POPULATIONS PRIMITIVES. MOEURS ET COUTUMES
cèrent droit à l'occident tant qu'ils trouvèrent de la terre pour les porter. Arrivés au bord de l'Atlantique, ils virent de hautes falaises blanchir à l'horizon et voulurent les atteindre. La grande lie qui flanque la Gaule devint encore leur domaine, et ils ne s'arrêtèrent que lorsque, du haut des derniers promontoires de l'Écosse et de l'Irlande ils ne trouvèrent plus devant eux que l'immensité de l'Océan. 11 n'y avait pas à aller plus loin ; le grand voyage commencé dans la Bactriane était achevé. Les Celtes s'étendirent et multiplièrent sur ce vaste territoire, ne gardant, en témoignage de leur origine asiatique, que quelques-uns des dogmes religieux de l'Orient, peutêtre l'organisation des castes sacerdotales, et un idiome qui, plus éloigné que le grec et le latin du sanscrit, la langue sacrée des brahmes de l'Inde, s'y rattache cependant par des liens étroits, et révèle la parenté qui unissait les Celtes ou Gaulois à la grande famille des nations indo-européennes. Cette langue se retrouve aujourd'hui, au fond de la Bretagne, en quelques coins reculés du pays de Galles, dans le nord de l'Écosse et de l'Irlande ; et ceux qui la parlent sont les derniers représentants de cet ancien peuple. Ainsi quelques débris restés debout attestent la grandeur imposante des monuments écroulés.
Ibères on Basques. — Les Celtes avaient pourtant trouvé un peuple établi avant eux dans la Gaule. Les Ibères, qui étaient probablement venus par le nord de l'Afrique et l'Espagne, occupaient tout le pays au sud de la Loire; ils furent à peu près refoulés, sous le nom d'Aquitains, au sud de la Garonne, et sous le nom de Ligures saliens, au sud de la Durance. Leur langue était celle que parlent encore les Vascons ou Basques dans une partie des Pyrénées ; elle est sans rapport aucun avec les autres idiomes européens.
Belges on Kymris. — Les Kymris arrivèrent les derniers, vers Pan 600. Ils passèrent le Rhin dans la partie inférieure de son cours, sous la conduite de Hu, le puissant chef de guerre, législateur et prêtre, et occupèrent tout le nord de la Gaule, jusqu'à la Loire qui fut même franchie, de sorte qu'une partie des provinces de l'ouest jusqu'à la Garonne appartint aux nouveaux venus. Ce ne fut pas toutefois sans de longs combats, qui agitèrent la Gaule entière et provoquèrent l'émigration, hors du pays, des tribus dépossédées. Les unes franchirent les Alpes avec Bellovèse, les autres passèrent le Rhin avec Sigovèse. Nous les retrouverons plus tard.
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Phénicien*. — Les hardis navigateurs de Tyr et de Garthage, qui parcoururent de si bonne heure tous les rivages de la Méditerranée, parurent aussi aux bouches du Rhône. Ils se contentèrent d'abord de quelques échanges avec les indigènes, puis obéissant à l'humeur envahissante qui leur faisait couvrir de colonies les côtes de l'Afrique, de la Sicile et de l'Espagne, ils s'avancèrent dans l'intérieur du pays. L'histoire légendaire des travaux de l'Hercule tyrien recouvre l'histoire réelle des voyages et des fondations de la race phénicienne en Gaule. Le dieu, disait la tradition, arriva aux bords du Rhône, où il eut à soutenir un combat terrible. Ses flèches étaient épuisées ; il
La Crau, entre Arles et Marseille.
allait succomber, lorsque son père vint à son aide : Jupiter fit tomber du ciel une pluie de pierres qui fournit de nouvelles armes au héros. Ces pierres, on les peut voir encore; l'immense plaine de la Grau en est toute jonchée. Hercule victorieux fonda, non loin de là, la ville de Nîmes, et au cœur de la Gaule celle d'Alésia. La vallée du Rhône ainsi conquise au commerce et à la civilisation, le héros reprit sa route vers les Alpes, et les dieux le contemplèrent fendant les nuages et brisant la cime des monts. C'était le col de Tende qu'Hercule entr'ouvrait, et la route d'Italie en Espagne qu'il jetait pardessus les Alpes abaissées. Ainsi, dans les âges reculés, les
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peuples aiment à attribuer au bras invincible d'un héros les efforts séculaires des générations, ou ce que la nature ellemême accomplit.
Crées. — Les Phéniciens avaient précédé les Grecs dans la domination de la Méditerranée, mais furent supplantés par eux en Gaule. Les Rhodiens s'établirent aux bouches du Rhône, tandis que les colonies phéniciennes de l'intérieur tombaient aux mains des indigènes. Vers Tan 600, arrivèrent les Phocéens, qui fondèrent Marseille. Les Grecs plaçaient une gracieuse histoire à l'origine de cette ville. « Un marchand phocéen, Euxène, aborda, disaient-ils, sur la côte gauloise, à quelque distance de l'embouchure du Rhône. Il était sur les terres du chef des Ségobriges, Nann, qui reçut bien l'étranger et l'invita au festin des fiançailles de sa fille. L'usage voulait que la jeune vierge vint elle-même offrir une coupe à celui des hôtes de son père qu'elle choisissait pour son époux. Quand elle entra, à la fin du repas, tenant la coupe pleine, ce fut devant le Phocéen qu'elle s'arrêta. Nann accepta le choix de sa fille, il donna à l'étranger le golfe où il avait pris terre. Euxène y jeta les fondements de Marseille. a
Caractère, mœurs et coutumes. — Toutes les tribus celtiques eu belges avaient des coutumes à peu près semblables, malgré la différence des origines, et aux yeux des étrangers elles ne formaient qu'un seul peuple. Les Grecs et les Romains ne voyaient que des Gaulois dans la Gaule, parce qu'ils y trouvaient partout le même courage. <r Race indomptable, disaient-ils, qui fait la guerre non-seulement aux hommes, mais à la nature et aux dieux. Ils lancent des flèches contre le ciel quand il tonne ; ils prennent les armes contre la tempête ; ils marchent, l'épée à la main, au-devant des fleuves débordés ou de l'Océan en courroux. » Et ce qui les rendait encore plus redoutables, c'était leur nature généreuse autant que brave, c Chez ce peuple franc et simple, dit Strabon, chacun ressent les injustices faites à son voisin, et si vivement, qu'ils se rassemblent tous pour les venger. »
Diodore de Sicile fait des Gaulois ce portrait : « Ils sont de grande taille, ont la peau blanche et les cheveux blonds. Quelques-uns se coupent la barbe et d'autres la laissent croître modérément; mais les nobles se rasent les joues et laissent pousser les moustaches, de manière qu'elles leur couvrent la bouche. Ils prennent leurs repas, non point assis sur des sièges, mais accroupis sur des peaux de loup et de chien. A •
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côté d'eux sont des foyers flamboyants avec des chaudières et des broches garnies de quartiers entiers de viande. On honore les braves en leur offrant les meilleurs morceaux. Les Gaulois invitent aussi les étrangers à leurs festins, et ce n'est qu'après le repas qu'ils leur demandent qui ils sont et ce qu'ils viennent faire dans le pays. Souvent, pendant le festin, leurs discours font naître des querelles, et, comme ils méprisent la vie, ils se provoquent à des combats singuliers. »
Le môme écrivain ajoute: « Les Gaulois sont d'un aspect effrayant; ils ont la voix forte et rude; ils parlent peu, s'expriment par énigmes et affectent dans leur langage de laisser deviner la plupart des choses. Ils emploient beaucoup l'hyperbole, soit pour se vanter eux-mêmes, soit pour abaisser les autres. Dans leurs discours, il sont menaçants, hautains et portés au tragique ; mais ils ont de l'intelligence et sont capables de s'instruire. Ils ont aussi des poètes qu'ils appellent bardes, et qui chantent la louange ou le blâme, en s'accompagnant sur une rote, instrument semblable à la lyre.
Costumes et armes. — <r Les Gaulois portent des vêtements singuliers; ils ont des tuniques bigarrées de différentes couleurs, et des chausses qu'ils appellent braies. Avec des agrafes, ils attachent à leurs épaules des saies rayées d'une étoffe à petits carreaux multicolores, épaisse en hiver, légère en été. Ils ont pour armes défensives des boucliers aussi hauts qu'un homme, et que chacun orne à sa manière. Gomme ces boucliers servent non-seulement de défense, mais encore d'ornement, quelques-uns y font graver des figures d'airain en bosse et travaillées avec beaucoup d'art. Leurs casques d'airain ont de grandes saillies et donnent à ceux qui les portent un aspect tout fantastique. A quelques-uns de ces casques sont fixées des cornes ; à d'autres, des figures en relief d'oiseaux ou de quadrupèdes. Ils ont des trompettes barbares, d'une construction particulière, qui rendent un son rauque et approprié au tumulte guerrier. Les uns portent des cuirasses de mailles de fer; les autres combattent nus. Au lieu d'épées, ils ont des espadons suspendus à leur flanc droit par des chaînes de fer ou d'airain. Quelques-uns entourent leur tunique de ceintures d'or ou d'argent. Leurs épées ne sont guère moins grandes que le javelot des autres nations, et leurs saunies, lourdes piques qu'ils lancent, ont les pointes plus longues que leurs épées. De ces saunies, les unes sont droites et les autres recourbées de sorte que, non-seulement elles coupent, mais
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encore déchirent les chairs, et qu'en retirant l'arme, on agrandit la plaie.
Manière de combattre. — « Dans les voyages et dans les combats, beaucoup se servent de chars à deux chevaux, portant un conducteur et un guerrier. Ils lancent d'abord la saunie et descendent ensuite pour attaquer l'ennemi avec l'épée. Quelques-uns méprisent la mort au point de venir au combat sans autre arme défensive qu'une ceinture autour du corps. Ils emmènent avec eux des serviteurs de condition libre, et lés emploient comme conducteurs et comme gardes. Avant de livrer bataille, ils ont coutume de sortir des rangs et de provoquer les plus braves des ennemis à un combat singulier, en brandissant leurs armes pour effrayer leurs adversaires. Si quelqu'un accepte le défi , ils chantent les prouesses de leurs ancêtres, vantent leurs propres vertus et insultent leurs adversaires. Ils coupent la tête de leurs ennemis vaincus, l'attachent au cou de leurs chevaux et clouent ces trophés à leurs maisons. Si c'est un ennemi renommé, ils conservent sa tête avec de l'huile de cèdre, et on en a vu refuser de vendre cette tête contre son poids d'or. »
Usages divers. — Les femmes étaient libres dans le choix de leur époux. Elles apportaient une dot; mais le mari devait prendre sur son bien une valeur égale. On mettait le tout en commun, et cette somme restait au dernier survivant. Le fils ne pouvait aborder son père en public avant d'être en âge de porter les armes, et celui-ci avait sur sa femme comme sur ses enfants le droit de vie et de mort, a Lorsqu'un père de famille d'une haute naissance vient à mourir, dit César, ses proches s'assemblent, et s'ils ont quelque soupçon sur sa mort, les femmes sont mises à la question ; si le crime est prouvé, on les fait périr par le feu et dans les plus horribles tourments. Les funérailles sont magnifiques. Tout ce qu'on croit avoir été cher au défunt, on le jette dans le bûcher, même les animaux; peu de temps encore avant l'expédition de César, on brûlait avec le mort les esclaves et les clients qu'on savait qu'il avait aimés. » Souvent des parents plaçaient sur le bûcher des lettres adressées à leurs proches, dans la pensée que les morts pourraient les lire.
Religion. — Les Gaulois adorèrent d'abord le tonnerre, les astres, l'océan, les fleuves, les lacs, le vent, c'est-à-dire les forces de la nature : Kirk était le vent du sud, si terrible dans la vallée du Rhône ; Tarann, l'esprit du tonnerre ; Bel, le dieu
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du soleil ; Pennin, le génie des Alpes ; Ârduine, celui de l'immense forêt des Ardennes. Plus tard, les druides, sans doute, leur apprirent à adorer les forces morales et intelligentes: Hésus, le génie de la guerre ; Teutatès, celui du commerce et Finventeur des arts ; Ogtnius, le dieu de la poésie et de l'éloquence, qui était représenté avec des chaînes d'or, sortant de sa bouche pour aller saisir et entraîner ceux qui l'écoutaient. La fête de Teutatès se célébrait la première nuit de l'année nouvelle, dans les forêts, à la lueur des flambeaux. Cette nuit-là, le chef des prêtres cueillait avec une faucille d'or le gui, plante parasite qui naît sur les branches de certains arbres et qui jouait un grand rôle dans les cérémonies religieuses et la médecine des Gaulois; mais ils ne recherchaient que celui qui poussait sur le chêne, leur arbre sacré. A Hésus, ils vouaient souvent, avant le combat, les dépouilles de l'ennemi, et après la victoire, ils lui sacrifiaient ce qui leur restait du bétail qu'ils avaient enlevé, a Le surplus du butin, dit César, est placé dans un dépôt public; et on peut voir, dans beaucoup de villes, de ces monceaux de dépouilles entassés dans des lieux consacrés. Il n'arrive guère qu'au mépris de la religion un Gaulois ose s'approprier clandestinement ce qu'il a pris à la guerre, ou ravir quelque chose de ces dépôts. Le plus cruel supplice et la torture sont réservés pour ce larcin. »
lies druides. — Les prêtres des Gaulois, les druides ou hommes des chênes, avaient des croyances élevées qui semblent un écho des grandes doctrines de l'Inde; ils croyaient aux peines et aux récompenses dans la vie à venir. Mais d'horribles superstitions, des sacrifices humains ensanglantaient les grossiers autels qu'ils élevaient au fond des forêts séculaires, ou au milieu des landes sauvages. « Tous les Gaulois, dit César, sont très-superstitieux: aussi ceux qui sont attaqués de maladies graves, comme ceux qui vivent au milieu de la guerre et des dangers, immolent des victimes humaines ou font vœu d'en immoler, et ont recours, pour ces sacrifices, au ministère des druides. Ils pensent que la vie d'un homme est nécessaire pour racheter celle d'un autre homme, et que les dieux immortels ne peuvent être apaisés qu'à ce prix ; ils ont même institué des sacrifices publics de ce genre. Ils ont quelquefois des mannequins d'une grandeur immense et tissus en osier, dont ils remplissent l'intérieur d'hommes vivants; ils y mettent le feu et font expirer leurs victimes dans les flammes. Ils pensent que
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le supplice de ceux qui sont convaincus de vol, de brigandage ou de quelque autre délit, est plus agréable aux dieux immortels; mais quand ces hommes leur manquent, ils prennent des innocents. »
Tous les druides n'avaient qu'un seul chef dont l'autorité était sans bornes. « A sa mort, le plus éminent en dignité lui succède ; ou, si plusieurs ont des titres égaux, l'élection a lieu par le suffrage des druides, et la place est quelquefois disputée par les armes. A une certaine époque de l'année, ils s'assemblent dans un lieu consacré sur la frontière du pays des Garnutes, qui passe pour le point central de toute la Gaule. Là se rendent de toutes parts ceux qui ont des différends, et ils obéissent aux jugements et aux décisions des druides. On croit que leur doctrine a pris naissance dans la Bretagne, et qu'elle fut de là transportée dans la Gaule; aujourd'hui ceux qui veulent en avoir une connaissance plus approfondie, se rendent ordinairement dans cette lie pour s'y instruire.
<r Les druides ne vont point à la guerre et ne payent aucun des tributs imposés aux autres Gaulois. Séduits par de si grands privilèges, beaucoup de Gaulois s'efforcent d'entrer dans cet ordre ; mais il faut, pour cela, apprendre un grand nombre de vers, et il en est qui passent vingt années dans ce noviciat. Il n'est pas permis de confier ces vers à l'écriture, tandis que, dans la plupart des autres affaires publiques et privées, on se sert de lettres grecques. Il y a, ce me semble, deux raisons de cet usage : l'une est d'empêcher que leur science ne se répande dans le vulgaire; et l'autre, que leurs disciples, se reposant sur l'écriture , ne négligent leur mémoire. Une croyance qu'ils cherchent surtout à établir, c'est que les âmes ne périssent point, et qu'après la mort elles passent d'un corps dans un autre, croyance qui leur parait singulièrement propre à inspirer le courage, en éloignant la crainte de la mort. Le ' mouvement des astres, l'immensité de l'univers, la grandeur de la terre, la nature des choses, la force et le pouvoir des dieux immortels, tels sont, en outre, les sujets de leurs discussions; ils les transmettent à la jeunesse. »
Voici quelques-uns de leurs aphorismes : « Il faut avoir ' grand soin de l'éducation des enfants. — L'argent prêté dans cette vie sera rendu dans l'autre. — Les amis qui se donnent la mort pour accompagner leurs amis, les retrouveront dans l'autre monde.— Tous les pères de famille sont rois dans leurs maisons. »
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Bardes, devins et prophétesses. — On trouve affiliés à Tordre des druides, des bardes, des devins et des prophétesses. Celles-ci, magiciennes redoutées, aimaient à vivre sur des écueils sauvages, battus par une mer orageuse. Les neuf druidesses de l'Ile de Sein, à la pointe occidentale de la Bretagne, passaient pour connaître l'avenir, et leurs paroles apaisaient, croyait-on, ou soulevaient les tempêtes. D'autres, qui habitaient un ilot à l'embouchure de la Loire, devaient, à une certaine époque de l'année, abattre et reconstruire en un même jour la demeure de leur dieu. Dès que brillait le premier rayon du soleil, le toit s'écroulait sous leurs coups redoublés, et un autre temple s'élevait rapidement. Mais malheur à celle qui laissait tomber un seul des matériaux du nouvel édifice ! elle était aussitôt déchirée par les mains de ses sœurs, rendues furieuses, et ses chairs sanglantes étaient dispersées autour de l'édifice sacré.
Les ovates ou devins étaient chargés de toute la partie matérielle du culte. C'étaient eux qui cherchaient la révélation de l'avenir dans les entrailles de la victime et le vol des oiseaux. Un Gaulois n'accomplissait aucun acte important sans recourir à la science divinatoire de l'ovate. Telle est l'éternelle curiosité des peuples enfants. Ils ne savent rien du passé, rien du présent, ils n'ont de souci que pour percer les ténèbres de l'avenir.
Tant que le pouvoir des druides fut incontesté, les bardes furent les poètes sacrés appelés à toutes les cérémonies religieuses. Après que les chefs militaires se furent affranchis de la domination des prêtres, les bardes célébrèrent les puissants et les riches. De chantres des dieux et des héros, ils se firent les courtisans des hommes. On les voyait à la table des grands payer, par leu's vers, le droit de s'y asseoir. Un d'eux arrive trop tard, quand Luern, le roi des Arvernes, remontait déjà sur son char ; le barde suit le char qui s'éloigne, en déplorant sur une modulation grave et triste le sort du poète * que l'heure a trompé. Luern charmé lui jette une poignée d'or. Aussitôt la rote s'anime, ses cordes vibrent avec un son joyeux et le barde chante : « 0 roi, l'or germe sous les roues de ton char ; la fortune et le bonheur tombent de tes mains. »
Mon n ment» druidiques. — On trouve encore, et en grand nombre, des monuments appelés druidiques, dans nos provinces de l'ouest : ce sont des peulvans ou menhirs (fig. A),
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blocs énormes de pierres brutes, fichées en terre 1 isolément, ou rangées en avenues ; dans ce dernier cas, elles forment des
alignements, comme ceux de Carnac, qui sont disposés en onze lignes parallèles, sur un espace de 1500 mètres, et présentent sur cette grève sauvage l'aspect le plus bizarre. De loin^ on dirait une armée de géants soudainement pétrifiée , comme si elle marchait à quelque titanique entreprise. Les cromlechs (fig. B.) étaient des menhirs rangés en un cercle unique ou en plusieurs cercles concentriques, quelquefois autour d'un menhir plus élevé ; les dolmens étaient de grossiers autels formés d'une ou plusieurs grandes pierres plates posées hori-
Cromlech, fig. B.
zontalement sur des pierres verticales ; on les connaît, dans •un grand nombre de départements, sous les noms de : Pierre
1. Les pierres fichées ou pierres /icfte.v, comme les paysans les appellent, ont donné leur nom à un çrand nombre de bourgs. l'ierre-Fiche, près de Mende; Pierre- Piyves, près de Montévilliers; Pierrefxtte, près de Pontl'Évèque, d'Argentan, de Falaise, de Mortagne, de Beauvais, de Paris, de Bar-le-Duc, de Mirecourt, en Sologne, dans le Berry, près de Limoux, de Bourganeuf, de Guéret, de Brives, de Roanne, etc. Les aiiynemnits de Carnac étaient formés autrefois de plus de 4ooo pierres, mais les habitants du voisinage ont exploité ce monument comme une carrière, et il ne reste aujourd'hui que 1200 de ces pierres, dont quelques-unes sont colossales. M. Pelissicr de Reynaud a vu des pierres levées dans la régence de Tunis, à Kissera. Une in-
Monhir, fig. A.
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levée, Pierre couverte, Pierre levade, Table du diable, Tuile des fées, Allée couverte ; il y a de ces pierres qui ont jusqu'à sept
Dolmen de l'Isle-Bouchard.
Ces étranges monuments portent parfois de grossières ciselures et des signes divers : on y voit des croissants, des exca-
scription trouvée là attestait qu'une légion composée de Gaulois avait occupé cette localité. Du reste, cet usage n'était point particulier aux Gaulois; beaucoup de peuples l'ont pratiqué; c'est l'architecture primitive.
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vations rondes disposées en cercles, des spirales, des figures qui représentent peut-être des animaux ou des arbres entre-
Fig. d.
lacés. Ainsi, dans les Vosges, sur la cime du Donon, d'où Ton aperçoit à la fois la plus grande partie de la Lorraine, de
Les alignements de Carnac.
l'Alsace et du grand-duché de Bade, on trouve une grande dalle et à côté des blocs de grès épars, qui portent des figures
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en bas-reliefs de grandeur naturelle et grossièrement sculptées. C'est le tombeau de Pharamond, disent les gens du pays; c'était probablement un temple druidique. La place était bien choisie, car de là se découvre un de ces magnifiques horizons, au milieu desquels l'âme s'élève sans effort de la terre vers Dieu.
Les plus célèbres monuments druidiques sont ceux de Carnac, de Lok-Maria-Ker et de la lande du Haut-Brien, en Bretagne ; l'allée couverte ou dolmen de Bagneux près de Saumur, et connue sous le nom de Roche aux Fées, qui a 20 mètres de longueur sur 16 de large et 3 de hauteur ; celle d'Essé, à 28 kilomètres de Rennes; la Pierre branlante de Perros-Guyrech (Côtes-du-Nord), longue de \k mètres sur 7 d'épaisseur, et si parfaitement équilibrée, qu'un seul homme peut la mettre en branle, malgré son poids de 500 000 kilogrammes. On trouve un assez grand nombre de pierres semblables dans la Bretagne, le long de la Loire, dans le Poitou, l'Auvergne, et jusque dans les Gévennes. Un autre genre de monuments sont les tumuli, cônes de terre qui surmontent un tombeau. Celui de Cumiac a plus de 30 mètres de haut.
Les idées vivent autant que le granit. Quelques • restes de cérémonies druidiques se pratiquaient, il n'y a pas deux siècles, dans les forêts du Dauphiné; et on en retrouverait encore bien d'autres traces au fond de nos provinces.
Gouvernement. — Les druides, ministres d'un culte sanguinaire et seuls dépositaires de toute science, régnèrent longtemps par la supériorité intellectuelle et par la terreur. Trois siècles environ avant notre ère , les chefs des tribus et les nobles brisèrent, au milieu d'affreuses convulsions, le joug de la caste sacerdotale. Mais l'aristocratie militaire, après sa victoire, trouva deux ennemis : quelques-uns des siens, plus habiles ou plus braves, réunirent plusieurs tribus et se firent rois ; sur d'autres points, les classes inférieures, surtout les habitants des villes, se soulevèrent. Les druides s'unirent aux rebelles contre les nobles qui les avaient dépossédés, et dans la plupart des cités le gouvernement aristocratique ou royal fut aboli et remplacé par un gouvernement démocratique plus ou moins mêlé d'éléments anciens. Ainsi, dans une cité, c'étaient les notables et les prêtres qui, constitués en sénat, nommaient un vergobret, ou juge annuel, et au besoin un chef de guerre ; dans une autre, le peuple lui-même instituait un sénat ou des magistrats, quelquefois même un roi qui restait dans
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la dépendance de l'assemblée générale et dans celle des prêtres. Aussi un ancien disait-il que les rois de la Gaule, sur leurs sièges dorés, au milieu de toutes les pompes de leur magnificence, n'étaient que les ministres et les serviteurs de leurs prêtres.
Htat de la Gaule 58 an» avant «J, C. — Cette révolution achevait de s'accomplir quand César entreprit de dompter les Gaulois. « Il ne trouva, dit-il, dans ce pays que deux sortes d'hommes qui fussent honorés, les druides et les nobles. Pour la multitude, son sort ne vaut guère mieux que celui des esclaves ; car, accablés de dettes, d'impôts et de vexations de la part des grands, la plupart des hommes libres se livrent eux-mêmes en servitude. Les druides, ministres des choses divines, accomplissent les sacrifices publics et particuliers, et sont les juges du peuple. Ils connaissent de presque toutes les contestations publiques et privées. Lorsqu'un crime a été commis, lorsqu'un meurtre a eu lieu, ou qu'il s'élève un débat sur un héritage, sur les limites, ce sont eux qui statuent; ils dispensent les récompenses et les peines. Si un particulier ou un homme public ne défère point à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices ; c'est chez eux la punition la plus rare. Ceux qui encourent cette interdiction sont mis au rang des impies et des criminels, tout le monde fuit leur entretien, leur abord, et craint la contagion du mal dont ils sont frappés : tout accès en justice leur est refusé, et ils n'ont part à aucun honneur.
c La seconde classe est celle des nobles. Quand il survient quelque guerre, ce qui, avant l'arrivée de César, avait lieu presque tous les ans, ils prennent tous les armes, et proportionnent à l'éclat de leur naissance et de leur richesses le nombre de serviteurs et de clients dont ils s'entourent. » Quelques-uns de ces clients se vouaient à leur chef, à la vie, à la mort. Chez les Aquitains, ces dévoués s'appelaient soldures, a Telle est, dit César, la condition de ces hommes, qu'ils jouissent de tous les biens de la vie ayec ceux auxquels ils se sont consacrés par un pacte d'amitié ; si le chef périt de mort violente , ils partagent son sort et se tuent de leur propre main ; et il n'est pas encore arrivé, de mémoire d'homme, qu'un de ceux qui s'étaient dévoués à un chef par un pacte semblable ait refusé, celui-ci mort, de mourir aussitôt.
« Dans les-^ités qui passent pour administrer le mieux les affaires de l'État, c'est une loi sacrée que celui qui apprend,