Dotot
i. Ouvrages à consulter : Saint-Simon, Mémoires; Boisguilbert, Détail « la France soue le régne actuelt Cologne, 1707 ; Lemontey, Essai sur Vé-
288 GOUVERNEHE^rr DE LOUIS XIV.
autant que la sienne propre, une chose lui appartient tout entière : c'est la direction générale qu'il donna au gouyernement et à la société ; c'est la manière énergique- et habile dont il sut dominer tous les pouvoirs, les annuler ou les faire servir à sa grandeur ; c'est çnfln cet art «de régner qu'aucun prince, au jugement de Saint-Simon, ne posséda à un plus haut point. Oh a déjà vu ses idées sur le droit des souverains, il les avait résumées dans cette parole qu'il prononça, dit-on, jeune encore, au sortir de la Fronde : L'État^ c'est tnoi*.
Il le croyait, tout le monde le crut avec lui, et TËglise l'enseigna : Bossuet fonda le droit divin de la monarchie sur les maximes tirées de l'Écriture sainte : c 0 rois, vous êtes des dieux, » s'écrie le grand évèque, dans le même temps oà Lebrun remplissait Versailles de l'apothéose de Louis. Tuà qu'il vécut, il n'y eut dans toute la France qu'une volonlé sans contrôle et sans limite, la sienne, c Dans l'État où Y&m' devez régner après moi, disait-il à son fils, vous ne trouvens point d'autorité qui ne se fasse honneur de tenir de vous soil origine et son caractère. » Comme il arrive souvent, il ûo*sait intervenir Dieu même en sa faveur : c La volonté dt Dieu, disait-il, est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement. »
Suppression des états i^éiiéraiix, des étals provUtclaux et des malries éleetlTes. — Les états généraux eussent rappelé d'autres droits : il ne les convoqua jamais; il punit ceux qui en parlèrent, et quand, au traité d'Utrecht, les alliés se défiant encore de son ambition, voulurent exiger que les conditions de la paix fussent ratifiées par une assemblée nationale, il s'y refusa avec hauteur, et déclara qu'il regardait cette demande comme une insulte à la majesté du trône. La plupart des provinces avaient des états particuliers» il en supprima beaucoup*. Ceux qui furent conservés»
tablissement monarchique de Loui* XIV : Chérael, De VadmtniêtrtUton de Louis XIV; Depping, Correspondance administrative entre le cabinet du roi et les secrétaires d'Etat, etc., 4 vol. in-4; Sainte-Beuve, Port-Royal; l'abbé Le Dieu, Mémoires de Bossuet ; le gouvernement de Normandie am dix-septième et au dix-huitième siècle, par Cti. Hippeau ; Boyer de U Suzanne, les Intendants de la généralité d* Amiens (ItttfS).
1. si ce mot n'est pas authentique, la pensée qui ravait dicté Pest bien certainement. Louis XIV avait fait écrire dans un cours de droit public pour iinstruction du duc de Bourgogne : c La nation ne fait pas corps en France, elle réside tout entière dans la personne du roi. » (Lemontey, ibtd., p. 327.)
2. lis furent supprimés en Normandie, Maine, Anjou, Touraine, Orléa-
comme en Languedoc, Bourgogne, Provence, Bretagne, etc., ne se réunirent que pour exécuter les ordres des ministres. Ce qui restait de libertés municipales disparut, comme les libertés provinciales : le roi, battant monnaie avec de vieux droits chers aux villes, érigea les mairies en offices héréditaires et les vendit au plus offrant. Un édit de 1683 plaça les villes pour leur gestion financière sous la tutelle des intendants. Leurs finances n'en allèrent pas mieux. On
Le palais des États, à Dijon, commencé en 1686.
vit des communautés rendues responsables du payement de la taille, comme les curiales Tétaient sous les empereurs romains. L'ancienne fiscalité avait ruiné les magistrats mu-
nais, Bourbonnais, NiTernais, Marche, Berry, Aunis et Saintonge, Angoumois, Auvergne, Quercy, Périgord etRoaergue. Sur les avantages d'administration meilleare assurée par les états, aux provinces qui en avaient encore, voy. Bailly, Histoire Hnanci^rc, t. I, p. 261. Mézerai perdit sa pension ponr avoir montré la* part que la nation avait eue à diverses époques dans rétablissement des impôts et le gouvernement du pnys.
Il — l'J
290 GOUVERNEMENT DE LOUIS XlV.
nicîpaux ; la nouvelle les tenait pour exempts, mais ruinait les communes.
Un mot résume toute cette politique; il est malheureuse^ ment de Colbert : c II n'est pas bon, écrivait-il à un gouverneur qu'il chargeait de faire tomber en désuétude une magistrature élective, il n'est pas bon que quelqu'un parle au nom de tous*. »
La vie municipale fut donc comme suspendue dans le pays, ainsi que l'étsdt depuis longtemps la vie politique: situation fâcheuse, car l'éducation pratique des s^^res manqua à la France, et le jour où elle sera forc^ ée repr^dre le gouvernement d^elle-même des mains défaîlkates de la royauté absolue, elle trouvera bien, pour k guid^, de hardis et puissants logiciens, mais non de ces homsies oipértmentes qui savent rattacher l'avenir au passé par dejoste» tempéraments. La liberté politique, pour être stable, abesoîil de s'élever sur la forte base des libertés nmnicipales. Ctet ainsi qu'elle a grandi en AngktaiTe el qu'elle s'^ BHiistient.
SaamiMioM 4a parlev^mt. ^ La rebuté ataii rai»ctaq ^ècles à miner le grand corps de rariste<3atîe Uoàtàe^ ei pour mieux y réussir avait formé de ses propres mains un autre ecHrps, celui de Tordre judktaffe. An seoitot» siècle» cm appelait les parlements « les fortes -^t puissantes e^o^ nés sur lesquelles était appi^éela monarchie. » Mais, au dixseptième, la nouvelle royauté ne voulait d^aolre a^ni que son droit absolu. Cependant, grâce k la vénalité dew charges qui laissait les m^ôes ^métions dam» les mêmes ma£^ grâce à la dignité de ia vie des magistrats, s'' rôle pc^lique qu'ils avaient joué en plusieurs circonstanctx^, à Tesprit de corps qui s'était bien vite établi au sein des grandes compagnies judiciaires, il s'était élevé à côté de la noblesse d'épée une noblesse de robe qui paraissait aussi gênante que l'autre, parce qu'elle avait d^à des souvenirs et des regrets. Elle n'était point toujours maniable. Sans nmipre en visière
i. LeUre aa eoiote de FroaUoAc, gouvernaoc da Canada, Il jain 163a; die moAirt à nu toute cette politiqae. Colbert lai reproche d'avoir divisé les habitants en trou ordres ou états, c Nos rois oni estimé da bien de leur servioe depuis longtemps de ne point assembler les états da leur royaume, pour peut-être anéantir insensiblement cette forme ancienne ; > et il rengage à supprimer le syndic de Québec qui présentait des requêtes au nom de tous les habitants, < étant bon que chacun parle pour soi et que personne ne parle pour tous* »
ÔOûVËRNVMBNt DÉ LOUlS itV. JI§1
tu potivdîr, eSé Itli i^éii^afE à V^âé de 6etf Idâ^ëi^ ptàtédtii^à, dé ses formes vénérstbles par leur àneiénnelié inêiâe ûûi âitértàîent de leurs faibles îîens larotonté royale, eèmfne fe lion de la fable était arrêté par les mitle lacs d'ufi filet myisible. EBé déjouait les attaques par cette fbrce eTitiertî» IMTOpré aux assenà)lées dé Tieitlards, et qu^il étaH difficile de brîser en un temps ah là tràdîtipn faisait le droit. L*esprit tfopposîtiofl, poursuivi partout, s^tait réfugié Iki opposition politique à peine sensible dans le parlement de Paris, opposition provinciale dans les autres, dans tous opposition religieuse sous la forme du jansénisme. On a vu que Louis XIV ne s'y trompa pas et Ton n'a pas oublié ses dill^es paroles de 1655. Une des pensées qu'il chercha à réaliser avec lepltts dé persévérance fut de transformer les parlemétits en simples cours d'appel ; il les soumit à son conseil d'État ' , même celui de Paris, qui avait donné la régence à son aïeule et à sa ïùëre et qui avait fait la Fronde. Par un édit de 166*7, il lui prescrivit d'enregistrer les ordonnances dans la huitaine et il He souffrit aucune remontrance. L'année suivante, il fit arracher des registres de la compagnie toutes les délibérations qui dataient de la guerre civile, pour efiacer jusqu'au souvenir de ses anciennes prétentions*. Enfin, il changea son titre de cour souveraine en celui de cour supérieure fonne si le premier eût été une uanrpation sur la souveraineté royale (1665).
Le» DsagiiNnrats, réduits à rendre des arrêts, étaieni encore t»Érfois obligés de rendre des services. D'Ormesson tomba en disgrâce pour aveiir résisté aux désirs de la cour dans le procès de Fouquet, et un juge ayant refusé de condamner à nort un aneien frondeur, Fargues, qui avait eu des lettres spéciiales d'abolitioD, fut remplacé par un autre plus complaitut qui envoya Fargues à la potence *,
••ttmUfliou de la nobteMe. — I] semblait plus difficHe ée rééahre Iw noires. Le cardinal de Richelieu avait démoli
i. he omseH é'tUà, iMtitsé M 131», vraiX form« le Conseil tPEtai promnoïaà dit wmr Its qvMtkms polHiqaei et rdigieasM, le Comeil d$ di* ' fmtién ptmr le» flames^ le Ormd Ccnêeil poor les érecstioiie et Brocès fÉMTfés M €MS«U #ttat (Chéruel, Dw Vadminitirmêion de Lomé JUV ,
S< n M la même eiiMt» sii mois aprèt, pour les registret d.% lliétei de
t. pour G«lto MfiéMe fristeire, toyei LmnoBtey, Pièom imUfi€aii9ét^ • lU L'aifoire est de l«65t
leurs forteresses et fait tombw la tète des plus remuants. Mazarin les avait achetés ou vaincus par la ruse. Louis XIV s*en rendit maître en les attirant autour de lui par des fêtes, en les arrachant à leurs domaines, où ils se souvenaSent trop de leurs aïeux et se sentaient libres encore, pour remplir ses antichambres et sa domesticité des descendants de ceux qui avaient fait trembler ses pères, et former à la royauté cet éblouissant cortège dont lé représentant de Dieu sur la terre voulait être toujours environné. Les gouverneurs de provinces, dépouillés de toute autorité au profit des intendants^ <k ne pouvaient plus faire les rois. » Ils n*avaient plus le maniement des deniers, pas même le commandement des troupes, et ils n'étaient nommés que pour trois ans, sauf à obtenir, par leur assiduité à Versailles, une prolongation de ce vain honneur. Ceux des nobles qui s'obstinèrent à rester dans leurs manoirs y reçurent plus d'une fois la redoutable visite des gens du roi. Fléchier nous a conservé le souvenir des Grand$ jours de Clermont, tenus en 1665, et des exécutions faites alors sur celte noblesse de province qui voyait les parlements irrésolus ou iiilimidés et croyait la cour trop loin pour que le bruit des plaintes du peuple y retentît ^ Le roi
1. • Il y a plas de soixante ans, dit-U, que le marquis de Canillao a commencé d'être méchant, et il n'a jamais cessé de l'être depuis ce temps-là. Il est chef d'une maison illustre qui se glorifi^d'aYOir donné deux papM à Rome et plusieurs capitaines à la France. Je ne m'arrêterai point à raconter tous les dérèglements dont il est accusé ; il suffît de aire qull a praUqué tout ce que la tyrannie peut inventer en matière d'impositions. On levait, dans ses terres, la taille de monsieur, celle de madame et ceUe de tous les enfants de la maison, outre celle du roi. Pour empêcher les murmures, il entretenait dans des tours douce scélérats, qu'il appelait ses douze apôtres qui catéchisaient avec Tépée ou avec le bâton ceux qui étaient rebelles a sa loi. Il leur avait donné des noms fort peu apostmiqoes, appelant l'un Sans-Piancty l'autre BrU$-Tout, et ainsi du reste. Par la terreur que donnaient ces noms effroyables, U imi>osait des sommes assez considérables sur les viandes qu'on mange ordinairement, et, comme on pratiquait un peu trop l'abstinence, il tournait l'imposition sur eeox qui n'en mangeaient pas. Le plus srand revenu qu'il avait était celai de la justice : U Taisait, pour la moindre chose, emprisonner et juger des misérables, et les obligeait à racheter leurs peines par argent, u egftt rowàn que tous ses justiciables eussent été de son humeur, et les engageait souvent à de méchantes actions, pour les leur faire payer avec beaucoup de rigueur. A la nouvelle de la tenue des Grands jour$^ CaniUac s'enfuit en Espagne : il fut condamné à mort; un de ses parents, le vicomte de Lamothe-CaniUac, eut la tète tranchée. Un marquis de MoatTsUais, pour permettre à ses vassaux de se marier, prenait quelquefois la moitié dt la dot de la future. Uo baron de Sénégas avait presque fait mourir un homaie dans un cachot pour quelque sujet de plainte qu'il avait contre lui. Le baron de Veyrac avait tué un notaire qui avait osé verbaliser contre lui ; le marquis du Palais, des huissiers qui lui apportaient une assianatioa; ta baron d-'Btpinchal, un dt ses pages, etc- » TeUe fat l'aeUviti de U c«ar,
eneonrageait lui-même la séyériié des magistrats, c II faut achever de bannir roppression et la violence des provinces^ de votTQ ressort, écrivait-il au président des Grande jours. Vous avez trop bien commencé pour n'en pas venir à bout; » et il fit frapper une médaille représentant un esclave qui se relève, protégé par le glaive royal, avec cette devise expressive : Salus provindarum refrressa paUrUiorum audacia. Mais, pour les nobles qui vivaient à sa cour, même pour ceux qui ne lui inspiraient qa'une médiocre estime, il les honora constamment par des marques extérieures de considération *, afin que lui-même, le premier d'entre eux, en parût plus grand aux yeux de la foule.
S'ils avaient des titres, des honneurs, ils n'eurent dans PÉtat aucune influence politique. Louis XIV n'oublia pas que le vainqueur de Rocroy avait peut-être songé à fonder une nouvelle race royale, et il employa le moins qu'il put les princes du sang, même son frère, de peur qu'ils ne trouvassent l'occasion de se distinguer*. Il se complut à nourrir en eux des goûts frivoles qui, pour plusieurs, devinrent rapidement des goûts honteux. Son frère eût pu être un prince tout comme un autre ; son neveu avait peut-être Tétc^e d'un bommfi supérieur ; et le prince de Conti était certainement très-brave et très-capable. Us furent réduits à laisser s'éteindre dans l'oisiveté ou la débauche des talents dont le pays
la tète tranchée, 28 aux galères, 3 au fouet et au bannissement. 96 au bannissement. > On comprend la popularité que la royauté gagnai mettre on ttrme à cet mîBe tyrannies locales. Sons Louis XPf, il ne' fut pas possible à an homme de se croire au-dessus de la loi et d'agir en souTerain sur ses terres. Cette justice, bien entendu, n'épargna pas les petits. Des cou- Ml»l68 de toute condition furent punis. Fléchier parle d'un curé de Saint- Babel qui fut pendu pour assassinat.
1. On yoit dans Samt-Simon que le roi casse un jour sa canne sur le dos #tan ralet tp^i avait dérobé un niscuit (ch. zzx), et que, insulté par le due de Laoxan, il jette sa canne par la fenêtre pour ne pas frapper un homme de qualité. « C^est peut-être, ajoute gravement l'historien, la plus belle action de s& vie. > (Ch. dcx.) Un roturier ne pouvait se battre en duel avec on gentilhomme, mais le bourgeois offensé chargeait parfois un gentilhomme de venger son injure. Le roi publia un édit où il décréta : c que les gens d'une naissance ignoble assez insolents pour appeler des gentilshommes ou inviter contre ceux qu'ils auraient appelés d'autres gentilshommes, seraient, en cas de blessures ou de mort, pendus et étranglés, et leurs biens confisqués, t
2. c Les fils de France, écrit'il dans ses conseils au danphin, ne doivent Jamais, pour la sûreté ne Ittat, avoir d'autre retraite que la cour et le conr de ienr aSné. » [Mémoireê de Louie XIV, t. I, année 1666.)
tM GOUVE^iSMBNT DE LOUIS XlV.
gloire, lorsque, gane moi, oa peut eu avoir. > Dans see eou* seils il fl'admit,4epaie lamort de M^zariu, qu^uu seul homnœ de vieille noblesse, le duc de BeauviUiers, gouverneur des eafanis de Fran^œ ; et il choisit tous ses ministres parmi les personnages de condition médiocre» aâa de pouvoir, selon réœrgique eipressii» da SaintrSimon, les € replonger dans la profondeur du néant d'où cette place les avait tirés*, j U ne réserva aux seigneurs que le champ pli» restreijil; de la oarrière militaire ; encore eut^il soin de les discipliner par k mde main éà Lmivois et Vordre inflexiUe du iMcaUf et de leur ôter ou d'annuler les grandes charges ^ue RicbeU^ cvait laissées debout : celle de colonel général 4e rinfanterie fut supprimée en 1662; le colonel général de la cavalerie étatt neveu de Turenne ; il garda son titrer mais c on le nourrit de couleuvres; > il en fut ainsi de Tamiral de France et du capitaine général des galères : les officiers de mer cessèrent d'être k leur nomination. Même pour les questions d'honneuar et de dignité, que naguère ils vidaient si vite, Tépée à la aiain, U soumit jusqu'aux ducs et pairs au conseil de aesm»^ réehaux, ce qui du reste était un bien et Tapplication d*un édit de Henri IV. La noblesse de France n'avait donc pas su comme celle d'Angleterre devenir une classe politique; dhi n-était qu'une caste militaire.
MdB tiers état. — Louis XIV aima mieux, suivant en cela les vieilles traditions de la monarchie (voy. le chap. xli), se servir de la classe moyenne, plus instruite et d'aifleurs plus dévouée, parce qu'elle ne sentait pas encore les inconvèaMnts 4u pouvoir absolu et qu'elle sentait depuis des siècles ceux du cégime féodal. Louis XIV lui livra toutes Im fonction financières, politiques et judiciaires; il rétablit pacifiquement dans l'administration du royaume, idors que toute la vie du pays s'était retirée dans les conseils du roi et dans le cabinet des intendants; il la poussa avec énergie vers l'industrie et le commerce, deux forces des temps nouveaux; et les égardequ'D eut pour ces petites gens qui s'appelaient Boileau, Racine, Mo^ Hère, annonçaient la prochaine substitution des droits de Tes-
1. u n'était pai de mon intérêt de prendre pour ministree des bommet d'une qualité eminente. Il fallait, avant toute chose, faire oonnattre au pnblic, par le rang même où je les prenait, que mon aessein n'était point de narlager non autorité avea eux. • {MéfMir9$ 4$ toute Xi V émi «a miiwrmt
OOUTSRlIEMENr DB LOUIS XÎV. 295
prit à <sdux de la naissance. Louis XIV ppépara done, bien à son insu, la France démocratique ^ la Révolution. Cependant il ne £audrait pas voir en lui une espèce de roi bourgeois, un roi des mâUétierSy comme dit dédaigneusement Saint* Simon (chap. vi). Sa politique, la haute idée qu^il avait de sa personne, ce cérémonial rigoureux qui faisait de lui une sorte de divinité redoutable et inaccessible' , ces carrousels, ces fêtes brillantes, tout cela ne rappelle point k notre esprit limage modeste des monarchies constitutionnelles. Il y a plus, ces hommes de rien dont Louis faisait ses conseillers, ses ambassadeurs ou ses secrétaires d'État, quittaient leur roture avant d'entrer à la cour. Ils devenaient M. le marquis de Louvois, M. le comte de Pontchartrain, M. le marmus de Torcy. En travaillant avec des bourgeois, le petit- 61s de Henri IV voulait toujours rester le roi des gentilshommes.
lie éïergè% déclaration de 1682. — Louis XIV se conduisit avec le clergé comme avec la noblesse : en Thonorant, il veilla à ne lui laisser prendre aucun pouvoir. Les grands seigneurs, à peu d'exceptions près, furent écartés de TÉglise, comme ils Tétaient de Tadministration. Aussi Taristocratique Saint-Simon reproche-t-il à Louis XIV « d'avoir perdu )'épisc<^at, en le remplissant de cuistres de séminaires et de
1. t si le roi n'ayait 0u pear da diable, dit Saint-Simon, il se serait fait adorer. > Et quelques-uns étaient tout prêts i le faire. Voyez dans les lettres de Mme de Maintenon, plusieurs billets, celui entre autres où le duc de Richelieu écrit : < Je prie le roi à çenoux qu'il me permette de lui aller faire Quelquefois ma cour, car j'aime autant mourir que d'être deux mois sans le voir. • Ceci n'est que de l'adulation; mais voyez dans Saint- Simon son apothéoae par le doo de la Feuillade. On n'avait rien vu de pareil depuis les empereurs romains. Pour Vétiquetiej voici ce qu'en dit Louis XIV, dans ses Mémoires (t. IL p. 66) : Ceux-là s'abusent lourd^ent qui s'imaginent que ce ne soient là que des affaires de cérémonie. Les peuples sur qui nous régnons, ne pouvant pas pénétrer le fond des choses, règlent d'ordinaire leurs jugements sur ce quils voient au dehors, et c'est le plus souvent sur les préséances et snr les rangs qu'ils mesurent leur respect et leur obéissance. Gomme il est important au public de n'être gou* ▼emé que par un seul, il lui est important aussi que celui qui fait cett« fonction soit élevé de telle sorte au-dessus des autres qu'il n'y ait personne qu'il puisse ni confondre ni comparer avec lui ; et l'on ne peut, sans faire tort à tout le corps d'État, ôter à son chef les moindres marques de supériorité qui le distinguent des autres membres. • L'étiquette devint la vraie constitution de l'Etat. On peut voir, à ce sujet, dans les Mémoires de Saint- Simon, des détails bien curieux et bien tristes ; on y verra surtout oom* bien ce procédé est utile pour abaisser les caractères et les intelligences, en condamnant les esprits les mieux trempés à faire de vaines puérilités la grande, l'unique occupation de leur existence. Saint-Simon lui-même en fournit la preuve. Avec ce qu'il a dépensé d'activité, de passion, de génie et de persévérance à ces misères, il y aurait eu de quoi faire un homme supérieur et dix bons citoyens.
296 GOUVEi^NEMENT DE LOUIS XIV.
leurs élèyes, sans science, sans naissance, dont robscnriié^et la'grossièreté faisaient tout le mérite, » reproche étrange dans la bouche d'un homme qui avait vécu avec les Bossuet, les Fénelon, les Fléchier et les Massillon, Péternel honneur de rÉglise de France.
Le clergé fut donc, sous Louis XIV^ une force de plus pour la royauté. Dans Taffaire de la régale^ les évèques soutinrent même le roi contre Rome. On appelait ainsi le droit quV valent les rois de percevoir les revenus de certains bénéfices, évêchés et archevêchés, pendant la vacance du siège. En 1673, un édit déclara tous les sièges de France soumis à la régale. Deux évèques refusèrent d'obéir et furent approuvés par le pape. Louis XIV, pour terminer le difTèrend, convoqua une assemblée du clergé français, qui adopta, en 16S2, sous Pinspiration de Bossuet, quatre propositions que les tribunaux et la faculté de théologie enregistrèrent, et dont voici la substance :
1. Dieu n'a donné à saint Pierre et à ses successeurs aucune puissance ni directe ni indirecte sur les choses temporelles.
2. L'Église gallicane approuve les décrets adoptés par le concile de Constance, dans les sessions IV et V, lesquelles déclarent les conciles œcuméniques supérieurs au pa^ dans le spirituel.
3. Les règles, les usages reçus dans le royaume et dans l'Église gallicane doivent demeurer inébranlables.
4. Les décisions du pape, en matière de doctrine, ne sont irréformables qu'après que l'Église les a acceptées •.
Innocent XI n'approuva ni ne cassa ces résolutions, mais il refusa d'accorder les bulles d'investiture aux évèques nommés'par le gouvernement qui avaient été membres de l'assemblée, de sorte qu'à sa mort il se trouvait 29 diocèses dépourvus de titulaires. Cette affaire fut terminée en 1693 par une transaction. Innocent XII accorda les bulles d'investiture, et le roi cessa d'imposer aux Facultés de
i. • Ce fut le 19 mars 1682 que l'assemblée du clergé fit cette célèbre déclaration, qui est un des beaux titres de la gloire de Bossuet et de l'Eglise de France. > (Histoire de Bossuet^ par le cardinal de Bausset, livre IV, n^* 14.) Le caractère légal de cette déclaration a été confirmé par des arrêts du Parlement (31 mars 1753), du conseil (33 mars 1766) et de la cour royale de Paris (3 décembre 1825), par la loi du 18 germinal an z et le décret du 2S féyrier 1810, qui la proclame loi générale de l'Empire.
théologie Tobligation d'enseigner les quatre propositions de 1682*
Protestants, Janséiiisteé, qniétistes *. — Ces débats avec la cour de Rome ne profitaient pas aux dissidents. Au moment le plus vif de la querelle, le roi révoqua Tédit de Nantes (voir p. 249). H ne ménagea pas davantage les janaônisted, qui étaient, sur certains points, en désaccord avec 1 Eglise romaine. Ceuxnsi devaient leur doctrine à un évoque d'Ypres, nommé Jansénius, mort en 1638, et à Tabbé de
Ancienne abbaye de Port-Royal des Ghamps.
Saint-Gyran, lesquels avaient soutenu quelques anciennes opinions qui semblèrent nouvelles sur la grâce et la prédestination. Le jansénisme mérite un souvenir surtout à cause du caractère des hommes qui l'ont défendu. Les plus illustres d'entre eux, le grand Arnauld, Lemaistre de Sacy, Nicole, Lancelot, se retirèrent à Port-Royal des Champs, près de Versailles, où Pascal vint aussi se fixer en 1654, et là, vivant comme des solitaires, ces puritains du catholicisme donnèrent au monde l'exemple du travail assidu des mains et de l'esprit, de la piété la plus vive et d'une austérité qui
1 . Bittoire ecclésiastique du diœ-sepHème siècUj par Élie Dupin, k toL Paris, 1714.
allait jufiqu^à Pascétisme. Ils firenti le pla» souvent eo i mun, d'excellents livres qui servent encore; ils eurent d'illustres élèves, entre autres Racine; ils gagaèrent à uii« partie de leur doctrine la magistrature presque entière et, saut qu'on s'en rendît compte, Tesprit d'opposition politique ee cacha sous l'opposition religieuse.
Louis XIV déféra plusieurs fois leurs opinions à la cour de Rome ; et, comme la secte ne se soumettsat pas aux dédnoiis de Tautorité spirituelle, il se seip vit contre elle, avee une sévérité qu'on trouva alors même excessive, des armes temporelles. Il fit détruire, en 1709, Port-Royal des Champs. Les malfaiteurs frappés par la loi reposent du moins dans le dernier asile : les corps de solitaires inoffensifs furent déterrés et l'on vit des chiens s'en disputer les débris. Quatre-vingts ans plus tard, c'étdt la tombe de Louis môme qui était violée, et les restes des rois qu'on traînait sur le pavé des rues!
Ces violences, qui chargent l'avenir de tant d'expialicms malheureuses, semblent d'abord réussir. Louis put croira le jansénisme anéanti avec Port-Royal. Cependant, à peu de temps de là, un livre du P. Quesnel, prêtre de l'Oratoire, ranima les troubles, et les morts ressuscitèrent. Cent mie de pes propositions furent condamnées à Rome par la bulle Unir geniius que le roi imposa, en 1712, à tout le cl^i^é de France» Les opposants furent punis de la disgrAce, de la prison oo 49 Pexil. Le quiétisme eut le même sort. C'étdt une ideille doctrine rajeunie et répandue par une femme, Mme €kiyon : « Il faut disait-elle, aimer Dieu pour lui-même, d'un amour pur et désintéressé qui ne soit inspiré ni par l'espérance des béatitudes célestes ni par la crainte des châtiments. » Fénelon^ ancien précepteur du duc de Bourgogne, archevêque de Cambrai, ayant paru défendre cette opinion dans un livre intitulé les Maximes des saints^ Bossuet dénonça l'ouvrage (1699), que le pape, après une longue hésitation, condamna. Fénelo'n se soumit avec l'abnégation la plus chrétienne. Il allait monter en chaire, quand il reçut le bref qui proscrivait ses doctrines; il laissa le sermon qu'il avait préparé, et prêcha sur l'obéissance qu'on doit à l'Église, en termes si touchants, si forts, que sa défaite fut plus admirée que la victoire de Bossuet.
Création de la police | nomlireiise armée pmrmmr Bente. — Deux institutions aidèrent le roi à accomplir ce
GOUVERNEMENT DB LOUIS XIV. t99
liaYaU d'omoipotençd aïoottrehique, It poissa «t l'armée. La première fut de aa création. Eu 1667, il établit un magistrat chargé de veiller à Ifi police de Paria, Nicolaa de la Eieynie, qui eut pour eucceasaur, en 1697| le marquis d^Argenson : ce furent les deux premiers lieutenants de poUce, Ils mirent dans la ville plus d'ordre, de propreté et de sécurité. Alors cûimnença le système de ^éclairage public; nous le trouverions bien^ossier ; du 1^^ novembre au T' mars, on plaçait à rentrée et au ipilieu de cbaque rue une lanterne dans l»quelle brûlait une chandelle 2 il y eut 6000 de ces fanaux dans Paris (les réYorbères ne datent que de 17(i5). Le guet £at angm^enté ou plutôt institué. Le corps des pompiers remplaçii les capucins dans le service des incendies (1699). ls$ rues étroites, souvent défoncées et toujours couvertes d'immondices, furent nettoyéee» élargies, pavées; les carro»»eÊ et les fiacres pour le public furent établis : Pascal imagina même les omnibus^ qui alors ne réussirent pas ; l'habitude d^aller à cheval dans Paris ne fut conservée que par quelques représentants entêtés de l'autre siècle.
Cette police servit & autre chose : elle surveilla les écrits'; elle arrêta à la poste et lut, dans ce qu'on appela plus tard le cabinet noir, les correspondances suspectes; et, pour d^arrasser le gouvernement des formes trop lentes de la ji^tice, elle multiplia les 4et^res de cachet^ qui ôtèrent toute garantie h la liberté individuelle des citoyens. Ce nouveau pouvoir, chargé de surveiller les personnes et les (^inions; devint donc comme Tceil toujours ouvert, toujours défiant de la royauté'.
1. Su 16D4, un imprimear et on relieur forent pendos ponr un libelle,
eir sentence de le Réunie. Plusieurs personnes, pour la même affaire, rent mises à la question ou moururent à la Bastille. L'auteur d'un pamphlet contre l'archevâque de Reims fut enfermé dans une cage de fer ao lIODt-Saint-Micbel, etc. (H. Martiq, t. XVI, p. 327.)
3. On appelait lettre de cachet une lettre écrite par ordre do roi, contre* .î* x.-.- :.,A. . . , ., du-caobet du roi, en yertu de
transportait dans une maison souvent même sans qu'on pat L gouvernement. On peut lire sonnier de la Bastille qoi avait ris de l'Italie, son pays nataU ns savoir pourquoi, sans qu'on i mort do roi, eut ouvert les la tristement ce qu'on prête*'* % n'avait pae un eou, qu'U ne (le une seole me, personne eto paremment morts dq>uii qu'U t aosri aTâient été partagés,
300 GOUVERNEMENT DE LOtJlS XIV.
L^aimée servit aussi à nn double but : elle fit face aux ennemis du dehors ; et, au dedans,' elle .brisa tontes les rè> sistances que rencontrait la volonté du souverain. On a vu que, pendant la guerre de la succession d*Ëspagne, elle dépassa le chiffre de 450000 hommes. CTest donc de ce règne que datent les grandes armées permanentes, écoles de discipline, de loyauté et d'honneur, mais aussi charge bien lourde pour les finances du pays. Cette nombreuse armée, qui fit longtemps triompher Louis XIV de ses ennemis, devint à rintérieur, dit Lemontey, a un instrument souple, prompt et docile, qu'il appliqua sans trop de réserve à toutes les branches de Tadministration. » Ainsi, les troupes allèrent dans les provinces protéger Textension progressive de Pautorité des intendants; dans les temps ou dans les lieux difficiles, elles hâterait par la terreur la levée des impôts ; enfin on leur confia jusqu'à l'emploi assez extraordinaire de ramener la conscience des dissidents à l'unité de la foi*.
lA cour. ~- Ainsi tous les ordres de l'État, toutes les autorités qui existaient en France, toutes les conditions, parlements, noblesse, bourgeoisie, clergé et dissidents, étaient réduits et dominés. Sous cette pression du pouvoir, les caractères s'abaissaient. Vauban, Gatinat, Fénelon, résistaient à la contagion. Saint-Simon , qui s'en faisait dans le secret le juge inexorable, en restait dans le public le témoin muet et soumis; Condé lui-même, malgré son rang, ses services et sa fougue , s'était fait courtisan. Turenne seul c s'estoit maintenu en estât de faire entendre au roi bien des vérités que les autres n'osoient dire, estant rampant misérablement*. »
qu'il ne savait que derenir. Il demanda de rester à la Bastille le reste de ses jours, avec la nourriture et le logement, i {^Mémoires de Saint-Simon, cbap. CLXX.) Il fut fait un cruel et odieux abus de ces lettres de cachet, surtout sous Louis XV, à qui le président de la cour des aides, Maies • heri>eSj disait, en 1770 : • Grâce a elles, aucun citoyen n'est assuré de ne pas voir sa liberté sacrifiée à la vengeance. »
1. Ces moyens réussirent du moins momentanément. Sauf la guerre des Cévennes, il n'y eut que de rares émeutes. Celle de Bretagne est resiée Célèbre grâce aux lettres de Mme de Sévigné. • On a fait une taxe de cent mille écus sur les bourgeois, et si on ne trouve pas cette somme dans vingt-quatre heures, elle sera doublée.... On a chassé et banni toute une grande me et défendu de les recueUlir sous peine de la vie; de sorte qu'on voyait tous ces misérables, femmes accoucnées, vieillards, enfants, errer et pleurer, sans nourriture et sans avoir de quoi se coucher. Avant-hier on roua un violon qui avait commencé la danse et la pillerie du papier timbré.... On a pris soixante bourgeois, on commence demain à pendre... » 30 octobre 1675. M la même époque, révolte aussi à Bordeaux, où l'on pendit beaucoup.
t. Fwolee de Toreone lui-même à d'0rBe8MB.(Chémel, ibU,, p> 979. )
L*assems9ement géuéral ne se montrait nulle part autant qu^àlacour, où Louis imposait à la haute noblesse une captivité dorée. Versailles avait été construit dans ce dessein et la France entière y tenait, sous Fœil et sous la main du roi. Qui ne vivait point dans cette sphère lumineuse dont Louis était le centre, n^était pas compté, ou Pétait parmi les méconfe<^ et les sots : les uns que nulle grâce n'atteignit jamais;
SftUe de rcEil-de-Bceuf à yenailies*.
les autres que poursuivaient les sarcasmes sur leurs façons provinciales (la comtesse d'Escarbagnas, M. de Pourceaugnac, etc.). Trois conditions furent mises à la faveur du prince ; demander et obtenir un logement à Versailles •jSui-
1. Cette salle ainsi appelée de la fenêtre ovale on œil-de-bœuf pratiquée an plafond, était Panticharobre du roi. C'est là que les courtisans attendaient le lever du maître.
3. On peut voir à chaque instant dans les Mémoiret de Dangeau et du marqaii de Souches, que la première condition pour obtenir un poste im-
SOâ GOUVfiftNEMËNt ÙË LOtJtS tW.
tre partonf Isi datif ^ même inâlade, tàém^ ttiotdc^tif , et tout approutcr*. Pendant vingt ans lô duc de la Rodliefoacauld n6 décotlcba point, pour ainsi dire, dti palds ; mais jusqu'à sa dôtnière heure, il eut Toreille du mâitre^ Le marquis de Dangeau resta cinquante ans auprès du roi, toujours dans la même faveur; quel est le sécrétée cette longue et persistante fortune? Mme de Maintenon le dit : « M. DangeâU qui ne veut rien blâmer , » et par conséquent qui applaudit à tout. Voilà la route de» grâces et des honneurs. Henri IV renvoyait ses nobles à leurs maisons des champs, son petit-fils lea^ retenait dan» ies antichambres^. Plus donc de ^ùde existence seigneuriale^ plus de vie de famille, plus de rapparia i^s de communion avec le pays ; mais une existei»;e foctice oâ certaines qualités de Fesprit se développent , oà se perdimt la vraie dignité et toutes les vertus qui y tiennent*
A ces fêtes splendldes de Versailles, je vois bi^ brilkr, au milieu de toutes les merveillet» des arts^ ub# âoeiélé i&eomparable pour sofi esprit, son élégance, ses grandes lOtiiières, mais j^y vois smssi les trop nombreuses erreurs dtt pirince à peine couvertes d*ufi voile transparent* Les premiers personnages iê l'État, de graves magistrats, des prélats» Uhistres n'osaient protester, même par leur silice oU leur retraite, contre le scandale de liaisons doublement adultères. La duchesse de la Vallière se fit pardonner une fyfUitW qui l'effrayait, par son humilité, par sa douceur, enfin par son éclatant repentir. L'adultère Md£itespan régna plt» longtemps sur la c^^tir, malgré ks rivales que ses emportc^aâiitil lie sid"fisaient pas à écarter. Mais elle-même, à son tcNif, foi Sup-. plantée par la marquise de Maintenon , qu'elle avait chargée de l'éducation de ses enfants, et la veuve dtt euMe-jatte Scarron devint l'épouse de Louis le Grand (1685).
Le trouble ne fat pas seulement dans la maison royale ; il menaça d'être aussi dans l'État, car Louis, violant toutes les lois civiles et religieuses, plaça à côté des princes . du sang les princes légitimés. Il força la cour à respecter les uns à l'égal des autres ; et la moralité publique reçut un coup dont
porUnt» dans l'armée, l'administratioa, même dans l'Église^ c'était d'avoir obtenu un logement a Vergaillea. Dans la i^upart, un laquais se fét troaTé mal à l'aise ; Saint-Simon est au désespoir de perdre lé sien.
I. Voyez dans Saint-SinK>n l'odieuse conduite du roi forçant la dach«sse de Berry aie suivre étant malade, et les cruelles paroles qu'il laissa ( ' per, quand on lui apprit que la princesse était blessée.
elle a été bien lente à de relever. Les leçons de scandale qui tombaient du trône ne forent pas en effet perdues , et la corruption qui fermente, malgré Tapparente austérité des dernières années, éclatera, sans retenue comme sans pudeur, sous, te nouveau règne. Ces ducs d'Orléans et de Vendôme Kvrés à de sales débauches, ce duc d'Antin surpris en flagrant d^it de vol *, et tant d'autres qui savaient corriger au jeu les chances de la fortune ; ces princesses du sang qui, à
MadAHM d« UmsAvùom.
ICarly^ k deux pas du roi et de Mme de Maîntenon, envoient chercher de si étranges passe-temps • ; cette cour enfin, qui
I. c La duehette de la Ferté réBuissait cbez elle ses fonmieseara, boachen, bo^asf ers, etc., les mettait vaUfur d'une grande table et jouait avec eux une espèce de lansquenet. Elle me disait à l'oreille : • Je les « triche, mai» cW qu'ils me Tolent. » {Mtémùéres de Mme de Staal.) Voir aussi les âCranges Mémoires de la marquise de Courcelles, morte •B IMS.
3. c Monseigneur joua tard dans le salon. En se retirant enes lui, il monta ches les princesses (les duchesses de Chartres et de Bourbon) et
selon rexjHressioQ de Saint-Simon, c suait l'hypooisie S » tout montre, sous un roi qui se fait dévot, ne pouyant {dus être autre chose, que la morale, la conscience et la dignité humaines ne sont jamais impunément violées. Déjà même, en plein Versailles, s'entend un cri précurseur. En face de ces vices dorés, la Bruyère écrit : « .... Les grands n'ont point d'âme ; je veux être peuple •. » C'est à Versailles que s'est perdue la noblesse de France. L'ennui officiel y conduisit aux débauches secrètes ; la dévotion de commande à l'impiété; l'habitude de tout recevoir du monarque à la croyance que tout était dû non aux services, mais à la servilité.
Symptômes d'un esprit nouveau. — Cependant des hommes qui n'étaient peut-être pas de grands esprits, mais qui étaient certainement des cœurs honnêtes et des caractères élevés, Fénelon, le duc de Beauvilliers, Saint-Simon, Catinat, voyaient poindre les nuages à l'horizon et quelques-uns hasardaient de respectueux conseils. Vauban, qui souffrait de toutes les douleurs du pays, fit des plans aussi pour les soulager; il demanda le rétablissement de l'édit de Nantes et le retour à la tolérance religieuse ; il proposa de remplacer tous les impôts par un impôt unique, la dime royale^ que tous, nobles et prêtres, payeraient comme les roturiers. Quand il présenta, en 1707, ce livre au roi, Louis, oubliant les immenses services du maréchal, fit condamner l'ouvrage
les trouva qui fumaient avec des pipes qu'elles avaient envoyé chercher au corps de garde suisse. Monseigneur leur fit quiiter cet exercice; mais la fumée les avait trahies. Le roi leur fit le lendemain une rude correction. ■ (Saint-Simon, chap. zzzm, t. II, p. 123, année 1695.) Saint-Simon accuse Monsieur d'avoir perverti son fils par ses exemples, et le prince de Conti, le duc de Bourbon, d'avoir contribué à cette éducation.
1. Les Lettres de la mère du régent confirment en tous points ces mots de Saint-Simon. On peut voir aussi dans les Lettres et les Mémoires de la marquise de Courcelles (bibliothèque elzévirienne de Jeannet), que le grand siècle se permettait bien des choses que ne se permettrait plus celui-ci. En 1703, Mlle de Conti, princesse du sang, n'avait que dix ans et venait de faire sa première communion. Le roi Pexhortait a persévérer. • Mais, répondit-dlle, il y a bien des gens à la cour qui se moquent de mes exercices de piété. > Le roi s'étonne. • Oai, dit-elle, on me raiUe^ quand je vais à confesse, i C'est Mme de Maintenon qui rapporte ce fait dans ses lettres aux demoiselles de Saint-Cyr. Voilà où en était la cour douxe ans avant la mort du roi. Et elle ajoute avec un sentiment de religieuse tristesse : c Nos jours sont longs ici (à la cour), la jeunesse mcnrl d'ennui. >
2. Caractères, chap. de VHomme, Pascal, discutant les privilèges des nobles et des roisi leur avait dit en face ; • Vous n'êtes que des rois de concupiscence. I Discours sur la condition des grands, p. 401 de l'édition ae M.Havet.
çKnrvERMEMEirr dg louis xiv» i05
au pilori. Les yœux patriotiques dW grand citoyen étaient reçus comme les idées perverses d^un rêveur sacrilège. Six semaines après, Vauban mourut. Le roi Pavait appelé d'un nom qufdoit lui servir aujourd'hui de titre d'honneur : « Un insensé pour Tamour du public. >
Golbert, déjà, était mort désespéré; Racine était tombé en disgrâce aussi par un acte de patriotisme', et c'était moins ses opinions religieuses que ses idées politiques qui avaient valu à Fénelon cet exil d'où il ne revint pas. Autour de son élève, le duc de Bourgogne, s'était réveillé l'esprit aristocratique qui cherchait à secouer les chaînes dorées de la noblesse ; et le duc de Saint-Simon, le comte de Boulainvilliers éerivoiei^ dans le silence leurs pages passionnées et ières. .Dans cette Grèce ancienne qu'il aimait tant, Fénelon avdt retrouvé l'idée, qu'il transmit au dix-huitième siècle, que les gouvernements sont faits pour les gouvernés. Si l'on n'osait le dire tout haut au dedans, on le disait au dehors avec une hardiesse singulière. Dès l'année 1690, il s'imjHrinait en Hollande quinze mémoires sous ce titre : Lessoupm de la France esclave, où l'on réclamait, comme de vieÛles libertés du pays, les privilèges des trois ordres et la convocaiUm des états généraux. C'étaient des signes précurseurs de l'esprit nouveau qui allait au dix-huitième siècle agiter la société française, après la double épreuve des courts bienfaits et des longs dangers de cette royauté absolue dont Louis XIV venait d'être la plus éclatante personnification
1. U trait remis à Mme de Maintenon un mémoire sur la réforme des ftsances qui irrita beaucoup le roi. Saint-Simon, si hostile lui-même au syi^me au règne, dit de Catinat : • U déplorait les fautes commises, le Hce, rignorance, l'inquisition mise à la place de la police, et, voyant tous les signes de la destruction, prédisait "qu'il n'y lavait qu'un comble trèsdangereux de désordre qui p6t enfin rappeler Tordre dans le royaume. >
8M Lt sticus rm iMfîê fif.
CHAPrmE LIV.
CMMtèM llttéralwi mm' aix^ttptlèflUi
>*fAA«é. «^ La Mizième siëete ati^ lait la réforme Viligieufte, le dix^^huitième siècle léra les reformée pelilii^ei. Placé entre oea deux ftges révolutionnaires, le diXH»eptiètiie eut, dans les litres, un si parfait équilibre des force» 4e l^eaprit, une puissance d^écrire si eomplétemetit ég^de à la puissance de penser, quUl est resté par ezœUenee le siècle littéraire de la France. Les générations qui viveAi dans les jours d*orage, au milieu des disoussione bi»(Uaates, tont plus haut et plus bad, mais n'arrivent jamais à cette calme et sereine beauté que la postérité île ae lasee plus de contempler.
tie siècle ée IjO«|» %MV mtmMt Iiùiile ILÈV. «^ O^elto part revient au M dans cette gloire de l'esprit firançaist Une très-considérable, disait-on autrefois. Aujourd'hui on sait mieux qu'au moment où Louis prit ei^ main le g6\^ ▼ernement, la France avait déjà recueilli la moitié & te gloire littéraire que le dix-septième siècle lui réservait- Corneille, Descartes, Pascal, avaient donné leurs chefs-d'œavre;Mme deSévigné, la Rochefoucauld, Molière, la Fontaine, Bossuet, étaient en pleine possession de leur talent ; enfin les deux plus grands peintres du siècle, Lesueur et Poussin, étaient morts ou allaient mourir. La société française avait donc en 1661 toutes les forces de l'esprit. Une seule chose lui manquait, le goût, c'est-à-dire la juste proportion des choses. Voiture, Mlle de Scudéry, régnaient, mais les
1. Principaux ouvrages i consulter : Charles Perrault, Mémoire»; PelllasoD, Biitotre de l* Académie française; Voltaire, Siècle de Lovit XI Vf ehap. xzzii ; Walekenaër, Vie de Mme de Sévigné; Nisard, Hietoire de te UttertUwrt françaiee ; Demogeot, ûC.
(165t) araîMit poiHé le premier coup, les Pré- Héicukê (1669) le second; le troisième sera fr^ypé pdr Boileau, qui venait d'écrire ea première satire.
On sait aussi, par ceux qui vinrent ensuite, qu'il n'y a pas au monde de poutoir capable de faire un grand écrivain, quvid la nature, l'éducation et les circonstances ne l'ont pas produit. Tout œ que le génie demande à la puiseanee, e*est de ne lui être pas contraire. Elle ne lui donne pas la voix, mids elle peut l'étouffer. Elle peut aussi le soutenir, Pexoiter par des faveurs, mieux encore par des égards, et c'est ce que Louis a compris et fait admin^ieflàent. Lui dont une parole, un sourire, étaient regardés comme une précieuse récompense, même pcmr d'éclatants services, il comblait d'égards Racine; il se laissait battre dans une discussion littéraire par BoileaU; il permettait à Mansard de lui parler à toute heure ; et les grande virent peut-être un jour le fils d'un tapissier, l'ai^" teur du Mitanthroffe, assis en face du roi à cette table où les pi*inceB du sang eux-mêmes devenaient s'asseoir qu'aux jours les plus solennels de leur vie '•
Au reste, les muses reconnaissantes rendirent bien plus quelles n'avaient irôçu t elles ont consacré son nom. Nousmême, tout en ct'oyant que les Mécènes ne font pas les Virgilès, nous conserverons le mot conBeiCTé de siècle de Louis XÏV pour désigner cette période de notre litlérature qui s'étend des commencements dé Corneille à ceux de Voltaire, parce que Louis etit pour les arts et les lettres un goût et des faveurs auitquels nous ne devons assurément aucun de nos grands écrivains, mais qui, en honorant les lettres, ont pré** paré leur puissance.
I«ee aeadémies et les pensions. ^ Louis XIV n'estimait pas que là littérature fût une force, et de son temps elle ne l'était pas encore; mais il la regardait comme un ornement nécessait^, comme un luxe digne d'un grand roi. Il favorisa dono les lettres, toutefois en les discipfinant, et il y eut sous lu!, comme Richelieu l'avait (5otnmencé,un véritable gouvernement de la littérature ; Colbert en fut le ministre» On a
1 . On a contesté l*ane6dote àû t>ol partageant avec Molière son tn-cat^ pàHe qn>lle fi- est rappelée que dans les l/e«notre« de Mme de Campan; mai« le fait àe Lonls XlV tersant & boire à Scaramonche n'est guère contesté etpermet bien d'accepter l'autre. (Despois, Dei influeM^f royalti en
déjà VU comment il essaya de TorgiuBiser, en fondant ces académies, nobles asiles de Tesi^rit et de la science, qui deraient tracer les règles, donner le ton et, si j'ose dire, marquer la mesure. Leurs membres eurent comme des fonctions publiques dont les pensions et les jetons de présence furent le traitement. L'Académie française continua à préparer le dictionnaire de la langue, et, pour hâter son travail, Colbert détermina les heures de ses séances*. L'académie des inscriptions lit des devises pour les médailles et les écussons, des inscriptions pour les monuments dont l'Académie de peinture et de sculpture arrêta la décoration. La mission de l'Académie des sciences fut déterminée par cette légende de la médaille frappée pour sa fondation : Natwrm woesttgcmdx et perficiendis artihus.
Les académies formaient les corps constitués de la littérature, des sciences et des arts. Leurs membres les plus éminents avaient en outre des fonctions officielles et un rang à la cour. Jules Mansard était premier architecte et surintendant des bâtiments du voï ; Lebrun, son premier peintre ; Lulli, son premier musicien. Louis XIV ne fît pas de la poésie une charge de cour : il se contenta de l'enchaîner par des faveurs; mais il en fît une de l'histoire, comme pour msdtriser d'avance le jugement de la postérité. Racine et Boileau furent ses historiographes. Son valet de chambre, Molière, eut même un rôle dans la grande pièce qui se jouait si gravement à Versailles autour du roi. Louis, qui faisait monter la noblesse sur le char de triomphe de la royauté, laissa volontiers le poète lui lancer d'en bas des sarcasmes acérés, et au besoin lui indiqua quelque fâcheui^ qu'il avait oublié, un marquis sur lequel l'immortel comique n'avait pas frappé *•
1, Il lui fit donner • une pendule, avec ordre au sieur Thoret, horloger, de la conduire et de Tentretenir. > En même temps pour stimuler le zèle des académiciens, il leur accorda des jetons de présenee, et depuis cette époque, dit une méchante langue, on travailla mieux et deux fois davantage (Charles Perrault, Mémoires^ livre III). Colbert fonda en 166< le Journal des iavantê, La liste des pensions était dressée par Chapelain qui y était porté avec cette appréciation : • le plus grand poëte français qui ait été et du plus solide jugement. ■ Sur Tétat de 1663 les sommes varient de 600 à 8000 livres. Chapelain y est inscrit pour la dernière, Raeine ponr la première. U faut pourtant dire que la pension de Racine fut portée plus Urd à 2000 fr. comme celle de Corneille. Molière en eut autant; Fléchier, • poëte français et latin, i SOO; l'abbé de Pure, 1000; Dauvrier, • savant, • 800, et le sieur Desmarels, c l'auteur doué de la plus belle imagination qui ait jamais été, > 1200. On Voit que ces pensions n'étaient pas précisément en rapport avec le mérite.
3. « A Texception des Femmes savantes^ où des pédants sont immolés à
— € Dans réloquence, dit Voltaire, dans la poème, dans la littérature, dans les livres de morale et d'agréoient, les Français furent les législateurs de TEurope. La véritable éloquence était partout ignorée, la religion enseignée ridiculement en chaire, et les causes plaidées de même dans le barreau. Les prédicateurs citaient Virgile et Ovide; les avocats, saint Augustin et saint Jérôme. Il ne s'était point encore trouvé de génie qui eût donné à la langue française le tour, le nombre, la propriété du style et la dignité. Quelques vers de Malherbe faisaient sentir seulement qu'elle était capable de grandeur et de force ; mais c'était tout Les mêmes génies qui avaient écrit très-bien en latin, comme ^n président de Thou, un chancelier de THôpital, n'étaient plus les mêmes quand ils maniaient leur propre langage, rebelle entre leurs mains. Les Français n'étaient enôore recommandables que par une certaine naïveté qui avait fait le mérite de Joinville, d'Amyot, de Marot, de Montaigne, de Régnier, de la Sartre Ménippée,
« Jean de Lingendes, évoque de Mâcon, fut le premier orateur qui parla dans le grand goût. Ses sermons, quoique mêlés encore de la rouille de son temps, furent le modèle des orateurs qui l'imitèrent et le surpassèrent. L'oraison funèbre de Victor-Âmédée, duc de Savoie, prononcée par Lingendes
an homme de cœur, Molière a rarement ménagé la noblesse. M. et Mme de SoUenvilUf la Comteese d'EicarbagncUy let Fâcheua et le marquis du Mitanthrope en peignent les ridicules ; le comte et la marquise du Bowgeoi» gentilhomme sont de véritables escrocs, et Ton ne saurait voir dans cette marquise et dans la femme de Georges Dandin que des libertines sans
£ odeur. L'athée du Festin de pierre est un gentilhomme ainsi que l'était la Unteur de Pierre Corneille. Après Molière, Regnard créa le proverbe du Saute, marquis. Dancourt. qui tut le poëte de la vieillesse de Louis XIV, et qui parvmt souvent à l'amuser, alla plus loin que ses devanciers : on ferait grâce à ses gentilshommes et à ses capitaines de ne les envoyer qu'aux galères, témoin les Curieux de Compiègne^ qui eurent un grand succès. » (Lemontey, Essai sur la monarchie de Louis XIV, p. 372.) L'histoire politique doit relever aussi dans Boileau, qui fut un parfait honnête homme et quelquefois un homme courageux, ses sarcasmes contre la noblesse et contre quelques abus d'église, ses vers sur la mort de Molière, sur la proscription d'Amauld, et son plaidoyer pour Descartes, quand le parlement voulut interdire FenselgnAement de la philosophie cartésienne. La Fontaine n'ét^t pas non plus si simj^e qu'il ne vit et ne comprit bien des choses qui se passaient autour de lui; ses fables ne sont point si candides qu'eilei en ont l'air. Cizeron-Rival raconte dans ses Récréations littéraires (p. 8) une afleez vive dispute sur le pouvoir absolu des rois entre Racine et la Fontaine, que Racine, à bout de raisons, termina, comme fit un jour le cardinal de Retz, par un^ citation latine de l'Écriture qu'il imnrovisa pour les beeoini de sa cause. Le dédam de Louis XIV pour le bonhomme permettait à celui-ci d'échapper au prestige de la cour et de fixer les yeux •or des choses aue Boileau ni Molière n'osaient regarder en fuce. Fénelon aussi les Tit et les attaqua.
310 LB SIÈCLE DE U)UI8 tlt.
en 1637, était pleine de si ^ands traits d¥loqtl«iié0 qOTFIèohier, longtemps après, en prit Texorde tonteffiisf, aussI^Hên que le texte et plusieurs passages considérable» pour en orner sa fameuse oraison du vicomte de Turenne*
f Balzac (1594-1654), en ce temps-là, donnait du nombre et de rharmonie à la prose. Il est vrai que ses lettres étaient des harangues ampoulées ; il écrivait au premier cardinal do Retz : f Vous venez de prendre le soepta'e des rois et hi li- « vrée des roses. if> Avec tous ses défauts, il charmait IVeille. L^loquenoe a taht de pouvoir sur les hommes, qu'on admira Balzac pour avoir trouvé cette petite partie de l'art, ignorée et nécessaire, qui consiste dans le choix harmonieux des paroles, et même pour Tavoir employée souvent hors de »a place.
c Voiture (1598-1648) donna quelque idée des grâces légères de ce style épistolaire qui n*est pas le meilleur, puisqu'il ne consiste que dans la plaisanterie. C'est un badinage, que deux tomes de lettres daris lesquels il n'y en a pas une qui parte du cœur, qui peigne les mœurs, les temps et les caractères des hommes ; c'est plutôt un abus qu'un usage de l'esprit. » Voltaire est ici trop sévère, il y a mieux que de l'esprit dans Voiture; il avait de la probité/ du courage, le cGsur haut placé, et sut forcer les grands, comme le fit Voltaire luimême, h, compter avec lui. En tant qu'écrivain il a un assez mauvais renom, et il n'importe pas de le réhabiliter à ce titre ; mais trouver un honnête homme de plus dans notre histoire n'est pas indifférent, et Voiture était cet homme-là. Un juge lui fait gagner dans un procès plus qu'il ne devait lui revenir, il dédommage sa partie adverse. Un de ses amis est volé : il lui écrit : t Ces honnêtes gens ont-ils eu la courtoisie de vous laisser un peu d'argent? Dans l'appréhension que j'ai qu'ils aient manqué à cette civilité, je vous envoie cent pistoles et vous en garde deux fois auUn|; en cas de besoin. »
< Un des ouvrages qui contribuèrent le plus i. forn^er le goût de la nation, reprend Voltaire, ftit le petit recueil des UacDtmeê de François, duo de la Bocl^efoucauld (1618-1680). Quoiqu'il n'y ait presque qu'une vérité dans ce livre, qui est que Vamour-profMre est le mohiU de tcmtp cependant celte pensée se présente sous tant d'aspects variés, qu'elle est presque toujours piquante. C'est moins un livre que des matériaux pour oi'ner un livre. On lut avidement ce petit recueil ; il
LE SiteM ra LMIS XIV. SU
aeeoQltinkà à penser, et à Renfermer let pensèss danri nn tour- ?if, préds et délieat.
t Mais le premi^ livre de génie qu^on vit en {Hrdse fût le reeneil des Lettrée provinciatee % en 1657. Toutes les sortes d^éloqnence y sont renfermées. Il n^y a pas un seul mot qui, iepoift eent ans, se soit ressenti du changement qui altère
Cathédrale de Meaux«
SOilTQnt les langues vivantes. Il faut rapporter à cet ouvrage 1^4(K^e 4/> la fixation du langage. L'évêque de Luçon, fils du ^l^rç Bussy, m*a dit qu'ayant demandé à M. deMeaux quel
I. Voltaire oublie le Diicours de la méthode de Deteartes, qui partit ffaigl IHI8 avant les f^^iitcùUm 4e PSicâcl; maia il n'atmait pas lea do«triiM 4a D^so^tofi laa qui l'empèc))ait 4a readre justice à son style.
313* LB SlàCLB DB LOUIS XIV.
oufiuga M eût mieux aimé avoir faît^ sMl n^avait pas fait les siens, Bossuet lui répondit : a Les Lettres prootficiaies. >
« Un des premiers qui étala dans la chaire une raison toujours éloquente, fut le P. Bourdaloue (1632-1704), vers Tan 1668. Ce fut une lumière nouvelle. Il y a eu après lui d'autres orateurs de la chaire, comme le P. Massilion (1662-1742), évèque de Clermont, qui ont répandu dans leurs discours plus de grâces, des peintures plus fines et plus pénétrantes des mœurs du siècle; mais aucun ^ne Ta fait oublier. Dans son style plus nerveux que fleuri, sans aucune imagination ' dans Texpression, il paraît vouloir plutôt convaincre que
toucher, et jamais il ne songe à plaire, i Après Pavoûr entendu, Mme de Sévigné écrivait : < Le sermon du P. Bourdaloue était d'une force à faire trembler les courtisans.... Il frappe comme un sourd. >
f II avait été précédé par Bossuet (1627-1704), depuis évoque de Meaux. Celui-ci, qui devint un si grand homme, avait prêché assez jeune devant le roi et la reine-mère, en 1661, longtemps avant que le P. Bourdaloue fût connu. Ses dis-^ cours, soutenus d'une action noble et touchante, les premiers qu'on eût encore entendus à la cour qui approchassent dû sublime, eurent un si grand succès que le roi fit écrire en son nom à son père pour le féliciter d'avoir un tel fils. Cependant, quand Bourdaloue parut, Bossuet ne passa plos
LE SifeCLB INB U>UIS XIV. 313
p<Nff le premier prédicateur. Il s'était déjà donné aux oraisons funèbres, genre dMloquence qui demande de rimagination et une grandeur majestueuse qui tient un peu à la poésie. L'oraison funèbre de la reine-mère, qu'il prononça en 1667, lui Talut révêché de Gondom; mais ce discours n'était pas encore digne de lui ; et il ne fut pas imprimé, non plus que ses sermons. L'éloge funèbre de la reine d'Angleterre, veuve de Charles I«, qu'il fit en 1669, parut presque en tout un chef*d'<Buwe. L'éloge funèbre de Madame, enlevée èi la fleur
Chàleau des Rochers, à Mme de Sévigné.
de son âge et morte entre ses bras, eut le plus grand et le plus rare des succès, celui de faire verser des larmes à la cour : il fut obligé de s^arrèter après ces paroles : 0 nuit dé^ mstrevuêf nuit effroyable^ où retentU tout à coup comme un M(A de tormefre, celte étonnante nouvelle : Madame se meurt ï Madame est morte I L'auditoire éclata en sanglots, et la voix de l'oratear fut interrompue par ses soupirs et par ses pleurs, c Les Français furent les seuls qui réussirent dans ce genre d'éloquence. Le même homme, quelque temps après, en inventa un nouveau, qui ne pouvait guère avoir de succès qu'entre ses mains. Il appliqua l'art oratoire à l'histoire même, qui semble l'exclure. Son Dieeours sur Vhistaire um^
su LB SliJCLE 0E LCmS XlVt
immU», composé pour IMdttcaUdn é^ dm^^in^ n^ «Q ni mb* é^lé ni imitateurs. On fat étonqé de «qttè Ibre» majettoeoM doât il décrit lô8 moeurs, le goiiTcniement, TaccroiMMBent 0t la chute des grands empires, et de ces traits rapides d*un6 vérité énergique dont il peint et dont il Juge toutes les no^ lions*.
« Presque tous les ouvrages qui honorèrent ce siècle étaient dans un genre inconnu à l'antiquité. Le Télémaquê est de ee nombre. Fénelon (1601-1715), le disciple, l^ami de Bossuety et depuis devenu malgré lui son rival et son ennemi, composa ce livre singulier, qui tient à la fois du rpman et du poëme et qui substitue une prose cadencée à la versification.- Il semble qu^ilait voulu traiter le roman comme M.deMeaux avait traité Thistou'e, en lui donnant une dignité et des charmes inconnus, et surtout en tirant de ces fictions une morale utile au genre humain. Il avait composé ee livre pour servir de thèmes et d'instruction au duc de Bourgogne, dont il fut le précepteur. Plein de la lecture des anciens, et né avec une imagination vive et tendre, il s^était fait un style qui n'était qu'à lui, et qui coulait de source avec abondance. /ai vu son manuscrit original : il n'y a pas dix ratures. On prétend qu^un domestique lui en déroba une copie, qu'il fit tinprimer t si cela est, Tarchevôque de Cambrai dut à cette infidélité toute la réputation qu'il eut en Europe ; mais il lui dut aussi d'être perdu pour )amais à la cour. On crut voir dans Télémaque une critique indirecte du gouvernement de Louis XIV. Sésostris, qui triomphait avec trop de laste, Idoménée, qui éteblissait le luxe dans Salente et qui oubliait'le nécessaire, parurent des portraits du roi. Le marquis, de Louvois semblait, aux yeux des mécontents, représenté sous le nom de Protésilas, vain, dur, hautain, ennemi des grands hommes qui servaient l'État et non le ministre.
« On peut QMnp^r parmi les productions d'un genre itai^ que les GorocléfM de la Bruyère (I6^*lê9§), Il n'f avait pas chgz les anciens plus d'exempks d'un tei oavMge qoo du Télémûqm. Un M;yle n^ide, ooneis, nerveuse, des «presaMsa pHtofesques, un usage tout nouveau de la langue^ mais qui n'en blesse pas les rè^es, iroppèrent la pubHe, et lee allu-
1. Aax çluvrÊS historiques <te Boasvet, U fa^( igootar VfUftoirê dis mi» riations des Eglisi* protestantes. Son Traité de la connaissance d$ Oifn «4 de êoi-méme est un b«au livre de philosopliie, tl son Exptkattûn ae Ai dmifim éù fEgliH OQft gr««diB œt^r^ d» Miôoloé^^n.
8t6 LE SIÈCLE DE LOUIS XIV.
sions qu*oii y trouvait en foule achevèrent le succès. Quand la Bruyère montra son ouvrage manuscrit à M. Malezieu, celui-ci lui dit : Voilà de quoi vous attirer beaucoup de lecteurs et beaucoup d^ennemis. Ce livre baissa dans Fesprit des hommes quand une génération entière, attaquée dans Touvrage, fut passée. Cependant, comme il y a des choses de tous les temps et de tous les lieux, il est à croire quUl ne sera jamais oublié*. »
Voltaire ne dit que deux mots de Mme de Sévigné (1636- 1696). Elle mériterait mieux, car tout en causant avec sa fille, elle transporte Versailles et Paris à Grignan et elle nous en apprend plus sur Thistoire véritable du temps que de bien gros livres. Tant qu'on aimera en France Fesprit de bon aloi, le style ft'anc et net, on ne se lassera pas de lire ces lettres si fines, parfois éloquentes, où viennent se refléter les splendeurs et les misères d'une société incomparable.
Il y a une classe particulière d'écrivains ; ceux qui racontent ce qu'ils ont fait ou ce qu'ils ont vu. Grâce, peut-être, à un travers de notre esprit national, le désir d'occuper de soi, après les contemporains, la postérité, et de dicter à celleci son jugement, la France est le pays qui possède le plus de Mémoires. Cette curieuse branche de la littérature historique commença de bonne heure chez nous, avec Villehardouin et Joinville. Le dix-septième siècle en a une riche collection due à des auteurs, pour la plupart d'un esprit fin et délicat, qui nous ont révélé bien des secrets et les causes de bien des choses. Ceux de Richelieu sont une mine précieuse pour la grande histoire du temps : ceux de Mme de Motteville (1621-1689), confidente d'Anne d'Autriche, nous font vivre dans l'intimité de cette princesse. L'abbé deChoisy (1644-1714), dont la vie fut très-aventureuse et pas toujours irréprochable, rédigea des Mémoires pour servir à Fhistoire de Louis XIV. Paul de Gondi, cardinal de Retz (1614-1679), a
1. Voltaire cite encore le grammairien Vangelas (1585-1650), Tavocat olivier Patra qui le premier mit de l'ordre, de la clarté et de la bienséance dans les discours du barreau ; Fontenelle, neveu de Corneille (1657-1T57), pour son livre des Mondes, où c Part délicat de répandre des gr&ces jusque sur la philosophie > se montra pour la première fois: Bayle (1646- 1706), pour son Dictionnaire historique ; Pellisson (1624-1693), pour les trois Mémoires qu'il écrivit, comme défense de Fouquet; et la Conspiration de Veniu de Saint-Réal (1639-1692), qu'il place a côté de Salluste. U ne parle qu'en passant de Fléchier, évèque de Nîmes (1632-1700), dont le chef-d'œuvre est VOraison funèbre de Turenne. Mascaron, évéque d'Agen U634>t703), a écrit sur le même sujet son meilleur discours.
LE SIBCLB DE LOUIS XIY. 317
liissé un livre qui est an des monuments de nefare langue, et qu^on Ut toujours aveo pUisir, alors même qu*on ne croit pas toujours Tauteur. Gourville (1625-1703), receveur général des tailles de Guyenne, que d^immenses richesses, rapidement acquises, entraînèrent dans la disgrâce de Fouquet, écrivit ses souvenirs sur les années 1624-1678; Pierre Lenet, conseiller au parlement de Dijon, donna les siens sur les guerres de la Fronde. Dans ce genre de littérature, les grands seigneurs se font volontiers auteurs. Nous avons, sur la régence d^Anne d'Autriche, les Mémoires du duc de la Rochefoucauld, qui à leur apparition causèrent plus d^un scandale, et, sur la dernière partie du règne de Louis XIV et le commencement de celui de Louis XV, lés vingt volumes du duc et pair Rouvroy de Saint-Simon, qu'on a eu tort de mettre à côté de Tacite, mais qui n'en est pas moins souvent un prodigienx écrivain.
Poëtes. — Régnier et Malherbe appartiennent au siècle précédent, quoique l'un soit mort en 1613 et l'autre en 1628. Rotrou est bien du dix-septième siècle (1609-1650), mais on ne lit guère plus de lui que sa tragédie de Wenceslas, Sa mort, du reste, vaut mieux que ses vers, et en lui le citoyen recommande le poëte À notre estime. Avec Corneille, les chefs-d'œuvre arrivent enfin et se pressent sur notre scène, qu'il élève à la hauteur du théâtre grec. < Pierre C!omeille, dit Voltaire (1606-1684), est d'autant plus admirable, qu'il notait environné que de très-mauvais modèles quand il commença à donner des tragédies. Ce qui devait encore lui fermer le bon chemin, c'est que ces mauvais modèles étaient estimés, et, pour comble de découragement , ils étaient favorisés par le cardinal de Richelieu , le protecteur des gens de lettres et non pas du bon goût. Corneille eut à combattre son siècle , ses rivaux et le cardinal, qui voulut rabaisser le dd et désapprouva PolyeucieK Corneille s'était formé tout seul; mais Louis XIV, Colbert, Sophocle et Euripide contribuèrent tous à former Racine (1639-1699). Une ode qu'il composa à l'âge de 20 ans, pour le mariage du roi , lui atthra un présent qu'il n'attendait pas, et le détermina à la poésie. Sa réputation s'est accrue de jour en jour, et celle des ouvrages de Corneille a un peu diminué. La raison en est que Racine,
t. Le C/i fat joaé en 1636, Uorace et Cinm eu 1639, Polyeucte en I640t ttodogune en 1647.
318 LB 8IBQLE DE LOOld îlV.
.dàDS tons sesimYi^èfi, ^puiis tM)ti Alèémitlff», ëSt tidiijmM élégafit, toujours eorreot, toujours vreii, qu'il pstrïe àu cteù^, et que Tautre manque trop souvent àtouiieèsdevdirs. RadM passa de bien loin et les Grecs et Corneille daàs rintéUigéiiee des passions et porta la douce harmonie de la poésie, aihSl que les grâces de la parole, au plus haut point où 6lles puift» sent parvenir*.
4 Un nombreux parti S6 piqua toujours de ne pas lui rendre justifié. Mme de Sévigtiê, la première personne de |l6n siècle pour le style épistolsdre, et surtout pour conter dè§ bagÊitelles avec ^ce, ^R toujours que Racine n*%ta fàÈ Mn, Elle en jugeait comme M café, dont elle dit qu'on sa ih ÈûbuMa hiéntét \ Il feùl ^a temps pour que leà réput&tibhii mûrissent.
c La singulière destiàéë de ce éiècle rendit Molière (lèi!l- 1673) contemporain de Corneille et de Racine. Il n*est pas WiJ que Molière, quand il pàifut« eût trouvé le théâtre absolument dénué de bonnes comédies. Corneille lui-même avait donné te Menteur; et Moltèfe n'avait encore fait paraître que La fontaitie Molière. deux dé ôes chers-d*oôuvre,
lorsque le public avait la Mère coquette de Quinault . pièce à la fois de caractère et d'in-trigue, et même moaèle d'intrigue. Elle est de 1664 ; c'est
1. Pièces de Racine : Andromaque (1667), les Plaideurs (106^» Britannicvts (1669), Èajazet (1672), MithHdàle (leYS), tphiaéniè (1874), PW^M (1677). U sWèia alors douze ans, puis doùna Bith» {\û%^ et Athatk (1691), deux bièces bibliques, à la prière de Mme de Mainteçon.
2. Cest Là Harpe qui a fait de ces deu^x phrases le mbt âl éonûtt Attristé à Mme de Sévigné et qu'elle n'a jamais dit : < Racine paisera oomma li caré.* On a aussi des lettres fort remarquables de Mme de Maintenon (pobliées par Lavallée). Lorsqu'elle épousa Louis XIV, elle était touto depait plus de vingt ans du poëte Scarron (1610-1640). fort célèbre en eoa teiii|M
Ï)our ses oeuvres burlesques : VEMidé travestiôf le Roman eomigve, u faul aisser de e6tô les romans plus volumineux qu'intéresàà'ntf ae lliie de
Ul mfcOLE DE LOUn XIT. 819
la prenrfèiii comMie «A Ton ait pomt oèin qtia Foa a a^ pelés depuis les marquis. La plupart des grands seigneurs de la cour de Louis XIY* voulaient imiter tet air de grandeur, d'éclat et de dignité qu'avait leur maître. Ceux d'un ordre inférieur copiaient la hauteur des premiers; il y en avait enfiti) et même en grand nombre» qui poussaient cet air avantagoux et cette envie dominante de se faire valoir Jul^ qu^au (4us grand ridicule. Qe dtfaut dura longtemps. Melito
Maison àè Boileau à Auteuil.
l'attaqua êouvent, et il contribua h défaire le public de eos importuns subalternes, ainsi que de raffectation des pri eieuiéSj du pédantisme des femmes «ovanfw, de la robe et du latin des médecins; Molière fut, si on ose le dire, un législateur des bienséance* du monde. Je ne parle ici que
^^^^l^? ^*^^^^ ®* ^® ^ Calprenède, bien qqe ceaz de Mlle de Scudérj renfertfiènt presque tous les portraits des contemporains célèbre»; mai on doit un souvenir à l*hôlel de RambouUlet, qui a exercé uni influêSM considérable sur la société de cette époque.
UiO LE SIÈCLE DE LO0IS ZIT.
de ce service rendu à son siècle : on sait assez ses antres mérites ^
c C'était un temps digne de l'attention des temps à venir que celui où les héros de Corneille et de Racine, les personnages de Molière, les symphonies de LuUi, toutes nouvelles pour la nation, et (puisqu'il ne s'agit ici que des arts) les voix de Bossuet et de Bourdaloue, se faisaient entendre à Louis XIV, à Madame, si célèbre par son goût, à un Condé, à un Turenne, à un Colbert, et à cette foule d'hommes supérieurs qui parurent en tous genres. Ce temps ne se trouvera plus où un duc de la Rochefoucauld, Tauteur des Maximes^ au sortir de la conversation d'un Pascal et d'un Arnauld,xallait au théâtre de Corneille.
c Despréaux (1636-1711) s'élevait au niveau de tant de grands hommes, non point par ses premières satires, car les regards de la postérité ne s'arrêteront point sur les Embar^ ras de Paris, et sur lés noms des Cassagne et des Cottin, mais il instruisait cette postérité par ses belles Épitres, et surtout par son Art poétique, où Corneille eût trouvé beaucoup à apprendre.
« La Fontaine (1621-1695), bien moins châtié dans son sty]e, bien moins correct dans son langage, mais unique dans sa naïveté et dans les grâces qui lui sont propres, se mit, par les choses les plus simples, presque à côté de ces honmies sublimes". »
Philosophie. — La philosophie venait d'être renouvelée
f. J. Poqnelin de Molière (1623-1673), valet de chambre de Lonis XIV,
donnai'"" "' ^ . «-• - --
VEcoU
en 1666; , ,
^ .««. 1-- V — k--^--. j. e — .•- -« j«<*. . I-. pcmmes tavantet en 1672;
,709} est notre second poète le Joueur (1694), les Foliei |. Ce n'est qu'en 1844 qae en lui dressant une statue >yes Tascherean, Vie ie Mo-
[4unotte (1672-17S0 et J. B.
er pour ses opéras, genre e servitenr da musicien ; le méritaient pas cet honneur;
épigrammes, où l'on trouve Bsion, mais où l'inspiration
^»^, ^^ , ^ qui mettra un aussi grand'
contraste entre sa conduite et sa parole. On nomme encore Racan (l$89- 1670), Segrais (1624-1701) et Mme DeshouUères (I688-1694) pour leurs poésies pastorales.
par Descartes (1596-1650), moins par ce qu'il avait élevé que par ce qu'il avait détruit. Son système est tombé, comme tombent successivement tous les systèmes philosophiques ; sa méthode subsiste, c'est l'arme la plus redoutable pour renverser l'erreur, la plus puissante pour découvrir la vérité. Depuis Socrate, il n'y avait pas eu dans le monde de réforme philosophique plus considérable. Descartes n'acceptait pour vrai, dans l'ordre des sciences morales et physiques, que ce qui semblait évident à la raison ; et cette évidence, il la plaçait, pour les choses philosophiques, dans l'irrésistible autorité du témoignage de la conscience. C'est ainsi que, dans son Discours de la méthode (1637), écrit de ce style net et clair qui allait être un des caractères de la prose française au dix-septième siècle, et dans ses Méditations (16^11), il voulut prouver, avec l'aide seul du raisonnement, l'existence de Dieu, la spiritualité et l'immortalité de l'âme, la liberté, et par conséquent la responsabilité de Thomme '. Ses principes furent adoptés par les esprits les plus religieux du dix-septième siècle ; ils inspirèrent au père oratorien Malebranche (1683-1715), qu'on a appelé le Platon de la France*, son admirable ouvrage de la Recherche de la vérité-, à Bossuet, le Traité de la connaissance de Dieu et de soi' méme*^ à Fénelon, l'éloquente Démonstration de Vexistencede Dieu.
Ainsi la France fondait au dix-septième siècle la philosophie spéculative contre l'empirisme triomphant en Angleterre de Bacon et de Locke, comme au dix-huitième elle défendra l'expérience contre la métaphysique nuageuse de l'AUemap^ne; marchant tour à tour, guidée par son lucide génie, dans les deux voies qu'Aristote et Platon ont ouvertes au monde , et penchant , pour rétablir l'équilibre , du côté du principe que les exagérations contemporaines mettent en péril.
Pascal (1623-1662), autre grand esprit, fut aussi un grand écrivain dans ses Lettres provinciales (1656), contre la morale relâchée des jésuites, et dans ses Pensées, fragments d'un ou-
f . Un des principaux adversaires de Descartes, en son temps, fut le Provençal Gassendi (1592-1655), qui combattit le système des idées innées pour y substituer celui des idées tirant leur origine de la sensation.
2. Bouillier, Histoire de la philosophie cartésienne (1854\ Le mot est juste peut-être pour l'imagination et le style, plus encore pour les dangers auxquels Malebranche expose ceux qui voudraient le suivre de trop près.
322 LE SIÈCLE DE LOUIS XlV.
YTd^ qu'il Youlait composer sur la vérité du cbri^ti^fmO. On verra plus loin ce que lui et Descartes firept pour l^s sciences ; malgré ces découvertes, Pasc^il est moins un génie inventeur comme Descartes, qu'un génie critique de 1^ plus redoutable puissance '.
 Pascal il faut réunir ses amis, les pieux solitaires de^ Port-Royal , esprits vigoureusement trempés, mais quelque peu étroits, qui fondèrent au sein du catholicisme et de l'Eglise gallicane une secte énergique et vivace que Louis XIV persécuta, et (jui ranima en plein dix-septième siècle les querelles théologiques. Les principaux docteurs du jansénisme étaient : le Maistre de Sacy (1613-168(k), qui traduisit la Biblq à la Bastille, où les jésuites le firent garder pcpdant deu^aps; Antoine Arnauld (1612-169(k), dit le grand Arnauld, dont la vie fut une perpétuelle discussion théologique avec les jésuites, avec les protestants, avec Malebranche ; Nicole (1625-r 1695), connu surtout par ses Essais de Morale; Lancelot, par ses livres d'éducation. Bien loin de ce courant d'idées, Bayle et la Mothe le Vayer continuaient la tradition sceptique de Montaigne et de Rabelais, que Voltaire allait rc^prendre.
Érudition. — Il faut donner un souvenir à ces laborieux esprits qui continuaient de nous révéler l'antiquité ou qui essayaient de débrouiller le chaos de nos origines. Leur influence sur la langue est petite ou nulle, car d'ordinaire ce ne sont pas des écrivaiiii, et beaucoup.de leurs livres sont en latin, mais elle est grande sur les idées, car le passé mieux compris éclaire le présent ; enfin c'était tout un ordre de vérités qu'ils poursuivaient, celles de l'histoire, et leurs travaux nous guident encore. Les plus grands de ces savants hommes furent; Casaubon, Scaliger, Saumaise, DucangCi Baluze; plusieurs bénédictins de Saint -Maur, Mabillon, Montfaucon, etc., et le protestant Bayle, dont il a été déjà parlé.
Mézeray (1610-1683), auteur d'une Histoire de France qui va jusqu'à Louis XIII , et qui vaut mieux pour la forme que pour le fond , chercha et réussit à se placer parmi les écrivains; le P. Daniel (1649-1728) refit l'ouvrage de Mé^ray sans le faire oublier; l'abbé Fleury (1640-1723) écrivit une
1. Pensées de Pascal^ publiées dans leur texte authentique par M. Havet, 1852. Voir Sainte-Beuve, Histoire ds Port-Boy al»
Histoire ecclésiastique estimée encore aujourd'hui , e( les Mœurs des Israélites; le Nain deTîllemoni(1637-1698)a laissé une savante Histoire des empereurs romains. Enfîa rappelons les orientalistes Bochart, d'Herbelot, Galland,ei les voyageurs en Orient: le Vaillant, Chardin, Bernier, qui révélèrent un monde oublié de PEurope depuis les croisades.
iBflv^ne^ littéraire de lu France. — Nulle nation en Europe pe pouvait présenter alors un -aussi magniOque en-, semble de productions littéraires. L'Italie , l^llem^gne, étaient en pleine décadence morale. L'Espagne , comme un riche ruiné qui n'a gardé de sa fortune perdue que quelques joyaux précieux, montrait encore des peintres éminents et de trop fécond^ écrivains. L'Angleterre avait eu, au commence*ment de ce siècle, Shakespeare, au milieu Milton, k la fin Dryden ; mais cette littérature ne sortait pas encore de son île. La France, au contraire, était bien réellement à la tête de la civilisation moderne; et par la 3upériorité reconnue de son esprit et de son goût, elle faisait accepter de l'Europe entière le pacifique empire de ses artistes et de ses écrivains.
Seience». -^ Dans les sciences, elle était au niveai;i du mouvement, mais non à la tète. Car, si elle avait Descartes et Pascal, à d'autres pays appartenaient Kepler, Galilée, Newton et*Leibnitz.
L'antiquité et le moyen âge avaient pu cultiver avec succès les sciences de raisonnement; mais l'étude du p^opde physique était frappée de stérilité, tant que les vraies méthodes d'expérimentation n'étaient pas trouvées* Et elles pe pouvaient l'être qu'après qu'on eut acquis la confiance que l'univers est gouverné par les lois immuables d'une sagesse éternelle, et non par les volontés arbitraires de puissances capricieuses. Alors seulement on n'accusa plus 1 esprit hu* main de témérité sacrilège :
« Gens bumana ruit per vetitum nefa5, ■
parce qu'il ch^î'çhait h pénétrer les secrets de la création. L'alchimie, la magie^ l'astrologie, toutes ces folies du moyen âge devinrent des sciences, du moment que l'homme ne s'occupa plus de l'essence impénétrable des choses, et, au lieu de s'arrêter aux phénomènes isolés , s'efforça de saisir les lois mêmes qui les produisent. Ce temps commence avec Go-
pernic, au seizième siècle ; mais ce n^est qu^au dix-septième que la révolution est accomplie et triomphe avec Kepler, Bacon et Descartes.
Descartes fit faire un pas immense à Talgèbre en inventant la notation des puissances par exposants numériques, et à la géométrie des courbe^, ce qui lui permit de résoudre, comme en se jouant , des problèmes qu'on croyait insolu- • blés. Il trouva la véritable loi de la réfraction ; il crut , avec Galilée, au mouvement de la terre autour du soleil; et, comme les erreurs mêmes du génie sont fécondes , son chimérique système des tourbillons, suivant lequel le soleil et les étoiles fixes sont le centre d'autant de tourbillons de matière subtile, qui font circuler les planètes autour d'eux, a été le germe de la célèbre hypothèse newt Pour Descartes comme pour Newton vers physique est un problème de m enseigna le premier, sinon la solution ture du problème. Pascal avait, à doi sans livres les éléments de la géomét posa son traité Des sections coniques.
créa le calcul des probabilités, dém Pair par sa fameuse expérience sur le '. le baquet et peut-être la presse hydraulique.
Au-dessous de ces deux grands hommes se presse une foule déjà nombreuse.
Pierre Fermât (1601-1665), conseiller au parlement de Toulouse, n'a rien imprimé, mais fut peut-être le plus puissant esprit mathématique de ce temps. Il partagea avec Descartes la gloira d'avoir appliqué l'algèbre à la géométrie, et imagina la méthode de maximis et de mimwts, en même temps que Pascal créa le calcul des probabilités. L'abbé Mariotte (1620-1684) reconnut que le volume d'un gaz, à une température constante, varie en raison inverse de la pression qu'il supporte. Denis Papin, né à Blois en 1647, créa ou perfectionna plusieurs machines et pensa le premier à employer la vapeur condensée comme' force motrice. Il fit, en Allemagne, sur la Fulda, des expériences avec un bateau à vapeur, qui remontait le courant. De stupides mariniers brisèrent la machine du grand physicien, qui mourut à Londres dans la misère (1710)'.
1. Papin a inséré un mémoire sur ce sujet, en 1690, dans les Aetet de TAcadémie de Leipzig, et on a récemment découvert sa lettre du 15 sept.
LE SIÈCLE DE LOUIS XIV. ^^b
La géographie fut réformée par Nicolas Sanson (160O-1 60 1 } , cl par Guillaume Delisle (1675-1726), dont les cartes sont encore estimées aujourd'hui. Tournefort (1656-1706) restaura la botanique et enrichit le Jardin du roi de plantes nouvelles, qu'il était allé recueillir dans un voyage au Levant. L'imprimerie royale égala les éditions de la Hollande par la correction et le luxe; enfin la chirurgie continua les 'tradition3
L'observatoire.
d'Ambroise Paré": on venait de toutes les parties du monde à Paris consulter les Félix et les Maréchal.
Trois étrangers que Colbert attira en France justifièrent par leurs travaux les faveurs du roi. Le Danois Rœmer détermina la vitesse des rayons solaires ; le Hollandais Huyghens découvrit Panneau et un des satellites de Saturne ;
1707 à Leibnitz, dans laauelle il communiquait le succès des expériences faites avec son bateau. L'idée de Papin fut reprise et exposée à Nancy, an Hein de l'Académie Stanislas, par le chanoine Gauthier, qui proposa, quatorze ans avant la naissance de Fulton, de substituer la force de la vapeur à l'action du vent sur les vaisseaux. (Bulletin des sociétés savantes^ 18 mars 1854.) Mais, d'autre part, on trouve la considération de la vapeur comme force motrice dans le livre fort rare de Salomon de Caus intitulé : Raison des forces mouvantes ^ 1624. Il faut citer encore comme mathématicien, le marqais de l'Hôpital (1661-1704).
326 LE SIÈCLE DE LOdlS tir.
ritalien Dominique Gassini en vit quatre autres. On doit encore à Huyghens rinyention des horloges à pendule, et à Cassini les premières opérations qui devaient servir â meàurer là terre ; il les exécuta avec Pabbé Picard, professeur d'astronomie au Collège de France, et tous deux commencèrent» en 1669, la méridienne qui fut prolongée plus tard jusqu'au Roussillon. C*est d'après la mesure du degré donnée par Picard, que Newton put enfin calculer la force qui retient la lune dans son orbite. L'Observatoire avait été construit à Paris tout exprès pour les savants travaux de Gassini.
Arts } peinture. — Tout se tient dans le développement mtellectuel d'un peuple : quand le temps, des grands écrivains est venu, celui des grands artistes n'est pas loin. Cette sorte de contagion morale, qui gagne tous les esprits d'élite et suscite les talents supérieurs, agissait trop au dix-septième siècle, pour que les artistes manquassent au rendez-vous des savants et des poètes. Cependant, sauf la peinture, le grand siècle des arts est en France le seizième et non le dit-septième. Il n'y avait rien parmi les monuments de Louis XIV qui valût le pavillon central des Tuileries, le vieux Louvre, une partie de Fontainebleau et les châteaux du temps de François h* et de Henri II.
Il y eut alors quatre peintres de premier ordre : Poussin, Lesueur, Claude Lorrain et Lebrun ; un admirable sculpteur, Puget ; des architectes de talent, Mansard et Perrault; enfin un musicien habile, Lulli.
Poussin vécut longtemps à Rome et eut la réputation du plus grand peintre de son temps : il l'a gardée. Malgré son coloris trop sombre, il est resté le chef de l'école française pour l'élévation morale, l'intérêt dramatique, la richesse et la poésie de ses compositions, pour cette recherche enfin de l'idéal qu'il appelait lui-même « la haute délectation de l'intelligenôe; » nous ajouterons ausâi, car celaù'est point étranger h l'art, pour la dignité de sa vie. Il méprisa la fortune, les honneurs, les avances des grands, 6t s'enferma avec ses nobles pensées et son art, comme il place son DiogèM au milieu de la plus splendide nature, quand il fait rejeter dédaigneusement par le philosophe une dernière inutilité '. Le-
1. Ce tableau de Diogène jetant son éoselle parce qu'il voit uo enfant bvire au ruisseau dans sa main^ est au sakm Carré du Louvre. Notre masée possède trente-trois tableaux du Poussin et vingt-deux dessins. Utà-
saeur, Lebrun et Mîgnard peiiveùt être regardés comme ses élèves, car ils reçurent longtemps ses Ifeçônà ou ses conseils. Poussin était des Ândelys en Normandie et mouriit à soixante-douze ans (1665).
Lesueur naquit à Paris, vécut pauvre, obscur, et mourut à trente-huit ans en 1655, non pa^, comme on le dit, dans le couvent des Chartreux pour lequel il avait peint sa belle suite de vingt-deux tableaux représentant la vie de saint
L'hôtel Lambert *.
Bruno, mais près de Thôtel Lambert qu'il décorait avec Lebrun de peintures qu'on y voit encore. C'était une âme douce et candide; ses peintures toujours gracieuses, même dans les ' sujets les plus sévères^ par la suavité du ton et la délicatesse du pinceau, expriment admirablement les sentiments et jusqu'aux affections les plus intimes des personnages *. Tout autre était son émule, Lebrun, né aussi à Paris deux
heoreiuemeiit le temps a encore éteint le colorie déjà sombre de ce grand maître.
1. Cet hôtel fut construit dans Pile Saint-Louis par Levaa, pour le conseiller Lambert de Thorigny. Il est la résidence de la famille Czartoryska, qui l'a restauré avec beaucoup de goût.
9. Les principales toiles de Lesueur après taint Bruno sont : saint Paul ^chant à Ephèse.la Mçsse de taini Martin^ la Vision ds saint Benoit et surtout une belle IksctfUe de croix.
ans plus tard (1619), et dont le talent, souvent théâtral, convenait bien mieux à Louis XIV. Ce prince le nomma son premier peintre et le chargea de décorer la grande galerie de Versailles : il y employa quatorze ans. Il fut jusqu'à la mort
Chapelle de Versailles.
de Colbert, l'arbitre et comme le dictateur des arts en France ; rien ne se faisait que sur ses dessins et d'après son avis, et on retrouve son influence, quelquefois sa main, dans tous les ouvrages de ce temps. Son dessin était mou et lourd, l'expression de ses figures plutôt exagérée que vraie : il n'avait pas
réclatant coloris du Titien, ni le naturel et la grâce de Lesueur, ni Télan de Rubens, ou la profondeur de pensée du Poussin. Cependant, c^est un peintre, et le premier parmi
Le Val-de-Grâce.
ceux qui se placent au second rang. Le musée du Louvre possède ses batailles d* Alexandre, On lui doit la fondation de Técole française à Rome, où les jeunes artistes qui ont remporté * au concours annuel de Paris ce qu^on appelle le grand prix
de Rome, sont enrdyéâaui frais du gouYèrnemeût pour achever leurs études en facë des fchefs-d*œuvre de l'antiquité et des grands maîtres italiens. A côté de ces quatre maîtres, il faut une place pour Philippe de Champagne qui a laissé d'admirables portraits et un chef-d'œuvre, VÂpparition de saint Gervaiset de saint Protais ; pour Mignard (1610-1695) qui fut le riyal de Lebrun pendant quelque temps à cause de sa grande fresque du Val-de-(}râce ; il ne l'est pas aux yeux de la postérité, qui a donné son nom à toute aÉectation de délicatesse et de grâce, la mignardise.
Claude Gelée, dit le Lorrain, né en Lorraine en 1600, mort à Rome en 1682, est le meilleur paysagiste français et un des premiers paysagistes de l'Europe. C'est le peintre de la lumière. On peut admirer au Louvre la richesse de son style et la beauté de son coloris dans les paysages ou marines que notre musée possède de lui.
Il y aurait à citer encore Jouvenet de Rouen (1647-1717), élève de Lebrun {Esther devant Assuérus, une Pêche miraculeuse); Santerre (1652-1717), qui a peint la trop gracieuse sainte Thérèse de la chapelle de Versailles ; de la Fosse, qui peignit le dôme des Invalides et la voûte de la chapelle de Versailles à laquelle travaillèrent aussi les deux frères Bon BouUongne et Louis Boullongne, Lemoinfe, l'auteur du salon d'Hercule, Rigaud, notre premier portraitiste, et Watteau, de Valenciennes (1684-1722), qui inaugura le genre maniéré, mais avec un éclatant coloris.
Scalpiul*e et gr^tyrure, — Puget, comme Michel-Ange, dont il avait la fierté et l'énergie, fut à la fois peintre, architecte et sculpteur. Il naquit à Marseille en 1622 et toourut en 1694. Il sculpta longtemps des figures en bois pour la poupe et les galeries des vaisseaux de Toulon, bâtit plusieurs hôtels majestueux sur la Canebière, et remplit Gênes de ses chefsd'œuvre. Louis XIV lui commanda le groupe de Persée et celui de Milon de XJrotone, Ce dernier marbre, où la chair est vivante, pourrait rivaliser, par l'énergie de l'expression et la vérité du dessin, avec ce que l'antiquité nous a légué de plus magnifique, si l'on y retrouvait cette noblesse de formes que l'artiste ne doit jamais oublier, même lorsqu'il ne veut représenter que la force matérielle. Le puissant athlète, treize fbis couronné par la Grèce entière, devait lîiontrer sur ses traita contractés par la douleur le souvenir dé tant de victoires. On sent que le grand artiste jouait avec le marbre ;
commô il le dit lui-même : « nourri aux grands oUVt^a^s, il nageait lorsquHI travaillait, et le marbre tremblait devant lui, pour gfosse que fût la pièce. » Pugel avait le caractère trop indépendant pour réussir à Versailles. Il y vint, fut bien accueilli, mais reçut à peine, pour son Miîon, la feôtnme que le marbre lui avait coûté. Son bas-reliet d'Alexandre et de Diôgènë est, malgré la science qu*il y tnbntfa, une preuve de rimpuissànce de la statuaire à rivaliser avec la peinture. Combien sont lourds ceâ nuas^es et ces drapeaux de marbre qui flotteraient si bien datis Pair libre d^un tableau ! Et où est
Place des Victoires.
le principal acteur de cette scène, le rayon de soleil qu'Alexandre intercepte?
Puget ne laissa pas d'élèves. Coysevox, les deux Coustou, Girardon, procèdent d'un autre système : ce sont plutôt les sculpteurs de la grâce, les maîtres du style brillant et facile sans élévation. Les Tuileries ont du premier les Chevaux ailés qui décorent l'entrée du côté de la place de la Concorde ; le Flùteur^ la Flore et VBamadryade qui sont devant le cbâr teau ; de Nicolas Coustou, ta Setne, la Marne^ un Berger chasseur et Jules César; de Guillaume Coustou, Hippomène et Àtàlante ; tes Chevaux indomptés qu*on voit à l'entrée des Champs-Elysées sont du même artiste. Girardon a peuplé
339 LE SifeOLE DE LOUIS XIV.
Versailles de ses ouvrages; le mausolée du cardinal de I^ chelieu à la Sorbonne est son chef-d'œuyre. Les estampes de Callot, Nanteuil, Audran, Édelink, ornent dans l'Europe les cabinets de ceux qui ne peuvent avoir des tableaux.
Archlteetnre. — François Mansard oublia Télégance et la grâce de la Renaissance pour un style qu'il croyait majestueux, et qui était lourd. Il commença le Val -de -Grâce, bâtit le château de Maisons, près de Saint-Germain-en-Laye, et inventa les mansardes qui coupent quelquefois heureusement la surface trop nue des combles, mais quelquefois aussi leur ôtent de la légèreté. Son neveu, Jules Hardouin Mansard, est un génie froid, régulier, qui atteignit presque au grandiose, parce que Louis XIV ne lui ménagea ni la place ni l'argent, mais qui semble manquer d'inspiration et d'élégance, si ce n'est dans sa belle coupole des Invalides. Claude Perrault (1628-1688) fut médecin, physicien, grand architecte, et eut de la réputation malgré Boileau. Un autre artiste de génie, le Nôtre (1613-1700), créa l'art des jardins: il savait en faire la plus belle décoration des châteaux. A l'agréable l'agronome laQuintinie joignit l'utile. Louis XIV les employa tous les deux et leurs noms ont mérité d'être joints à ceux des illustres personnages de ce grand siècle.
Musique. — Le Florentin LuUi vint à treize ans à Paris, et fut, avec Quinault, le vrai fondateur de l'opéra en France. Sa musique nous paraît froide et sans caractère, même celle d'église où il excellait. Les contemporains en jugeaient autrement. « Je ne crois point, écrivait Mme de Sévigné, au sortir du service pour le chancelier Séguier, qu'il y ait une autre musique dans le ciel (6 mai 1672). »
Monuments et fondations. — Les principaux monuments du règne de Louis XIV sont : le Val-de- Grâce, dont le dôme, d'une coupe élégante, fut décoré à l'intérieur par Mignard d'une composition qui rappelle de loin les grandes peintures murales de l'Italie ; l'Observatoire, élevé sur les dessins de l'astronome Picard et de Cl. Perrault (1666); les portes Saint- Denis et Saint-Martin, par Blondel et son élève Bullet ; les Invalides, par Libéral Bruant (1674), avec cette église un peu étroite pour le dôme majestueux que Jules Mansard surmonta d'une flèche si hardie; la place du Carrousel, entre le Louvre et les Tuileries, ainsi nommée d'un carrousel magnifique qui y fut donné en 1662 ; la place des Victoires et la place Vendôme, créées ou agrandies pour receyoir les statues
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que le maréchal de la Feuillade et Thôtel de ville de Paris firent ériger à Louis XIV, à Pépoque du traité de Nimègue. Dès le commencement du règne on avait travaillé aux Tuileries. Levau éleva, en 1664, le dôme de l'Horioge qui complétait, en l'alourdissant, la façade de Touest; Tannée suivante, le jardin fut réuni au château, dont une rue le séparait^ et refait sur un nouveau plan par le Nôtre : il s'étendit jusqu'aux Ghamps-Élyséesi qu'on ,planta d'arbres en 1670, en même temps que les boulevards du nord, emplacement des
Versailles. Cour Royale.
anciens fossés de la ville. Le collège Mazarin (aujourd'hui l'Institut) fut bâti par ce même Levau, qui fut aussi l'architecte du château de Fouquet à Vaux et de celui de l'intendant Bordier au Raincy.
Il y avait davantage à faire pour le Louvre. Sous Louis XÏII,
Lemercier avait terminé la façade intérieure de l'ouest par
la construction du dôme de l'Horloge, que décorent les huit
cariatides colossales de Sarrazin. Il s'agissait d'achever le
' chef-d'œuvre de Pierre Lescot. Colbert mit le projet au con-
cours; les plans du médecin Oaude Perrault furent préférés à ceux de Bernin. De 1666 à 1674 fut construite la célèbre colonnade du Louvre, qui repose malheureuseme^it sur un soubassement trop élevé, nu et lourd. En même temps, la façade
La colonnade (jardin de Versailles].
extérieure du sud, du côté de la Seine, et celle du nord, du côté de la rue actuelle de Rivoli, étaient commencées. Ces grands travaux furent d'abord poussés avec activité; peu à peu on les ralentit, enfin ils furent suspendus, malgré les instances de Colbert. Le roi construisait alors Versailles.
Louis XIV n'aimait point Paris qui avait fait la Fronde et dont les lîlonuinents parlaient de tant d'autres princes. Versailles, Simple rende£-TOUs de cha3se, lui parut un lieu plus sûr, qu'il remplirait de sa majesté et où la cour, perdue jusqu'alors dans rimmense capitale, reprendrait tout l'éclat de la royale domesticité en entourant d'une ville princière le palais du monarque.
Les travaux entrepris dès 1661 furent confiés en 1670 à Jules Mansâ^d et continués sans interruption jusqu'à la fin du règne. Le Nôtre, Lebrun et Girardon embellirent cette royale demeure, trop vantée * , qui a coûté 250 à 300 millions de notre monnaie, et où l'on ne voit nulle part la France, maiâ partout le roi.
L'eau manquait à Versailles : on créa à grands frais la machine de Marly, due au mécanicien liégeois Rennequin Sualem. Comme elle sembla insuffisante, le roi songea à détourner la rivière de l'Eure, pour l'amener à Versailles par-dessus les vallons et les collines. C'était une entreprise gigantesque, qui nous reporte aux inutiles constructions des pharaons. Dangeau écrivait le 8 juin 1685 : t II y aura près de 1600 arcades aux aqueducs que l'on fait, desquelles il y en aura quelques-unes plus hautes deux fois que les tours de Notre-Dame. Outré ces 1600 arcades-là, il y en aura beaucoup de petites que l'on ne compte point. > 10 000 soldats furent occupés pendant plusieurs années à ces travaux ; mais les maladies pestilentielles et les guerres forcèrent de les suspendre ; il n'en est resté que d'immenses débris.
Le roi bâtissait en même temps le grand Trianon, et, Marljr (1679), qui, suivant Saint-Simon, aurait coûté aussi cher qu0 Versailles, des miUiards, qu'il faut réduire à 10 ou l5 millions de notre monnaie, si l'on ne compte pas l'argent dépensé pouf la machine : c'est déjà bien assez pour un piedà- terre. Enfin ^ les châteaux de Saint-Germain, de Fontai* nebleau, de Chambord, de Saint-Cloud, de Sceaux, étaient agrandis et restaurés par le Nôtre. On compte que 160 millions qui en vaudraient aujourd'hui deux ou trois fois autant, furent employés à ces dép6hses '.
1. Jé teui parler du caractère architectural du château tu du Jardin : c'est taftt«» mais ce n'est point grand.
1. Sur le chiffre de ces dépenses, voy. Eckard; Dépemet e/feciites de Louis XI Y,
Nous avons parlé ailleurs des grands travaux d'utilité publique : les ports, les arsenaux, les places fortes et le canal du Midi. Il n'en reste pas moins une disproportion excessive entre les dépenses faites pour les fantaisies du roi et celles qui eurent pour objet les intérêts du pays. C'était l'inévitable conséquence d'un régime politique qui mettait à la discrétion du prince, sans discussion et sans contrôle, toute la fortune publique.
Commencement d'one littérature nouvelle. — Voltaire termine ainsi son tableau du siècle de Louis XIV : « Il ne s'éleva guère de grands génies, depuis les beaux jours de ces écrivains illustres ; et à peu près vers le temps de la mort
Le Raincy*.
de Louis XIV, la nature sembla se reposer. » Cette fois Voltaire est trop modeste, la nature ne se reposa pas, car il parut, et avec lui, Montesquieu, Buffon et tant d'autres*. Mais ces nouveaux venus auront un esprit différent. Étranges ou plutôt inévitables relations des choses ! Louis XIV constitue l'autorité
1. Ce château, à 3 lieues de Paris, qui coûta, dit-on, 4 500000 livres i son propriétaire, fut démoli pendant laRévolution.
2. En 1715, Voltaire avait vingt et un ans, Montesquieu vingt-six, Boffon huit.
ta
1. Cette machine, qui coûta 3 648 866 livres, élevait l'eau de la Seine de 153 mètres. Elle fut remplacée en 1826 par une machine à vapeur.
absolue des rois, mais en même temps il eDcourage Tindustrie et la littérature, et il prépare ainsi deux forces destinées à renverser la première. L^une, en effet, allait donner au tiers état la richesse qui fera deiaander des garanties, et Tautre les lumières qui feront demander des droits. L'esprit critique qui au temps de la minorité de Louis XIV s'était montré avec tant de puissance dans U sphère des questions religieuses et philosophiques avait reculé devant les splendeurs du règne, et s'était tu ou réfugié dans l'humbre cellule de quelques solitaires. Il reparut quand l'enthousiasme officiel et sincère tpmba épuisé sous les coups répétés des malheurs publics. Déjà Fénelon avait. adressé au roi, en 1694, la lettre célèbre, qui est une critique si amère de son gouvernement ; yers le même temps il écrivait le Télémaque^ qui en est une autre, et dont il se fit en un an plus de vingt éditions*; Bayle publiait, en 1697, son Dictionnaire historiquey et Saint-Simon rédigeait chaque soir, à partir de 1691, ses redoutables Mémoires, L'étude des lettres nous mène donc aux mêmes conséquences que celle de la politique, et nous avons à terminer ce chapitre comme le précédent par l'annonce de nouveautés menaçantes qui s'approchent.