CHAPITRE LV
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Béi^eBce da «ne d'OHéAiis (191{(-t?3a). — Le poids de Tautoriié de Louis XIV avait Ué accablant d^9 les dernières années. Quand la nation le sentit enlevé, elle respira; la cour et la ville firent éclater une joie irrespectueuse; le cercueil même du grand roi fut insulté. « J'ai vu, dit Voltaire, de petites tentes dressées sur le chemin de S^i^t-Dei^is. On y buvait, on y chantait, on y riait. Le jésuite le Tellier était la principale cause de cette joie universelle. J'entendis plu« sieurs spectateurs dire qu'il fallait mettre le feu aux maisons des jésuites avec les flanabeaux qui éclairs^ient 1^ pompe fu*
i. 0aTnM^9$ » consulter ; Corr€$pùndQucci d» la prinçesi» PaUUne ; Mé'
moires de Saint-Simon, de Viliars, de Noailles, de Duclos, du marquif d'ArgeasoB, do duc d« Laynes, de Mme de Staal ; Journal du règne de Umi» XV, par l'aTopat Barbier, pour le* «onéet d9 I7il-I7«t, 4 fol., iftM« 57 ; Mémoires secrets et Correspondance tnédite au cardinal Dubots. publiés par de SéTelinges; Lacretelle , Histoire du diûD-huiiième siècle; Lemontey* Histoirtdê la A^^e?MW; de Tpcque ville. Hi$toir$ pkilo$0phiau% du règne de Louis Xv ; Villemain, Tableau de la littérature audix^uiti0m$ siècle ; lord Mahon, History of England^ from thê ptaee of Utrecht to the peaee of Versailles ; ^owmal et, Mémqirf* de Mathieu Marais, avocat au parlement (1715-1737], publies en 1865; Journal de Buvat; la France $ou9 Louis XV f par M. Jobes, Correspondance de Louu XV tî du maréchal de jy^oOIff , paf quille BoasseU
nèbre. » Ainsi s'ouvrit le dix-huitième siècle , par une protestation contre la monarchie absolue et la direction religieuse des derniers temps.
Le nouveau roi avait cinq ans. Qui allait gouverner? Louis XIV avait bien fait un testament , mais sans s'abuser sur sa valeur. « Dès que je serai mort, on n'en fera ni plus ni moins. Je sais trop bien ce qu'est devenu le testament du roi mon père ! »
Comme à la mort de Henri IV et de Louis XIII, il y eut un instant de réaction féodale; mais nous pouvons mesurer la décadence de la noblesse à l'afTaiblissement successif de ses efforts. Sous Marie de Médicis , elle peut encore faire la guerre civile; sous Anne d'Autriche elle fait la Fronde; après Louis XIV elle ne fit que des mémoires. Le plus fier, le plus infatué de tous ces nobles, le duc de Saint-Simon , voulait que le premier prince du sang, Philippe d'Orléans , à qui le testament ne laissait qu'une ombre de pouvoir , demandât la régence aux ducs et pairs comme héritiers et représentants des anciens grands vassaux. Philippe d'Orléans repoussa le fragile appui qu'on lui offrait; il convoqua le parlement pour briser le despotisme posthume du vieux roi, et, dans l'assemblée solennelle qui se tint , feignit d'avoir recueilli de sa bouche, ces paroles : « Je vous recommande le dauphin; servez-le aussi fidèlement que vous m'avez servi, et travaillez à lui conserver son royaume; s'il vient à manquer, vous serez le maître et la couronne vous appartient.... J'ai fait les dispositions que j'ai cru les plus sages, mais, comme on ne saurait tout prévoir, s'il y a quelque chose qui ne soit pas bien, on le changera. » Le duc empruntant une phrase du Télémaque, ajoutait « qu'il réclamait une entière liberté pour le bien , et consentait à être lié pour le mal. i La régence avec le droit d'en composer le conseil comme il l'entendrait, lui fut décernée et on ôta le commandement de la maison du roi au duc du Maine, qui ne céda cette importante prérogative qu'après une altercation violente, où les deux princes parurent peu dignement. L'ambassadeur d'Angleterre assistait à la séance en signe des bonnes relations qui existaient déjà entre George I«' et le régent.
Pour récompenser les services de ses deux alliés , le duc d'Orléans appela la haute noblesse aux affaires, d'où Louis XIV l'avait tenue éloignée , en remplaçant les ministères par six conseils dont elle eut presque toutes les places, et reconnut
BT RÉGENCE DU DUC d'ORLÊANS (1715-1723). 345
au parlement le droit de remontrances. Mais deux ans ne s'étaient pas écoulés que les ministères étaient rétablis , le parlement de nouveau condamné au silence et même, en 1720, exilé tout entier à Pontoise pour son opposition aux tentatives de Law. Ce n'était, en effet, ni la noblesse ni le parlement qui devaient hériter de la monarchie absolue.
ÉiiMt de la Franee. — Le régent avait le pouvoir; c^était un redoutable héritage que celui de Louis XIV ! Voici ce que coûtait sa gloire : plus de 2 milliards 400 millions de dette publique, avec un encaisse de 800000 livres; une rareté excessive de numéraire ; le commerce paralysé ; la noblesse accablée de dettes^ dont les moins onéreuses avaient été contractées à rintérêt de 15 et 20 pour 100 ; les magistrats, les rentiers depuis longtemps privés des revenus que leur de* vait rËtat; les paysans, en certaines provinces, manquant de tout, même de paille pour se coucher; ceux des frontières passant à Tétranger ; beaucoup de parties du territoire incultes et désertes. Grâce à Tépée de Villars, le grand roi avait pu mourir dans une noble et fière attitude vis-à-vis de ^ TEurope ; mais il n'eût pas été possible de répéter cet effort ; la paix à tout prix , voilà ce qu'il fallait au pays pour se refaire, au régent pour se maintenir.
AUianee avec l'Aniprleterre (1919). — La France n'avait point eu de plus formidable ennemie que l'Angleterre. Quelques avantages que celle-ci eût recueillis du traité d'Utrecht, les whigs trouvaient qu'on y avait encore trop épargné la France et redemandaient la guerre. De ce côté donc un danger national, au fond peu à craindre, parce que l'Europe était pour le moment lasse de guerre et que la dynastie de Hanovre, assise depuis quelques mois sur le trône d'Angleterre, devait s'y affermir avant de songer aux entreprises du dehors. Du côté de l'Espagne vepait , pour le régent, un danger personnel : Philippe V, qui l'accusait d'intentions criminelles contre Louis XV, revendiquait la régence et se proposait, si le jeune roi mourait, de revendiquer la couronne , au mépris de ses renonciations antérieures. S'allier contre l'Espagne avec l'Angleterre, gardienne jalouse des renonciations de Philippe V au trône de France, et écarter une apparence de danger national par une alliance qui le fortifiait contre le danger personnel, telle fut la politique du régent , utile à lui-même , pouvant l'être à la France , selon
qu'elle serait pratiquée % mais qui le fut alors de manière à nous devenir fatale.
Par la triple alliance, conclue Je 4 janvier 1717, entre la France, l'Angleterre, la Hollande, le régent s'engagea à renvoyer au delà des Alpes le prétendant Stuart, à démolir les nouveaux ouvrages de Mardick que Louis XIV destinait à' remplacer Dunkerque, comme port de guerre, et à achever de combler le port de cette dernière ville, opération que les commissaires anglais et hollandais étaient autorisés à venir surveiller. Le commerce, la navigation même dans la mer du Sud étaient interdits aux Français. La succession protestante était reconnue par l'Angleterre, qui, de son côté, reconnaissait la succession au trône de France, telle que le traité d'Utrecht Pavait établie, c'est-à-dire à Texclusion de Philippe V; comme conclusion, alliance défensive entre les deux pays.
«nerve »v«e l<B«pa^ae (19ie-lVSe). — Ce traitéqui nous fit courba la tète jusqu'à terre, menait à une guerre avec l'Espagne. Les plans du carénai Albéroni firent éclater les hostilités. Ce hardi ministre de Philippe V avait entrepris de relever au dedans les finances, l'agriculture et la marine de l'Espagne ; au dehors, de reprendre les anciens domaines que le traité d'Utrecht lui avait enlevés, et, pour mieux y parvenir, de mettre l'Europe en feu. D^à l'Empereur avait fort à faire avec les Turcs; pour occuper l'Angleterre, Albéroni comptait jeter sur elle le roi de Suède, Charles XII, qui renverserait la dynastie de Hanovre au profit des Stuarts ; en France, un complot opérerait la même restauration au profit de Philippe V. Tous les ennemis du régent furent sondés, réunis. L'ambassadeur espagnol Cellamare se fit l'agent de ces coupables menées ; la duchesse du Maine, qui avait toute l'activité et l'ambition que son mari n'avait pas et qui tenait à Sceaux une cour rivale de celle du Palais-Royal, en était l'âme. La noblesse de Bretagne, blessée dans certains privilèges, y était presque toute affiliée ; mais le complot fut découvert et le duc de Cellamare arrêté, ainsi que le duc et la duchesse du Maine. Le régent fit le plus grand bruit possible de cette équipée, afin de couvrir d'une apparence
1. Lord Stanhope disait à Dubois, en itiT : t La France et l'Angleterre uEief ensemble n'auraient rien à craindre de toutes lei autres puissances, elles pourraient maintenir la tranquillité de l'Europe et même 1« fQDVQ?* ner. » [Mémoires ^t Correspondance du card. Dubois.)