Le louis dW coûtait, le l*' décei
U !•' janvier suivant, 45uo ; le l**' mars, uw.
Palais du Luxembourg.
530 LE DIEŒCTOIRB
de Farmée de rintérieur, qu'il échangea bientôt après contre celui de l'armée d'Italie.
IVapoléon Bonaparte. — Napoléon Bonaparte était né à Ajaccio, le 15 août 1769, de Charles Bonaparte, noble de Corse, dont la famille était originaire dltalie, et de Letizia Ramolino*. Son père, juge à Ajaccio et député de la noblesse de Corse en 1779, mourut en 1785; sa mère est morte à Rome en 1839. Ils avaient eu huit enfants ; Napoléon était le second*. Admis k l'École militaire de Brienneen 1779, il passa, cinq ans après, à l'École militaire de Paris, sur la recommandation de ses professeurs, dont un, son maître d'histoire, avait donné sur lui cette note : « Il ira loin si les circonstances le favorisent. » Il obtint l'année suivante, un grade de lieutenant dans le régiment d'artillerie de la Fère. Sa première garnison fut Grenoble, puis Valence. Il se montra d'abord très-partisan de la révolution, et quand Paoli voulut donner la Corse aux Anglais en 1793, le jeune Bonaparte fit partie de l'expédition dirigée contre ce vieil ami de sa faucille. Elle ne réussit pas ; obligé de fuir avec tous les siens, il se réfugia à Marseille où sa mère et ses sœurs vécurent dans une gêne extrême. A l'époque du mouvement fédéraliste de Marseille, qu'il combattit, il fut fait capitaine. Quand l'armée de la Convention attaqua Toulon, livré à la flotte anglo-espagnole, les représentants du peuple le firent chef de bataillon et le chargèrent de diriger Tartillerie du siège. Son général, Cartaux, très-brave, mais très-incapable, ne lui demandait que de faire une brèche où il pût passer avec ses grenadiers. Bonaparte soutint qu'il ne fallait pas s'occuper de la place, mais des vaisseaux ; qu'en menaçant ceux-ci de leur couper la retraite, on les obligerait
1. Les Bonaparte de Pérouse s'éteignirent et 1397; ceux de Saa-Miniato à la fin du seizième siècle. On eux trouve aussi à Florence. La branche de Corse résidait primitivement à, Sarsana, dans le territoire de Gènes, et
f>assa en 1610 en Corsée où elle resta obscure jusqu'à Napoléon. Voyez, dans e Mémorial de Sainte-Hélène, au mardi 15 août 1815, le gai récit de Napoléon sur les généalogies qu'on lui fit après son couronnement, et sur les instances d'un vieux parent, abbé de San-Miniato, au sujet d'un P. Bona* venture Buonaparte, capucin de Bologne, et depuis longtemps béatifié, mais que l'on n'avait pu faire canoniser à cause des frais énonaoes que cela eut coûtés, c Le pape ne vous le refusera pas, disait le bon abbé, si vous le lai demandez ; et s'il faut payer, aujourd'hui ce doit être peu de chose pour vous. » Napoléon signa Buonaparte jusqu'au jour où il prit le commandement de l'armée d'Italie.
2. Cinq fils : Joseph, Napoléon, Lucien, Louis, Jérôme ; et trois fiUes : Élisa, Pauline, Carohne.
à fuir. Il montra au général et aux représentants un point, à l'extrémité méridionale de la rade, d'où Ton pouvait foudroyer la flotte, t C'est là qu'est Toulon, » dit-il. Dugommier avait remplacé Cartaux. Il comprit le plan de Bonaparte et l'approuva. Le fort de TÉguillette fut ^enlevé, et les Anglais se hâtèrent d'abandonner Toulon, qu'ils n'avaient pas su sauver, et qu'ils incendièrent. Bonaparte, nommé en récompense général de brigade, alla commander l'artillerie de l'aimée d'Italie. La journée du 9 thermidor arrêta sa fortune. Il fut mis en disponibilité ; le 13 vendémiaire l'en fit sortir avec éclat. Garnot lui donna le commandement de l'armée des Alpes, avec laquelle Schérer, ou plutôt Masséna, avait gagné la glorieuse mais stérile victoire de Loano (23 et 2^ novembre 1795). Il n'avait pas vingt-sept ans.
CampagpHe de Bonaparte en Italie (1 906-1 909). — Le plan de Garnot, pour la campagne de 1796, était hardi et savant. Deux généraux déjà célèbres, Jourdan et Moreau, ayant chacun de 70 à 80 000 honmies, devaient pénétrer en Allemagne, le premier, par la vallée du Mein ; le second, par celle du Necker, pour atteindre le bassin du Danube, et descendre de là sur les États héréditaires, que les 38 000 hommes de Bonaparte menaceraient par l'Italie. Ainsi, Moreau, au centre, Jourdan et Bonaparte aux deux ailes, allaient opérer un mouvement en avant, faire vivre nos armées en pays ennemi, et converger, s'il était possible, sur la route de Vienne. Mais nos trois armées étaient séparées ; Bonaparte de Moreau, par le massif des Alpes italiennes ; Moreau de Jourdan, par les Alpes de la Franconie. Ce plan très-heureux en cas de succès, pouvait avoir de fâcheuses conséquences en cas de revers.
Quand Bonaparte arriva à l'armée des Alpes, les généraux Masséna, Augereau, Serrurier, Labarpe, Berthier, déjà illus- ; très par d'importants services, accueillirent mal le nouveau venu. Il les réunit, leur dévoila ses plans, et, en sortant du conseil, Masséna dit à Augereau : « Nous avons trouvé notre maître, j Aux soldats, Bonaparte jeta une de ces magnifiques proclamations qui électrisaient les âmes : « Soldats, dit-il, VOUS êtes mal nourris et presque nus ; le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous ; votre patience, votre courage, vous honorent, mais ne vous procurent ni gloire ni avantage; je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde ; vous y trouverez de grandes villes,
de riches provinces; vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats dltalie, manqueriez-vous de courage ? »
L'armée était cantonnée sur le revers méridional des Alpes et de PApennin, où elle luttait péniblement depuis quatre années contre les troupes sardes et autrichiennes. Les premiers se trouvaient à Céva; les seconds, plus à Test, étaient à cheval sur TApennin, dans la vallée de la Bormida et la rivière de Gênes, vers Voltri. Beaulieu les commandait et parlait d'aller vite en besogne. Il voulait, disait-il au roi de Sardaigne, ne se débotter qu'à Lyon. Bonaparte avait 38000 hommes contre 60 000. Il se résout pourtant à prendre l'offensive, et il la fait très-hardie pbur qu'elle rapporte davantage. Au lieu d'user ses forces au milieu de rodiers stériles, où il n'y avait pas de grands coups à frapper, il reprend, en la développant, la manœuvre qui avait fait tomber le camp de Saorgio en 1794, et qui, suivie par Massénaen 1795, avait encore valu à Schérer la victoire de Loano. Il tourne les Alpes pour franchir les montagnes au point le plus bas de la chaîne, vers les sources de la Bormida, au col de Montenotte, tandis que Beaulieu l'attend sur le bord de la mer, du côté de Voltri, et il se place, par cet habile mouvement, en face du point le plus faible des Austro-Piémon tais. Il perce leur centre à Montenotte (11 et 12 avril), s'établit entre eux, et, pour les mieux séparer, les bat successivement ; les Piémontais dans les gorges de Millesimo (13 et U), les Autrichiens à Dego (14 et 15). Il est maître alors de la route de Turin, sur laquelle les Piémontais reculent, et de celle de Milan par où les Autrichiens se retirent. Mais il ne s'arrête point : il pousse l'armée sarde Tépée dans les reins, l'écrase à Mondovi (22), et l'oblige à poser les armes par l'armistice de Cherasco, qu'il signe à dix lieues de Turin (28 avril) et qui, changé le 3 juin en un traité de paix, donne à la France la Savoie avec les comtés de Nice et de Tende, et ouvre à Bonaparte les trois places fortes de Coni, Tortone et Alexandrie, sur lesquelles il s'appuiera pour la marche offensive qu'il médite.
Délivré d'un ennemi, il se retourne contre l'autre. En vain Beaulieu, effrayé de ces coups rapides, se replie en toute h&te ; Bonaparte le suit, l'atteint. Les Autrichiens s'étaient un moment arrêtés pour reprendre haleine au confluent du Tessin et du Pô, et s'y couvraient de retranchements ; il passe le Pô derrière eux, à Plaisance (9 mai), y bat une de leurs
divisions, et remontant TÂdda jusqu^à Lodi, y trouve les Autrichiens réfugiés sur la rive gauche de ce fleuve, dans une position formidable. Trente pièces de canon couvrent de mitraille le pont de Lodi, long de cent toises; 12000 hommes en gardent le débouché. Bonaparte forme, à Tabri des maisons de la ville, une colonne de 6000 grenadiers et la lance sur le pont avec Masséna. Ils le franchissent au pas de course, tuent les canonniers sur leurs pièces et culbutent Pinfanterie qui accourait pour défendre ses canons (11 mai). L'Oglio fut franchi sans combat. Mais Beaulieu, appuyé à droite sur PescMera, à gauche sur Mantoue, essaye encore de garder la ligne du Mincio. Bonaparte le trompe sur le vrai point d'attaque, force le passage à B<»*ghetto (30 mai) et rejette enfin dans le Tyrol cette armée qui naguère menaçait nos frontières..
En même temps qu*il combat, il négocie. Il accorde un armistice au duc de Parme moyennant 2 millions, des munitions et 20 tableaux. Mêmes conditions avec le duc de Modène. Le pape promet 21 millions, 100 tableaux, 500 manuscrits. Sur la Lombardie, il lève une contribution de guerre de 20 millions, en envoie dix au Directoire qui n'avait pu lui remettre que 2000 louis pour entrer en campagne ; un à Moreau pour Taider à achever ses préparatifs sur le Rhin. Il nourrit son armée, son gouvernement, ses collègues.
Il avait atteint TAdige, où il occupe la ville vénitienne de Vérone, pour punir Venise d'avoir violé sa neutralité en laissant entrer les 'Autrichiens dans Peschiera. Il s'arrête derrière cette excellente ligne de défense, qui, courant des montagnes à la mer, couvre la Lombardie ; et il assiège Mantoue, une des plus fortes places de l'Europe (3 juin).
Cependant à Beaulieu succède Wurmser, le meilleur général de l'Autriche ; à la première armée une seconde plus nombreuse et plus aguerrie. Wurmser a 60000 hommes contre 30000, mais il partage ses forces. Quasdanowich descend par la route de Trente, à droite du lac de Garde, et Wurmser arrive de l'autre côté par les deux rives de l'Adige. Bonaparte comprend qu'il peut battre l'une après l'autre ces deux armées, imprudemment divisées. Il lève le siège de Mantoue pour avoir toutes ses forces réunies, se concenti*e derrière le Mincio, et, en portant successivement toutes ses forces de sa droite à sa gauche et de sa gauche à sa droite, il arrête Quasdanowich à Salo ; il l'accable à Lonato (3^ août), et
Wurmser à Gastiglione (5). Le yieu% maréchal, menacé d'être coupé de la route du Tyrol, n'a que le temps de s'y jeter. Il y reçoit des renforts qui lui refont une armée de 50000 hommes et il commence une seconde campagne. Pendant qu'il descend par la yallée de la Brenta, Bonaparte, qui veut le prévenir, remonte la vallée de l'Adige, culbute à Roveredo les Autrichiens laissés à Ja garde du Tyrol (4 septembre), et, arrivé à TVente, apprend la marche offensive de Wurmser. Au lieu de rebrousser chemin pour venir l'attendre derrière sa ligne de l'Adige, il tourne à droite, se jette lui-môme dans la vallée de la Brenta, à la suite de WurmsOT, Tatp teint, le bat à Bassano (8), l'enveloppe entre son armée et le fleuve, et allait le prendre, si un pont oublié n^avait donné au vieux maréchal le moyen d'éviter la honte d'une capitulation, en lui permettant de se faire jour jusqu'à Mantoue. La bataille de Saint-Georges l'y enferma (15)« . Trois armées avaient déjà disparu ; une quatrième arrive. L'Autriche, délivrée d'inquiétudes sur le Danube par une défaite de Jourdan et la retraite de Moreau (voy. p. 530), reporte de grandes forces sur l'Italie ; Alvinzi réunit encore 60 000 hommes. L'armée d'Italie semblait perdue : toute la péninsule derrière elle était soulevée, et, cette fois, l'ennemi n'avançait qu'avec prudence. 40 000 hommes vinrent occuper, en face de Vérone, la forte position du Caldiero; 20000 autres, avec Davidovich, descendaient par Rivoli pour se joindre aux premiers sous Vérone. Bonaparte fait un effort désespéré contre Caldiero ; il est repoussé. Alors il rentre dans Vérone; il prend la route de Milan, c'est la route de France, la route de la retraite. Bonaparte abandonne donc la partie, voilà ce que se disent les habitants et les soldats. Mais tout à coup il tourne à gauche, longe l'Adige, descend jusqu'à Ronco, y passe le fleuve et s'établit au milieu de marais que coupent d'étroites chaussées. Les soldats battent des mains; ils ont compris le plan de leur général : il a tourné par la droite la position du Caldiero -qu'il avait vainement abordée de front, fait tomber les formidables défenses de l'ennemi, enfin trouvé un champ de bataille où la supériorité du nombre est inutile. Pendant trois jours on se bat sur ces chaussées étroites (15-17 nov.]. Augereau, Masséna sont à la tète des colonnes : Bonaparte s'ékmce lui-mêmei, un drapeau à la main, sur le pont d'Arcole, que ses grenadiers hésitent à franchir sous le feu de la mitraille. Il est repoussé, précipité
dans le marais ; il va être pris ; mais ses soldats viennent à temps pour le dégager. Tout en gardant le terrain conquis dans la journée, chaque soir il replie le gros de ses forces derrière TAdige, pour être prêt à courir contre Davidovich, s'il débouche des montagnes. Le troisième jour enfin, il s'engage à fond, et'Alvinzi se met en retraite, laissant derrière lui 10 000 morts et 6000 prisonniers. L'armée française rentra à Vérone par la porte de Vicence, opposée à celle par où elle était sortie (15, 16, 17 nov.).
Six semaines après (janvier 1797), Alvinzi, renforcé, reparaît encore avec 60 000 hommes. Cette fois, Tattaque prindpale des Autrichiens a lieu par les montagnes qui bordent le haut Adige, et Tattaque secondaire par le bas du fleuve Bonaparte découvre le seul point où les colonnes de Tarméc principale, circulant avec lenteur et difficulté dans un pays de montagnes, peuvent se réunir : c'est le plateau de Rivoli. Une longue colonne d'infanterie, sans chevaux ni canons, y arrive par les sentiers ; la cavalerie, l'artillerie et les bagages s'en approchent par le grand chemin. Bonaparte veut empêcher à tout prix la jonction de ces deux corps incomplets, l'un et l'autre, qui, réunis, composeraient une armée formidable. Il n'a que 16000 hommes contre ^0000; mais en s'établissant au point de jonction des Autrichiens, il les empêche d'agir avec ensemble : au moment où ils débouchent, il lance sur eux Joubert, puis Masséna. Les deux colonnes, foudroyées, reculent dans une inexprimable confusion. Bonaparte va les poursuivre et les achever ; h ce moment il apprend que Provera, avec 20000 hommes, a passé l'Adige, et cherche à dégager Wurmser. Il laisse Joubert pousser l'épée dans les Teins et rejeter dans le Tyrol l'armée à demi détruite d'Alvinzi, et court à Provera avec la division Masséna, qui s'était battue le 13 devant Vérone, qui avait marché toute cette nuit-là au secours de Joubert, venait de se battre toute la journée du 14 à Rivoli, et allait marcher toute la nuit et la journée du 15 pour se battre encore le 16 devant Mantoue. Les soldats les plus vantés n'avaient jamais rien accompli de pareil.
Provera,cerné,battuàSaînt-Georges(15),àlaFavorite (16), fût contraint de mettre bas les armes. Wurmser, réduit aux dernières extrémités, sa garnison ayant mangé jusqu'à son dernier cheval, livra Mantoue (2 février). « Ainsi, en dix mois, outre l'armée piémontaise, trois armées formidables, trois
fois renforcées, avaient été détruites par une armée qui, forte de trente et quelques mille hommes à l'entrée de la campagne, n'en avait guère reçu que vingt pour réparer ses pertes. Ainsi, 55 000 Français avaient battu plus de 200000 Autrichiens, en avaient pris plus de 80 000, tué ou blessé plus de 20 000 ; ils avaient livré douze batailles rangées, plus de soixante combats, passé plusieurs fleuves, en bravant les flots et les feux ennemis. » La guerre, ainsi faite et pour une grande cause, devient un magniflque spectacle.
Pendant la lutte contre Wurmser, la régence de Modène avait montré sa sympathie pour les Autrichiens, et, à l'approche d'Alvinzi, lea troupes pontificales s'étaient mises en mouvement. Bonaparte, même avant Arcole, prononça la déchéance du duc, dont les États furent érigés en république Gispadane, et, après Rivoli, marcha sur Rome. Pie VI, tremblant, signa la paix de Tolentino ; elle lui coûta 30 millions, la Romagne (Ravenne, Rimini, etc.), qui fut réunie, avec les légations de Ferrare et de Bologne, à la république Gispadane, et Ancône qui fut occupée jusqu'à la paix par une garnison française (10 février 1797). Au mois d'octobre précédent, une expédition qu'il avait fait partir de Livoume avait chassé les Anglais de la Gorse.
Retraite de Horeaa (octobre 19 OO). — Les armées d'Allemagne n'avaient été ni si habilement conduites ni si heureuses. Jourdan et Moreau refoulèrent bien d'abord les Autrichiens devant eux : Moreau les battit même à Rastadt (5 juillet), à Ettlingen (le 9), ce qui lui livra les passages des montagnes ; mais Carnot, au lieu de prescrire aux deux généraux de réunir leurs 120000 hommes dans la vallée du Danube, les faisait agir séparément, et les éloignait encore l'un de l'autre en leur commandant de déborder les ailes de l'ennemi. L'archiduc Charles, au contrairej^ se concentra entre Ulm et Ratisbonne, puis essaya de faire reculer Moreau en l'attaquant à Neresheim (10 aoûtj. Repoussé, il eut la pensée hardie de se dérober à Moreau, avec une partie de ses forces, pour se jeter de la vallée du Danube dans celle du Mein, s'y réunir à Wartensleben, qui reculait devant Jourdan, et accabler celui-ci, qui fut, en efi'et, arrêté à Neumark, à Amberg, vaincu à Wurtzbourg (3 septembre), et rejeté jusque derrière la Lahn (10 septembre)'. G'était la même manœuvre qui ve«
1. Cett dani cette retraite de Jourdan qa'aa jeune et brUlant général
naii de si bien réussir à Bonaparte au début de la campagne d^Italie. Elle eut le même succès, mais non les mêmes consé-
Le val d'Enfcrt
quences, car Moreau n^étaitpas Beaulieu, etParcbiduc n^était pas Bonaparte. 11 perdit un temps précieux %u lieu de reve-
de 27 ans, Marceao, qui donnait les plus belles espérances, fut tué au eombat d'Altenkirchen. A 24 ans, il était déjà géiféral en chef de l'armée de rOuest et vainquit les Vendéens au Mans [18 décembre 1793). U avaii contribué pour boanooap an gain de la bataille de Flearus.
«538 LE DIAEGTOIRB
nir sur notre secoiïde armée qui était déjà au milieu de la Bavière ; Moreau recula lentement, s'arrêtant chaque fois qu'il était trop pressé, pour infliger quelque leçon sévère aux Autrichiens qui le suivaient (victoire de Biberach, 2 octobre), traversa la Forêt Noire par le val d'Enfer * , et, sans avoir laissé derrière lui ni un caisson ni un homme, dans cette glorieuse retraite de vingt-six jours, il rentra en Alsace, quand et comment il voulut, par Brisach et Huningue,le 18 octobre.
Dernières vietoires de Bonaparte en Italie; préliminaires de l4eoben (1997). — Heureusement, les merveilleuses victoires de Tannée d'Italie compensaient ce revers. Cette armée n'avait pas encore rempli toute sa tâche ; l'archiduc Charles, le vainqueur de Jourdan, arrivait à son tour avec une quatrième armée qui borda les Alpes Garniques et Juliennes, depuis le haut Adige jusqu'à l'embouchure du Tagliamento. Bonaparte le prévint; il se proposa de couper ce demi-cercle sur trois points. A gauche, il dirigea Joubert, par le Tyrol, sur le Brenner; au centre^ il fit marcher Masséna sur le col de Tarv^âs, où passe la grande route de Vérone à Vienne, et lui-môme se porta contre l'archiduc, qui gardait derrière le Tagliamento les approches de Trieste. Le passage du fleuve fut forcé le 16 mars; le 19, un combat furieux donna à Masséna le col de Tarwis, et Joubert, à la suite de plusieurs coups de vigueur sur le haut Adige, toucha au Brenner. Toute la chaîne des Alpes était conquise. Nous n'avions plus qu'à descendre leur revers septentrional. Tandis que Joubert se jette dans le Putersthal pour tendre la main à Masséna, Bonaparte arrive le 31 mars à Klagenfurt, sur la Drave. L'archiduc veut l'empêcher de pénétrer dans le bassin de la Milhr; mais Bonaparte force la gorge de Newmark (le' avril) ; il entre, le 7, à Leoben et pousse son avantgarde sur la cime du Sœramering, d'où l'on peut apercevoir, à 25 lieues dans le nord, les collines de Vienne.
A ce moment. Hoche et Moreau entraient en opérations. Le premier, à la tête de l'armée de Sambre-et-Meuse, passa le Rhin en face de l'ennemi ; en quatre jours il fit 35 lieues, gagna trois batailles (Neuwied 17 avril, Ukerath, Altenkirchen), et livra cinq combats. Il allait envelopper l'armée
1. Cette vallée, longue de 2 lieues, commence à 3 ou 4 lieues de Fiibourg par le Bimmelreich ou royaume du ciel, et, malgré f oa nom de BoUm^ thalj val d'enfer, n'est vraiment difficile, même pour une armée, que sur on seul point.
ff^cArHf r/ ^f*
autrichienne de Kray, quand la nouvelle de Parmistice imposé par BoQaparle à Tarchid'ic Charles arrêta sa marche triomphante. Desaix, lieutenant de Moreau, franchit le fleuve aussi heureusement et replia l'ennemi dans les montagnes Noires. Si Bonaparte avait connu ces succès, il se serait . refusé à toute négociation; mais la cour do Vienne, épouvantée, se hâta de signer les préliminaires de Lebben (18 avril) sur cette base que la France aurait la Belgique, et rAutriche une indemnité dans les provinces de terre ferme de Venise, comme dédommagement de la perte du Milanais.
Venise avait profité de Pabsence de Bonaparte pour massacrer nos malades, nos blessés et essayer de faire sur nos derrières une Vendée italienne; elle expia la lâcheté de son sénat 4000 hommes pénétrèrent dans cette ville, et y établirent une république provisoire. Le sénat de Gênes fut renversé comme celui de Venise, pour des outrages à la France \ mais la république ligurienne garda sa liberté avec notre alliance. L'Angleterre, consternée des échecs multipliés de son alliée, offrit elle-même de négocier, et des conférences pour la paix s'ouvrirent à Lille.
Anarchie intérieore. — Tandis qu'au dehors la république était victorieuse, au dedans la situation empirait ^sous un gouvernement divisé, par conséquent mal obéi, qui était incapable de maîtriser les éléments contraires. Au commencement, il s'était pourtant trouvé assez fort pour déjouer deux-tentatives des partis extrêmes. La première, préparée dans la Vendée par Charette, avec l'appui de l'Angleterre, avait échoué, grâce à l'activité du général Hoche. Charette et Stofflet, livrés aux républicains, avaient été fusillés (février et mars 1796;. La seconde, celle de Babœuf qui propo^ sait le partage égal des terres et des fortunes entre tous les citoyens, avait eu à peine un commencement d'exécution (mai 1796) ; elle se termina par le supplice des deux principaux chefs du complot, mais nous a légué les folies sanglantes des communistes. Une conspiration des Jacobins pour enlever de nuit le camp de Grenelle fut aussi infructueuse (9 septembre 1796).
Le Directoire avait donc eu raison des partis violents ; mais il sWaissait sur lui-même et le désordre était partout. Les mandats territoriaux, qui avaient remplacé les assignats (mars 1796), étaient tombés dans le même dis^
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crédit. La orise financière, devenue effrayante, jetait le gouTemement dans une voie d'expédients funestes, et Ton imputait des malversations au Directoire tout entier, bien que Barras en fût seul coupable. Le pays allait, comme son gouvernement, à Taventure. Un immense besoin de jouir avait saisi cette société à peine échappée de la Terreur. On se précipitait avec fureur dans le plaisir; on courait au gain par toutes les voies ; la dissolution des mœurs était effirénée comme Tagiotage, et la police ne se faisant plus, les bandes de brigands pullulaient. Les compagnons de JékUy les enfanU du Soleil désolaient le Midi; les chauffeurs épouvantaient r Ouest. Il semblait que PËtat allait tomber en dissolution.
Proi^rèfl des royaliste». — Les royalistes crurent qu'il serait facile de jeter à terre ce gouvernement chancelant. Les émigrés rentraient on foule. Us inquiétaient déjà les acquéreurs des biens nationaux et, dans la Société de Clichy, poussaient ouvertement à une contre-révolution. Enhardis par leurs succès dans les élections de Tan V pour le renouvellement des Conseils, ils portèrent à la présidence des Cinq- Cents 1^ général Pichegru, à celle des Anciens Baii)é- Marbois, et remplacèrent Letoumeur, membre sortant du Directoire, par Barthélémy, un de leurs partisans. Une restauration monarchique au profit des Bourbons semblait imminente. Le prétendant Louis XVIII, frère de Louis XVI *,8e croyait sur le point d'être rappelé et faisait déjà ses conditions. Mais il fallait d'autres malheurs pour décider si vite le pays à relever ce qu'il avait naguère abattu. Les armées surtout étaient républicaines et, des bords de TAdige, Bonaparte promettait son concours contre les royalistes.
Ainsi l'idée du respect de la loi et des réformes pacifiques était si bien perdue, que partout on voulait recourir à la force. Les membres de la majorité, dans les deux conseils, conspiraient le renversement de la constitution en vertu de laquelle ils existaient, et le Directoire allait la défendre en la violant. Au coup d'Etat parlementaire qui se préparait, il répondit par un coup d'État du gouvernement et de l'armée*
lie 18 fructidor •■ V (4 sept. 1909). — Dans la nuit
1. Le fils da Louis XVI, que les émigrés avaient nommé Loois XVn, était mort an Temple, do misère et des mauvais traitements de son ignoble gardien, en 1795.
du 18 fiuctidor, Augereau introduisit dans Paris 12 000 hommes, qui cernèrent le lieu des séances des Conseils. Les deux minorités, sur Tinvitation du Directoire, se déclarèrent en permanence, annulèrent les mandats de leurs collègues» dont les sièges restèrent vacants, rétablirent toutes les lois révolutionnaires abrogées depuis peu, et condamnèrent à la déportation cinquante-trois députés, dont Pichegru, Barbé-Marbois, Boissy d'Anglas, Portails et Camille Jordan ; en outre deux directeurs : Carnot, qui ne voulait pas qu'on recourût à la violence contre les royalistes, et Barthélémy, qui les favorisait. On remplaça les directeurs
Tombeau de Hoche '.
proscrits par Merlin de Douai et François de Neufchâteau. Un grand nombre de royalistes furent ajoutés à la liste de déportation et conduits, les uns à Cayenne, les autres à Oléron.
Mort de Hoche (if 07). — Moreau possédait depuis plusieurs mois les preuves de la trahison de Pichegru, il les envoya en ce moment ; le retard qu'il avait mis à cette révélation
1. Ce cénotaphe est placé au-dessus du village de Weissenthurm près d'Andernach. Il porte cette inscription : • L'armée de Sambreet-Meuse à son général en cher Hoche, i
la rendit lui-même 8iiM>^ et on le destitua; les deux armées du Rhin furent confiées à Hoche qu^on regardait comme un autre Bonaparte, et en qui les r^uhiicains espéraient. Pea de jours après avoir reçu ce grand commandement, il mourrait, laissant à vingt-neuf ans, une des plus grandes et des plus pures renommées de la révolution.
Vraité de Campo-Formio (I909). — Le Directoire raffermi se proposait de continuer la gueire et rompit les irëgociations entamées avec TAnglet^re. Mais Bonaparte voulait la paix, pour qu'à la gloire éclatante du général s'ajoutât celle du pacificateur. Malgré le gouvernement, qui refusait justement d'abandonner les Vénitiens à TAutriche, il signa le traité de Gampo-Formio, le plus glorieux que la France ait jamais conclu (17 octobre 1797). L'Empereur cédait la Belgique, reconnaissait à la France la possession de la rive gauche du Rhin et des îles Ioniennes; il acceptait l'établissement de la république cisalpine (Milan, Modène, Bologne); en dédommagement, on lui donnait, outre Venise, que rAuiriche a perdue, l'Istrie, le Frioui et la Dalmatie, qu'elle garde encore, tandis qu'il ne nous est rien resté de ce qui nous fut alors abandonné.
Bonaparte avait bien calculé ; son nom grandit par cette paix plus qu'il n'eût fait par de nouvelles victoires. On le nomma général de l'armée d'Angleterre et plénipotentiaire au congrès de Rastadt. Après avoir réglé les affaires d'Italie, il se rendit dans cette ville; mais, impatienté des lenteurs de la diplomatie allemande, il vint à Paris, où le gouvernement et la population lui firent une réception triomphale. L'armée d'Italie fut associée aux honneurs qu'on décernait à son général. Le Directoire lui donna un drapeau sur lequel il avait fait écrire ces mots: c Elle a fait 150000 prisonniers, pris 170 drapeaux, bkO pièces d'artillerie de siège, 600 pièces de campagne, 5 équipages de pont, 9 vaisseaux, 12 frégates, 12 corvettes, 18 galères, donné la liberté aux peuples du nord de l'Italie, de Corcyre, de la mer Egée et d'Ithaque, envoyé à Paris les chefs-d'œuvre de Michel-Ange, du Guerchin, du Titien, de Paul Véronèse, du Corrége, de l'Albane, des Garrache, de Raphaël, etc.; triomphé en 18 batailles rangées, Montenotte, Millesimo, Mondovi, Lodi, Borghetto, Lonato, Castiglione, Roveredo, Bassano, Saint-Georges, Fonta- Niva, Galdiero, Arcole, Rivoli, la Favorite, le Tagliamento, Tarwis, Newmark, et livré 67 combats. »
DU 27 OCTOBRE 17i>6 \HJ 9 NOVEMBRE 1799. &43
L^ Autriche avait posé les armes; mais les Anglais, inattaquables dans leur V.e, nepouvaientconsentiràlaisser^ la France tant de conquêtes. La guerre continua contre «ux. Hoche^ Truguet voulaient se prendre corps à corps avec TAngleterre : c'était la vraie politique. On prépara une armée ; Bonaparte en eut le commandement, et visita les ports pour les apprêts de la descente ; mais il trouva les moyens si peu en rapport avec, le but, qu'il fit renoncer le Directoire à l'entreprise. II était pourtant bien résolu à tenir l'opinion publique en ha^ leine et à ne pas lui laisser le temps d'oublier. Il proposa une expédition à laquelle il avait beaucoup songé en Italie, la conquête de l'Egypte. «On ne tait rien de grand, disait-il, que dans l'Orient. » Des bords du Nil, il espérait atteindre l'Angleterre dans llnde, et la frapper au cœur en y détruisant son commerce et son empire. Le grand Leibnitz avait, en 11672, proposé le même plan à Louis XIV. Alors il était exécutable ; en 1798, il ne menait à rien qu'à nous donner un ennemi de plus, la Turquie, notre vieille alliée. Pour risquer si loin 40000 de nos meilleurs soldats, il eût fallu être maître de la mer, et les Anglais la couvraient de leurs flottes. C'était donc jouer bien gros jeu, mais c'est ainsi souvent qu'on fascine, -qu'on maîtrise l'esprit populaire. L'expédition, préparée dans le plus grand secret, fut cachée sous le nom d'aile gauche de l'armée d'Angleterre. L'escadre, composée de 14 vaisseaux de ligne et d'un grand nombre de transports, quitta Toulon le 10 mai ; Brueys la commandait. Elle portait 36 000 hommes, presque tous anciens soldats d'Arcole et de Rivoli. Des savants, des artistes, des ingénieurs et jusqu'à des laboureurs furent adjoints à l'armée. Après la conquête, dans le plan de Bonaparte , devait venir la colonisation.
Tout réussit d'abord : on enleva Malte en passant; les chevaliers ne se défendirent même pas (12 juin). En examinant les fortifications de ce rocher imprenable, Gaifarelli s'écria : c Nous sommes bien heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en ouvrir les portes. > Mais les Français en y entrant autorisèrent les Anglais à s'en saisir, et eux, ils ont su la garder. L'amiral anglais Nelson, qui courait d'un bout à l'autre de la Méditerranée, cherchant la flotte pour la combattre, la manqua de quelques jours. Le débarquement s'effectua sans obstacle, le 1«' juillet, à quatre lieues d'A-
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lexandrie» et o«ftte {^Ace fut au quelques heures enLerée d*assaut.
Bonaparte marcha aussitôt sur le Caire, où la redoutable milice des mamelucks, les vrais maîtres du pays bien plus que la Porte, avait concentré ses principales forces sous le commandement de Mourad-Bey. La route' fut longue et pénible, surtout pour traverser le désert de Damanhour. Il y eut des privations de toutes sortes. Les soldats se contentaient de plaindre leur général, qui s'était laissé déporter t comme un bon enfant, » ou bien se consolaient par des plaisanteries : c II se moque de ça, disaient-ils, en montrant Gafiareili, qiii avait perdu une jambe sur le Rhin : il a toujours un pied en France. » On arriva à Chébreiss ; les mamelucks, repoussés dans un premier engagement, se replièrent sur le Caire et s'y disposèrent à une bataille générale. L'armée française les y suivit, et le 21 juillet s'arrêta, saisie d'admiration, en face des pyramides qui s'élèvent au voisinage de cette ville. « Soldats, s'écria Bonaparte, du haut de. ces pyramides quarante siècles vous contemplent ! i II fallait un nouveau système de guerre contre cette innombrable et vaillante cavalerie, au milieu du désert. Bonaparte le trouva. Il forma ses divisions en carrés et les disposa de manière que ces carrés se protégeassent mutuellement par leur feu, comme autant de citadelles vivantes. En vain les mamelucks s'élancèrent avec le plus brillant courage, ils ne purent entamer ces lignes de fer et de feu. Un grand nombre vinrent expirer sur la pointe des baïonnettes. Mourad-Bey se retira blessé dans la haute Egypte : l'autre bey, Ibrahim, s'enfuit vers la Syrie. L'occupation du Caire et la soumission de la basse Egypte furent le prix de cette victoire (21 juillet).
Bonaparte se hâta d'organiser le pays; il respecta les croyances, les mœurs des habitants qui l'appelaient le favori du grand Allah; il assista à la fête du Nil (18 août) et 4 la fête du prophète; mais il s'occupa aussi d'assurer le bienêtre de ses soldats, et il établit dans un des plus vaste palais du Caire cet institut d'Egypte, dont les membres, Monge, Berthollet, Fouriei;, Dolomieu, Larrey, Geoffroy Saint-Hilaire, ^., commencèrent à conquérir à la science cette contrée mystérieuse qui n'a révélé ses secrets que depuis le jour où le génie de la France y a passé.
La nouvelle du désastre de la flotte vint surprendre Bona-
parte ammlieu de ces trayaux. 11 avait recommandé à Brueys de quitter la rade d'Aboukir. Un funeste retard permit aux Anglais d'arriver. La ligne d'embossage n'avait pas été formée assez près du rivage', la moitié de la flotte anglaise pouvait passer entre elle et la terre, tandis que l'autre moitié passerait entre elle et le large. C'est la manœuvre audacieuse que Nelson tenta. Elle réussit. Chacun de nos vaisseaux de l'aile gauche, immobile sur ses ancres, eut à soutenir des deux côtés le feu de toute la flotte ennemie, qui s'avançait lentement, détruisant un à un nos navires. Le commandant de l'aile droite, Villeneuve, eût pu imiter ce mouvement et replier son escadre sur l'aile gauche de Nelson pour mettre celle-ci entre deux feux, comme l'était la tête de notre ligne. Le signal lui en fut donné ; mais la fumée l'empêcha de l'apercevoir ou le vent de l'exécuter, et quand il vit l'Orient j de 120 canons, prendre feu et sauter, deux autres de nos bâtiments couler bas, il s'éloigna avec deux vaisseaux et deux frégates et se réfugia à Malte. L'amiral Brueys, grièvement blessé, avait refusé de descendre dans l'entre-pont, disant qu'un amiral devait mourir sur son banc de quart. Il fut emporté par un boulet. La flotte française, à l'exception des navires de Villeneuve, était anéantie (1« août). L'expédition d'Egypte, qui devait nous donner l'empire de la Méditerranée , où nous avions maintenant quatre des positions les plus importantes de cette mer, Toulon, Malte, Corfou et Alexandrie, n'était plus qu'une aventure, au lieu d'être le commencement d'une grande chose.
Nous étions emprisonnés dans notre conquête, et la Porte se déclarait contre nous. Bonaparte dit à ses soldats : < Eh bien ! il faut mourir ici ou en sortir grands comme les anciens ; » et il écrivit à Kléber, qu'il avait laissé à Alexandrie : « Ceci nous obligera à faire de plus grandes choses que nous n'en voulions faire. Il faut ,nous tenir prêts. » Kléber ré-^ pondit : « Oui, il faut faire de grandes choses; je prépare mes facultés. » Bonaparte commença par achever l'occupation de tout le pays. Une révolte ayant éclaté au Caire (oct.), il la comprima avec rigueur. Desaix, le 9ultan juste, comme l'appelaient les Arabes, lancé à la poursuite de Mourad-Bey, s'était déjà emparé de laThébaïde, et nos régiments campaient près
1. Le contre-amiral Linois choisit en 1801, dans la rade d'Âlgésiras, une si bonne ligne d'embossaee appuyée par des batteries de côte, qu'il résista atee % vaitseaux à 6 anglais, en démâta deaz et en prit un.
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des eataractes de Syène, aux dernières limites de Tanden monde romain.
Sûr alors de sa conquête, il s'avança vers la Syrie, d'où il eût pu couvrir rËg3rpte et menacer à son gré Gonstantinople ou rinde(fév. 1799). Il' réussit d'abord, s'empara de Gaza et de Jaffa, où nos soldats prirent les germes de la peste, et dispersa, à la bataille du mont Thabor, une grande armée turque (16 avril). Mais au siège de Saint-Jean d'Acre tout son génie échoua, faute de moyens matériels, contre le courage des Turcs et la ténacité de l'amiral anglais Sidney-Smith, le même dont il a dit souvent plus tard : < Cet homme m'a fait manquer ma fortune, i N'ayant ni munitions ni grosse artillerie, il ne put ouvrir de brèches praticables ; après soixante jours dé tranchées et huit assauts meurtriers, il ramena en Egypte son armée épuisée de fatigue et décimée par la peste (20 mai). Un imposteur, qui s'appelait El Mody, tâchait de soulever le Delta, il en eut bien vite raison. Une flotte anglaise avait débarqué à Aboukir 18000 janissaires; il les jeta à la mer (24 juillet). C'est après cette brillante action que Kléber s'écria, dans un élan d'enthousiasme : c Général, vous êtes grand comme le monde. » L'armée d'Egypte n'avait plus rien à craindre, mais aussi elle n'avait plus rien à faire et cette inaction pesait à Bonaparte. Quand il apprit qu'une seconde coalition s'était formée, que l'Italie était perdue, que la France allait être envahie, il remit le commandement à Kléber, et, montant sur une frégate, franchit audacieusement toute la Méditerranée, au milieu des croisières anglaises. Le 8 octobre, il débarquait à Fréjus.
llaovalse admtnistniiion da Direetoire* fVowrmée Au SS floréal (11 mal 1708). — Le Directoire, tour à tour faible et violent à l'intérieur, avait perdu au dehors la magnifique position que lui avait faite le traité de Campo- Formio. Au 18 fructidor, il avait frappé un coup sur les royalistes; au 22 floréal (11 mai 1798), il frappa les députés qu'on appelait patriotes, en cassant leur élection. Ainsi le Directoire semblait ne vouloir gouverner qu'avec des coups d'État, ce qui prouvait sa faiblesse, un gouvernement fort n'en ayant pas besoin. Quelques mois auparavant, il avait fait une véritable banqueroute. L'intérêt de la dette était de 258 millions ; il en remboursa les deux tiers avec des bons de biens nationaux qui perdaient les cinq sixièmes de leur valeur nominale, l'autre tiers fut comoUdé »i inscrit sur le grand-livre
de la dette publique. Il porta rirritation au comble par deux mesures tyranniques : un emprunt forcé et progressif de 100 millions, et la loi des otages contre les parents des émigrés et des ci-devant nobles ; celle-ci détruisait la sécurité de 150000 familles. Au dehors il provoquait l'Europe par des imprudences. Il renversait le pouvoir temporel du pape et Taristocratie bernoise; il mécontentait les trois républiques batave, cisalpine et ligurienne, nées de la nôtre, en les laissant pilier par des agents infidèles, et il ne savait pas se faire obéir de ses généraux ; Cbampionnet à Naples, Brune en Lombardie, emprisonnaient ses représentants.
Sceonde coalition (mars 1900-inars 180S). — Le spectacle de la désorganisation intérieure, Téloignement de Bonaparte et de notre meilleure armée, qu'on regardait conmie perdus dans les sables de PËgypte, décidèrent les puissances du continent à prêter Toreille aux paroles de Pitt. Cette fois TAngleterre , TAutriche , la Russie, une partie de TAllemagne, Naples, le Piémont, la Turquie, et jusqu'aux États barbaresques , se réunirent contre nous. La France, sans argent, sans commerce, ayant perdu le grand élan républicain de 93, et n'ayant pas encore l'enthousiasme militaire et la forte organisation de l'Empire, se trouvait exposée aux plus sérieux dangers.
Les Conseils, pour faire face aux attaques de l'Europe, décrétèrent la loi de la conscription, qui astreignait au service militaire tous les citoyens de vingt à vingt-cinq ans , et ordonnèrent une lev^ de 200 000 hommes. Le roi de Naples, par une attaque imprudente , nous valut cependant un triomphe. Il crut pouvoir à lui seul délivrer l'Italie et envahit le territoire de la république romaine. Championnet y commandait 25000 hommes ; il laissa les Napolitains s'avancer jusqu'à Rome, puis tomba sur eux à coups redoublés, les poussa l'épée dans les reins jusque sous les murs de Naples, que les lazzaroni défendirent trois jours de rue en rue. La république parthénopéenne fut aussitôt proclamée (23 janvier 1799). Joubert avait en même temps, et avec une égale facilité, chassé le roi de Sardaigne du Piémont (9 décembre 1798).
Bevera en Italie et en Allema|^ei défaites de ISto- Itaeli, MagBaiioi Casaano^ la Trebbia (1900).— Mais la coalition avait mis sur pied 360000 hommes; le Directoire n'en avait que 170 000, divisés en cinq armées : Macdonald,
le successeur de Gbampionnet *, et Brune étaient a*ix deux extrémités, à Naples et en Hollande ; Jourdan et Schérer aux ailes, en Allemagne et en Italie; Masséna au centre, en Suisse > Depuis la dernière guerre, une révolution avait eu lieu dans ce pays. La Suisse s'était donné une constitution nouvelle, fondée sur des bases plus équitables, et avait signé avec Iti France un traité d'alliance qui nous permettait d'occuper militairement le pays. C'était un avantage considérable, parce que la Suisse formait sur la ligne de nos frontières un saillant qui pénétrait profondément dans le continent, entre l'Italie et l'Allemagne, et que le Rhin couvrait. Masséna s'avança jusqu'à cette limite , tandis que Schérer, en Italie, s'approchait de l'Adige, que le traité de Campo-Formio avait donné aux Autrichiens, avec Vérone et Legnago.
Le l»» mars, Jourdan franchit le Rhin, quand les Autrichiens étaient encore derrière le Lech, et s'avança entre le Danube et le lac de Constance pour se tenir à la hauteur de Masséna, comme celui-ci dépassait la ligne du Rhin et envoyait sa cavalerie légère jusque dans la haute vallée de rinn, pour donner la main à Schérer à travers le Tyrol. Mais l'archiduc Charles arrêta Jourdan à Stokach, point de jonction des routes de Souabe et de Suisse , avec des forces supérieures, et l'obligea de reculer jusqu'aux défilés de la Forêt Noire, plus tard môme jusque sur le Rhin (22 mars).
En Italie, Schérer- se trouvait sur le théâtre des magnifiques opérations de 1796 à 1797 ; il ne sut pas mettre à profit les leçons que Bonaparte y avait données; il voulut forcer le passage de l'Adige par les montagnes, puis par le bas du fleuve. Une suite de mouvements mal calculés fatigua les troupes et les amena sans ensemble à la bataille de Magnano, auprès de Vérone, que Kray gagna (5 avril). Schérer perdit la tête, et, abandonnant sans lutte nouvelle les lignes du Mincio et de l'Oglio, comme après un désastre, il ne s'arrêta que derrière l'Adda. Masséna dut suivre ce mouvement de retraite; il renonça à garder la ligne du Rhin, du Saint-Gothard à Constance, et vint prendre position derrière celle que forment là Linth, le lac de Zurich et la Limmat. Ayant ce grand fossé devant lui et fortement établi, en arrière, sui
1 . Championnet, qui avait conquis le royaume de Naples, mourut si pauvre, en isoo, que ses officiers furent obligés de se cotiser pour subvenir aux frais de ses funéraiUes. (If tfmotrei de Mauéna, IV, p. 3t )
PAlbis, il couvrait le reste de la Suisse et tenait en échec les ^ armées d*Allemagne et d'Italie. ï
La dernière cependant avançait. 30 000 Russes avaient rejoint les 60 000 Autrichiens de Mêlas, et SouwaroiT, qu'on appelait VInvincible, commandait Tarmée Combinée. Le 27 avril cette armée força le passage de TAdda, au moment où Schérer remettait à Moreau le commandement, c'est-à-dire le soin de tirer Tarmée d'une défaite inévitable. Moreau n'eut pas le temps, en effet, de réparer les mauvaises dispositions de son prédécesseur : il fut battu à Cassano (28 avril). Ce même jour, la cour de Vienne se souillait d'un infâme guetapens : les ministres de France au congrès de Rastadt, où se traitait encore la paix avec l'empire, furent assassinés par des hussards autrichiens.
La défaite de Cassano ne porta pas atteinte à la réputation de Moreau, car elle ne pouvait lui être imputée, et il fît de l'Adda sur Turin, puis sur (jènes, une retraite moins connue, mais plus admirable que sa retraite fameuse de 1796. Macdonald allait se trouver compromis au fond de la péninsule. Il revint de Naples en toute hâte, et c'était pour lui permettre de déboucher dans le flanc des coalisés que Moreau les avait entraînés à sa suite jusqu'à Turin. A rapproche de Macdonald il se jeta dans l'Apennin, afin d'être en mesure d'opérer sa jonction avec lui dans la plaine de Plaisance. Mais quelques jours perdus par l'armée de Naples en Toscane, pour se reposer et se réorganiser, permirent à SouwaroCf de se porter sur la Trebbia, entre les deux généraux. Macdonald ne serrant pas 4'assez près les montagnes, et se laissant entraîner au nord par un succès sur Hohenzollern, ne put percer, dans une bataille de trois jours dite de la Trebbia, la ligne ennemie (17-19 juin). 11 perdit 15 000 hommes et fut forcé de se jeter dans les sentiers affreux de l'Apennin pour regagner Gênes et l'armée de Moreau. Tous deux furent destitués et remplacés par Joubert ; Moreau consentit généreusement à le diriger de ses conseils. Une nouvelle et sanglante action , à Novi, où Joubert fut tué, consomma la perte de l'Italie pour la France (15 août).
Tietoirea de Brone à Bergen (19 «eptembre 1 900) et de Maseéna à Zurich (25-26 septembre 1909). — Le territoire même de la république était menacé; deux victoires, gagnées à six jours d'intervalle, le sauvèrent. Brune battit à Bergen (19 septembre) une armée de (kOOOO Anglo*
Russes débarqués en Hollande, et les força de chercher un refuge sur leurs vaisseaux ; Masséna gagna rimmortelle victoh^ de Zurich. Souwaroff ne s'occupait point de faire en Italie les affaires de TAutriche : il avait écrit au roi de Sardaigne pour l'inviter à rentrer dans ses États. Ce n'était pas le compte de la cour de Vienne, qui trouvait, après Venise et Milan, Turin, môme la Savoie, fort à sa convenance. Afln de mettreuntermeà ses inquiétudes, le conseil aulique, où était la direction suprême, imagina de porter Souwaroff en Suisse, sous prétexte que les Russes trouveraient là un climat qui leur convenait mieux, et de faire descendre l'archiduc sur le Rhin : de la sorte, il n'y aurait que des Autrichiens en Italie, sous Mêlas, et en Allemagne, sous l'archiduc, et que des Russes en Suisse. Si ce changement était très-politique, il était fort peu militaire, car il nécessitait de Turin à Strasbourg une marche de flanc en face et à portée de Masséna, qui trouverait sans doute quelque occasion de punir cette témérité. Il surprit en effet les coalisés au milieu de leur manœuvre, lorsque l'archiduc avait déjà quitté la Suisse et que Souwaroff n'y était pas encore entré. Se jetant avec un admirable à-propos sur la ville de Zurich, qu'il enveloppe, il y écrase un corps d'armée russe, met en déroute un autre corps qui gardait la Linth, et quand Souwaroff arrive du Saint- Gothard, après d'immenses fatigues et de grandes pertes, croyant tomber dans le flanc droit de l'armée française, ébranlée par une vive attaque de front, il se heurte contre des troupes victorieuses qui le rejettent dans les gorges affreuses d'où il ne se retire qu'en y laissant la moitié de ses gens. Ce bel ensemble de manœuvres, appelé la bataille de Zurich (25 et 26 septembre), coûta aux coalisés 30 000 hommes et la défection des Russes. Ceux-ci, reprochant aux Autrichiens une trahison, quand il n'y avait à leur reprocher qu'un mauvais plan de campagne, se retirèrent de la coalition. Bonaparte n'a pas de plus glorieuse bataille, car les victoires qui assurent le salut du pays valent mieux que celles qui n'ajoutent qu'à sa puissance, ou à la gloire de ses chefs. fVonmée da SO prairial. (18 Juin 1900). — La France, en effet, était sauvée ; le pays n'en accusait pas moins son gouvernement de l'avoir exposé à de si grands périls, et les Conseils avaient pu prendre sur le Directoire la revanche des journées du 18 fructidor et du 22 floréal , en forçant Treilhard, la Réveillère et Merlin de Douai à donner leur dé-
mission (30 prairial, 18 juin 1799). Mais il importait peu de changer les hommes, puisque la cause du mal était dans les institutions mêmes. L^anarchie continua. Ce ne furent plus les royalistes, comme avant le 18 fructidor, qui essayèrent d*en profiter, mais les restes du jacobinisme. Le club du Manège, qui comptait parmi ses membres Jourdan, Augereau et Bernadotte, alors ministre de la guerre, se répandit en motions violentes contre le Directoire, ainsi qu^avait fait autrefois la société royaliste de Clichy. Le gouvernement triompha sans peine de ce parti en réveillant les souvenirs de 93 et en excitant les alarmes des modérés. On destitua Bernadette, on ferma le club du Manège, et le Directoire continua d^ètre méprisé (août et septembre 1799).
C'est à ce moment que Bonaparte abordait à Fr^us.
^oamée dn 18 brnmaire (9 noTembre 19 99). — Son retour fut accueilli par des transports qui lui montrèrent qu'il était maître de la situation. Aussitôt, en effet, les partis l'entourent et lui proposent le pouvoir. Il se montre réservé, impénétrable. Il s'enferme dans sa petite maison de la rue Chantereine, qu'on appelle à cause de lui rue de la Victoire, et il semble ne vivre que pour sa s<sur, pour sa femme Joséphine Beauharnais, qu'il avait épousée après le 13 vendémiaire, pour ses collègues de l'Institut, dont il porte le costume lorsqu'il lui faut paraître dans quelque cérémonie publique. Cependant il observe et calcule.
Le pays repousse les royalistes, parce qu'il ne veut pas retourner à l'ancien régime ; il repousse les Jacobins, parce qu'il ne veut pas retourner à 93. Il est bien décidé à garder ^a révolution. Mais la révolution est double : elle est sociale 4 politique : elle a été faite pour obtenir l'égalité et la liberté. Or l'anarchie compromet ces deux biens: pour sauver l'un, la France ajourne l'autre; elle se jette dans les bras de Bonaparte ; elle lui demande de garantir les conquêtes sociales de la révolution en assurant l'ordre, le premier besoin d'une société ; la liberté reviendra plus tard. Et Bonaparte accepte.
Tout le monde conspirait : Siôyès dans la Directoire, Fouché et Talleyrand dans le ministère, cent autres dan^ les Conseils. < Il faut, disait Siéyès, pour sauver la France, une tète et une épée.» Il réservait à Bonaparte le rôle de Pépée.
Le 18 brumaire, la majorité du conseil des Anciens décrète la translation des deux Conseils à Sain t-Cloud, et confie l'exé-
cution du décret à Bonaparte, qui reçoit le commandement de toutes les troupes. Trois membres du Directoire, Siéyès, Roger-Ducos et Barras, donnent leur démission ; Moulins et Gohier, qui refusent la leur, sont mis en surveillance au Luxembourg. En même temps, Paris se couvre de troupes. Le lendemain, Bonaparte se rend à Saint-Gloud. Il va d'abord aux Anciens ; « La patrie, dit-il, n'a pas de plus zélé défenseur que moi ; mais c'est sur vous seuls que repose son salut H n'y a plus de gouvernement, les dangers sont pressants. Évi-
Ghâteau de SaintrCloud.
tons de perdre deux choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices : la liberté et l'égalité... — Et la constitution ? lui crie-t-on. — La constitution, vous Pavez violée vousmêmes au 13 fructidor, au 22 floréal, au 30 prairial.... Je ne parle pas ainsi pour m'emparer du pouvoir. Le pouvoir, on me Ta offert depuis mon retour à Paris. Les différentes factions sont venues sonner à ma porte ; je ne les ai pas écoutées, parce que je ne suis d'aucune coterie, parce que je ne suis que du grand parti du peuple français.... » Aux Cinq- Cents tles cris furieux l'accueillirent: a A bas le dictateur I A bas les baïonnettes! > crie-t-on de toutes parts lors-
qu'il entre dans la salle, suivi de quelques grenadiers. Il est entouré, pressé, menacé ; il faut que ses grenadiers Parrachent du milieu des groupes. Les députés demandentsa mise hors la loi. Lucien son frère, qui préside le conseil, essaye en vain de le justifier. Ne pouvant se faire entendre, il dépose ses insignes, sort de la salle et harangue les troupes : c La majorité du conseil, dit^il, est opprimée par une poignée de factieux, i Au nom du peuplé, il somme les soldats d'expulser ces agitateurs. Alors, sur Tordre de Bonaparte, le général Leclerc envahit TAssemblée; le tambour couvre la voix des députés qui protestent, et la salle est évacuée sans efifusion de sang. Le conseil des Anciens, resté seul en séance, défère le pouvoir exécutif à trois consuls provisoires, Bonaparle, Siéyès et Roger-Ducos, et charge deux commissions, de 25 membres chacune, de reviser la constitution (9 et 10 novembre 1799).
C'était la révolution qui abdiquait aux mains du pouvoir militaire et allait entrer avec lui dans une phase nouvelle. Au dedans, grâce à Tordre qui va régner, elle s'enracinera dans le pays de manière à n'en pouvoir plus être arrachée ; au dehors, grâce aux conquêtes de nos soldats, ses principes se répandront sur TEurope comme nos victoires. Mais, après avoir plané sur presque toutes les capitales du continent, notre drapeau tombera, abattu sous les pieds d'un million de soldats, et la France échappera mutilée, sanglante, aux mains redoutables du puissant génie qui vient de la saisir. Le 18 brumaire commence cette longue chaîne de prospérité, de gloire, de puissance inouïe, mais aussi de fautes et de revers lamentables, qui forme l'histoire du Consulat et de TEmpire*.
Et puis c'était encore une joum^e, c'est-à-dire un coup de force. Quelles leçons données aux peuples par ces perpétuelles insurrections de la Commune, de la Convention, du Directoire, des Conseils, des royalistes comme des irépublicains, enfin de Tarmée I Et comment pouvait- il se former des citoyens respectueux de la loi, préoccupés de la modifier avec sagesse, au lieu de la déchirer avec colère, lorsque, depuis dix ans, rien ne marchait que par soubresauts violents?
1. Un juge non prévenu, le doc V. de Broglie dit dans ses Notes biographiques : < Le 18 bromaire fut une délivrance et les quatre années qui le suivirent furent une série de triomphes, au dehors sur les ennemis, au dedans sur les principes de désordre et sur l'anarchie. Ces quatre années sont avec les dix années du règne de Henri IV, la meilleure, la plus noble partie de l'histoire de France. •
Fin du dtz-lmliièine siècle. — Quelques jours après cette révolution militaire expirait ce dix-huitième siècle, objet de tant de débats passionnés, qui fut à la fois sceptique et i^dule, doux et terrible, de mœurs légères et d'esprit souvent frivole, mais qui mit.au monde la grande pensée que la société, comme l'homme, doit s'améliorer sans cesse, et qui a tendu la main à tous les parias de la loi et de TËtat, même de la nature. Serfs, nègres, hérétiques, aliénés, infirmes, ont été par lui relevés et secourus. Notre sollicitude pour eux n'est qu'un héritage qu'il nous a légué. Quelles qu'aient été ses fautes, il sera beaucoup pardonné à ce siècle < qui, dans l'ordre matériel, créa les sciences à l'aide desquelles l'homme a saisi sur la nature une domination inattendue et singulièrement accru son bien-être ; qui, dans Tordre moral» a conquis la tolérance, recherché la justice, proclamé )o. droit, revendiqué l'égalité civile, recommandé la fratemilê humaine, banni la cruauté des institutions pénales, repousse l'arbitraire de l'administration publique, voulu faire de la raison le guide des intelligences, de la liberté le guide des gouvernements, du progrès l'ambition des peuples, de la loi la souveraine de tout le monde*. >