CHAPITRE XLHL
lie selslènie slèele. — Voltaire, frappé du contraste des nûsères et des grandeurs de ce siècle, de Péclat des arts, de la politesse de la cour qui brillait même au milieu des cri-
1. OuTrages à consulter : pour les deux règnes de François II et de Charles IX les Jf^moirM contemporains abondent; les principaux sont ceux de YieilleTille, de Gastelnau, de Montluc, de Tavannes, de la Noue, de Chevemy, etc. : la grande histoire du président de Thou, les Lettres de Pasqaier, et VBistoire de* Eglises réformées de France de Th. de Bèze. Ponr les édits de pacification et les grandes ordonnances de réformation, ils se trouvent au Recueil des anciennes lois françaises dlsambert : Marie Sluar^i par là. Uianet; Agrippa d'Âubigné, par Léon Feugère; Histoire de la réformoHon françaiset pur F. Faux, 18&9; Histoire delà liberté religieuse en France et de ses fondateurs^ par Dargaut, 1859 ; Histoire politùiue de la Franc$ et de VÈepagne avec V Ecosse du seizième siècle; par Teolet.
mes, s'écrie : « C'est une robe de soie et d'or ensanglantée*. » J'ai montré la soie et l'or, voici maintenant le sang et les ruines.
ÏÏjeB enfants de Henri II. — Henri II laissa en mourant, de Catherine de Médicis, quatre fils en bas âge. Nés maladifs et bientôt épuisés par les ejcès, trois d'entre eux se succéderont rapidement sur le trône sans avoir eux-mêmes de postérité, de sorte que, pendant un quart de siècle, le fardeau du pouvoir absolu, si difficile à porter, tombera aux mains d'enfants ou de jeunes gens sans expérience. Petitsfils du plus brillant de nos rois, et du sang des Médicis par leur mère, ils eurent le temps de montrer d'heureuses qualités d'esprit et de grands défauts de cœur. C'étaient d'éloquents parleurs, poëtes à l'occasion et toujours ainis des lettres et des arts, mais avec quelques-uns de ces vices qui perdent les États : au6si les crimes auxquels les entraîna leur caractère à la fois violent et perfide ont fait oublier les dons de leur inteUigenioe^ l.*alné, François II, ne put dévoiler les tristes eflbts de ces contradietions da la nature; il régna moins d'un an et demi.
Catherine de iiédicto. — La loi déclarait le roi majeur à treize ans accomplis ; à seize, François II était encore sans volonté et en tutelle. Sous un prince faible d'esprit comme de corps, la reine-mère était nécessairement appelée à exercer une grande infljieince. La yBuvp de Henri II ne s'était point encore fait connaître. On la savait spirituelle, mais superstitieuse, pleine de goût pour les arts et les plaisirs délicats, mais sans beaucoup de sévérité morale. Son époux l'ayant tenue en dehors de toutes les affaires, elle n'avait fait preuve jusqu'alors que d'une rare constance à supporter les affronts, et d'une adresse infinie à manœuvrer au milieu des intrigues. Jetée tout à coup des coteries dans les factions, et des intrigues dans la guerre, elle ne fut plus au niveau de son nouveau rôle. Esprit sans conviction, caractère sans scrupules, eHe porta les finesses du boiadair dans les affaires de l'État. Au lieu d'une politique ferme et droite, «lie eut le goût des menées ténébreuses. Elle voulut gouverner en prenant les hommes par les mauvaises passions, ce qui augmente la corruption, et en opposant les partis les uns aux autres, oe qui ac<»x)ît leurs foross. Les longs iMitrages ^^elie
i. Essai êw les mosurst oh. civui.
FRANÇOIS n (1559-1560). 3
arait em k souQrir ^ la trkOfloiphant^ Diap0 d^ P^Uîens» aTaieot effacé eu elle toute disjdfî^tioQ entre Je )i>iea et le mal, et ii^avaient laissé dans son cœur qu^un seul bon aentiment, son afiecllon p^ur se;^ enfants^ Tous ^.es e^rts furent employés h conserver )e pouvoir à se? fils; et, pour y rjôusçirt elle usa, 3«V3 hésiter, ^ tou^ les mo^eu^, 4q?w la gal^Pterie jw3qu'à Tassaswat, Cette poî^tiquo perverse devait aypir son ch^tiji^eut* ^ut^Q Ij^ m^P^ 4e cette It^Uen^e, la couroAAC d^ Yaloi^, tjiçb^e cJb a^ng, tomba 4 t^^ ^ briser sur le pavé de^ rues.
lIfMr|ie||M«Lar^. r- Unejçune femme, M^riç Stu9f t^ épou59 dç François II, ilpign<»iiuelque tçmps Catherine 4e Médici^ du pouvoir, Henri I^ |iV;^t n\ari^ ^o^ fi\s h icett^ fille d^ Jacques V jçjt de Marie de JLorr^n^, ppur s'assurer contiiia PAngleteirp tes ^epour^ 4e l'Ecosse, Relie, pleine de grîlqe, d'esprit (Ct 4e J^^vpir^ >i^ri9 n'avait pipi nt ç^core ç^ommi^ces fautes qu'attendait une si longue expiation etqujS sa^odorta efiàcée9> P^s cetfe Ji^riH^ggirfe cour de France, au luili^u des savants, des poètes ij; de^ «^rti^te^ tpujour^ rstUg^jj /sur ses pas, Maii^ jouis^it s?^ ^empr.ds du jplsti^û' 4'e;^erper co» séductions de l'esprit çj de 1^ he^uté.(juij epcpre awjourd'hxu, arrêtent toute p^rç>U a^vère ^ur les jèvres 4^ l'histofieu. Cette influence de la jeune reine, l'empire qu'elle ava^t prisi sur le rpi ^.u^seut pu tpjirn^r a^ ^i^u de j'Etat, ,s'ii y ^v.ait eu autour (T/slle 4'habiies conseillers ; mj^s toute aux pli^sirS; elle livr^ les affaires à ses deuç pn^eç^ le ç^rdii^ 4^ Lorraine et Je duc François 4e Guisie.
ILeti prétisadai^ts i^p pouyoir^ r- La pjaisOin dp G^h^i branche cadette de la maison dupajl^p ^ f^çrr^ir^ quoique toute uouvelle eii Prçince, ^'y ^tai.t r^piden^enj élevée, Claude'j son chef, avait oWenù ?^ rijçompense de ses ^rvices, le gouvernement dp la Gbanjp^gnp 4 i'^f e^ptiou 4^ ^* terrp .49 ê^i«^P pn 4uch$ p ;son frère Jpiau M fyil oardiuî^l. Deux de jjps fils ^all^ienjl; joupr W ptas frpd r^lPf Waé, Françoi?^ ^yaij; .d^/ejjidu Metz^ et rpcpuguis Cgiiai? ; un f utrpj
1. <3Uiid« étaét le «inqmème fils 4e EejDé U, dtto de Itorraine, et «iMùiusa AiitoiAiHta 4# ^^m^9.^ i9$.eifmà'imi^ 4» U&ui tv. fom Aux Malesl d'âne piéta aostere qui resta dans leor mi^SQ];^ w moi^s tQmmp ii^tru^ meut politique, «t qm désigoa les Ouii^s au rdie de chefi dn parti catjioli* wji»,Cm4p oKMwii^ «en ps^ il^rmtf AU ij»9t$, Ji»«tttt 1«3 Oi^pérUujc 4mvUi Neufcbàteaa en Lorraine. H écrasa rarmée des paysans aU^maçds à Sar ▼eiine en iMS, eonquit titxembonrg en IS4!!, et fonda, deux ans après, la PMaUi>té 49 n mmoa^ ^v^ f wis, /an sArjU»^istM4 2» fi^êi^ 4» u pm* effrayée de rapproche des Impériaux.
Charles, avait succédé au cardinalat de son oncle Jean, et arriva jusqu'à posséder douze sièges, dont trois archevêchés. Le jeune roi confia au premier « ce qui regardait la milice; » le secondent la charge des affaires civiles. C'était toute l'administration du pays qu'on remettait entre leurs mains. Catherine de Médecis avait cependant < la surintendance générale du gouvernement, » un grand titre, rien de plus.
11 y avait d'autres candidats au pouvoir, les uns à cause de leur naissance, les autres par ambition : les Bourbons et les Montmorency. La maison de Bourbon avait alors pour chefs Antoine, qui avait épousé Jeanne d'Albret, héritière du royaume de Navarre, et ses deux frères, Charles, cardinal de Bourbon, Louis, prince de Condé. Ils étaient les plus proches parents des Valois, et Antoine, en cas de minorité, eût pu prétendre à la régence ; mais, depuis la trahison du connétable, les Bourbons étaient comme en disgrâce. Pour le moment, ils ne demandaient rien.
Le vieux et dur connétable de Montmorency, le vaincu de Saint-Quentin, était moins désintéressé; mais le roi lui déclara que, voulant soulager sa vieillesse, il lui retirait le fardeau des affaires. Les deux Guises restaient donc les maîtres du roi, de la cour et du pouvoir. Un nouvel ennemi se leva alors contre eux.
Calvin s progrès de la Réforme. — Il y avait quarante ans que Luther avait commencé ses prédications contre l'Église, et déjà l'Europe était partagée en deux communions. Tout le Nord : l'Angleterre, l'Ecosse, la Suède, le Danemark, la moitié de l'Allemagne et de la Suisse s'étaient séparées de Rome; le Midi, l'Italie et l'Espagne lui obéissaient. Que la France passe du côté de la Réforme, et celleci triomphe. Voilà ce qui fit l'importance européenne du grand débat que nous avons à raconter.
Sous François l^ et Henri II, la Sorbonne avait condamné les opinions nouvelles sans accepter la discussion avec ellôs. Le parlement avait défendu les prêches dans les campagnes, porté la peine de mort contre les hérétiques, et sanctionné l'établissement d'un tribunal d'inquisition pour les clercs. Les auto-da-fé, nombreux à Paris, à Toulouse, à Vienne, à Montpellier, l'exécution des Vaudois, témoignaient suffisamment que, si le gouvernement, dans sa politique étrangère, s'appuyait sur les protestants du dehors, il n'entendait faire aucune concession aux protestants du dedans.
Les réformés de France étaient jusqu^alors restés sans gaide, CSalvin leur en donna un. Il naquit le 10 juillet 1509, d^an père notaire ou tonnelier, à Noyon. A douze ans, il fut poanm d'un bénéfice dans la cathédrale de cette ville ; à dixhuit, il obtint une cure sans être engagé dans les ordres. Mais ayant eu connaissance, à l'université de Bourges, des opinions luthériennes, il les adopta en les modifiant, les répandit lui-même à Poitiers, à Paris, à Nérac, et, le premier, les exposa et les défendit dans un livre clair et méthodique qu'il intitula rinstitution chrétienne^ et qu'il accompagna d'une préface adressée à François !•'. Il y attaqua la primauté du saint-siége, l'autorité des conciles généraux, le caractère d'évèque et de prêtre, la présence réelle, et le culte dés saints. Après de longues courses, il se fixa à Genève, où il prit une telle influence que sa parole y fut plus obéie que celle des magistrats. De lôdl à 1565, il y régna en maître absolu» réglant les doctrines et réformant les mœurs ; sévère jusqu'à la cruauté, faisant condamner à mort un auteur de vers libertins, comme il faisait brûler Michel Servet pour avoir attaqué le dogme de la Trinité ; montrant ainsi que, dans ce siècle d'énergiques croyances, les persécutés ne pratiquaient pas plus la tolérance que les persécuteurs. Sous la main de cet austère et impitoyable législateur, la réforme de France se précisa : elle alla plus loin que celle de Luther, car elle nia absolument la présence réelle dans le sacrifice de la messe, et proscrivit comme des abominations toutes les splendeurs du culte .catholique. La réforme de France s'appella le calvinisme, et Genève devint la Rome du protestantisme. Les calvinistes ou huguenots [eidgenossen^ les confédérés) se multiplièrent au milieu de la persécution. Le concile de Trente (15(i5), le nouvel ordre religieux de la Compagnie de Jésus, créé tout exprès pour combattre l'hérésie, furent impuissants à arrêter ses progrès, f Malgré les édits, malgré les supplices, dit le catholique Michel de Castelnau, grand ami des Guises, ils étaient si opiniâtres et si résolus en leur religion, que, lors même qu'on était le plus décidé à les faire mourir, ils ne laissaient pas pour cela de s'assembto,etplus on faisait de punitions, plus ils se multipliaient. » Il y avait eu déjà à Paris des scènes tumultueuses et sangljmtes. Ceci explique la paix imprévue de Câteau-C^ambrésis. Les deux rois se sentirent plus pressés d'arrêter les progrès des réformés que de se prendre encore quelques
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villea. Par une côfttentioû secrète que* \éts (Mien et Gran- Velle ménagèrent, ou fout atl tnoins par de formelle* promesse», Philippe II et Henri II s'engagèrent à extirper l'hérésie.
iSappIice à^AnMàe tlnbour^. — Henri âe mit Stùâi^itM k l'œuvre. Il publia Tédit d^Écôuefi, qui prononçait la peine de mort ccfntre les protestants et leurs complices (juin). Suî* lat houveïïe que les huguenots avaient trouvé des défendeOfS jusque dans sa cour de justice, il se rendît au t)ai1ement quelques jours stvant le fatal tournoi, et ordonna de^ conti*' nuer en sa présence la délibération sur son édit. Deux toero* bresj Dufaur et Anne Dul)ourg,'ne cachèrent point lear sym* pathie pour les persécutés ; le second se fit même accusateur i « Je sais, dit-il, quil est certain» crimes qu*on doit hnpl^ toyablement punir, tels que Tadultêre, le blasphème et le parjure; mais de quoi accUse-t-ôn ceux qu'on livTe ira bras du hourreau? » Le roi se crut insulté et braté en face ; il les fit aussitôt saisir, et commanda qu^on frtstrtfjérft leur procès* Sa toort n'arrêta pas l'affaire, qui fut stiîVie au ûiîlieu des plus terribles péripéties. Les ministre^ de l'Église réfohttée tinrent à Paris leur premier synode national , pont rédîgefif une pétition en faveiir des prisonniers. Lô 12 décembre ISS^, entre cinq et six heures du soir, le président MénâM, tio^ lent ennemi de Dubourg, ftit tué <run cotrp de {Jhtc^et ml sortir de l'audience. Ce coup tuait aussi t>abotirg t il M, brûlé en place de Grève.
PniMance du parti rélémié; méeoniettietàtmt i^oll^ ttqi«e. — Cependant tes réformés s'organisaient. Le» mK nistres du synode national avaient profité de leur préisence à Paris pour poser les bases d'une union de leurs Élises ©t établir des rapports avec les protestants allemands. De grands personnages étaient déjà danâ le parti qui se grossissait, noii«seulement des opposants religieux, mais des opposants politiques. Les princes du sang, Antoine dé Bourbon et CîoïkM, s'indignaient d'être exclus du gouvernement. La haute »<►. blesse voyait avec dépit le pouvoir aux mains d'étrôngers, la reine écoséaîse, la r«»ne-toêre italienne, les Guises lorrains; ceux-di prenant tottt en France, même ce que PaHstooraiie estime souvent plus que le pouvoir, les privilèges d'étiquette, car ils prétendaient, à titre de princes étrangers, mar^ter immédiatement après les princes du sang, avant les chefs des plus illustres maisons. La petite noblesse de proffAce ti^aràit
pas euy en dédommagement de ses privilèges abolis par la royauté, les charges et les honnem's exclusivement réservés aux nobles qui suivaient la cour, aussi penchait-elle, par mécontentement politique, vers les nouveautés théologiques. Les doctrines austères et indépendantes du calvinisme lui plaisaient par plus d^n côté, et quelques-uns ne pouvaient s'empêcher de penser à ces riches domaines d'Église que les seigneurs d'AUeiçagne et d'Angleterre avaient sécularisés, à ces privilèges perdus qu'on retrouverait peut-être dans la mêlée ; et ces dangereuses pensées opéraient bien des conversions. Qu'on regarde au fond de cette période de nos guerres civiles, et on verra tous ces mécontentements, toutes ces vagues espérances, se rapprocher et s'unir pour briser les nouvelles formes politiques.
C^MFiratloM A'Avboise (1560). —Les deuxGuises, le duc et le cardinal, durs et orgueilleux, étaient justement les hommes qu'il fallait pour amener une crise. Ils exerçaient le pouvoir avec arr(^ance et partialité. Ils supprimèrent les grâces et pensions de leurs adversaires pour les prodiguer à leurs amis. Us licencièrent les vieilles bandes où servaient nombre de pauvres gentilshommes, et les remplacèrent par des Allemands et des Italiens qui leur étaient plus dévoués. Beaucoup qui avsdent fait à leurs dépens les guerres d'Italie, vinrent réclamer à Fontainebleau indemnité et récompense. Le cardinal de Lorraine fit élever une potence à la porte du château, et enjoignit à tout solliciteur de sortir de la ville dans les vingt-quatre heures, sous peine d'y être attaché.
Cette façon leste de régler ses comptes indigna beaucoup de gens qui se jetèrent dans un complot, ne pouvant se jeter encore dans la guerre civile. On croyait pouvoir compter sur les deux Bourbons; on était sûr au moins de Condé, et on pensait qu'il serait facile d'entraîner les trois Châtillons, neveux de Montmorency, l'un cardinal évêque de Beauvais; l'autre, Coligny, amiral de France, et depuis longtemps ennemi du duc François ; le troisième, Dandelot, colonel générai de l'infanterie. Coligny avait déjà dit au roi qu'il aimerait mieux mourir que d'aller à la messe.
On se (HToposa d'enlever le roi aux Guises pour leur enlever le pouvoir. Le prince de Condé était le chef secret; maïs rentreprise fut conduite par un homme de main déterminé, la Renaudie, gentilhomme du Limousin. On convint qu'un certain nombre de huguenots se rendraient h Blois, où so
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tenait la cour pour demander la liberté religieuse; la Renaudie, à la tôto de 500 gentilshommes bien armés, et de 1000 soldats, suivrait pour faire le coup. Calvin, consulté vaguement au sujet de cette tentative, assure l'avoir vivement blâmée : « S'il se répand une seule goutte de sang, des rivières en découleront par toute l'Europe. » Tout était prêt, quand un avocat qui avait d'abord trouvé l'expédient bon, l'alla révéler par crainte.
François de Guise mena la cour au cbâleau d'Amboise, plus facile à défendre, manda Condé et les Châtillons, pour le service du roi, et fit suspendre par un édit les poursuites contre les réformés, afin de diviser ses adversaires. La Renaudie ne renonça pas à son entreprise. Le 16 mars, il marcha sur Amboise, mais fut surpris et tué dans la forêt de Château-Renaud. Le duc de Guise, nommé lieutenant général du royaume ayec des pouvoirs illimités, se montra sans pitié : il fit battre en tous sens les environs d'Amboise pour ramasser les conjurés fugitifs, et pendant un mois on ne fit que décapiter, pendre ou noyer. La cour assistait aux exécutions, même les femmes, mais y entendait parfois d'effrayantes paroles. Un jour, un gentilhomme, M. de Villemongis, réservé le dernier pour le supplice, trempa ses mains dans le sang de ses compagnons, et les élevant vers le ciel : f Seigneur, s'écria-t-il, voici le sang de tes enfants, et tu le vengeras. »
« Le chef muet, » Condé, que personne n'avait vu, mais dont tout le monde parlait, fut compromis par les aveux de plusieurs. Il avait beau dire : « Tous ces pendus-là en ont menti! » nul ne doutait qu'il ne fût l'auteur du mouvement. Comme il n'avait rien écrit et ne s'était montré à personne, si ce n'est à la Renaudie, qui élait mort, il demanda avec hauteur une réunion solennelle des princes, et défia en combat singulier quiconque oserait l'accuser. Le duc de Guise n'avait point de preuves suffisantes; ne pouvant le perdre, il voulut se donner l'air de le sauver : il s'offrit à lui pour second ; ce que voyant, personne n'osa relever le gant. Guise attendsut Condé à quelque nouvelle imprudence.
lie chancelier de l'Hôpital ; édit de Romorantin (1560). — Les Guises avaient remporté une de ces victoires qui affaiblissent. Tant d'exécutions pour un complot qu'il eût été si facile d'étouff'er firent horreur. Le chancelier Olivier en était mort en criant aux Guises dans son agonie : « Cardinal
frar loif liotid Toilà damnés f # La éoch^se de €fmm s'éMt enfoie époiirantée : < Ab f madame^ disaii-^e h la reàney comment dofuter après cela qa'un grand maflieor ne frappe bientôt notre maison ! » Marie Stoart n'ayait rien empêché. I^a précoce intelligence faisait déjà tort à son cœur*. Mais le imne roi arait pleuré ei fait cette remarque, que le nom qa^on entendait partout^ dans les malédictions des suppIiciéSy mai eékA de sm oncle» et non pias le sien. La reine«m^e Sffiâi eneotë mîenx comprl» ce qo^oa lui répétait tout bas : « qt<11 y atidt dans tout cela plus de mécontent^nent que de buguei}c4éarie, » Elle fit donner led sceaux à Michel l'Hôpital. C'était 4 une de ces belles âmes frappées à Tantique marque, un fmifB CêUm le Censeur; il en atait du tout l'apparence, ayec sa grande barbe blanche, son Tisage pâle, sa façon grar e. t Le nouTeau chancelier rendit un premier service à la France* Les Guises, exaltés par le succès, demandaient l'introduction pure et simple de rmquimtion. c Qu'est-il be^ soin, disait l'Hôpital^ de tant de bûchers et de tortures? Garnis de rertus et munis de bonnes mœurs, résistez à l'hérésie, j Cependant il fit rendre (mai 1560) l'édit de Romorantin, qui attribuait la connaissance du crime d'hérésie aux tribunaux des éréques, grave concession au clergé, mais préférable à l'établissement du terrible kîbunal qui couvrait en ce temps-là l^spagne de bûchers, et soulevait même llior^ reur des catholiques italiens*
V^répartttif • 4« gmmttpe «trlle. — Pour lutter contre les Guises, il fallait à hôpital un point d'appui. Il convoqua les notables à Fontainebleau, Goligny s'y rendit, mit un genou en terre devant le roi, et lui présenta la pétition des huguenots de Normandie qui demandaient la liberté de conscience. Le cardinal de Lorraine s^opposa à cette concession. Mais Montluc, évèque de Valence, et Marillac, archevêque de Vienne, firent décider la suspension de toutes les poursuites, jusqu'à la convocation de» états généraux. On convint que ces états se réuniraient le 10 décembre 1560. Il était urgent que la voix de la nation s'élevât au-dessus du tumulte des
1. Lêitreê dé Marie Stuarti ptibliées par le princo Labanoff^t. I, p. 6. EUd ayait écrit & sa mère après les exécaiions faites par celle-ci en Ecosse : € Vous avez très-bien fait de ce que vous vonlei faire justice; ils en ont bien besoin. • Voy. aussi les documents récemment publiés par M. Teulet {Lettres de Marie Stuarty etc., 1859), qui complètent le recueil do LabanofT et sont une déposition terrible contre la reine.
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ambitions rivales et des croyances contraires. Les Guises se liaient à la politique impitoyable du roi d'Espagne, qui leur écrivait : a Si vous voulez châtier les rebelles, je suis à votre disposition, » et ils rassemblaient une armée. Les Bourbons et les Châtillons levaient des troupes de gentilshommes, et, à l'aide des émissaires de Calvin, organisaient la résistance dans les provinces du Midi. On se battait déjà sur plusieurs points.
Arrestation de Coudé i mort de François II (1560). — Les députés des états arrivèrent à Orléans au milieu de cette effervescence. Le roi de Navarre et le prince de Ck)ndé s'y étaient rendus mal^é les instances de tous leurs amis. Les Guises, qui avaient cette fois des preuves contre Condé, le firent arrêter dès qu'il fut entré dans la ville, et, pour se débarrasser de son frère contfe lequel on ne pouvait rien prouver, ils voulurent le faire tuer dans l'antichambre du roLLe cœur manqua au jeune prince; il n'osa donner le si. gnal. Cette pensée d'assassinat devait être retournée un joujr contre ceux qui l'avaient conçue : les deux Guises tomberont ainsi.
Cependant une commission fut nommée pour instruire rapidement le procès de Condé ; le sort du prince était fixé d'avance : il fut condamné à mort, et 11 eût péri sans l'Hôpital, qui refusa de signer la sentence et gagna ainsi du temps. Gagner du temps, c^était gagner la vie de Condé, car le jeune roi se mourait : il expira le 5 décembre, après un régne de dix-sept mois.
La France eût vite oublié ce malheureux jeune homme, si à son règne ne se rattachaient deux souvenirs : l'un terrible, le pouvoir des Guises et le commencement des guerres de religion ; Tautre gracieux, celui de la jeune Marie Stuart. Contrainte, après la mort de son époux, de renoncer à sa patrie d'adoption pour retourner dans sa sauvage Ecosse, elle pleura longtemps en quittant le pays « où la maie fortune l'avait laissée, et la bonne l'avait pnse par la main. » Appuyée sur la poupe de la jçalère qui l'emportait, les yeux attachés au rivage et pleins de Jarmes, elle demeura, dit Brantôme, cinq heures entières dans cette attitude, répétant sans cesse : «Adieu, France i adieu, France! » La nuit venue, ^ elle fit étendre un tapis à la même place et s'y coucha^ refusant toute nourriture. Au jour naissant elle aperçut encore un point à l'horizon et s'écria : • Adieu, chère France! je ne
vous verrai jamais plus * ! » Elle allait pourtant trouver une couronne, mais aussi des chaînes, une captivité de dix-huit ans, et, au lieu d'un trône, un échafaud.
Faits divers. — Jean Nicot apporte en France, en 1560, la nicotine ùu petuHj ÙU herbe à la reins (le tabac).