LE RÈGNE DE CHARLES VIU DE
! lA gmnnf féiU $ teteiUe «• «atei- A«blM ém €» ifcler (1486-1488). — Mais Maximilien, nommé quelques mois après roi des Romains,. c^estrè,-dire héritier de la coii* ronne impériale, rompt le traité d'Arras. La ligne des princes se reforme, une vraie ligue du Bien public, conmie vingt ans plus t6t. Anne n^avait pas commis les fautes de Louis XI; il lui resta plus de ressources et elle en usa habilement. Pendant que d^Esquerdes arrête Mazimilien dans TArtois (1^7) et y prend Saint-Omer et Thérouanne, elle met à la tête d'une armée leste et dévouée le jeune roi tout joyeux de se i voir à cheval, dans une belle armure, et on marche contre j les confédérés du Midi. Partout les bourgeois s'arment contre les seigneurs, contre leurs garnisons ; en queloues jours c les besognes du Midi sont ordonnées. > Anne s ; retourne alors contre la Bretagne. La Trémouîlle y entr i, avec les troupes fram^aises, au mois d'avril U88; il preni Chateaubriand, Ancenis, Fougères, et rencontre Ta/mée bretonne, Je , 27 juillet, à peu de distance de Saint-Aubindu-CJormi^.
Les Bretons employèrent une partie de la matinée à se confesser et à communier; puis ils se rangèrent en bataille en avant d'un village, couvrant une de leurs ailes par leurs chariots et appuyant Tautre contre une forêt. Le maréchal de Rieux commandait Tavant-garde, le sire d'Albret, le corps de bataille, un Chateaubriand, Tarrière-garde ; le duc d'Orléans et le prince d'Orange s'étaient placés à pied parmi 1^ fantassins. La Trémouille avait une puissante artillerie; il attaqua à coups de canon cette forte position pour y faire brèche. Un capitaine allemand, qui se trouvait le plus exposé, fit fléchir un peu sa troupe sur le côté pour éviter le feu, et laissa un vide dans la ligne de bataille. La gendarmerie française se précipita aussitôt dans cette ouverture et coupa l'armée ennemie. En même temps, quelques condotr tières italiens au seryice de la France avaient tourné les Bretons et hachaient les rangs de leur infanterie par dei^ rière. La cavalerie bretonne qui formait les ailes, prit la fuite après une légère résistance. LUnfanterie se battit mieux, mais souffrit davantage ; trois ou quatre mille morts restèrent sur le champ de bataille, et le nombre des prisonniers fut tout aussi grand. Le duc d'Orléans fut arrêté dans le bois où il cherchait à rallier les fuyards, le prince d'Orange reconnu comme il cherchait à se cacher entre les morts, et la prise de ces deux chefs acheva la ruine du parti.
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Stiivant un récit tragique , mais peu eertain , Louis de la Trémouîlle, en rentrant à son logis après la batwlle, invita à sa table le duc d'Orléans, qu'il fit placer au-dessus de lui, le pnnce d'Orange, qu'il mit à ses c(^té8,'et des chevaliers captifs. A la fin du repas, il fit entrer deux franciscains dans la salle. La frayeur saisit ses hôtes, qui comprirent bien que c'étaient des confesseurs qu'on leur amenait. La Trémouille, en effet, se levant, leur dit : « Princes, mon pouvoir ne s'étend pas jusqu'à vous, et si vous y étiez soumis, encore ne l'exercerais-je pas. Je renvoie votre jugement au roi. Mais vous, chevaliers, qui, autant qu'il était en vous, avez donné occasion à cette guerre en rompant votre foi et en faussant votre serment de chevalerie, vous payerez aujourd'hui de votre tète votre crime de lèse-majesté. Si vous avez quelques remords sur la conscience, voilà des moines pour vous con* fesser. » Puis il les fit entraîner dans la cour et mettre à à mort sur-le-champ. Le duc d'Orléans et le prince d'Orange furent conduits en France sous bonne garde et emprisonnés. Le duc, tout héritier présomptif de la couronne qu'il était, resta trois ans dans la grosse tour de Bourges.
Les choses n'allaient pas moins bien au nord. Les Flamands, soulevés contre Maximilien, chassaient de leur pays ses troupes allemandes et l'obligeaient à signer une nouvelle convention sur les bases du traité d'Arras de 1482. Ainsi la dame de Beaujeu déjouait toutes les coalitions et gardait les conquêtes de son père ; elle allait y ajouter une grande province.
La Trémouille vint sommer Rennes de lui ouvrir ses portes. Les bourgeois répondirent que le roi était sans droits sur eux et qu'ils avaient dans leur ville 30 000 hommes pour répondre à ceux qui les attaqueraient. Au lieu de l^s mettre . à l'épreuve, la Trémouille tourna vers Dinan, qui se rendit à composition, puis vers Saint-Malo, dont la garnison fit une capitulation honteuse. Cependant on négociait ; le traité fut signé à Sablé, le 30 août 1488. Le duc de Bretagne s'engaf^it à renvoyer tous les étrangers qui avaient fait la guerre au roi, et à ne jamais recevoir chez lui ses ennemis ; il promettait de ne pas marier ses filles sans l'avis et le consentement du roi, qui, de son côté, s'engageait à les traiter en bonnes parentes. Les états de la province souscrivirent une obligation de 300 000 écus d'or en garantie de ces promesses: les Français gardaient en dépôt les quatre places de
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Saint-Malôy Fougères, Dinan et Sakit - Aubin *da-C3ormier. /
Harlays d« CluivlM Vllft nwee AiMie «• Vvatiiypti a««iileitl«m d« 1» ]|pcit«#fi« (1491). t- Troip Sfimaines après le traité de Sablé, François II mourait. Le ip^iage de sa fiUe Anne (l'autre mourut bientôt] devint une questiop de politique européenne : la Bretagne, le dernier des grands fiefs serait-elle ou ne seraitrelle pas réuqie amn dani^iaes da roi de France? Les souverains de rÇurope prepaiept; le [dus vif intérêt à Tindépendance de cetl^ province. Q^^ri VII promettait des troupes et de l'argent, Ferdinand d'Aragon pa envoyait; les prétendants pour la main de la jaupa pr^ncese? étaient nombreux; le vicomte de Boban la dom^cj^iv)^ son fils; le sire d'Albret la voulait pour )i|i-mâme p^ àffi de son âge, de son visage bourgeonné et de ses dpu^ mfmtfi enfin le grand épouseur des princesses ricbem^qt ^Mtt l'empereur Maximiliefif la recherchaili. Ua mariage AifËB donné à ce prince les ricbes provinces de F|andr9t A^SiMMI venu lui-même prendre la main de la jeûna prinfsesse.iii )|f quelle son titre faisait grand effet, il aurait menacé;^ côtés rindépendancede la France. If enreiifleiQjiatM^
pour dérober aux profanes les mystères de sa PQlifîqHli|4vi
k Insprlick , pendant que son ambassadeur eon^9fity|i«j^ lui, en Bretagne, le mariage par procuration. l4l;.MPi:fi France se montra plus vif et fut plus beuneuir ■ (• «•• ' :
Anne de Beaujeu avait babilemant trav/pllé Vaapr4t4|É XM frère pour l'amener à désirer cette union. Monter un clnBI^ manier une lance, s'en aller conquérir tout kUi- foiaun^ifo- Vince et une belle princesse, c'était, pourlp jeupe roi» linîl^ les paladins, les héros des romans de ckeyali^rie qu'il se faisait lire assidûment. Ses troupps occupaient dôjè une grande partie de laprovimee ; elles avaient entrepris, ^m \^ prcuniers jours du mois d'août 1491, le siège de Renues. Au eo^fpencement d'octobre, lerois^pppoohalui-mèma; il vjn^B^pgé, puis k Laval; et quand les négociations secrètes qu^ l'événaroent seul fit connaître furent arrivées à leur terpoe , le roi prétexta un pèlerinage de Notrcf-Dame près de Beppas, et sa dévotion faite, accompagné de lûO bommcs at; de 50 urehef^ de sa garde, il entra dans la ville, salua 1$ dpcbassa ^t P^' lementa longtemps avec ejile. Trois jours après ila ^ ^v^Y^ rent en une chapelle, qù en pt^sence du ÛV^ d'Qfl^^Af).?} ^ ta damé' de Beaujeif, du prince d'OranfUe, di^ aeignaur d^
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Dnnois, da «hancelier de Bretagne el d^aotr^, fhfoï fiançt ladite duchesse. $ Le mariage fut célébré en Touraine dans la grande salle du château de Langeais, le 6 décembre 1491 '• Le roi» qui avait vingt et un ans, et la duchesse, qui en avait quatorze, sa cédaient réciproquement tous leurs titres et leurs prétentions au duché de Bretagne, sous la réserve eer. pendant que, si la duchesse survivait au rM et n'avait pas d'enfants de lui, a ladite dame ne convolera & autres nocesi
Chàteaa de Langeais.
fors avec le roi futur, si faire se peut, ou autre plus pré* somptif fvïïwt successeur de la couronne, t
Ce mariage fut le dernier acte de madame de Beaujeu, ou, coiùme on rappelait justement, Madame la Grande. Cette princesse eut le rare mérite de laisser sortir peu à peu le pouvoir de ses mains pour qu'il retournât sans* se-
1. Une ancienne cheminée y offre encore des scniptnres qni rappellent cet éyénement. « Le ch&teau de Langeais, dit M. Victor Petit, l'un des plus importants qne le moyen &ge nous ait laissés, présente l'un des plus beaux types de l*architectnre militaire an quinzième siècle. •
coasse en celles à qui il appartenait. Après avoir gonvemè virilement le royaume pendant huit ans , elle revint simplement, sans efforts, à ses devoirs de femme et s'y renferma. Elle mourut en 1522.
Le mariage de Charles VIII avec la duchesse Anne ramenait sous Tautorité royale le dernier refuge de Pindépendance princière. Voilà donc la Bretagne réduite au même point que la Bourgogne et TAnjou ; voilà la dernière et la plus opiniâtre des individualités provinciales qui vient se fondre, comme lea autres, dans ce grand tout du royaume de France. Les princes ne pourront plus lever bannière contre le roi ; la dernière guerre qu'ils ont faite, les contemporains Tout appelée « la guerre folle, > et celles qu'ils entreprendraient à l'avenir seraient bien plus folles encore.
Est-ce à dire que l'aristocratie soit vaincue sans retour et courbée pour jamais sous le sceptre royal? De cette réaction aristocratique que nous avons constatée aussitôt après la mort de Louis XI, ne reste-t-il donc absolument rien? Que Ton voie quels personnages se tiennent autour de Charles VIII : c'est le duc d'Orléans, c'est le comte de Dunois, c'est le prince d'Orange, ce sont les rebelles, les vaincus, les captifs de tout à l'heure, remis en liberté maintenant, rentrés en grâce, honorés et consultés. L'aristocratie a été vaincne et en partie dépouillée, mais elle a laissé d'elle quelque chose qui s'est attaché à la royauté elle-même, c'est l'esprit, ce sont les goûts, les tendances aristocratiques. La royauté va quitter les allures bourgeoises et populaires qu'elle a affectées plus d'une fois et qui lui ont si bien réussi avec Philippe le Bel et Charles le Sage, avec Charles le Bien Servi et Louis XL Elle va prendre l'épée et la lance des chevaliers, elle se fera guerroyante et conquérante pour imiter les paladins de Charlemagne et les preux chevaliers; elle s'en ira sous Charles VIII lui-môme à la conquête du royaume de Naples, et elle rêvera celle de Constantinople et de Jérusalem. / .