CHAPITRE LIX
l'assemblée constituante (1789-1791)*.
IVéccssité d'une constitation. — L^ancien axiome du droit public de la France était que le tiers payait de ses biens, la noblesse de son sang, le clergé de ses prières. Or le clergé de cour et de salon ne priait guère, la noblesse ne formait plus seule Tarmée royale; mais le tiers était resté fidèle à ses fonctions dans l'État ; il payait toujours, et chaque année davantage. Puisque sa bourse était le trésor commun, il était inévitable que plus la monarchie deviendrait dépensière, plus elle se mettrait dans sa dépendance, et qu'un moment arriverait où, lassé de payer, il demanderait des comptes. Ce jour-là s'appelle la révolution de 1789.
Dans une brochure célèbre, l'abbé Siéyès, examinant les questions que tout le monde se faisait alors, disait : « Qu'estrce que le tiers état?— La nation.— Qu'est-il?— Rien*.— Que
1. PriDcipaax ouvrages à consulter : le Moniteur universel; Hintoire narlementatre de la Révolution /rançawe, par Bûchez et Roux ; les histoires de la Révolution de MM. Thiers, de Baranle, Mignet, etc.; pour les guerres, l'«w<o«re m«7««a»rc de to France, de P. Giguet.
2. Siéyès disait : * Dans la province où il y a le plus de nobles, en Bretagne, on compte isoo familles nobles. Prenons 2000, et estimant chaque famille à 5 personnes, nous aurons lO 000 nobles de tout âge et de tout sexe. La population totale est de 2 300 000 individus ou 1/1 1 de la population de la France entière. Il s'agit donc de multiplier 10 000 par 11, et on aura 130 000 tètes nobles au plus pour la totalité du royaume. » l^voisier ne porUit ce chiffre qu'à 83 000, ce qui donne environ 20000 chefs de famille. Quant au nombre des ecclésiastiques, l'abbô Maury, dans la diftcnssion Anr l»a biens du clergé, le portait à 150 000.