CHAPITRE LXV
l'smpirb de 1807 a 1812.
Boymune» fe«dat»ire0« — - On a vu déjà que PEmpôrear avait voulu se créer des appuis en entourant Tempire de royaumes feudataires. Le royaume de Naples, entre les mains de Joseph, et celui d'Italie, qui avait pour vice-roi Eugène Beauharnais, couvraient la France au sud-est ; la Confédération helvétique, dont Napoléon était médiateur, la Confédération du Rhin, dont il était protecteur, la couvraient à Test; le royaume de Hollande, entre les mains de Louis Bonaparte, en défendait les approches au nord-est. De ce côté, Napoléon venait de créer encore, pour son quatrième frère Jérôme, le royaume de Westphalie. Le temps n'avait pas donné à ces établissements nouveaux la force qu^il assure aux institutions humaines qui vont dans le sens du siècle, ni scellé Palliance de ces rois parvenus avec leurs peuples, mais nul ne dispose du temps; il fallait attendre que ces jeunes dynasties, si elles le pouvaient, poussassent des ra* cines dans le sol nouveau qui les portait. Ainsi, tout le long des frontières orientales de son empire, des précautions éUdent prises ; au sud, Napoléon n'avait rien sur quoi il pût compter. Une branche dégénérée de la maison de Bourbon régnait à Madrid sous la direction d'un favori, Godoï, prince de la Paix. Avant léna, il armsdt contre nous ; la monarchie prussienne brisée, il déclara ces préparatifs faits pour la France. Napoléon ne se trompa point sur ses intentions réelles ; il revint de Tilsitt avec la pensée d'enchaîner, d'une manière ou d'une autre, la péninsule à sa politique.
Conquête da Portug^al (noTembre 1809]| armement» maritimes. — Il résolut d'abord de chasser les Anglais du Portugal, et offrit à la cour de Madrid de partager avec elle ce royaume. Une armée, commandée par Junot, traversa
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PEspagne et entra dans Lisbonne sans coup férir. Dans le même temps, les Russes conquéraient la Finlande, et TAngleterre excitait contre elle l'indignation de l'Europe par une nouvelle violation du droit des gens, l'attaque contre Copenhague, qu'elle bombarda trois jours durant, pour enlever au Danemark sa flotte et dépouiller son arsenal, réputé trèsriche. Cet acte odieux fit entrer dans le blocus continental le Danemark, même l'Autriche; le Portugal y était déjà. Du fond de la Baltique jusqu'au détroit de Gibraltar, tous les ports du continent furent fermés aux Anglais. En même temps, au Texel, à^ Brest, à Lorient, à Rochefort, à Cadix, à Toulon, d'immenses armements se préparèrent : la flottille de Boulogne fut réorganisée, et une nouvelle menace fut suspendue sur la tête de l'Angleterre. Cette fois le continent tout entier ipiarchait avec la France. L'Angleterre nepouvaii tenir longtemps. Elle fut sauvée par une faute de Napoléon, son intervention en Espagne, qui eut lieu en même temps que sa rupture avec le pape.
Bvptoi'éaYec lé pape (3 avril I808). — C'est sur la question du blocus continental que les démêlés avec Pie VII commencèrent. Le pape entendait rester neutre ; mais, coQime grince temporel, il ne pouvait se soustraire aux mesures imposées à tous les États du continent. R le voulut pourtant ; de plus, il refusait de reconnaître Joseph comme roi de Naples, et il contrariait sans cesse la politique de la France en Italie. Napoléon ne s'était point attendu à cette résistance; fatigué d'une guerre de notes, menacé d'une excommunication, il fit occuper Rome le 2 avril 1808. Mais cette capitale, qu'ail était si aisé de prendre, ne pouvait être gardée qu'au prix de grands embarras ; et ce vieillard qui n'avait ni un soldat ni un canon était plus difficile à vaincre que les troupes innombrables de l'Autriche. L'épée du conquérant devait s'ébrécher contre ce pouvoir insaisissable, qui ne commandait point aux armées, mais aux consciences. Napoléon eut beau, après Wagram, déclarer la domination temporelle du pape supprimée, faire de Rome et de son territoire deux départements français, et retenir le pontife dans une respectueuse captivité à Savone, il se trouva affaibli par ces mesures mêmes, car une redoutable oppositiorl se forma dès lors contre lui, au 6ein du clergé et des catholiques français. On oublia les grands services qu'il avait rendus à l'Église, les autels relevés, ^ culte restauré, la France ramenée par
lui dans runité catholique ; ou ne vit plus dans Fauteur du
'eu
capable de porter. Une junte des principaux personnages de FËspagne, convoquée à Bayonne, le reconnut roi, et promulgua en même temps une constitution nouvelle pour le royaume.
Dans toute cette affaire, Napoléon avait joué un rôle qui n^allait ni à son caractère, ni à sa force, ni à sa gloire '. Il voulait le faire oublier par les grands services quHl comptait rendre à l'Espagne en la régénérant. Mais un peuple lier repousse même les bienfaits, quand c'est une main étrangère et ennemie qui les impose. Pendant que TEspagne officielle courait au-devant du nouveau roi, le peuple se leva. L'insurrection éclata partout à la fois avec une patriotique fureur. Les passions religieuses s'unirent aux passions politiques pour attiser l'incendie. Les moines prêchèrent la guerre comme une croisade.
Le mouvement devint en peu de temps formidable ; toutes les provinces se soulevèrent : nos malades, nos blessés, nos courriers furent égorgés. Bessières eut teau gagner, à Rio- Seco (l(i juillet), une victoire qui ouvrit à Joseph les portes de Madrid : à Saragosse, à Valence, nos troupes furent repoussées; et dans l'Andalousie, un des plus brillants généraux de la grande armée, Dupont, cerné à Baylen, signa une capitulation qui fut indignement violée (20 juillet) : 18000 Français, qui devaient rentrer en France , furent jetés sur le rocher aride de Cabrera, une des Baléares, où on les laissa périr de misère et de faim.
C^était le premier revers que Napoléon essuyait. Sa douleur fut aussi amère que la joie des ennemis fut grande. Aussitôt les Anglais accoururent , et le général Wellesley gagna sur Junot la bataille de Vimeiro, qui nous fit perdre le Portugal (capitulation de Cintra, 30 août). Au mois de septembre 1803,
1. Napoléon à Saint-Hélène a condamné lui-même cette entre pnse. « Cette malheureuse guerre m'a perdu, dit-il, elle a divisé mes forces, oui Tert une aile aux soldats anglais, attaqué ma moralité en Europe. J'embar- <iuai fort mal TafTaire. L'immoralité dut se montrer par trop patente, l'injustice par trop cynique, et Tattentat ne se présente plus que dans sa hideuse nudité, privé de tout le grandiose et des nombreux bienfaits qui remplissaient mon intention. Le plan le plus sûr, le plus digne, eût été une médiation à la manière de la Suisse, et j'aurais dû m'arranger avec Ferdinand. > Ce fut un intérêt, non de nation, mais de famille qui détermina cette poliUque. Le duc d'Istrie dit le mot de la situation en sortant un jOur du cabinet de l'Empereur : t Les Bourbons ne peuvent subsister en Europe aTCO un Bonaparte. » {Etudes iur Napoléon, par le lieutenaût-oolonei Baadua, ancien aide de camp de Beisièrei et de Soult.)
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nous ne possédions plus , dans toute la péninsule, que les - provinces au nord de TÈbre.
L'Empereur se proposait bien de réparer les revers de ses
lieutenants ; mais la grande armée était en Allemagne , où PAu triche dissimulait mal sa haine et ses armements. Pour la braver, il fallait être sûr de la Russie ; Napoléon eut à Erfurt, avec Alexandre, une entrevue qui parut consolider l'alliance nouée à Tilsitt. Il avait déjà cédé sur la Finlande, il céda encore sur la Moldavie et la Valachie, et la Russie reconnut Joseph pour roi d'Espagne (12 octobre 1808). Nos fautes dans l'Ouest valaient un agrandissement à la Russie dans l'Est.
Napoléon était libre alors de courir en Espagne. Il y avait déjà 100000 hommes, il enleva encore à la grande armée 150 000 de ses valeureux soldats et arriva avec eux au delà des monts. Rien ne put tenir devant lui : à Burgos (lOnov.), à Espinosa (12), à Tudela (23), le centre de l'ennemi fut enfoncé ; plus loin les chevaux légers polonais enlevèrent au galop le défilé fameux de Somo Sierra (13), et l'armée entra dans Madrid, où Napoléon décréta l'abolition de l'Inquisition, des deux tiers des couvents, des droits féodaux, des douanes intérieures (4 décembre). A l'aile gauche, Saint-Cyr faisait à lui tout seul une fort belle campagne. Après avoir pris Roses, il traversa sans un canon la Catalogne, pour débloquer Barcelone, et battit deux fois l'armée ennemie àCardeleu et à Molins del Rey. A l'aile droite, Soult poussa 30000 Anglais, l'épée dans les 'reins, jusqu'à la Corogne, et les força de chercher un asile sur leur vaisseaux. Une tempête, qui surprit nos troupes dans la chaîne du Gûadarrama) avait retardé leur marche de quarante-huit heures et sauvé l'armée anglaise.
Bataille» d'Abensbergr et â»l^kmltlil(2let2davril 1809). — • Mais déjà Napoléon était appelé ailleurs, et le danger do cette nouvelle entreprise éclatait. L'Autriche , en le voyant s'enfoncer dans la péninsule ibérique et se mettre . sur les bras , au sud-ouest de son empire , une guerre terrible , crut le moment venu de venger se^ longs désastres. L'Angleterre lui offrit 100 millions: l'enthousiasme d'Alexandre pour Napoléon semblait se refroidir; l'Allemagne, surchargée de contributions et travaillée par les sociétés secrètes, se montrait hostile; enfin , la grande armée, affaiblie de 150000 hommes, était disséminée de Hambourg à Na-
pies. Une ofTensive hardie promellait des succès, et des succès promettaient un soulèvement général. « Secouez le joug , disait Tarchiduc Jean aux Italiens , afin que Tltalie reprenne parmi les grandes puissances le rang qu'elle a eu autrefois et qu'elle aura certainement un jour, b 175000 Autrichiens, sous Tarchiduc Charles, se dirigèrent sur la Bavière. Ils auraient pu y entrer dès le mois de mars : Tlnn ne fut franchi que le 10 avril, et ils mirent six jours à faûre vingt lieues ; c'était une première faute. Napoléon, averti en quarante-huit heures par le télégraphe, quitta Paris le 18 et arriva le 17 sur le théâtre des opérations; il était temps, car son armée surprise n'avait pas encore opéré sa concentration. Masséna était à Augsbourg avec 60 000 hommes, et Davout, à vingt-cinq lieues de là, à Ratisbonne, avec 50 000. Déjà l'archiduc manœuvrait pour se jeter dans le large espace laissé vide entre les deux maréchaux, et ensuite accabler l'un d'eux. Napoléon eut bien vite découvert le remède à une situation si périlleuse; il se porta avec (lOOOO hommes sur l'Abensberg, excellente position défensive, entre Ratisbonne et Augsbourg , et de là il appela à lui ses deux lieutenants.
Davout eut fort à fahre pour s'ouvrir un passage à travers les masses autrichiennes qui commençaient à l'envelopper. Le brillant combat de Tengen lui permit cependant d'exécuter son mouvement ; alors la position des deux armées se trouva inverse de ce qu'elle était quelques jours plus tôt. Les Français s'étaient concentrés, et les Autrichiens, par le mouvement offensif de l'archiduc contre Davout, s'étaient étendus sur une ligne de 30 lieues, de Munich à Ratisbonne. Napoléon saisit ce moment; 11 se jet|.e sur le centre ennemi, le coupe par la bataille d'Abensberg, le 20, et par la prise de Landshut, le 21 ; se rabat le jour suivant sur h les écrase à Eckmûhl, les accule au si Ratisbonne, défendue par un sei enlevée quelques jours auparavant. ] étaient pas moins acquis. Par cinq j léon avait pris 60 000 hommes, K immense matériel, coupé en deu:
rejeté l'aile droite en Bohême, l'ail conquis la route de Vienne. Le 10 m verture des hostilités, il était devant c un bombardement de quelques heur<
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EssliniP (21 et 2Z mal 1809). — Il restait deux armées à TAu triche : celle d'Italie sous Tarchiduc Jean, qui, après avoir battu Eugène à Sacile et menacé la ligne de TAdige, avait, à la nouvelle des succès de Napoléon, reculé en toute hâte sur la Piave, puis sur la Hongrie; et celle de Tarchiduc Charles, qui se trouvait encore à la tète de 100000 hommes en face de Vienne, mais de Tautre côté du Danube. Napoléon se tourna contre ce dernier. Le passage d'un grand fleuve en présence d'une puissante armée ennemie est une opération difficile*. Napoléon le tenta et réussit d'abord. Déjà 30 000 hommes avaient débouché de l'île Lobau sur la rive gauche, en face des villages d'Essling et d'Aspern,' quand une crue subite du fleuve, qui monta de sept pieds, emporta les ponts. On parvint à les rétablir, et 30 000 hommes passèrent encore; mais les eaux montèrent toujours; les ponts furent une seconde fois brisés, avant que les corps engagés eussent reçu toute leur artillerie et leurs munitions. Pendant 30 heures l'archiduc fit de vains efforts pour jeter les Français dans le Danube; les jardins, les maisons, les clôtures d'Aspern furent pris et repris quatorze fois. L'archiduc s'arrêta le premier, et nos soldats rentrèrent, quand ils voulurent et comme ils voulurent dans l'île Lobau, Masséna restant le dernier sur la rivé.
Des deux côtés l'opération était manquée, et il n'y avait ni vainqueurs ni vaincus. Mais plus de 40 000 hommes, dont 27 000 Autrichiens, avaient été tués ou blessés. C'était encore la population d'une grande ville immolée en quelques heures et sans résultats. Eylau et Friedland avaient commencé ces affreux massacres que nous verrons s'accroître jusqu'aux derniers jours de l'Empire; car des deux côtés on opérait chaque année avec des armées plus considérables, et, à force de battre nos ennemis, nous leur apprenions à nous résister.
A Ratisbonne, Napoléon avait été blessé d'une balle morte au cou-de-pied*; à Essling, deux de ses plus braves lieute-
|. Au point où là pass4gQ s'efToctua, le Danube est séparé par trois tles en quatre bras. Le i*' a 140 toises de largeur; le a^, où se trouve le grand courant, en a 170; le 3«, seulement 15 ; le 4«, de 50 à 70. Les trois îles ont: la 1". IW toisesî la 2«, 300; la 3«, ou lie Lobau, en a 2400 de TE. à TO.; 2000 du S. 0. au îl. fi., et 8000 de tour. [Campagne de 1809, t. III, p. 24P» par le général Pelet.) ., , ^ , ^
2. On a souvent dit que c'était la aeule blessure qu'il eût reçue. A Sainte- Hôlène, il racontait à Eaè Cases que devant Toulon, un coup de baïonnette
nanls,le général Saint-Hilaire et le maréchal Lan nés. avaient été tués.
H^airram (6 Juillet 1809). — Rentré dans Tile Lobau, Napoléon y exécuta des travaux formidables pour en faire une sorte de forteresse, d'où il pût déboucher à son gré sur Tune ou Tautre rive. Il avait, en effet, à craindre que l'arcbiduc Jean, repoussé d'Italie et battu par Eugène sous les murs de Raab, ne vînt rejoindre Tarchiduc Charles, qui pourrait être tenté de passer le Danube à son tour, pour nous enfermer entre ses troupes et Vienne soulevée. Le Tyrol tout entier était en insurrection; sur l'Elbe, des partisans prussiens couraient la campagne; dans la Souabe, les populations s'agitaient ; dans la Franconie et la Saxe, le fils du duc de Brunswick avait réuni jusqu'à 8000 hommes; la nationalité allemande foulée aux pieds commençait à se réveiller, et de longs frémissements couraient d'un bout à l'autre du sol germanique.
Il ne fallait qu'un revers pour qu'une explosion éclatât. Mais Napoléon avait appelé à lui son armée d'Italie, et il était en mesure de n'en pas redouter. Le 5 juillet, il déboucha de nie Lobau avec 150 000 hommes et 550 pièces de canon, sans que l'ennemi, aussi fort que lui, pût rien tenter contre cette magnifique opération, unique dans les fastes militaires, et que le fleuve, cette fois, ne contraria pas. Au lever du jour, Tarmée française se trouvait établie sur la gauche de l'ennemi, ayant tourné et rendu inutiles les immenses ouvrages qu'il avait contruits à Aspern, Essling et Enzersdorf pour empêcher le passage. Les Autrichiens se replièrent sur les hauteurs de Wagram. Le lendemain l'archiduc essaya de tourner la gauche de la ligne française, qui avait trois lieues d'étendue, afin de la couper du Danube. Mais de ce côté était Masséna, et il ne fallait pas espérer de lui passer aisément sur le corps. Pendant que l'intrépide maréchal, tout meurtri d'une chute récente et porté dans une calèche découverte, arrêtait à la gauche les colonnes ennemies, l'Empereur commandait à Drouot de porter au galop 100 bouches à feu en avant de sa ligne de bataille pour cribler de boulets lé centre
avait failli lui couper la cuisse et avait laissé une cicatrice profonde; qu'à Essling ou à Wagram une balle lui avait déchiré la botte, le bas et la peau de la jambe, et que maintes fois il avait eu des chevaux tués sous lui, mais que ces accidents étaient toujours cachés avec la plus grand soin. (MémO' riait 35 décembre 1815.)
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ennemi. Macdonald ensuite se précipite; Pattaque, le fait reculer. En même temps Davout et Oudinot, à la droite, enlèvent les hauteurs de Wagram. L'archiduc Charles fait sonner la retraite. Il avait perdu 2(i000 morts ou blessés, 12 000 prisonniers et 20 pièces de canon. Nous avions de notre côté 7000 morts et 11 000 blessés. Ce n'était pas là un de ces coups fameux comme ceux d'Ulm, d'Austerlitz et d'Iéna; mais Napoléon n'avait plus les mômes troupes. Beaucoup de jeunes soldats, beaucoup d'étrangers avaient comblé les vides laissés dans la grande armée par les corps envoyés en Espagne; et, avec ces troupes inexpérimentées, les coups d'audace eussent fait courir de trop grands risques. S'il avait eu à Wagram les soldats d'Austerlitz, une manœuvre qu'il n'osa faire eût amené certainement pour l'armée autrichienne un immense désastre. Celle-ci n'en fuyait pas moins, vaincue, incapable de se rallier et de tenir tôte. Un armistice fut d'abord signé à Znaïm le 11 juillet : le traité de Vienne ne le fut que le 14 octobre. L'Autriche y perdit 3 400 000 âmes que Napoléon, la Bavière, la Saxe, le grand-duché de Varsovie et la Russie se partagèrent, le plus gros lot restant, bien entendu, à l'Empire français, qui s'agrandit inutilement des provinces illyriennes jusqu'à la rive droite de la Save.
ÉTéncment» eu Espa^^ne} Plcë»lii|^e (18(^]. — Pendant la campagne d'Autriche la guerre avait continué en Espagne, s'y éparpillant dans toutes les provinces, comme l'insurrection elle-même, de sorte qu'il y avait un nombre infini de combats et pas une seule bataille. Cependant 300 000 Français étaient en Espagne; mais Napoléon n'y était pas : la division de ses maréchaux empêchait tout concert. Se jalousant les uns les autres, ils tiraient chacun de leur côté, les* vivres, l'argent, les troupes, et plus d'un se consolait de la défaite d'un collègue, en songeant que c'était l'échec d'un rival. L'unité du plan était ainsi constamment sacrifiée à l'intérêt particulier des généraux, et on s'arrangeait de manière à tirer le meilleur parti de son commandement bien plus qu'à être une pièce utile dans le grand échiquier de guerre où Napoléon les dirigeait de si loin. L'action la plus retentissante fut le siège mémorable de Saragosse. Cette ville ne fut prise qu'après 8 mois d'attaque, 28 jours de tranchée ouverte et 23 jours de combats dans les rues, les couvents et les églises {21 février 1809). On profila mal de ce succès. Une expédition de Soult en Portugal échoua com-
plôtementy quoique ce maréchal fût entré dans Oporto; Ney évacua là Galice, et la bataille de Talaveyra, livrée par Joseph à sir Wellesley le 26 juillet 1809, eût été presque une défaite, si l'approche de Soult avec son corps d'armée n'eût contraint les Anglo-Espagnols à reculer dans PAndalousie. Malgré cette retraite, la campagne était encore perdue.
Les Anglais avaient aussi menacé nos établissements maritimes. A l'île d'Aix, ils lancèrent 30 brûlots contre une de nos escadres et incendièrent k vaisseaux; aux bouches de l'Escaut, ils s'emparèrent de Flessingue(15 août 1809) et menacèrent le grand arsenal d'Anvers, où Napoléon disait qu'il avait un pistolet chargé au cœur de l'Angleterre. Les gardes nationales des départements voisins se jetèrent dans la place ; les fièvres décimèrent les 45 000 hommes que la flotte anglaise avait débarqués dans l'île de Walcheren. Il fallut abandonner Flessingue, et du plus grand armement maritime de ce siècle il ne resta que le ridicule d'un immense effort n'aboutissant pas au plus mince résultat.
Effet produit «nr le» esprite par les derniers éTénemeiit*. —Jusqu'à Tilsitt, Napoléon n'avait fait que monter en gloire et en puissance. En face de cet homme dont le génie comme la fortune semblaient passer la mesure humaine, il n'y avait eu place ni pour la critique ni pour la crainte. Cependant, en 1807, l'admiration, sans se lasser, la confiance, sans se restreindre, demandaient que le vol glorieux des aigles impériales s'arrêtât, pour que la JFrance jouît en paix et sans mélange de sa merveilleuse grandeur. La spoliation des Bourbons d'Espagne, la captivité du saint-père éveillèrent les premières inquiétudes ; la guerre d'Espagne, celle d'Autriche, les accrurent malgré les trophées de Burgos et d'Abensberg, parce que, derrière les armées régulières et les vieux gouvernements que nous avions seuls combattus depuis 1792, on vit, pour la première fois, les peuples se lever contre nous. En Espagne, l'insurrection, jadis notre auxiliaire, venait de paralyser des forces immenses ; dans l'Allemagne, contenue encore, elle avait éclaté sur vin^ points ; et à Schœnbrunn, au milieu de son armée. Napoléon avait failli être assassiné par un membre du Tugend-Bund *, l'étudiant Staaps. La bataille d^Essling donna des alarmes qui durèrent
1. Tugend'Bundf associaUon de la Vertu, société sécrète qui s'efforçait de réveiller le patriotisme allemand et d'amener un soulèvement généraL
L^EMPIBE DE 1807 A 1813. èSS
dans Tesprit de i^sieurs» mèokt après Wagram et le traité de Vienne.
Ces symptômes n'échappaient point sans doute à l'œil chnnroyaot de Napoléon. Mais, habitué au succès, il ne mesurait plus les obstacles et ne croyait pas qu'il y en eût qui pussent tenir contre lui. Au retour de Wagram, il parut à un de ses amis préoccupé comme il ne Favait jamais été de sa grandeur personnelle : c 11 ayait Fair, dit Gambacérès dans ses MémoireÉ,éG marcher au milieu de sa gloire. » Pour rassurer l'opinion publique ébranlée, il voulut la maîtriser encore, comme il savait si bien le foire, par quelque chose d'inattendu, et il annonça son union avec une archiduchesse.
Mariage de ]V*p»léMi Avee Bfn^le-IioiiiÉe (l«r «rrril lS16i). — Le mariage de Napoléon avee Joséphine était resté stérile ; malgré son afïéction pour Eugène Beauharnais, fils de sa femme, et qu'il avait adopté, l'Empereur désirait vivement avoir un héritier de son sang. Il se résolut donc à contracter une nouvelle union, et, renouvelant l'usagé établi par les princes absolus de ne s'unir qu'entre eux, le glorieux parvenu de la révolution, le chef élu d'un grand peuple, demanda à entrer dans la famille des rois. La Russie lui avait été, dans la dernière guerre, une alliée infidèle ; il crut enchaîner l'Autriche à sa fortune par un mariage, et il demanda à l'orgueilleuse race des Habsbourg la main d'une de ses filles, l'archiduchesse Marie-Louise (!«' avril 1810). Union malheureuse , car en France la nouvelle impératrice ne fut jamais populaire, tandis que les siens la regardèrent comme une victime offerte en holocauste pour le rachat de la maison d'Autriche. Aux yeux de beaucoup de personnes, le divorce de Napoléon avec Joséphine de Beauharnais, la compagne gracieuse et dévouée de ses premières années, fut un divorce avec son bonheur.
IWaiMsiice du roi de Rome (20 mars 1811). ~ Les nuages qui avaient passé à l'horizon de l'empire en 1809 se dispersèrent dans l'éclat des fêtes, et la plupart oublièrent les pressentiments funestes. L'année 1810 s'écoula sans autre guerre que celle d'Espagne, qu'on s'était habitué à voir marcher lentement. Le 20 mars 1811 il lui naquit un fils qui fut proclamé à son berceau roi de Rome. Alors on se reprit à croire à Péternité de l'Empire ; on se dit que les puissances, qui depuis 1792 combattaient la révolution, étaient résignées
à la souflHr ou affectaient de ne la point reconnaître dans son plus illustre représentant, puisqu^un descendant des Habsbourg en devenait rhéritier. On se dit que Napoléon, arrivé à Tâge mûr et ayant à veiller à l'héritage d'un fils, s'appliquerait maintenant à lui aplanir les voies, et qu'il gouvernerait en père, au lieu de gouverner à coups de génie.
Cependant il ne manquait pas de gens qui, au milieu de cette grandeur, voyaient les causes de ruine fermenter et grossir. Un de ceux qui devaient la faire, cette ruine, Wellington, l'annonçait aux ministres anglais lassés de la lutte et efihiyés de leur isolement. Après Wagram, même après le mariage autrichien, il les rassurait et les poussait à continuer le combat, en leur montrant tout ce qu'il y avait d'argile à la base du colosse.
L'année 1811 en effet n'était pas écoulée que Napoléon commençait les préparatifs de la plus téméraire de ses entreprises, l'expédition de Russie '.
1. Étendue de VEmpire fronçait en 18I0.~ Ootre les M départements qui ont formé la France jusqu'en 18ho, TEmpire comprenait les départements suivants : S le long des Alpes : Léman (Genève), Mont-Blanc (Chamhéry), Alpet'MarUifMM (Nice); 15 au nord et à Test, lusqu'au Rhin : Sarre (Trêves), Mont-Tonnerre (Mayence), Rhin'et Moselle (Coblentx), Hoir (Aix-la- Chapelle), Ffrest (Luxembourg), Sawbre-et-Meuse (Namur), Ourthe (Liège), Meuse- Inférieure (Maestricht), Jrmmapes (Monsi, Lys (Bruges), Escaut (Gand), Ùyle (Bruxelles), Deux-Nèthes (Anvers), BoucMs-d*-l^Escaut (Middelbourg), Bouches-duRhin (Bois-Ie-Duc); 17 au delà du Rhin : Bouehetde-la-Meus- (la Haye), Zttudersée (Amsterdam), Y s$el- Supérieur (Amheim); BourheS'derY.isel ZwollJ. Frise (Leuwarden), Ems-Occidental (Gioningue), Ems-Oiiental (Aurich), Lippe (Mansier) j Ems-Supérieur (Osnabruck), Bouches-du-Weser {Brème) f Bow'hes-de-i' Elbe (HsimhouTg); 15 au delà des Alpes : Stm;)/on (Sion), Doive (Ivrée), Sesia (Verceil), Pé (Turin), Marengo (Alexandrie) ,S/«ra (Coni), Montenotte (Savone), Gènes (Gènes), Apennins (Chiavari), raro (Parme). Amo (Florence), Meiiterrauée (LivoumeJ, Omoronne (Sienne), Trasimtne (Spolète), Rome (Rome); enfin 7 provinces illyriennes : Carinthie^ CamwlCj Istrie^ Dalmatie^ Baguse et CattarOj Croatie civile^ Croatie mtlitaire. Le royaume d'Italie compUit 24 départements, mais n'était pas réuni à la France, et devait, après la mort ie Napoléon, former un Etat séparé. Les sept provinces illjriennes n'avaient pas été non plus réunies par un sénatus-consulte, au territoire de l'Empire. Elles formaient' un gouvernement général provisoire.
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