ET RÉGENCE DU DUC D'ORLÉANS
de représailles la guerre presque fratricide qu'il allait entamer.
Un nouveau traité réunit en 1718 la France, l'Angleterre, la Hollande et rAutriche. Habituée sous Louis XIV à combattre seule contre tous, la France se trouva placée à la tête d^une coalition contre TEspagne. Les Anglais, commençant un système qu'ils n'ont que trop pratiqué dans ce siècle,* attaquèrent la flotte espagnole, sans déclaration de guerre, sur
Ghàteaa de Sceaux (détrait en 1798).
les côtes de Sicile, et la battirent (août 1718). Une autre flotte, qui voulait porter le prétendant en Ecosse, fut détruite par la tempête, et les Anglais prirent le port de Vigo en Galice, tandis que Berwick, précédé d'un manifeste que Fontenelle avait rédigé, pénétrait en Espagne avec l'armée française et s'emparait de Fontarabie, de Sainl^ Sébastien, du port du Passage, où le commissaire anglais se hâta de brûler six magnifiques vaisseaux trouvés sur les chantiers (juin 1719). Ainsi nos soldats marchaient contre ce même Philippe V qu'ils avaient assis sur le trône de Charles-Quint, et
dont les drapeaux portaient les trois fleurs de lis de France. Albéroni tomba devant tant de revers, et TEspagne souscrivit aux conditions de la quadruple alliance. Le duc de Savoie fut contraint d'accepter la Sardaigne en échange de la Sicile, qui resta à l'Empereur avec le Milanais. Mais on accorda à Faîne des enfants de la seconde reine d'Espagne Texpectative des duchés de Parme, de Plaisance et de Toscane (janvier 1720). Cette guerre avait donc affermi la domination de l'Autriche sur l'Italie, celle de l'Angleterre sur l'Océan. Pour nous, nous y avions dépensé des millions sans gloire, et les Anglais nous abandonnèrent quand, au traité de Nystadt (1721), nous essayâmes de faire obtenir des conditions moins dures aux Suédois, nos plus vieux alliés.
Dubois. — Qui donc servait si bien nos ennemis? Un conseiller auquel le régent se livrait entièrement, l'abbé Dubois, c Dubois, dit Saint-Simon, était un petit homme maigre, effilé, à mine de fouine. Tous les vices, la perfidie, Tavarice, la débauche, l'ambition, la basse flatterie, combattaient en lui à qui demeurerait Je maître.... Il mentait jusqu'à nier effrontément étant pris sur le fait. Il s'était accoutumé à un bégayement factice pour se donner le temps de pénétrer les autres.... Une fumée de fausseté lui sortait par tous les pores. » Ajoutez une intelligence souple et active, avec une extrême malice, mais aussi une grande puissance de travail, et vous aurez le portrait de l'ancien précepteur du duc d'Orléans, qui avait communiqué à son élève, la cour de Saint- Gloud y aidant, tout ce que la nature généreuse de celui-ci pouvait comporter de vices. Dubois avait négocié fort habilement le traité de la triple alliance. Le régent l'en récompensa en lui donnant, sur les instances du rôi de la Grande- Bretagne, le ministère des affaires étrangères; aussi écrivaitil à lord Stanhope : « Je vous dois jusqu'à la place que j'occupe, dont je souhaite avec passion de faire usage selon votre cœur, c'est-à-dire pour le service de Sa Majesté Britannique, dont les intérêts me seront toujours sacrés. » Cette fois il disait vrai, car l'Angleterre, assure-t-on, le payait assez cher pour qu'il la servît bien: 50 000 écus par an, ou même un million, suivant Saint-Simon*.
1. I/6diteur des Mémoires de Dubois, M. de Sévelingeft, nie le fait. La marquis d'Argenson, un des successeurs de Dubois aux affaires étran-
ET RÉGENCE DU DUC d'oRLÉANS (1715-1723). 349
Il eut mieux quelque temps après : « Monseigneur, dit-il nn matin au régent, j'ai rêvé que vous m'aviez fait archevêque de Cambrai. — Toi, archevêque! » s'écria le régent, et il lui jeta quelques dures vérités ; puis il céda, selon sa coutume, finissant toujours par rire de l'impudence de cet homme qu'il méprisait, et par se servir de son esprit. Il est triste d'avoir à ajouter que Massillon et un autre évêque rendirent témoignage des bonnes mœurs du postulant, qui reçut tous les ordres en un seul jour, et profana par sa présence le siège tout récemment consacré par les vertus de Fénelon. Un peu plus tard enfin il devint cardinal, en dépensant 8 millions, et, en 1723, l'assemblée du clergé de France Télutson président. •
liO czar Pierre le Clrand à Paris (19fl9). — Au milieu de ces petitesses et de cette corruption parut à la cour de France une figure gigantesque, et que semblait grandir encore son aspect à demi barbare : c'était Pierre le Grand, le créateur de la Russie. Il y fut reçu avec magnificence et les plus délicates attentions, mais ne se laissa point séduire par ces brillants dehors. Pierre I**' ne pouvait, on le pense bien, se plier à toutes les règles de l'étiquette. Quand on lui présenta le jeune roi, il l'enleva de terre et l'embrassa sur les deuxjoues à la grande stupéfaction des seigneurs. Il lui fallut de la bière dans sa loge à l'Opéra. Ce fut le régent qui lui offrit le verre et la serviette. Aux Invalides, il goûta la soupe des soldats, but à leur santé, leur frappant sur l'épaule et les appelant camarades. Il vit à la Sorbonne la statue de Richelieu sculptée par Girardon, et saisissant ce marbre dans ses bras: »* Grand homme, s'écria-t-il, je t'aurais donné la moitié de mes États pour apprendre de toi à gouverner l'autre ! » Ainsi tout ce qu'il trouva à admirer ici, ce fut le passé ; le reste lui sembla si pauvre qu'il annonça la décadence et laYuine prochaine du peuple français. Il ne l'avait vu qu'à la surface, et le jugeait d'après la cour. Mais pour celle-ci il avait prédit juste, noblesse et royauté se mouraient.
Désordre des llnanees. — Une dette de 2 milliards 400 millions, dont un tiers presque immédiatement exigible.; un revenu brut, en 1715, de 166 millions, levés par une innom-
gères, dit dans ses Mémoires que la pension était de 100 000 écus, qu'elle passa après Dubois à Mme de Prie, puis à M. de Marsille, et ne cessa qu'à f'tvénement de Cbaavelin au ministère.
brable armée d^agents, qui ne laissaient arriver au trésor qu*un revenu net de 69 millions pour une dépense de 147, par conséquent, un déficit de 78 millions ; en outre, la meilleure partie des recettes de Tannée suivante déjà dépensée, telle était la situation des finances à la mort de Louis XIV. Pour y porter remède, quelques-uns conseillaient la banqueroute, alléguant que les gouvernements qui se succèdent ne sont point solidaires ; de ce nombre était Saint-Simon ; mais il proposait de la faire décréter par les états généraux, ne les trouvant bons qu'à cela.
Le duc de Noailles, président du conseil des finances, se créa d'abord quelques ressources par un^ refonte de monnaies ; ensuite il entreprit, d'une part, de diminuer la dette par une réduction des rentes, par une recherche exacte des fraudes et des doubles emplois; de l'autre, de ramener les dépenses à un taux plus en harmonie avec celui de la recette. Les frères taris, financiers distingués et probes, furent chargés d'opérer le visa qui réduisit de beaucoup les billets d*État en circulation. On les fit soutenir par une chambre de justice, afin de triompher de la résistance des traitants; un système de terreur et de dénonciation fut organisé contre ceux-ci; plusieurs furent ruinés, condamnés au pilori ou même exécutés; d'autres se tuèrent; mais le plus grand nombre trouva le secret d'échapper, en achetant à prix d'argent la protection des roués du régent, celle des femmes influentes et des membres mêmes de la chaiiibre de justice. On avait espéré 220 millions de cette opération qui frappa 4410 individus; elle en rendit 70, dont 15 à peine arrivèrent en numéraire au trésor.
Malgré ces exécutions et quelques utiles mesures, le déficit de 1716 fut encore de 97 millions. Le remède n'était donc point trouvé. Alors se présenta un homme qui {)rétendit le tenir.
ttévolution finaneière de Ii»w (1915-1 9 20). — L'Écossais Jean Law (Lass), fils d'un orfèvre et initié dès le jeune âge aux opérations de banque, de plus fort habitué aux combinaisons de jeu, où il avait fait sa fortune, doué enfin d'une grande puissance d'esprit et de parole, rêva de créer une puissance nouvelle, le crédit, en se fondant sur ce principe qui À'est vrai qu'à moitié : que l'abondance du numé» raire fait la prospérité du commerce et de l'indûsti^^e, d'où il tirait cette conséquence tout à fait fausse qu'il est avantageux
ET RÉGENCE DU DUC d'oRLÉANS (1715-1723). 351
de substituer au numéraire-métal, qui ne peut se créer indéfiniment, le numéraire-papier ou papier-monnaie, qui est susceptible d'une multiplication indéfinie.
Le duc de Noailles s'opposa à ce que Texpérience fût faite d'abord sur les finances de l'État, et Law dut se borner à fonder une banque particulière (mai 1716) au capital de 6 millions, représentés par 1200 actions de 5000 livres chacune payables un quart en espèces et trois quarts en billets d'État. La banque escompta à 6 pour 100 par an, et bientôt même à 4, les effets de commerce qui ne trouvaient preneurs aupar ravant qu'en payant un droit usuraire de 2 et demi par mois, et elle émit des billets qu'elle payait à vue, en espèces invariables de poids et de titre. Dès lors tout le monde y courut et se disputa son papier, qui facilitait singulièrement les transactions commerciales. L'activité reprit dans les affaires, et l'État mit le comble à la réputation de solvabilité de la banque, par l'ordre donné aux comptables royaux de recevoir ses eflets comme argent en payement des droits et impôts (av. 1717). Le 4 décembre 1718 elle fut érigée en banque royale.
Mais déjà Law avait ajouté à la banque une compagnie qui obtint le privilège exclusif du commerce de la vallée du Mississipi. Son premier succès fit croire au second. On se promit des merveilles de l'exploitation de la Louisiane*. La Compagnie d'Occident émit des actions pour une vaste entreprise de culture et de colonisation sur les bords du Mississipi. bes bruits habilement répandus de miiies d*or et d'argent découvertes dans ces parages attirèrent le public par l'espoir de riches bénéfices. Bientôt même la compagnie, absorbant celles du Sénégal et des Indes occidentales, prend le titre général de Compagnie des Indes, et ouvre toutes les parties du globe comme perspective aux spéculateurs. Telles furent les folles espérances placées sur cette entreprise, t[iie des actions de 500 livres furent achetées dix, vingt, trente et quarante fois leur valeur.
Law avait promis au régent que son système éteindrait la dette publique : poul* tenir parole, il établit que les actions
1. Un TÎeax militaire nolnint Lamothe-Cadillac, autrefois employé dans la Louisiane, eut ^imprudence de dire que les merveilles qu'on débitait tot eè pays étaient autant At tàbiti. La nalTeté de be bonhomme pouvait devenir gênante. On t'aésara dt sa dièorétion tn l'envoyant à la Bastille. (Cochot, lato, ton iyttitM «1 ton époque.)
de la compagnie, si vivement recherchées, ne pourraient s'acheter qu'un quart en espèces et trois quarts en billets d'État, c'est-à-dire en créances publiques. Dès lors le billet d'État, qui perdait naguère 70 à 80 pour 100, reprenait faveur par le besoin qu'on en avait pour se procurer des actions, et l'État payait ses dettes avec un papier qu'il pouvait multiplier à son gré sans alarmer le crédit. Cette guerre du papier et du métal une fois engagée, le gouvernement soutint le papier par tous les moyens, et frappa à coups redoublés sur son rival afin de le discréditer : tel fut l'objet des altérations réitérées que l'on fit subir à la monnaie par l'élévation et la diminution alternatives de sa valeur.
Ce fut le moment le plus brillant du système. Les actions montèrent, en octobre 1719, jusqu'à 20 000 francs. La rue Quincampoix, devenue le siège de la banque royale, regorgea d'une foule qui s'y étouffait. Paris, toute la France, les étrangers- mêmes accoururent, altérés de gain. Toutes les classes se livrèrent à un agiotage effréné. Des profits énormes se faisaient en un instant. Tel valet Je matin se trouvait maître le soir. Un de ces parvenus, quand on lui amena son carrosse, par habitude, monta derrière. Un peaussier de Montélimart se retira avec 70 millions, le domestique d'un banquier avec 60, un savoyard avec 40. Un petit bossu gagna 1 50 000 fr. à prêter son dos en guise de pupitre. Le duc de Bourbon et sa mère gagnèrent 60 millions. Cet arrière-petit-fils du grand Condé montrait un jour à un de ses favoris la magnifique opulence .de son portefeuille. € Monseigneur, lui dit le courtisan, ce jour-là bien inspiré, deux actions de votre aïeul valent mieux que toutes celles-là. > Encore disait-il trop d'une. Le régent gagnait aussi, et tant qu'il voulait, mais^pour ses courtisans, car il ne savait rien garder. La moralité publique tomba bien bas sous le coup de ces changements soudains de fortune et de ces gains illégitimes. Un comte de Horn assassina un courtier pour lui voler ses actions.
Cependant la banque atteignait son but : elle prêtait à l'État 1600 millions de papier-monnaie, avec lesquels celuici remboursait ses créanciers, et qui revenaient ensuite à la banque en échange des actions de la compagnie. 11 fallait bien pourtant que la perte se retrouvât quelque part. Elle tomba sur ceux qui ne surent pas, comme les gens avisés de Genève ou de Hollande, sortir à temps du système. En vain
ET RÉGENCE DU DUC d'oRLÉANS (1715-1723). 353
Law Yoalut modérer rémission du papier, il ne le pouvait plus; pour soutenir le mouvement prodigieux des affaires et satisfaire tant d'appétits insatiables, il fallait créer, et créer «ncore des valeurs de papier ; elles dépassèrent trois milliards, alors que le numéraire en France n'allait pas au delà de 700 millions. Cette disproportion préparait une catastrophe. Rien ne tenait que par la confiance du public, et cette confiance ne pouvait longtemps se soutenir. Pour sauver la compagnie^ c'est-à-dire la partie aventureuse du système, Law la réunit à la banque, c'est-à-dire à la partie sérieuse et utile. Ce fut la perte de l'une et de l'autre. Dès la fin de 1719, quelques-uns se refroidissent ; les plus prudents commencent à réaliser et se présentent à la banque pour avoir des espèces. Cet exemple gagne et alarme ; les réalisateurs se multiplient; ils vendent leurs actions aux plus hauts cours, et, avec les billets, achètent de l'or, de l'argent, des diamants, des terres, ou, comme ce duc de la Force, infâme accapareur à qui l'on fit plus tard son procès, des suifs, des graisses, des savons, des épiceries, pour des sommes fabuleuses. Les actions cessent de monter, oscillent, puis baissent rapidement. Tout le monde prévoit le désastre et demande de l'argent. Law, devenu contrôleur général, lutte en désespéré contre les réalisateurs ; les payements en espèces sont interdits ; ils ne sont permis désormais que pour les petites transactions et comme appoints ; défense d'avoir chez soi de l'or ou de l'argent ; poursuites, visites domiciliaires, dénonciations : un fils dénonça son père. On avait créé des billets de dix livres pour mieux soutenir la concurrence contre le métal ; on ouvrit des bureaux de change pour ces seuls billets, qui étaient surtout dans les mains du peuple ; il y eut une telle presse que trois personnes périrent étouffées, et la foule irritée porta les trois cadavres sous les fenêtres du régent. Law faillit être mis en pièces. Alors, par un revirement soudain, l'État, qui naguère proscrivait le métal, déclara qu'il ne recevrait plus de payements en papier : c'était déclarer la mort du système. Law s'échappa de France, poursuivi par les malédictions publiques; il y était venu avec 1 600 000 francs : il n'emporta que quelques louis (décembre 1720). Restait à liquider. Les frères Pâris-Duverney conduisirent l'opération par laquelle l'État se reconnut débiteur de 1 milliard 700 millions au profit des créanciers de la compagnie. La dette publique se trouva augmentée de près
de 13 millioDS de rentes annuelles. Mais Textinction d^un grand nombre d'offices et le rachat de plusieurs branches de revenus aliénés compensaient cette augmentation. L'Étal restait dans une position financière à peu près semblable à celle où Law Tavait trouvé.
Ébranlement des mœurs et des idées. — Telle esl rhistoire de ce fameux système. Il montra la puissance du crédit ; il donna à l'industrie, au commerce maritime, une énergique impulsion ; il délivra l'agriculture de l'impôt du dixième sur les biens-fonds et de l'arriéré dû sur les tailles, le pays d'une foule d'immunités onéreuses *. Enfin, s'il fit des ruines douloureuses, comme celle de la veuve de Racine, dont le patrimoine, gagné par des vers immortels, passa à quelques habiles de la rue Quincampoix, il améliora la fortune publique par une réduction de 20 millions sur l'impôf, et par une répartition plus favorable- pour les classes inférieures. Mais, en bouleversant les conditions et les fortunes, il accéléra aussi l'ébranlement déjà commencé des mœurs et des idées. Cette cour, d'aspect solennel et grave autour de Louis XIV, s'était dispersée. Elle ne pouvait renaître sous un roi mineur qui n'avait pas la distribution des grâces, avec un régent qui voulait bien prendre quelques instants sur ses plaisirs pour les donner aux affaires, mais qui n'entendait pas en sacrifier un seul à l'étiquette et à la représentation. A son exemple, chacun rejetait toute retenue, toute gêne, dans les grandes comme dans les petites choses. On le vit jusque dans la mode. Le sévère et le majestueux furent bannis pour le piquant et le joli. Le pinceau froidement noble de Lebrun ne déroula plus sur les murailles des palais d'immenses scènes héroïques; mais Boucher égaya les trumeaux d'élégants boudoirs par de riantes et fades bergeries, baignées de rose et de bleu de ciel.
Si les arts déclinent, les mœurs s'en vont ; et le cynisme de la conduite, comme celui de la pensée, s'affiche tout haut. Le régent lui-même en donne l'exemple. Il se permet tout ; il n'interdit rien et brise lui-même les vieilles idoles : « Qu'importe à l'État, dit-il, que ce soit moi ou mon laquais qui soit
1. Law avait repris l'idée de Vauban, l'unité d'impôts; il fit supprimer un grand nombre de charges inutiles. L'arrêté des 15 et 19 septembre 1719,
Kur la suppression des offices créés sur les ) orts, halles, quais, etc., fit isser de 3 à 4 pour 100 le prix des bois, charbons, grains, viandes, boissons, etc. On lui doit aussi rétablissement de l'instruction gratuite dans l'Université de Paris, arrêt du conseil du 15 mars 1720.
en carrosse?» Jamais il nes'élaiivu telle légèreté de mœurs ni telle licence d'esprit que dans ces réunions folles des roués du duc d'Orléans. Il n'y avait guère qu'un salon en France, celui du roi ; mille maintenant sont ouverts à une société qui, n'ayant plus pour occuper sa vie les préoccupations religieuses, car Bossuet et Fénelon sont morts, ni la guerre puisqu'on parle de paix perpétuelle, ni les graves futilités de l'étiquette, puisque Versailles est désert, demande du mouvement et du plaisir à ceux qui donnent tout cela, aux beaux esprits, aux gens de lettres, en laissant les coudées franches, même aux plus aventureux.
VŒdipe de Voltaire et les Lettres persanes de Montes* quieu, qui commencent le feu contre l'ancien régime, sont l'un de 1718, les autres de 1721, et il y avait trente-six ans à peine que la Bruyère se plaignait que, né chrétien et Français, les grands sujets lui fussent interdits.
Peste de Marseille (1920). — Durant ces saturnales de la cour, un terrible fléau avait désolé la Provence, où la peste enleva 85 000 personnes. L'admirable dévouement, à Marseille, de l'évèque Belzunce, du chevalier Roze et de plusieurs échevins, qui prodiguèrent mille fois leur vie pour sauver celle de leurs concitoyens, consola la France épouvantée de cette calamité. Et comme le dévouement aussi est contagieux, les fermiers généraux donnèrent trois millions pour nourrir cette malheureuse province durant la disette qui succéda à l'épidémie. Le père de Vauvenargues était alors premier consul d*Aix; il resta à son poste, s'y conduisit bien et eut en récompense sa seigneurie érigée en marquisat. Voilà un marquis qui fait passer sur bien d'autres.
Mort de DnboU et du duc d*Orléaiis (J923). — Le 13 février 1723, Louis XV fut déclaré majeur; il avaittreize ans accomplis. Cette déclaration mettait un terme à la régence du duc d'Orléans. Mais le roi devait rester longtemps encore en tutelle; le duc, pour conserver le pouvoir après la régence, avait auparavant donné à Dubois le titre de premier ministre, qu'il prit pour luimême à la mort de ce triste personnage, et qu'il ne garda que quatre mois. Il mourut le 2 décembre 1723, d'une attaque d'apoplexie que tout le monde et lui-môme voyaient venir, qu'il pouvait mais qu'il ne voulut pas retarder, en changeant les habitudes meurtrières d'une vie de débau*
RÈ'^NE DE lOUIS XV DE 1723 A 1774. 367
ches*. La France avait été huit années entre ses mains; ce temps avait suffi pour que la révolution morale préparée par les dernières années de Louis XIV éclatât. Il eût fallu, pour en conjurer les conséquences politiques et sociales, un grand règne, et le prince qui va régner donnera l'exemple de tous les scandales, développera tous les abus et humiliera la France devant l'étranger.