‹ Histoire de FranceChapitre 2 sur 82 · X CARTES ET GRAVURES · texte numérisé non relu

X CARTES ET GRAVURES

Pages.

Une rue de Saint-Ëmilion 491

Maison de Jacques Cœur 498

Maison de Xaincoings, â Tours. 409

Porte du palais ducal de Nancy 529

Le Castillet, à Perpignan 53G

Tombeau de Louis XI à Notre-Dame de Cléry 544

Une route au quinzième siècle 545

Porto du palais dite du Caiihau. 508

Château de Nantes 571

Château de Loches 572

Château de Chaumont 574

Tomheau du cardinal d'Amboise 586

Hôtel de Sens 587

Ancienne Cour des comptes. 588

Palais de justice de Rouen 589

Cathédrale de Rouen, portail de la Calendre 590

Hôtel de ville de Complète 591

Tombeau de Louis XII. 59.*}

PREFACE

Je ne sais plus quel grand poêle él ranger appelle la France le soldat de Dieu. Voila en effet plus de douze siècles qu'elle semble agir, combattre et vaincre pour h monde. Par un singulier privilège, rien de considérable ne s'est fait en Europe qu'elle n'y ait mis la main; aucune grande expérience politique ou sociale n'a été tentée qu'après avoir été accomplie chez elle; et son histoire résume et précise l'histoire même de la civilisation moderne. Tel a été dans le monde grec le rôle d^Athènes , et plus tard , dans le troisième âge de la civilisation ancienne , celui de Rome. Car la vie générale cherche et trouve toujours un point où elle est plus intense et plus riche, un foyer où la civilisation concentre ses rayons épars et allume son flambeau.

Il y a beaucoup de gens qui , frappés du specfacle des vicissitudes contemporaines , nous croient jetés dans une tourmente éternelle, comme ces pauvres âmes du Dante qu'emportait un tourbillon sans fin. La terre de France, disent-ils, ainsi que le sol qui recouvre un volcan , sera ébranlée de convulsions perpétuelles; et ce peuple brisera toujours, le lendemain, ce qu'il adorait la veille.

Non, il n'en est pas ainsi. Sans doute, h ne voir que la

PRKFAOF.

surface, le trouble esl profond. Regardez sous ce chaos apparent do notre histoire, en faisant la part du temps, et vous trouverez un ordre immense, le développement progressif d'une société qui échappe successivement à l'anarchie, à la division et au privilège, pour arriver à Tordre, à- l'unité et à l'égalité; qui d'un gouvernement absolu quelque temps nécessaire voulut passer à une liberté légitime, et se transforme sans cesse pour trouver chaque fois des conditions meilleures et plus justes d'existence. Ainsi la mer s'agite incessamment; mais c'est afin de rejeter peu à peu sur ses rives tout ce qui troublerait la limpidité de ses eaux.

Qu'on me permette de résumer en quelques lignes cette marche générale de notre histoire et le rôle civilisateur de la France. A voir le flot qui monte ainsi lentement, invinciblement, on mesure mieux sa force, et la contemplation du passé donne une confiance sereine dans l'avenir.

A l'origine, sur ce sol gaulois dont S trabon admirait l'heureuse structure , au point d'y trouver la preuve d'une divine providence , on ne voit qu'un mélange confus de populations étrangères les unes aux autres, d'Ibères et de Gaëls, de Kymris et de Teutons, de Grecs et d'Italiens, où pourtant le vieux fond celtique domine.

Rome organise une première fois ce chaos. A ces peuples batailleurs qui ont troublé tout l'ancien monde par leur humeur vagabonde et guerrière, elle apporte l'ordre et la civilisation ; elle couvre leur pays de routes , de monuments et d'écoles. Elle leur donne ses lois et son régime municipal ; elle leur léguera ses traditions administratives. La Gaule est alors la plus prospère, la plus romaine , et par conséquent la première des provinces de l'empire.

Mais cet empire , à qui ses poètes promettaient une durée éternelle, s'écroule sous le poids des vices de son

PRÉFACE

XIIÏ

gouvernement. Des peuples nouveaux inondent ses provinces. L'invasion germanique se fait partout; c'est dans la Gaule seule qu'elle réussit; car c'est là qu'elle fonde son seul état durable, celui au sein duquel vinrent se perdre tous les autres. Combien ont duré les royaumes fragiles des Burgundes et des Suèves , des Vandales et des Hérules, des Goths et des Lombards? Le plus fort n'a pu vivre trois siècles, et les successeurs de Glovis et de Charlemagne ont légué leur couronne et leur titre a une maison qui n'est pas éteinte encore.

Après avoir tout recouvert, l'invasion s'arrête, recule et disparaît. Qu'est-ce que l'Afrique a gardé des Vandales , l'Italie des Goths, l'Espagne des Alains et des Suèves? En France , elle se iixe et s'organise. Ge n'est pas que les Francs fussent d'autres hommes que les Goths, mais la France était un autre pays que l'Italie et l'Espagne. L'élément barbare, promptement étouffé dans celle-ci, put résister dans celle-là; et la Gaule vit se rencontrer au milieu d'eHe et se mêler la civilisation laissée par Rome sur les bords de la Loire et de la Seine avec les mœurs et les idées apportées par les Francs de leur sauvage patrie. Le monde moderne devait sortir de cette union au sein du chaos, que l'Église avait bénie par la bouche de ses pontifes : « Quand tu combats, écrivait à Glovis un évêque de Valence , c'est a nous qu'est la victoire. »

Le pieux évêque disait vrai. La victoire des Francs était le salut de l'Église catholique ; car à cette heure néfaste , elle était menacée des plus sérieux dangers qu'elle eût jamais courus : l'arianisme était partout triomphant. Aussi quels vœux ardents pour ce peuple qui seul ne portait pas au front la tache de l'hérésie , qui allait rendre à l'Eglise la sécurité et le pouvoir, qui allait tout conquérir pour tout mettre à ses pieds : Mitis , depone colla , Sicamber.

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