettecampagne sur la promesse d'un riche salaire, réclamaient impérieusement leur solde. Bien loin de pouvoir leur donner de l'argent, le prince était réduit à leur en demander. Il réunit les états de la province à Niort pour leur annoncer qu'il allait mettre sur leurs terres un fouage de 10 sols par feu. Les états répondirent qu'ils ne le payeraient pas. Transférés à, Angoulôme, à Poitiers, à Bergerac, leur répons**
resta la même. D^invincibles antipathies se réveillaient part et d'autre, c Et sont ceux de Poitou, de Saintoi de Quercy, de Limousin, de Rouergue, de telle nature qa^ ne peuvent aimer les Anglois; et les Anglois aussi, qui orgueilleux et prôsomfptueux, ne les peuvent aimer, ni firent-ils oncques, et encore maintenant moins que oncqui mais les tiennent en grand dépit et vileté. »
j&ppel des Belgnenrft i^aseons an r«t de Vrai (1860). — Les Gascons firent plus que de ne pas payer; comtes d'Arms^nac, de Périgord et de Gomminges, le si d'Albret, et plusieurs autres barons du pays se rendirent Paris pour interjeter appel, auprès du roi Charles V, contre la conduite du prince de Galles. L^appel fut accueilli, et au commencement de Tannée 1369, un juge criminel et un chevalier de Beauce vinrent à Bordeaux présenter au Prince Noir, de la part du roi, la sommation suivante : « Charles, par h grâce de Dieu, roi de France, à notre neveu le prince de Galles et d'Aquitaine, salut. Comme ainsi soit que plusieurs prélats, barons, chevaliers, universités, conununes et collèges des marches et limitations de Gascogne, se soient traits (retirés) en notre cour pour avoir droit sur aucuns griefs ei molestes indues que vous leur avez proposés à faire. Donc, pour éviter et remédier h ces choses, nous nous sommes aherdés (liés) avec et aherdons, et vous commandons que vous veniez en notre cité de Paris, et vous montriez en notre chambre des Pairs, pour ouïr droit sur lesdites complaintes. — Nous irons volontiers à notre ajournement à Paris, ré' pondit le prince, puisque mandé nous est du roi de France, mais ce sera le bassinet en la teste et 60 000 hommes ea notre compagnie. » Charles V, cependant, comme s'il n'avail nulle intention de rompre, envoyait alors môme à Edouard III, en témoignage de bonne amitié, un présent de 50 pipes de vin. L'Anglais les refusa courageusement. Évidemment la guerre était inévitable.
Hage eondaite de Charles V, politique aveatareaie d'Edouard III. — Ce qui avait donné au prudent Charles Taudace de faire ce pas décisif, c'est qu'il était prêt et que ses ennemis ne Tétaient pas. Une sage économie lui avait permis, en 1367, de réduire de moitié la gabelle du sel, de remettre aux paysans moitié des aides, et aux bourgeois le quart, à condition que ceux-ci emploieraient Tai^nt que le roi leur laissait, aux fortifications de leurs villes. Il avait
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organisé en beaucoup d'endroits des compagnies bourçeoises d^arbalétriers, qui ne valaient pas, en rase campagne, les archers anglais, mais qui pouvaient rendre de bons service» du haut des murailles. Enfin, en 1369, il avait mis assez d*ôeus dans son épargne, assez d'ordre dans le pays, assez de discipline dans ses armées, pour oser recommencer la guerre. Ëdousord 111, au contraire, n'avait songé qu'à vivre joyeusement de sa gloire, ou s'était jeté dans des entreprises qui éparpillaient ses forces et multipliaient ses ennemis. Il traitait l'Ecosse avec une insultante hauteur; il ressuscitait pour son fils Edmond, comte de Cambridge, les prétentions sur le comté de Flandre qu'il avait eues pour le Prince Noir, au temps d'Arteweld; il soutenait, en Castille, un odieux tyran, et il menaçait, par la possession de la Biscaye, l'indépendanée* de l'Espagne.
Haeeès de Im, politique extérieure de Charles W* — Charles V renoua soigneusement cette vieille et utile alliance de l'Ecosse et de la France, à laquelle les deux peuples attribuaient déjà une existence de 600 ans. Il fit épouser à son frère Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, l'hérilière des provinces flamandes, aimant mieux un prince de son sang dans ces provinces, qu'un prince anglais , il entraîna dans son parti le roi de Navarre jusqu'alors indécis, et renversa en Castille le protégé de l'Angleterre, Pierre le Cruel. C'est encore Duguesclin qui fit cette révolution. Il était à Bordeaux, fort ennuyé de sa captivité, quand le Prince Noir, le rencontrant un jour, lui dit ; « Eh! comment vous trouvezvous, Bertrand? — A merveille, mouBeigneur, car on dit partout que je suis le premier chevalier du monde, puisque vous n'osez me mettre à rançon, j Le prince, piqué, lui offrit aussitôt de la fixer lui-même ; il la porta à 100 000 livres. « Et où les prendrez- vous, Bertrand? — Monseigneur, le roi de Castille en payera bien une moitié et le roi de France l'autre; et si ce n'est assez, il n'y a fiieuse en France qui ne filât une quenouille pour payer ma rançon. »
Charles V l'envoya en Espagne. Duguesclin battit don Pèdre à la journée de Montiel (Ik mars 1369), et replaça sur le trône de Castille Henri de Transtamare, qui allait, en reconnaissance, mettre la marine de Castille au service de la France.
Ce faisceau d'aiUances bien noué, le moment était venu pour la France de déchirer enfin le honteux traité de Bréti-
gny; Charles se crut même assez fort pour insulter TAdglais; il lui fit porter son défi par un valet de ses cuisines qui pénétra jusque dans Westminster et remit la lettre à Edouard en plein parlement.
Confifcatioii 4e la Cïayeiiiie. — Afin de mettre de son côté les apparences de droit, Charles V convoqua, le 9 mai 1369, les états généraux k Paris et leur soumit le déhàt entre lui et le roi d^ Angleterre. Il se montra affable, débonnaire, disant à rassemblée que s'il avait trop ou trop peu fait, il trouverait bon qu'on le lui représentât. On se garda bien de penser autrement que lui. La cour des pairs, consultée à son tour, déclara que, le roi Edouard et son fils n'ayant point comparu à leur ajournement, le duché d'Aquitaine et les autres terres de France devaient être et étaient confisqués.
Invasion des Angolais. — Aussitôt les Anglais débarquèrent à Calais pendant que le Prince Noir préparait une autre attaque par le sud. Une armée française alla à leur rencontre, mais refusa tout engagement et se retira à mesure qu'ils avançaient. Les villes étaient bien défendues, aucune ne se laissa prendre, et l'expédition se borna à d'inutiles ravages daws les campagnes. Ils revinrent en 1370; le môme système fut inexorablement suivi. La défense de combattre était si rigoureusement observée, qu'à Noyon un cavalier ennemi ayant franchi les barrières de la ville en disant : « Seigneurs, je vous viens voir; vous ne d&ignez issir hors de vos barrières, et j'y daigne bien entrer, » on le laissa sortir sain et sauf. Devant Reims, devant Paris, même immobilité. De son hôtel Saint-Pol, où il se tenait enfermé, le roi pouvait apercevoir les villages qui brûlaient ; mais le brave Clisson lui-même disait : « Sire, vous n'avez que faire d'employer vos gens contre ces enragés ; laissez-les se fatiguer eux-mêmes. Ils ne vous mettront pas hors de votre héritage avec toutes ces fumières. » Un Anglais s'approcha par le faubourg Saint-Jacques pour acquitter un vœu, et planta sa lance dans la porte. Les chevaliers qui gardaient la barrière applaudirent à son audace et le laissèrent aller. Mais un boucher ne put supporter cette honte; il courut après; \rAnglai$ et rabattit d'un coup de hache.
Dernière expédition du Prince IVoiri Mie de Ijimoyes (laffO). — « Il n'y eut oncques roi de France qui moins s'armast, disait Edouard III, et si n'y eut oncques roi qui tant me donnast à fairei » Charles V, en effet, malingre et
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soufireteux, ne prenait jamais la lance; il aimait bien mieux les livres. U avait la plus belle bibliothèque qu'il y eût alors, 910 volumes, précieusement gardés dans une tour du Louvre, sous des chaînes de fer. Chaque année il relisait la Bible en entier. Il écrivait au pape, lui envoyait des présents ; ou bien encore, pour parler comme Froissart, c monseigneur le roy alioit en procession, bien pieusement, tout déchaux et pieds nus, et madame la royne aussi. » Un prince si ami du pape, un si pieux souverain devait avoir pour alliés tous les évèques du royaume, et, en effet, la plupart lui ouvraient les portes de leurs métropoles. Ceux mômes sur lesquels les Anglais avaient le plus compté, comme Tévèque de Limoges, le compère du prince de Galles, se tournèrent Français, ainsi qu'on disait alors.
Cette dernière trahison exaspéra les Anglais. Le Prince Noir « jura Tâme de son père qu'il n'entendroit jamais à autre chose, si n'auroit Limoges et auroit aux traîtres fait payer leur forfait chèrement. > Arrivé devant la place, il fit sauter une partie des murs, et ses soldats s'élancèrent par la brèchs dans les rues. Le prince lui-même s^y fit porter dans sa litière, c Là eut grande pitié, dit Froissart, car hommes et femmes et enfants se jetoient à genoux devant le prince et crioient : c Merci, gentil sire i » Mais il estoit si enÛanuDé d'ardeur que point n'y entendoit, ni nulle n'estoit ouie, mais tous mis à Tépée. 11 n'est si dur cœur que, s'il fût alors en la cité de Limoges et il lui souvint de Dieu, qui n'en pleurast tendrement du grand meschef qui y estoit; car plus de 3000 personnes, hommes et femmes et enfants, y furent décollées cette journée. Dieu en ait les âmes, car ils furent bien martyrs 1 » L'Anglais ne commença k se calmer un peu que par l'intérêt qu'il prit au combat de trois chevaliers français qui, acculés contre un vieux mur, luttèr^t, comme en champ clos, contre le duc de Lancastre, les comtes de Cambridge et de Pembroke. Le prince de Galles fit arrêter son chariot auprès d'eux pour jouir de ce spectacle, et il permit que les trois chevaliers fussent reçus k merci ; il fit même grâce à Tévêque, le principal auteur de la trahison. Ce triste exploit fut le dernier du Prince Noir (1370). U languit quel* ques années et alla mourir en Angleterre (1376).
Succès décisif» de Charles V. -- Les Anglais avaient une excellente infanterie, leurs arehers, dont les flèohas per* çaient les meilleures cuirasseSf Qt des hommes d'aimea qui
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valaient presque une cavalerie régulière par leur esprit de discipline et leur habitude des manœuvres d^ensemble. Charles n^avait à leur opposer qu^une immense cohue de nobles qui, 1 sUls étaient très-braves, étaient aussi très-indisciplinés. La L sagesse conseillait donc d'éviter le combat avec les grosses \ armées; mais, dans l'intervalle des grandes expéditions, il l laissait volontiers ses chevaliers donner quelques coups de . lance, surtout son brave Duguesclin, qu'il avait rappelé d'Espagne après la bataille de Montiel, et fait connétable. Ainsi Duguesclin battit à Pont-Valain Robert KnoUes, un des partisans anglais les plus redoutés (1370), et un autre corps, près de Chizey en Poitou (1373). Chandos avait été tué dès la première campagne. Un autre chef de grand renom, le captai de Buch, fut pris en 1372, près de Soubise. Les Français ne reculaient donc pas toujours.
D'ailleurs le roi avait sa guerre à lui, et ses bulletins de victoires sont inscrits tout au long au Recueil des Ordonntmces. Sous la date de l'année 1370 on y lit : c Février 1370, lettres portant que les habitants de Rodez pourront commercer dans tout le royaume sans payer aucun droit pour les marchandises qu'ils achèteront. — Mars 1370, lettres portant que les habitants de Figeac, qui se trouvent dans les terres de Tobéissance d'Edouard, fils du roi d'Angleterre, ne seront point inquiétés dans leurs biens s'ils reviennent dans les terres de l'obéissance du roy; ordonnance portant privilèges accordés à la ville de Montauban. — Avril 1370, ordonnance portant privilèges accordés à la ville de Verfeil. — Mai 1370, lettres portant que la ville de Milhaud sera exempte d'impôts pendant 20 ans, et ordonnance portant privilèges accordés à la ville de Tulle. — Juin 1370, ordonnance portant privilèges accordés aux habitants du comté de Tartas, à la ville de Dorât, à la ville de Puy-Mirol. — Juillet 1370, ordonnances portant privilèges accordés à la ville de Cahors, à la ville de Castres, à la ville de Puy-la-Roque, à la ville de Sarlat, à la ville de Montégrier, à la ville de Salvetat. >
Beprlse de Poitiers (1398). — Ce sont là les machines de guerre du roi Charles V. Pour les villes dont les ordonnances royales ne pourront pas ouvrir les portes, ses capitaines rôdent autour avec leurs ruses de guerre, bataillant et négociant. Duguesclin pratique secrètement les bourgeois de Poitiers, restés, comme ceux de tant d'autres villes, Français de cœur, et ils le font entrer dans leurs murs avec 300 lan-
des. Aluttilôt CSharies V d*aecot*dër des titres de noblesse à tous ceux qui, à Tayenir, exerceront les fonctions de maire ou d*écheyin dans la ville de Poitiers (1372).
BépriM de la Boehelle (1892). ^ Philippe Mansel avec 100 Anglais gardait la Rochelle. Uà jour qu'il dînait chez le maire, Jean Gaudourier, arrive une lettre du roi d'Angleterre. Le gouverneur reconnaît le sceau royal, mais, comme, en sa qualité de gentilhomme, il ne sait pas lire, il prie son hôte de lire pour lui; et le maire lit à haute voix un
Reph&e du cliùteau de la Koclieiid.
message qu'il compose : c'est un ordre portant que le lendemain, 15 août 1372, tant les bourgeois que la garnison passeront une revue sur la place. Dès que Slansel eut tiré son monde du château, une troupe placée en embuscade, par le maire, occupa la citadelle. Duguesclin se trouvait là avec 200 lances, prêt à prendre possession au nom du roi de France. Quelques semaines auparavant la flotte castillane avait défait devant la Rochelle une flotte anglaise.
IVoairelle et luntile invasion utirlaise (1893). — Cependant l'opiniâtre ennemi reparut encore en 1373. D^
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barque à Calais arec 30000 hommes, le duc é» Lancastre croyait conquérir la France : il ne fit que la traverser. Le voyage fut heureux tant qu'on resta dans les riches provinces du nord; mais, dans les pauvres et maigres pays du centre, les privations, les maladies commencèrent. En Auvergne, il ne restait plus un cheval; k Bordeaux, il ne restait plus que 6000 hommes; et les chevaliers comme les soldats mendiaient leur pain de porte en porte.
lies Anglais presque ebaMiés de France (1880). — Les Anglais, dégoûtés d'une Mlf^ guerre, ne revinrent pas Tannée suivante, et, Tan d'après, ils demandèrent une trêve, qui se prolongea jusqu'à la mort d'Edouard III, en 1377. Charles alors rompt la trêve et précipite ses coups. Il met cinq armées sur pied et conquiert toute 1^ Guyenne, tandis qu'une flotte castillane, montre par des troupes françaises, ravage la côle'anglaise des comtés de Kent et do Sussex. En 1380, il ne restait à nos ennemis que les villes françaises de Bayonne, Bordeaux, Brei^t, Cherbourg ;ét Calais. Dans le même temps Charles le Mauvais était accablé et ne sauvait son royaume ' pyrénéen «qu'e^n livrant ' nugft places ' comme gage dë'paix (1379). ^ : %M^
' Ventaiive «tnfàractneuse de Charles V saif^a Bretal^ne (ia98). — Le roi de France^^g^s^^ya^n Bretagne ce qui lui avait si bien réussi, en Gqyenmep Le 20 Juin 1378, il ajourna le duc Jean IV à comparaître parrdevant la cour des pairs, et, le duc ne s'étant pas présenté, son fief fut déclaré acquis au domaine royal. Les Gascons s'étaient d'eux-mêmes donnés à la France; les Bretons n'entendaient même pas se laisser prendre. Barons, chevaliers et écuyers signèrent, à Rennes, le 26 avril 1379, un acte de confédération, que les bourgeois eux-mêmes souscrivirent. Jean IV, naguère expulsé du pays, fut rappelé. Tous les Bretons engagés au service du roi de France, et ils étaient en grand nombre, l'abandonnèrent; ceux même qui lui avaient d'abord promis de seconder ses projets se tournèrent contre lui. Le vieux Duguesclin lui renvoya l'épée de connétable, et, le l«'mars 1380, un traité d'alliance fut signé, à Westminster, entre l'Angleterre et la Bretagne. On revit une armée anglaise débarquer à Calais sous le comte de Buckingham, et traverser encore tout le nord de la France impunément. Elle n'avait pas atteint la Bretagne, lorsque Charles V mourut à Vincennes, le 16 septembre 1380.
CBAia.ld Y LB 8A6S (136«-'ld8Û). 485
ihigoesolm avait précédé de deux mois le roi au tombeau* II mourut sous les murs du château de Randon (dans la Lo* 2èi«). Le gouverneur anglais lui avait promia de ee rendre s'il n'était pas secouru, mais le guerrier mort, il se crut dispensé de tenir parole. Le maréchal de Sancerre amena aussitôt les otages au pied des murs pour leur faire couper la tête ; ee que voyant, les Anglais baissèrent la herse du château et Tinrent oifirir les clefs au maréchal. Il les re&isa : f Vos conr ventiona ont été faites avec messire Bertrand, leur dit-il : à lui vmis les rendrez sans tarder; 9 il les conduisit en VhàM où reposait messire Bertrand et leur fit mettre les clefs sur le cercueiL
OeMiMi Ile Im FlaBdra waUobb«. «— Une autre faute du roi lui avait fait perdre, mais volontairement, une pro- Tince. En 1369, pour faciliter le mariage du duc de Bourgo« gne, son frère, avec Théritière du comté de Flandre, il lui aTait abandonné la Flandre française. Il avait bien exigé de son frère une contre^lettre, par laquelle le duc s'engageait à restituer cette donation après la meurt de son beau-père. Mais le comte de Flandre survécut au roi, et Philippe le Hardi obtint facilement de Charles VI la remise de sa promesse. Lille fut perdue pour la France jusqu^à Louis XIV, pendant trois siècles.
Admlnlstimtteii t permuaeBce dm parlemcmi. — Les conquêtes de Charles, fruit d'une persévérance qui ne se lassa jamais, son économie sévère, une probité dans la gestion des finances qu'on ne connaissait pas, et qui Tempôcba de recourir au désastreux moyen de Taltération des monnaies, enfin d'utiles règlements pour Tadministration du pays, lui ont vain le surnom de Sage. Il rendit le parlement permanent de temporaire qn'il était, et lui céda dans la cité, l'ancien palais de saint Louis, qui devint le Palais de Jus-* tice.
OMlonaancef velativeA à la majorité «m rois ot au apasai^a- — Une ordonnance de Charles V, qui restajusqu'à la Révolution la loi de la monarchie, fixa à treize ans révolus la majorité des rois de France; une autre sépara la régence de la tutelle, pour que le régent n'eût pas à la fois entre les mains le roi mineur et le royaume ; une autre enfin, pour prévenir le démembrement du domaine, donnait aux fils de France des pensions au lieu d'apanages : 12000 livres de rente en fonds de terre et 40000 francs
436 CUARLES V LE SAGE (1364-1380).
comptant aux fils, 100000 à la fille aînée, 60000 aux antres*.
PmTears a«x bonrifeoiSy diminutlen Movvelle dM prérogatlTM des selirMeim. — Les corporations commençaient à devenir gênantes dans la société industrielle, conmie les communes Taraient été dans la société politique. Charles V essaya d'établir la liberté de Tindustrie. c Tous ceux qui peuvent faire œuvre bonne peuvent ouvrer (travailler) en la ville de Paris, » dit une ordonnance de septembre 1358. Mais les habitudes furent plus fortes que la loi, et ce projet abandonné ne fut repris qu'au dix-huitième siècle par Turgot. En 1370, au moment de la dernière rupture avec PAngleterre, il publia une ordonnance qui autorisa les bourgeois de Paris à porter les éperons d*or et les ornements de Tordre de chevalerie, auquel ils purent se faire affilier. Une autre de 1377 assura la noblesse aux prévôts et échevins de la ville. La pensée de ce roi si peu féodal se montre ici à découvert Le môme prince qui anoblissait volontiers les bourgeois, faisait démolir nombre de châteaux, sous prétexte qu'ils pouvaient servir de retraite aux Anglais, et permettait de recevoir à coups de fourche ceux qui exerceraient le droit de prise contrairement aux ordonnances, c'est-à-dire en ne payant pas les fourrages qu'ils prenaient et les chariots dont ils usaient. Il achevait enfin d'ôter à la noblesse ce qui lui restait de prérogatives souveraines, en réservant aux rois seuls toute l'autorité législative. Une ordonnance de 1372 attribua exclusivement à la couronne le droit de faire des chartes de communes ou de bourgeoisie, et celui d'anoblir. La royauté avait déjà enlevé aux seigneurs le droit de guerre privée, celui de battre monnaie, de juger en dernier ressort. Elle leur avait pris, en un mot, leur part de souveraineté ; mais elle leur laissait encore, jusqu'à ce qu'elle pût les supprimer aussi, leurs pouvoirs administratifs et militaires, en les utilisant pour elle-môme et les subordonnant à son autorité supérieure.
AuiTB^Btation et pemunieiice ûen impôts iBdlreeti. — Il y a des ombres dans le tableau de ce règne réparateur. Et d'abord, comme régent ou comme roi, Charles étouffa tout esprit de liberté. Pour ses guerres, ses bâtiments et ses né-
1 . Il faudrait, suivant M. Leber, multiplier ces chiffres par 5S poar atoir UTaUaracioeUe.
gociatîonsy H eut besoin de beaucoup émargent et il rendit les tributs plus lourds; si la permanence de Pirnpôt foncier (la taillé) est due à son petit-fils, celle des impôts indirects (les aides) fut établie par lui. Il est juste d^ajouter que les aides portant sur les objets de consommation, frappaient indirectement tout le monde, le noble et le clerc comme le roturier. Mais il fut le premier à contraindre chaque famille à acheter aux greniers royaux la quantité de sel qu'on supposait lui être nécessaire, sans qu'elle pût se dispenser de faire cette onéreuse acquisition. Au lieu de payer luinnême lé traitement des membres du parlement, il leur donna pour salaire les amendes qu'ils prononceraient. Ce n'était pas un moyen de faire respecter la justice ni les juges*.
ÉJmm et ir^iiéraiix des flnaiicei* — Une institution, qui durait encore en 1789, se rattache au règne de ce prince. Les états de 1356-1357 avaient institué des commissaires'^^ néraux et au-dessous d'eux des élus pour la répartition et la perception de l'impôt. Charles Y conserva ces officiers, qui devinrent des fonctionnaires royaux, au lieu d'être les élus du peuple. Ces officiers, multipliés dans la suite, firent donner au pays où ils furent établis le nom d'élections et celui de généralités. Les élus veillaient à la répartition comme à la perception des impôts, et jugeaient en première instance les questions contentieuses en matière de finances ; les gênéravx pour le fait des finances centralisèrent les recettes, et les généraux pour lé fait d« justice jugèrent en dernier ressort les procès concernant les impôts. Les derniers formèrent la Cour des aides, qui reçut de Charles VII sa constitution définitive.
Tnimax publies i eDeoura^emeate mnx lettre», —
1. Budget de 1S72. — L'ordonnance du 13 noTombre 1372 donne les éléments de ce qo'on poarrait appeler le budget de cette époque, en assignations mensuelles :
PoDr le payement des gens d'armes 50 000 fr.
Pour les gens d'armes et arbalestriers de nouvelle
formation 43000
Pour le faict de la mer • oooo
Pour l'ostel du roy 0 ooo
Peur mettre en coffres du roy 5000
Pour les dépenses imprévues lOooo
Pour payer les dettes lOOOO
Total 131000 fr.
U dépense annuelle était donc de i 572 000 francs en écus d'or (environ ISO millions d'aujourd'hui, suivant M. Leber), dont 72 OOO ou près ^ if poar les dépenses personnelles du roi, de la reine et du daupUo.
Charles V fut, malgré son économie, un grand bâtisseur. Il commença la Bastille, répara et agrandit Tenceinte de Pans et le Louvre de PhiUppe Auguste, éleva l'hôtel Saint-Pol, dont les jardins descendaient jusqu'à la Seine, et bâtit les châteaux de Beauté, de Plaisance et de Melun, la chapeUe actuelle de Vincennes, etc. Il songea à unir par un canal la Loire et la Seine, pensée qui ne fut réalisée que deux siècles plus tard par Henri IV. Il encouragea les lettres, fit traduu-e
Le vieux Louyro.
la Bible, Aristote, saint Augustin, Tite Live ; écrire par Bonnor V Arbre des batailles, premier traité sur le droit de paix et de guerj'e, et par Raoul de Preslé où Gh. Louviers, leSongt du verger, ouvrage curieux, où l'auteur s'efforçait de tracer la limite tant cherchée entre les droits du pape jet ceux du roi. Il réunit une collection de 910 volumes, qui fut le commencement de la bibliothèque royale, et créa, .à^Paris, ud collège d'astronomie et de médecine.
Froissart. — Parmi les gens de lettres qui apparttertmnt
au règne de Charles V,^ nous n'avons pas nommé Froissart, parce qu'il ne fut pas comme les autres de la maison du roi, et qu'il mérite une place à part. C'était un Flamand, né à Valenciennes vers 1337 et mort en UlO, qui passa sa vie à
Chapelle du château de Vincennes.
la? cour, des princes et des grands d'Angleterre comme de France, recueillant de leurs bouches les récits qu'il nous a conservés. Son livre est un des plus précieux monuments de notre langue et de notre histoire. Mais il ne fau* lui demander ni moralité bien haute, ni patriotisme bien énergique. Il est pour ceux qui donnent les meilleurs coups de lance et son
temps était comme lui*. L'historien de Charles V fut une femme, Christine de Pisan, fille de Tastrologue du roi. Elle
n'a plus le style naïf et les brillantes couleurs de Froissart; mais, si elle raconte moins bien, elle pense davantage. Avec elle l'histoire tend à se dégager de la chronique.
Son livre, bien inférieur à ceux de Froissart et de Comines, sert pourtant de transition de l'un à l'autre.
Décadence morale an qaatoTBtème siècle. — Malgré Froissart et malgré les lettres du roi, ce siècle n'en est pas moins un siècle de profonde décadence, un temps d'arrêt dans la marche du monde : plus de hautes pensées, ni de grands crocteurs ; la force intellectuelle baisse
1. • La féodalité prête à disparaître de la scène do monde, dit un habile historien de notre littérature, jeta son plus vif éclat dans la Chronique de messire Jehan Froissart, chanoine et trésorier de l'église collégiale de Chimay, né à Valenciennes, vers l'an 1337. Son ouvrage est un /aste tableau plein de mouvement, brillant de couleurs, splendide de costumes : batailles, fêtes, tournois, sièges de villes, prises de châteaux, grandes chevauchées, escarmouches hardies, nobles faits et maniements d'armes, entrées des princes, assemblées solennelles^ bals et habillements de cour, tonte la vie militaire et féodale du quatorzième siècle s'y presse, s'y accumule dans une magnifique profusion.... L'histoire n'était point alors dans l'étude solitaire et sur les ravons poudreux des archives; il fallait la poursuivre sur tous les grands chemins, au milieu de toutes les cours, dans les châteaux et dans les hôtelleries. Froissart l'allait chercber parfois dans les montagnes d'Ecosse, trottant sur son cheval gris, avec sa malle en croupe et menant un lévrier en laisse; parfois il la rencontrait sur la route de Blois â Orthez, où un chevalier, messire Espainç du Lion, chevauchant côte à côte avec noire historien lui apprend, chemm faisant, mille détails, mille souvenirs, qu'il rattache â tous les châteaux, â toutes les villes et à tous les endroits qu'ils parcourent. Nous trouvons tour à tour notre chroniqueur â la cour de Philippe de Hainaut, du roi d'Angleterre, dont il était clerc, et qu'il desservait en cette qualité c de beaux dictiés et traités amoureux, • puis à Milan, avec Boccace et Chaoeer, au milieu des fêtes d'un mariage princier; ensuite à Lestines, dont il obtint la cure, et où il laissa « cinq cents écus chez les taverniers, a ses paroissiens. De là il passe chez Wenceslas, duc de Brabant, chez Guy, comte de Blois, chez Gaston Phébus, comte de Foix. Il visite deux fois Avignon, traverse l'Auvergne, vient à Paris. On le voit, en moins de deux anai dans le Cambrésis, dans le Hainaut, en Hollande, en Picardie, une seconde fois à Paris, puis dans le Languedoc, puis encore â Paris, à Yalencienoes, à
lomme la force morale*. Le moyen âge est déjà sur la lente qui mène aux abîmes où vont se perdre toutes les ;hoses humaines qui ont achevé leur temps.
I^e iprand sclilsme. — La double élection d* Urbain VI et le Clément VII, en 1378, commença, deux ans ayant la mort le Charles V, le sefmtne d' Occident ^ qui dura 78 ans, parta-
(Fig. A.)
(Fig. B.
(FIg. C.)
(Fig. D.)
gea la chrétienté en deux obédiences et prépara la Réforme. La France, surtout l'Université de Paris, firent les plus louables efforts pour ramener Tunité et la paix dans TÉglise.
Brages, à l'Éclase, dans la Zélande, enfin dans son pays. Tonte sa yie, comme sa Chronique^ n'est qu'une longue cheyauchée ; Froissart est le chevalier errant de l'histoire. U improyisait ses récits en courant; il saisit les événements à mesure qu'Us se font, et semble ne s'arrêter d'écrire qa'afin de leur donner le temps de naître. • (Demogeot, Histoire <U la littérature françaieef p. 197.) . ^, , . . , , 1. Même la force physique. La tio moyenne est diminuée de près de moitié. Elle était de 3o ans, au témoignage d'Ulpien, dans l'empire romain*, elle n'est plus alors que de 17 ans d'après les calculs de M. Villermè. Voyes plus loin, t. II, chap. LViii.
kk% CHARLES n (1330*1422).
iPalriea KhniBtnM. ^ On a des lettres de Tannée t où la duchesse d'Orléans s^excuse de ne pas venir si comme pair, au parlement. La duchesse d'Artois-Mahaut assisté au sacre de Philippe V, et soutenu comme les ai pairs la couronne sur la tête du roi.
liCS «marM en fer Imitn. '^ Abandon par les che' liers de la cotte de mailles pour les armures de fer baf casque (fig. A), cuirasse (fig. B), brassards (fig. G), cuissarts/ jambarts et grèves (fig. D). ^
SaiDt-Onen de BottCD. — La magnifique église abba-* (^ tiale de Saint-Ouende Rouen date aussi de ce règne, oùrar* *i chitecture, qui déjà, pour les constructions civiles, se sur- f chargeait de mille fantaisies, gardait encore, dans lesjl constructions religieuses, les sévères traditions de la grande V architecture du treizième siècle. '
Découvertes des Dieppois en Afrique.— Sous ce règne, et par conséquent bien avant les Portugais, les Diep- i pois, qui faisaient alors un grand commerce, avaient dé- ! couvert la Guinée, en Afrique, d'où ils rapportèrent du i poivre, de la poudre d'or et de l'ivoire. La sculpture en ivoire estencore aujourd'hui une industrie particulière à la vill^ de Dieppe, V