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tal'.Les Russes demandaient que les navires américains pussent au moins leur apporter les denrées coloniales, il exigea qu'Alexandre confisquât tous les bâtiments neutres entrés dans* ses ports, comme suspects d'avoir contrevenu aux décrets de Berlin et de Milan. Autant valait demander la ruine deniièrb du commerce russe, au moment où, par le système des licerh ces, Napoléon lui- même autorisait ceHaiiis échanges de la France avec l'Angleterre. C'était, de plus, placer la Russie dans une sorte de dépendance que de l'obliger à soumettre sa police intérieure à des ordres partis de Paris. Mais cette dépendance, Napoléon la voulait. Dans une dépêche de mars 1812 au comte de Lauriston, notre ambassadeur à Saint-Pétersbourg, le duc dé Bassano disait : « Il faut revenir sincèrement au système qui fut établi à Tilsitt et que la Russie se replace dans Fétat d'infériorité où elle était alors.
En outre l'Empire français devenait, territorialement bien dangereux pour la Russie, qu'il touchait presque au nord par la Baltique, qu'il menaçait au centre par le grand-duché de Varsovie, et au sud par les provinces illyrieiines d'où noiis pou* viens tendre la main au sultan. Toutefois leczar hésitait, effrs^é d'une pareille lutte; Bernadette, par iihe trahison envers la France, par une faute envers la Suède, le décida, et le 8 avril 1812 Alexandre demanda l'èvî^cuâtion dé la Vieille Prusse, du duché de Varsovie et de la Poméranié suédoise, un équivalent pour l'Oldenbourg et quelques adouèi^sethents aux mesures prises contre le commercé des neutres.
Cependant il était de l'intérêt de Napoléon de ne rien précipiter. L'Angleterre, sans se trouver à bout de forces, semblait prête à mourir de pléthore. Les ouvriers y restaient «ans travail, les pauvres sans paiii, le commerce sans vie. La Tamise s'encombrait de navires changés en magasins ; le sucre qui se payait à Paris 6 francs, se vendait à Londres 6 sols, et le papier-monnaie perdait 18 pour 100. Enfin une rupture avec l'Amérique était imminente. Que la France se
1. Le débat commença à la fin de 1810. Un ukAse âé décembre 1810 avait Interdit dans l'intérêt de rindnstrie russe, sous peine d'être confisqués ou brûlés, tous les produits manufacturés de TAngleterre, plusieurs de ceux d'Allemagne et quelques-uns de France, notamment les draps et les soie* ries. En apprenant cette nouvelle, Napoléon avait dit : « J'aimerais mfeux recevoir un soufflet sur la joue que de voir brûler les produits de 1 industrie et du travail de mes sujets. ■ Il faut dire que lui-même arâssait ainsi Jour quelques-uns des produits de la Suisse, son alliée, el de l'Italie, son omaine.
garde de toute impatience ; qu^elle calme, qu^elle endonne les craintes de TËurope, et la yictoire est à elle, car elle sera à celui des deux rivaux qui supportera le plus longtemps ce terrible régime. De plus, la guerre d'Espagne n'était poiîit finie ; Masséna, Soult, Ney, nos plus habiles généraux, échouaient contre un chef patient qui ne li^Tait rien au hasard, Wellington, et contre une insurrection universelle qu'on frappait, mais qu'on n'étouffait pas. Napoléon ne devait se lancer dans aucune entreprise, avant d'avoir fermé cette plaie toujours saignante au flanc de son empire. Par une imprudence, qu'autrefois il n'eût pas commise, il laissa derrière lui cette lutte inachevée, qui occupait ses meilleurs soldats, et il alla rejoindre la grande armée, c Après cette guerre, disait-il, le système européen sera fondé, la cause du siècle gagnée, la révolution accomplie. » La Russie était, en effet, sur le continent, le dernier asile de toutes les idées que, depuis vingt ans, la révolution avait combattues. Cependant, dans les gigantesques projets qu'agitait Napoléon, Moscou ne devait être encore qu'une étape ; il voulait reprendre, dans de colossales proportions, son expédition des Indes, qu'il avait manquée après Aboukir. Un agent secret parcourant les pays entre la mer Rouge et l'Indus réunissait tous les chefs arabes pour une commune entreprise contre l'Inde anglaise ; la Perse était sondée et gagnée ; le czar vaincu aurait fourni des auxiliaires, et une armée russo-française serait partie de Tiflis, entraînant sur son passage les nomades de ces régions qu'elle eût précipités jusque sur les bords du Gange!
En passant à Dresde, Napoléon trouva l'empereur d'Autriche, les rois de Prusse, de Bavière, de Saxe, et une foule de princes qui venaient l'assurer de leur dévouement. « Je vous avais promis de vous donner un parterre de rois, dit-il à , Talma, je vous tiens parole. »
; Contre la Russie, la France devait compter sur la Turquie et sur la Suède ; mais Napoléon avait blessé la première par l'abandon aux Russes de la Valachie et de la Moldavie ; la seconde, par celui de la Finlande. Bernadette oublia qu'il était Français '. Il se laissa gagner par l'offre de la Norvège, que
1. Bernadotte ne porta en Suède que ses rancunes contre Nai>oléon. Dès les premiers jours de son arrivée à Stockholm (nov. 1810), il agit contre la politique française, et, le 18 décembre, recevait un agent secret de la Prusse. Pendant la première moitié de iSil, il négocia encore avec tout
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lui fit FAngleterre, et ménagea entre le divan et le czar la paix de Buckarest (28 mai 1812). C'étaient deux fautes que la Suède et la Turquie auraient déjà payées cher si elles n'avaient retrouvé naguère l'assistance du peuple qu'alors elles abandonnaient. Toutes deux aussi perdaient l'occasion d'éloigner d'elles l'empire qui les étreint. L'expédition de Russie, fatale pour la France, ne pouvait être qu'heureuse pour elles, et avec leur assistance eût réussi. Si Bernadotle se jetait sur la Finlande et menaçait Saint-Pétersbourg, Napoléon trouvait la paix à Moscou et le fils de Bernadotte n'aurait pas vu si longtemps, des fenêtres de son palais de Stockholm, la gueule des canons russes '. La Russie, rassurée sur sa droite et sa gauche, put alors disposer de toutes ses forces au centre, par où arrivait Napoléon. L'armée française comptait avec ses auxiliaires, qui formaient le tiers des forces, 640 000 hommes, plus de 60 000 chevaux et 1200 canons. Les Russes étaient moins nombreux, mais ils combattaient dans leur propre pays, pour une cause nationale, et ils étaient résolus « à faire une guerre espagnole *. »
Campaipaede Russie (1812). — Le ministre russe qui commandait lui-même la principale armée, Barclay de Tolly, se proposait de couvrir, avec 130 000 hommes, en s'appuyant sur la Dwina, la route de Saint-Pétersbourg, tandis que le prince Bagration couvrirait, en s'adossant au Dnieper, celle de Moscou. Entre les sources des deux fleuves se trouvent les faibles ondulations de terrain qui séparent le versant de la Baltique et celui de la mer Noire. C'est par là, dans cet espace large de 80 kilomètres, entre Witepsk et
le monde, prêt à se donner au plus offrant; au mois d'août sa décision était irise, et le 8 février 1812, il envoyait un ambassadeur au czar pour lui proposer une alliance offensive et défensive qui fut signée le 24 mars. Bernadotte promettait 40 000 Suédois pour descendre en Allemagne sur nos derrières, quand nous marcherions au delà du Niémen. L offre de Bernadotte décida Alexandre à la guerre. Pour en venir la, Bernadotte dut faire violence à tous les sentiments de la Suède et égarer l'opinion Dublioue en bâillonnant la presse. Il correspondait avec les insurges d'Espagne et de Portugal, avec Moreau, avec les émigrés et les royalistes de France. Il fut bien réellement l'auteur de la nouvelle coalition. (Cf. Geoffroy, Bernadotte et la politique suédoite en mi.) j.. » „
1 II les a vus jusqu'en 1854. L'armée anglo- française a détruit Bomarsnnd et le congres de Paris (1856) a interdit aux Russes de fortifier les fies d'Aland, les éloignant ainsi de la Suéde, en même temps qu il les éloignait de la Turquie par la ruine de Sébastopol, et du Danube par l'abandon imposé aux Russes d'une partie de la Bessarabie. , , ^ .
2 De Maistre. Il attribue à un officier prussien, Pruhl, le plan de harasiar et d'aflfamer les Français sans leur livrer bataille.
Smolensk, que Napoléon S6 proposa de passet*. U franchit le Niémen à Kow;io, le 24 juin *, six jours après que le congrès de Washington eut déclaré la guerre à l'Angleterre I II refoula les Russes devant lui, ce qui est d^abord aisé à une armée qui prend Toffensive, et le 28 il entra dans Wilna, où les Lithuaniens raceueillirent avec des h*ansports de joie. On le suppliait de rétablir Tanclen royaume de Pologne : génie d'ordre et de gouvernement, il ne connaissait pas les forces populaires et demandait des régiments quand on lui offrait une insurrection. 11 craignait d*ailleurs de mécontenter TAutriche qui avait eu une part dé la Pologne, et qui h*eût pu la garder si la Pologne était sortie du tombeau.
11 s'arrêta à Wilna dix-sept jours, au lleti d'accabler les Russes, que l'habileté de ses premiers mouvements avait mis en désarroi. Maià il voulait faire de cette ville le centre de ses approvisionnements, et il éprouvait, dès le premier pas, la difficulté et le péril d'agir à une telle distance de sa véritable frontière.
Après cette halte funeste, il prit la route de Moscou powr séparer les deux principales armées russes, battit à Ostrowno (25 juillet) l'arrière-garde de Barclay, et occupa Witepsk (28). Mais Bagration, entamé par Davout à Mohilew, derrière le Dnieper (23), joignit Barklay près dé Smolensk. Cette ville défendue par 80000 Russes, fut prise après un combat acharné. L'ennemi y mit le feu en se retirant le 17 août.
Les Russes reculaient donc toujours, dévastant le jiKays, incendiant les villes et les bourgs, détruisant les blés et les fruits. Napoléon avait besoin d'une grande victoire; il en manqua l'occasion à Valoutina, par une faute de Junot. L'armée de Barclay était très-compromise, et ce ne fut qu'une affaire d'arrière-garde.
Heureusement le czar, cédant à l'opinion déchaînée contre Ëarclay, le remplaça par le vieux Kutusof, qui se décida à livrer bataille pour sauver Moscou. L'action s'engagea près delà Moskowa» à Borodino. Elle fut terrible, car 270000 hommes, résolus des deux côtés à vaincre, s^y heurtèrent avec acharnement*. Le front des Russes était protégé à leur
1. Le Niémen, à l'endroit du passage, n'a que 60 à 80 ^ises d« latent, 3. Le 7 septembre, nous avions présents sous les armés 127 000 hommes atec 580 canons, les Russes 140000 hommes.
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gauche par les ruines d'un village et trois redans que Bagration était chargé de défendre, à leur droite par une grande redoute où Barclay commandait; celle-ci fût prise et reprise; Caulaincourt Tenleva une dernière fois avec uùe division de cuirassiers; 1000 pièces de canon échangeaient leur feu^Les Russes, après une lutte furieuse, cédèrent enfin. Pour changer leur défaite en déroute, il eût fallu faire donner la garde; tous les maréchaux le voulaient, mais Napoléon sentait que cette guerre, dans Tétat de TEurope, était un excès de témérité, et cette .témérité même lui fit commettre dans Texécution des excès de prudence. Ainsi il s'était arrêté à Wiloa au lieu de précipiter ses coups; à Borodino, il n'osa pas aventurer sa réserve : le champ dé bataille nous resta, mais l'armée russe ne fut pas détruite. Près de 60 000 hommes étaient tombés dans ses rangs (7 sept.). Nous avions fait aussi des pertes énormes : 10 000 morts et 20 000 blessés; kl généraux avaient été frappés, 2 mortellement : Montbrun et A. Caulaincourt ; 15 autres grièvement, et parmi ceux-là Davout ; Ney et Murât, restés tout le jour au milieu du feu le plus épouvantable, ne furent pas attemts : le premier faisait parfois coucher, ses hommes à terre pour laisser passer l'ouragan de mitraille, et demeurait seul debout.
L'armée française entra à Moscou ; mais le gouterneur Rostopchine • en avait fait sortir presque toute la population, et l'armé^ russe avait épuisé les ressources des magasins publics. Le feu acheva le reste. Les flammes allumées sur divers points se propagèrent avec la rapidité de la poudre au ' milieu d'une ville en bois. L'incendie dura cinq jours. On ne put sauver que des églises^ le Kremlin et un cinquième des maisons (16-20 septembre). 15000 blessés que Tarmée russe avait laissés dans Moscou périrent au milieu des flammes.
Cette guerre d'extermination devenait effrayante. C'était une nouvelle Espagne que nous trouvions sous le pôle. Na-
1. Rostopchine i'ett défendii d'atoir fait allumer l'incendie par des foreau. (Hiitoire ine^e de la campagne de ftuMt«, par Tamiral Tchitchagoff.) L'areu des incendiaires pris sur le fait serait peut-être insuffisant pour rendre à Rostopchine la responsabilité qu'il répudia plus tard, mais la précaution prise par lui d'emmener les pompes doit lever toute espèce de doute. Le colonefWolzogen le rencontrant aux portes de Moscou avec ce convoi, lui demanda pourquoi il les emmenait : • J'ai mes raisons, ■ ré* pondit-U, et il ajouta : • Pour moi, je n'emporte de la ville que le vêtement qui me couvre, t (Thiers, t. XIV, p. 366.) On trouva cependant beaucoup de vivres dans les caves; de quoi nourrir l'armée pendant sizmois* foivant Larrey.
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poléon eut alors la pensée de se rapprocher de la Pologne et de sss magasins, tout en menaçant Saint-Pétersbourg, de faire, en un mot, une retraite offensive par le nord-ouest; ses généraux Ten dissuadèrent en lui conseillant d'attendre à Moscou les propositions du czar. Elles ne vinrent pas; les ouvertures que TEmpereur fit lui-même furent dé-" daigneusement repoussées. Tandis qu'il perdait un temps précieux les Russes recomposaient leurs armées, et rhiv«r parut. Le 13 octobre, une première gelée avertit qu'il fallait, malgré la sérénité continue d'un automne magnifique, songer à la retraite que l'ennemi, déjà sur notre flanc, menaçait de nous couper. Napoléoçi, pour ne pas avouer au monde qu'il reculait, laissa Mortier avec 10000 hommes dans le Kremlin, et marcha droit sur Kutusof par la route de Kalouga.
L'armée quitta Moscou le 19 octobre, 35 jours après y être entrée. Elle comptait encore 80 000 combattants et 600 canons ; mais elle traînait à sa suite 50 000 employés, femmes, enfants, gens de toute sorte, et une multitude de Toitures. La marche en fut ralentie au point que Kutusof arriva le premier à Malo-Jaroslavetz. Un combat violent s'y engagea le 24, avec notre avant-garde, qu'Eugène commandait. La ville fut prise et reprise sept fois. A la fin, elle nous resta. Il était donc facile de forcer le passage ; mais on quitta la route de Kalouga, qui traversait un pays abondant et peuplé, pour prendre la route ruinée de Mojaïsk, par où l'on était venu. Il fallut se faire jour à travers des masses considérables; puis le froid s'accrut ; la neige couvrit les chemins, et le désordre dans le service des vivres augmenta. Quand on atteignit Smolensk, il n'y avait plus que 50 000 hommes dans les rangs (9 novembre) *.
Napoléon avait pris de minutieuses précautions pour préparer des secours et des forces le long de sa ligne de retraite; l'incurie des subalternes et la difficulté d'être obéi à de telles distances et dans un tel pays, rendirent sa prévoyance inutile. A Smolensk, où il espérait trouver des vivres et des ressources, tout avait été gaspillé. Cependant, il n'y avait pas un moment à perdre : Wittgenstein, avec l'armée du Nord,
1. Ayant même ki bataille de la Moskowa, l'armée perdait tous les jours par les maraudeurs que les Cosaques enlevaient ou qui ne rejoignaient pas les corps plus ae monde que si on eût donné bataille. (Lettre do Napoléon du 8 sept., au major général.)
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alrivait sur notre droite, Siprès avoir forcé, malgré sa défaite à Polotz, Saint-Cyr et Victor à reculer, et s'emparait de Witepsk, sur la Dwina. Tchitchagofif, grâce à une retraite de PAutrichien Schwartzenberg, qui était déjà une trahison, occupait Minsk,, derrière la Bérésina, avec l'armée venue des bords du Danube. Kutusof se portait sur Orcba et Borisow, pour donner la main à ses deux lieutenants. Les trois armées russes allaient se réunir et barrer la Bérésina, que nous devions traverser.
Les Français se remirent en marche ; mais le 14, le 15 et le 16 novembre, le froid descendit subitement à 16 et jusqu'à 18 degrés ; toute verdure ayant disparu, on ne put nourrir les chevaux, qui périrent par milliers. La cavalerie se trouva à pied et il fallut abandonner ou détruire une bonne partie des pièces et des munitions. L'ennemi, qui voyait sur les chemins les traces de nos misères, enveloppa nos colonnes d'une nuée de Cosaques qui enlevaient, comme les Arabes dans le désert, tout ce qui s'écartait. Les jours suivants, la température se radoucit. Alors ce fut un autre fléau, la boue qui empêchait d'avancer, et toujours la famine.
Cette retraite, déjà si cruellement rude par l'intempérie du climat et plus encore par le manque de vivres, ne fut d'ailleurs qu'un long combat. Il fallut, pour dégager Davout, entouré par toute l'armée russe, que Napoléon, à Krasnoô, chargeât lui-même avec sa garde. Ils étaient 10000; ils passèrent au milieu de 60000 ennemis, et donnèrent la main au maréchal; mais toute l'armée russe se resserra contre Ney, qui était réduit à 6000 hommes. Trois fois tel héroïque soldat, c dont l'âme, disait Napoléon, était trempée d'acier, » se fit jour à travers les masses qui l'enveloppaient, trois fois elles se refermèrent sur lui. Les Russes croyaient le tânir enfin, le brave de$ braves; il leur échappa, et la grande armée se trouva encore une fois réunie à Orclia (19 novembre). Avec les corps d'Oudinot, de Victor et de Dombrowski, elle était forte de 40 000 combattants, dont le tiers polonais. Napoléon comptait passer la Bérésina sur le pont de Borisow; mais les Russes l'avaient brûlé, et Tchitchagoff coupait, sur l'autre rive, la route de Minsk, par laquelle il supposait que nous voulions passer. Un gué fut heureusement découvert au nord de Borisow, à Studzianka. La rivière, large de 40 toises, charriait des glaçons énormes ; le général Ëblé et ses
pontODDiwSy plongés dans Feau jusqu'aux épaules, établirent deux ponls de 5^ toises avec les poutres des maisons de Studzianka, qu^on démolit (26). Plusieurs fois rompus, il fallut les reconstruire. Presque tous les pontonniers ou périrent de froid, ou se noyèrent. Alors, tandis que, à la droite du fleuve, Ney et Oudinot contiennent Tarmée de Tchitchagoff, et Victor, à gauche, celle de Wittgenstein, la garde, avec Napoléon, puis Eugène et Da?out, p^99ent. Victor, qui n'a que 15 000 hommes à opposer aux 46000 Russes de Wittgenstein, et une position mauvaise, l'arrête pourtant, le contient, lui tue ou blesse 10 000 hommes, et franchit les ponts durant la nuit. Le 29, il ne restait sur la rive gauche qu'une arrière-garde et une foule de traînards qui, ayant trouvé à Studzianka du bois et des vivres, refusaient d'eo sortir. Quand, au matin, ils virent Tarrière-garde sp disposer à passer les ponts, ils s'y précipitèrent. Il y eut alors une énorme confusion de cavaliers, fantassins, caissons, fuyards. Les Busses survinrent et firent pleuvoir des obus ^ur celte foule amassée. Cette scène affreuse est restée tristement célèbre sous le nom de Passage de la Bérésina^ Le gouverneur de Minsk fit ramasser et brûler 24 000 cadavres.
Napoléon dirigea sa retraite sur Wîlna, où noDs ayions de grands magasins. A Smorgoni, il quitta l-armée pour se rendre en toute hâte à Paris, où venait d'éclater la conspiration de Malet*, prévenir le désastreux effet des dernières nouvelles, et refaire une nouvelle armée. Murât, à qui il avait laissé le commandement, n'avait ni l'autorité ni l'énergie que réclamaient de pareilles circonstances. D'ailleurs le froid arriva jusqu'à 20\legrés, et 20000 hommes périrent en trois jours. L'ennemi, qui ne pouvait marcher lui-my^me que lentement, nous atteignit à Wilna. Ney le tint longtemps en échec à la tète d'une poignée de braves; il défendit encore le pont de Kowno, se battant comme un grena-
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di^, un fasil à la main : il ne repassa le Niémen que le der« nier (20 décembre). Là finirent la retraite et cette fatale campagne. Derrière le fleuve nous laissions, morts ou captifis, 300000 soldats. Et pourtant^nous n'avions pas été une seule fois vaincus! C'est Thiver et la faim, non Tennemi, qui avaient tué la grande armée. Les Russes eux-mêmes^ tout habitués qu'ils fussent à leur terrible x^Umat, souffraient horriblement : en trois semaines, Kutusof avait perdu les trois, quarts de son effectif.
Les armées françaises n'étaient pas plus heureuses en Espagne. Depuis le départ de l'Empereur, la division du commandement et la faiblesse de Joseph avaient tout paralysé. La campagne de 1810 fut marquée par une double tentative de Soult contre Cadix, au bout de l'Andalousie et de Mas^ séna contre les lignes inexpugnables de Torrès^Vedras, que Wellington s'était habilement préparées à l'extrémité du Portugal; celle de 18V1 par la bataille indécise de Fuentès d'Onoro, entre Masséna et Wellington. En 1812, ce général prit Giudad-Rodrigo et Bad^oz, et battit Marmont aux Araptlea, près de Salamanque*. Ces revers enlevèrent toute im^ portance aux victoires <|ue Sachet gagna dans Test de la péninsule.
C»ii^air»e cl^AUemii|rB« (I8tS). — ' La retraite de Moscou porta un coup mortel à la puissance de Napoléon. Le roi de Prusse sHinit au c^ar, et notre malheureuse armée dut reculer du Niémen sur la Vistule, delà Vistule sur l'Oder, de l'Oder sur l'Elbe. Une sixième coalition se forma. Elle se composait de l' Angleterre^ de la Russie^ de la Prusse» de la Suède et de l'Espagne; l'Autriche arma secrètement^ pour s'j joindre. Ce qui aggravait le péril, c'est que les ^ou* verains alliés faisaient appel à la plus énergique des passions populaires, le soatiment national, a Allemands, disait Wittgenstein, nous tous ouvrons les rangs prussiens ; vous y trouverez le tlsf du laboureur à côté du fila du prince. Toute distinction de rang est effacée par ces grandes idées : le roi, la liberté^ l'honneur, la patrie. » Et l'Allemagne, piétiné^ depuis six ans par nos soldats, écoutait^ avec une résolutiQH faroudis, kt vok de ses prinees et de ses portes. Les vers d'UhIand, du j^ofesseur Arodt^ de Kœmer étaient chantés dans les cbMeaui et éantf les ehaœnières. Déjà ijdèmey il m semMait p«ê tp» m M asses d'affiranohir TAUfcoagne; on partait de nous rei^endre fAlsace et la Lcurralâe, qu^ûsap?
pelaient des terres allemandes. Ainsi , par iios fautes , se retournait contre nous ce grand mouvement de patriotisme qui, en 1792, avait sauvé la France.
Cependant Napoléon déployait son activité ordinaire, et quoiqu'il n'y eut pas une famille qui ne pleurât une victime de ces longues guerres, la France silencieuse et morne lui livra encore ses enfants. « Les nouvelles levées, dit un ministre de ce temps, n'offirirent ni retard ni résistance. » Napoléon refit une armée de 200000 hommes, et se trouva prêt avant les coalisés. Il les rejeta au delà de TElbe par sa belle victoire de Liitzen. t Depuis vingt ans que je commande les armées françaises, s*écria-t-il, je n'ai jamais vu plus de bravoure et de dévouement. Mes jeunes soldats ! l'honneur et le cotrage leur sortaient par tous les pores ! i (2 mai.) Mais la cavalerie était restée dans les steppes Racées de la Russie : Napoléon ne put poursuivre les vaincus, et Lûtzen fut une victoire stérile. L'ennemi fut encore battu à Bautzen, la Saxe délivrée, la Silésie à moitié conquise. A ce moment, Napoléon s'arrêta et accorda malheureusement aux alliés l'armistice de Pleiswitz (3 juin], dans l'espoir que deux mois de repos doubleraient ses forces. La coalition respira et reprit confiance.
En Espagne, Wellington, rendu plus hardi depuis sa victoire aux Arapiles, prenait l'offensive et battit Joseph à Vittpria. Cette défaite qui fut notre bataille de Leipzig au midi amena la perte de l'Espagne. Suchet se trouva découvert par la retraite des armées de Portugal et de Castille sur les Pyrénées ; il évacua Valence, Barcelone, et se retira à Figuières où il s*adossa aux Pyrénées. Soult prit position derrière la Nive, mais les Anglais n'en étaient pas moins sur la Bidassoa et le sol français allait être entamé. Cet événement fit une sensation profonde. Napoléon n'en fut pas ébranlé. L'Autriche lui demandait, pour que la coalition posât les armes, l'abandon du grand-duché de Varsovie, de riilyrie, des villes hanséatiques et du protectorat de la Confédération du Rhin. C6S concessions n'ôtaient rien à la grandeur de la France^qui gardait la ligne du Rhin et des Alpes, et, au delà de cette barrière, la Hollande, l'Italie, avec les deux couronnes, de Murât et de Jérôme. Pour notre malheur et pour le sîen« Napoléon repoussa ces demandes. L'Autriche avait cependant déclaré qu'en cas de refus elle joindrait ses 300000 hommes aux armées alliées. Elle tint parole. Le 16 août, les
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hè^filîiès e6himeneèretit et' leoomion tonna surùme ligne de ihù Heues, déplier la Bohème et lés borde de la Katzi>aeii )iîS(îil%'Hambo\lrg. - ' .
" La coàtîtianf avait en faoe de. Napoléon' 500 OOO Boldats, traînant avec eux 1500 canons, et une réserve, toute ptète i entrer en ligne, ée *250 OOO hommes. Deux Françaûs étaieni flans ses rangs î le pr'mck royal de Suède, Bernadotte^ et lé vainqueur de Hobenlinden, Moreau, qui, à la prière d'A^ lexandre, était revenu d*Améri(ïue pour diriger contre sa patrie le coup mortot. Napoléon a dit de Bernadotte, qui devait à la France la couronne de Suède : t Pour prendre feimûe* on ne renonce pas à sa mère ; encore moins est-an tenu à •ni percer le s^in et à lui déchirer les entrailles. » L'histoire n'a poiifit à pai4er autrement*. Les allié», toujours vaincus> malgré leur nombre, avait adopté la tactiqup de refuser la bataille à leur indomptable adversaire et de l'accepter de ses îieutenawts'.
L^Empereur n'avait sur TËlbe et sous sa marn que 360000 hommes; présumant trop encore de sesfojrces, malgré Tinégalité du Qoinbre^ il voulut menacer à la foia Berlin, Breslau et Prague, ce qui Taffaiblit au centra^ à Dresde, où il frappa poiiriant te 26 et le 27 août un coup terrible sur les coalisés, A cette bataille, un transfuge, au moins, fut puiji : Moreeju indiquait à Alexandre une manoeuvre à. faire, quand, jun bouT let de la garde lui fraqassa les deux cui^se^i; il mourut quatre jours après. Mais, pendant qije la grande s^ripée d^ Bohème fuyait en désordre à travers les montagnes (J'où elf^ était descendue,. Napoléon , apprenait que, MacUon^ld vepaii d^isUyejr un ,d4pa^tre sur , la Katsibawîh (2^-29 août) et tjue Oudinot'avAit été battî;, le 23, à QrossBeeren, sur h route.de BerUn* 0^3. fâ,cheuses nouyçUes, Tençipêcjhèrent 4^ dicigâr luinmèiîne la. poursuite de l'armée vainpi^p et de Faceabler*. Vandçimme, lancé en Bohé,me §t. qu'on n'y soutint pas, fut pris .à K.ulw.(30.aQÛt), ç^qui annujait la yictoire d^ Dresde en laissant aux Autrichiens l'appui des montagnes de la Bolième, avec la facilité d'^ sortir à, volonté ppur touriier notre droite. La défaite de Macdonald avait fait perdre laSilésie.et amené Blucher en Saxe; celle d'Oudînot, et iine autre que Ney essuya à Dennewitz (6 sept.) en voulant rouvrir la -route de Berlin, permirent à Bernadotte d'arriver |,Wiftenberg'^ d'où' il tendit la main à Blttcher. Davout qui était déjà au îniîieii îiu Al ecklen bourg, pif^. il avait pris "V^îf,-^
mar, dut suivre notre mouyement général de retraite derrière l'Elbe. Alors de Wittenberg à Tœplitz, les coalisés formèrent devant nous un .arc de cercle de 300 000 sabres ou baïonnettes qui nous menaçait de front, tandis que ses extrémités faisaient effort pour se rejoindre sur nos derrières et nous fermer la route de France, en donnant la main k TAllemagne qui se soulevait, à la Bavière qui entrait dans la coalition, à Bade et au Wurtemberg qui allaient Ty suivre. Napoléon essaya encore une fois de couper ce cercle; il concentra ses forces à Leipzig et y engagea une action générale. Cette journée, que les Allemands ont appelée la bataille des nations, fut la lutte la plus meurtrière de Thistoire moderne, 190 000 Français soutinrent, pendant trois jours, Tattaque furieuse de 333 000 hommes. Les Saxons et la cavalerie wurtembergeoise passèrent à Tennemi, sur le champ de bataille, et tirèrent sur nos soldats leurs canons encore chargés de boulets français. Cependant, nous n'avions perdu aucune de nos positions-, mais les réserves de rartillerie étaient épuisées : à la fin de la troisième journée, il ne restait plus de munitions que pour 15000 coups, c'est-à-dire à peine pour deux heures de combat, et le nombre des ennemis s'accrois^ sait sans cesse. Comme en 1812, il fallut reculer sans avoir été vaincu, et, comme en 1812 taire devint un désastre. Napol tôt ses intentions, n'avait pas f et la Pleisse ; un seul, étroit ei bras divisés des deux rivières, brement, des retards, puis une sauter le pont de TElster avant mée, avec deux maréchaux et franchi. Le vaillant Poniatow Macdonald le passa à la nage :
pris. 120000 hommes, dont 50 chés sur ces plaines funèbres
1. Journée du 16, trois batailles, 115 000 hommes contre 200 000; elle n( ses, 40 000. Nous gardons le champ d des deux masses ennemies; mais, la vi ger augmente, car nous ne pouvons hommes, et il en arrivait lio ooo aux et assurer la retraite : morts ou bles! furieux combats à Dolitz et Probsteyd par Tunique pont de Lindenau. Jour la ville de Leipzig, pour couvrir la reti
l'empiaK db 1812 a 1814. 643
LVmée trouta mcx^k^e la route barrée, à Hanau , par 60 000 Austro-Bavarois ; rartillerie de Drouot et la garde y firent une trouée sanglante, par où Tarmée passa. « Nos canons, dit un témoin oculaire , roulaient dans une boue de chair humaine. * Hanau fut notre dernière victoire au delà du Rhin {30 octobre). Le cinquième seulement de nos troupes rentra en France, et 120 000 soldats restèrent inutiles dans les places de TElbe, de TOder et de la Vistule, où ils furent assiégés. Rapp se défendit héroïquement une année entière à Dantzig; Davout sortit de Hambourg quiand et comme il voulut, après Tabdication de Napoléon. Du Tailly, à Torgau , n'ouvrit ses portes qu'après avoir mangé son dernier cheval. Il faut citer encore les belles défenses de Lapoype à Wittenberg , de Lemarois à Magdebourg, de Grandeau à Stettin , de Ravier à Damm , de Fornier d'Albe à Custrin , de Laplane à Glogau. L'histoire doit un souvenir à ces braves gens qui , loin de la France et de tout secours, tenaient aussi fièrement notre drapeau qu'au temps de nos victoires.
CainpainiLe de France (1814). — Pour sauver la France, il eût fallu un réveil unanime de l'esprit national ; mais le ressort était brisé ; les sources mômes de la population virile tarissaient. D'ailleurs le peuple des villes et des campagnes était désarmé ; ce ne fut que le 5 mars , cinq mois après l'entrée de Wellington en France , que Napoléon proclama, trop tard, la levée en masse, l'insurrection nationale. La bourgeoisie, qui avait salué sa dictature, quand cette dictature sauvait le pays du désordre, Ja repoussait aujourd'hui qu'elle menait le pays aux abîmes; et, au moment où il eût fallu que la nation entière se serrât autour de Napoléon , les libéraux donnaient le signal d'une opposition intempestive et malheureuse. Les ennemis profitèrent habilement de ces premiers symptômes de lassitude et de défection prochaine. Ils publièrent la fameuse déclaration de Francfort, dans laquelle ils protestaient « qu'ils ne faisaient pas la guerre à la France, mais à la prépondérance que Napoléon avait trop longtemps exercée hors des limites de son empire; » Et ils o^rirent la paix , à condition que la France rentrât dans ses limites naturelles. Par ces propositions les alliés cherchaient à séparer l'Empereur de la nation. Ils y réussirent : le Corps législatif, à qui Napoléon demanda un concours énergique , répondit en se plaignant du des-
^«4«i 'NAPOLÉON ir^ I
rpotisiMi et dé la guerre* '« Bst-ee. U moumUde parler des 'âba«, B'éerial l'ËmpepeuF, quasnd i 200 000 jCo^aqMe» franchisa seiit no» froniièrea? Il ne s'agit pas de liberté et de sûreté 'indiyiduelle^ il s'agit, de Tindépendance n^tiooale. » EtU avait raiëorv; »H1 n^Ût paâ eu la dictatuire, c'est alors qo'U eût fally la hii doàner. Le Corps législatif fut ajourna pour un temps -indéfini. Napoléon régla seul, le budget , renvoya le p^pe ea Italie, Ferdinand VII en Espagne» et se prépara à une Uitte •suprême. '•■ ! • • . •! . !■ • ,.'i i ;.
* II n^avait plus qiAe> .60000 soldats, contre les, 3^000 qui -fi'évançaient, partagés en deu ^Siléski^ sots Bliioher ; celle d bergw La première passa sans -efl la Meuse ; la deuxième, vio boucha par la trouée de Béfpr lier leurs communications par) 160 000 Angl€i-Ë6pagnK)ls, ,soi3 les Pyrénées; au suc^rest^ 80 0< des Alpes; au nord-est, 80 000 S r^uS' Bemadotte, menaçaiwit '.
d'était pas. a^sez de ce^.ifQriQe; se levaient encore , en. arrière ^l«g dMïi millioû d'hommes !sur la France.
Napoléon- piccourut,; le 26 jani Pour séparer les armées deSilé <et' battit Bliicher à Saiint-f>izie Isans: f>ouvoir empêcher laréui R(rthi<ère (l«r férrier) le contra Quelques jours après (8 lévrier timatumides alliéfi; oeHe fois, :
tnites naturelles I du Rhin et. dQ^ Frsmce rentrât daûas ses.frontiè rEmpèreur d'accepter : « Que j ont été faites avfant moi^ s'écri l^lus petite que je Tai trouvée? Jamais! » , ,
Mais les alliés se séparent pour marcher à la fpis.sur P^t ris. par la vallée delà Seine et par celle de la, A^rœ. iN^po-l léon qui, dans ces plaines liutes <de la Ch^iQpagne i cçunajt jus^'au dernier repli de terjraia, suit de l'œil tpus les xpQuver mentsde ses adversaires et priOfitedela mpindri^ imprudence* 120000 Prussiens, s'étendaieot de( Çh^Jon^, à;.ia ^erLô-sous-»
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léixaarre : il cotipue edtte (10 léY.)y et sé()âr6: Saekjeu mienr àMontraîrail^ ie pou il le baf| ehooreile ISi^ puÂs tourne coDtfe It iaeceud^ i Ya^K^iaps <jl4i), 1a refouJo tpîres enctnq.JQiuirsA M^is i MauftBj Schwarizenbeng s":
Château-T5hierry. : ,
spn avant-garde a déjà dépassé Melun, L'armée française fait 3Ô liébeè en d6 heures et le 16 février elle heinrte élf chasse devant elle les Alitrichiens k Mormant, le 17 à Nangîâ et à Donneiharîe. Urt co^ps tïe'30000 hommes s'était aventuré jus4u*à Fontainebleau. Une 'fkate* du rtiatéchal Victor, qui t3g['da de (juelqiiéô heui^és à^ S'emparer de Montereauy lui: pëtnâét d'échapper. Sbn arrière-garde ^feulement est dé»tr'uitè dah^ cette ville le 18, un atitre échec à Méry-sur-Seiney le 22 , préciipite leur rett^ite. En' hiTît jtwrs les Autrichiens avaient perdu 50 lieues de terrain, et l'armée française ren-^ tra daûà' %6yes étt Iri'dintîhé'. "" ' • .; ^
Malheureusement cette poursuite des Autrichiens sur la haute Seine laisse libres les approches de Paris du côté du nord-est; Blûcher, qui a raffermi son armée, y marche une seconde fois par la Marne, Napoléon court à lui et le jette en désordre sur Soissons. Blûcher semblait perdu : Soissons lui ouvre ses portes et le sauve. La ville venait d'être prise par l'armée du Nord : les Prussiens y trouvent un refuge et y doublent leurs forces. Ils n'en sont pas moins battu» à
Place de Tiiôtel-de-Ville de Chàioas-sur-Marae.
Craonne; mais ils se concentrent près de Laon au nombre de 100 000, et se maintiennent dans cette forte position, malgré les efforts de l'Empereur pour les en déloger (10 mai;s). Napoléon se retourne alors contre les Russes et les chasse de Reims (13 mars). Schwartzenberg, qui pendant l'absence de la petite armée française s'était avancé jusqu'à Provins, à deux journées de marche de Paris, s'effraye de la voir revenir sur son flanc; il s'arrête, recule; les abords de Paris sont encore une fois dégagés.
Ainsi, en un mois, Napoléon avait livr^ quatorze, batailles»
l'empire de 1812 a 1814. 6i7
remporté douze victoires et défendu les approches de sa capitale contre les trois grandes armées ennemies. Les alliés, un moment inquiets, avaient accepté l'ouverture d'un congrès à Châtillon , sans désir sérieux d'y terminer la grande querelle. Pour Napoléon, il avait déjà dit : « J'ai juré de maintenir l'intégrité du territoire de la république ; si les a'iiés persistent à vouloir démembrer la France , je ne vois que trois partis : vaincre, mourir ou abdiquer. * Le congrès fut rompu (10 mars).
La lutte devenait de plus en plus inégale. La défection de Murât, qui crut ainsi sauver sa couronne, livra l'Italie aux Autrichiens. Augereau, après un simulacre de bataille, leur ouvrit les portes de Lyon, la seconde ville de France; le général Maison évacuait la Belgique; enfin, les Anglais de Wellington, que Soult n'avait pu arrêter, entraient à Bordeaux, où Louis XVllI fut proclamé roi (12 mars); et dans Tintérieur les royalistes s'agitaient. « Vous pouvez tout et vous n'osez rien , écrivait Talleyrand aux souverains alliés ; osez donc encore une fois. »
Le czar veut en finir avec cette lutte qui étonne le monde et qui est un dernier affront pour les coaliséSj II ordonne à Blûcher et à Schwartzenberg de réunir leurs forces pour marcher ensemble sur Paris, Napoléon essaye vainement d'empêcher cette jonction : la sanglante bataille d'Arcis-sur- Aube reste indécise {20 et 21 mars). Alors il prend la résolution hardie de laisser libre la route de Paris, mais de se porter avec 50 000 hommes à Saint-Dizier , sur les derrières des alliés. Là il coupera leurs communications, excitera encore le courage de ces patriotiques provinces, qui n'ont point attendu le tardif décret du 5 mars pour se lever en masse, grossira son armée d'une partie des garnisons des places de la Moselle et des forces de Tinsurrection , pour revenir sur Tennemi épouvanté frapper quelque coup terrible. Que Paris seulement se défende, et pas un étranger ne repassera le Rhin, a Je suis plus près de Munich, disait Napoléon , qu'ils ne sont près de Paris. *
Mais Paris ne se défendit pas. En utilisant toutes les ressources qu'il offrait, on pouvait réunir et armer 70000 combattants. On avait 8000 hommes des dépôts de la garde et de la ligne, plus de 20 000 conscrits ou soldats de dépôts casernes dans les environs, 2000 officiers sans emploi, 12000 gardes nationaux; enfin Marmont et Mortier étaient sous les
muraayec 130PQlw>i»mç3,derarînée active. 20 OOO.Quvriers, la plupart anciens soldats, se pressaient aux portes des mairies dewan(^nt des armes ; op les repoussa. Il y avait dans les arsena^ux 400 canons, 20 000 fusils neufs, 5 millions de cartoucT^s ; à Grenelle seulement, 300 milliers de poudre, et la manutention militaire fabriquait chaque jour 6Ô 000 rations. On les laissa prendre à Teimemi, et les Français itanquèrej^t de munitions, manquèrent de pâîn. On nuit quatre canons sur les buttés Chaumdnt , Six sur Montmartre ^ çt 22000 hommes seulement prirent part à la bataillé' 'âé'Parii, aux villages de Pantin, la Vilïêtt'e, Béllevllfe et Romainvîlle, 'à la barrière Clichy, contre les 80 OOd Autrichiens dfeSçAWjâr^ zenberg, contre les 100 000 Prussiens de Blûchef (JOm'aîi^! La résistance fut aussi héroïque qii*inulilé. t Ils sont trop! % disaient nos soldats en tombant. Les ajliés perdirent 1800b hommes, presque autant que nous en avions en ligne }'le tiia^ réchal Marmont signa une suspension d'^armes et une capitulation pour épargner à la ville les horreurs d*une'pîiàé d'assaut (31 mars). ' ' ' '
Abdication de PEmpereUT (B éTtit 1^14). *-^ ËDoil^ 'hés d'une telle Victôii^e, les éttahgérs n'entrèrerit daûd la grande cité qu'avec une sorte de crainte respefctueusa. Ils montrèrent la plus grande modération. Le czar protesta qde la nation n'avait qu'à manifester son vœu, qu'il était prêt à le soutenir. Le peuple témoignait Une sombre résignation ; mais le Sénat, convoqué et dirigé par Talleyranid, nomma, le K avril, un gouvernement provisoire; le 3, il prononça la déchéance de Napoléon; le 6, il adopta une constitution nouvelle et appela au trône ttn prince que là nation ne <îoiinaissait plus, et auquel les souverains alliés n'avaient songé que dans les derniers jours, un frère de Louis XVÏ, Louis XVIII.
Napoléon avait encore à Fontainebleau des forces imposantes : avec les armées d'Eugène, de Stichet et c^fe de Soult, qui venait de livrer à Wellington l'héroïque bailaine de Toulouse, il pouvait réunir 140 000 soldats éprouvé» deprière la Loire. Il eût un instant la pensée de combattre; mais ses généraux étaient las de la guerre : Marmont le trahit par îa capitulation d'Essonne ; Ney, Berthîer même, le quittaient. Alors il abdiqua! Neuf jours aprèR il Ûth sa vielle garde, dans la cour dite du Cheval-Blanc^ des adieux devenus célèbres, et partit pour l*île d'Elbe (20 aVHl). Un f loi de qu^qués kilomètres carrés était maintenant tout'lVmpipe de Thomne
qui, pendant quinze ans, avait régné sur la moitié de l^urope. Un petit nombre de serviteurs le suivirent dans son exil: Bertrand, Drouot, Cambronne, et environ 400 hommes de la vieille garde.
Ainsi le duel à mort que l'Angleterre avait entrepris contre la France était fini; Tor anglais avait vaincu.
Napoléon avait cru PEurope complice de sa haine contre Taristocratie britannique, et il avait pris l'empire de la terre pour combattre les maîtres de l'Océan. Au milieu de cette lutte. gigantesque disparut la question des libertés publiques de la France, du droit des souverains et del'indépendancedes nations.
Durant dix années, Napoléon alla.de victoire en victoire, à Milan, à Vienne, à Berlin, à Madrid, à Lisbonne; et toujours l'insaisissable ennemi échappait. Il eut la folle pensée d'aller encore jusqu'à Moscou , quand ses meilleurs soldats étaient au fond de l'Espagne et que le sol allemand sourdement minéy tremblait déjà sous ses pas. Au retour, l'hiver tua la grande armée ; alors les peuples que nous foulions se soulevèj^nt et, en France, les libéraux refusèrent leur concours. Le colosse tomba; dans sa chute, il semblait entraîner la patrie elle-même. Elle lui a pourtant pardonné, car elle lui doit une gloire incomparable.
Des victoires gagnées par la supériorité du génie et non par celle du nombre, d'immenses travaux accomplis, l'in* dustrie éveillée, l'agricultu^ encouragée par la sécurité donnée aux acquéreurs des biens nationaux, une administration éclairée, vigilante et rapide, l'unité du pays consolidée et sa grandeur dépassant tous les Têves, voilà ce qui plaidera toujours pour lui dans la postérité et au cœur de la France.
D'ailleurs, malgré sa cour de rois, sa noblesse, et, à certains égards, malgré lui-même, Napoléon resta, pour nous, le représentant, et, pour l'Europe, le soldat-armé de la révolution. Il en conserva les institutions civiles, c grand résultat social, disait-il, pour lequel il avait valu la peine de souffrir ce qu'on avait souffert i et qui devaient ramener un jour la liberté écartée par lui de sa route. Il en porta même l'esprit partout où il arrêta ses armées. En couronnant des parvenus, en forçant des rois de vieille souche , des empereurs, à devenir les courtisans de sa fortune roturière, il détruisit le vieux prestige de la royauté de droit divin.
I'EmWrE de 1012 A 1814/ 65i
L'Espagne, Fltalie, TAllemagne, sortirent frémissantes de ses mains ; et pour le renverser les rois furent contraints de proclamer les droits des peuples- Lui-même reconnut toujours sa véritable origine aux grands moments de sa destinée. « On veut, disait-il un jour, au sujet d'un attentat des royalistes, on veut détruire la révolution en s'attaquant à ma personne; je là défendrai, car je suis, moi, la révolution. > Au milieu des splendeurs inouïes de Dresde et d'Erftirt, les rois, les princes, l'entendirent, surpris et embarrassés, raconter ses souvenirs de sous-lieutenant d'artillerie ; et, lorsqu'en 1814 les députés, se trompant d'heure, mar- «hsMlstoit' F^artorHè à eeUûqm 8#)il- pouvait sauver la France, il iavoquait enCiH'e pour lui le. droit de représente^ le peuple, c'est-à-'dire de le défendre* Aussi, conduit par so;^ instinct, le peuple ne s'y trompa jamaâs : lui /]ui avait payé de[ son sang toutes les victoires dç l'^mperei^r, il aimait, U regretta Napoléon. .
Cependant ce puissant bomix^ de guerre et d'administra-r tion ^ui restera la plus grande figure de l'histoire .militaire aIai6Sé'laFràxiceipllis!petite;qu'U m l'avait r^çu^, épuisée de san^ et d'or,.iipivé6 êd dixrrhuit départements^ qi^e la ré^ publique lui avait dohnés et qu'elle possédait e^QreJp 1§ fe!*umâire, à ï^^hxi des victoires de Zuri<di et dq B^rgep^ .|^eç faites du politique avaient, perdu le général invû^cible, Auss^ se âemandera**t-oii si la France n'a point payé trop çt^r c^tte puissance éphémère? Et peut-êlre, dans cette épopée merr veilleuse et terrible, l'histoire trouvera-t-elle un des plus mémorables exemples de l'expiation qui suit toujours le^ grandes fautes. Les désastres ûrent alors deux victimes; n^is il y avait aussi deux coupables : l'Empereur et la France ; Tun qui, à dix ans de la révolution, refaisait sous des formes nouvelles l'ancien régime, et qui s'était préciipité dans l'a* bîtne pour n'avoir voulu mettre de frein ni à son ambition ni à son génie; l'autre, qui avait mérité ses malheur^ en se jetant, conmietme enfant éperdue, dans les bras d'un jeime et- gloileox général, et qui, i^our échapper à l'ennui de se gouverner elle-même, avait laissé relever ce qu'elle venait d'abattre. Nos pères ont leur part de responsabilité dans les malheurs de la patrie, car, en donnant à Napoléon la toutepuissanCe, îls lui ont aussi donné la dangereuse ivresse du pouvoir absolu.
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